Skip to main content

Full text of "Paris-Atlas"

See other formats


-  *■ 

i^'"&-V" 

w 

^fc^-v 

■ 

'^ 

ta 

!^  ii 

m 

--r  ^ 


^f# 


i 


-y^ 


'>^- 


.^' 


.4. 


Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2010  with  funding  from 

University  of  Ottawa 


http://www.archive.org/details/parisatlasOObour 


P?\R1S-ATL?VS 


:^^^ 


.^     ^0. 


Texte  par  Fernand  BOURNON 


ARCIIIVISTE-PALEOGRAI'JIE 


28  Cartes  dont  24  en  couleurs 


595  Reproductions  photographiques 


3-2  Dessins 


UBRKIRIE  LAROUSSE .  PRRlS . 


PRÉFACE 


ARis  n'est  pas  une  ville,  c'est  un  monde!  s'écria,  dit-on,  Charles-Quint.  Qu'en 
dirail-il  dune  aujourd'hui  !  Et  Paris  n'est  pas  un  monde  seulement  par  ce  qu'en 
voient  de  lui  les  yeux  charmés  d'un  étranger,  par  ses  monuments,  ses  rues,  ses 
mœurs,  par  ce  mouvement  all'airé  et  prodigieux  de  sa  circulation  :  il  Test  encore 
par  son  passé,   son  histoire,    ses   institutions. 

Aussi,  comme  l'histoire  du  monde  exige  des  volumes  à  l'infini  —  car  elle 
■se  renouvelle  chaque  jour  —  il  en  est  de  même  pour  Paris.  A  peine  si  la  vie  d'un  homme,  actif 
autant  qu'instruit,  suffirait  à  en  dresser  la  simple  nomenclature,  et  la  Bibliothèque  historique  de 
la  Ville,   avec  ses  120,000  volumes,  n'ose  pas  affirmer  qu'elle  les  possède  tous. 

C'est  surtout  —  il  faut  le  dire  —  durant  la  seconde  moitié  du  xix'-  siècle  que  l'attention  des 
savants  et  des  curieux  a  été  captivée  par  un  sujet  aussi  fécond.  Le  xyu!"  nous  avait  légué  sur  le 
passé  de  Paris  à  travers  les  âges  des  munumenls  de  haute  érudition  :  les  travaux  de  Sauvai,  de 
Félibien  et  Lobineau,  du  commissaire  Delamare,  de  Lebeuf,  de  Jaillot  sont  et  seront  toujours  consultés 
avec  le  plus  grand  profit.  Mais  il  restait  beaucoup  à  faire  après  eux.  Depuis  cinquante  ans,  on  l'a 
compris.  On  a  senti  quelle  mine  inexplorée  de  renseignements  renfermaient  les  dépôts  d'archives,  et 
les  publications  se  sont  succédé  sans  relâche.  L'initiative  particulière  s'est  jointe  à  celle  de  l'admi- 
nistration; à  côté  de  la  remarquable  collection  de  l'histoire  générale  de  Paris,  que  dirige  la 
municipalité,  viennent  prendre  place  les  travaux  émanant  de  la  Société  de  l'Histoire  de  Paris  et  de 
rile-de-Frauce,  et  de  sociétés  de  quartiers,  de  jour  en  jour  plus  nond)reuses,  ainsi  que  les  ouvrages 
entrepris  par  les  travailleurs  isolés. 

La  présente  publication  apparti(>nt  à  celle  dei'uière  catégorie.  Dans  les  cmiditious  où  elle  a  ete 
entreprise,  nous  croyons  pouvnir  dire  qu'elle  ne  fera  dmible  euq)loi  avec  aucun  de  ses  devanciers. 
La  rédaction  du  texte  a  été  confiée  à  un  écrivain  (pii,  depuis  plus  de  vingt  ans,  s'occupe  e.xclusivement 
d'histoire  parisienne.  AreliivisU'-iialéographe,  collaboraleui-  îles  traviuix  historiques  de  la  Mlle,  auteur 
de  nombreux  ouvrages  d'ens(Mul)le  un  de  détail  sur  l'histoire  parisienne  (l'Académie  française  a 
couronné  l'un  d'entre  eux),  bien  placé,  par  suite,  pour  se  tenir  au  courant  de  toutes  les  découvertes 


PARIS -ATLAS 


qui  la  concernent,  il  les  a  toutes  mises  en  œuvre,  en  y  ajoutant  çà  et  là,  par  une  discrète  coquetterie, 
des  documents  encore  inédits,  puisés  de  longue  date  aux  sources  pures  des  archives  et  des  biblio- 
thèques, et  que  les  érudits  seront  bien  forcés  désormais  de  lui  emprunter. 

Pour  la  parure  extérieure  du  livre  nous  n'avons,  moins  que  jamais,  reculé  devant  aucun  effort, 
devant  aucun  sacrifice.  C'est  un  livre  de  luxe  que  nous  offrons  au  public  dans  des  conditions  de  prix 
dont  nul  ne  contestera  la  modicité.  L'illustration  photographique,  qui,  elle  aussi,  est  éminemment 
documentaire,  en  est  aussi  soignée  qu'abondante.  Elle  comporte  un  plan  d'ensemble,  vingt  plans 
d'arrondissements,  quatre  plans  de  Paris  à  différentes  époques,  trois  plans  des  environs,  la  reproduction 
des  principaux  monuments  disparus,  des  vues  photogravées  de  tous  les  monuments  existants  et  de 
points  pittoresques  de  la  grande  ville.  Au  total,  environ  595  reproductions  et  32  dessins. 

Fournir  aux  innombrables  visiteurs  de  la  capitale  et  aux  Parisiens  eux-mêmes  (qui  passent 
—  c'est  une  calomnie  peut-être  —  pour  ne  pas  connaître  leur  pays)  une  description  aussi  complète 
qu'attrayante  de  Paris  à  la  fin  du  xix''  siècle,  tel  a  été  notre  but.  Si  nous  y  avons  réussi,  nous  serons 
fiers  d'avoir  apporté  à  notre  tour  un  hnmmage  à  la  Ville  unique,  d'avoir  mieux  fait  briller  aux  yeux 
de  tous  son  éclatante  beauté. 

LES    ÉDITEURS. 


^^  w  ^^  ^w  ^^ 


t:-'  Il  fa 


->it 


L'ANCIKN    HOX'Kl.    DE    VILLE    DE    1>  A  RIS.  (D'après  uoe  gravure  du  xvii' siècle.) 


Paris 


oaps  1(2 


assc^ 


*^,2E- 


.\  R  I  s        S  .\  N  S 

~1#^    PA  I  R  —  c'esl- 

(C)   à-dire    sans 

.Ml   —   l'tait, 

cli'jà  au  XIII''  si("'cle,  un 

dicton    fort    omployi'. 

Dans  le  même  temps, 

-^ -^^^^^  se   répi^tait   un    autre 

proverbe  qui  est  resté 
usuel  :  Paris  ne  s'est  pas  fait  en  un  .jour.  Mais  ce  qui  est  remarquable, 
c'est  que,  dès  cette  époque  lointaine,  les  deux  proverbes,  dans  le 
midi  de  la  France,  y  étaient  cités  en  langue  d'oc  : 

Et  ven  s'en  à  Paris,  car  Paris  es  ses  pur,  —  et  s'en  vient  à  Paris,  ear 
Paris  est  sans  pair. 

Bigas  les  qu'en  un  jorn  Pari^  non  fo  obriil,  —  diles-liii  que  Paris  n'a 
pas  été  fait  en  un  .jour. 

Le  Midi,  cependant,  avait  des  capitales  doni  il  pouvait  être  fier: 
Toulouse,  Bordeaux,  Marseille  ;  mais  Paris  était  devenu  le  siège  de  la 
royauté,  irin'i  une  grande  part,  et  fort  naturelle,  de  son  prestige. 

Les  événenients  bistoriques  n"nnl,  d'ailleurs,  pas  seuls  concouru  à 
faire  de  Paiis  ce  qu'il  est. Sa  silualinn  pbysique  l'avait  désigné  comme 
un  site  privilégié  pour  attirer,  retenir,  ti.ver  une  population  nombreuse. 
Au  Nord  et  au  Suil  du  fleuve  coulant  jadis  à  pleins  bords,  un  cirque  de 
collines  boisées,  d'\in  accès  facile,  sauf  une,  se  prolongeant  au  loin  par 
des  plateau.v;  vers  l'Kst,  entre  les  deux  vallées  de  la  Marne  et  de  la 
Seine,  un  débouché  non  moins  aisé;  à  l'Ouest,  un  chemin  plus  rude  à 

PAuis-Ari.;i3 


frayer  peut-être,  mais  cependant  déjà  préparé  par  le  cours  du  ruis- 
seau de  Sèvres;  au  centre,  quelques  iles  comme  le  lit  de  la  Seine  en 
offre  tant,  de  grandeur  moyenne,  boisées  aussi,  se  défendant  naturel- 
lement, tel  fut  le  lieu  où  était  installée,  il  y  a  deux  mille  ans,  la  tribu 
gauloise  des  Parisii.  L'une  de  ces  îles,  ils  la  nommèrent  d'un  nom  que 
t:ésar  a  latinisé  en  Luielia  et  que  nous  avons  francisé  en  l.ulère,  s;ins 
pouvoir  en  expliquer  le  sens  d'une  façon  certaine.  Ce  fut  leur  chef- 
lieu;  ils  la  fortifièrent,  et  devenus  déjà  dédaigneux  des  barques  légères, 
la  joignirent  aux  rives  par  deux  ponts  de  bois. 

De  celle  premièie  civilisation,  quebiues  souvenirs  matériels  seule- 
ment sont  restés  qui  (U'ouvent  que  la  tribu  n'était  pas  uniquement  can- 
tonnée dans  Lutèce.  Le  sol,  tant  de  fois  creusé  sur  Tune  et  Paulre  rive, 
a  fourni  en  grand  nombre  des  monnaies  gauloises,  des  carcasses  dani- 
niaux  anté-hisloriques,  le  squelette  d'un  chef  gaulois  dans  la  cour  de 
riCcole  des  Beaux-.\rts).  une  multitude  «i'objels  usuels  en  silex  taillé. 
Aux  environs,  se  dressent  encore  aujourd'hui  quelques  dolmens,  pierres- 
levées,  cromlechs,  témoins  solennels  d'un  monde  disparu.  Entin.  il  est 
possible  —  mais  on  n'en  est  pas  sur  —  que  les  Pnrmi  aient  honoré  Mer- 
cure en  lui  élevant  un  temple  au  sommet  de  la  butte  située  au  Nord  de 
Lutèce,  et  cela  justifierait  une  des  étymologies  proposées  pour  le  nom 
de  Montmartre,  inons  Mcrcurii.  l"n  sanctuaire  païen  y  exista  iuconles- 
tabb'nient;  toutefois,  il  serait  téméraire  d'aflirmer  qu'il  fut  antérieurà 
la  domination  romaine. 

Qui  dira  ce  que  fût  devenue  Lutèce  si  César  ne  l'avait  pas  conquise 
après  le  glorieux  combat  où  succombèrent  les  liaulois,  leur  chef  Caniu- 
logène  eu  tète,  pour  avoir  voulu  garder  leur  indépendance"?  Us  avaient 


PARIS -ATLAS 


PLAN   DE  PARIS   EN   1300.  (D'après  MM.  Mareusc  et  Taisnc.) 


détruit  Ipurs  ponts,  puis  brùlr  lours  cabanes,  afin  do  nft  laissor  à  l'en- 
nemi, s'il  triomphait,  que  des  cadavres  et  des  cendres  :  ils  tinrent 
parole.  Les  vainqueurs,  eux,  se  gardèrent  bien  de  laisser  abandonné 
un  site  aussi  favorable;  ils  y  prirent  position,  colonisèrent,  cl  pendant 
la  période  gallo-romaine,  Lutèce,  redevenue  capitale,  connut  plusieurs 
siècles  lie  prospérité. 

Les  lémoipnaL'es  qui  le  prouvent  sont  nombreux  autant  que  variés.  On 
savait  depuis  longlemi)s,  par  des  relations  contemporaines,  que  les  em- 


A.--i'i!:cr  DU  i.orviir:  surs  ciiaulhs  v. 


pereurs  romains  avaient  fait  innstniire  un  palais  vers  rextrémité  occi- 
dentale de  l'île.  Des  travaux  faits  en  184"-18'i8  dans  le  sous-sol  du 
Palais  de  justice  ont  mis  au  Jour  les  fondations  de  cet  édifice,  et  ont 
permis  aux  archéologues  de  juger  de  son  importance.  Plus  récemment, 
la  commission  du  Vieux  Paris  a  retrouvé,  giàce  à  (rintclligeiiles  fouilles 
à  la  pointe  orientale  de  l'île,  puis  sous  la  rue  de  la  Colombe,  la  preuve 
non  équivo(]iie  de  l'existence  d'une  muraille  d'enceinte,  construite  au 
ni'  ou  iV^siècle.  I)osl711,  une  dériiuverte  capitale  avait  été  faite  sous  le 
chnnir  de  .\otre-])ame-de-Paris.  On  avait  exlminé  \mc 
série  de  pierres  ayant  ronslilué  un  monuiiuiil  ipii 
n'était  autre  qu'un  autel,  et  une  inscription  iiidi<|nait 
que,  sous  le  règne  de  Tibère,  les  naules  parisiens 
avaient  élevé  cet  autel  à  Jupiter  très  bon  et  très  grand. 
Ainsi,  dès  le  premier  siècle  de  notre  ère,  les  Parisiens 
avaient  formé  une  corporation  de  navigateurs,  de  ba- 
teliers —  c'est  le  sens  du  mot  naules  —  régulière- 
ment organisée,  à  l'imitation  de  celles  (|ui  existaient 
dans  les  villes  romaines.  Cette  corporation,  on  la  re- 
trouve [dus  lard,  toujours  puissante  et  maîtresse  de  la 
ville-;  c'est  elle  ipii  fonda  la  mnnieipalilé  paiisienne, 
ciui  lui  donna  son  blason,  le  vaisseau  s\  lubolique  (Iguré 
sur  les  sceaux  dès  le  xa°  siècle.  De  répo(|ue  romaine 
datent  encore  les  deux  premiers  ponts  de  Paris,  ron- 
sliiiits  dans  l'axe  île  la  giaiule  voie  qui  reliait  le  Nord 
il  le  Sud  ili'  la  (niiile,  représentés  aujourd'hui  pai-  le 
Pclil-l'onI  et  le  pont  Noire-Dame. 

Noil'i  pour  Lutèce  pr<i|irement  dite,  c'est-à-dire  l'ilo 
qui  lut  le  berceau  de  Paris.  La  rive  droite  de  la  Seine 
ui-  semble  p.is  aviiii'  été  liabiléi'  au  temps  des  Homains; 

il  n'en  est  |ias  de  méi le   la   rive  ijauche,  du   boni 

méuie  du  lleiivc  jusqu'au  haut  du   liane  septentrional 
de   la   iiiontague  Sainle-Geneviève  ipie   l'on    nommait 


PARIS   DANS   LE   PASSÉ 


alors  Mons  Lucolitius.  Un  fnnlioiirf;  im- 
portant s'y  bâtit  pendant  les  trois  [ik- 
miers  siècles,  et  quelques  vestigrs 
vénérables,  restés  encore  ilebout,  sul- 
liraient  à  l'attester  :  nous  voulons  par- 
liT  Ji'S  Tliei'mos,  et  des  arènes,  (iu(; 
l'cju  trouvera  décrits  au  cours  de  ci'l 
ouvrage  (V"  arrondissement),  et  aussi 
des  ruines  de  Taiiucduc  d'Arcueil,  ann- 
liant  aux  Tlieriiics  les  eaux  de  Hungis. 
D'autres  trouvailles  ont  été  faites,  à  di- 
verses époques,  qui  établissent  l'exis- 
tance  dans  ce  faubourg  d'un  théAlrr 
—  sur  l'emplacement  du  lycée  SainI 
Louis  — ,  d'un  cliàteau  niililaire,  un 
peu  au-dessus,  vers  l'c'Xtiémité  infé- 
rieure de  la  rue  Soufflol,  et  d'un  cain|> 
retranclié,  de  l'autre  côté  de  cette  rue, 
s'étendant  jusqu'aux  rues  Royer-Col- 
lard  et  Saint-Jacques.  On  sait  enfin 
que  cette  dernière,  qui  représente  la 
voie  romaine  était,  suivant  l'usage,  bor- 
dée do  tombeaux;  mais  c'est  un  véri- 
table cimetière  gallo-romain  qui  a  été 
découvert  en  1878  au  sommet  du  pla- 
teau, sur  la  droite  de  cette  voie,  vers 
le  point  où  la  rue  Nicole  rencontre  le 
boulevard  de  Port-Royal. 

Au  moment  où  la  puissance  roiuaiin' 
s'effondra  devant  les  invasions  germa- 
niques, Lutèce,  comptée  au  nombre  des 

villes  principales  de  la  Gaule,  faisait  partie  de  la  quatrième  province 
lyonnaise,  dont  le  chef-lieu  était  à  Sens.  Ainsi  qu'il  arriva  pour  la 
plupart  des  cités,  son  nom  originel  avait  été  substitué  à  celui  de  la 
tribu  qui  l'avait  fondée;  on  ne  disait  plus  Lutèce,  on  disait  Paris. 

Dans  le  tableau  rapide  que  nous  esquissons  du  développement  de 
Paris  à  travers  les  temps,  la  période  qui  suit  n'a  qu'une  petite  place. 
Le  sang  de  saint  Denis  et  de  ses  deux  compagnons,  siants  ftustique 
et  Eleuthère  avait  été,  fécond  pour  la  cause  du  Christ  :  la  ville  se  chris- 
tianisa et  la  nouvelle  religion,  si  ardemment  proscrite,  inclina  sous  sa 
loi  les  Francs  envahisseurs.  De  gracieuses  légendes  veulent  que  sainte 
Geneviève  ait  dompté  Attila,  qu'un  évêque  ait  fait  courber  la  tèle  de 
Clovis.  Dès  lors,  la  puissance  de  l'Église  éclate  :  sous  les  Mérovingiens, 
Paris  commence  à  devenir  une  ville  monastique;  les  églises  sont  peu 
nombreuses  encore,  mais  des  abbayes  se  créent,  dont  l'influence  et  les 
richesses  ne  feront  que  s'accroître  durant  douze  cents  ans  :  c'est,  sur 
l'ancien  mont  Lucotitius,  l'abbaye  de  Sainte-Geneviève,  fondée  par  Clovis 
sous  le  nom  de  Saint-Pierre-et-Saint-Paul;  c'est,  sur  la  même  rive,  l'ab- 
baye de  Saint-Vincent,  devenue 


LA   PLACE   DÉGRÈVE    AU   XIV'    SIÈCLE. 

dont  la  place  du  Chàtelet  garde  le  nom,  l'autre  au  bas  de  la  rue  Saint- 
Jacques,  en  tète  du  Petit-Pont.  Ce  dernier  était  une  simple  tour  en 
bois  :  douze  habitants,  douze  héros  s'y  enfermèrent  et  le  défendirent 
jusqu'à  la  mort.  La  ville  reconnaissante  a  fait  graver  leurs  noms  sur 
une  plaque  de  marbre  apposée  à  l'endroit  même  qui  fut  témoin  de 
leur  admirable  résistance. 

Les  ténèbres  furent  lentes  à  se  dissiper,  mais  il  est  dans  les  destinées 
de  Paris  qu'il  renaisse  de  ses  cendres,  plus  glorieux  après  chaque  dé- 
sastre. On  a  sans  doute  exagéré  les  terreurs  de  l'an  mille  et  l'espèce  de 
prostration  des  esprits  dans  l'attente  de  celte  date  fatidique;  il  est  ce- 
pendant certain  que,  dès  le  début  du  xi'  siècle,  une  ère  d'activité  s'ou- 
vrit. La  tour  do  l'église  Saint-Germain-des-Prés,  date  de  ce  temps-là; 
regrettons  quelle  ait  été  débarrassée  des  créneaux  dont  elle  était  garnie 
comme  un  château  fort  ;  relTet  devait  être  des  plus  pittoresques. 

C'est  alors  aussi  que  la  rive  droite  commença  de  se  bâtir.  Il  n'est  pas 
téméraire  de  penser  que  ce  fut  surtout  l'œuvre  de  ces  anciens  nautes, 
nommés  dès  lors  marchands  do  l'eau,  et  que  les  documents  conterapo- 


Saint-Germain-des-Prés,  que 
fonda  Childeberl;  c'est,  peu 
après,  sur  la  rive  droite,  un  cou- 
vent, desservi  d'abord  par  (|uel- 
ques  moines,  aujourd'hui  Saint- 
Germain -l'Auxerrois;  enlîn,  à 
deux  lieues  au  Nord  de  la  ville, 
l'insigne  basilique  dans  laquelle 
Dagobert  fit  solennellement 
transporter  les  restes  de  saint 
Denis. 

Une  statue  monumentale  do 
Charlemagne  a  été  élevée  sur  le 
Parvis  Notre-Dame  —  la  vraie 
place  historique  du  vieux  Paris 
—  comme  si  cet  orgueilleux  em- 
pereur avait  des  titres  à  la  re- 
connaissance des  Parisiens.  Il 
n'en  est  rien,  car  il  déccnlialisa 
la  capitale  pour  la  transporter  au 
Nord-Est,  à.\ix-la-Cha|)clle.  Une 
lamentable  époque  allait  com- 
mencer sous  ses  successeurs, 
avec  les  invasions  normandos, 
«lui,  par  cinq  fois,  vinrent  dé- 
vaster la  vallée  de  la  Seine. 
Comme  au  temps  do  César,  Paris 
combattit  vaillamment.  Deux  c/k/ 
tckts  commandaient  le  cours  de 
la  rivière  :  l'un  sur  la  rive  droite, 


PALAIS   DE    JUSTICE;    CIIAMBKE    DKS    COMPrES    BATIE    SOUS    LOUIS    XI,    INCENDIÉE    EN    173: 


PARIS -ATLAS 


PLAN  DE  PARIS  SOUS  LOUIS  XIV. 

rains  nous  montrent  installés  aux  abords  de  l'Hôtel  de  Ville  actuel,  iC 
la  Grève  et  au  Monceau  Saint-Gervais.  Là  fut  le  marche'  public  ;  une 
charte  de  Louis  VII,  où  il  est  appelé  le  vieux  marché  (en  1 141),  atteste  le 
cas  que  faisaient  les  Parisiens  de  cet  emplacement,  quoique  déjà  aban- 
donné,puisque  le  roi  le  leur  vendit  nioyennantTO  livres. Dans  une  autre 
charte  de  la  même  année,  le  nouveau  marché  —  fondé,  dit  le  roi,  jiar 
son  père  —  est  dit  situé  aux  Chumpeaux  (aujourd'hui  encore  les 
Halles).  Enfin,  l'on  a  des  preuves  que  sous  Louis  VU  la  rive  droite  pos- 
sédait déjà  sa  première  enceinte,  que  représente  assez  bien  le  tracé  de 
la  rue  de  la  Verrerie,  de  la  rue  des  Lombards  et  de  la  rue  Saint-Denis 
jusqu'au  Chàtelet,  d'une  part,  de  la  rue  du  Uoi-de-Sicile  et  de  la  rue 
Vieilie-du-Temple  jusqu'à  la  jilace  Haudoyer,  d'autre  part. 

Ainsi,  du  côté  de  l'Est,  le  vieux  marché,  siège  de  la  corporation  des 
mariniers;  vers  l'Ouest,  le  nouveau  marché  fondé  aux  Champeaux  par 
Louis  VI,  tels  étaient  devenus,  vers  la  tin  du  xii^  siècle,  les  deux  centres 
commerciaux  de  Paris.  La  rive  gauche  parait  avoir  été  un  peu  délaissée, 
si  ce  n'est  à  la  place  Maubertet  sur  le  liane  septentrional  de  la  mon- 
tagne Sainte-Geneviève;  dans  l'ile,  les  églises  commençaient  à  se  cons- 


truire en  grand  nombre  et  la  population  s'entassait  à  leur  ombre  dans 
d'étroites  rues. 

La  prospérité  de  Paris  doit  beaucoup  à  Philippe-Auguste.  Ce  n'est  pas 
assez  de  la  médiocre  statue  hissée  au  sommet  d'une  des  deux  colonnes 
delà  place  de  la  Nation,  et  de  son  nom  donné  tardivement  (en  1804)  à 
une  avenue  voisine,  pour  exprimer  la  gratitude  de  la  cité  envers  l'un  de 
ses  principaux  fondateurs,  car  il  a  véritablement  droit  à  ce  titre.  Les 
Halles  créées,  le  Louvre  construit,  le  pavage  des  voies  les  plus  impor- 
tantes ordonné,  ItTcimetière  des  Innocents  clos  de  murs,  étaient  déjà 
des  œuvres  éminemment  utiles;  il  fit  plus  encore.  La  plus  grande  partie 
de  son  règne  fut  employée  à  doter  la  ville  d'une  enceinte  nouvelle  qui 
enveloppa  les  deux  rives  de  murs  llanqués  de  tours  et  de  courtines, 
précédés  d'un  large  fossé  sur  lequel,  en  avant  des  portes,  furent  jetés 
des  ponts-levis.  Sur  la  rive  droite,  elle  partait  du  Louvre,  se  dirigeait 
vers  l'Est  en  passant  par  l'église  de  l'Oratoire,  la  Bourse  du  Commerce, 
la  rue  du  Jour,  la  rue  Mauconseil,  se  rapprochait  de  la  rue  Rambuteau, 
devenait  parallèle  à  la  rue  des  Francs-Bourgeois,  puis  tournant  vers  le 
Sud  presque  à  angle  droit,  venait  aboutir  à  la  Seine,  à  hauteur  du  mar- 
ché de  l'Ave-Maria.  Sur  la  rive  gauche,  elle  commençait  en  face  du  Louvre  à 
la  fameuse  tour  de  Nesle,  suivait  la  rue  Mazarine,  la  rue  Mazet,  le  pas- 
sage du  Comnie,rce,  la  rue  des  J'^05.«(?VMonsieur-le-Prince,  des  Fossés- 
Saint-Jacques,  contournait  l'enclos  de  l'abbaye  de  Sainte-Geneviève,  et 
redescendant  vers  le  Nord-Est,  atteignait  la  Seine  parallèlement  au 
tracé  des  rues  Thouin,  des  Fossés-Saint- Victor  {rue  du  Cardinal-Lemoine) 
et  des  Fossés-Saint-Jacques.  En  résumé,  la  partie  orientale  du  P'' arron- 
dissement, la  majeure  partie  du  IV',  la  moitié  au  moins  du  V«  et  le 
tiers  du  VI=  furent  compris  dans  la  nouvelle  clôture  (1).  Des  fragments, 
parfois  considérables  de  cette  forlitîention  — tours  ou  parties  de  mu- 
raille —  demeurés  debout  çà  et  là  —  en  attestent  la  solidilé  en  même 
temps  qu'ils  sont  de  précieux  doeumenls  pcuir  l'arcliénlogie  jiari- 
sienne. 

Du  règne  de  Philippe -Auguste  date  encore  un  événenieni  gros  de 
conséquence  pour  l'avenir  de  Paris. 
Après  la  bataille  de  Fréteval,  où 
les  bagages  du  roi,  parmi  lesquels 
se  trouvaient  les  chartes  royales, 
c'est-à-dire  les  archives  mêmes  de 
la  couronne,  tombèrent  aux  mains 
des  Anglais,  Philippe-Auguste  dé- 
cida que,  désormais,  le  Trésor  des 
Chartes,  —  comme  on  l'ap- 
pelait —  ne  suivrait  plus  h 
souverain  dans  ses  expédi 
lions  et  serait  gardé  à  Paris 
N'était-ce  pas  donner  ot'li- 


(i)  Il  va  sans  dire  que, 
pour  rendre  plus  claire 
la  descripiion  du  par- 
cours de  cetlc  enceinte, 
nous  avons  menlionné 
des  rues  ou  des  édifices, 
à  plus  juste  raison  des 
/divisions  administratives 
qui  n'existaient  pas  alors. 
De  plus,  ces  indications 
mêmes  ne  sont  qu'ap- 
proximatives. 


iu^ 


Lli    l-OUVKli   SOUS    IlIi.MU    IV. 


MAI>-().\    Vi:  LA    UUli  DK   LA   l'ICUKO.N  .NKU 1  H 

UKVA.Nf     LAWfiaLK     FUT     A  s  »  >  '^  ^  1  M      11  1   N  U  1     IV. 


PARIS  DANS  LE  PASSÉ 


cielloment  ;i  notre  ville  le  liUe  de  capitale  du  royaume?  Elle  l'avait 
déjà  eu  fait;  l'aveuir  prouve  que,  par  la  suite,  les  rois  en  firent  rée 
lement  leur  résidence  coutumière,  ou  du  moins  légale. 

Tout  occupé  qu'il  ait  été  d'expéditions  lointaines  qu'inspirait  sa  dévo- 
tion, saint  Louis  prend  aussi  une  grande  place  dans  les  annales 
parisiennes.  Sa  piété  même  a  servi  à  enrichir  la  ville  de  plusieurs 
monuments  dont  elle  est  flère  à  bon  droit.  Le  principal  est  cette  admi- 
rable Sainle-Cliapelle  qu'il  fit  construire  tout  exprès  pour  y  déposer  les 
reliques  rachetées  aux  inlidèles  d'Orient,  ou  conquises  sur  eux.  L'archi- 
tecte en  fut  Pierre  de  Montereau  ou  de  Montreuil,  auquel  on  doit  aussi 
réalise  et  le  réfectoire  du  prieuré  de  Saint-Marlin-des-Champs,  où  la 
bibliotlièque  et  les  collections  du  Conservatoire  des  arts  et  métiers  ont 
trouvé  pour  leur  installation  le  plus  séduisant  des  cadres.  11  avait 
encore  construit  pour  l'abbaye  de  Saint-Germain-des-Prés  un  réfec- 
toire et  la  chapelle  de  la  Vierge,  deux  merveilles  de  l'art  gothique,  au 
dire  de  ceux  qui  les  purent  voir,  et  dont  la  destruction  est  éternelle- 
ment déplorable.  Sous  saint  Louis  fut  achevée  aussi  la  cathédrale  de 
Paris,  Tune  des  plus  bi-lles  églises  du  munde,  par  la  conslruclion  de  la 


façade  méridionale,  sur  le  pe-  "" 

tit  bras  de  la  Seine.  On  y  peut 

lire  la  date  de  rachèvement 

et  le   nom  de    l'architecte  : 

1237  —  Jean  de  Chelles.  Cette  année  12o7  est  bien  inii'ôilanu-  p..ur 

une  autre  raison  dans  l'historiographie  parisienne  :  c'est  celle  où  le 

roi  donna  à  Robert  de  Sorbon  les  maisons  et  les  terrains  voisins  du 

palais  des  Thermes  nécessaires  à  la  fondation  de  l'Université. 

Au  regard  de  l'adminislration  municipale,  saint  Louis  prit  des  dispo- 
sitions qui  devaient  avoir  les  plus  graves  conséquences.  Déjà  nous  avons 
parlé  de  la  corporation  des  marchands  de  l'eau.  Unis  d'abord  exclusi- 
vement pour  veiller  à  leurs  intérêts  corporatifs,  ils  s'étaient,  dès  le 
xn'^  siècle,  emparés  de  la  gestion  des  affaires  communales:  ils  siégeaient 
dans  un  édifice  que  l'on  nommait  le  Parloir  aux  Bourgeois  el  leur  chef 
était  le  prévôt  des  mai'chands.  La  justice  était  rendue  pour  le  roiparun 
autre  officier,  dont  la  charge  était  affermée  sur  les  deniers  municipaux. 


is§,  '%  1^'  ?^fe^'?Mii-^  ■ 


l'UKlE    S.^l.NT-BKUN.VRD   liT   CU.VrEAU    1)  H    LA    1 0  f  U -N  t-L  LE. 
(D'après  uno  gravure  du  xvii'  siècle). 

P.\tll  =  -ATLAS. 


LA    ÏOUU    DE    .NIÎSLE    ET   LHOrEL   DE   ^KVl: 

sous    LOUIS     XIII. 


PARIS -ATLAS 


-^y:< 


Saint  Louis  aperçut  quels  dangers  la  royauté  courait  à  voir  grandir 
chaque  jour  devant  elle  un  pouvoir  municipal  aussi  étendu.  Il  se  réserva 
la  nomination  de  loflicier  de  justice,  qui  fut  désormais  le  prévôt  de 
Paris,  et  désigna  pour  ces  fonctions  un  homme  dont  le  nom  est  resté 
célèbre,  Etienne  Boileau,  l'auteur  du  Livre  des  Métiers  de  Paris,  code  et 
règlement  remarquable  de  toutes  les  associations  ouvrières.  Dès  lors,  la 
prévôté  de  Paris  et  la  prévôté  des  marchands  demeureront  distinctes 
jusqu'à  la  Révolution,  opposant  presque  constamment,  l'une  à  l'autre, 
durant  cinq  siècles,  les  forces  et  l'influence  sur  lesquelles  elles  s'ap- 
puient :  le  roi,  le  peuple. 

Cette  opposition  allait  prendre  pour  la  première  fois,  moins  de  cent  ans 
après  l'institution  de  la  prévôté  royale,  le  caractère  d'une  lutte  aiguë 
où  la  nation  même  aurait  pu  périr.  Qu'il  suffise  de  rappeler  les  combats 
que  le  peuple  de  Paris  eut  à  livrer  pendant  la  captivité  du  roi  Jean, 
autant  contre  les  ennemis  du  dehors  que  contre  ceux  du  dedans. 
Le  prévôt  des  marchands  était  Etienne  Marcel.  Pour  avoir  aimé  les  Pari- 
siens et  défendu  leurs  libertés,  il  a  conservé  une  légitime  auréole  de 
grandeur,  bien  que  son  rôle,  surtout  vers  la  fin,  soit  un  peu  obscur. 
On  eût  mieux  aimé  le  voir  rester  d'accord  avec  le  dauphin,  ce  sage  qui 
fut  Charles  V.  Les  intérêts  de  la  ville  n'auraient  eu  qu'à  y  gagner,  rai- 
Charles  V,  une  fois  le  pays  pacifié,  sut  montrer  combien  il  leur  était 
attaché. 

Pour  éviter  le  retour  des  dangers  qu'avait  fait  courir  à  Paris  l'ap- 
proche de  l'armée  anglaise,  il  protégea  les  faubourgs  de  la  rive  droite 
par  une  nouvelle  enceinte  que  l'on  peut  se  représenter  par 

une  liL-ne  partant  de     la  Seine  vers  la  place  du  Carrousel, 


;'  -  «1  ?ii 


1:  ,-'Tii  ^^nfii 


;JEP 


1       iMiKii.   I>K   I.A  co.M-i;i;i..M,i. 


COUR  DE  L'ANCIENNE  SORBONNE.  (D'après  une  gravure  du  x  vu' siècle.) 

traversant  le  Palais-Royal,  puis,  la  place  des  Victoires,  et  suivant  le  tracé 
de  la  rue  d'Alioukir  devenait  parallèle  aux  grands  boulevards  jusqu'à 
la  Bastille,  d'où  elle  rejoignait  la  Seine  parallèlement  au  canal  Saint- 
Martin.  La  Bastille  n'était  encore  qu'une  porte  fortifiée  :  elle  allait  peu 
après,  par  l'adjonction  de  quatre  tours  aux  quatre  primitives,  devenir 
la  fameuse  prison  que  l'on  sait.  L'enceinte  de  la  rive  gauche,  telle 
que  l'avait  faite  Philippe-Auguste,  ne  fut  pas  reculée,  mais  renforcée 
sur  les  points  faibles,  et  des  fossés  plus  profonds  y  furent  creusés. 

l"n  autre  mérite  de  Charles  V  aux  yeux  des  Parisiens  est  d'avoir 
aimé  la  belle  architecture  et  les  autres  arts.  Il  voulut  avoir  dans  sa 
capitale  deux  palais  :  l'un,  officiel,  le  Louvre,  qu'il  fit  reconstruire 
presque  entièrement;  l'autre,  une  sorte  de  maison  do  campagne,  bien 
qu'on  la  nommât  n  l'ostel  solennel  des  grands  esbattemens  »,  l'hôtel 
Saint-Paul,  composé  de  logis  appartenant  à  divers  propriétaires.  De  là, 
par  un  passage  souterrain,  le  roi  pouvait  gagner  la  Bastille  et  la  cam- 
pagne. L'expérience  de  ses  jeunes  années  l'avait  rendu  prudiiit. 

Sous  le  règne  de  ce  prince  éclairé,  Paris  connut 
pour  la  première  fois  le  cérémonial  et  les  fêtes  de  la 
réception  d'un  souverain  étranger.  .\  en  lire  le  récit, 
dans  la  relation  officielle  et  très  étendue  qti'en  a 
faite  l'auteur  des  Grandes  Chroniques  de  France,  le 
souvenir  s'impose  à  l'esprit  des  fêtes  qu'il  y  a  quel- 
ques années  Paris  offrait  à  l'empereur  de  liussie,  et 
l'on  est  frap|)é  des  analogies  qu'à  cinq  cents  ans  de 
distance  présentent  les  <leax  réceptions. 

C'est  le  4  janvier  1378  que  l'empereur  allemand 
Charles  IV,  accompagné  de  son   fils,    le  roi  des  Ro- 
mains, fit  Sun  entrée  dans  Paris  par  La  Cliapclle.  Le 
^  j_  prévôt  de  Paris,  le  prévôt  des  marchands,  l'y  atlen- 

Jîil.l.'iS  daient,  et  li^  prévôt  de  Paris  le  salua  en  ces  termes  : 

x-H'^^^f^-,  _  «  Très  excellent  prince,  nous  les  officiers  du  roy  à 

'  •    -  Paris,  le  provosi  des  marchans  et  les  bourgiiis  de  la 

bonne  ville,  nous  venons  faire  la  reverenci;  et  nous 
nlVrir  à  faire  vosiri'  bon  plaisir,  car  ainsi  le  veull  !<■ 
loy  notre  seigneur  et  le  nous  a  commandé.  >i  Et 
l'empereur  les  remercia  "  moult  gi-acieusement  ».  Le 
cortège,  composé  de  plus  de  i|ii;ilre  mille  cavaliers, 
se  mil  en  maiclie.  A  mi-eliemin,  il  renconira  le  roi, 
monté'  sur  un  palefrcii  blanc  et  entouré  d'une  foule 
de  seigneurs.  Le  service  d'ordre  avait  été  réglé 
d'avance  :  ■■  Et  avoit  le  roy  fait  crier,  le  jour  devaiil, 
(|ue  nul  ne  fnst  lanl  hardi  d'occupiM-  le  chemin  île  la 
giant  rue  (l.i  iiie  Saiiil-henisi  en  viMiant  au  Palais, 
de  gens  ni  di-  cli.irroi,  ni  ni'  se  boujasseiit  des  places 
où  ils  s'estoieni  nus  pour  venir  passer  l'empereur,  le 
roy  et  le  roy  <les  Ucunaiiis.  Lt  de  fait,  furent  mis  ser- 
gi-ns  pour  gai-der  au  bnul  des  rues  qui  viennent  sur 
le  chemin  de  la  gi;inl  rue,  qui  gardoienl  et  delîen- 
,„ en.  )  dolent  le  peuple  de  passer...  » 


PARIS   DANS   LE   PASSÉ 


rif!i,iririMiiiinfl(iiiJiPiiiimrnin[|i|r|fn"sr  s  sr  .. 


mm^MmWmmmmi^  r7i 


"l"iJillfWTipi^ràwssSss^  jrïï*"«* — -T. ^,1  '*■'      V  ■     ; wtl  2=-^ — fc-f  j-as^^w    ^6AT 


w-^. 


LES    TUILERIES    AU    XVII'    SIECLE  (coté  des  colb 


Le  lendemain,  le  prévôt  des  marchands  el  les  échevins  offrirent  a 
l'empereur,  au  nom  de  la  ville,  une  nef  pesant  190  marcs  d'urgent 
(c'est  ce  que  nous  appelons  un  surtout  de  table),  et  deux  grands 
llacons  dorés  et  émaillés,  du  prix  de  70  marcs  d'argent  ;  au  roi  des 
Homains,  une  fontaine  d'argent  du  poids  de  93  marcs  et  deux  grands 
pots  d'argent  de  30  marcs.  Ce  .jour-là  et  les  suivants  furent  consacres 
à  la  visite  des  monuments  de  la  ville  :  la  Sainte-Chapelle,  le  Palais 
de  justice,  le  Louvre,  l'hôtel  Saint-Paul  où  étaient  la  reine  et  ses  en- 
fants; puis,  le  château  de  Vinccnnes,  celui  de  Beauté,  à  Nogent-sur- 
Marne,  et  enfin  l'abbaye  do  Saint-Maur,  où  Charles  l\  et  son  lils 
prirent  congé  du  roi  de  France. 

En  dépit  des  promesses  d'alliance  qui  avaient  été  échangées  en  os 
jours  paciliques,  une  longue  période  commence  d'années  lamentables 
'pour  l'histoire  du  pays  —  les  plus  sombres  de  notre  histoice  —  et,  ce 
qui  prouve  l'importance  de  Paris,  c'est  qu'il  demeure  le  centre  de 
toutes  les  luttes  qui  désolent  le  royaume,  le  but  convoité  par  tous  les 
partis.  La  révolte  des  Maillolins,  les  querelles  des  Armagnacs  et  des 
bourguignons,  les  Cabochiens,  l'assassinat  du  duc  d'Orléans,  la  tra- 
hison de  Perrinet  Le  Clerc  qui  livre  les  portes  de  la  ville  à  rennemi, 
Henri  V  et  Henri  VI  d'Angleterre  transportant  leur  royauté  dans  la 
capitale,  tous  ces  faits  appartiennent  au  moins  autant  aux  annales 
générales  de  la  France  qu'à  celles  de  sa  capitale.  Plus  d'un  dcun- 
siècle  s'écoule,  ainsi  marqué  par  les  horreurs  de  la  guerre. 

Et  cependant,  la  ville  continuait  à  s'étendre,  à  se  paier.  Coiumciil 
dépeindre  le  fouillis  pittoresque  et  charmant  qu'elle  offrait  à  l'œil  au 
temps  où  Charles  VII,  enlln  vainqueur  de  l'Anglais,  put  y  rentrer  sans 
crainte  !  C'était,  dans  un  enchevêtrement  de  rues  étroites  et  tcu-lucuses, 
une  forêt  de  clochers  de  toutes  sortes  et  de  tourelles  pointues.  Les 
maisons  étaient  en  bois,  chargées  de  sculptures  délicates,  ou  bien 
c'étaient  des  logis  en  pierre,  dont  les  meneaux  faisaient  aux  fenêtres 
une  croix  naturelle.  Les  plus  riches  avaient  pignon  sur  rue;  les 
artisans  et  les  boutiquiers  avaient  des  habitations  plus  modestes, 
d'un  seul  étage  formant  saillie,  de  façon  à  protéger  le  rez-de-chaussée, 
qu'une  large  "baie  ouverte  sur  la  rue  convertissait  en  magasin,  ou  pour 
mieux  dire,  en  étalage,  car  les  acheteurs  restaient  au  dehors.  A  ces 
auvents  pendaient  des  enseignes  d'une  amusante  variété.  Les  saints 
et  les  saintes  y  étaient  très  largement  représentés,  mais  ils  n'élaienl 
pas  les  seuls.  :  le  Barillet,  le  Gril,  la  Couronne,  la  Tête  noue,  l'Kcu 


de  Fiance,  puis  tous  les  animaux  possibles,  du  lion  au  singe  et  à  la 
mouche  se  voyaient  fréquemment.  D'autres 'étaient  plaisantes  :  la 
truie  qui  file,  le  Coq  hardi  (perché  sur  le  dos  d'un  lion)  ;  un  K  majus- 
cule traversé  par  une  barre,  signiliant  :  Au  grand  Cabaret,  etc.,  etc. 

On  a  fait  des  vo- 
lumes- sur  les 
enseignes  cu- 
rieuses de  Paris. 
Trois  quar- 
tiers bien  dis- 
tincts consti- 
tuaient l'enscm- 
hle  de  la  ville. 
La  Cilé  occupiiit 
File  de  ce  nom; 
riniversilé.  la 
rive  gauche,  et 
la  ville  propiv- 
iiient  dite,  la  rive 
droite.  Trois 
cent  dix  rues  au 
total  y  serpen- 
taient ,  dont  la 
plupart  ont  con- 
servé leur  nom. 
sinon  leur  as- 
pect. Leur  liste 
complète  a  été 
conservée  aux 
érudils  dans  un 
poème  du  coni- 
mencemenl  du 
.VI?*  siècle,  écrii 
par  un  certain 
Guillot,  qui. 
chose  singu- 
lière, paraît  avoir 
eu     surtout    le 


PARIS -ATLAS 


,,j'^A'^=5^ 


A^ 


LE   PORT   SAI.NT-PAUL  AU  XVIII'   SIÈCLE;    ARRIVÉE  DU   COCHE   DAUXERRE. 


souci  de  fournir  aux  étrangers  l'itincTairc  des  cabarets  et  lieux  mnl 
famés. 

Si,  maintenant,  au  seuil  des  temps  modernes,  nous  recherchons 
dans  le  Paris  d'aujourd'hui  les  monuments  dont  fut  doté  le  Paris  du 
xiv"  et  du  xv"  siècle  leur  nomenclature  sera,  hélas!  bien  vite  dressée. 
C'est,  dans  la  Cité,  uniquement  le  Palais  de  justice,  bien  des  fois 
remanié  depuis,  mais  œuvre  en  partie  de  Philippe  le  Bel.  Sur  la  rive 
gauche,  les  bâtiments  du  collège  des  Bernardins,  devenus  caserne  de 
pompiers,  l'église  Saint-Séverin,  quelques  tourelles  de  la  rue  Haute- 
feuille,  rhôtei  de  Cluny.  Sur  la  rive  droite,  Saint-Nicolas-des-Champs, 
Sainl-Merri,  Saint-Germain-l'Auxerrois,  le  cloître  de  la  rue  des  Billettes, 
la  tour  de  Jean  sans  Peur,  la  tourelle  de  la  rue  Barbette,  celle  du 
Vertbois,  la  porte  de  l'iiûlel  Clisson,  rue  des  Archives,  et  enfin  l'hôtel 
de  Sens,  qui,  à  lui  seul,  dans  le  cadre  pittoresque  que  le  hasard  lui  a 
maintenu,  suffit  à  donner  une  idée  de  l'aspect  de  Paris  à  la  tin   du 

.  moyen  âge. 

^  Omënaissance  commence.  L'hôtel  de  Sens  et  celui  de  Cluny  en 
ont  été,  en  quelque  sorte,  les  précurseurs,  bien  français,  bien  pa- 
risiens, ne  devant  rien  h  ce  que  les  expéditions  d'Italie  nous  rappor- 
tèrent, un  peu  plus  tard,  du  goût  et  de  l'imitation  de  l'antique.  Du 
goût  seulement  :  car,  aux  arciiitectes  de  l'autre  côté  des  Alpes,  nous 
avons  le  droit  et  la  fierté  d'opjioser  les  Pierre  Lescol,  les  Jean  Bullant, 
les  Jean  Goujon,  les  Philibert  Delorme,  constructeurs  et  sculpteurs 
éminemment  nationaux  du  Louvre,  de  la  fontaine  des  Innocents,  de 


irps  de  gardt 


l'iiôlel  Carnavalet,  des  Tuileries. 
Il  est  vrai  que  l'administration 
parisienne  fit.  vers  le  même  temps, 
appela  un  artiste  italien.  Pour  la 
construction  de  l'ancien  Hôtel  de 
Ville,  dont  la  première  pierre  fut 
posée  le  V6  juillet  11333,  elle  avait 
agréé  les  plans  et  modèles  de  Do- 
minique de  Cortone,  dit  le  Boc- 
cador.  La  preuve  en  est  faite  par 
plusieurs  extraits  des  comptes  do 
la  Ville,  et  c'est  en  vain  qu'on  s'est 
efforcé  de  démontrer  que  ce  bel 
édifice  était  l'œuvre  de  Pierre 
Chambige,  «  maître  es  œuvres  de 
maçonnerie  »,  qui  ne  fit  qu'en 
diriger  les  travaux.  C'est  aussi, 
paraît-il,  le  Boccador  qui  fournit 
les  plans  de  l'église  Saint-Eustache, 
un  des  meilleurs  spécimens  de 
l'architecture  religieuse  du  xvi* siè- 
cle. ÎS'ous  ne  parlons  pas,  bien  en- 
tendu, de  la  façade,  et  encore 
qui  déshonore  «  la  pointe  Sainte- 


moins  de  l'affreux 

Eustache  ».  ,    . 

A  ces  œuvres  si  importantes  que  Paris  vit  s'élever  dans  le  xvi' sièclfV''*^*7*^ 
il  convient  d'en  ajouter  une,  également  belle  et  utile  :  le  Pont-Xeuf. 
Jusqu'au  règne  de  Henri  IV,  quatre  ponts  seulement  existaient  :  le  Petit- 
Pont  et  le  pont  Notre-Dame,  le  pont  Saint-Michel  et  le  pont  au  Change. 
On  s'en  était  contenté  depuis  Charles  le  Chauve,  mais  cela  était  réel- 
lement insuffisant,  même  en  tenant  compte  des  nombreux  passeurs 
d'eau  qui,  en  amont  et  en  aval,  offraient  leurs  services  aux  piétons, 
moyennant  quelques  deniers.  La  construction  du  Pont-Neuf  fut  décidée 
en  15'77,  moins  encore  pour  l'utilité  des  Parisiens  que  pour  la  com- 
modité du  roi,  qui  voulait  pouvoir  aller  en  carrosse,  sans  faire  de  dé- 
tour, du  Louvre  à  Saint-Germain-des-Prés,  voire  même  à  la  foire 
Saint-Germain.  Henri  III  ne  put  pas  en  jouir  cependant,  car  c'est 
on  1()02  seuleuirnl  q\ic,  jiour  la  première  fois,  son  successeur  ]iut 
ti'averser  du  quai  de  l'Ecole  au  bourg  Saint-tjermain. 

C'est  le  lieu  de  parler  du  blason  de  Paris,  de  ce  fameux  vaisseau 
symbolique  que  les  Ilots  ballottèrent  si  souvent  sans  (|u'il  ait  jamais 
siimbré..i^/i(c/iw<  tiec  meigitur,  telle  est  sa  Hère  devise,  |ilus  vraie  que 
correcte  grammaticalement  (un  bon  latiniste  aurait  dit  :  sed  nuit).  On  a 
Iungtemi)s  pense  (|ue  ces  armes  jiarlantes  avaient  été  inspirées  par  la 
lnnne  même  de  l'île  où  fut  fondée  Lutèce,  forme  qui,  en  effet,  se 
rapproche  assez,  de  celle  d'un  navire  dont  la  proue  se  terminerait  en 
face  du  Louvre.  Il  faut  renoncer  à  cette  explicalion   ingénieuse,  mais 

inexaclc  :    la   cité   n'avait 


I  i.i;i.l.l;li.    \  L.-   IjL    l'D.N  i    AL   L  11 , 


pas,  jadis,  cette  forme  ré- 
gulière que  lui  ont  donnée 
les  murs  de  soutènement 
de  ses  quais;  en  outre, 
du  côté  d'aval,  elle  se  con- 
tinuait en  quelque  sorte 
par  jdusieurs  ilols  que  la 
créati<in  de  la  place  Dau- 
phine  et  du  Irire-plein  ilu 
P(illt-Neiir  a  eu  pour  elTet 
d'allcrrii',  el  {|uand  cela 
se  fil,  les  armoiries  paii- 
sieuiiesc'xislaient  déjà  de- 
puis longtemps. 

Le  vaisseau,  c'est  l'em- 
lilème  de  celle  corpoia- 
linn  de  bateliers,  de  mar- 
I  liandsde  l'eau,  puissants 
dès  le  Xll"  siècle,  ipii,, 
iiciiis  r.ivons  dil,  avait  son 

siège  à  la  Grève  et  d'où 
iiaipill  la  |ii'iiiiilivi'  ailjiii- 
iiishalii>n  MMiiiiiipale  <li> 
Paris.  1,1's  .Uihives  natio- 
nales ciinsi'iveiit  une 
rharli-  de  l'an  LiUI),  .lonl 
le  sceau  (le  eire  repré- 
sente un  ('  l)atean  anliqni! 
avec  m.ll  soutenu  à  dioile 
el  à  gauche  pai'  (rois  cor- 
dages ".    .Vu    siùcle    sui- 


l'AlUS    DA.NS    LE    J'AS.Sli 


J     I  I  IM  III 

j   a  I III III 


Il  II  ii-iiiuLiuaff  J   I  I  miiiiiS 
V  i    ■^   U_U IMlJUUlllBI  J   a  Mil  iii.i.L&  :' 


^.^  J^'>        '^^i^^    'îr.^J^-'i^  ^  -^    ^/>^ 


LA    BASTILLE    ET    LA    PORTE    ^^  A  I  N  T- A  N  TO  I  N  E    AU   XVIIl'    SLÈCLE. 


vaiil,  la  voilo  avait  la  foinie  quadranaulairf'.  Sous  r.liarles  V,  le  liairnu 
est  surmonté  d"un  semé  de  Heurs  de  lis,  c'csl-à-dire  les  aiicieniies 
armes  de  France  (les  nouvelles  furent  simplement:  d'azur  à  trois 
Heurs  de  lis  d"or).  La  devise  latine  appartient  au  xvl'î  siècle  et  la  cou- 
ronne murale  au  premier  Empire. 

Dans  la  lanjjue  héraldique,  les  armes  de  Paris  s'énoncent  ainsi  :  De 
fjueules  au  nav'ue  équi/ié  d'urgent,  voguant  sur  des  ondes  de  mi'inc,  nu 
chef  cousu  rfVc»/'  à  un  semé  de  /leurs  de  lis  d'or,  gui  e^l  de  France  ancien. 

Napoléon  1='' avait  ordonné  que  les  fleurs  de  lis  lissent  place  à  des 
abeilles;  Louis  XVIII  avait,  naturellement,  rétabli  les  fleurs  de  lis.  Le 
conseil  municipal  fut  bien  inspiré  lorsque,  dans  sa  séance  du  14  fé- 
vrier 1880,  il  refusa  de  supprimer  à  son  tour  le  (ichef;>  aux  fleurs  do 
lis,  et  décida  par  des  considérations  purement  historiques,  de  ne  pas 
modifier  le  type  de  ses  armoiries.  Ajoutons  que  les  «  couleurs  »  de  la 
Ville  sont  également  celles  de  son  blason,  rouge  et  bleu;  elles  entrent 
donc  pour  deux  tiers  dans  la  constitution  de  notre  drapeau  national. 

Veut-on  savoir  quelle  était  à  cette  époque  l'administration  munici- 
pale? Elle  se  trouvait  être  très  complexe  et  puissante,  mieux  armi'i^ 
qu'aujourd'hui  —  le  croirait-on  —  en  face  du  gouvernement.  A  rHotol 
lie  Ville  siégeait  ce  qu'on  pourrait  nommer  l'état-major  :  le  prévôt  dos 
marchands,  assisté  de  quatre  échevins  et  de  vingt-quatre  conseillers 
de  ville,  à  qui  incombait  la  direction  de  tnules  les  nfl'aires.  Voilà  pour 
l'administration  centrale. 

Depuis  la  cons'ruclion  de  reiii.riiile  dr  Cliarli's  V,  la  villi^  iWail 
divisée  en  seize  quartiers  : 

D'abord,  au  centre,  la  Cité. 

Puis,  sitr  la  rioe  droite:  Saint-Anluinc  ;  S;iiiit  (icrvais;  Sainte-Avoye  ; 
Sainte-Opporlune  ;  Saint-Geriuain-l'Auxerrois  ;  Sainl-llonoré  ■;  les 
Halles;  Saint-Eustache;  Saint-Di'uis;  Sainl-.Marliii  ;  la  Verrerie;  Saint- 
Jacques-la-Boucherie;  la  Grève. 

Sur  la  rive  gauche:  la  place  Mauberl  :  Sainl-.-Vudré-dcs-Arls. 

Chacun  de  ces  quartiers  avait  une  aduiinislralion  pnqire,  en  réalité 
très  démocralique.  K  sa  tète  était  un  quarlinior,  dont  les  fonctions 
correspondaient  à  peu  près  à  celles  d'un  commissaire  de  police  et 
d'un  maire.  Une  de  ses  prérogatives  les  plus  appréciées  était  de 
prendre  part  à  l'élection  du  prévôt  des  marchands.  Sous  hii  étaient 
placés,  dans  chac|ue  quarlier,  quatre  cinquanleniers  et  seize  dizainicrs, 
s'occupant  de  plus  près  (]ue  ii'  quartinier,  di^s  détails  de  l'administra- 
tion. Ils  n'avaient  pas  de-  trailruienl,  et  cependant  l'emploi  était  très 
lecherché,  car  il  donnait  rang  dans  les  cérémonies  publi([ues  et  droit 
à  porter  un  manleau  officiel,  avec  des  paicmenls  en  poil  de  soie. 

L'iniluenie  des  quartiniers  fut  redoutable  ])endant  les  guerres  reli- 
gieuses de  la  fin  du  xvi"  siècle.  Ce  sont  eux  que  l'on  nommait  les  Seize, 
et  cette  di'Mominalion  restée  dans  l'histoire  générale,  dit  assez  quel 
fut  leur  pouvoir,  car  les  habilanls  bmr  obéissjiient  aveuglément.  C'est 
;\  leur  volonlé  (jue  Henri  IV  dut  d'être  si  longtemps  en  échec  devant  les 
murs  de  Paris,  puis,  de  pouvoir  enfin  traiter  de  la  paix. 

Quelle  [K-rinch'  siiii>lre  ib-s  mmiimIcs  de  l.i  ville  (|ur  ce  siège  de  Paris! 


On  en  a  trop  souvent  cité  les  liorieurs,  vingt  mille  persoDDes~mourant 
dc>  faim,  des  mèies  dévorant  leurs  enfants,  prpur  qu'il  soil  ulilê  dVn 
refaire  iii  l'afireux  tableau,  i-^n  aucun  temps,  1<'  peuple  de  Paris  n'a  plus 
tragiquement  témoigné  di'  l'ardeur  de  ses  passions  politiques  et  reli- 
gieuses, plus  rapidement  ensuite  de  l'oubli  de  ses  haines.  Il  a  sufli 
que  le  Béarnais  ait,  un  .jour,  dit-on,  déclaré  que  Paris  valait  bien  une 
messe  pour  qu'il  devint  l'idole  de  ses  sujets.  On  en  jugea  plus  tard  par 
le  degr(''  d'indignation  où  les  porta  l'acte  de  Ravaillac. 

Ce  roi  si  détesté,  puis  si  regretté, avait  conçu  un  projet  d'embellisse- 
ment de  Paris  qu'il  n'eut  pas  le  temps  de  réaliser  :  la  créalion  d"nn 
quarlier  neuf  au  Sud  du  Temple,  dont  le  point  central  aui-nit  été  une 

vaste  place.  la 
place  de  Fran- 
ce, et  dont 
toutes  les  rues 
devaient  por- 
ter les  noms 
de  nos  provin- 
ces. Cette  se- 
conde partie 
du  projet, 
seule,  reçut  un 
commence- 
nicnt  d'exécu- 
tion :  de  ce 
temps  datent 
les  rues  de 
Bretagne ,  du 
Perche,  de  Pi- 
c a ril i e  ,  de 
Beauce,  etc., 
dans  le  III'  ar- 
rondisseinenl . 
.\u  règne  de 
Henri  IV  ap- 
partient aussi 
Fenli-c-prise  de 
la  place  Uoyale 
t  place  des  Vos- 
ges! —  qui  ne 
f  u  t  a  c  h  o  v  é  e 

que  s  o  u  s 
Louis  XIII.  - 
sur  l'empia.  ■  - 
ment  de  l'an- 
cien holel  des 
Tourne  11  es. 
Désormais,  la 


LE    l'lLC'i;i    1>E    l.A   ILACli    l)KS    llAI.Ltï. 


PARIS- ATLAS 


CIMI  TII  HI     II    Cil  \RMLP    DEb   S  AI  Mb    INNOCL.MS. 


capitale  va  cesser  d"êlre  la  résidence  habiluelle  du  roi;  Louis  XIII  lui 
préfère  Saint-Germain;  ses  successeurs,  Versailles,  mais  elle  ne  perd 
rien  à  cet  abandon  relatif  :  le  xvn"  et  le  xviu''  siècle  vont  être  pour 
elle  la  période  la  plus  féconde  en  accroissements  et  en  prospérité. 

Autour  de  la  place  Royale,  dont  nous  venons  de  parler,  le  Marais  — 
c'est-à-dire  les  terrains  maraîchers  dont  la  majeure  partie  appartenait  au 
prieuré  de  la  Cullure-Sainte-Catherine  —  se  construisit  et  devint  le 
quartier  le  plus  aristocratique  de  Paris.  On  n'était  de  la  bonne  com- 
pagnie qu'à  condition  d'avoir  son  hôtel  au  Marais.  Il  nous  a  été  assez 
conservé  de  ces  hôtels  pour  attester  lu  magnilicence  du  quartier,  mais 
l'aristocratie  les  a  désertés  depuis  longtemps,  du  inoins  celle  de  la 
naissance;  l'industrie  lui  a  succédé  dans  ces  nobles deiiieurcs  et  y  fait, 
d'ailleurs  fort  bonne  figure. 

A  l'autre  extrémité  de  la  ville,  sur  le  chemin  de  Vaugirard,  .Marie  de 
Médicis  confiait  à  l'architecte  Salomon  de  Brosse  le  soin  de  lui  bâtir 
le  somptueux  palais  du  Luxembourg.  Pour  l'alimenter  d'eau,  elle 
n'hésitait  pas  à  capter  les  sources  de   Rungis,  à  trois  lieues  de  dis- 


:  :  :  r  ifffi' 


^:£-^ 


I.  OI-LRA    1;T    I.liS    UOULliVAKDS   A    l,A    l'IN    DU    .WIIP    SIKCLK. 


tance,  et  à  construire  un  aqueduc 
digne  des  Romains,  au-dessus  de 
celui  que,  treize  cents  ans  avant, 
ils  avaient  élevé  à  Arcueil. 

Louis  Xin,  enfin,  renferma  dans 
l'enceinte  de  la  ville  par  une  for- 
tification continue  la  région  de 
l'Ouest,  jusqu'à  la  rue  Royale  et 
aux  grands  boulevards,  qui  devin- 
rent alors  le  fossé  de  cette  en- 
ceinte. Au  delà  de  cette  enceinte, 
une  belle  promenade  fermée  de 
grilles,  fut  tracée  le  long  de  la 
Seine  :  le  cours  la  Reine,  lieu  de 
rendez-vous  habituel  desboulevar- 
diers  d'alors.  La  iilaoe  Royale,  le 
cours  étaient  les  deux  seuls  en- 
droits de  Paris  oii  il  fût  de  bon 
ton  de  se  promener  en  carrosse. 
L'excessive  dévotion  d'.\nne 
d'Autriche  peupla  'de  couvents  le 
faubourg  Saint-Jacques:  Feuillan- 
tines, L'rsulines,  Visitandines,  rc- 
liijieuses  de  Port-Royal,  religieuses 
du  Val-de-Gràce.  La  chapelle  de 
ces  dernières  fut  traitée  avec  un 
luxe  tout  particulier,  qui  fit  l'ad- 
miration des  contemporains  plus 
qu'elle  ne  fait  la  nôtre,  encore 
que  ce  soit  le  meilleur  morceau 
d'une  architecture  bien  dégénérée. 
11  n'est  que  trop  vrai  que  rarchiteclure  religieuse  des  deux  derniers 
siècles  de  l'ancien  régime  ne  peut  soutenir  la  comparaison  avec  celle 
du  moyen  âge.  Qui  oserait  préférer  Saint-Uoch  à  Saint-Merri  ou  à 
Saint-Séverin?  Quel  bijou  plus  délicatement  ciselé  que  la  tour  Saint- 
Jacques? 

Cette  majesté,  si  froide  et  triste  à  nos  yeux,  où  avait  abouti  le  style 
religieux  paraît  bien  moins  choquante  dans  les  édifices  civils  du 
même  temps.  La  colonnade  du  Louvre,  les  places  Vendôme  et  des 
Victoires,  les  portes  Saint-Denis  et  Saint-Martin,  fous  ces  monuments 
dus  à  la  vanité  de  Louis  XIV  ont  une  réelle  grandeur  et  honorent 
Paris.  Ils  ont  pour  beaucoup  contribué  à  accroître  l'universel  renom 
(jne  lui  avaient  valu  les  siècles.  On  put  croire  alors  que  la  ville 
était  à  l'apogée  de  sa  splendeur.  Qu'en  penserait  aujourd'hui  l'or- 
gueilleux inonari|ue'.' 

Le  7  mai  1117,  le  tsar  Piej^re  le  Grand  fit  une  visite  solennelle  à  la 
capitale.  Les  relations  du  temps  sont  pleines  de  détails  sur  ce  voyage 
que  l'on   a  justement  rapproché   de   celui  de  l'empereur  Nicolas  H, 

encore  présent  à  toutes  les 
mémoires.  Pierre  le  Grand 
se  fatigua  bientôt  des  ri- 
gueurs du  protocole.  Aux 
appartements  magniliiiues 
qu'on  lui  avait  préparés  au 
Louvre,  il  préféra  le  séjour 
]iliis  simple  de  l'hôtel  de 
l.esdiguières  (au  coin  de  la 
rue  du  Petit-.Musc  et  du 
(|uai  des  Célestins).  Là  en- 
eore,  se  soustrayant  à  l'e.s- 
corli'  de  huit  gardes  du 
(■<irps  préposés  à  sa  garde, 
il  aima  mieux  vivi'c  à  sa 
guise,  sortant  incognito. 
Le  tsai-,  dit  un  chroni- 
(|iiiiir  (  Dubois  de  Sainl- 
(lelais),  n'en  usoit  ainsi  «pie 
parce  (|ue  sa  euriosilé  le 
eonduisoil  chez  d'habiles 
ouvriers,  ou  cjii'z  des  cu- 
riiux,  où  une  nombreuse 
suite  auroit  été  aussi  em- 
barrassante que  peu  Convi'- 
iiable.  »  Les  (iiibelins  et  la 
Monnaie  lalors  installée  rue 
di'  l'Arbre-Sec)  pamisseiil 
r.ivoir  surtout  intéressé.  Il 
ni'  ipiilta  la  capitale  quo 
dans  le  courant  de  juin. 


•-imu 


•.iv»*^: 


PARIS   DAiNS   LE  PASSÉ 


!"ft*S^- 


^i]iî5îjiVj<^ 


"y^i^S*)- 


Thcâtre  historique 


Tliiîairc  imiKiial.  l'nlic,  Draiiiali.|iifs.  La  Oii.l.'. 

I.ES   THÉATUKS    DU    BOULEVARD    1>U    TEMPLE   (1760-1800' 


J^\j^^^f 


Dopais  1702,  une  nouvrlle  division  des  qiuH-tiers  avait  ('lé  faite.  De 
seize,  on  en  avait  élevé  le  nombre  à  vingt  : 

Cité;  Saint-Jacques-de-la-Boucherie  ;  Sainte-Opportune;  Louvre; 
Palais-Royal;  Montmartre;  Saint-Euslache;  Halles;  Saint-Uenis  ;  Saint- 
Martin-des-Champs;  la  Grève;  Saint-Paul;  Sainte-Avoie  ;  le  Temple; 
Saint-Antoine;  place  Maubert;  Sainl-lîenuit;  Saint-André-des-Arts; 
Luxembourg;  Saint-Germain-des-Prés. 

L'enceinte  septentrionale  sous  Louis XV  reste  fixée  aux  boulevards; 
mais  en  dépit  de  défenses  expresses,  de  bornes  marquant,  au  nom  du 
roi,  les  limites  au  delà  desquelles  on  ne  doit  pas  bâtir,  les  faubourgs 
ne  cessent  de  grandir:  la  Grange-Batelière,  la  Cliaussée-d'Antin,  la 
Ville-l'Évèque,  le  faubourg  Saint-Honoré  commencent  à  devenir  do 
véritables  villes 

Sur  la  rive  gaucbe,  il  y  a  longtemps  que  l'antique   fortilicalion  de 
Philippe-Auguste  a  été  dépassée,  submergée  ;  déjà,  au  Midi,  elle  atteint 
le  boulevard  Montparnasse^^  A  l'angle  qu'il  fait  avec  la  rue  de   Sèvres, 
-"'  est  ouverte  la  barrière  dite  des  Incu- 
rables   (parce    que  l'hospice   de    ce 
nom  était  situé  rue  de  Sèvres,  là  où 
est  maintenant  le    squ;ire   du    Bon- 
Marché). 

Les  fermiers  généraux,  qui  pre- 
naient à  bail  la  perception  des  droits 
d'entrée,  obtinrent  de  Louis  XVI  la 
permission  de  construire  à  leurs 
frais  un  nouveau  mur  d'enceinte, 
autant  pour  empêcher  la  fraude  que 
pour  agrandir  la  zone  du  territoire 
imposable.  Cette  enceinte,  que  la 
Kévolution  interrompit  d'abord  en 
proclamant  la  liberté  des  barrières, 
mais  que  les  besoins  fiscaux  la  for- 
cèrent à  achever,  on  peut  la  recon- 
stituer aisément  car  elle  est  repré- 
sentée par  le  tracé  des  boulevards 
que  la  tradition  persiste  ù  nommer 
extérieurs,  alors  qu'ils  ne  le  sont 
plus  depuis  quarante  ans.  Ils  ne 
l'étaient,  du  reste,  que  pour  moitié.  Le 
mur  s'élevait  au  milieu;  en  deçà  ré- 
gnait dans  la  ville  un  chemin  de 
ronde;  au  delà,  le  boulevard  exté- 
rieur proprement  dit,  qu'un  espace 
libre  de  30  toises  [100  mètres)  devait, 
à  l'origine,  séparer  de  toute  bâtisse. 
Les  pavillons  des  barrières,  con- 
struits assez  massivement  par  Le- 
doux,  ont  à  peu  près  tous  dispar\i. 
sauf  ceux  de  la  barrière  d'Enfer, 
place  Dcnfert-Rochereau. 

Du  temps  de  Louis  XV  datent  plu- 
sieurs monumenisdignos  d'être  cités  : 
l'École  militaire,  l'hôtel  des  Mon- 
naies et  la  fontaine  de  la  rue  de  Gre- 
nelle sont  les  principaux  qu'ait  vu 
achever  ou  entreprendre  ce  règne  do 
11  faut  y  ajouter  le  dessin  de  la  place 


(le  la  Concorde  avec  la  statue  équestre  du  roi,  qu'un  l'chafaud,  royal 
aussi,  devait  si  dramatiquement  remplacer,  les  deux  beaux  hôtels 
bâtis  sur  cette  place  par  Gabriel  pour  former  l'entrée  de  la  rue  Royale 
—  un  remaniement  élégant  des  Champs-Elysées,  du  à  M.  de  Marigny. 

D'autres  travaux  considérables  furent  poursuivis  ou  commencés  sous 
le  règne  suivant  :  l'église  monumentale  que  l'abbaye  de  Sainle-Gene- 
viève  se  destinait,  œuvre  de  Soufllot,  et  qui  est  devenue  le  Panthéon; 
la  Madeleine,  bâtie  pour  remplacer  la  modeste  paroisse  de  la 
Ville-rÉvèque  et  qui  faillit  bien  ne  jamais  être  affeclée  au  culte 
catholique;  le  pont  Louis  XVI  (pont  de  la  Concorde);  le  fas- 
tueux palais  des  Bourbons-Condés  (aujourd'hui  Chambre  des  députas); 
le  couvent  des  Capucins  à  la  Chaussée-d'Autin  (aujourdliui  paroisse 
Saint-Louis-d'Antin  et  lycée  Condorcet)  et  dans  ce  même  quartier, 
de  charmants  hôtels  particuliers,  rivaux  en  luxe  et  en  grâce. 

11  n'est  pas  excessif  de  dire  que  la  Révolution  française  a  été  avant 
tout  la  révolution  parisienne.  Xon  pas  que  le  cœur  de  la  France 
presque  entière  n'ait  battu  à  l'unisson  de  celui  de  la  grande  ville  pour 
la  conquête  de  la  liberté,  mais  parce  que  tous  les  actes  de  cette  solen- 
nelle et  terrible  époque  eurent  Paris  pour  théâtre.  Hélas!  aux 
journées  de  concorde  en  succédèrent  d'autres,  trop  dUTérentcs:  le 
pavé  des  rues  et  des  places  publiques  fut  teint  de  sang.  Tantœ  molis 
(rnt...!  La  victoire  du  1-4  juillet  elle-même  aurait  pu  et  dû  être  une  vic- 
toire pacifique,  sans  effusion  de  sang. 

Dès  l'aurore  de  la  Révolution,  le    peuple   de   Paris  s'était  trouvé 
debout,  frémissant  comme  au  temps  de  la  Ligue;  mais  celte  fois  ce 
n'était  plus  pour  défendre  des  théories  religieuses  :  les  philosophes  lui 
ent  appris  ce  qu'étaient  ces  trois  belles  idées  de  liberté,  d'égalité, 
ité;  il  voulait  leur  triomphe. 

constance  administrative  lui  donna  la  cohésion  indispen- 
sable pour  accomplir  ce  grand  œuvre.  Les  quartiers  avaient  été 
divisés  en  soixante  districts  élecloraux  en  vue  de  l'élection  des  dé- 
putés  aux   états  généraux.    Le  lieu    désigné  pour    les  réunions  des 


av^ent  app 

dc&'aternil 

Jrna   cire 


LA    TOUKICLLK 
s  c  I  li  N  ;s  a  p  L  A  f  ii  i>  l: 


LA    liAKKlÉKK   DES    CHAMPS-ELYSÉES,   conslruitî  p.ir  Ledocx. 


PARIS -ATLAS 


PARIS 

sous 
LOUIS  -  PHILIPPE 

'  18*0  ' 

avec  le  tracé 

ies 

ENCEINTES  ANTÉRIEURES 


aa  Zncemie  sous  Philippe  Auguste 
tt  soiis  Charles  Y 

xm 

Ajd.Accrojss  sou^loiusJJV 
f  f  sous  LouisXV 

hhEnce-.^"  sousZoui  JVI 
11  sousLomsJVM 


PLAN    DE    PARIS    SOUS    LOUIS- PII  ILl  PPIi    (1S30-1S'|S 


(iloyens  fut  soit  l'église  paroissiale,  soit  l'une  des  salles  d'un  couvent. 
C'est  ce  qui  explique  les   noms  dont  on  les  d<5signa,    et  dont  voici 
la  liste  : 
Sainl-André-des-Arls.  —  Les  Cordeliers.  —  Les  Carmes  déchaussés. 

—  Les  Piémontrés. —  Saint-Honoré.  —  Sainl-Rocli.  —  Les  Jacobins- 
Saint-Honoré.  —  Sainl-Philippe-du-Uoule.  —  Saint-Germain-dcs-Prés. — 
Les  Petits-Aui;ustins.  —  Les  Jacobins-Saint-Dominique.  —  Les  Théatins. 

—  Saint-Louis-en-rile.  —  Saint-Nicolas-Ju-Cliardoniiet.  —  Saint-Victor. 

—  Les  Hlancs-.Manli'UUX.  — Los  Capucins.   —  Les  Enlants-liouges.    — 


'-''  ''!!Br;iPî 


'   1'9  "HP     -i. 


II.VILLLI    AU    tU.\l.\lK.NCL.MI;.vr    DU    Xl.\-    .--ILCLli. 


Les  Pères  de  Nazareth.  —  Sainl-Élienne-du-Mnnt.  —  Le  Val-de-Grilre. 
—  Sainl-Marcel.  —  Saint-N"icolas-des-Cliamps.  —  Saiiilç-Elisabcth.  — 
Les  Filles-Dieu.  —  Saint-Laurent.  —  Les  Barnabites.  — Notre-Dame.  — 
.Sainl-Séverin.  —  Saint-tJermain-i'.Vuxerrois.  —  L'Oratoire.  —  Les 
Feuillants.  —  Les  Capucins-Saint-Honoré.  —  Sainl-lùistache.  —  Les 
Pelils-Pères. —  Les  Filles-Sain  l-Tlionias. —  Les  Capucins  de  la  Chaussée- 
d'.Vntin.  —  Les  Xlathurins.  —  La  Sorbonne.  —  Saint-.Iaciiucs-ilu-Iiaut- 
l'a.s.  —  Le  Petil-Sainl-Anloine.  —  Les  .Minimes.  —  ïraiiiel.  —  Saiiilc- 
-Marguerite.  —  Les  Grands-.Vugustins.  —  Saint-Jacques-Je-rilùi)ilai.  — 
lîonne-Nouvelle.  — Sainl-Lazarc.  —  Sainl-.Iean-en-(;rèvc.  — Saint-tJer- 
vais.  — Sainl-Louis-la-Cullure.  —  Les  Enfants-Trouvés.  —  Saint-Mirri. 
--  Le  Sépulcre.  — Saint-M.irlin-des-Clianips.  —  LesUécollets. —  Saint- 
Jacques-la-lioucherie.  —  Sainl-Leu.  —  Sainl-.Magloire.  —  .'^ainl-.liisi'pli. 

Ce  que  le  gouvernement  n'avait  pas  prévu,  c'est  l'ardeur  qu"app(irtèren  l 
li'S  Parisiens  à  l'exercice  de  ce  droit,  si  nouveau  pour  eux,  île  discuter 
les  affaires  publiques.  Une  fois  les  opérations  électorales  terminées. 
b'S  dislri('ts  di-meurèrenl  constitués;  lu  rnyaulé  fut  impuissante  à  les 
dissoudre.  Clia(|ue  suir,  les  ciluyens  se  réuiiissaii  ni.  discutaient  l'évi-- 
nement  du  .joui',  rédigeaient  et  faisaient  imprimer  des  prnci's-verlunix 
de  leurs  décisions,  presque  tmijours  unanimes,  qu'ils  impusérent 
ainsi  à  la  municipalité. 

En  1790,  la  divisiim  en  snix.inti'  disliiels  fui  iempl.ii(''e  par  une  divi- 

^iiin  en  (|uaranle-liiiit  seclinns.  Cela  ne  inudilia  i-n   lien  i siliialiim 

désormais  acquise.  Les  sectiiiiis  furent  plus  puissantes  encure;  elles 
gouvernèrent  avec  les  représentants  de  la  naliim;  il  n'i'sl  pas  une 
grande  jnurnée  de  la  Révcduliou  ([ui  n'ait  été  décidéi-  avec  leur  con- 
i-ours,  pour  ne  pas  dire  leur  volonté. 

Elle  avaient  reçu  les  noms  de  monuments,  reli;;ieux  ou  antres,  de  l,i 
rue  prineipale  ipii  b's  travi'rsail,  de  l'ancii'ti  quartier  dont  elles  avaii-nl 
fait  partie.  En  M'd'i,  toutes  les  dénomiiiatiuns  rappelant  de  près  nu  de 
loin  le  régime  déclin  fnn-nl  proscrites  inqiitoy.ibjenient  ;  celles  (|u'iiri 
leur  substitua  p.irlent  bi'ii  le  cacliel  ib'  celle  diamatique  épii,|ue.  Cit'Uis 


PARIS   DANS  LE   PASSÉ 


U.N   JOUR   DE    REVUE    AUX    TUILERIES    SOUS    I.E    PREMIER    EMPIR  E  (  1  8  1  0).  D'après  le  tableau  de  BELLiSoÊ. 


entre  autres  les  sections  des  Piques,  du  Mont-Blanc,  Guillaume-Tell, 
du  Contrat-Social,  de  Mucius-Scœvola,  du  fîonnet-Rouge,  des  Sans-Cu- 
lottes, de  Brutus,  de  l'Indivisibilité,  du  Contrat-Social,  de  la  Réunions, 
des  Amis-de-la-Patrie. 

L'ne  nouvelle  répartition  fut  créée  en  1793,  qui  devait  durer  soixante- 
cinq  ans.  Durant  ce  temps,  Paris  comprit  douze  arrondissements,  lor- 
mant  chacun  quatre  quartiers.  En  voici  le  tableau  au  moment  du 
remaniement  qui  les  supprima  : 

I'"'  Arrondissement.  —  Quartiers:  Tuileries;  Champs-Elysées;  Roule; 
Place  Vendôme. 

II«  Arrondissement. — Oic-jri/er^.-Chaussée-dWnlin  ;  Palais-Royal;  Fey- 
deau  ;  Faubourg-Montmartre. 

111°  Arrondissement.  —  Quartiers:  Faubourg-Poissonnière;  Saint-Eus- 
tache;  Montmartre  ;  Mail. 

IV»  ARR0ND1S3E.MENT.   —  Quartiers:  Saint-llonoré  ;  Louvre;  Marchés 
Banque. 

V« Arrondissement.  —  Quartiers:  Bonne-Nouvelle  ;  Porlc-Saint-Marlin  ; 
Faubourg-Saint-Denis  ;  Montorgueil. 

VP  Arrondissement.  —  Quartiers:  Temple;  Porte-Sainl-Denis;  I.om- 
bards  ;  Saint-Marlin-des-Champs. 

VU"  .\ubondissement. —  Qu'irtiers  :  Arcis;  Mont-de-Piélé  ;  Sainle- 
.Vviiye  ;  Marché-Sain t-Jean. 

V1II=  Arrondissement.  —  Quartiers  :  Quinze-Vingls;  Faubours-Saint- 
Antdine;  Popincourt  ;  Marais. 

IX'  Arrondissement.  ■  Quartiers:  Cilé;  Ile-Saiiil-Louis  ;  Arsenal  ; 
Ilùlel-de-Ville. 

X."  Arrondissement.  —  Quartiers;  Invalides;  Sainl-Tlionias-d'.Vquin  ; 
.Munnaie;  Faubourg-Sainl-Cermain. 

XI'' Arrondissement.  —  Quartiers:  Luxembourg;  ÉcoJc-ilc-Mrdrcini'. 
Palais-de-JusIice ;  Sorboiine. 

Xll'  Arrondissement.  —  Quarlitrs  ;  Jardin-du-Roi  ;  Saint-Jacques; 
Observatoiie ;  Saint-Marcel. 

La  Révolution  n"a  pas  l'onde  de  nidninnenls  à  Paris;,  en  revanche, 
elle  y  a  fondé  des  institutions,  plus  que  ceiilenaires  aujouririuii,  ce  qui 
prouve  leur  importance.  Est-il  besoin  de  rappeler  que  l'Ecole  nor- 
male, l'École  polytechnique,  le  .Muséum  d'histoire  naturelle,  l'Instilut 
furent  son  œuvre"? 

Nous  passerons  rapideineiU  sur  la  période  du  lliii'ctidie,  période  de 


licence  sans  frein,  et  aussi  sur  «  l'épopée  impériale  •  dont  le  dénoue- 
ment valut  à  la  ville  de  voir  deux  fois  sous  ses  murs,  en  1814  et  en  1813, 
les  armées  de  l'étranger  et  de  connaître  la  douleur  d'une  double  occu- 
pation. Disons  douleur,  mais  non  humiliation,  car  la  population  se 
comporta  avec  sa  vaillance  ordinaire  :  les  meurtriers  combats  des 
Buttes-Chauinonl,  de  la  place  du  Troue,  de  la  bai-rière  de  Clichy  l'at- 
testent à  sou  honneur. 

La  Restauration  élève  des  églises,  rouvre  des  couvents  ;  Charles  X 
déchaîne  la  Révolution  de  1830  en  supprimant  les  quelques  libertés, 
bii-n  tièdes  pourtant,  que  son  frère  avait  accordées,  il  est  vrai,  à  son 


.tl#*^ff'i 


'X- 


I  f 


.\NCIEN   PONT   LOUIS-PIIII.IPPE   ET    PASSER  tiLLlî  DE  LA   CITE. 

corps  défendanl.   L'ne    fois  de  plus,  les  Parisiens  arrosèrent  de  leur 
sang  les  fondations  d'un  nouveau  régime. 

Deux  faits  capitaux  pour  le  développement  de  Paris  marquent  le 
règne  de  Louis-Philippe:  la  création  des  chemins  de  fer  (le  premier 
fut  celui  de  Paris  à  Saint-tioriuain  eu  IS371  et  la  construction  des  for- 


PARIS- ATLAS 


Y'- 


RUINES  DE    LA 
DE   Si-JEAN- 


liliçations.  On  a  peine  à  comprendre 
in.jourdhui  l'opposition  qui  fut  faite  à 
•  '"S  deux  œuvres.  Promoteur  véhément 
I'=  la  seconde.  M.  Thiers  était  un  advei'- 
iire  résolu  de  la  première.  Il  fut,  plus 
I  ird,  mieux  placé  que  personne  pour 
reconnaître  leur  utilité.  Les  chemins 
de  fer  ont,  de  plus  en  plus,  continué  à 
rendre  d'incomparables  services,  si  bien 
qu'il  est  impossible  d'imaginer  aujour- 
d'hui ce  qui  arriverait  s'ils  nous  man- 
quaient. Quant  aux  remparts,  moins 
durable  aura  été  leur  existence.  Les  pro- 
grès de  la  civilisation  s'étendant  à  ceux 
de  l'art  militaire,  ont  rendu,  paraît-il, 
leur  protection  inefficace,  au  moins  dans 
la  région  de  l'Ouest  et  du  Nord-Ouest, 
où  la  Seine  est  considérée  comme  une 
barrière  suffisante.  Aussi  leur  démoli- 
tion entre  la  porte  du  Point-du-Jour  et 
celle  de  Pantin  est-elle  chose  décidée; 
mais  on  n'oubliera  pas  que  durant  le 
siège  de  1870,  ils  jouèrent  leur  rôle  dans 
la  glorieuse  résistance  de  la  cité. 

Oupeut  juger  sévèrement  le  gouverne- 
ment politique  de  Napoléon  III.  Il  y  au- 
rait injustice  à  méconnaître  ce  qu'il  fit 
pour  la  ville.  Peu  importe  que  le  désir 
de  se  conquérir  de  difficiles  sympathies, 
que  la  spéculation  aussi,  aient  été  de 
puissants  facteurs  du  souci  don:  témoi- 
gnèrent l'empereur  et  son  principal 
conseiller,  Haussmann,  pour  la  transfor- 
mation de  la  capitale.  La  constatation 
reste  entière  :  Paris  étouffait,  manquait 
d'air,  de  jour,  de  larges  débouchés  cor- 
respondant à    une    circulation   chaque 

jour  plus  intense,  de  promenades,  de  boulevards  pour  les  habitations 
de  luxe.  Tout  cela  lui  fut  donné.  Les  archéologues  ont  déploré,  non 
sans  raison,  que  çà  et  là  quelque  curieux  monument  du  passé  n'ait 
pas  été  épargné  par  un  tracé  brutal  qui  peut-être  aurait  pu  l'éviter, 
nous  persistons  à  penser  que  le  remède  fut  meilleur  que  le  dommage. 
Il  suffit  de  s'égarer  aujourd'hui  dans  l'un  des  quartiers,  de  plus  en  plus 
rares,  que  nous  a  légués  le  vieux  Paris,  vers  la  rue  Saint-Sauveur,  par 

exemple,  ou  en- 
core autour  de 
Saint  -  M  e  r  r  i , 
pour  se  persua- 
der que  la  capi- 
tale du  monde 
n'aurait  aucune 
prétention  à  ce 
litre  si  elle 
avait,  dans  tou- 
tes ses  parties, 
conservé  cet  as- 
pect. 

Fort  habile- 
ment, l'Empire 
s'intéressa  aux 
ipiarliers  excen- 
triques, y  créa 
des  parcs  super- 
bes (les  Huttes- 
Cliaimmnt,  Mdiil- 
souris),  y  perça 
des  bipuh'vards, 
y  éleva  des  égli- 
ses très  fasiileu 
ses.  Si  jrurs  lia- 
bilaiils  ne  lui  en 
ma  n  i  fi'slèrent 
nulle  reronnais- 
sance,  nous  n'i-ti 
soiti  III  es  |ia  s 
Miiiiiis  heureux 
de  les  avt)ir. 
LA    KUE    DE    LA    COSSONNEUIE  ^  "      ^''ande 

KT    LKII    ■■IMKRa    DEI    IIALLKI.  œUM  I',     e|l     I|M  - 


tière  parisienne,  fut  l'extension  des  li- 
mites de  la  ville  jusqu'au  périmètre  des 
fortifications.  La  loi  du  16  juin  18o9, 
ayant  son  effet  à  dater  du  1""  jan- 
vier 1860,  annexa  les  territoires  de  onze 
Communes  suburbaines  qui,  depuis  1790, 
afileuraient  la  zone  do  l'enceinte  des 
fermiers  généraux  :  Auteuil,  Passy,  Ba- 
tignolies-Monceau  (formé,  en  1830,  de 
territoires  provenant  de  Neuilly  et  de 
Clichy),  Monlmartre,  La  Chapelle,  La 
Villette,  Belleville,  Charonne,  Bercy, 
Vaugirard  et  Grenelle  (démembré  de 
Vaugirard  de  1830).  De  timides  protesta- 
li'ins  se  produisirent,  dont  il  ne  fut  pas 
l<'nu  compte  :  les  municipalités  étaient 
d'ailleurs  à  la  dévotion  du  souverain, 
choisies  par  lui,  et  se  seraient  bien  gar- 
dées de  résister  à  sa  volonté. 

Dès  lors,  Paris  reçut  la  division  en 
vingt  arrrondissements  qu'il  a  conservée 
jusqu'ici.  Le  plan  en  est  ingénieux  :  c'est 
celui  d"  une  spirale  qui  parlant  du  centre 
géométrique  se  déroule  en  courbes  ex- 
centriques. 

Mais  l'administration  éprouva  des  dif- 
licultés  quand  il  fallut  attribuer  le  n°XllI 
à  un  arrondissement.  Personne  n'en 
voulait.  Nous  disons  (pages  137  et  167) 
comment  le  chiffre  terrible,  refusé  par 
Passy,  échut  aux  Gobelins;  on  a  peine  à 
imaginer  que,  dans  un  siècle  de  lumière, 
la  superstition  ait  eu  tant  de  crédit  en- 
core. Finalement,  voici  le  tableau  des 
divisions  adoptées.  Pour  la  première 
fois,  chaque  arrondissement  fut  pourvu 
d'une  dénomination,  distincte  de  celle 
des  quartiers  et  nous  ne  nous  sommes  pas  fait  faute  de  discuter  cer- 
tains des  vocables  adoptés  : 

I'^"'  Arrondissement.  Le  Louvre.  —  Quartiers  :  Saint-Gerinain-l'Auxer- 
rois.  —  Les  Halles,  —  Le  Palais-Royal.  —  La  Place  Vendôme. 

Il*  Arrondissement.  La  Bourse.  —  Quartiers  :  Gaillon.  —  Viviennc.  — 
Le  Mail.  —  Bonne-Nouvelle. 

HP'  Arrondissement.  Le  Temple.  —  Quartiers  :  Les  Arts-et-XIétiers.  — 
Les  Enfants-Houges.  —  Les  Archives.  —  Sainle-Avoye. 

IV"  -Vrrondissement.  L'HùUl-(le-Ville.    —  Quartiers  :  Saint-Merri.  — 
Sainl-Gervais.  —  L'.Vrsenal.  —  Notre-Dame. 

V'=  Arrondissement.  Le  Pantkéon.  —  Quartiers  :    Saint-Victor.  —  Le 
Jardin-des-PlanIcs.  —  Le  Val-de-Gr;\ce.  —  La  Sorbonne. 

Vl"  .arrondissement.  Le  Luxembourg .  —  Quartiers  :  La  Monnaie.  — 
L'Odéon.  —  Notro-Dame-des-Champs.  —  Saint-Germain-des-Prés. 

Vil"'  .Arrondissement.  Le  Paluis-Bourbon.  —  Quartiers  :  Saint-ïliomas- 
d'.Vquin.  —  Les  Invalides.  —  L'École-.Militaire.  —  Le  Gros-Caillou. 

Vlll"  .Arrondissement.  L'Elysée. —  Quartiers  :   Les  Champs-Elysées. 
—  Le  Faubourg-du-Unule.  —  La  Madeleine.  —  L'Europe. 

W"  Arrondissement.  L'O/iéra.    —  Quartiers   :  Saint-Georges.  —   La 
Cliaussée-d'Anlin.  —   Le  Faubourg-Montmartre.  —  Bochccliouarl. 

X"   Arrondisse.ment.    L'Enclos  Suinl-Laureut.   —   Quartiers   :     Sainl- 
Viiuenl-de-Paul.  —  l.a  Pnrie-Sainl-Denis.  —  La  l'drle-Saiiil-.Marlin. — 
L'Ilôpilal-Sainl-Loiiis. 
XI"    Arrondissement.    Popiiicourt.    —    Quartiers    :     La  Folie -Méri- 


COMMANDERIE 
DE-LATRAN. 


VUE   DES    UEKNAKDI.NS    AU    f  O  .M  .ME  N  C  K  .M  E  N  T    DU    .MX-    .SIÉCI.E. 


PARIS- ATLAS 


qu'elle  soit,  des  monuments  achevés  ou  construits,  des  opéralions 
de  voirie  efîectuées,  des  institutions  créées  depuis  1871,  en  donnera 
du  moins  une  faible  idée.  Citons,  un  peu  au  hasard  : 

Hôtel  de  Ville,  théâtres  de  l'Opéra,  de  l'Opéra-Comique,  de  hi  Porte- 
Saint-Martin,  de  la  Renaissance,  de  la  Comédie-Française,  palais  du 


ENTRÉE    DE    L'ANCIENNE    PÉPINIÈRE   DU    LUXEMBOURG. 


LA    .STATUE    DE   LESUEUR   DANS    L'ANCIENNE    PEPINIERE. 


court.   —   Saint -Ambroise.   —    La   Roquette.    —    Sainte-Marguerite. 
XII'  Arrondissement.  Reuillij.  —  Quartiers  :  Le  Bel-Air.  —  l'icpus. 

—  Bercy.  —  Les  Quinze-Vingts. 

XIII"  Arrondissement.  Les  Gnbcltns.  —  Quartiers  :  La  Salpètrière.  — 
La  Gare.  —  La  Maison-Blanche.  —  Croulebarlir. 
XIV"  .VriRONDissEMEST.  L'Obfcrvutoirc.   —  Quartiers  :    .Montparnasse. 

—  La  Santé.  —Le  Petit- 
Montrouge.  —  Plaisance. 

XV"  Arrondissement. 
Vaugirard.  —  Quartiers  : 
Saint- Lambert.  —  ÎSec- 
ker.  —  Grenelle.  —  Javel. 

XVI'  Abrondissemlnt. 
Passtj.  —  Quartiers  : 
Auleuil.    —   La  Muette. 

—  La    Porte-Daupliine. 

—  Les  Bassins  (Cliaillot, 
depuis  1896). 

XVII'-  Arrondissement. 
Batif/nolles  -  Monceau.  — 

—  Quartiers  :  Les  Ter- 
nes. —  La  Plaine-Mon- 
ceau.—  Les  BatignoUes. 
Les  Épinelles. 

XVI  II"  Arrondis- 
sement. Lfi  BuUe-Mont- 
marlre. — Quartiers:  Les 
Grandes  -  Carrières.  — 
Clignancourl.  —  La 
Goulte-d'Or.  —  La  Cha 
pelle. 

XIX'  .arrondissement. 
Les  Butles-Chauinonl.  — 
Quartiers  :  La  Villette.  — 
Le  Potit-d.;-Flamlie.  — 
L'Amérique.— Le  Combat. 

XX"  Arrondissement.  Ménitmo)it(inl.  Q\uni\i-rii  :  —  Ifellevilie.  —  Sainl- 
Fargeau.  —  Le  Père-Lacliaise.  —  Cliaronno. 

L'année  terrible  vint  Iragiquement  interrompre  dix-liuil  aiiin'es  dune 
prospérité  (|ui  avait  Uni  pai'  deveuii'  failice.  Ce  que,  ni  en  ISKi,  ni 
en  181b,  les  alliés  n'avaient  osé  l'aiie,  rAllema;.'ni'  l'osa:  peiidanl  huis 
semaines  du  moisde  janvier  1871,  Paiis  lut  bombardé,  niouiiit  de  faini. 
Toujours  liéroî(|ues,  ses  habitants  l'éclamajenl  une  autre  moi'l;  l'im- 
pfîritie  de  ses  chefs  ne  le  leur  permit  pas.  Puis,  ce  fut  la  guerre  civile, 


LKS    MOULINS    DU    VIi;i-X    M  ONT.M  A  RTR  E.  (Coinmcncomont  du  xix'  sii'cle.) 


Trocadéro,  tour  Eiffel,  palais  des  Beaux-Arts,  hôtel  des  Postes,  Bourses 
du  Commerce  et  du  Travail,  Sorbonne,  lycée  Louis-le-Grand,  Écoles  de 
droit  et  de  médecine,  lycées  Louis-le-Grand,  Montaigne,  Condorcet 
(petite  division),  Janson-de-Sailly,  Buffon,  Carnot,  Voltaire;  lycées, 
de  tilles  :  Fénelon,  Racine,  Victor-Hugo,  Lamartine,  Molière;  collèges 
Rollin  et  Chaptal  ;  écoles  Lavoisier,  Boule,  Diderot,  Arago,  Estienne; 

—  mairies  <les  X" ,  Xll", 
XIII»,  XV«,  XVI%  XVIII% 
XIX"  et  XX'  arrondisse- 
ments; ■  toutes  les 
grandes  gares  do  che- 
mins de  fer  remaniées 
et  embellies,  gares  d'Or- 
léans (quai  d'Orsay)  et 
des  Invalides,  construi- 
tes; —  avenues  di'  l'Opé- 
ra, de  la  Répuldi(iue, 
(ianibella;  rues  de  la 
('iiiivenlion,  d'Alésia,  île 
Tolbiac, Mozart;  la  Butte- 
aux-Cailles  nivelée;  — 
tout  un  (|nartier  créé 
dans  le  XVI"  arrondisse- 
ment au  N.-O.  de  la 
Mnelle;  parc  de  Monl- 
souris;  —  iionts  de  Tol- 
biac, Sully,  Ab-xandre  III. 
Miiabeau,  passerelle  de 
l'.issy  ;  —  églises  du  Sa- 
<■  ié-C(i'ur,  d'Auteui  I, 
S.iinle-.\nne;  ^  hôpi- 
!aux  nichai,  Debroussc, 
Broussais,  llérold.  Te- 
non, des  Dames-Fran- 
çaises ,  Boucicaul  ;  — 
hiispitalilé  de  nuil,  am- 
Sceaux  prolongé  jns(|n'au 
'Ai- 


biilianc.'s  urliainrs;  -  -  cliiniiiis  de  Ter  : 

Luxembourg,     d'Orléans     prolongé    Jusi|u'au     ipiai     d'Orsay 

ipajiin,  de  Courcelles  au    Champ-de-Mars  et  aux  Invalides,    ligne  mé- 

InqioliL-iine  de  la  piod'  de  Vincennes  à  lelle  de  Ni  iiilly,   l'UMicnlaires, 

tramways  mécanicpies    à  vapeur,  à    l'iMecIriiili-,   à  l'.iir   (iMiiprimé,  à 

lr(dley,"elc. 

Dès  mainlenaiil,  l'ère  de  ce  régime  est  marquée  dans  l'histoire  géné- 
rale de  la  patrie   par  des  d;iles  glorieuses  enli-e  lnules  :   l'Exposilion 

encore  bien  [plus  sinistre,  sur  la(|uelle  l'hisloiie   n'a  pas  prononcé  r'ii       de  1878,  celb'  île  1889:  la  visite  des  souverains  russes   en  189();  l'Ev- 

dernier  re.ssort.  posilioii  de  19IHI,   enlin.   ibuil   railiiiiiable   nmnnmenl   de   Dalou,    sur 

Mais,  nous  le  répétons, Paris  se  relève  toujours  givindi  de  ses  ruines.       la  [ilace  de   la  .Nation,  avait  pié^aué   cl  s.ilué-  déjà  l'aurnre.  VA  mieux 

Le  gouvernemeiil  do  la  troisième   République  lui   a  fait  une  vilalilé       que    jamais  se  vérilie,  aux   yciix    du   ninnde   émerveillé,   !.■  diclciu  du 

telli;  qu'il   n'en   avait  Jamais  connue.    L'énuniéralion,  si  incomplète       xin' siècle  :  Paris  sans  pair. 


PLAN    D 


PARIS- AT  LAS 


PARI 


;  /.  fl-^' 


PANTIN 


'«■JVCî 


"      '^"'"w»     «i/e/a     ?,-;*» *~iîiW 

^  Biae«or ^m.^     ^      — . — -^         .«^ 


$1 


^; 


^      f 


'^ 


PARIS-ATLAS 


QA^p/.r  ^/rr(7/2^/^j)T/;2ra/7"¥]f] 


LE     LOUVRE.    —   1"  orAiiriicri  :   SAINT-GERMAIN-LAUXERROIS. 
2°  QUARTIER  :   LES    HALLES.  —  3°  oLARTir.R  ;  LE   PALAIS-ROYAL.    —  ¥   quartier  :    LA    PLACE    VENDÔME. 


F.  |u-ciinrr  dans  l'ordre  iniin('Tii|iic,  cet  arrnn- 
disseini'ut  lient  aussi  Id  pi-cmiùro  place  par 
l'imporlance  des  monuments  que  son  territoire, 
dans  un  espace  restreint,  possède  ou  a  possédés 
auliefids  :  des  édifices  comme  le  Louvre,  le 
l'alais-Itoyal,  l'ancien  Cliàtelet,  les  Tuileries,  le 
l'alais  de  Justice;  —  des  églises  telles  que  Saiul- 
Kustache,  Saint-Germain-rAuxerrois,  la  Sainli  - 
Chapelle  ;  —  d'autres  constructions  de  tout 
genre  :  le  Pont-Neuf  et  la  slalue  de  Henri  IV,  la  colonne  Vendùiue, 
les  Halles,  la  fontaine  des  Innocents,  —  des  rues  dont  le  nom  est 
célèbre  dans  tout  l'univers  :  la  rue  de  Rivoli,  une  partie  de  l'avenue 
.de  l'Opéra,  la  rue  Saint-Honoré. 

La  superficie  du  1='' arrondissement,  dit  I.i;  LûCjvre,  est  Je  190  hectares 
(c'est-à-dire  fort  au-dessous  de  la  moyenne). 

Ses  limites  sont  les  suivantes  :  le  milieu  du  petit  bras  de  la  Seine  à 
partir  du  pont  Saint-Michel,  le  milii'U  du  cours  du  fleuve  Jusqu'à  la 
hauteur  de  l'extrémité   du  jardin  des  Tuileries,  le   mur  Ouest  de  ce 

Par[s-Atlas. 


jaidiii,  l'axe  des  ru(^s  Saint-Florentin,  Richepance  et  Ttuphot,  du 
boulevard  de  la  .Madeleine,  des  rues  des  Capucines,  des  Petits-Champs, 
de  La  Feuillade,  de  la  place  des  Victoires,  de  la  rue  Etionno-MaiTel, 
du  boulevard  Sébastopol,  du  pont  au  Cliani;e,  du  boulevard  du  Palais 
et  d>i  pont  Saint-Michel,  pour  la  moitié  Nord  seulemeul. 

Ses  quatre  quartiers  sivnt  dénommés  :  Sainl-Germaiii-l'Auxerrois,  les 
Halles,  lé  l'alais-Itoyal,  la  Place  Vendôme. 

.\\i  dernier  recensement,  sa  population  était  de  66,li50  habilanls,  ce 
([ui  lui  assure  l'avanlaiie  appréciable  d'être  le  moins  peuplé  aes  vingt 
arrondissements.  Il  suffit,  pour  ne  pas  s'en  étonner,  de  jeter  un  coup 
il'ieil  sur  le  plan  et  de  voir  les  vastes  espaces  non  bâtis  —  ou  non 
habités  —  qu'y  occupent  les  monuments  et  les  jardins. 

Ile  ce  coté,  d'ailleurs,  la  ville  ne  se  développa  que  tard.  Le  P 
ixallo-romain  et  mérovingien  était  restreint  à  la  Cité,  aux  pentes  d- 
montagne  Sainte-Geneviève,  à  l'enclos  de  l'abbaye  de  Saint-Germain- 
des-Prés;  sur  la  rive  droite,  il  n'y  avait  que  des  bois,  des  marais  et 
quand,  au  i.\»  siècle,  les  Normands  vinrent  assiéger  Paris,  ils  n'eurent 
à  détruire,  dans  ces  parages,  que  la  modeste  chapelle  nouira<ie  alors 


PARIS- ATLAS 


Suinl-Germain-le-Rond,  —  aujourd'hui  Saint-Germain- 
lAuxerrois,  —  desservie  par  quelques  moines. 

Après  les  angoisses,  après  les  terreurs  de  Tan  mille, 
la  rive  droite  commença  à  se  défricher,  à  se  bâtir,  mais 
ce  fut  d"abord  du  côté  de  TEst,  entre  le  Chàtelet  et 
l'Hôtel  de  ■\ille;  à  cet  égard,  le  1V=  arrondissement 
l'emporte  sur  le  premier,  mais  d'un  siècle  à  peine. 
Paris  se  développait  promptement,  et,  à  la  fin  du 
xn'  siècle,  toute  la  partie  centrale  du  I"  arrondisse- 
ment était  habitée,  si  bien  qu'elle  fut  englobée  dans 
l'enceinte  à  laquelle  Philippe-Auguste  a  donné  son 
nom.  Cette  enceinte,  pour  la  région  qui  nous  occupe, 
est  à  peu  près  représentée  par  le  tracé  de  la  rue  Turbico 
à  son  intersection  avec  la  rue  Saint-Denis,  les  rues 
Mauconseil,  du  Jour  et  Oblin  ;  puis,  par  une  ligne  traver- 
sant les  bâtiments  de  la  Bourse  du  Commerce  et  rejoi- 
gnant la  Seine  à  hauteur  du  pont  des  Arts  en  passant 


par  l'axe  de  la  rue  de  l'Oratoire  et  le  milieu  de  la  cour  du  Louvre. 

Le  Louvre.  —  Les  origines  du  château  du  Louvre  sont  entourées 
dobsiuiiti'.  Essayons  d'y  apporter  un  peu  de  lumière.  On  a  pensé  à  en 
trouver  l'étymologie  dans  le  mot  anglo-sa.xon  lower,  qui  signifie 
(c  demeure  »;  mais,  comme  aucun  texte  ne  permet  de  constater  l'exis- 
tence du  Louvre  avant  la  fin  du  xu*  siècle,  il  faut  renoncer  à  cette 
explication,  aussi  bien  qu'à  ci-tle  empruntées  au  latin  lupura,  endroit 
où  il  y  a  des  loups.  IJien  que,  comme  nous  l'avons  dit,  cette  région  fut 
boisée  primitivement,  elle  ne  devait  plus  l'être  lorsque  l'on  songea  à 
dénommer  la  construction  élevée  sur  ce  point  par  Philippe-Auguste. 
(Ju'il  nous  soit  permis  de  proposer  une  élymologie  que  nous  n'avons  pas 
encore  rencontrée  :  leniotlouvre  devait  s'écrire  l'ouvre  et  viendrait  de 
la  même  forme  latine,  — opéra,  —  qui  a  produit  le  mot  œuvre 
Plus  tard,  celte  origine  ayant  été  oubliée,  on  aurait  répété 
l'article,  phénomène  fréquent  en  vieux  français.  Le  Louvre, 
ce  serait  donc  l'ieuvre,  l'ouvrage  important,  imposant. 

D'autre  part,  les  historiens  de  Paris  en  général,  et 
du  Louvre  en  particulier,  ne  nous  paraissent  pas 
avoir  reconnu  la  raison  d'être  de  ce  cliûleau 
fort,  ni  dans  quelle  pensée  Philippe-Augusli 
le  fit  construire  :  ce  fut,  assurémi'nl  ><  l'ou- 
vrage •■  militaire  par  excrdience  rie  rcnceintc 
que  ce  roi  donnait  à  Paris.  En  amo[it  et  en 
aval,  chaque  rive  de  la  Seine  y  était  com- 
mandée par  une  loui':  la  tour  du  Louvi'e  fut, 
de  toutes,  la  plus  forli',  la  filus  iiii|porlanti'. 
et  Philippe-.\uguste,  en  en  laisaiit  un  don- 
jon, lui  annexa  une  enceinli'  di-  bAliineni'^ 
qui  constituèrent  un  cliAleau  féoilal  tel(|u'on 
les  construisait  alors,  il  y  avait,  en  outre, 
lirofit  pour  le  roi,  —  <|ui  savait  à  quoi  s'en 
trnir  sur  ses  fcudal.iiies,  -~  à  avoir,  grAce  à 
ce  château,  un  jiii-d  dans  la  ville  et  l'auln' 
dans  la  campagne.  Que  de  fois  le  Louvre 
et  les   Tuileries  ont  servi    à   des   évasions 


l.l.    {.LMl.    U1:.S  AHl 


Par  A.   Mkucié  (Guichcb  du  Louvre, 


LA  COUK  DU  LOUVRE  ET  LE  P.WILLO.N  HENRI  II. 

royales  ou  impériales,  depuis  Henri  III,  lors  de  la 
journée  des  Barricades  jusqu'à  l'impératrice  Eu- 
génie, le  4  septembre  1870,  sans  parler  de  la  fuite  de 
Louis  XVI  à  Varennes,  de  celle  de  Charles  X  en  1830 
et  de  Louis-Philippe  en  1848! 

Cent  cinquante  ans  après  l'édification  d\i  Louvre,  la 
construction  de  la  Bastille  s'inspirait  du  même  carac- 
tère :  elle  aussi  donnait  issue  sur  la  cami)agne  et  ter- 
minait, avec  un  appareil  redoutable,  la  foitilication 
de  la  ville.  Les  deux  édifices  servirent  aussi,  dès  l'ori- 
gine, de  prison  en  même  temps  que  de  château.  C'est 
au  Louvre,  —  à  peine  achevé,  —  que  fut  incarcéré  Fer- 
rand,  comte  de  Flandre,  fait  prisonnier  à  Bouvines  : 

Lors  fu  Ferrant,  tout  enferré. 
Dans  la  tour  du  Louvre  enserré. 


Bien  sombre,  bien  austère,  le  Louvre  devint  pour  quelque  temps, 
sous  Charles  V,  qui  y  ajouta  des  constructions,  une  brillante  résidence 
royale.  Ce  [irince  avait  pris  en  haine  le  Palais  de  la  Cité  depuis  les. 
scènes  violentes  dont  sa  jeunesse  y  avait  été  le  témoin  :  deux  de  ses 
maréchaux  massacrés  sous  ses  yeux,  sa  propre  personne  très  en 
danger.  Devenu  roi,  il  n'y  voulut  plus  habiter  et  c'est  alors  ((u'il  lit 
aménager  le  Louvre  conformément  à  ses  goûts  qui  étaient  ceux  d'un 
artiste  et  d'un  lettré.  La  «  librairie  "  si  riche  en  manuscrits  pré- 
cieux qui  y  occupait  trois  étages  d'une  tour,  sous  la  garde  vigilante  de 
Cilles  Malet,  est  restée  célèbre.  Le  Louvre  était  devenu 
presque  un  palais,  en  dépit  de  la  sévérité  de  ses  hautes 
murailles  de  forteresse  et  quand  en  1377,  l'empereur 
Charles   IV  vint  le  visiter,  il  s'en  déclara  émerveillé. 

Le  faible  Charles  VI  conserva  au  Louvre  sa  résidence 
officielle,  tout  en  lui  préférant  l'hôtel  Saint-Paul,  dont  les 
vastes  jardins  plaisaient  mieux  à  sa  folie.  Au  surplus, 
on  ne  le  consultait  jias  sur  le  choix  de  sa  résidence. 
Voici  comment  s'exiuime,  à  la  date  de  l'il3,  le  cliro- 
ni(|ueur   anonyme    qui  a   rédigé  le  Journal  iVtm 
Bourgeois  de  Paris  :  i<  Et  en  ce  temps  était  louz- 
joursle  roy  mallade  et  enl'ermé.et  il/,  lenoient 
son  aisné   fil/,   (|ui  esloit    duc  de-  (iuieiine  et 
.ivoit  espousé  la  fille  du  duc  de  Hoiirgongne, 
dedans  le  Louvre  tle  si  près  i|ue  homme  ne 
(iiiiiit  parler   à    lui,    ne  nuyt   ne    jour,    que 
iiilx...  >•  Eux, ce  sont  les  .Viniagnacs,  car  notre 
.'iiiiialisie  l'Iail  un  lioiiignignoii   iii-i'-ductible. 
Plus  d'un  siècle  s'écoule.  Eiançois  1°'",  grand 
bâtisseur  de  ihùteaux,  —  Hlois,  Chambord, 
l'ont.iini'bleau .    Sainl-Cermain   eu    sont    la 
|iri-uve,   —  et   aussi    grand    destructeur   de 
i-.istels    féodaux,   forma  le   dessein    de  rem- 
placer le  vieux  Louvre  de  Charles  V,  dont  le 
donjon   (ri  les   tourelles  jxjiiiluus  lui  offus- 
quaient lu  vue,  par  un  de   ces  palais  qu'il 


il 


PREMIER   ARRONDISSEMENT 


//rrtlAXl 


LA    PORTE  JEAN   GOUJON,    AU   LOUVRE 


aimait  tant  :  il  en  confia 
l'exécution  au  grand 
architecte  Pierre  Les- 
cot,  mais  sa  iiioit  sur- 
vint avant  qu'il  ;iit  pu 
voirmème  lecdunncii- 
cement  des  travaux. 
Ses  success(nirs  pour- 
suivirent son  dessein 
et  cela  nous  a  valu  les 
seules  vraiment  belles 
parties  du  Louvre  : 
cette  admirable  façade 
du  bord  de  l'eau,  entre 
la  galerie  d'Apollon  et 
le  pavillon  Lesdiguiè- 
res  (vis-à-vis  de  l'ex- 
trémité N.-E.  du  pont 
du  Carrousel),  et  la 
partie  S.-O.  de  la  cour 
du  Louvre,  œuvre  de 
Pierre  Lescot  (avec  les 
sculptures  de  Jean 
Goujon),  de  Chambi- 
ges,  d'Androuet  du 
Cerceau. 

Lors  de  la  Saint- 
Barthélémy  ,  l'œuvre 
était  en  plein  chantier. 
Faut-il  en  croire  les 
hommes  de  la  Hévo- 
lution  qui  marquè- 
rent de  flétrissure 
cette  admirable  fenê- 
tre de  la  galerie  d'A- 
pollon, comme  étant 

celle  «  d'où  Vinfàmc  Charles  IX  tirait  sur  le  peuple  »?  Là-dessus, 
les  avis  sont  controversés,  mais  l'on  penche  généralement  pour 
la  négative.  D'abord,  il  n'est  pas  prouvé  que  la  galerie  d'Apollon 
fût  déjà  achevée;  puis,  certain  indices  font  supposer  que  cet 
odieux  attentat  aurait  été  plutôt  commis  d'une  des  fenêtres  du 
vieil  hôtel  de  Bourbon,  démoli  au  siècle  dernier  et  qui  s'élevait  au 
point  où  maintenant  la  rue  du 
Louvre  prend  son  origine  sur 
le  quai. 

L'n  autre  souvenir,  plus  digne 
de  créance,  de  cette  terrible  nuit 
du  24  août  1572,  est  celui  de  l'hos- 
pitalité offerte  dans  sa  chambre 
même,  au  Louvre,  par  Marguerite 
de  Navarre,  femme  de  Henri  IV, 
—  la  reine  Margot,  —  à  un  gen- 
tilhomme protestant  blessé  et 
qui  fuyait,  éperdu.  Hospitalité, 
certes,  un  peu  forcée,  mais  enfin 
qu'Alexandre  Dumas  n'a  pas  ima- 
ginée de  toutes  pièces. 
— --Avec  Henri  IV,  l'achèvement  du 
Louvre  se  poursuivit  activement. 
Les  Tuileries  construites,  le  pro- 
jet de  la  royauté  fut  de  relier  les 
deux  palais  grâce  à  de  longues 
galeries  coupées  par  des  pavil- 
lons, lune  au  bord  de  l'eau, 
l'autre  du  côté  Nord,  lui  faisant 
face  et  formant  angle  droit  avec 
les  bâtiments  de  la  cour  du  Lou- 
vre. On  sait  ce  qu'il  en  est  ad- 
venu :  à  peine  le  projet  était-il 
réalisé  par  Napoléon  III,  qui' 
l'œuvre,  si  longue  à  édifier,  fui 
détruite  :  le  23  mai  1871,  les  Tui- 
leries devenaient  la  proie  des 
flammes.  Les  constructions  qui 
sont  restées  forment  encore  un 
ensemble  dont  Paris  a  toujours 
le  droit  d'être  fier. 

Henri  IV  y  est  pour  une  bonne 
part  :  c'est  à  lui   que   l'on  doit 


fTfWigys^^ 


le   prolongement,  jusqu'aux  Tuileries,   de 
la  grande  galerie  du  bord   de  leau,   dont 
seule    la    façade,    jusqu'au    pavillon     de*. 
Flore,  œuvre  de  Lefuel,  appartient  à  notre/ 
époque. 

Les  trois  quarts  de  la  cour  du  LomTe 
datent  de  Louis  XMI  et  de  Louis  XIV;  elles 
eurent  pour  architectes  Lemercier,  puis 
Levau,'et  ne  portent  que  trop  le  cachet  de 
leur  époque.  Leurs  façades  Est  et  Sud  sont 
du  même  temps;  elles  ont  été  conçues  par 
Perrault,  et  lune  deUes,  au  moins,  celle 
de  l'Est,  la  fameuse  Colonnade,  a  droit, 
pour  la  noblesse  de  ses  lignes,  à  notre  ad- 
miration. 

Les  projets  de  ces  deux  façades,  d'^s- 
sinés  d'abord  par  Levau,  n'avaient  plu  ni 
au  roi,  ni  à  Colbert.  On  résolut  de  s'adres- 
ser aux  plus  fameux  architectes  connus 
de  France  et  d'Italie  :  les  plans  qu'ils  en- 
voyèrent ne  satislirent  point  encore.  C'est 
alors  que  Louis  XIV  se  décida  à  faire  ve- 
nir le  cavalier  Bernin,  célèbre  dans  toute 
ritalie.  il  faut  lire,  dans  les  chamianU 
Mémoires  de  Perrault,  de  quel  air  se  pré- 
senta ce  personnage  et  avec  quelle  mor- 
gue, qui  mécontenta  tout  le  monde;  com- 
ment enfin  il  fut  éconduit  :  •■  Le  cavalier 
s'est  cru  un  grand  personnage  et  nous 
a  pris  pour  des  sots,  —  dit  Colbert;  mais 
il  sest  trompé  également  en  l'un  et  en 
l'autre...  ■< 

On  ignore  généralement  les  ser\-ices  que 
l'auteur  de  Peau  d'âne  a  rendu  aux  arts 
et  aux  lettres  en  sa  qualité  de  commis  de 
Colbert  à  la  surintendance  des  bâtiments 
royaux,  la  part  qu'il  prit  à  la  fondation  des  Académies  des  sciences 
et  "des  inscriptions,  et,  tout  spécialement,  le  zèle  qu'il  apportait  à  la 
surveillance  des  travaux  du  Louvre.  C'est  ainsi  qu'il  eut  assez  de 
crédit  pour  faire  aaréer  le  dessin  de  la  Colonnade,  exécuté  par  son 
frère  Claude  Perrault,  qui  était  médecin,  et  paraissait  peu  versé  en 
arcbiteclure. 


~^>¥as 


LA   OALliKlli    l)  Al'OLLO.N,    AU    M  L' S  É  li    DU    LOUVRE. 


PARIS -ATLAS 


Comment  ne  pas  rappeler,  à  ce  propos,  les 
malicieux  vers  par  lesquels  Boileau  ouvre  le 
VI'  chant  de  son  Art  poêtirjue  : 

Dans  Florence,  jadis,  vivait  un  médecin,_ 
Savant  hâbleur,  dit-on,  et  célèbre  assassin. 
Lui  seul  y  fit  longtemps  la  publique  misère  : 
Là,  le  tils  orphelin  lui  redemande  un  père; 
Ici,  le  frère  pleure  un  frère  empoisonné  ; 
L'un  meurt  vide  de  sang,  l'autre  plein  de  séné 
Le  rhume  à  son  aspect  se  change  en  pleurésie 
Et  par  lui  la  migraine  est  bientôt  frénésie. 
Il  quitte  enfin  la  ville,  en  tous  lieux  détesté. 
De  tous  ses  amis  morts  un  seul  ami  resté 
Le  mène  en  sa  maison  de  superbe  structure. 
C'était  un  riche  abbé,  fou  de  l'architecture. 
Le  médecin,  d'abord,  semble  né  dans  cet  art  ; 
Déjà  de  bâtiments  parle  comme  Mansart. 

Enfin,  pour  abréger  un  si  plaisant  prodige, 
Notre  assas.sin  renonce  à  son  art  inhumain. 
Et  désormais,  la  règle  et  l'équerre  à  la  main, 
Laissant  de  Galien  la  science  suspecte. 
De  méchant  médecin  devient  bon  architecte. 


mieux  eût  valu  la  supprimer  pour  la  reconstruire  dans  le  goût  de  la 
façade  symétrique  du  bord  de  l'eau,  restaurée  par  le  même  Lefuel. 

Sous  Napoléon  III  enfin,  furent  édifiés  les  bâti- 
ments qui  prennent  jour  sur  les  deux  squares  de  la 
place  du  Carrousel  :  pavillon  Richelieu  au  nord,  pa- 
villon Denon  au  sud.  Visconli  en  avait  dressé  les 
plans,  mais  la  mort,  en  1832,  vint  le  surprendre  et 
c'est  Lefuel  qui  eut  la  bonne  fortune  de  réaliser  son 
projet. 

École   d'architecture   par    le    slylo    de   ses  bâti- 
s,   où  quatre   siècles    sont  i-eprésentés, 
Louvre  est  une  école  d'art  incomparable 
les  richesses  qu'il  renferme  depuis 
les  primitives  manifestations  du  génie 
humain     jusqu'aux     œuvres     d'ar- 
stes  morts  d'hier.  Il  ne  saurait 
être   question   d'en   donner   ici 
un    aperçu,  même   sommaire; 
des    ouvrages    spéciaux ,    des 
catalogues  existent  pour  ren- 
seigner    les     visiteurs.     Le 
musée  est  ouvert,  fort  libé- 
ralement, chaque  jour,  sauf 


LE   MONUMENT   DE   GAMBETTA 
AU    CARROUSEL. 


Ce  médecin-architecte  florentin  n'est  autre,  dans  la  pensée  du  sati- 
rique, que  Perrault;  nous  le  retrouverons  encore,  dans  l'Iiisloire  du 
XIV°  arrondissement,  bon  architecte  de  l'Ubservaloire. 
-  Peu  après,  Louis  XIV  néglige  le  Louvre  pour  Versailles  :  il  l'aban- 
donne aux  Académies  et  aux  arts,  voire  même  aux  artistes,  qu'il  loge 
dans  les  étages  supérieurs.  Il  en  sera  ainsi  sous  Louis XV  et  Louis  XVI  : 
dc;s  expositions  de  peinture  y  sont  organisées  régulièremtmt  sous  l'in- 
telligente direction  de  M.  de  Marigny,  puis  de  M.  d'Angivillier,  surinten- 
dants des  bâtiments;  mais,  il  appartient  à  la  Révolution  de  donner  au 
Louvre,  sous  le  nom  de  Muséum  des  Arts,  sa  glorieuse  et  délinilive 
destination. 

î^apoléon  l"'  reprit  le  projet  d'achèvement  du  palais;  il  confia,  en  18ÛG, 

aux  architectes  Percier  et  Fontaine  l'exécution  de  la  façade  Nord,  fai- 
sant vis-à-vis  aux  arcades  de  la  rue  de  Rivoli,  dont  la  construction 
venait  d'être  ordonnée. 

Leur  œuvre  s'étend  du  pavillon  de  Holian  au  pavillon  de  Marsan;  elle 
est  Ir.iide  et  sans  beauté.  Très  endoinmai-i'e  [lar  les  incendies  de  la 
Commune,  elle  a  ùlù  restaurée  par  Lefuel,  mais  dans  le  même  style  : 


LE  PAVILLON  DE  ELOKK  (l.ouv 


LA  COUR  DU  CAKKOUSEL  ET  LE  PAVILLON  COLDEUT, 


11- lundi,  à  tous  ceux 
qui  veulent  aimer 
beau  (et  qui  ne 
le  voudrait?).  Nous 
ne  snurions  trop 
conseiller  de  pro- 
iler  le  plus  souvent 
possible  de  celte 
commodité  :  une 
demi-heure  mémr, 
consacrée  parfois  à 
la  visile  d'une  ga- 
lerie, est  un  temps  utilement  consaci'é  à  l'éilucilinn  des  yeux  et  du  gnùt. 
La  place  du  Carrousel  doit  son  nom  au  carrousel  ou  tournoi  fort 
brillant  que  Lnuis  .\l\'  y  donna,  —  c'était  alors  un  terrain  vague,  —  au 
mois  de  juin  l'JU2.  Le  loi  y  caracola,  costumé  en  Romain;  les  princes 
du  sang  et  les  seigneurs  de  leur  suite  y  représentaient  des  Turcs,  des 
Arméniens,  des  Indiens.  Kn  179.'J,  la  place  l'ut  déiiouimée  place  de  la 
Fraternité  et  elle  reprit  son  iinm  d'origine  sous  le  pre- 
mier Knipiie.  Elle  était  loin  d'être  ce  qu'elle  est. 
Jusqu'à  raclièvi'uieiitilu  nouveau  Louvre,  des  construc- 
tions informes  l'encdMibraient,  bordant  les  l'ues  Saiiil- 
.\icaisc  et  du  Doyenné,  Fromenteau,  Saint-Nicaise;  on 
les  jela  bas  alors,  fort  heureuseiiienl,  et  elle  appaïaît 
maintenant  dans  toute  sa  beauté.  Les  uns  y  admirent, 
d'autres  y  critiquent  le  monument  élevé  là  en  1888  à 
(iambelta,  œuvre  d'.Viibé  r\  de  liniliaii  ;  mais  persoiini! 
n'a  d(!  reproches  à  furinuler  loiilre  b'  iliannant  arc  de 
triomphe  construit  pai-  l'eirier  et  l''iiiilaiiie  (I8IIH), 
d'après  l'arc  romain  de  Seplime-Sévère,  ni  contre  le 
rpiadrige  qui  le  surmnnle,  sciilplé  p.ir  Rosio.  Il  com- 
mandait l'entrée  principale  des  Tuileries  et  c'est  là 
le  derni(!r  souvenir  du  palais  fasliii'ux  que  Calheiint! 
de  Médiiis  s'était  fait  coiislruire  par  .lean  Itullant. 
Niius  le  répétons  :  ]it  palais  des  Tuileries  n'avait  pas 
porté  bonheur  à  la  monarchie  qui  ne  l'avait  qiiilli'', 
depuis  la  grande  Rév(duti<in,  (|ue  pour  l'exil  ou  la 
mort;  une  autre  Révolution  l'a  reiivrrsé;  sa  di-stinée  a 
été  (inalcrncnl  cilb'  lie  SIS  hôli^s.  ,l,imais(i[i  ni'  devrait  se 


PREMIER    ARRONDISSEMENT 


félicilfi-  ili>  la  (lis|i,iriliou  d'iiii  muiimuI    du   passe''; 

une  comiirnsalion  nous  a  t'-ti-  iv  se  ivre  ci-piiKlant  par 
la  (Ipstniction  de  rclui-ci  :  elle  a  laissé  le  cliaiup  llliic 
à  railiniialile  pers[)cftive  ([ui  s'étend  du  Louvre  à  l'arc 
de  triom[)lie  de  l'Étoile  par  les  Chanips-Klysées.  Kl 
puis,  le  jardin  des  Tuileries  nous  reste,  pas  pour  lonp- 
tein|is  peut-être,  mais  dans  son  étal  actuel,  qui  date  ilu 
second  empire,  il  aura  été  la  joie  de  plusieurs  généra- 
tions de  Parisiens,  jeunes  et  vieux. 

Quelques  souvenirs  encore  se  rattachent  à  cette 
région  :  la  terrasse  des  Feuillants  rappelle  l'ancien 
monastère  de  ce  nom,  dont  li'S  bâtiments  servirent  dr 
club  à  la  l'action  droite  de  l'Assemlilé'e  constituante.  Au 
numéro  6  de  la  rue  du  .Mont-Tliabor,  Alfreil  de  .Musscl 
est  mort  le  2  mai  1857.  L'ancienne  église  de  l'.^ssomp- 
tion,  construite  en  1670  et  maintenant  désalTectée,  voi- 
sine avec  le  nouveau  palais  de  la  Cour  des  Comptes. 
Hue  Saint -Honoré,  398,  au  fond  de  la  cour,  est  le 
pavillon  qu'habitait  Robespierre.  Rue  Saint-Florentin,  l'ancien  liol 
Talleyrand,  est  occupé  aujourd'hui  par  la  famille  de  Rothschild. 

Place  et  colonne  'Vendôme.  —  11  n'est  guère  de  monument  qui 


/.A   RUE   DES   TUILERIES  'Du  qnai  des  Taileriesl- 


Ph'.t.  GiilUnL 


le 


LES   GUICHETS   DU    LOUVRE    (Quai  du  Loiivrc). 


ait  eu  plus  de  vicissitudes  que  la  colonne  Vendôme...  Avant  de  les 
conter,  disons  un  mot  de  la  vaste  place  dont  elle  occupe  le  centre. 

«  Le  Roy  ayant  esté  informé  de  la  facilité  qu'il  y  auroit  de  faire 
une  belle  et  grande  place  en  la  ville  de  Paris 
dans  l'espace  qu'occupe  l'hostel  de  Vandosme, 
laquelle  place  seroit  d'un  grand  ornement  à 
ladite  ville  et  d'une  grande  commodité  pour  la 
communication  des  rues  qui  en  sont  voisines 
avec  la  rue  Saint-Honoré,  S.  M.  auroit  donné  ses 
ordres  au  sieur  marquis  de  Louvois,  conseiller 
en  ses  conseils,  secrétaire  d'Estal  et  des  com- 
mandemens  de  S.  M.  et  surintendant  général  de 
ses  bâtiments,  arts  et  manufactures  du  royaume, 
d'acquérir  en  son  nom  ledit  hostel  de  Vandosme 
et  de  faire  ensuite  construire  dans  le  fond 
d'icelui  un  couvent  pour  les  religieuses  Capu- 
cines, après  la  construction  duquel  celuy  où 
elles  sont  présentement  logées,  et  qui  est  voisin 
dudit  hostel  de  Vandosme,  put  estre  abattu  et 
la  place  qu'occupe  présentement  ledit  couvent 
estre  employée  tant  à  l'augmentation  de  celle 
qu'elle  veut  bien  donner  pour  l'embellissement 
et  décoration  de  ladite  ville  de  Paris  que  pour  la 
construction  des  maisons  (|ui  environnent  ladite 
place...  "  Tel  est  le  préambule  d'un  arrêt  du 
Conseil  d'État,  en  date  du  2  mai  1080,  ordonnant 
la  construction  de  la  place  qui  devait  porter  ofli- 
ciellement  le  nom  de  place  des  Conquêtes,  mais 
qui  en  réalité  a  toujours  conservé  ctdui  de 
l'hôtel  qu'avait  habité  César  de  Vendôme,  tils 
naturel  de  Henri  IV  et  de  Gabrielle  d'Estrées. 

Mansard   en  fut  l'architecte,   et  en  dépit   de 
l'impatience  que  le  roi  montrait  à  voir  l'ieuvre 


achevée,  elle  ne  le  fut  qu'en  1701.  Tous  les  hôtels  y  ont  la  même 
ordonnance,  noble  et  froide;  ils  offrent  cette  particularité  que  leurs 
façades  ne  sont  qu'une  sorte  de  placage  et  qu'on  pourrait  les  séparer 
des  bâtiments  pour  les  transporter  ailleurs.  En  1699,  le  milieu  de  la 
place  fut  orné  d'une  colossale  statue  équestre  de  Louis  XIV.  Au  Roi- 
Soleil  ne  suffisait  pas  le  monument  que  le  duc  de  La  Feuillade  lui 
avait  fait  élever  sur  la  place  des  Victoires.  Les  deux  statues  furent 
abattues  en  1792,  celle  de  la  place  Vendôme,  le  10  août,  celle  de  la 
place  des  Victoires,  quinze  jours  plus  tard. 

C'est  en  1806  que  fut  entreprise  la  construction  sur  la  place  Ven- 
dôme d'une  colonne  ■<  à.  l'instar  de  celle  érigée  à  Rome  en  l'honneur 
de  Trajan  ••  et  faite  avec  cent  cinquante  mille  livres  de  bronze  en  pièces 
de  canon  prises  sur  l'ennemi  à  Austerlitz.  L'empereur  voulait  qu'on 
l'appelât  colonne  d'.Vusterlitz.  Mais  il  exprima  d'abord  le  désir  qu'elle 
fût  surmontée  d'une  statue  de  Charlemagne.  C'est  plus  tard  seule- 
ment qu'il  consentit  à  y  voir  sa  propre  statue,  où  il  était  représenté 
en  Itomain,  la  tête  ceinte  de  lauriers.  Cette  statue  était  l'œmTe  du 
sculpteur  Cliaudet;  l'édifice  entier  avait  eu  pour  architectes  Lepère 
cl  Condoin.  Tous  les  artistes  en  vue  de  l'époque  avaient  été  employés 
.1  la  sculpture  des  bas-reliefs;  nommons  parmi  eux  Bartolini,  Bosio, 
illodion,  Pelitot,  Lucas. 

C'est  le  sort  des  monuments  de  l'adulation  de  ne  pas  sun-ivre  à  la 
destinée  de  l'homme  pour  qui  ils  ont  été  construits.  Le  8  avril  1814.  la 
statue  fut  (<  descendue  »,  mise  de  côté,  et  le  bronze  dont  elle  était 
faite  servit  plus  tard  à  refaire  le  cheval  de  la  statue  de  Henri  IV  au  Pont- 
Xeuf.  En  1831,  Louis-Philippe,  qui  affectait  de  ne  pas  redouter  les 
gloires  de  l'Empire,  ordonna  la  construction  d'une  autre  statue  de  l'Em- 
pereur, en  redingote  grise,  et  en  fit  la  commande  à  Seurre.  Napoléon  III. 
à  son  tour,  ne  voulut  pas  être  en  reste  et  il  chargea  Dumont  de  re- 
constituer la  statue  primitive,  qui  fut  inaugurée  le  4  novembre  1863. 
Celle  de  Seurre,  devenue  inutile,  alla,  jusqu'en  1870.  décorer  le  rond-. 


Phot,  GaUlirJ. 
DKCHAUiiEMENT   DE    BATEAUX    AU    PORT    S  A  IN  T -MCOL  AS    A  saucho  le  Louvre). 


Paiiis-Ati.as. 


PARIS -ATLAS 


LE   JARDIN   DES   TUILERIES   BORDÉ    EX    HAUT    PAR    LA    RUE   DE   RIVOLI 
(Vue  prise  du  pavillon  de  Flore). 


point  de  la  route  de  Cherbourg,  à  Courbevoie,  dans  la  perspective  de  Tare 
de  triomphe  de  l'Étoile. 

Pendant  l'insurrection  de  1871,  de  nombreux  journalistes  deman- 
dèrent que  le  bronze  de  la  colonne  servît  à  fondre  des  canons  ;  plu- 
sieurs municipalités  parisiennes  exprimèrent  le  même  vœu. 

Le  gouvernement  de  la  Commune,  reprenant  les  idées  qui  avaient 
été  émises  dès  1848  par  Auguste  Comte,  et  estimant  que  le  monument 
tendait  «  à  perpétuer  les  idées  de  guerre  et  de  conquête  »,  était  par 
cela  même  «  antipathique  au  génie  de  la  civilisation  »,  ordonna 
d'abattre  ce  témoin  de  nos  victoires  passées.  L'opération  fut  consommée 
le  16  mai  1871.  La  colonne  s'abattit  tout  d'une  pièce,  mais  sans  se  briser 
entièrement,  et  le  Napoléon  resta  indemne. 

La  restauration  du  monument  a  été  ordonnée  en  1873,  et  effectuée 
sous  la  direction  d'.\lfred  Normand,  membre  do  l'Institut. 

A  deux  pas  de  là,  vers  l'Est,  se  voit  le  Marché  Saint-Honoré. 


LA    FLOUE,   de   Cari 


fiiul.  ^t;^.tlelu 

(Pavillon  de  Flore). 


LA  FO.MAl.NE   -MOLltUE,    RUE   DE   RICHELIEU. 


A  son  sujet, 
voici  ce  qu'on 
lit  dans 
compte  rendu 
delà  séance  de 
la  Convention, 
du  28  floréal 
an  III  (17  mai 
1793)   :    «    La 

Convention  adopte  le  projet  de  Delecloy,  consacrant  à  l'emplacement 
des  ci-devant  Jacobins,  rue  Honoré,  l'établissement  d'un  marché  public 
qui  prendra  le  nom  de  -Neuf-Thermidor.  »  Ainsi,  là  était  donc  cet 
ancien  couvent  des  Jacobins-Saint-Ilonoré,  fondé  en  1612  ft  qui  devint, 
après  sa  suppression,  éternellement  célèbre  et  tragique  dans  l'histoire 
jiour  avoir  été  le  siège  du  Club  des  .\mis  de  la  Constitution,  du  Club 
lies  Jacobins!  Le  marché  a  été  en  effet  construit,  mais  en  1810  seule- 
ment, et  ce  n'était  ]ihis  h-  ti-ni|is  ilc  [larlcr  du  9  thcrinidur. 

Non  loin,  l'église  Saint-Roch  dresse  sa  masse  sévère,  rue  Saint- 
Ilonoré.  Elle  est  du  même  style  que  la  plupart  des  églises  du  xvii»  siècli', 
et  ce  n'est  pas  pour  nous  émerveiller;  mais  à  l'intérieur  on  adniiri' 
[>lusieurs  belles  œuvres  de  peinture  et  de  sculjiture.  C'était  la  paroisse 
de  Corneille,  mort  rue  d".\rgenteuil,  et  il  y  a  son  tonilieau;  c'est  la 
])ariiisse  de  la  Comédie-Française  qui  y  fait  souvent  célébrer  des  services 
en  l'honneur  de  ceux  qu'elle  a  perdus. 

La  )«e  (/'Ar</e>i/(.'U(/ ihiit  son  nom  à  ce  «pie,  prolongée  autrefois  avi< 
dos  dénominations  diverses  dans  la  direction  do  la  lUe  du  Hocher,  elli; 
aboutissait  au  chemin  d'.Vrgenleuil  par  la  ]ilaiiie  .Monceau  et  Asnières. 
Corneille,  nous  venons  de  le  dire,  y  mourut  le  \"  octobre  168'»,  a|irès 
avoir  trop  longtemps  survécu  à  sa  gloire;  une  inscription  raïqulle 
que  sa  maison  s'élevait  sur  l'emplacement  du  n°  6  actuel. 

La  fastueuse  avenue  de  l'Ojiéra  a  ahsorhé  en  iiramle  partie  la  rue  d'Ar- 
genleuiletelfarédu  sol  l;i  butte  Sainl-Uocii  ou  butte  des  Moulins,  «'.'était, 
à  l'origine,  une  éminence  formée  de  gravais,  ib-Mais  i-[  autres  iminon- 
ilices,  ce  (|ue  l'on  appelait  alors  une  "  voirie  ».  Ln  marché  aux  porcs  y 
était  installé  au  moins  dès  le  xiV  siècle.  Le  3  septembre  1429,  Jeanih- 
d'Arc  voulant  pénéirerdans  Paris  parla  porli'S.iint-Ilonoii'  y  fui  blessi-e 
et  dut  renoncer  à  l'attaque.  Plus  t.ird,  pi>ut-é|ii-  niéme  à  l'époque  de 
Jeanne  d'Aïc,  il  y  avait  des  moulins  sur  la  butte.  Aux  sièclc-s  dernii-rs, 
les  moulins  avaient  fait  place  à  i|uelques  beaux  hôtels  e(  à  un  nombre 
plus  grand  de  masures  dont  beaucoup  élaienl  peu  reconiinandables. 
Le  quartier  n'a  pas  perdu,  k  n'en  garder  r|ue  le  souvenir. 

La  rue  Molière  ipii  ilal.iil  de  ces  temps  lointains  sous  le  nom  de  rue 
Traversière,  et  (|ui,  heureusement,  a  été  profondément  nivelée  depuis, 
—  au  propre  et  au  moral,  —  va  nous  conduire  ri<f  de  /liclielicu;  celle-ci 


PREMIER    A  H  rU)  N  D 1 S  S  i:  M  E  \  T 


LE    GRAND    BASSIN    DU   JARDIN    DES    TUILERIES. 


n'appartient  au  I"'  arrondissement  qu'entre  la  place  du  Théâtre-Français 
et  la  rue  des  Petits-Champs,  dans  la  partie  où  le  souvenir  de  Molière  est 
le  plus  vivace.  Il  l'était  trop,  même,  jusqu'aux  premiers  mois  de 
l'année  1898,  car  les  passants  contemplaient  avec  stupéfaction  sur  deux 
maisons  de  la  rue,  portant  l'une  le  n"  34,  l'autre  le  n"  40,  deux  inscrip- 
tions affirmant  que,  «  dans  cette  maison»,  Molière  est  mort  le  17  fé- 
vrier 1673!  Laquelle  des  deux,  cependant,  avait  réellement  droit  à  cet 
honneur?  11  a  fallu  toute  la  sagacité  de  quelques  érudits,  armés  de  plans 
géométraux,  de  toises  et  de  mètres,  puis,  toute  la  ténacité  du  Comité  des 
Inscriptions  parisiennes,  pour  identifier  enfin  l'emplacement  de  la  mai- 
son mortuaire  de  notre  grand  comique  avec  celui  qu'occupe  le  n"  40,  et 
obtenir  que  l'immeuble  rival  renonçât  à  sa  prétention  etàson  inscription. 


La  Fontaine  Molière,  en  face  de  la  fausse  maison  mortuaire,  date 

de  1844  ou,  plus  exactement  de  1838,  époque  à  laquelle  Régnier,  socié- 
taire de  la  Comédie-Française,  informé  que  l'administration  était  dans 
l'intention  de  créer  à  cet  endroit  une  fontaine  monumentale,  écrivit  au 
préfet  de  la  Seine  une  lettre  très  digne  pour  lui  proposer  d'élever  à 
Molière  «  un  monument  que  Paris,  sa  ville  natale,  s'étonne  encore  de  ne 
pas  posséder  ».  L'idée  fut  accueillie,  une  souscription  ouverte  et  fina- 
lement le  monument  était  inauguré  en  18i4.  Il  est,  dans  l'ensemble  de 
la  composition,  l'œuvre  de  Visconti  ;  la  statue  de  Molière  est  du  sculpteur 
Seurre;  les  deux  muses  placées  au-dessous  sont  dues  à  Pradier. 

C'est  encore  ne  pas  quitter  Molière,  que  de  nous  rendre  de  là  à  la 
Comédie-Française,  puisqu'on  l'appelle  la  maison   de   Molière.  Assez 


l'i,  i; -ri.i  1  1  \  1-:   m;   laxi.nli:   iii.   L"1'ika    \  .u 


PARIS- ATLAS 


inexactement,  d'ailleurs,  car  Fauteur  du  Misanthrope  n"y  joua  jamais. 
Sa  troupe,   dans  Paris,  fut  successivement  rue  Mazarine,  puis  au 
jeu  de  paume  du  quai  des  Célestins.  Au  siècle  suivant,  elle  s'installa 
tour  à  tour   au  théâtre   de  la  rue  des  Fossés-Saint- 
Germain  (aujourd'hui  rue  de   l'Ancienne-Comédie), 
au  théâtre    des  Tuileries,   à   celui   de    l'Odéon.    Ce 
n'est    qu'en  1790   que   les    Comédiens  français  vin- 
rent  occuper   leur  bâtiment   actuel,   construit    par 
Louis  pour  le  duc  d'Orléans  comme  salle  de  théâtre 
du  Palais-Royal.  Ils    ne  l'ont  pas  quittée  depuis  et 
l'on  peut  dire   que  chaque  année  est  venue  ajouter 
un  peu  de  gloire  à  la  maison.  La  Comédie-Française 
possède  des  colleclions  et  des  œuvres  d'art  remar- 
quables.  D'abord,  aux   archives  du  théâtre,  les  fa- 
meux  registres  de   La  Grange  et  de  La  Thoriilière, 
puis   la  collection  des  registres  de  receltes  journa- 
lières depuis  1681  ;  au  foyer  des  artistes,  les  beaux 
portraits  de  Molière  par  Mignard  et   de  M"'  Duclos 
par  Largillière;  dans  l'escalier  de  l'administration,  le 
Dancourt  de  Gence  ;  au  grand  foyer  du  public  et  dans 
la  galerie  qui  le  continue,  les  statues  ou  bustes  de 
Voltaire  et  de  Molière  par  Houdon;  des  deux  Cor- 
neille, de  Rotrou,  de  La   Chaussée,  de  J.-B. 
Rousseau,  par  Caflîeri  ;  de  Regnard  par  Foucou  ; 
de  Dufresny,  par  Pajou;  la  George  Saiid,  de 
Clésinger,  etc. 

Lors^de  l'incendie  du  8  mars  1900,  ou  a  pu 
sauver  la  plupart  de  ces  œuvres  d'art  ainsi  que 
les  archives;  mais  le  beau  plafond  de  la  salle, 
peint  par  MazeroUe,  a  été  perdu. 

Le  Molière  de  Houdon  a  son  histoire.  Le 
15  février  1773,  Lekain  proposa  à  ses  cama- 
rades de  consacrer  le  produit  d'une  représenta- 
tion à  la  commande  d'un  buste  de  Molière, 
par  Houdon,  pour  commémorer  dignement  le 
centenaire  du  grand  homme.  Bien  qu'annoncé  avec  grand  bruit,  ce      sans  donner  un 


hX   ST.\TUE   DE    JE.\NNE    DARC, 
Par  FaÉMiEr  (Place  des  Pyramides). 


lux  frais  de  la  Ville  par  l'architecte  Moreau.  Les  flammes 
yant  détruit  de  nouveau  en  1781,  le  duc  de  Chartres,  de- 
puis Philippe-Égalité,  en  profita  pour  faire  élever  par  l'archi- 
tecte Louis,  les  trois  galeries  qui  entourent  le  jardin 
au  !Xord,  à  l'Ouest  et  à  l'Est.  Louis,  à  l'une  des  extré- 
mités de  la  galerie  IN'ord,  édifia  le  Théâtre-Français, 
et  à  l'autre,  le  théâtre  du  Palais-Royal.  Le  quadri- 
latère restait  inachevé  du  côté  du  Sud  ;  pendant  la 
Révolution,  on  y  éleva  des  galeries  provisoires  en  bois, 
qui  sont  restées  célèbres  comme  le  rendez-vous  des 
femmes  galantes,  des  muscadins,  des  joueurs.  Elles 
n'ont  disparu  (|u'en  1829,  pour  être  remplacées  en 
partie  par  la  belle  galerie  d'Orléans. 

C'est  un  lieu  commun  aujourd'hui  que  de  s'attrister 
sur  l'abandon  où  la  vogue  changeante   laisse  mainte- 
nant les  galeries  du  Palais-Royal;  mais,    écoutons  ce 
qu'en  disaient,  en    1844  les  frères   Lazare  dans  leur 
Dictionnaire   des  rues  de  Paris  :  <>  L'ancienne   demeure 
des  ducs   d'Orléans  est  aujourd'hui   méconnaissable. 
Elle  peut  montrer  encore  avec  fierté  ses  constructions 
monumentales  et  ses  vastes  galeries,  mais  la  vie,  la 
gaieté    ne    sont    plus   là.    C'était     une     libertine    qui 
menait  joyeuse  vie,  dont  les  regards  attiraient 
les    passants.    On    a    voulu   la   convertir,    la 
rendre  honnête;  elle  s'est  laissée  faire,  mais 
hélas!  la  pauvre  repentie  se  sèche  et  meurt 
d'ennui.   La   richesse,  le  commerce,   tous  les 
plaisirs  l'ont  abandonnée    pour  aller   sur  les 
boulevards  briller  et  sourire  plus  à  l'aise.  » 

Déjà,  en  1844  !  11  faut  dire  que  ce  marasme 
cessa,  au  moins  en  partie,  sous  le  second  Em- 
pire ;  le  Palais-Royal  connut  encore  de  beaux 
jours  et  sut  attirer  la  foule.  Puis,  il  est  rede- 
venu ce  qu'il  était  il  y  a  cinquante  ans. 

Ne  quittons  pas  le  jardin  du  Palais-Royal 
1  au   petit   canon    que   le   soleil    fait  détoner 


«  bénéttce  ..  ne  produisit  que  3,600  livres    environ,  somme   insuffi-     chaque  jour  à  midi,  ni  sans  rappeler  que   c'est  là  que  Camille  Des 

moulins  lança  aux  Parisiens  enthousiasme: 


s  des  i>aroles 
de  liberté  et  de  fraternité. 

En  continuant  vers  l'Est,  la  rue  du  Ifoiiloi  ou  la  rue 
Jean-Jacques-Rousseau  nous  conduiront  vers  la  Bourse 
du  commerce.  Entre  elles  deux  s'étend  une  cour  aussi 
tramiuille  maintenant  qu'elle  était  animée,  bruyante, 
il  y  a  quelque  soixante-dix  ans.  C'était  la  cour  des 
.Messageries  royales,  et  presque  toutes  les  diligences 
et  chaises  de  poste  partaient  di;  là  pour  les  diverses 
régions  de  la  France.  Que  de  joies,  que  de  tristesses, 
dont  ces  murs  ont  été  témoins!  Le  iiercement  de  la 
rue  du  Louvre,  la  reconstruction  de  l'hôtel  des  l'osles 
ont  fait  de  la  rue  Jenn-Jacques-Rousseau  deux  tron- 
çons qui  se  rajustent  assez  mal;  dans  celui  qui  aboutit 
à  la  rue  Montmartre,  s'élevait  l'In'itel  d'llervai-t,  oii  If 
bon  La  Fontaine,  hébergé  chez  des  amis,  s'éteignit  le 
13  a\  lil  IGO.'j;  la  rue  si-  iiomiuait  alors  rue  Plàlrière; 
J.-J.   itcMisscaii  n'en  est  le  parrain  que  depuis  1791. 

Il  Bourse  du  commerce   s'élève  sur  un  terrain 


LE  THÉÂTRE   DE   LA   CO.MÉI>IE  -  FRANÇAISE. 
(Avant  l'incendie  du  8  mars  1900.) 


sanle,  et  fioiir  indi'iriniser  Houdon,  les  comédiens 
durent  lui  ,ic  ((ji-dcib-  hénédce  des  "  grandes  entrées... 
Le  Palais-Royal,  où  siège  le  Coiis.il  d'Étal,  ne 
date  guère,  tel  que  nous  le  voyons  aujourd'iiui,  que 
d'un  siè<le.  Il  avait  été  consiruit  jiar  Ilichelieu, 
en  1629,  .1  portail  le  nr.iii  de-  Palais-Cardinal.  A  la 
suile  de  la   rlcmalion  qu'en  lil   Rirlieljeu  au    i-oj,  au 

inoineiil  di'  ri ir,  on  l'ajipela  le  Palais-Royal.  En  1692, 

Louis  XIV  le  donna  en  apanage  à  son  frère  le  duc  d'Or- 
léans. En  1763,  un  incendie  consuma  le  lliéjKre  con- 
siruit par  Richelieu  cl  que  le  Régent  avail  Iransfoiiiié 
en  salle  d'opéra.  Lu  duc  d'Orléans  le  lil  reconstruire 


Ll.    UAS-Sl-N    DU    JAIU.I.N    DU    l' AL  A  1  .•5 -i;  O  i  A  L, 


PREMIER   AHUONDISSEME.NT 


LE   CANON    DU    PALAIS-ROYAL,    A    MIDI. 


qui  a  eu  bien  dos  propriétaires  et  des  fortunes  bien  diverses  avant 
d'être  ce  qu'il  est.  Au  commencement  du  xin''  siècle,  Jean  de  Nesle 
s'y  était  construit  un  hôtel,  adossé  à  la  muraille  de  Philippe-Auguste. 
Après  lui,  il  passa  à  saint  Louis,  ou  plutôt  à  sa  mère,  Blanclie  de  Cas- 
tille,  qui  y  mourut,  le  1'="'  décembre  12o"2.  «  Sentant  que  la  mort 
approchait,  dit  un  chroniqueur,  elle  fit  répandre  de  la  paille  dans  sa 
chambre  et  mettre  par-dessus  un  simple  tapis.  Ce  fut  son  dernier  lit.  » 
Au  siècle  suivant,  l'hôtel  de  Xesle  appartient  aux  comtes  de  Valois,  puis 
à  Jean  de  Luxembourg,  roi  de  Bohème,  la  glorieuse  victime  île  Ciécy  ; 
on  l'appela  alors  l'hôtel  de  Bohème.  Il  devient  l'hôtel  d'Orléans,  — 
après  avoir  été  pendant  quelques  années  entre  les  mains  du  comte  de 
Savoie,  beau-frère  de  Jean  de  Luxembourg,  —  lorsque  Louis  d'Orléans 
en  devient  possesseur.  L'hôtel  se  transmet  ensuite  aux  dues  d'Orléans 
jusqu'à  Louis  XH,  qui  le  perdit  au  jeu.  L'heureux  gagnant  était  son 
valet  de  chambre,  Robert  de  Framejelle  qui  s'empressa  d'en  battre 
monnaie,  car  il  le  vendit  <à  une  communauté  dont  les  bâtiments 
étaient  contigus,  celle  des  Filles  pénitentes.  Elles  le  gardèrent  un 
siècle.  En  1585,  Catherine  de  Médicis  les  expropria  pour  y  faire  con- 
struire un  logis  magnifique  où  les  meilleurs  artistes  furent  employés  : 
Salomon  de  Brosse,  Germain  Pilon,  Jean  (Joujon,  Jean  BuUant.  C'est 
ce  dernier  qui  éleva,  pour  les  observations  astrologiques  de  la  reine, 
la  colonne  encore  existante,  seul  témoin  aujourd'hui  de  toutes  ces 
splendeurs.  Au  xvii"  siècle,  l'hôtel  ap- 
partint aux  comtes  de  Soissons,  puis  à 
la  famille  de  Carignan.  Sous  Louis  XY, 
le  prince  .\médée- Victor  de  Savoie-Cari- 
gnan  y  introduisit  le  trop  célèbre  Law  et 
s'y  ruina  avec  lui.  Il  dut,  pour  payer 
ses  dettes,  vendre  le  domaine  à  la  Ville, 
qui  l'acquit  pour  près  de  trois  millions, 
dans  le  but  d'y  élever  une  halle  au  blé. 
La  colonne  de  Jean  BuUant  fut  res- 
pectée; un  certain  Petit  de  Bachaumont 
passe  pour  l'avoir  rachetée  de  ses  de- 
niers et  donnée  ensuite  à  la  Ville,  afin 
de  la  sauver  de  la  destruction;  mais  il 
est  désormais  prouvé  que  le  mérite  ne 
lui  en  revient  pas;  il  joua  dans  l'affaire 
le  rôle  de  la  mouche  du  coche. 

La  Halle  au  blé  avait  été  construili» 
en  1762,  par  l'architecte  Le  Camus  de 
Mézières,  et  des  maisons  se  bâtirent 
tout  autour.  Il  ne  faut  pas  être  bien 
vieux  Parisien  pour  se  rappeler  celle 
rotonde  massive,  qui  avait  l'aspeet 
d'une  ]uison  cellulaire;  elle  n'adispaiu 
qu'en  1887,  ou  plutôt  elle  a  été  heu- 
reusement transformée  en  Bourse  du 
commerce  i>ar  l'adjonction  de  bâtiments 
de  style  intiniuu'nt  plus  agréable.  L'in- 
tervention d'un  autre  Petit  de  Baeliau- 
monl  n'a  pas  été  nécessaire  pour  qiu; 
l'on    ordonnai   la    conservation    de    la 


colonne  astrologique;  elle 
est  restée  accolée  à  l'édi- 
fice, du  côté  opposé  à  la 
rue  du  Lomxe,  où  elle 
s'offre  aux  méditations  de 
ceux  qui  aiment  à  revenir 
en  arrière.  Les  rues  adja- 
centes de  V larmes,  de 
Vannes,  Vauvilliers,  Oblin, 
ont  gardé  les  noms  du  pré- 
vôt des  marchands  et  des 
officiers  municipaux  sous 
l'administration  desquels 
avait  et''  construite  l'an- 
cii-nne   ll.ille  nu   bb-. 

L' Hôtel  des  Postes, 
situé  un  peu  plus  haut  que 
la  Bourse  du  commerce, 
dans  la  rue  du  Lou\Te,  oc- 
cupe un  pidygone  irrégu- 
lier, limité  par  les  rues 
Etienne-Marcel,  Jean-Jac- 
ques-Rousseau et  du  Lou- 
vre. Il  a  été  construit  là. 
en  1887.  sur  une  partie  d'- 
son  ancien  emplacement 
et  des  terrains  expropriés. 
C'est  dans  ces  bâtiments 
que  sont  centnilisés,  outre 
les  ser\-ices  d'administra- 
tion, tous  ceux  qui  ont 
pour  objet  d'assurer  l'ex- 
pédition et  la  réception  de 
ce  que  l'on  appelle  ■•  le 
courrier  ■•  :  lettres,  jour- 
naux, prospectus,  valeurs, 
obj>-ls  divel-S. 

La  Banque  de  France, 

rues  de  La  Vrillière  et 
Croix  des-Petits-Champs. 
occupe  les  bâtiments  d'un 
hôtel  bâti  par  Mansard, 
pour  Phelypeaux  de  La  Vrillière,  et  qui  appartint  depuis  au  comte  de 
foulouse.  Sous  ce  nom,  il  devint  propriété  nationale,  et  fut  acquis 
moyennant  deux  millions  par  la  Banque  en  1808;  elle  s'y  installa 
quatre  ans  plus  tard.  11  nous  paraît  inutile  d'entrer  dans  le  détail  des 
opérations  de  crédit  qui  s'y  font  et  du  privilège  que  l'État  lui  accorde, 
d'émettre,  sous  certaines  garanties, des  billets  dont  la  valeur,  par  une 


LA    COLONNE    VENDOME. 


FAl.ADli    DU    PALAlb-KOÏAL,    ACÏ  UELLE.M  E  N  1     CONSEIL    D  El'AÏ. 


10 


PARIS -ATLAS 


fiction  léerile,  (''quivaut  à 
ilu  niiinérairc 
Saint  -  Eustache  serait 
une  des  plus  Jolies  églises 
de  Paris,  n'était  son  portail 
principal  qui  s'ouvre  sur  la  rue  du  Jour  et  semble  fort  heureusement 
s'y  dissimuler.  Il  est  vrai  qu'il  est  du  xvinf  siècle,  alors  que  le  reste 
de  l'édifice  appartient  au  meilleur  style  de  la  Renaissance.  La  grande 
faijade,  sur  la  rue  Coquillière,  le  joli  portail  du  nord,  au  fond  de 
l'impasse  Saint-Eustaclie  {rue  Montmartre*,  les  voûtes  de  la  nef,  les 
peintures  des  chapelles,  forment  un  ensemble  des  plus  remar- 
quables. 

Par  ailleurs,  Saint-Eustache  est,  après  Notre-Dame,  l'église  la  plus 
vaste  et  la  plus  haute  de  Paris  :  elle  a  318  pieds  de  longueur  totale 
et  130  pieds  de  largeur  dans  le  transept.  Les  vastes  proportions  du 
vaisseau  et  surtout  la  hauteur  colossale  des  voûtes  impriment  à  l'en- 
semble un  caractère  imposant.  Ajoutoz-y  quelques  monuments  l'um'- 
raires,  importants  par  leur  valeur  artistique  comme  par  la  qn.ilih- 
des  personnages  qu'ils  recouvrent  :  Colbert,  le  duc  de  La  Feuilladc, 
Vaugelas,  Voiture,  Furclière.  Saint-Eustache  possède  aussi  plusieurs 
tableaux  remarquables  :  VApparilion  du  Christ,  par  Lebrun;  Saint 
Louis  mourant,  par  Doyen  ;  la  Nativité  et  l'adoration  des  bergers,  par 
Carie  Vanloo,  etc.  Diqiuis  longtemps,  le  gros  œuvre  et  les  déli- 
cates sculptures  de  Saint-Eustache  étaient  en-  fort  mauvais  point; 
la  Ville  de  Paris  a  tenu  à  honneur  d'ordonner  une  restauration 
complète,  pour  lesquelles,  en  1895,  une  dépense  de  600,000  francs 


a    été    reconnue    néces- 
saire. 

S'il  fallait  dire  sur  les 
Halles  tout  ce  qu'il  y  a 
à  en  dire,  un  gros  vo- 
lume ne  serait  pas  de 
trop;  sachons  donc  nous 
borner.  Dès  le  règne  de 
Louis  VI,  Paris  ayant  fran- 
cTiiTes  limites  de  la  Cité 
et  commençant  à  s'éten- 
dre sur  la  rive  droite,  un 
marché  fut  créé  en  ce  lieu, 
qu'on  nommait  alors  les 
Champeaux  ou  petits 
champs.  Au  xiu"  siècle, 
grâce  à  Philippe-Auguste, 
ce  marché  s'agrandit,  re- 
çut une  réglementation 
particulière  et,  depuis 
lors,  ne  cessa  d'acquérir 
plus  d'importance. 

Les  Halles  n'étaient  pas, 
comme  aujourd'hui,  spé- 
cialement réservées  à  l'a- 
limentation   :    toutes    les 

marchandises  imagina- 
bles s'y  vendaient  dans 
des  bâtiments  groupés, 
suivant  la  nature  du  commerce  qui  s'y  faisait,  et  bordant  des  rues 
aux  noms  caractéristiques  :  rues  de  la  Lingerie,  de  la  Tonnellerie, 
des  Fourreurs,  de  la  grande  et  petite  Friperie,  de  la  Cossonnerie 
(c'est-à-dire  de  la  volaille).  Cette  dernière  existe  encore,  mais  combien 
changée  et  élargie  !  Les  Halles  n'étaient  pas  que  cela;  jusqu'à  la  Révo- 
lution, elles  furent  le  centre  le  plus  actif  de  la  vie  du  peuple.  Toutes 
les  émeutes  y  prenaient  naissance;  on  y  décolla,  écartela,  pendit  un 
nombre  incommensurable  de  gens,  grands  seigneurs,  commeTcan  de 
Montaigu,  surintendant  des  finances,  ou  Jacques  d'Armagnac,  duc  de 
Nemours,  aussi  bien  que  les  vulgaires  malfaiteurs.  C'est  aux  Halles 
qu'étaient  le  gibet  et  le  pilori  du  roi,  la  croix  au  pied  de  laquelle 
les  débitetirs  qui  n'avaient  pu  s'aci|uitter  étaient  coiffés  d'un  bonnet 
vert.  Pour  la  p(jpulaiiti'-  dont  il  jouit  pendant  la   Fronde,   le  duc  de 


1,A    ItOfUSK    DU   CO.M.MKKCli. 


COI.ONNli    DlC  CATIIKUI.M-;    I)l';    .MKlilCI.S  ^Iluuijc  du  CoiiMiarcc;. 


PREMIER   ARRONDISSEMENT 


f' 


HALLES   CENTRALES   ET  ÉGLISE    S AINT-EUSTACHE. 


Beaufort  reçut  le  surnom  de  roi  des  Halles.  Les  douze  pavillons  dont 
se  composent  les  Halles,  ont  été  construits  de  1837  à  186S,  par  l'archi- 
tecte Victor  Baltard;  la  brique,  la  fonte  et  le  verre  en  sont  les  trois 
éléments  exclusifs.  On  s'accorde  à  reconnaître  que  la  simplicité  de 
cette  architecture  n'en  exclut  pas  le  caractère  artistique. 

C'est  entre  minuit  et  dix  heures  du  matin  qu'il  faut  voir  les  Halles 
pour  se  rendre  compte  de  leur  prodigieuse  activité.  Durant  ce  temps, 
toute  la  région  appartient  aux  pourvoyeurs  de  l'alimentation  pari- 
sienne et  l'aspect  est  des  plus  pittoresques.  Les  chaussées,  les  trottoirs 
sont  couverts  de  légumes,  de  paniers 
de  poissons,  d'œufs,  de  volailles,  ap- 
portés de  tous  les  points  des  environs 
de  Paris,  par  d'innombrables  carrioles 
de  maraîchers,  par  le  train  de  denrées 
venant  d'Arpajon;  puis,  ce  sont  les  arri- 
vages provenant  des  diverses  gares,  fro- 
mages, beurres,  huîtres,  viandes,  etc. 
Depuis  longtemps  déjà,  les  pavillons 
sont  insuflisants  à  entreposer  toutes 
ces  marchandises;  elles  reçoivent  asile 
dans  de  vastes  magasins  sis  alentour; 
ce  n'est  d'ailleurs  que  pour  en  être 
enlevées  presque  aussitôt,  car  les 
ventes  en  gros  se  font  séance  tenante, 
sous  la  direction  de  commissaires 
nommés  par  le  préfet  de  la  Seine. 
Enhn,  apparaissent  les  revendeurs  au 
détail,  marchands  en  boutiques  ou 
marchands  à  la  voiture  et  au  panier,  et 
pour  terminer,  les  ménagères  que  n'ef- 
fraient point  les  interpellations,  deve- 
nues d'ailleurs  moins  salées,  de  l'inclyte 
corporation  des  «  dames  de  la  halle  ». 

Veut-on  savoir  ce  qu'il  reçoit  et  ab- 
sorbe, ce  formidable  ventre  de  Paris? 

Voici  quelques  chiffres  de  la  consom-  LUOTiii,  des  I'ost 


mation,  recensée  en  l'an  1897  :  27,173,5'j4  kilogrammes  de  poisson; 
21,041,836  kilogrammes  de  beurre;  lo3,739,olo  kilogrammes  de 
viande.  Il  est  juste  de  dire,  que  pour  la  viande,  celte  indication  ne 
se  rapporte  pas  aux  Halles,  mais  à  l'ensemble  de  la  consommation 
parisienne  fournie  par  les  abattoii-s. 

Le  square  des  Innocents  réunit  les  Halles  à  la  rue  Saint-Denis. 
Les  enfants  qui  y  jouent,  les  piétons  qui  le  traversent,  savent-ils  qu'ils 
sont  là  sur  l'emplacement  du  plus  grand  cimetière  qu'ait  eu   Paiis 
autrefois?  H  existait  dès  le  xn'  siècle,  autour  d'une  église,  dite   des 
Saints-Innocents,  et  en  ll8ti,  Philippe- 
Auguste  le  lit  entourer  d'une  muraille 
pour  mettre  lîn  aux  scandales  qui  s'y 
produisaient.     A    celle     muraille     on 
adossa  une   galerie   voiitée   où  furent 
peintes  les  scènes  de  la  danse  maca- 
bre. Être   enterré   sous    les  charniers 
était  le  privilège    de   la  richesse;  les 
])auvres    étaient    inhumés    pèle-mèle 
dans  de  larges  fosses  recouvertes  de 
simples  planches. 

On  juge  de  ce  que  l'hygiène  avait 
à  en  souffrir.  Ce  n'est,  cependant, 
qu'en  1785  que  cet  épouvantable  étal 
de  choses  cessa  par  la  suppression  du 
cimetière.  Les  ossements  furent  trans- 
portés aux  catacombes  de  la  rive  gau- 
che, au  delà  de  la  barrière  Saint-Jac- 
ques, et  le  terrain  fut  transformé  en 
marché.  Sous  Louis-Philippe,  on  in- 
stalla, au  milieu  du  mai'ché  des  Inno 
cents,  la  jolie  fontaine,  ceuvi-e  de  Pierre 
Lescot  et  de  Jean  Goujon,  qui  était  en- 
casti-ée  dans  le  mur  de  l'église  des  In- 
nocents, à  l'angle  de  la  rue  Saint- 
Denis  et  de  la  rue  aux  Fers  (cette  der- 
ES,  RL'E  DU  LOUVRE.  nière  absorbée  par  la  rue  Berçeri;  il 


12 


PARIS -ATLAS 


LE  PONT  AU  CHANGE, 

LA  PLACE  DU  CHÂTELET  ET  LA  PERSPECTIVE  DU  BOULEVARD  SÉBASTOPOL. 

A  Rauclic,  le  tliédti-c  du  Châtelet    à  droite,  le  théâtre  Sarali-Bornhardl.) 


fallait  y  ajouter  une  qua- 
trième arcade,  avec  des 
sculptures  dans  le  style 
de  celles  de  Jean  Goujon, 
ce  qui  fut  fait  fort  habi- 
lement. Du  marché,  le  se- 
cond Empire  a  fait  un 
square. 

La  région  du  I""  arron- 
dissement située  au  N.-E. 
des  Halles  ne  nous  re- 
tiendra pas  longtemps  :  h- 
percement,  en  1858,  des 
rues  de  Turbigo  et  Pierre- 
Lescot  a  donné  de  l'air  à 
un  quartier  qui  en  avait 
grand  besoin.  I.e  vieux 
Paris  y  est  encore  repré- 
senté par  des  rues  chères 
aux  amateurs  de  pittores- 
que :  la  rue  Mondétour, 
la  rue  de  la  Grande-Truan- 
derie,  quelques  autres  en- 
core, sœurs  infiniment 
modestes  de  l'avenue  de 
l'Opéra  ou  de  la  rue  de 
Rivoli  :  leurs  habitants  re- 
lèvent de  la  paroisse 
Saint-Leu ,  fondée  en 
1235,  recimstruitt!  pour  la 
majeure  [lartie  au  xvii' 
siècle,  et  dont  l'abside  est 

contemporaine  du  boulevard  Sébastopol,  sur  laquelle  elle  prend  jour. 
I.a  place  du  Châtelet  n'appartient  que  pour  moitié  au  I"  arrondis- 
sement, mais  le  uicmuinent  dont  elle  tient  son  nom,  s'il  était  encore 
debout,  lui  aiipartiendrait  tout  entier.  Il  occupait,  en  eflel,  toute  la 
partie  Ouest  de  la  place  actuelle,  en  avant  de   la  rue_Saint-l)enis,  qui 
passait  sous  une  de  ses  arcades.   Le  cartulaire  de  l'abbaye  de  Mont- 
martre contient  une  charte  de  1147,  où  est  mentionnée  la  place  des 
Pècheui-s,  entre  la  maison  des  bouchers  et  le  Châtelet  du  roi,   ■<  régis 
cantellubim  ».  C'est,  à  n'en  ]ias  douter,  de  notre  Chàlelet  qu'il  s'agit,  et 
il  y  a  peu  de  chances  qui' 
l'on  retrouve  d'autres  do- 
cuments plus  anciens  sur 
son  compte.  Agrandi  sous 
saint    Louis,    reconstruit 
au    XV*    siècle,    puis    par 
Louis  XI \',    qui   conserva 
ses  tourelles  gothiques,  le 
Chdtelet  fut  démoli  déli- 
nitivement    en    18(J2.  Ses 
bàtiiueuts  étaient  sans  ob- 
jet depuis  1790,  date  de  la 
suppression  de  la  prévôté 
de  Paris  et  de  la  juridic- 
tion spéciale  à  Paris  qui  y 
avait  son  siège.  C'était,  en 
quelque  sorte,  le  tribunal 
de  première  instance  pour 
la  ville  et  sa  banlieue;  le 
parlement   en    était  à  la 
fois  la  Cour  d'a|)pel  et  la 
Cour  de  cassation.  Tribu- 
nal   redoutable,    qui    en- 
voyait volontiers  au  |>ilori 
et  au  bourreau    [mur  un 
faible    méfait,    blasphème 
ou  larcin,  ou  "  souspecon 
de    meurtre    >..    Heureux 
ceux  qui  en  étaient  quilles 
pour  passer  quehjues  se- 
maines ilans  ses  prisons. 
Parlant  <lu   Ch.llel.t,   un 
chroniqueur  du  xv"  siècle, 
GnilleberldeMelz,  dit  que 
'<   les  prisons   y    sont  en 
men'eilleux  nombre  ».  Là 
aussi  él.iilla  .MorL'ue,  som- 
mairement installée;  dans 


fei 


I.A    lOMAl.M,    l>U    .Sgl'AKH    DES    I  N  N  OC  KN  T.S- 


une  salle  basse,  éclairée  par  une  fenêtre  grillée,  d'où  l'on  regardait 
le  lugubre  spectacle  des  cadavres  non  reconnus,  l'ne  des  dernières 
fois  que  ce  triste  lieu  remplit  son  office,  ce  fut  dans  la  soirée  du 
14  juillet  1789,  lorsque  l'on  y  apporta  les  corps  décapités  des  officiers 
de  la  Bastille  et  du  prévôt  des  marchands,  Flesselles...  On  a  bien  fait 
de  démolir  le  Châtelet.  La  place  qui  lui  a  succédé,  mais  dont  l'ordon- 
nance actuelle  ne  date  que  du  second  Empire  est  aussi  gaie,  vivante, 
liarisienne  que  le  vieil  édifice  devait  être  n'harbalil'.  Il  imus  sera 
permis  de  n'admirer  que  niodérénirtit,  la  l'ontaine  dite  du  Palmier  et 
la  cdliumi'  (|ui  en  émerge.  Construite 
|nir  Hr.illi',  en  1808,  elle  est  surmontée 
d'une  Bniumim'r.  t\v  R„sio. 

Le  Pont  au  Change  :>  longtemps 
passé,  au.\  yeux  des  historiens  tie  Paris 
pour  être,  avec  le  Petit-Pont,  le  doyi'u 
lies  ponts  parisiens.  Ils  croyaient  que 
la  route  romaine  du  Midi  suivant  le 
tracé  de  la  rui'  Sainl-.l;icqui'S,  traversait 
la  Cité'  en  biais  pour  se  r.icciu'iler  à  la 
lolllr    ilu    Niilil.    1  i'|i|V'Srnli'r    \>.iv    l:i     me 

Sainl-Drnis.  C'i'-I,iil  une  en-cur  :  il  est 
Miainlruanl  prouvé'  qur  l.'i  voie  niiiiaine, 
III  alii;ni'inriil  droit,  se  prnliingi'ail  par 
II'  pont  .Nulri'-llaïue  ri  la  rue  Sainl-Mar- 
liii.  l'uiir  l'In-  uoiins  véin'-ralili',  l'anli- 
quili'  ilii  |ii>nl  au  Cliaiige  es!  crpelldant 
riTlIi",  il  ilale  du  ix'  sircle.  Sons  le  règne  ■ 
ili'  Liinis  Vil,  les  changeurs  lurent  tenus 
d  y  deuii'Ui'er,  d'nii  son  nom;  les  ponts, 
nu  le  sait,  étaii'iil  Inniiuiis  biuilés  de 
maisons.  Plusii'iiis  luis  dans  ri'S|i.iri'  de 
l.inl  de  siècles,  le  |m>||I  ,111  ( '.ll,ini.'e  hit 
.l.'llllll     |ia|-    des    inei'llille-,    en     lies    illlin- 

iliiliiins  ;  un  i-dil  io\,d .  de  se|ilem- 
bre  1781),  presiri\il  que  Imites  ses  mai- 
sons seraient  ibiimlie-..  Ilans  son- étal 
aetiiel,  il  date  de  I8:;S.  l'eiidaiil  les  tr.i- 
vaux  de  reciiiistniiilun,  une  p.isserelle 
avait  été  établie  nu  peu  en  amiuil,  dans 
l'alignement  du  bnnlev.'iid  de  Sidia-- 
Inpiil,  à  l'usage  des  seuls  |iiéliins. 

La  Cité  a  été  .illilbnée.  piuir  la  lé- 
L'inii  Ouest  au  I'"'  a iinnd isseiueiit,  puiir 
la  ii-^inn  Est  au  IV°.  A  nos  yeux,  c'est 
uiK-  l'aille.  Il  aurait  fallu  respectei'  son 
unité  liistiirique  et  [ihysiqtli.' ;  toutes  les 
divisions  antérieures   de    l;i    ia|)itale    la 


p  it  FM  1 1:  i;  A  i;  i!  o  .\  u  i  s  s  km  k.\  t 


13 


lui    avaient  laiss(''e,  et  Hanssmann  fut  viaimcnl  Uni  mal   liispiR-. 
Nous  III'  pailcidiis  ilnnr  ici  i|iir  ilii  l'alais  di'  Jiistiif,  iJt  lu  place 
Daupliiiic  cl  ilii  l'..iil-.\cMr. 

Le  Palais  de  Justice,  til  iiuo  les  siècles  nous  rmit  Iransniis, 
—  et  le  xi.\°  y  est  |)our  beaucoup,  —  est  un  merveilleux  nionu- 
iiiciil.  l'ii\u'  radniirer  coninie  il  le  mérite,  c'est  sur  la  rive  droite 
de  la  Seine  (jue  l'on  doit  se  |)lacer,  entre  le  pont  au  Clianiîo  et  le 
|iont  Nolre-Daine.  Toute  la  liyne  de  ses  hàliuienls  en  ûicade  sur 
la  rivière  oITre  le  coup  d'œil  1(!  plus  vaiii'-.  le  plus  captivant;  c'est 
d'abord  la  tour  carrée  de  Tliorloue;  [luis  les  lnurilles  pointues  de 
la  Conciergerie,  enlin  les  bâtiments 
inodeini's  de  la  Cour  de  Cassation; 
dans  le  fond,  à  ijaiiclie,  la  flèche  dori'e 
et  cliaruiante  tle  la  Sainte-Cliupelle. 
Le  Palais  est  presipie  aussi  ancien 
que  Paris  même.  A  plusieurs  re- 
prises, on  a  retrouvé  sur  son  eni[ila- 
rement  des  témoignases  certains  (|ue, 
dès  le  temps  de  Tibère,  il  y  avait  là 
un  important  édifice  militaire,  rési- 
dence des  gouverneurs  romains,  puis 
de  quelques-uns  des  rois  mérov'in- 
giens.  Sans  cesse  réparé,  on  peut 
même  dire  reconstruit,  par  Robert  le 
Pieux,  par  saint  Louis,  par  PhiUjope 
le  Bel  sujtout,  qui  y  consacra  de 
grosses  sommes  d'argent,  il  fut  jus- 
qu'à la  fin  du  xyi'  siècle  le  palais 
royal  par  excellence.  Nous  avons  dit 
que  Charles  V  le  prit  en  dégoût  après 
que,  dauphin  encore,  il  y  eut  vu  mas- 
sacrer les  deux  maréchaux  de  Cham- 
pagne et  de  Normandie,  ses  conseil- 
lers et  ses  protecteurs;  devenu  roi, 
il  restaura  le  Louvre,  fonda  l'hôtel 
Saint-Paul  et  partagea  son  existence 
parisienne  entre  ces  deux  demeures. 
Ses  successeurs  ne  revinrent  pas  da- 
vantage habiter  le  Palais  de  la  Cité, 
qui  devint  dès  lors  exclusivement 
Palais  de  Justice.  Dès  le  commence- 
ment du  xui«  siècle,  il  avait  cette  destination  :  le  Parlement  et  les 
autres  Cours  supérieures  de  justice  y  siégeaient.  A  certains  jours,  les 
clercs  de  la  Basoche  en  étaient  les  maîtres;  dans  la  grand'salle,  célèbre 
par  ses  dimensions  et  la  fameuse  table  de  marbre  ijui  s'y  trouvait, 
ils  jouaient  des  mystères,  pieux 
et  profanes,  et  dans  la  cour  [)rin- 
cipale,  plantaient  solennellement 
un  arbre  chaque  année  au  mois 
de  mai,  d'où  son  nom  de  cour  du 
mai. 

Plusieurs  incendies  détruisirent 
le  Palais  :  celui  de  1618,  celui  de 
1737,  où  périrent,  hélas!  les  ar- 
chives de  la  Chambre  des  Comptes, 
celui  enfin  de  1871.  L'effort  pa- 
tient des  hommes  a  successive- 
ment réparé  les  dommages,  qui 
leurs  propres  passions,  ou  l'injure 
du  temps,  ou  l'aveugle  fatalité, 
avaient  causés,  et  le  Palais  de  Jus- 
tice demeure  l'un  des  monuments 
principaux  de  Paris.  Les  parties 
les  plus  anciennes  s'y  voient  dans 
les  salles  basses  de  la  Conciergerie, 
qui  datent  de  saint  Louis,  notam- 
ment les  cuisines  royales;  il  faut 
citer  ensuite  la  tour  de  l'horloge, 
de  style  si  pur;  l'horloge  même, 
la  première  horloge  pablique  de 
Paris,  placée  là  en  137J)  par  Char- 
les V,  refaite  au  xvi"  siècle  avec 
'''^des  sculptures  de  Cermain  Pilon; 
la  façade  solennelle  de  la  cour  du 
mai  et  sa  i.'rille  inajcslueuse,  qui 
datent  (le  l.nuis  \VI. 

La  Sainte -Chapelle  est  la 
perle  exquise  •  enchâssée  dans 
toutes    ces    constructions.    Point 


LA   SAINTE-CHAPELLE, 


n'est  besoin  d'èlre.  arcliéologiie  pour  être  fi-appé  de  sa  beauté, 
de  son  élégance.  Elle   fut  consti-uite  de  1245  à  1248  par  Pierre 
de  .Montereau;  c'est  dire  qu'elle  appartient  à  l'époque  plus  heu- 
reuse du  style  ogival.  Par  une  disposition  tout  à  fait  rare  et 
que  l'arcliilecle  a  parfaitement  réalisée,  elle  se  divise  en  deux 
chapelles  superposées,  qu'un  escalier  extérieur,   haut  de  qua- 
rante-quatre marches,  reliait  entre  elles;  il  a  disftaru  en  1776,  et 
c'est  bien  regrettable,  car  ce  n'était  pas  le  moindre  ornement  de 
l'édili.e. 
Suivons  jus(|u'au  Pont-.Vr-uf  le  quai  de  l'Horloge:  on  le  nom- 
mait autrefois  quai  des  Morfondus,  à 
cause  de  son  exposition  au  Nord,  gla- 
ciale pour  ceux  qui  y  stationnaient. 
Fort  étroit  aloi-s  à  ses  deux  extré- 
niilés,    il   fut  élargi  en  1737  f>ar  le 
prévôt  des  marchands,  Turgot,  le  père 
du  minislie  et  l'un  des  plus  distin- 
gués administrateurs    ipie  Paris    ail 
eus.  Cet  événement  [arut  si  consi- 
dérable qu'on  en  consigna  le  souve- 
nir dans  une   inscription  consen-ée 
aujourd'hui   au   musée   Carnavalet  : 
"...  le    quay   de    l'horloge   qui   étolt 
trop  étroit,  et  dont  le  passage  éloit 
dangereux,  a  été  construit  en  partie 
et  élargy  par  une  demie  voûte  en 
.saillie  ». 

Une  autre  inscription,  plus  digne 
d'attention,  s'y  voit  sur  la  dernière 
maison,  formant  l'encoignure  de  la 
place  Daupliine;  elle  rappelle  que 
M""  Roland  y  passa  une  partie  de  s;i 
jeunesse;  elle  en  a  [tarlé  dans  ses 
Mcinoires  :  «  Combien  de  fois  de  ma 
fenêtre,  exposée  au  nord,  j'ai  con- 
templé avec  émotion  les  vastes  dé- 
serts du  ciel,  sa  voûte  superbe,  azu- 
rée, magniliquement  dessinée  depuis 
le  levant  bleuâtre  loin  derrière  h- 
pont  au  Change,  jusqu'au  couchant 
doré  d'une  brillante  couleur  auroie 
derrière  les  arbres  du  cours  et  les  maisons  de  Chaillot...  »  Pauvrc 
Jeanne  Phlipon!  Dans  ses  rêveries  de  jeune  lîlle  devant  ce  spectacle, 
admirable  en  elTet.  la  pensée  pouvait-elle  lui  venir  de  sa  fln  terrible 
et  de  la  férocité  des  hommes,  alors  que  la  nature  est  si  belle î 


TOUUS    DE    LA    CONCIERGERIE. 


u 


PARIS -ATLAS 


Jusqu'au  xvi"  siècle,  Paris  s'accom- 
moda des  quatre  ponts  qui  réunissaient 
la  Cité  à  l'Université  et  à  la  Ville,  ainsi 
que  l'on  disait  alors;  plus  haut  ou  plus 
bas,  on  avait  recours  à  des  passeurs. 
La  population  du  bourg  Saint-Germain 
d'une  part,  du  quartier  des  Halles 
d'autre  part  s'étant  sensiblement  ac- 
crue, la  construction  d'un  nouveau 
pont  fut  décidée  en  1378:  quand  il  fut 
achevé,  on  l'appela  le  Pont-Neuf  :  ce 


ques  plus  sérieuses,  où  les  libraires  dominaient,  lo\it  cela  a  disparu, 
comme  la  pompe  de  la  Samaritaine,  et  le  Pont-Neuf  est  devenu  un 
pont  comme  tous  les  autres.  Il  lui  reste  cependant  d'ajipréciables 
mérites  :  la  noblesse  de  sa  construction,  le  panorama  superbe  qu'il 
offre  en  amont  comme  en  aval,  et  son  terrc-plriu,  dnut  le  môle  est 
fait  de  pierres  de  la  Bastille.  La  statue  de  Henri  l'V  iiui  s'y  dresse 
n'est  plus  celle  que,  quatre  ans  après  l'altenlat  de  Ravaillac,  Marie 
de  Médicis  avait  fait  élever  en  l'honneur  du  roi  de  la  poule  au  pot. 


LA  SAINTE-CHAPELLE    ET   L'ENTRÉE    DU    PALAIS    DK   JUSTICE. 


LA    RUE   DE    RIVOLI    ET   L  E  S  M  AG  A  SINS  DU   LOUVRE. 


nom,  vrai  alors,  est  loin  de  l'être  aujourd'hui;  cependant  la  dénomi- 
nation a  subsisté  et  durera  sans  doute  autant  que  le  pont  lui-mémo, 
qui,  a[irès  avoir  subi  une  crise,,  sérieuse,  en  1888,  se  jiorte  fort  bien 
maintenant.  «  Se  porter  comme  le  Pont-Neuf  »,  cela  veut  dire,  pour 
les  Parisiens,  qu'on  est  en  très  bonne  santé. 

On  fait  généralement  honneur  ;'i  .Vndrouet  du  Cerceau  de  la  conslruc- 
lion  de  ce  bel  ouvrage,  mais  des  indications  retrouvées  récemmrnl 
pi'rmettent  d'aflirmer  que,  s'il  en  dessina  le  plan,  il  y  eut  parmi  les 
maîtres  des  œuvres  de  la  Ville  des  collaborateurs  :  (iuillaume  Marchand, 
Pierre  Chamhiges  entre  autres,  et  c'est  Marchand  qui  l'acheva  en  ItiO"; 
au  dire  de  l'KsIoile,  le  roi  avait  pu,  dès  1603,  le  traverser  jiour  <■  aller 
des  .\uguslins  au  Louvre  ».  Bien  que  fort  animé  et  bruyant  aujour- 
d'hui, le  Pont-.Neuf  n'a  plus  rien  de  son  asi)ect  d'autrefois,  lorsqu'il 
était  envahi  par  les  tréteaux  de  ïaharin  et  de  bien  d'autres,  par  les 
arracheurs  de  dénis,  les  marchands  d'orviétan,  les  joueurs  de  gobe- 
lets et  surlout  par  les  coupe-bourses  qui  exerçaient  aisément  leurs 
talents  au  milieu  de  cette  foule  de  badauds,  bouche  bée  devant  les 
boiiimenls  et  les  parades  (|u'(in  leur  servait.  Plus  tard,  dans  les  ilemi- 
lini's.  dimt  reucoibc.-llemeut  est  si   gi'ac-ieu.ï,  s'inslallè[-i'iit  dos  bouli- 


LliS   liAI.NS   DE   LA    .S  A  .M  A  KIT  A  I  NE    ET    M, 


(IF.uvre  de  Pierre  de  Franqueville,  premier  sculple\ir  du  Boi,  elle  était 
le  premier  monument  de  ce  genre  élevé,  à  Paris,  en  l'honneur  d'un  sou- 
verain. Autour  du  piédestal  étaient  groupées  quatre  ligures  d'esclaves, 
comme  on  le  lit  plus  tard  pour  la  statue  de  Louis  ,\IV  à  la  ]ilace  des 
Victoires.  Elle  fut  inaugurée  en  grande  solennité,  le  23  a<iùt  161'i. 
l'ue  balustrade  en  fer  tenait  à  distance  les  passants,  mais  elle  était 
insuflisanle  à  les  tenir  en  respect.  Le  poète  Claude  Le  Petit  le  déclare 
avec  sa  franchise  habituelle  qui  linit  par  le  faire  pendre  et  brûler  : 

Il  faut  aiisfi  que  je  le  raille. 
Vieux  héros  calirourclioniié. 
l'ourqiKiy  scis-tu  l^,  roy  henié. 
De  passc'-li'iiips  à  la  i-aiiaille? 
C'est  Inii  ]>cii|ili'  l'ci'dnnaissant 
Oni  la  (liivsr  cel  aix-  puissant; 
Mais,  piiiii-i'  il'Iu'Ui'ense  mémoire, 
Ne  l'a-l-il  pas  liicii  relevé? 
Piim-  iminoilalisor  ta  gloire. 
Il  l'a  mis  dedans  un  privé. 

Le  monumi'iii  fui  i-enversé  en  l'792.  La  Heslauralion  se  ib'vail  à  elle- 
mi-me  de  le  peslauier;  elle  en  confia  le  soin  en  1817,  au  sculpteur 
Leniot,  qui  utilisa,  nous  l'avons  dil.  pour  la 
léfection  du  cheval,  le  bronze  rendu  libi'e  par 
la  destruction  de  la  slalue  primitive  de  -Napo- 
l'''on  sur  la  colonne  Ven<lnme. 

La  place  Dauphine  dale  aussi  de  Henri  IV 
ctdoil  sou  muii  :iu  daiipliin  qui   fut  Louis  .Mil. 

Les    deux    maisons    (|ui    en    fur ni    l'entrée, 

celle  de  M'""  Molaïul  el  celle  ,]r  r.iicoignure  du 
ipiai   des   Ulfèvres,  son!   de   ii'   lemps-là  el  on! 

liés  bon  air.  Aulrel'ois,  la   place  élait  île  l'or 

Iiiangiilaire,  —  la  pointe  lournée  vers  le  Ponl- 
Neiif,  el  muée  en  son  milieu,  depuis  18li;t, 
dune  liiiilaiio'  c|iie  siiiiiioîil.iil  le  bii.sie  du  gé- 
II.  lal  |tes,ii\,  lui-  à  .MaieiiL'ii.  Le  mouuuieiil 
.■l.iil  l'iriivie  du  sculpteur  Liirlin.  Celle  dlsposi- 
Imn  l'ut  complèlenienl  modiliée  lors  de  la  con- 
struilion  sur  la  rue  de  llailay  de  la  grande 
façade  do  la  (^)ur  d'assises;  la  plan:  s'en  est 
trouvée  très  éhiigie;  quant  au  busie  de  Kesaix, 
le  li'inps  l'avait  singulièrement  nialtiailé  et  il 
lui  iiilevé  ainsi  que  la  foiilaine. 

U  y  a  encore  bien  des  MsliL'es  du  vieux  Paris, 


PREMIER  ARRONDISSEMENT 


15 


LE  TERRE-PLEIN   DU   PONT-NEUF   ET    PERSPECTIVE    DE   LA    SEINI 
(A  gauche,  la  tour  Eitfel  et  le  dôme  de  l'Institut;  à  droite,  le  Louvre.) 


des  rues  sombres  et  étroites  dans  toute  la  partie  orientale  du  quartier 
de  Saint-Germain-l'Auxerrois,  entre  la  rue  du  Pont-Neuf  et  le  Chà- 
telet  :  les  rues  Saint-Germain-l'Auxerrois,  des  Bourdonnais,  Jean- 
Lanlier,  etc.  L'avenue  Victoria,  qui  part  de  la  place  de  l'Hôtel-de-Ville, 
lorsqu'elle  sera  prolongée,  donnera  à  tout  ce  canton  le  jour  et  l'air 
qu'il  n'a  pas  encore  en  quantité  suffisante. 

Rue  du  Pont-Xeuf,  31,  à  l'angle  de  la  rue  Saint-Honoré,  une  niche 
pratiquée  au  premier  étage  d'une  maison  moderne  contient  un  buste 
de  Molière  qui  sert  d'enseigne  à  cette  inscription  :  «  J.-B.  Poquelin  de 
Molière  ».  On  a  bien  fait  d'enlever  le  commentaire  explicatif  :  «  Cette 
maison  a  été  bâtie  sur  l'emplacement  de  celle  où  il  naquit  l'an  1620  », 
—  assertion  doublement  fausse  et  dont  les  Moliéristes  ont  fait  justice. 
Ils  ont  établi,  pièces  en  mains,  que  Molière  est  né  le  lo  janvier  1622 
non  loin  de  là,  dans  une  maison  dite  des  Singes,  et  que  représente 
aujourd'hui  celle  qui,  à  l'angle  de  la  rue  Saint-Honoré  porte  le  nu- 
méro 2  de  la  rue  Sauvai  (jadis  rue  des  'N'ieilles-Étuves).  Le  I"  arron- 
dissement possède  donc  la  maison  natale  et  la  maison  mortuaire  de 


riioi.  Giraadoa. 


LA    STATUE   DE   HENKI  IV. 
{Sur  le  Poot-Xeuf.) 


LL   l'ALAlS   DE   JUSTICE;    FAÇADE   DE   LA   COUK   D  ASSISES. 


Molière  ;  il  ne 
faut  pas  qu'il  les 
possède  en  dou- 
ble exemplaire, 
et  le  buste  de  la 
rue  du  Pont- 
Neuf  pourrait 
aller  rejoindre 
l'inscription  de 
la  fausse  maison 
mortuaire  rue  de 
Richelieu. 

Le  comité  des 
Inscriptions  pa- 
risiennes  a    pu 

iilenlilier  avec  la  maison  portant  le  numéro  144^  de  la  rue  de  Rivoli 
l'emplacement  de  l'hôtel  «  où  l'amiral  Coligny  périt  assassiné  dans  la 
nuit  de  la  Saint-Barthélémy  ».  11  va  sans  dire  que  la  rue  de  Rivoli 
n'existait  pas  alors;  Coligny  avait  son  hôtel  rue  de  Bélhizy.  In 
hommage  plus  éclatant  rendu  à  la  mémoire  de  l'amiral  est 
le  beau  monument  de  Crauk.  élevé  au  chevet  de  l'Oratoire, 
sous  les  arcades  de  la  rue  de  Rivoli.  C'est  même  par  cela  seul 
que  vaut  cet  édilice,  ancienne  église  des  Oratoriens.  construite 
par  Lemercier  vere  1625,  aujourd'hui  temple  protestant. 

On  s'étonnerait  de  la  dénomination  de  rue  de  la  Monnaie, 
donnée  à  une  rue  de  la  rive  droite  si  l'on  ne  savait  que  de- 
puis le  XIV*  siècle  s'y  trouvaient  les  bâtiments  delà  Monnaie; 
l'hoiel  actuel  des  Mtinnaies  au  quai  Conti  (VI*  arrondissement) 
lie  date  que  de  \"\. 

Saint-Germain-l'Auxerrois  nous  ramène  au  Louvre. 
Classé  à  bcin  dioil  parmi  1rs  monuments  historiques,  c'est 
un  très  beau  monument  de  l'époque  gothique,  du  xiv»  et  du 
xv«  siècle,  qui  malheureusement  fut  irop  modernisé  vei-s  la 
seconde  moitié  du  xvui'  siècle.  Le  jubé  qui.  paraît-il,  était 
une  des  meilleures  œuvres  de  Pierre  Lescot  et  de  Jean 
Coujon,  fut  alors  démoli,  et  des  anciens  vitniux  l'on  ne  con- 
serva que  ceux  du  transept,  fort  beaux,  d'ailleui-s,  et  faisani 
d'autant  plus  regretter  les  absents.  L'église  n'a  gardé  qu'une 
des  cloches  à  jamais  fameuses  pour  avoir  donné  le  signal  de 
la  Saint-Bartliélemy  la  Comédie-Française  en  possède  une 
autrej;  en  revanche,  depuis  le  mois  de  mai  1898,  elle  est 


16 


PARIS -ATLAS 


LA   MAIRIE   UU    1' 


AKKu.SDISSEMENT   ET   L'ÉGLISE  SAINT-GERMAIN    L'AUXERUOIS. 


gratifiée  d'un  carillon  de  quarante-quatre  cloches,  actionné  par  un 
mouvement  d'horlogerie  et  qui  fait,  de  temps  en  temps,  entendre 
aux  passants  surpris  des  airs  restitués  du 
xvii"  siècle,  parmi  lesquels  la  célèbre  Marche 
de  Turenne. 

Nous  ne  parlerons  que  pour  mémoire  de 
la  mairie  du  I"""  arrondissement,  juxta- 
posée à  l'église  et  soudée  à  elle  par  une 
tour  plutôt  massive.  Il  était  inutile  de  pro- 
poser au  jugement  des  gens  de  govit  une 
comparaison  qui  tourne  tout  à  l'honneur 
des  maîtres  tailleurs  de  pierre  du  xv*  siècle. 

Nombreux  sont  les  ponts  qui  relient  U: 
\"  arrondisscnK'rit  à  la  livo  gauche.  En 
aval  du  pont  Sainl-.Michcl  et  du  Puni-Neuf, 
il  y  en  a  encore  quatre  autres  :  le  pont 
des  Arts,  le  pont  du  Carrousel,  le  pont 
Royal  et  le  pont  de  Solferino. 

Le  pont  des  Arts  est  heureusement 
nommé,  car  il  r'-iiiiit  le  Louvre  —  qui  porta 
d'abord  le  nom  de  Palais  des  Arts  —  à 
l'Institut,  à  la  Monnaie,  à  l'Ecole  des  Beaux- 
Arts.  Il  fui  construit  de  1801  à  1803.  Fonilé 
sur  pilolis,  formé  d'arcs  en  fonte  assez 
faibles,  il  n'est  accessible  qu'aux  piétons. 
Longtemps,  un  droit  de  péage  fut  perçu 
aux  ex(rémili''S  du  pont.  Cela  valut  à  Hoyer- 
Collard  l'occasion  d'avoir  de  l'esprit,  un 
jour  où,  à  la  sorlii:  de  son  cours,  ses  élévis 
lui  faisaient  une  escorte  peu  sympalliif|ue. 
Arrivé  h  l'entrée  du  poni,  il  jela  une  pièce 
d'or  au  receveur  en  lui  disant  :  «  Ces 
messieurs  sont  avec  moi.  >■ 

Le  pont  du  Carrousel,  que  l'on  ap- 
pelle couianurnnt  //on/  des  Siiinls-Pèns, 
date   de    1834   et    fut,  lui   aussi,   à   péage 

jusfiu'en  1807.  Elevé  par  Poloncean,  il  est  d'une  remarquable  flexi- 
bilit"'',  que  l'on  trouverait  même  inr|uiétan(e  si  les  ingénieurs  n'afllr- 
maicnl  qu'elle  est  un  gage  de  sa  force,  —  éprouvée,  d'ailleurs  depuis 


PORTAIL 
DE   L'ÉGLISE   S AINT-GER.MAIN    L'AU.\ERROIS 


longtemps  par  l'incessant 
cortège  d'omnibus  et  au- 
tres véhicules  qui  y  cir- 
culent. 

Quant  au  pont  Royal, 
c'est  un  aïeul.  Au  xvi°  siè- 
cle, un  simple  bac  suffisait 
à  assurer  les  relations 
entre  les  Tuileries  et  la 
rue  du  I!ac  ;  en  1632,  fut 
construit  vis-à-vis  de  la 
rue  de  Beaune  un  pont  de 
bois,  qui  s'appela  d'abord 
pont  Barbier,  pour  avoir 
été  construit  par  les 
soins  d'un  contrôleur  des 
linances  ainsi  nommé, 
puis  pont  Sainte -Anne 
en  l'honneur  d'Anne  d'Au- 
triche, puis  pont  Rouge, 
en  raison  de  sa  couleur. 
C'est  sous  ce  dernier  vo- 
cable qu'il  disparut,  le 
■20  février  1684,  emporté 
par  une  débâcle. 

La  première  pierre  du 
nouveau   pont    fut    posée 
en  grande  cérémonie,   le 
•2o  octobre  1685.  Du  pro- 
cès-verbal de  cette  solen- 
nité,   il   semble    résulter 
que  Gabriel  en  fut —  plus 
que  Mansard,  quoi   qu'en 
disent  tous  les  historiens 
de  Paris  —  le   principal 
architecte.  «  On  y  a  né- 
gligé   les  orncmens,    dit 
Félibien,  mais  la  solidité  qu'on  y  a  donnée  promet  une  durée  dont  on 
ne  verra  point  la  fin  ».  Et,  de  fait,  le  pont  Royal  marche  très   allè- 
grement vers  son  troisième  centenaire.  Il 
est  fort   peu    commode    car    son  excessif 
dos  d'âne  exige  des    chevaux  un  coup  de 
collier    ([ui  dnit   leur    faire    quelque    peu 
maudire  (iabriel,  —  et  par  contraste  bénir 
Perronet  lorsqu'ils  ont  à  fiancliir  le  pont 
de  Neuilly,  le  premier  i"uil  dr^il  ([n'ait  vu 
bâtir  l'ancien  régime. 

La  construction  du  pont  i|ui  conduit  des 
Tuileries  au  jialais  de  la  Li^^rion  d'honneur 
était  déjà  ordonnée  par  un  décret  du  28  juil- 
let 1858.  La  victoire  à  laquelle  nos  années 
prirent  une  part  si  brillante  le  24  juin 
suivant  fournit  une  excellcnle  Dccasiun  de 
le  baptiser  :  on  l'appela  pont  de  Solfe- 
rino. D'une  utilité  médiocre  à  l'origine,  il 
est  aujourd'hui  un  débouché  très  impor- 
tant pour  la  nouvelle  gare  d'Oiléans. 

De  la  (Colonnade  à  la  place  de  la  Con- 
corde, hîs  7i('iis  du  Loitrrc  et  des  Tuileries 
constituent  une  des  plus  belles  pnuuenades 
du  monde.  D'un  côté,  la  succession  de  pa- 
lais <lont  se  compose  le  Louvre,  puis  l'élé- 
gante terrasse  du  bord  de  l'eau,  —  di!  l'autre 
la  Si'ine,  avec  ses  aspects  si  variés,  le  bou- 
quet de  verdiii'e  du  ))nnt  Royjil,  l'altière 
façade  de  hi  u'are  d'Orléans,  le  i.'racieux  pa- 
lais de  la  [.(■•i.'iiin  d'iinniieur,  les  aristocra- 
tiques hôtels  du  quai  d'Orsay,  —  et  sur  l.i 
rivière  môme,  ce  mouvement  perpétuel, dont 
l'œil  ne  se  lasse  pas,  de  l)ati>aux  de  tout 
genre  se  cnusant  :  "  express  »  et  i<  hiinn- 
delles  »  I)ondés  de  v(iyagenrs,  bmrdi's  ]iéiii- 
ches  pénildeiiienl  remiin|uées,  "  la  cliaine  ■■. 
à  Honen  et  même  à  Limdres,  qui  s'arréti^nt 
aiMDMt  lia  |iiinl  du  Caii'nusel.  Li-  pinjet  tant 
l'iÉiis  pnii  lie  mer,  se  réalise  là  timidement. 


les  "  transports  »  allant 
au  port  Saiiit-.Niiidas  en 
de  fois  mis  en  avant  de 


PARIS  -    PREMIER    ARRONDISSEMENT 


PA  RIS-ATLAS 


Ptiot.  Neunleia. 


LA     PLACE    DE    LA    BOURSK 


LA     BOURSE.    —  5»  QUARTIER  :   GAILLON. 
6''   QUARTIER    :    VIVIENNE    —  7^^  quartier    :    DU    MAIL.    —   8°  quartier    :    BONNE-NOUVELLE. 


E  n^^  niToiiilissrnieiil.  dit  La  Bourse,  se  super- 
pose u.vacleineul  au  I"'  dans  le  quadrilati're  irré- 
4,'ulier  que  forment  la  Seine  au  Sud,  les  grands 
boulevards  au  Nord,  le  boulevard  Sébaslopol  à 
l'Est,  les  rues  Dupliot,  Saint-Florentin,  Riche- 
panse  et  le  mur  du  jardin  des  Tuileries  .à  FOucst. 
Leur  ligne  de  démarcation  dans  cet  espace  va  de 
l'Ouest  à  l'Est  et  est  constituée  par  les  rues  des 
(Capucines,  des  Petils-Champs,  de  La  Feuilladt^  et 
Elienne-Marcel.  Les  liniiles  d\i  II"  arrondissement 
Sont  donc,  au  Sud,  ces  (juatre  voies;  à  l'Est,  l'axe  du  boulevard  Sébas- 
liipol;  au  .\ord,  l'axe  des  boulevards  Saint-Denis,  Hunne-Nouvelle,  Pois- 
sonnière, Montmartre,  des  Italiens  et  des  Capucines,  et  à  l'Ouest  la 
région  occidentale  du  I'"'  arrondi.ssement. 

Ici,  nous  ne  rencontrons  plus  des  splcndcui-s  comme  celles 
Louvre,  d'un  Palais-Hoyal  ou  d'im  Palais  de  .lusliee  —  P.iiis  ne 
pri''lendre  à  de  telles  richesses  monumenliiles  dans  idiaciiii  d 
(piartiei-s  —  mais  une  région  l'mini'mmeiil  aciive,  ipie  l'.m  eii^jbdi 
entière  sous  la  désignation  cdiiraule  <le  ■•  la  lidurse  ...  nù  la  llèMc 
vie  coMMuereiali'  et  bonlevardièi-e  i-r^ner.iil  s.ins  pailage,  si  l'o 
U'ouvail  aussi  l.i  Hibliollièqui^  Nalioiiale.  le  cahue  n'Hiiic  di'  la  sri 
vérilalile  iiasis  du  silence  au  milieu  de  laid  de  bruils  diviM'S.  La  lîc 
Il  était  impossible  de  di'Muiuimer  il'uue  t.iinii  plus  e\pressi\e, 
exacte  aussi,  ces  97  hecLin's  de  loi-iMin  ipii  assui'eiil  saus  conlesli 

11"  arrondissemeni   le   delnier  imul'    il.lllS    liuipnrlauee    supellieielie 

le  premier  dans  !'liii|iuilauce  liuaiieièi-e.  i;i  cela,  nnn  si'uleuienl  jie 
Pauis-Ati.as. 


d'un 

peul 


|..ul 

de  la 


plus 


que  <i  le  temple  de  Plutus  »  y  est  situé,  mais  parce  qu'il  n'est  pas  une 
seule  de  ses  rues,  de  la  porte  Saint-Denis  à  la  place  Vendôme,  de  la 
rue  Etienne  Marcel  au  lioulevard  des  Capucines,  sauf  queKiues  parties 
du  quartier  Caillon,  où  l'on  vive  autrement  que  pour  les  afl'aires  el  |>ar 
les  alfaires. 

La  rue  Saint-Denis.  —  llisloriquement,  c'est  par  sa  partie  orien- 
lale,  celle  du  (|uailier  Saint-Denis,  que  le  canton  dont  nous  avons  à 
[larler  a  commencé  de  se  bàlir.  L'enceinte  de  Philippe-Auguste  cou- 
pail  à  angle  droit  la  rue  Saint-Denis  à  pou  près  à  l'intei-soction  des  rues 
Elienne-Marcel  et  ïurbigo,  c'est-à-dire  vers  le  point  où  maintenant  est 
la  séparation  entre  le  l"'  et  le  II"  arrondissement.  Au  delà,  vei-s  le 
N<ud,  il  n'y  avait  qm^  des  terrains  en  culture,  nuùs  on  ne  tarda  pas 
à  y  cousiruire.  Hue  Saint-Denis,  vis-à-vis  de  la  rue  (irenela,  une  haute 
pnile  cochère  indicfue  l'emiilacement  de  l'église  Saint- Sauveur 
di'iuiilie  en  1787,  et  (|ui  était  déjà  nu'nlionnée  comme  cure  eu  1284. 
Saiul-Sauveur  lui  dcuic,  dès  le  xni°  sièile,  la  pari>isse  du  faubourg civé 
Ihiis  de  l'enceinle  de  PIlilippe-AugusIe  cl  qui,  en  moins  de  deux  siècles, 
de\iul  si  ii.qiuleux  que  Charles  V  dut  l'en  fermer  dans  une  nouvelle  for- 
lilii  alinn,  d(Uit  b"  parcouii;  est  représenlé  assez  exaclemeni  par  le  Iracé 
de  la  rue  d'Aboukir  enire  la  jdace  des  Victoires  et  la  rue  Saint-Denis. 

\  is-à-vis  Sainl-Sauveur,  le  côlé  droit  de  la  rue  Saint-Denis,  entre  la 
rue  (irenela  et  le  passage  de  la  Trinité,  élail,  depuis  l'année  I202.  occupé 


|.ar  les 

lUssi    (b 


n'élail    I 


bàlinu'uls  et  terrains  de  l'Hôpital  de  la  Trinité,  dit  aloi-s 
la  (U'oix-de-la-Ueine  (à  l'angle  des  rues  (iienela  el  Saint-Denis 
euiore  la  l'onlaine  de  la  Heine,  avec  l'insi-riplion  :  1732).  Ce 
ulemenl   un   lu'ipilal,   el   l'on  va  voir  qu'il  servit  concur- 


18 


TARIS -ATLAS 


LE    THEATRE    DE 


L  i;  >    E  p.  I  O  C  11  E  s 
DE    LA    LUNE    ET    DU    SOLEIL. 

remmont  à  des  objets  Lien  divers. 
En  1333,  ses  administrateurs  ven- 
daient au  prévôt  des  marcliandset 
aux  échevins  une  partie  de  IVnilos 
pour  en  faire  un  cimelière.  L'acte 
de  cession  porte  que  les  bourgeois 
et  liabitants  de  la  ville  de  Paris  au- 
ront droit  d"y  entrer  <'  toutes  fois 
et  toutes  heures  que  il  leur  plaira  >■; 
([ue  le  prix  d'inhumation  ]imir  une 
lusse  particulière  sera  de  dix-huil 
diMiiers,  pour  une  fosse  en  com- 
mun huit  deniers,  et  pour  une  fosse 
d'enfant  six  deniers. 

Ce  voisinage  n'avait  pour  des  ma- 
lades rien  de  salubre  ni  de  réjouis- 
sant, et  c'est  pour  cela  sans  doute 
([ue,  peu  de  temps  après  la  créa- 
tion de  ce  cimetière,  l'hôpital  fut 
déserté.  Vei-s  1380,  existait  à  Paris 
une  association  de  »  bourgeois  et 

autres  bonnes  gens  d'icelle  ville  »  qui  se  diinnaient  puur  missiuii 
<  haque  année,  lors  des  fêtes  de  Pâques,  de  riqiri'senlcr  en  iinhlic  ce  (pu 
l'on  appelait  alors  dessein  ou  mystères:  celui  de  la  Passion,  de  la  Mésiir 
leclion,  d'autres  encore.  .Nomades  alors,  ils  donnaient  leurs  spectacle: 
iiù  ils  pouvaient,  au  Palais,  dans  la  grand'salle,  voire  même  à  Saint 
-Maur-des-Fossés.  L'église  et  les  salles  spacieuses  de  la  Trinité  les  ten 
tèrent,  ils  obtinrent  de 
s'y  installer  et,  en  l'i02, 
Charles  VI  leur  accorda 
des  lettres  patentes  re- 
connaissant officielle- 
ment leur  confrérie  sous 
le  nom  de  «  maîtres  et 
gouverneurs  de  la  con- 
frairie  de  la  Passion  et 
résurrection  Nostre  Sei- 
gneur, fondée  en  l'église 
de  la  Trinité  à  Paris  ■•. 
L>'  premier  théâtre  pa- 
lisien  était  créé  ;  il  pros- 
j>éra  là  pendant  un  siècle 
et  demi,  jusqu'au  mo- 
ment où,  en  11548,  il  fut 
transféré  à  l'hôtel  de 
Uourgogne,  où  nous  le 
retrouverons  tout  à 
l'heure.  I,a  maison  de 
la  Trinité  reprit  sa  des- 
tination iios[)ilalière  et 
la  garda  jusqu'à  la  Mévo- 
lution;  il  donnait  asile 
à  des  orjihelins  (|u'à 
cause  do  leur  costume 
on  nommait  les  Enfants 
bleus    el    qui    faisaient 


CHAPELLE    DE 
B  L'  R    l' 


llEECrEE    DU    COL-VE 

1  r  L  A  t  K  M  K  N  T     11  K     I,  A  >l  C  K  I. 


cortège  à  tous  les  enterrements  de  marque  :  la  Cour  des  Bleus, 
inivrant  sur  le  n"  146  de  la  rue  Saint-Denis  rappelle  encore  aujour- 
d'hui leur  souvenir.  Nous  souhaitons  qu'au-dessus  de  son  entrée  une 
inscription  soit  apposée  rappelant  que,  sur  l'emplacement  compris  entre 
les  n°^  140  el  i6i,  s'élevait  i  hôpital  de  la  Trinité  où,  vers  1390,  fut  fondée 
la  première  snlle  de  théâtre  parisienne,  qui  y  subsista  jusqu'en  iôiS. 

n  pfu  plus  haut,  et  de  l'autre  côté  de  la  rue,  était  situé  le  couvent 
des  Filles-Dieu.  Tous  les  historiens  s'accordent  à  dire  que  sous  le 
rècne  de  saint  Louis,  un  monastère  avait  été  fondé  par  les  soins  de 
l'évèque  de  Pai'is,  Guillaume  d'Auvergne,  au-dessous  de  l'endroit  où 
est  aujourd'hui  la  maison  de  Saint-Lazare  pour  recevoir  des  femmes 
qui,  dil  Juinville,  «  par  povreté,  s'estoient  mises  en  péchiéde  luxure  ». 
liii'  dis  iililiixaliiins  imposées  aux  Filles-Dieu  était  d'olîrir  le  pain  et 
le  vin  aux  condamnés  que  l'on  me- 
nait "  supplicier  »  au  gibet  de  Mont- 
l'aucon.  Lugubre  éla|iei|ui  peint  bien 
la    férocité    des   mo'urs    d'autrefois. 
Semblançay,     le     surintendant    des 
linances,    est    un  des  ]ilus  illustres 
parmi  ceux  qui  reçurent   ainsi   des 
l'illes-Dieu  leur  dernier  repas;  pour 
lui.  par  un  rafllnement  de  cruauté, 
l'est  là  qu'on  lui  mit  en  main  uno 
croix  peinte   en   rouge   et  qu'on  lo 
poussa,  tète  nue,  jusqu'au  gibet. 

Ce  dernier  conlinait,  à  la  Cour  des 
Miracles,  devenue  luquilaire  depuis 
que,  dans  Xulre-Dame-de-Puris,  Victor 
Hugo  en  a  fait  une  si  ]iilloresque 
prinlure.  Comme  son  nom  l'indique, 
c'est  là  que  tous  les  faux  paralyti- 
ques, aveugles,  culs-de-jatte,  man- 
chots, avaient  leur  asile  et  retrou- 
vaient, chaque  soir,  l'usage  de  leurs 
organes.  Le  percement  de  la  rue 
Uéaumur  a,  de  ce  côté  aussi,  donné 
(le  l'air.  AdministrativcmenI,  la  Cour 
des  Miracles  existe  encore,  mais  il 
ne  s'y  fabrique  plus  de  faux  inlinnes  ; 
elle  s'ouvre  rue  de  Damiette  el  rue 
des  Forges,  et  est  voie  privée;  sa  lon- 
s  variiLtés.  gueur  est  d'une  quarantaine  de  mè- 

tres, sa  largeur  d'une  dizaine. 

lîevenons  à  la  rue  Saint-Denis  où 
aliomliMit  1rs   souvenirs    du    \ii-ux   Paris. 

Presipic  en  face  de  la  maison  des  Filles-Dieu,  s'élevait  un  autre 
couvent,  celui  des  dames  de  S<iint-Cliaumondxen\xes]iien  1685,  où  elles 
succédèrent  aux  héritiers  du  duc  de  La  Feuillade,  et  c'est  là  que  fut 
construite  la  première  statue  de  la  place  des  Victoires;  elles  se  consa- 
craient à  l'instruction  des  jeunes  tilles  et  des  nouvelles  converties.  Le 

couvent  fut  suiiprimé 
en  nOO,  mais  ses  bàli- 
ments  ne  furent  pas  en- 
tièrement détruits  et  l'on 
peut  voir,  à  l'angle  des 
lues  de  Tracy  et  Sainl- 
Denis,  la  partie  sujh'- 
rieure  de  la  fai^ade  de 
leur  chapelle. 

Dans  cette  maison  na- 
quit, le  7  fructidor  an  VI 
I-2-2  août  1"98),  Jules 
.Miclielet  dont  Paris  el 
la  France  entièi-e,  oui 
le  14  juillet  1898,  célé- 

bn'     le     liliirirux     ccnle- 


l.i'  Quartier  Bonne- 
Nouvelle.  —  Le  (lécrel 
ilu  Ui  |uiu  18:59  a  donné 
à  liusi-mlili'  de  la  ré- 
1,'iiiri  i|Ui'  iiiiiis  (|uilliins 
i-l  à  celle  (lu  nous  alliins 
entrer  le  nom  de  quartier 
Uonne-NoHvetle.  Ilislori- 
ipiemenl,  il  eût  mieux 
valu  lui  laisser  son  luuu 
primitif  de  N'illeneiive. 
(;'est     ainsi,      eu     ellel, 


NT    DES    DAMi: 

I.  K     NAIJl'IT     l.'ill.s 


Il  \  I  M  II  N  T, 


D  !•:  i:  X 1 1  ;  m  i:  a  i !  r  o  n  d  i  s  s  i:  m  i:  n  t 


19 


LK    BOULEVARD    DES    ITAEIENS    LIMITANT    LE    I 


qu'on   (Irsiuiiail   au  xvi°  siècle  les  conslruclions  qui  s'élaient  élevées 

sur  les  délilais  de  l'euceinle  de  Charles  V,  entre  le  rempart  (représenté, 

nous  l'avons  dit,  par  la  rue  d'Aboukir)  elle  boulevard  qui,  sur  ce  point, 

ne  date  que  de  Charles  IX.  La  population  y  était  devenue  assez  dense  pour 

qu'en  1551   une  chapelle  y  eût    éli- 

instituée   sous  le  vocable  de    saint 

Louis  et  de  sainte   lîarbe.   I.,i   \illi - 

neuve  et  sa  chapelle  luirul   rnlirn- 

inent  rasées    pendant    le    siéi;c    dp 

Paris  en  1593.   On  la  reconstruisit 

non   sans    peine    sur    ses    propns 

ruines,  au  temps  de  Louis  XIll,  qui 

accorda  à    cet  elTet   des    piivili'L'i-s 

spéciaux,  et  on  la  surnomma  à  ci' 

moment  Villeneuve-sur-Gravois.  La 

chapelle  fut,   de   même,   réédiliéc, 

mais  s(_Mis  le  nom  de  Notre-Dame- 

de-Bonne-Nouvelle,    liin'  qui   sr 

i.qqiurle  à  l'AnnoULialiou,  bien  ipi.' 

b's    anciens   documents    i'uppellcnl 

lionnes -Nouvelles.      La     premirri> 

jiii'ire  en   l'ut  posée   en  16'25,  ccib- 

du  cliu'ur  au  mois  d'avril  1628  par 

Anne  d'Autriche;  enliii.   le  22  jiiil- 

b't  1673,   de    sinipb'    clia|irllc,  '  rllr 

ib'venait  paroisse.  .Mais  rc   n'rsl  pas 

l'édilice    du    xvii°   sièile   cjuc    nous 

avons  sous  les  yeux,  car  il   l'ut  di'- 

iiuili  en  l'an  V.  11  ue  devait  |ias  èlre 

beau,  vu  le  style  du  tenqis. 

L'ancienne  Villeneuve  a  gardé  l'as- 
liect  montueux,  tortueux,  étniil  dr 
son  origine  sur  gravois  11  est  biin 
pittoresque,  cependant,  bien  "  vieux 
Paris  >i  avec  ses  rues  tracées  géomé- 
tiiqut'raent  comme  celles  do  toute 
vraie  ville  neuve.  Certains  de  leurs 
noms  veulent   une   explication   ;    la 


rue  de  la  Lune  doit  sans  doute  le  sien  à  une  enseigne,  car  elle  n'est  pas 
de  celles  on  l'astre  des  nuits  peut  le  plus  facilement  briller;  la  déno- 
mination de  la  rue Beauretjard  est  plus  obscure;  son  tracé  même,  sauf  à 
sa  pointe,  rend  dil'licile  d'y  jouir  de  la  belle  vue  que  lui  ont  prêtée 
quelques  élymologistes;  nous  incli- 
nons plutôt  pour  un  nom  d'homme, 
—  et  pourquoi  pas  celui  du  capi- 
taine des  gardes  de  Soissons  dont  il 
est  question  dans  ïalleuianl  des 
liéaux?  La  rue  Notre- Dame-de-Recmi- 
vraiice,  ancienne  petite  rue  Poisson- 
nière, doit  avoir  eu  pour  marraine 
une  chapelleuie,  un  bénélice  ecclé- 
siastique qui  possédait  là  du  terrain. 
La  rue  T/iorel,  avant  de  prendre  le 
nom  d'un  conseiller  municipal  de 
Paris,  mort  en  1884.  a  porté  suc- 
cessivement ceux  de  Porlalès,  an- 
cien curé  de  la  paroisse,  —  et  de 
Sainte-Barbe;  la  rue  de  la  Villencure 
s'api)elait  à  l'origine  rue  Saint  - 
Etienne.  La  rite  de  Cli'ri/,  enfin,  exis- 
tait dès  IG'iO  et  devait  sou  nom  à  uu 
hôtel  dit  de  Cléry. 

Au  carrefour  formé  en  angle  aigu 
par  cette  dernière  et  la  rue  Beaure- 
gard  s'élève  une  maison  de  trois 
étages,  surmontés  d'un  grenier  de 
forme  bizarre  ;  c'est  là  qu'en  1793 
habitaient  les  parents  d'André  Ché- 
nier  —  et  légalement,  mais  par  in- 
termittence seulement  —  le  poète 
lui-même.  Ce  n'est  pas  dans  cotte 
nuiison.mais  à  Passy,  au  sortir  d'une 
visite,  qu'il  fut  arrêté  comme  sus- 
pect,le  t"  ventôse  an  II  (7  mars  1794). 
Il  ue  devait  pas  la  revoir,  ni  em- 
brasser ses  parents  épKués;  après 


,\DE    DE    LOI' EU  A-COMIQUE, 


PARIS -ATLAS 


I..\    FONTAINE    CAII.I.ON. 


Par   L lc-Olivier    Mer 


une  longue  délen- 
tion,  il  péril  sur  Ti'- 
clwilaml  (le  la  i)l;ue 
.lu  Trône,  le  6  llier- 
uii.lm-,  ;ï  lïij-e  de 
In-ulr  el  un  .iiisl 
Rue     Réaumur. 

V.U    CilUliMUaUl  VITS 

l'Ouesl,  nous  croisons 
lu  rue  Hrauniur,  de 
récent  [lercenienl. 
l'endanl  fort  lont,'- 
liMiips,  elle  s'étendit 
si'ulfuirnl  l'iilre  le 
siiu.nv  ilu  Triuple  et 
la  iiu'  Saint-Denis; 
son    proliini.'1'nient   ;i 


iox   (Escaliei-  d'honneur  de  1  Opcra-Coniique }. 


visionner  les  crieurs,  por- 
teurs, camelots  aux  pieds 
aiiiles. 

Les  boulevards.  —  l.«s 
lioulevanls  dali'Ul  du  temps 
d(>  Henri  II  et  Charles  IX.. 
En  loo'2,  uni'  j,'rande  pani- 
que s'empara  des  Parisiens  ; 
ils  crurent  voir  les  tronjies 
de  Charles -Quint  à  leur 
porte,  el  décidèrent  en  hâte 
de  renforcer  l'enceinte  de 
(Hiarles  V  par  une  fortifica- 
tion qui  consista  surtout  en 
fossés  assez  profonds,  et 
qui,  dans  la  région  dont 
nous  trailons,  reçurent 
plus  tard  le  nom  de  fofsis 
Jniincs,  en  raison  de  leur 
couleur  arcileuse.  Sous 
Louis  Xlll,"  en  UiiA,  fui 
construiti'  uni^  nouvelle  en- 
ceinte suivant  leur  tracé,  et 
à  l'abri  de  laiiiielle  se  hàli- 
i-enl  les  quarlieis  Vivienne, 
Richelieu  el  Caillou,  mais 
ce  n'est  qu'au  débul  du 
.\ix«  siècle  (|ue  les  boule- 
vards commencèrent  à  per- 
dre leur  aspect  de  vastes 
promenades  ombrageuses  à 
deux  rangs  d'allées,  pour 
lujourd'iiui.  S'il  revenait  [larmi  nous, 
a  maison,  siluée  sur  le  boub'vard,  au 


travcMs  le  l|c  arrondissi-nienl  jusqu'à  la  place  di'  la  liourse  aura  élé 
une  des  jilus  iiiiportantes  opéralioiis  de  voirie  parisienne  de  la  lin  du 
siècle,  par  la  relation  directe  qu'elle  crée  aulanl  i|ue  pur  l'aéialinn  si 
nécessaire  des  quartiers  qu'elle  traverse. 

I.a  rue  Poissonniùre  était  celb;  (|ue  suivaiiuil  les  marc  liand>  île  poisson 
pour  apporter  b-ur  marchandise  aux  Halles  il,  sous  ce  nom.  elle  est 
1res  ancienne.  Prolongée  par  la  rue  du  Faubonrg-Pidssonnière,  elle  est 
\in  des  anciens  chemins  conduisant  à  Saint-ltenis,  où  on  la  retrouve 
encore  perlant  le  nom  de  la  rue  des  l'oissonniers.  Klioile,  monlueus.  . 
mal  bàlie,  ce  n'<Mi  esl  |ias  moins  une  des  rues  les  plus  vivanles.  b 
plus  (larisiennes  du  vieux  Paris.  Au  lenire  du  quarlier  des  allair.- 
elle  conslidie  la  ligne  de  iléniai'calion  eulie  deux  L'enies  de  coiiiun n  ' 
ci-iui  des  lleirrs  i-t  plutiies  centralisé  place  el  rue  iln  Caire,  celui  de  !  - 
diaperii-  et  delà  passementerie,  (pii  a  son  siège  principal  dans  la  me  il" 
Senlier.  \.i-  Sentier,  comme  o[i  dil  couramnieiil  dans  l'argol  comnier- 
eiul,  esl  l'un  des  plus  gros  uiaichés  de  lissus  du  niomle  enlier,  el  il  esl 
notoire  que  le  nioimlre  événemenl  pnlilique  y  trouve  anssilôt  su  réper- 
cussion. Uuand  «  le  Senlier  >•  est  calme  —  c'esl-ù-dire  profondéinenl 
ull'uiré  —  cela  prouve  que  tnul  va   bien,  un  dedans  comme  un  iblior^. 

Il  ne  faudrail  pas  croire  que  dans  la  iw  ite  ye";ici(r«  les  liabilaul  ; 
uii'iil.plus  qu'ailleurs,  l'ail  profession  d'(diserver  une  dièle  rigoureuse  : 
on  la  nommait  ainsi  dès  le  xvn'  siècle,  mais  par  erreur;  son  vrai  mou 

est"  rue  des  Jeux-Neufs  ..,  el  elle  le  lire  de  l'existence  de  jeux  de  pai 

el  de  boules  qui  s'y  ét.iieiil  instalb's. 

l'arullèleirieni  à  la  rue  des  .biix-.Neufs,  les  étroites  rues  ihi  Croissarii 
et  Saint-.losepli  relient  le  quarlier  Poissoiiiiière  à  la  iii.'  .Monliuuilri  . 
Illen  n'est  pins  pitlores(|u."  i|ue  l'uspeil  de  la  iiiedu  Croissant,  le  matin 
de  très  boinie  lu-nre  ou  ;'i  partir  de  deux  heures  de  l'après-midi;  i'e>l 
le  centre  de  prodm  lion  et  d,-  veut.'  de  la  plupart  des  .jonniunx,  le 
marché  des  journaux,  i  .imuo-  on  l'a  souvent  apiiidé,  où  viennent  .s'aïqiro- 


Uevenir  ce  que  nous  les  voyou 

<iue    dirait  llegnurd,   lui  qui,  di 

bout  de  la  rue  Hichelieu,  se  féliciluil  d'uvoir  sous  les  yeux  l'abbaye  de 

-Montmartre,  sans  autre  intermédiaire  que  des  marais  et  des  jardins! 

Le  bouhvuid  Bonne-Nouvelle  ne  présente  d'autre  particularité  que  sa 
terrasse  au-dessus  de  la  chaussée,  qui,  là  connue  eu  d'autres  points 
de  la  ligne  des  boulevards,  semble  disposée  emume  une  galerie  di' 
Ihéàlre. 

X  l'angle  du  boulevard  Poissonnière  el  de  la  lue  du  mi''me  nom,  un 
magasin  de  bonneterie  a  pour  enseigne  :  Maismi  des  anciennes  limites 
de  la  ville  de  Paris;  an  n"2t).  »  La  maison  portail,  eu  elbd,une  inscrip- 
tion datée  de  172t),  défendant  de  bâtir  au  delà  de  celle  limite  dans  le 
faubourg,  sans  permission,  c'est-à-diie  sans  avoir  payé  la  taxe.  La  maisiui 
]iorlant  le  numéro  23  du  même  boulevaid  est  un  bel  liùlel  conslrnit 
sous  Louis  XIV,  pur  François  Soufllot,  dil  le  Itouiaiu.  ue\eu  et  élève 
de   l'architecte   du    Paulliénii,    pioir  le    pii'sidenl   de    Moulliojon. 

Boulevard   Monlinarln- ,  le    iheàlre    des  'Variétés    uli-e    sa    façade 

un  peu  i'tii(|née. 
Le  /lassai/e  des 
l'iiiiorinnn.--.  dans 
lequel    cel     éta- 

l.lisseUleUl         esl 

|iiiur  ainsi  ilii" 
enraslii'',  fui  ou- 
\erl  eu  l!St)0,sur 
les    lerraius     de 

l'ili'ilel    de   Molll- 

mnreney.  Il  doit 
son  muii  aux 
p.iuoiamas  que 
Itnbell  l'ullon, 
le  ci'lébre  invell- 
teui'  du  bateau 
à  vapeur,  y  avait 
construits  et  qui 
représentaient 
les      principales 

xillesdui I<'. 

Ils     fureiil     Mip- 

)ii iuii's  eu  ts:'l. 

Les  jaidins  de 
ce    miMUe      lliilej 

de  Miinlmiiiency 

luieril.    sous    l(! 

nom  de  l'rasculi, 

Ll     l'Wn.l.i'N    l'i:    llAMiNKi;  le     rendez-vous 

(11.11  LcvAiii.  m:»  iTAi.iKMt).  des  élégances  un 


i)i; r XI i;m k  a i; r, < » nd i sskmk.n  r 


21 


[icu  lascives  l'I   l'iii-l  di''shu- 
liillri-s  (lu  Dirrrldirr. 

Nous  VDici  au  huulcvard 
di's  Italiens,  ainsi  nonmi'' 
depuis  la  lin  ilu  xviii°  sirili-, 
en  riiouiirur  (les  eiiiiii''- 
(lieiis  ilalicus  dont  le  tli('àlre 
fut  coiislruit  eu  1782,  d  de- 
vint le  tlK'àtie  de  lOpéra- 
Comique.  I.a,  façade  n'en 
l'ut  cependant  jamais  sur  le 
Iniulevard  nifimi;.  On  a 
d(inn(''  plusieurs  versions  à 
ce  sujet;  la  plusvraisembla- 
Ijle  est  celle-ci.  Le  vaste  em- 
placement compris  entre  la 
rue  Ricfielieu,  la  rue  Sainl- 
Marc,  la  rue  de  Gramninnt 
et  le  boulevard  éiaW.  occu]"' 
par  un  liôtel  que  le  duc  de 
Choiseul  tenait  de  la  dot  de 
sa  femme  ;  par  l'internu'- 
diaire  du  fermier  général 
Laborde,  il  l'aliéna  en  1781t. 
Des  rues  furent  percées  ;  on 
décida  la  construction  du 
théâtre  italien;  mais  le  duc 
se  réserva  la  façade  du  boit- 
b'vard  pour  y  bâtir  des  mai- 
sons de  rapport,  et,  ilstipula, 
afin  de  donner  de  Tanima- 
tion  au  (luartier  nouveau 
([ui  se  créait,  que  Tentré.' 
du  tliéàtre  serait  sur  la 
place  qui  a  reçu,  en  1852,  le 
nom  de  Boieldieu.  Le  jdan 
était  d'un  bon  calculateur 
et  l'on  sait  quel  succès 
financier  il  a  eu  ;  le  contrat 

fut,  en  outre,  rédigé  de  façon  si  formelle  qu'il  est  encore  valable  au- 
jourd'lmi;  l'Opéra-Coraique  tournera  élernellemeul  le  dos  au  boulevard 
dont  il  fut  le  parrain. 

Les  comédiens  italiens  y  jouèreni  pour  la  première  l'ois  le  23  avril  1783. 
Leur  fusion  avec  la  troupe  fran(?aise  d'opéra-comique  dura  jus- 
qu'en 1797.  Celle-ci  émigra  alors  à  la  salle  Feydeau,  construite  de- 
puis 1789  dans  la  rue  du  même  nom,  mais  revint  à  la  salle  Favart 
en  1801.  Celle-ci,  démoli(^  en  1839,  lut  rcconslruiie  l'année  suivante; 
c'est  elle  qu'a  détruit  l'incendie  du  2o  mai  1887.  Le  souvenir  de  cette 
épouvantable  catastrophe  est  encore  dans  toutes  les  mémoires. 

La  reconstruction  Ae  l'Opéra-Comique,  décidée  au  lendemain  UK'me 
du  sinistre,  s'est  fait  attendre  onze  ans.  Le  l"'  juillet  1898  la  troupe  a 
quille  la  salle  du  lliéàtre  municipal  de  la  place  ,lu  Cli.i  lelet,  où  elle  avait 
reçu  l'iiiispilalité.  Le  nouveau  théâtre,  doul  li'  slyb-  il  les  dispositions 
générales  rappellent  l'ancien,  est  dû  à  beriiic'r,  et  il  a  valu  à  son  uuleur. 


PERSPECTIVE    DE    L.\    R 

(k  gauche 


^AIX,    PRISE    DE    L.A.    P  L  .\  C  E    DE    I.OPÉP..i 


UE    DE    L.\    PA ,  ..    ....    .... 

■  le  Cercle  n.ililaire;  au  fond  li  colonne  Vendôme.) 


Phol.  ^eu^a.- 


avant  l'ai  bèvemenl  complel  de  lédillce.  d'entrer  à  l'.Xcadémie  des 
liiaux-Arls.  L'œuvre  a  beaucoup  de  mérite.  De  grands  artistes  ont 
Collaboré  à  l'embellir.  Nous  nommerons  pour  la  sculpture  Falguière. 
Mercié,  .\llar,  Peynot,  Puech,  Guilbert,  Coutan,  Marqueste.  Lombard, 
(iusiave  Michel;  pour  la  peinture  Benjamin  Con.stant,  Merson,  Gene.x, 
Flameng,  Toudouze,  Haiiluièl  Collin,  Maignan,  Blanc,  etc. 

.Mentionnons  encore,  sur  le  boulevard  de.s  Italiens,  le  passage  tirs 
Princes,  ainsi  nommé,  depuis  18130,  de  l'enseigne  d'un  lultel  meublé  qui 
n'avait  rien  de  princier;  —  la  maison  portant  le  numéro  9,  qu'habita 
(in'try;  —  la  masse  inqiosaule  des  bàlimenls  du  Crédit  Lyonnais. 
vi'rilable  C(dVi-e-fort  eu  jiieri-es  de  laille  ;  --  eiilin  la  .ji'lie  fa.ade  semi- 
circulaire  du  pavillon  de  Hanovre,  construit  eu  17.j7  pour  le 
maréchal  de  Hichidieu. 

La  rue  Louis-le-liraud  sépare  le  boulevard  des  Italiens  de  celui  des 
Capucines.  Se  doulaieul-idies,  les  austères  capucines,  que  la  piété  de  la 


l.K    SQUAUK    DM    I.A    l'I. AIE    I,OL'\01.~ 


1'Ai:A11E    UE    LA    lilliLloi  111. 


22 


TARIS -ATLAS 


duchesse  de  Mercœur  réunit  en  1006,  qu'elles  donneraient  plus  tard  le 
nom  de  leur  ordre  à  un  boulevard,  à  une  rue  où  régnent  surtout  le 
luxe  et  les  goûts  mondains?  Le  temps,  le  hasard  ont  de  ces  ironies.  Le 
plus  beau  joyau  du  boulevard,  c'est  la  place  de  l'Opéra,  dont  il  nous 
parait  oiseux  de  vanter  les  mérites;  qu'il  suffise  de  rappeler  que  le 
Cercle  militaire,  officiellement  nommé  «  Cercle  des  armées  de  terre 
et  de  mer  ».  y  est  depuis  douze  ans  situé  dans  le  fort  bel  immeuble 
qui  fait  l'angle  de  l'avenue  de  l'Opéra  et  de  la  rac  de  la  Paix.  Cette  der- 
nière —  dont  le  nom  semble  être  aussi  une  ironie,  puisqu'elle  aboutit 
à  la  colonne  faite  du  bronze  des  canons  ennemis  —  s'appela  d'abord 
rue  Xapoli'on.  On  comprend  sans  peine  que  Louis  XVIII  y  ait  substitué 
une  dénoaiinalion  plus  iia(ili(|ue. 

Le    Crédit    foncier,    fondé    en    18o2,    et    dont    le    nom    indique 
suffisamment   la    desliuation,    se    trouve    dans   la   iiie   des    Ciq/ucines. 


Le  percement  de  l'avenue  de  l'Opéra  a  coupé  en  deux  le  quariiir 
GailUm,  mais  ses  deux  tronçons  ont  recouvré  après  l'opération  leur 
calme  un  peu  hautain.  Le  mouvement  de  la  grande  artère  ne  reflue 
pas  jusqu'à  eux;  c'est  l'asile  tranquille  des  gens  de  la  bourgeoisie, 
et  l'on  devine  qu'ils  vivent  là  comme  coqs  en  pâte.  Tout  ce  qu'on 
sait  de  ce  coin,  c'est  qu'en  1321  un  bourgeois  de  Paris,  Jean  Dino- 
cheau,  fondait,  au  faubourg  Saint-Honoré,  la  chapelle  de  Sainte- 
Suzanne,  autrement  dite  de  Gaillon,  sur  l'emplacement  où,  au  siècle 
suivant,  s'éleva  Saint-Roch.  La  r««  Gaillon  partait  de  ce  point  et  se 
dirigeait  vers  le  nord  pour  aboutir  aux  fossés  jaunes.  Loisque  l'en- 
ceinte de  Louis  XIII  fut  achevée,  le  canton  prit  de  l'importance,  mais 
c'est  surtout  le  xvin'  siècle  qui  lui  a  donné  son  aspect  actuel.  La  rue 
Lmiis-le-Grand  fut  percée  en  1701;  en  1713,  un  arrêt  du  conseil  d'État 
ordonna    la  continuation    de    la    rue   Suiid-Ainjuslin   entre    le   carre- 


LA    .SALLE    DE   LECTUUE    DE   LA    lil  BL  I  Oï  II  Kg  U  E    NATIONALE. 


four  Gaillon  et  la  rue  Louis-le-(;ran<l  ;  la  me  de  In  Michodicre  (pré- 
vôt des  marchands)  est  plus  i-éeente;  elle  ne   fut  nuverle  qu'en  1778. 

Signalons  au  carrefour  (iaillon  l'éléganle  forilaitie  coustruilc  par 
Visconti. 

Entre  larue  Xeuve-Saint-.Xugustin  :'qui,  depuis  1881 ,  s'appelle  rue  Saiut- 
Augustinj  et  laruedesI'elits-Champs  (dénomun^c  jusqu'à  la  même  date 
rue  Neuve-des-Petils-Cliaiiqjs)  une  vaste  place  dimne  de  l'airau  cpiartier, 
qui  en  a  besoin.  Elle  fut  créée  en  1828  pour  la  constiuilion  du  Tliéàlre- 
Italien,  également  connu  sous  le  nom  de  salle  Venladour.  Ci't  édilice, 
œuvre  de  (Juercliy  et  Hervé,  est  bien  bâti;  il  aie  mérite  d'èlre  couiplè- 
lement  isolé  et  d'indi(|ucr  du  dehors  sa  disposition  et  sa  drsiinalinn 
intérieures.  Après  des  fortunes  diverses,  qui  ont  été  souvent  très  bril- 
lantes, il  dut  cei)en(laiit  fiuiuer  ses  portes;  le  genre  ilalien  ne  faisait 
|)lus  suflisaiiimenl  reiidti';  il  n'en  va  pas  de  même  de  rélablissemeiil 
(|ui  s'y  est  installé  en  1893:  c'est  la  succuisali'  di>  la  italique  de  Erance, 
spécialiMnent  alTectée  au  prêt  sur  titres. 

Il  paraitquc  la  prudencede  Louis-Philifipi' avail  exigi'  la  rnnslruclidu 
d'un  passagi'  souterrain  (|ue  l'on  a  récemment  ii'trouvé,  (-(unniuniiiuaul 
du  Théàli-eltalien  au  /las^ni/c  Chai^cul;  en  cas  d'émolion  trop  vive  dans 
la  salle,  le  roi  aurait  disparu  par  h-  couloir  et  sa\ilê  en  voilun-  au  IkuiI 
du  passage.  Il  ii<-'  fut  jamais  lêduit  à  celle  extrémité. 

Le  lliéàli-e  des  Bouffes-Parisiens  partage  ses  faïades  enlrr  la 
rue  .Monsigny  et  le  jiassagc-  Choiscul.  il  fut  d'abord  occupé  [lai-  la  Irmipi' 
du  prestidigitateur  Comte;  plus  lard,  il  eut  pour  directeur  Jarcpu^^ 
OITenbach,  et  de|>uis,  la  vogue  ne  lui  a  guère  fait  défaut,  encore  (|uc 
l'o))éretlc  uil  à  Paris  Lion  d'autres  scènes  où  se  produire  avec  succès. 


\ous  soniines  <lans  \r  qiiaiiifi-  ilrs  llu'',ili'fs,  vi\,inls  du  di^riinls. 
A  cclli'  sridiide  catégorie  appailicnl  la  salle  d'Opéra  dont  les  maisdus  du 
fiiiid  ili-  la  place  Louvois,  côté  de  la  rue  iianieau,  représeuleul  rempla- 
ce  iil.  ('.est  en  sortant  de  là,  le  13  février  1820,  (|ue  le  iluc  dr  iterry 

fui  assassiné  par  Louvel.  La  salle  fut  peu  après  tlémolie;  on  i-ésolul 
tl'élever  à  sa  plaee  un  UKUiutueut  funéraire  à  la  mémoire  du  priucr, 
mais  la  lié^volulion  dr  1830  survini,  qui  arrê-la  ce  projet,  el  liualemeMl, 
ou  (il  le  ^Yl(,/,,•  Ijiiivtiii.  pi'iil,  mais  cmpii'l. 

l.a  Bibliothèque  Nationale  oii-upe  le  i|iiadiil.ilèi-e  l'nmiê  pai'  les 
rui'S  Av  Itielielleu,  îles  Petits  -  Champs,  \iviemie  el  Cnll.erl.  C'est 
en  1721  (|Ue  la  bildiolllè.iue  du  Uni  fui  inslallée  dans  lliêlel  de  .Ni'- 
vers.  amiiMi  liolel  de  Mazarin,  à  la  suile  du  désastre  lluancier  qu'y 
subit  la  banque  de  Law.  .lusqu'alors,  elle  avait  été  bien  nomade.  Les 
colleclions  de  nianuscrils  formées  pai'  saint  Louis  el  ses  successeurs, 

nolamnienl  par  Charles  V,  i|ui  leur  avail  ilo '  dans  la  lourdu  Louvre 

un  asile  si  sur,  el  eu  la  personne  de  «iilles  Malc^l  mi  gardien  si  inlel- 
ligeul;  ci's  c(dleitions  furent  dispersées  sous  C.harles  VI  aulanl  par 
les  |iriuces  du  saiig  que  pal'  lescouquérauls  anglais.  Les  Valois  la  re- 
eousliluèrenl  à  itiois,   d'abord,    puis  à  Eontainebleau  ;  \in  évêiiemi-nl 

venait  de  se  produire,  il'ailleurs,  i|ui  était    de  nature  à  i liliei'  el   à 

enrichir  singulièremeiil  la  •■  librairie  ..  royale:  i'iuveiiliou  de  limpri- 
uierie.  Aux  maiiuscrils  dont  le  nombre  êl.iit  néeessairemeni   liiuilé  h 

la   producii les  calligrapln's,  allaient  s'ajouter  les  produits  de  l'im- 

lirc'.ssi(Ul,  contrel'açou  timide  d'abord  des  maïuiscrils  mêmes,  mais 
dont  l'essor  ne  tarda  pas  à  preiulre  Ks  proportions  les  [ilus  cuusi- 
dérablen. 


DEUXIEME   AIÎIiONDISSKMK.N T 


23 


r    1.  \    r;  I  n  i.in  r  H  I 


Franrois  I"''  eut  le  bon  esprit  d'en  tiriT  juirti  jiour  lu  Lil/linlhi' 
royale  en  prescrivant  qu'un  exem- 
plaire de  tout  ouvraue  imprimé  y 
serait  déposé  ;  celle  réslemenlation. 
prise,  il  est  vrai,  i)lulijt  au  point  de 
vue  du  contrôle  et  de  la  censure 
des  publications,  n'en  est  pas  moins 
l'origine  du  dépôt  légal. 

De  Fontainebleau,  la  bibliothèijue 
revint  à  Paris  sous  CliarlesIX;  elle 
l'ut  successivement  conser\-ée,  et 
chaque  année  enrichie,  au  collège 
de  Clermont  (Louis-le-Grandi,  aux 
Cordeliers,  rue  de  la  Harpe,  rue 
Vivienne  dans  un  hôtel  apparle- 
nant  à  Colberl,  en  1666,  et  enliu  à 
l'hôtel  de  Nevers  en  1721. 

Rue  des  Petits-Champs,  n"  8,  une 
porte  monumentale  donne  accès  à 
la  cour  d'honneur  de  l'ancien  hô- 
tel; c'est  l'entrée  des  appartements 
de  l'administrateur  général  (pavil- 
lon de  droite).  Dans  le  bâtiment  du 
fond,  une  salle  a  été  aménagée  lors 
de  la  création,  en  1824,  d'un  cours 
d'archéologie  qui  ne  s'y  professe 
plus  aujourd'hui.  L'acoustique  en 
est  déplorable  ;  elle  sert  cependant 
aux  réunions  de  quelques  sociétés 
savantes  parmi  lesquelles  celle  de 
l'Histoire  de  Paris  et  l'Ile-de-France. 

Rue  de  Richelieu,  peu  après 
l'angle  formé  par  la  rue  des  Petits- 
Champs,  une  petite  porte  toujours 

hermétiquement    fermée  et    qu'aucune    inscription   ne  reconiman 
à  la  curiosité  du  passant,  sert  d'entrée  au  Cabinet  des 
médailles  et  monnaies. 

Seuls,  les  initiés  la  connaissent  et  osent  en  faire 
tinter  la  sonnette;  la  porte  se  referme  sur  eux  et  ils 
pénètrent  dans  le  sanctuaire  de  la  numismatique  après 
s'être  fait  reconnaître  d'un  gardien. 

L'entrée  principale  de  la  Bibliothèque  Xationale  est  un 
peu  plus  loin,  vis-à-vis  du  square  Louvois.  Là  existe  une 
cour  d'honneur  encadrée  de  bâtiments  sévères  :  au 
fond,  au  rez-de-chaussée,  le  cabinet  de  l'administrateur 
général  et  les  bureaux  de  l'administration  auxquels  l'es- 
pace n'a  pas  été  ménagé;  au-dessus,  la  galerie  des  ma- 
nuscrits; à  droite,  l'entrée  des  salles  de  travail,  pré- 
cédée d'un  perron  de  quelques  marches. 

L'ensemble  des  collections  de  la  Bibliothèque  est 
divisé  en  quatre  départements  à  la  tète  de  chacun  des- 
quels est  placé  un  conservateur,  assisté  d'un  conserva- 
teur adjoint,  de  bibliothécaires,  sous-bibliolliécaires, 
stagiaires,  coniniis  et  garçons.  l'n  administrateur  gé- 
néral a  la  haute  direction  et  la  responsabilité  de  tous 
les  services.  La  Bibliothèque  n'est  pas  publique  ;  per- 
sonne ne  peut  pénétrer  dans  les  salles  de  travail  de  ses 


ÉGLISE    NOTRE- DAME-DES- VICTOIRE 


déparlements  sans  être  possesseur  d'une  permission  délivrée  par 
l'administrateur  général  après  juslilicalion  des  titres  à  cette  faveur.  Il 
va  sans  dire  que  l'administration  apporte  la  plus  grande  libéralité 
dans  ses  autorisations,  qui  sont  toujours  renouvelables.  En  outre, 
une  grande  salle  de  lecture  est  accessible  au  public  sans  carie  préa- 
lalilc,  sans  autre  formalité  que  d'y  trouver  de  la  place  ;  on  y  est  admis 
inus  les  jours,  y  compris  le  dimanche;  c'est  niêue  le  jour  où  elle  est 
!'■  plus  fréquentée. 

.yjoutons  que  le  public  est  autorisé,  le  mardi  et  le  vendredi,  à  visiter 
une  partie  des  bûlimeiils  de  la  Bibliothèque,  les  dépôts  exceptés.  Dans 
la  galerie  .Ma/.arine.  dernier  et  fort  beau  vestige  de  l'hôtel  Mazarin,  sont 
exposés  les  plus  riches  échantillons  des  manuscrits  de  la  Bibliothèque. 
La  nie  Vivienne  est  très  ancienne.  Au  xvn*  siècle,  elle  ligure  sur  les 
jilans  sous  le  nom  de  Vivien,  «  famille  fort  connue  ■•,  dit  Jaillot.  Plus 
taid  on  l'a  féminisée,  comme  on  a  fait  pour  la  rue  Mazarioe,  la  rue 
Kiançaise,  etc.  Et  Jaillot  ajoute  :  "  On  jieut  voir  dans  fiauval,  qu'au 
milieu  du  siècle  dernier  elle  se  prolongeait  jusiju'à  la  rue  Feydeau,  et 
jue  dans  cette  partie  et  depuis  la  rue  des  Filles-Sainl-Thomas,  elle 
s'appelait  rue  Saint-Jérôme.  Les  religieuses  l'ont  comprise  dans  l'en- 
ceinte  de  leur  monastère.  »  Ce  monastère,  dont  une  rue  a  gardé  le 
nom,  avait  été  fondé  en  1642,  et  il  ne  lit  jamais  beaucoup  parler  de 
lui,  si  ce  n'est  loi-s  de  sa  suppression,  qui  laissait  disponible  un  su- 
[lerbe  terrain.  Il  y  eut  ile  bnimies  hésitations  sur  l'emploi  qu'on  en 
pourrait  faire  ;  enfin,  un  décret  du 
16  mars  1808  prescrivit  la  construc- 
tion de  la  Bourse  et  du  tribunal 
de  commerce  sur  la  (lartie  de  l'en- 
clos limitée  entre  les  rues  des  Filles- 
Saint-Tliomas  et  Feydeau. 

Celte  consiniction  fut  confiée  à 
l'aichitecte  Brongniart,  qui  mourut 
en  1813;  les  travaux,  rejiris  par  La- 
barre,  n'avancèrent  que  lentement 
et  furent  terminés  en  1826.  Quant 
au  tribunal  de  commerce,  il  s'est 
séparé  de  la  Bourse  dès  1860,  pour 
aller  occuper  son  temple  ilorenlin 
du  boulevard  du  Palais.  La  Bourse 
ressemble  à  un  temple  grec;  il  y 
faut  voir  les  belles  fresques  d'.\bel 
de  Pujol. 

L'horloge  de  la  Bourse  a  été  long- 
temps la  seule  à  laquelle  les  vrais 
Parisiens  reconnussent  quelque 
exactitude,  et  ils  faisaient  volon- 
tiers un  long  détour  pour  mettre 
leur  chronomètre  en  harmonie  avec 
elle;  c'était  le  temps  où  le  canon  du 
Palais-Royal  et  le  tabac  râpé  de  la 
Civette  avaient  tant  de  succès  : 
gloires  bien  oubliées  aujourd'hui. 

Nous  devons  une  mention  à  la 
belle  nie  du  Qiiatrf-Sejitembre  —  pré- 
cédemment rue  du  Dix-Décembre. 
Ce  fut  une  des  dernières  opéra- 
tions de  voirie  du  second  Empire  ; 
dans  ses  Mémoires,  le  b.iron  llaussmann  avoue  qu'elle  coûta  (36  millions. 


FAÇADI-:   DE    I.A    BOURSE. 


24 


PARIS- ATLAS 


celle  où  la  ferveur  des 
fidèles  se  manifeste  par  le 
plus  de  neuvaines,  d'ex- 
voto,  de  témoignages  de 
dévotion. 

I.a  rue  Vidc-Gcns.icf,  qui 
ne  mérite  pas  plus  c|ue 
d'autres,  de  nos  jours  ilu 
moins,  ce  nom  peu  rassu- 
rant, relie  la  place  des 
Petits-Pères  à  la  jilacc  des 
Victoires. 

La  statue  équestre  qui 
s"élève  actuellement  sur 
cette  place  est  de  Bosio  et 
fait  honneur  à  l'arlisle, 
un  peu  à  cause  de  l'arti- 
liciel  équilibre  donné  au 
cheval,  qui  paraît  se  tenir 
cabré  sur  les  pieds  de 
derrière.  En  rénlilé  le  no- 
ble animal  est   l'orleinent 


LA    PLACE   DES    VICTOIRES. 

La  me  de  la  Banque  est  riche  en  édifices  administratifs,  mais  pour 
que  sa  dénomiualinn  soit  exacte,  il  n'y  manque  que  la  Banque;  eu 
revanche,  l'on  y  renroiilre  la  Mairie  du  II'-  arrondissement,  une  ca- 
serne de  garde 
réiiublicaine,  les 
hôtels  de  Tad- 
ministration  du 
Timbre  et  de 
I  l'j  nreg  i  s  1  re- 
nient, tous  con- 
struits sous  Na- 
poléon IIL  Les 
deux  premiers 
(iccupent  rem- 
placement d  (î 
l'ancien  couvent 
des  an  gustins 

(lU  pelils-pères, 
il.int  l'éL-lise, 
s. Mlle  r.-sl.T  de- 
bnul,  rsl   drdiée 

à  Notre-Dame 
des  Victoires. 

Cr^l     bl,     p,,lll' 

uiii'  égbsr  ,  un 
imm   bii'ii  gui'j'- 

liiT.  (lu  |iillll- 
lail  clnili-  i|Ul' 
(III.T.db'-ci  lirlll 
!•'  Sirll  ,\v  l.l 
pl.Mi'    Mli>il|i'  :   il 

ii'i-u  esl  rien.  La 
fiindalion,  en  i-e 
lirii,  di's  augiis- 
lins,  av.iit  cdïn- 
cidé  avec  la  vic- 
toire rem(iorlée 
par  Louis  XIII  en  1628,  à  La  Uochrdle;  en  posant  la  première  pii'rii'di' 
Téglise  (le  ces  religieux,  l'annéi-  siiivanle,  le  roi  voulut  consacrer  le  sou- 
venir di;  son  fait  d'armes,  L'édific(!  jiriiriilif  menaçant  mine  diil  èhe 
reconstruit  en  1738.  C'est  une  des  plus  imjiorlanles  pai'oisses  de  Paris, 


LA    .STATUE    DE   LOUI.S    XIV. 


.î    DR   JEAN    SANS    PRIJR 

'RrK     KTlKSNK-MAncFI,). 


é  t  a  y  é  p  a  r  u  n  e 
barre  de  fer  dissi- 
mulée dans  les 
crins  de  la  queue. 
Le  roi  caracole 
dans  une  atlilude 
guerrière.  Cette 
slaluedaledel822 
et  ne  rappelle  en 
rien  la  précé- 
dente, statue  pé- 
destre que  Des- 
jardins   scul|)ta   en    168fi  et  que  la   Révolution   envoya    au   creuset. 

La  place,  elle,'a  subsisté;  mais  sa  sévère  harmonica  éh'  bieiimodiliée 
tant  par  l'ouverture  de  la  rue  Etienne-Marcel  et  la  conslruclion  des 
liantes  maisons,  (]ni  en  forment  l'entrée,  que  par  la  profusion  des  en- 
seignes commerciales.  Nous  ne  saurions  mieux  faire  (pie  de  rappeler 
avecM.  de  Boislisle,  ;m  Mémoire  duquel  nous  avons  emprunh'  la  plupart 
des  détails  précédeiils,  celli'  clause  <ln  coniral  ]iassé  |)ar  la  \ille  a\ec 
l'entrepreneur  chargé  de  la  cousliuclion  en  168o  :  "  .\  l'avenir, -ledil 
sieur  Prévôt  on  ceux  (]ni  aiirnul  droil  de  lui  seroiil  leiiiis  el  obligés  d'eii- 
Iretenir  ladile  façade  en  pareil  élal  el  symi''trie,  sans  y  rien  changer.   ■ 

X.nruedu  Mail,  loule  voisine,  iiKoiIre.  iiiiniéro  7,  la  façadi'  d'un  bel 
licMel  qui  passe  pour  ;\\>t'w  éb''  coiislruil  p(mr  Colberl.  Ce  ipii  donne 
créance  à  celli'  o|iiniiin,  c'est  que  les  corniches  enrinlhirinies  des  pi- 
lastres sont  oinécs  di-  cruileuvres,  coluher,  emblème  du  grand  miiiislre. 

Le  percemeni  de  la  rue  Etienne- M arrel,  achevé'  en  188.'t  dans  le 
il'' arriiiidissi'iMi'iil,  a  éli''  des  |iliis  favorables  à  la  circulalinn.  Le  cnb'' 
ini|iair  seul  apparlirnl  à  la  n'^ginii  (pie  nous  déi'ri vous.  Il  pi'éseii le.  jusqu'à 
riiilrrsiMlioii  (Ir  la  nie  ■j'nrliign,  la  Tour  de  Jean-sans-Peur,  adi'oile- 

iiiciil  ciiciiln'e  dans  les  bàliinelils  d'il 'rnlr  c iinalr.  C'i'sl  liiiil  ce  . 

i|ili  i-csle  di-  rih'ilel  des  diii's  de  Ibmigoglie,  cl  aussi  l'un  des  ly|H'S,  bien  ^ 
rares  iiiainlenaiil  à  Paris,  ib'  l'arcliileelure  i-i\ile  ilii  xv"  siècle.  In  ilécret  ; 
dirl7marsl8«7aaiilnrisélavilledeParisàaneeh'rl(l,(lllt)rrancsà  sa  res- 
lauialion.  QiianI  à  l'Iinlil  liii-iiK'nie,  aliéné  sons  l'rançiiis  I'''',  il  dciiinaT 
asile  en  15'i8  aiiv  rnmédi.iis  qui  av.iii'iil  quille  rii."i|)ilal  île  la  Trinilé  et| 
daiiscelle  ii. nivelle  condilioii,  pnispéra  pemiaiil  un  siècle  el  demi  <'iiccire. 

l.l'  hiiuternrd  Si'hiislniml  i-niitt,  fcruie  le  II"  arroiiilissement  du  eùlé  ib- 
l'KsI.  Enlnqiiis  dès  l'année  18:J'i,  il   l'iil  inauguré  qualre  ans  plus  binl. 

lin  le  11 iii.i  dabnid   bonlc\aiil  du  «lelilli';  la   prisr  ib'  S.'b;islii|iid  lui 

\.iliil  siOi  iioiii  arlind. 


PARIS  DEUXIÈIV.E    ARRONDISSEMENT 


\J 


PARIS-ATLAS 


PERSPECTIVE  DE  LA  RUE  TURBIGO. 


^ 


<^. 


a 


roi^disscnxijf.  ^(. 


LE    TEMPLE.    —  g»  quautier    :    DES   ARTS-ET-MÉTIERS.  —  10^   quaiîtieii  :   DES   ENFANTS -ROU  CES. 
11"   QUAuriEn  :    DES   ARCHIVES.  —  12»  QUAnriiiii  :    SAINTE-AVOYE. 


E  111''  an-oiidisscmoiit,  dit  Li;  Tiî.mpi.e,  a  un  jmnr- 
pris  des  plus  simples,  formé  par  l'axo  du  liouU- 
vard  Sébaslopol,  à  partir  de  la  rue  de  Uamlm- 
teau,  des  boulevards  SaiiU-Marlin,  du  Temple, 
des  l'illes-ihi-Calvnire,  Beaumarchais,  jusciu'à  la 
rue  du  Pas-de-la-Mule,  l'axe  de  celle  rue  el  de 
celles  des  l'Vancs-Bourgeois  et  de  Hamliulcaii 
jusqu'au  boulevard  de  Sébaslopol.  C'est  là  un 
territoire  d'une  étendue  médiocre  :  IK!  liei-- 
tares,  et  seul,  le  II»  arrondissement  est  moins  sirand  encore.  En  ri>- 
vanche,  sa  population  est  dfs  pins  denses,  cl  "si  les  monuments  y 
sont  niaintenanl  un  \>r\\  dairsi'iui's,  ilu  moins  nous  aurons  à  i;lani''r 
çàet  là  niainls  souvcniis. 

Ilistoriqueiucnl,  erllo  p.u-lie  de  la  ville  ne  se  bàlil  qu'au  xni"  siéib- 
elle  esl,  en  ell'cl,  tout  (•nliére  comprise  dans  l'enceinle  de  Pliilippe- 
Anijuste  et  celle  de  Charles  V;  la  première  laissait  en  dehors  do  Paris 
tout  ce  (jui   est  au  delà,  vers   le   nord-est,  de  la  rue  des  Fi'ancs-Bour- 

P.\ris-Atlas. 


seois;  la  seconde,  représentée  aujourd'hui  parla  rue  Moslay  el  la  ligne 
des  boulevards  jus(iu'à  la  Bastille,  enferma  donc  celle  région  dans  les 
limites  de  la  capitale. 

On  croira  sans  iieine  (|u'elle  élail  alors  bien  dilTérenle  Je  rc  qu'elle 
est  devenue.  J.es  vastes  enclos  de  nombreux  nionaslères  el  d'IuMels 
seigneuriaux,  dont  quelques-uns  très  considérables,  en  occupaient  la 
majeure  parlie;  au  centre,  seulement,  des  rues  élroiles  et  sans  air.  où 
la  population  s'entassait;  à  l'est,  jusqu'au  xvii'  siècle,  des  (erivs  en 
cullure  maraîchère  q>ie  l'on  nommait  déjà  le  Murais.  La  région  leuil 
chaque  jour  à  perdre  de  son  aspect  pilloresque...  el  insalubre  d'autre- 
fois; d'iniporlauls  travaux  de  voirie  s'y  sont  fails  depuis  moins  d'un 
demi-siècle  el  i|uelques-uns  même  sous  nos  yeux:  le  percenieni  dos 
rue  Turbigo,  Uéaumur,  l'élargissement  si  utile  de  la  rue  Beaubourg, 
la  trouée  produite  par  le  prolongement  de  la  rue  Elienne-Marcel. 
IMi  y  retrouve  cependant  encore  bien  des  traits  caractéristiques  du 
vieux  Paris.  C'est  maintenant  le  quartier  de  l'industrie  nianufac^luriére 
dans  toutes  ses  branches,  la  grande  fabrication  qui  s'est  inslallée  dans 


26 


rARIS- ATLAS 


les  nobles  logis  du  Marais,  aussi  bien  que  la  pelile  induslrie  de  l'arlicle 
de  Paiis,  cantonnée  en  chambre. 

La  rue  Suint-Marlin  est  la  voie  la  plus  ancienne  du  quartier,  nous 
jiourrions  presque  dire  de  Paris,  puisqu'elle  est,  on  le  sait,  avec  la 
rue  Saint-Jacques,  la  voie  romaine  traversant  la  Gaule  du  nord  au  sud; 
elle  tire  son  nom  du  célèbre  prieuré  de  Saint-Martin-des-Cbanips, 
dont  le  Conservatoire  des  arts  et  métiers  occupe  l'emplacement 
et  même  quelques  bâtiments  anciens.  Ce  prieuré  avait  été  fondé 
eu  1060,  par  Henri  !«',  sinon  à  la  place,  du  moins  en  souvenir  d'une 
chapelle  élevée  jadis  à  l'honneur  du  saint  charitable  qui  partagea  son 
manteau  avec  un  pauvre.  La  générosité  royale,  et  aussi  l'esprit  d'ac- 
croissement, en  fit  un  des  plus  riches  monastères  parisiens.  Sa  juri- 
diction s'étendait  sur  la  plus  grande  partie  de  la  rue  Saint-Marlin  et 
du  quartier  environnant,  le  Beau  Bourg,  jusqu'au  Temple;  de  nom- 
breux villages  de  la  banlieue  nord  et  est  le  reconnaissaient  pour  sei- 
gneur. L'enclos  du  prieuré  ne  comprenait  pas  moins  de  14  arpenis 
qu'entourait  une  muraille  crénelée  et  flanquée  de  tourelles,  dalaut 
du  xni"  siècle;  nous  retrouverons  tout  à  l'heure  une  de  ces  tourelles. 
Dès  1705,  la  partie  orienlale  de  l'enclos  avait  été  désaffectée  et  trans- 
formée en  marché,  qu'on  supprima  en  1811,  pour  le  remplacer  par 
une  construction  plus  vaste,  dont  Peyre  fut  l'archilecte.  Il  était  pré- 
cédé d'une  place,  autrefois  jardin  du  couvent,  et  où  se  faisait  le 
commerce  des  oiseaux;  l'École  centrale  en  occupe  maintenant  la  place. 

Quand  le  prieuré  fut  suppriuu', 
en  1790,  il  n'était  plus  habité  que  par 
dix-neuf  religieux,  qui  firent  don  à 
l'Assemblée  nationale  —  un  don  quel- 
que peu  forcé  —  de  leurs  revenus, 
évalués <à  180000  livres,  environ  deux 
millions  d'aujourd'hui. 

On  fut  d'abord  embarrassé  de  l'em- 
ploi de  ces  vastes  bâtiments,  et  huit 
années  s'écoulèrent  dans  cet  embar- 
ras. Le  26  lloréal  an  VI  (15  mai  1798), 
la  solution  fut  enfin  trouvée  :  sur  le 
rapport  du  célèbre  abbé  Grégoire,  le 
Conseil  des  Cinq-Cents  désignait  l'an- 
cien prieuré  pour  servir  de  local  au 
Conservatoire  des  arts  et  métiers. 
L'idée  de  grouper  les  machines,  les 
instruments  utiles  à  la  science  et  à 
l'art  industriels  n'était  pas  tout  à  fait 
nouvelle;  l'honneur  en  appartient  à 
Vaucanson  qui,  quelques  années 
avant  la  Kévolution,  avait  formé  une 
collection  de  ce  genre  dansl'hôlel  de 
Morlagne,  rue  de  Charonne,  51,  où 
il  avait  admis  le  public  à  le  visiter. 
C'est  le  rapport  de  Grégoire  lui-même 
qui  nous  l'apprend  :  «  D'après  la  loi  de 
son  institution,  le  Conservatoire  réu- 
nit les  instruments  de  tous  les  arts  à 
l'aiile  desquels  l'homme  [leut  se  nour- 
rir, se  vêtir,  se  loger,  se  défeiidr 


Coru    DIIONNEUU  DU  CONSUHVATOIRE  DES  .\RT.S  ET  METIICK 


élalilir  des  cummunications  dans       bib 


Lii   CO.NbEllV  A  rolllE    DES    AUTS    ET    MÉllEUS. 


AL,s.IDE    DE    LÉGEISE    S  A  I  .M  -  M  A  I;  1  1  N -DE  S- l  U  A  .M  l'S. 

es  les  parties  du  monde.  Par  le  défaul  de  local,  celle  collec- 
tiiin  est  disséminée  dans  trois  dé- 
jMils...  l.e  second  est  celui  de  la  rue 
de  Charonne,  composé  de  plus  de 
cinq  cents  machines  léguées  en  1783 
au  gouvernemenl  par  le  célèbre  Vau- 
canson... " 

ÎVous  ne  suivrons  pas  dans  loules 
liHirs  phases  les  développemenis  d'un 
si   utile   élablissemenl  ;    chacun    des 
gouvernements  qtii  se  sont  succédé 
depuis  le  Directoire  a  tenu  à  les  fa- 
voriser, mais  c'est  à  dalcr  de  Louis- 
Philippe    qu'on   a    fait   le    plus  et  le 
mieux,  lorsque  Vaudoyer  fut  chargé 
de  restaurer  et  d'aménager  délinili- 
vement  le  Conservatoire.  Il  y  travailla 
pendant  plus  de  trente  ans.  De  l'an- 
cien   prieuré    reslaielit  debout  deux 
consiruclicins  1res  remaniuables,  mal- 
gré leur  délabriMuent  :  l'église   et  le 
réfectoire.  L'église,  romane  par  sou 
absïïle,  golhique  par  sa  nef;  le  réfec- 
tiiiii\   un    M'iilaiib'   liijiiu   d'archilec- 
hnr     du    XIII'      sièilr,     (|Ui'     l'on     peut 
allriliucr    à     l'irric    di-     Moiilereau,  , 
riialiile    cdiisinii-lrur   .le    la  Sainle- 
(■.lia|M"lb',    linviil    r.'slauréi's   avi'c    le 
meilleui-  goùl.  Dans  la  preiiiière  son! 
mainli'iianl   l'xposées  les  principales 
niarbiiirs;    le    réfecinire    est   devenu 
iolbèc|Ue'.  (.luire  e.'  Ii.ix.iil  ^>•  ri'slaurali.in   i|iii  a   bien   srs  nn'riles, 
1,1   pail  <1.'  \aii. loyer  esl   des   plus  cMiisidi'TaMes  dans 
la  conslruelinn  du  Ciuiservalciii'e    :    b's   bàlimenls  eu 
l'aeade  sur  la  rue  Saint-Marlin,   l'aile  (jui  l'ail  vis-à-vis 
à  l'ancien  n'I'eeloire,  l'.'déganl  perron  qui  se  Irouve  en 
t.iee  dr  l'i'iiln''!'   |iiinripali'  soni   égali' ni   son  teuvie 

ri    lui    Inlll    liminrlll'. 

I,i'  Conservaloire  di-s  aris  el  méliers  n'i'sl  pas  seu- 
b ment  un  adniiiable  musée,  c'est  aussi  une  école 
ii.ilionale  des  sciences  industrielles. 

l.e  colonel  Laussedut  s'expii ainsi   à   eel   étianl 

dans  une  excellente  notice  qn'il  a  cdiisaciée  à  l'ela- 
blissenient  : 

!■  Le  nombre  des  chaires  e>l  ib'  17.  qui  se  iVparlis- 
senl  de  la  manière  suivante  :  arts  mécaniques,  il;  ails 
des  conslruclions,  2;  a|)plicalions  de  la  |diysii|nc\  2; 
arts  chimi(|ues,  3;  arts  el  sciences  agricoles,  3;  scieiieis 
éconoiniqui's,  3. 

I'  La  plupart  de  ces  ehaiifs  mil  (Kv  ciceiipi'TS  par 
lies  savants  du  plus  grand  inérile,  dont  les  lra\aux  ri 
bs  découvertes  ne  sauiaienl  élre  énuniérées  ici  en 
di-lail.  Il  suffira  sans  <li>ule  di'  rappeler  que  c'esl  au 
<'.iinseivaliiire  que  Pouillet  a  évalué  poui'  la  première 
l'ois  la  chaleur  scdaire,  source  de  la  vie  sur  loiil  noire 

gicd/e,  el  établi   expéri iilaleinenl,  à  l'aiiie  d'iiislru- 

luenls    (|u'il    avait    inuiginé»,   les    lois   fondamentales 


TROISIEME    ARRONDISSEMENT 


27 


(li'S  rour.'inls  i'-\rc- 
t  li  iju  i:  s  ;  <i  u  e 
Payen  a  soumis 
à  lanalyse  cliiiiii- 
que  et  [iliysioloL'i- 
qui;  la  plupart  des 
substances  ali- 
nii^nlaires  et  don- 
ni;  les  moyens 
sricnlifiques  de 
icronn.iître  leurs 
r.ilsilicrilions;  que 
l'ilisiot  a  isolé  Tu- 
i  .uiium,  étudié 
plusieurs  des  pro- 
piiélés  essenliel- 
ii-s  des  aciers  et 
réuni  en  un  corps 
de  doctrine  tout 
ce  que  l'on  savait 
sur  la  fabrication 
du  verre  depuis 
l'an  tiqui  11' 


TOUR  DU  PRIEURÉ  ET  FONTAINE  DE  1 

Le  colonel  Laussedat  rappelle  en- 
core les  noms  illustres  de  Becque- 
rel, du  général  Morin,  de  Le  Verrier, 
de  Boussingault.  Hàtons-nous  de  dire 
(|ue  leurs  successeurs  marchent  avei- 
gloire  et  dévouement  sur  la  trace 
des  aînés. 

A  l'angle  nord  de  la  façade  du 
Conservatoire,  sur  la  rue  Saint-Mar- 
tin, se  voient  une  tour  et  une  fon- 
taine qui  ont  leur  histoire,  et  même 
assez  piquante.  La  fontaine  ne  date 
que  de  1712,  mais  la  tour  faisait  par- 
tie de  l'enceinte  du  prieuré,  et,  sous 
réserve  de  quelques  restaurations, 
elle  appartenait  au  xiu°  siècle.  Au 
moment  où  la  fontaine  fut  édifiée, 
le  prieuré  abandonna  à  la  Ville  la 
tour,  qui  se  transforma  ainsi  en 
chAteau  d'eau.  Leur  décrépitude  était 
extrême,  il  faut  l'avouer,  vers  1876, 
et  c'est  alors  que  l'architecte  du 
Conservatoire,  soucieux  de  mieu.x 
arrondir  les  angles  de  sa  façade, 
conçut  le  dessein  de  renverser  ces 

vestiges  du  passé.  Heureusement,  les  archéologues  faisaient  bonne 
garde  ;  ils  protestèrent,  et  obtinrent  ce  premier  résultat  de  gagner  du 
temps.  Mais  il  n'y  avait  pas  alors  comme  aujourd'hui  de  commission 
administrative  du  vieux  Paris  et  leur  protestation  aurait  bien  pu  être 
classée  sans  l'intervention  inattendue  de  Victor  Hugo,  oui  écrivit  : 
«  Démolir  la  tour,  non;  démolir  Varchitede,  oui...  »  L'architecte  ne  fut 
pas  démoli,  mais  la  tour  était  sauvée  ;  une  inscription  consacre  la  dé- 
férence que  l'on  eut  enfin  pour  le  «  vœu  des  antiquaires  parisiens  •>. 
Le  nom  du  grand  poète  y  manque;  il  est  permis  de  le  regretter. 

Entre  le  Conservatoire  et  le  boulevard  Saint-Martin,  trois  voies  à  peu 
près  de  même  longueur  s'alignent  parallèlement  de  la  rue  Saint-Martin 
à  celle  du  Temple.  Toutes  trois  sont  anciennes,  mais,  comme  les 
peuples  heureux,  elles  n'ont  pas  d'histoire.  La  rue  du  Vertbois  existait 
déjà  au  xvi=  siècle;  son  nom  lui  vient-il,  comme  le  répètent  tous  les 
élymologisles,  d'un  bois  vert  qui,  de  ce  côté,  terminait  l'enclos  du 
prieuré?  Cela  est  possible;  nous  croirions  plutôt,  cependant,  à  une 
enseigne.  De  la  rue  Volta  à  la  rue  du  Temple,  elle  se  nommait  rue 
Neuve-Saint-Laurent,  vocable  inexpliqué.  D'un  bout  à  l'autre,  rue 
populeuse  de  braves  artisans,  dont  les  maisons  gagneraient  à  être 
moins  hautes  et  plus  larges.  La  rue  Notre- Dame-df-Niizareth  ne  doit  pas 
son  nom,  comme  on  pourrait  le  croire,  à  la  synagogue  qui  s'y  Irovivc 
située,  mais  bien  à  un  couvent  des  Pères  de  Nnlii'-li.nue-de-.Nazarelh, 
dont  elle  occupe  à  peu  près  l'emplacement.  Celte  maison  monastique 
avait  été  fondée  en  163U  et  disparut  en  1790.  Quant  à  la  synagogue, 


elle  est  un  des  quatre  temples  que  les  Israélites  ont  à  Paris;  dans 
son  état  actuel,  elle  date  de  1832.  La  rue  AlesUiy  est  la  plus  calme 
dos  trois  voies,  sans  doute  à  cause  de  soa  dos  d'dne  très  marqué,  qui 
éloigne  les  voitures  et  par  conséquent  lindustrie.  Cet  accident  de  ter- 
rain, bien  que  très  réel,  est  factice;  il  est  dû  à  l'amoncellement  des 
terres  que  produisit  la  construction  de  l'enceinte  du  xvi'  siècle,  au- 
jourd'hui représentée  par  le  boulevard.  La  me  s'appelait,  d'ailleurs, 
lue  di'S  liemparls.  L'une  des  principales  demeures  qui  s'y  consliui- 
sirent,  dans  le  cours  du  xvii«  siècle,  appartenait  à  M.  de  Meslay,  d'où 
son  nom. 

La  rue  Voila  a  absorbé,  depuis  1831,  sous  le  patronage  de  l'inventeur 
de  la  pile  électrique,  trois  dénominations  de  rues  qui  créaient  une 
relation  perpendiculaire  avec  les  voies  dont  nous  venons  de  parler  : 
les  rues  Fripillon,  de  la  Croix  et  du  Ponl-aux-Biches.  Celle  dernière 
s'est  conservée  sous  la  forme  d'un  passage  dont  le  nom  n'est  pa.s  la 
seule  particularité  :  c'est  un  escalier,  un  simple  escalier  d'une  quaran- 
taine de  marches,  pratiqué  sous  les  fondations  d'une  maison  d'école  de 
tilles,  entre  les  rues  de  .Meslay  et  Notre-Dame-de-Nazareth.  Les  biches 
étaient  peintes  sur  une  enseigne,  laquelle  était  voisine  d'un  ponccau 
jeté  sur  un  égoul. 

La  rue  Volta  aboutit  derrière  Saint-Marlin-des-Ch.-imps;  prf?qu'à  son 
croisement  avec  la  rue  de  ïurbigo,  voici  l'École  centrale  des  arts 
et  manufactures,  jadis  rue  de  Thorigny,  c'est-à-dire  déjà  dans  le 
111=  arrondissement,  installée  ici  en 
188i  sur  une  partie  de  l'ancien  mar- 
ché Saint-Marlin.  Elle  est  fort  avan- 
tageusement connue  par  le  mérite 
des  ingénieurs  brevetés  qu'elle  four- 
nit à  la  science  industrielle 

Turbigo,  on  le  sait,  est  un  village 
d'Italie,  au  bord  du  Tessin,  où  nos 
troupes  vainquirent  les  Autrichiens. 
le  3  juin  18o9.  Cette  victoire  vint  à 
propos  pour  permettre  de  bapliser 
la  voie  projetée  depuis  l'année  pré- 
cédente entre  les  Halles  et  la  place 
du  Chàteau-d'Eau,  aujourd'hui  place 
de  la  République  ;  la  rue  de  Turbigo 
et  sa  voisine,  la  rue  Réaumur,  prati- 
quèrent le  plus  heureux  débouché 
entre  le  centre  de  Paris  et  les  fau- 
bourgs de  l'est,  d'autant  plus  qu'elles 
n'ont  renversé  sur  leur  passaae  rien 
qui  fût  regrettable  pour  l'art.  La  rue 
de  Turbigo  a  jeté  bas  les  Madelon- 
nettes,  mais  on  ne  regrette  pas  une 
prison  ;  elle  était  précisément  à 
l'angle  de  la  rue  Volta,  côlé  oppo- 


ÉGLISE    S.MNTE-ÉLISABETH. 


sé  à  l'École  cen- 
trale. 

C'était  d'abord 
un  couvent,  fondé 
en  1G20,  pour 
donner  asile  aux 
filles  repentnn  - 
tes  ;  mais  s'il  est 
vrai  de  dire  que 
qui  a  bu  boira, 
on  pouvait  diie 
des  Filles  de  la 
Madeleine  :  qui  a 
péché  péchera... 
Leur  repentir 
n'était  pas  défini- 
tif :  bref,  le  cou- 
vent devint  bien- 
tôt une  véritable 
maison  de  déten- 
tion que  le  lieute- 
nant-général de 
piilice  alimentait 
largement  de  pen- 


Kl'OLlC  r.ENtU.\LE  DliS  ARTS   Et  .\(  AN  L  KACÏUUES 
(B:rTBâR   principale). 


28 


PARIS- ATLAS 


sionnaires,  filles  nobles,  femmes 
mariées  et  autres.  La  Révo- 
lulion  consacra  le  caractère  de 
^étahli^^sement  en  en  faisant 
oflicieilement  une  prison  de 
femmes.  A  partir  de  1830,  on 
remplaça  les  femmes  par  des 
liommes.  Girault  de  Saint-Far- 
ccQU  décrit  ainsi  la  prison  dans 
ses  Quarante-huit  qwirliers  de  Pa- 
ris :  «  Rien  ne  ressemble  moins 
à  une  prison  que  les  Madelon- 
nettes.  C'est,  en  apparence,  un 
botel  entre  cour  et  Jardin,  un 
liôtel  avec  un  vestibule  char- 
mant, où  l'on  s'imaginerait  ren- 
contrer toutes  les  commodités 
de  la  vie.  Cette  prison  ne  man- 
que pas  de  régularité  dans  sa 
distribution;  ses  deux  grandes 
cours  sont  plantées  de  tilleuls. 

I.a  cour  des  prévenus,  la  seule  qui  soit  pavée,  est  encadrée  sur  trois 
faces  par  des  bâtiments  élevés  qui  portent  le  caractère  du  xvii'  siècle. 
.\u  rez-de-chaussée  des  bâtiments,  régnent  de  deux  côtés  des  arcades 
semblables  à  celles  de  la  place  Royale,  où  les  prisonniers  peuvent  se 
réfugier  quand  il  pleut.  Le  milieu  de  la  cour  est  occupé  par  une 
srande  fontaine.  La  cour  des  condamnés  est  moins  agréable  et  plus 
solidement  fermée. 

Conliguë  aux  Madelonnettes,  était  l'École  Turgot,  institut  com- 
mercial, fondé  par  la  Ville,  et  portant  le  nom  d'un  des  prévôts  des 
marchands  les  plus  distingués  du  xvni'=  siècle.  La  prison  n'a  pas  été 


FAÇ.\DE    DU    MARCHE    DU    TEMPLE. 


MAIRIE    Dt:   III<    ARRONDISSEMENT  ET    SQUARE    DU  TEMPLE. 

reconstruite,  l'école  l'a  été,  presque  sur  son  ancien  emplacement  nie 
de  Turbigo,  mais  la  ressemblance  entre  les  deux  noms  Jeiie  le  désar- 
roi dans  l'esprit  des  ignorants  qui  disent  volontiers  :  école  Tnrliign. 

La  n(e  </«  Fonlaims  ([pourquoi  n-  nom?;  conduit  de  la  rue  de 
Turbigo  à  l'église  Sainte-Elisabeth,  ancieniwmeut  clia|ie|le  d'un 
couvent  do  femmes,  aujourd'hui  [larrijsse  du  quarlier,  édilice  du 
XVII'  siècle,  e'est-à-dire  sans  style  ni  inlérél. 

Le  Temple.  —  Lne  grande  halle,  rlonl  la  vie  s'est  retirée,  un 
scpiare  banal  où  les  enfants  et  les  honnêtes  gens  du  (juartier  se 
trouvent  inèlés,  dans  une  proniisctiilé  souvent  regrettable,  avec  des 
individus  siunmeillant  sur  les  bancs,  —  paresseux  ou  malandi'ins, 
i|ui  aiment  surtout  la  faveur  des  |énèbi-es,  voilà  ce  qui  a  remplacé 
la  maison  du  Teni|ile,  fameuse  entre  foules  [lendanl  six  siècles  jiar 
le  rôli-  si  varié,  si  tragicpie  aussi  qu'elle  a  Joué  dans  l'hisloire. 

(»n  sait  par  quelle  iniquité  Philippe  le  Ilel  supprima  l'ordre  des 
templiers  pour  s'approprier  ses  biens  inimcnses,  lit  p>-rir  si's  (prin- 


cipaux membres  et  le  grand 
maître  même  de  l'ordre,  Jacques 
de  Molay,  qu'il  fit  brûler  dans 
le  Jardin  de  son  palais,  à  la 
pointe  de  la  Cité,  là  où  s'élève 
la  statue  de  Henri  IV.  On  sait 
qu'avant  de  mourir,  Molay  au- 
rait ajourné  ses  bourreaux,  le 
pape  et  le  roi,  à  comparaître 
avec  lui  devant  Dieu,  l'un  dans 
l'année,  l'autre  dans  les  qua- 
rante jours,  et  que  cette  étrange 
prophétie  se  réalisa.  L'expiation 
était-elle  donc  insuffisante  en- 
core, et  fallait-il,  pour  que  la 
\engeance  des  Templiers  fût 
I  impiété,  que  leur  tour  servit 
au  supplice  d'un  autre  roi  de 
France,  près  de  cinq  cents  ans 
plus  tard? 
Aux  Templiers  succédèrent  les 
Hospitaliers  de  Saint-Jean  de  Jérusalem  ou  chevaliers  de  Malte,  mais 
l'usage  fut  le  plus  fort,  et  au  lieu  de  s'appeler  le  Grand-Prieuré  de 
France,  le  Temple  garda  son  premier  nom,  —  il  le  gardera  probable- 
ment toujours. 

Jusqu'à  la  Révolution,  l'enclos  du  Temple  bénéficia  d'un  singulier 
privilège  dont  nos  mœurs  ne  s'accommoderaient  plus,  et  qui  n'avait  pas 
dépassé  le  moyen  âge  pour  la  plupart  des  établissements  religieux  :  le 
privilège  d'asile  pour  les  débiteurs.  Lorsqu'ils  avaient  pu  franchir  la 
porte  du  Temple,  les  débiteurs  échappaient  aux  huissiers,  garnisaires 
et  autres  suppôts  des  créanciers;  là,  ils  attendaient  tranquillement  le 
bénéfice  de  la  prescription;  aussi  des  maisons 
s'élaient-elles  bâties,  où  ils  payaient  volontiers 
leur  loyer,  et  l'on  n'avait  construit  la  rotonde 
dont  nous  parlions  tout  à  l'heure  que  pour  y 
donner  des  représentations  théâtrales,  desti- 
nées à  distraire  ces  pauvres  gens. 

Le    13  août   1792,  une  voilure   escortée    de 
nombreux  soldats,  suivie  d'une  foule  immense, 
pénètre  dans   la  cour   du  Tenqde;   c'est  la   fa- 
mille royale.  La  four  devient  la  prison  sinistre 
dont  Louis  XVI  ne  sortira   que   le  21   Janvier 
suivant  au  malin,  pour  mourir  sur  l'échafaud 
de    la    Révolulion.    Puis    de   cette   même    tour 
sorlira  aussi,  le  l""''  août  1193,  après  plus  de  six 
mois  de  larmes  et  d'angoisses,  Marie-.\nloinefte, 
pour  être  transférée  à  la  Conciergerie,  qu'elle 
quittera  le  Ki  octobre  pour  aller,  elle  aussi,  à  la 
niorl.    De   celte   nième  tour  encore   sortira,   le 
celui     du    petit 
Louis  XVII,  nicu-t 
à    l'âge    de    dix 
ans  après  jivoir 
connu,  iliqiuis  le 
:;  octobre    1780, 
I  es  émoi  i  on  s, 
li's  terreurs,  les 
loilures  b's  plus 
épouvantables 
(|u'il  soil  diumé 
(le  soull'rir  à  une 
créature  humai- 
ne. La  loui- garde 
encore,  a  piès 
c  el  infortuné,  sa 
Mcur,     Madame 
llovale  (car  Ma- 
dame Klisabelh, 
leur    la  nie.    a 
quille  leTemple, 
le    9    mai    I"!!'!, 
pourréihafand). 
liille       deinière 
\ie|ime      est      la 
seule   cpii    doiv(( 
lehapperà  l'Ilor- 
lilile  trépas  des 
siens;    elle    est 
LA    MAI.SON    MORTUAIUE    DE    n  1^:  R  A  Nr,  |;  U,  rendue    à    la   li- 


.S  juin    179o,    un    cercueil 


T  R  0 1  s  I  i-:  M  E   A I!  R  0  .\  IJ I S  S  i:  M  i:  .\  T 


29 


DÉBOUCHÉ    DE    LA  RUE    DU    TEMPLE    SUR 


lii'iii'  et  cnnduite  à  nàle,  \r  18  (Ji'coiiilin'  179.'j,  Iji'iiiMiriuiit  J'iiii  l'-rlinriL''; 
1.1c  prisonniiM-s. 

I,.i  Tour  devait  pins  tard  rocevnir  d'autres  prisonniers  d'Étal  :  Ba- 
bieuf,  Picliegru,  CadouJal,  Moroau,  Toussaint-Louverture.  Napolcion  I'"" 
diiiuia  l'ordre  d(! 
la  di'niiilir,  le 
10  mars  18(8,  — 
ordre  liarliare  à 
nos  yeux  d'archéo- 
locne,  car  sans 
don  le  Paris  pos- 
séderait encore 
l'un  de  ses  plus 
curieux  nionu- 
inenls.  En  niènie 
teni)!S,  les  anciens 
bàtimenls  firent 
place  à  un  mar- 
ché de  friperie, 
dont  la  Rotonde 
occupait  le  centre. 
Tout  cela  aussi  a 
disparu  au  coni- 
mencenienldu  se- 
cond Empire  pour 
être  remplacé  par 
une  halle  de  con- 
struction analo- 
gue à  celle  des 
Halles  centrales  ; 
elle  abrite  tou- 
jours un  marché 
à  la  toilette.  Le 
square,  qui  le  sé- 
pare de  la  rue  de 
Bretagne,  date  du 

même  temps.  On  raconte  que  lorsque  Madame  Royale,  devenue  du- 
chesse d'Angouléme,  revint  à  Paris  en  1814,  elle  fit  un  pèlerinage  aux 
ruines  de  la  tour  où  elle  avait  tant  souffert,  et  y  planta  un  saule  pleu- 
reur que  l'on  aurait  maintenu  parmi  les  arbres  du  square.  Est-ce  une 
légende?  Dans  ses  Mi-moires,  le  baron  Haussmann  se  borne  à  dire  : 
<■  Il  {ce  square)  contient  quelques  vieux  arbres,  conservés  avec  soin,  et 
une  pièce  d'eau  qu'alimente  une  cascade  tombant  d'un  rocher  factice.  » 

La  mairie  de  l'arrondissement,  située  sur  la  face  orientale  du  square, 
a  été  construite,  de  1804  à  18G7,  par  les  architectes  Calliat  et  Eugène 
Chai,  dans  le  style  ordinaire  des  palais  municipaux  du  second  Kinpire, 
style  honnête,  mais  quelque  peu  administratif. 

La  rue  de  Vendôme  i Philippe  de  Vendôme,  grand  prieur  du  Tcniph') 
est  devenu  en  180i  la  rue  Bcramirr. 
C'est,  en  effet,  dans  la  maison  por- 
tant le  numéro  o  que  le  célèbre  poète 
chansonnier  Pierre-Jean  de  Béranger 
mourut  le  16  juillet  1837,  à  l'âge  de 
soixante-seize  ans  et  onze  mois.  11 
était  né  à  Paris  : 

n.iiis  ce  pays  plein  d'or  et  de  misère. 

Kii  l'an  ilii  Christ  mil  sept  centquah-e-vingf, 

Chez  un  laillcur,  mon  panvre  et  vieux 

[Si'and-prre.] 
Moi  nnuvoau-né,  sacliez  ce  qui  m*ad\int. 

Le  passage  Vendôme  a  été  percé 
en  1827  pour  relier  la  rue  Béranger 
au  boulevard.  Il  occupe  une  partie 
du  terrain  où  était  situé  le  couvent 
des  Filles-du-Sauveur,  fondé  en  1704, 
«  en  faveur,  dit  Jaillol,  des  personnes 
qui  veulent  faire  pénitence  de  leurs 
égarements  >>.  Il  y  avait  dans  l'ancien 
Paris,  un  grand  nombre  de  ces  éta- 
blissements. 

Les  boulevards.  —  Nous  n'avons 
rien  dit  enci.ri'  de  la  ligne  des  boule- 
vards, dont  le  C("dé  entre  le  boulevard 
Sébastopol  et  la  rue  du  Pas-de-la- 
Mule  forme  la  limite  de  l'arrondisse- 
ment. C'en  est,  d'ailleurs,  la  rive 
tranquille;  l'autre  côté,  appartenant 
aux  .X"  et  XI"  arrondissements  est 
bien   plus  vivant,  avec  ses  théâtres, 


Phol.  Gaillard. 
LA    PLACE    DE    LA    RÉPUBLIQUE. 


LHOTEL    CARNAVALET 


d'aujourd'hui  et  d'autrefois  surtout,  avec  la  place  de  la  République. 
dont  la  région  la  plus  animée  n'est  pas  non  plus  de  notre  domain- 
actuel.  L'édililé  ne  s'est  pas  mise  en  frais  d'imagination  pour  l"-ui 
trouver  des   noms  :  boulevards  Saint-Denis,   Saint-Martin,  du   Tnnj,/-. 

des  Filles -da-Cal- 
caire,  ce  sont  les 
vocables  mêmes 
des  rues  qui  vien- 
nent y  aboutir. 
Celui  du  huuUcnril 
Beanmarc/iais  a 
seul  quelque  ori- 
ginalité. En  |e 
ciioisissanl,  a-t-oii 
voulu  rappeler  ce 
que  les  écrits  d'- 
Beaumarcliais  ont 
pu  faire  pour  mû- 
rir la  cliule  de  la 
Bastille ,  auquel 
celte  voie  aboutit, 
ou  simplement 
rappeler  que  l'au- 
teur du  iJnringede 
Figaro  eut  là  sa 
maison,  presque 
sur  la  place  menu- 
de  la  Bastille?  La 
dénomination 
date  de  1831  ; 
avant,  c'était  tout 
prosaîqueraenl  le 
boulevard  Saint- 
Antoine. 

Donc,  peu  de 
choses  à  signaler 
sur  ce  parcours.  .Jusqu'à  la  place  de  la  République,  c'est  bien  encore 
la  vie  des  grands  boulevards,  et  au  débouché  de  la  rue  du  Temple  rien 
de  plus  piitoresque  à  voir,  entre  six  et  sept  heures  du  soir,  que  le 
spectacle  de  la  marée  humaine  qui  monte  du  cœur  de  Paris  pour 
rentrer  au  faubourg  ;  mais  à  partir  de  ce  point,  les  boulevards  pren- 
nent une  physionomie  quelque  peu  provinciale;  ils  se  ressentent  du 
voisinage  du  Marais.  Omnibus  et  tramnays  y  passent  sans  cesse  et 
avec  fracas,  mais  les  larges  trottoirs  ne  sont  jamais  encombrés,  el. 
devant  leur  porte,  les  habitants  s'installent  volontiers  sur  une  chaise 
->  pour  voir  passer  le  monde  ».  Le  théâtre  auquel  la  célèbre  Déjazet 
a  donné  son  nom  a  été  construit  vers  1830,  sous  le  nom  de  Fuliis- 
Mayer,  qu'il  changea  ensuite  en  Folies-Nouvelles.  Non  loin  de  là  était 
le  .lardin  turc,  où.  dit  un  Guide  de 
18JLI,  «  les  dames  du  .Marais  viennent 
pour  se  distraire  du  silence  el  de 
l'ennui  qui  régnent  dans  leur  quar- 
tier désert  ».  C'est  aujourd'hui  le  res- 
taurant Bonvalet. 

D'où  vient  ce  nom  que  porte  la  rue 
du  Poiil-iiux-Chuux''  D'un  terrain  où 
se  cultivait  alors  cet  utile  légume  el 
qui  était  voisin  du  pont  jeté  sur 
légoul  que  recouvre  la  rue  de  Tu- 
renne.  La  rue  de  l'Oseille  la  prolon- 
geait ;  elle  se  nomme  aujourd'hui  rue 
de  Poitou.  On  chercherai!  en  vain  sur 
les  plans  anciens  la  rue  des  Arijuibu- 
siers;  elle  y  existe  cependant,  mais 
sous  le  nom  de  rue  de  llarlay;  sa 
dénomination  actuelle  date  seule- 
ment de  1879:  c'est  donc  une  heu- 
reuse reslilulion,  le  souvenir  res- 
tauré du  jardin  longeant  les  remparts 
où  les  arquebusiers  venaient  s'exer- 
cer. L'administration  a  bienfait  aussi 
de  rendre  à  la  rue  du  P<is-ile-la-Mute 
son  ancien  nom,  que  l'on  avait,  pen- 
tlant  quelque  temps,  supprimé  au 
profit  de  la  rue  des  Vosges,  dont 
celle  voie  est  le  prolongement.  Celait 
celui  d'une  enseigne,  bien  justifiée 
par  la  pente  qu'offre  la  rue  avant 
d'atteindre  le  boulevai\l,  el  l'on  ne 


30 


PARIS -ATLAS 


peut  se  défendre  d"évoquer  l'image  d'un  vieux  magistrat  du  temps  de 
Louis  XIII,  cheminant  sur  sa  mule,  comme  c'était  alors  l'usage.  I.a 
rue  des  Tournelles  ne  nous  appartient  que  par  moitié;  dans  Tliistorique 
du  IV'  arrondissement  il  sera  traité  d'elle,  de  ses  habitants  d'autrefois 
et  du  palais  dont  elle  a  gardé  le  nom. 

Le  Marais.  —  Nous  n'avons  fait 
'  rirore  que  côtoyer  le  Marais;  il  est 
irmps  d'y  pénétrer.  C'est  la  partie  la 
moins  ancienne  de  l'arrondissement, 
mais  aussi  celle  où  abondent  en  plus 
grand  nombre  les  hôtels  majestueu.x.où 
revivent  en  foule  les  souvenirs  des  deux 
derniers  siècles  de  l'ancien  régime. 

En  tant  que  quartier  habité,  il  ne 
date  que  de  Henri  IV.  C'est  ce  roi  qui 
songea  à  construire  sur  l'emplacement 
du  palais  des  Tournelles  la  place  Royale 
(place  des  Vosges),  œuvre  achevée  seu- 
lement sous  Louis  XIII. 

La  vogue  fut  tout  de  suite  très 
grande  en  faveur  du  nouveau  quartier; 
tout  le  monde  aurait  voulu  y  avoir  son 
logis,  à  défaut  d'hôtel.  L'arlère  prin- 
cipale fut,  dès  l'origine,  la  rue  de  l\t- 
rcnne,  que  l'on  nommait  alors  rue 
Saint-Louis,  et  même  grande  rue 
Saint-Louis  (la  dénomination  actuelle 
date  de  I860,  après  avoir  été  donnée 
une  première  fois  en  1800  et  retirée 
en  1814).  Turenne  y  demeura  vers  16G0; 
en  1675,  son  hôtel  passa  au  cardinal 
de  Bouillon,  qui  le  vendit,  quelques 
années  après,  aux  religieuses  du  Saint- 
Sacrement,  ses  voisines,  pour  être 
annexé  à  leur  monastère.  L'église  de 
ce  monastère  a  été  conservée  comme 
paroisse  sous  le  vocable  de  Saini-Denis- 
du  Sainl-Sacremenl ;  c'est  une  construc- 
tion des  plus  médiocres. 

Non  loin  de  là,  à  l'extrémité  nord  de 
la  place  Royale,  le  couvent  des  Minimes  s'était  installé,  dès  1610,  sur 
une  partie  des  dépendances  de  l'hôtel  des  Tournelles;  ces  religieux 
n'y  firent  pas  grand  bruit  pendant  les  cent  quatre-vingts  ans  qu'ils 
l'occupèrent.  Leurs  bâtiments,  devenus  propriété  nationale  en  HPO, 
sont  affectés,  depuis  1823,  à  un  casernement  de  la  garde  de  Paris.  Le 
nom  de  la  rue  du  Parc-Royal  rappelle  aussi  le  voisinage  des  jardins 
des  Tournelles. 

L'enceinte  de  Philippe-Auguste,  nous  le  disions  en  tête  de  ce  cha- 
pitre, était  sensiblement  parallèle  aux  rues  des  Francs-Bourgeois  et  de 


LE    LOGIS    DE    DAME    HÉROUET 

l'angle   des   Rl'ES   VIEILLE-Dr-TFMPLE  ET   DES   FRANCS-BOCRGEOIS 


LA    COUR    DirOWICL'R    DK    I,  Il  o  I' K  I,    r  A  U  N  VV  V  I.KT   ET    LA    STATUIC 


Rambuteau,  qui  aujourd'hui  font  la  limite  entre  le  III'  et  le  IV"  arron- 
dissement. Arrivée  presque  à  hauteur  de  la  rue  de  Sévigné,  elle  faisait 
un  angle  droit  dans  la  direction  du  sud  pour  gagner  la  Seine.  Peu 
d'années  après  sa  construction,  un  prieuré  important,  celui  de  Sainte- 
Calherine-du-Val-des-Éeoliers,  vint  s'é- 
tablir dans  les  terrains  en  culture 
qu'elle  laissait  en  dehors  de  son  tracé, 
d'où  le  nom  de  rue  Culture-Sainte-Ca- 
llierine,  qui  n'est  devenue  qu'en  1807 
rue  de  Sévigné.  Xous  n'avons  à  parler 
ici  que  de  la  partie  de  cette  rue  com- 
prise entre  la  rue  des  Francs-Bour- 
geois et  celle  du  Parc-Royal;  elle  n'est 
pas  longue,  mais  combien  remplie! 
lieux  hôtels  illustres  affectés  h  des  ser- 
vices municipaux,  un  lycée  de  jeunes 
lilles,  une  école  communale;  au  total, 
quatre  drapeaux  tricolores  sur  une 
longueur  de  200  mètres. 

De  l'école,  il  n'y  a  rien  à  dire.  Le 
lyci-o  de  jcHines  filles  s'appelle  lycée 
■Victor-Hugo.  Il  a  été  créé  en  1893 
et  présente  cette  disposition  singulière 
ipie  le  corps  de  bâtiment  en  façade 
sur  la  cour  sert  de  trait  d'union  entre 
les  deux  hôtels  où  sont  conservées  les 
collections  historiques  et  artistiques 
de  la  ville  de  Paris,  Carnavalet  et 
Saint-Fargeau. 

L'hôtel  Carnavalet  qui  abrite  une 
réunion  d'œuvres  d'art  et  de  curiosité, 
est  lui-même  une  œuvre  d'art  des  plus 
intéressantes,    des     plus    précieuses. 
C'est  de  nos  jours  seulement   qu'il  a 
reçu  cette  destination.  Il  fut  construit 
en  1o4o,  par  Pierre  Lescot,  pour  Jac- 
ques des  Ligneris,  président  au  Parle- 
ment. Lescot  travaillait  au  Louvre  avec 
lin  artiste  aussi  illustre  que  lui,  .lean 
(loujon  ;    il  confia  à  Jean   Goujon    la 
décoration  sculpturale  de  l'édifice  dont  il  avait  dressé  les  plans,  et 
c'est  ainsi  que  les  quatre  Saisons,  sculptées  sur  la  façade  intérieure 
principale  sont,  à  n'en  pas  douter,  de  la  composition  du  maître,  des- 
sinées et  achevées   par   lui.   Après  le  président  de   Ligneris,  l'hôtel 
passa,  en  1572,  à  la  veuve  d'un  seigneur  breton,  François  de  Kerne- 
venoy.  Soit  malice,  soit  amour  de  l'euphonie,  le  peuple  parisien  fit 
de   Kernevenoy,  Carnavalet,  et  ce  dernier  nom  a  subsisté.   La  mar- 
quise de  Sévigné  habita  l'hôtel  pendant  vingt  ans,  de  1677  à  1690.  Ce 
fut  le  beau  temps  pour  elle,  et  aussi  pour  Carnavalet  :   <■  Dieu  merci, 
écrivait-elle  à  sa  fille,  le  7  octobre  1677, 
nous  avons  l'hôtel  Carnavalet.  C'est  une 
affaire  admirable;  nous  y  tiendrons  tous, 
et  nous  aurons  le  bel  air...  » 

L'iiôiel  était  voisin  du  couvent  des 
Annoncindes,  fondé  en  1626,  dont  le  lycée 
Viclor-llugo  occupe  maintenant  l'empla- 
cement ;  les  religieuses  étaient  appelées 
Filli's  h/eues  h  cause  de  la  couleur  de  leiir 
ni.iiileau  et  de  leur  scapulaire. 

.\  partir  de  la  Révolution,  l'hôtel  devint 
iiiur  à  tour  bureau  de  l'enregistrement, 
direction  de  l'imprimerie  et  de  la  librai- 
rie, école  des  ponts  et  chaussées,  insti- 
tution de  jeunes  gens,  juscju'au  jour 
Ijuillet  1866)  où  la  Ville  de  Paris  en  lit 
l'acquisition  pour  y  installer  un  musée 
historique  qui,  mal  conçu,  n'i'ul  (|u'iine 
succès  éphémère. 

Les  événements  de  1870-1871  allaient, 
ici  comme  partout  ailleurs,  troubler,  mo- 
difier les  projets  antérieurs.  La  biblio- 
thèque de  la  Ville  ayant  péri  dans  l'in- 
cendie de  l'Hôtel  de  ville,  il  fut  <léridé 
i|u'elle  serait  reconsliluée  dans  les  lo- 
caux de  Carnavalet,  reslauré  el  aiiii'-nai;é 
nd  hoc.  Klle   eut  pour   pri'Uiier  fonds    l.i 

riche  collcelioii  pai-isienne  de  Jiilis  ('.(Mi- 

1!   r  <;,i;,r,i  siu  el    |Hiur   Conservateur  re  savant  iui- 

LOULS   XIV.  iiii'irie  qui,   pi'iidaill   pliis   de    vingt   ans, 


J  li  O  I  M  !•;  M E   A  l;  i;  (  j  Mj  1  s  <  E M  i:  .\  1 


31 


no  cessa  de  l"("nricliir  avec  une  incoin- 
paralilo  éruililii)n.  Chargé  aussi,  de- 
puis 1880,  de  créer  dans  le  même  éla- 
blissemeiit  un  musée  véi-ilali|iiiMiil 
spécial  à  l'histoire  de  Paris,  Cniisin  lil 
preuve  d'un  grand  zèle,  cl  fui,  eu  cria 
secondé  par  Alfred  de  Liesvilh\  ,|iii 
ahandonna  généreusement  sa  pioprc 
collection  sur  l'époque  révnlulion- 
naire.  Finalement,  la  hihliolhéipu'  et 
le  inusé(^  Mc  pouvant  plus  resicr  smis 
le  niéme  loil,  un  arrêté  prél'eejuial  du 
18  août  18137  les  a  séparés;  la  hil.lin- 
tlièque  est  allée  à  Saint-l'argcau  ;  h- 
musée  est  resté  à  Carnavalet. 

Sansavoirun  passé  aussi  f.iiiu'ux  ipn' 
Carnavalet,  l'hôtel  Saint-Fargeau 
n'en  a  pas  moins  une  hislùire.  11  dair, 
dans  son  étal  actuel,  de  l'extrême  lin 
du  xvti"  siècle,  et  eut  pour  architech' 
PierreBullet.  C'est  Michel  Le  Peletier,  di- 
recteur des  fortilications  sous  Louis  XI V 
i|ui  le  fit  construire.  L'édifice  porir 
l'empreinte  de  son  temps  :  façades  sé- 
vères, large  escalier  de  pierre  à  la 
rampe  de  fer  habilement  ciselée,  salles 
spacieuses  aux  hauts  plafonds.  Jusqu'à 
la  Révolution,  il  resta  dans  la  même 
famille;  il  appartint  donc  à  Le  Pellelier 
de  Saint-Fargeau,  le  célèbre  conven- 
tionnel assassiné  le  20  janvier  1793 
pour  avoir  voté  la  mort  de  Louis  XVL 
Après    lui,    ses    héritiers    occupèrent 

l'hôtel  pendant  une   vingtaine    d'années,  puis  le  mirent  en  location 
et  finalement  en  vente.   Parmi    ses  habitants,   nous   n'avons    guère 
qu'à   citer  l'institution  Jaufîret,   dont  certains  élèves,  au  temjis  de 
Louis-Philippe,  firent  la  renommée  par  leurs 
succès  :  About,  Sarcey,  les  lils  de  Victor  Hugo, 
Ulbach,  Zeller,  etc. 

En  189d,  le  Conseil  nuiniiipal  a  volé  l'ac- 
quisition de  l'hôtel,  ou  plutôt  la  location  avec 
promesse  de  vente,  au  prix  de  78000  francs 
par  an  pendant  douze  ans,  intérêts  compris, 
l'immeuble  étant  évalué  à  1  980  000  francs. 
Aussitôt  après,  les  travaux  d'aménagement 
pour  la  bibliothèque  historique  comniencèrcnl, 
et  l'ouverture  au  public  a  eu  lieu  le  2  mai  189iS. 

La  rue  Puycmie  circonscrit  à  l'ouest  la  plu- 
part des  édifices  que  nous  venons  de  décrire. 
A  son  extrémité  nord,   on  retrouve  la  rue  du 
Parc-Iioyal;  de  là,  il  faut  errer  un  peu  à  l'aven- 
ture ;  nous  sommes  en  plein  cœur  du  Marais, 
et  à  chaque  pas  se  présentent  des  construc- 
tions qui,  visiblement,   ne   furent  pas  faites 
pour  la  destination   industrielle  qu'elles   ont 
aujourd'hui.  Parmi  les 
hôtels   restés   debout, 
il    faut    citer    l'hôtel 
Salé,    à    l'angle    des 
rues   de    Thorigny   et 
de  celle  des  Coutures- 
Saint-Gervais,  d'un 
luxe     de    haut    goùl, 
grdce  surtout  à  son  es- 
calier superbe  ;   il  fut 
construit  vers  16C0  par 
un   certain   Aubert  ilr 
l'ontenay,  traitant  en- 
richi dans  les  gabelles, 
c'est-à-dire  dans  l'iui- 
pôl    du    sel  ;    d'où    \v 
nom    satirique    donm'' 
par  le  peuple  à  sa  de- 
meure. L'hôtel  Salé  fui, 
de  1829  à  1884,  le  siège 
de  l'École  centrale  des 
arts  et  manufactures. 
L'industrie  du  bronze 
y  règne  aujourd'hui. 


L'HUTEL    DOLIVIEK    DE    Cl.I.S.SON. 


sa  réside 

paysages 
peint   par 


nce.  On  y 
de  Bouclier 
'   Clirisloidi 


Il  ne  reste  plus  que  le  souvenir,  con- 
servé par  des  noms  de  rues,  de  Thôlel 
de  Thorigny  et  de  l'hôtel  Barbette,  ce 
dernier  fameux  par  l'assassinat  du  iluc 
Louis  I"  d'Orléans  '1407,;  tous  deux 
dataient  du  moyen  âge  ;  tous  deux 
avaient  été  construits  parmi  les  cou- 
tures ou  cultures  de  Ihôpilai  Saiiit- 
Gervais.  C'est  une  erreur  de  croire  que 
la  jolie  tourelle  qui  fait  l'angle  des 
rues  des  Francs-Bourgeois  et  Vîeille- 
du-Temple  est  un  reste  de  Ihôlel  Bar- 
bette; elle  dépendait  du  logis  de  noble 
dame  inconnue,  Louise  Hérouet. 

La  rue  Vii'il/e-du-Temiile  mérite  bien 
cette  épithél<>,  car  elle  est  contempo- 
raine du  Temple,  auquel  elle  aboutis- 
sait C'était  un  chemin  plutôt  r|u"une 
rue,  et  elle  ne  se  b.itit  coni|dél.-nient 
i|u'au  xvii'  siècle.  La  maison  portant 
le  n"  88  correspond  à  rempluci-nieiil 
du  théâtre  du  Marais,  qui  dura  de  1633 
à  1673,  et  eut  l'honneur  d'abi  il'-r  clu- 
rant  un  temps  la  trou|i.;  d>-  Moli.-i'  - 

Presque  en  face,  l'Imprimerie  Na- 
tionale occupe  —  depuis  que  la  Banque 
<\<-   liance   la   déposséda   en   1811    de 
riii'del  de  Toulouse  —  le  bel  hôtel  de 
Kohan.  Cet  hôtel  avait  été  construit,  un 
siècle  auparavant,  par  Armand-Gaston 
de  Itohan,  cardinal  et  évêque  de  Stras- 
bourg, prélat  ami  des  arts,  qui  lil  appel 
aux  meilleurs  artistes   pour  embellir 
admire,  oulre  de  beaux  lambris  sculptés,  deux 
,  formant  dessus  de  portes,  le  cabinet  tics  Sn/ys 
1-    lluel,   un  admirable  bas-relief  de  Le  Lorrain, 


roilTE    DE.NVUÉE    DU    l'AL.US    DES    ARCHIVES    NATIO.NALES. 


COUR   D'HONNEIU 
DU    PALAIS   DES  AKCIllVES. 

représenlant  des  chevaux  à  l'abreuvoir, 
classé  comme  monument  historique,  etc. 
Les  Archives  nationales.  —  Elles 
occupent  le  palais  Soubise.  On  ne  saurait 
contester  à  l'immeuble  ce  titre  de  palais, 
à  voir  sa  majestueuse  cour  d'honneur  où 
évoluaient  à  l'aise  les  carrosses  royaux 
et  princiers,  à  parcourir  ses  salons  si 
élégamment  décorés  par  des  sculpleui-s 
tels  qu'Adam  et  Lemoine,  des  peintres 
tels  que  Heslout,  Boucher  ^atoire,  Van 
1.00.  Sur  son  emplacement  s'éleva  d'abord 
le  logis  du  connétable  de  Clissou,  bàli  par 
lui  vers   l;;70.    grâce  aux   libéralités  de 


32 


PARIS- ATLAS 


le  dernier  témoin  resté      1 


FAÇADE   DU    T II  K  A  TUE    DE    LA    GAITE 


Charles  V.  De  cette  première  construction  a  subsisté  la  cliarniante  porte 
ogivale  flanquée  de  deux  tourelles  en  encorbellement,  qui,  sur  la  rue 
des  Archives,  fait  face  à  la  rue  de  Braque, 
debout  à  Paris  de  l'architecture  civile  du 
xtv"  siècle.  Les  Archives  de  l'État  occupent 
l'immeuble  depuis  1808  ;  on  a  dû  y  ad- 
joindre successivement  de  nouveaux  bâti- 
ments, dont  le  principal  est  sur  la  rue  des 
Quatre-Fils,  pour  recevoir  les  documents, 
dont  les  versements  annuels  des  ministères 
augmentent  chaque  année  le  nombre.  Les 
historiens  peuvent  y  puiser  à  pleines  mains 
et  aux  sources  les  plus  pures.  En  dépit  de 
mutilations  regrettables,  les  Archives  con- 
servent des  fonds  inliniment  précieux  : 
ceux  des  établissements  religieux  des  dio- 
cèses supprimés  en  1790,  les  registres  du 
Parlement,  de  la  Chambre  des  comptes, 
du  conseil  d'État,  du  Chàtelel,  des  délibé- 
rations du  Bureau  de  la  Ville,  le  Trésor 
des  Chartes,  les  comptes  des  bâtiments 
royaux,  etc..  En  18157,  un  musée  où  sont 
exposées  les  pièces  les  plus  curieuses,  soil 
par  leur  ancienneté,  soit  par  la  main  qui 
les  a  signées,  a  été  installé  dans  une  partie 
des  salons  des  princes  de  Soubise  ;  le  pu- 
blic est  admis  à  le  visiter  tous  les  diman- 
ches, de  midi  à  trois 
heures. 

Il  n'y  a  pas  long- 
temps que  la  rue  des 
Arc/docs  porte  ce  nom 
dans  toute  son  éten- 
due :  c'est  en  1874 
qu'on  a  supprimé  la 
dénomination  de  rue 
de  Cliaume  entre  les 
rues  des  Francs-Bour- 
geois et  des  Haudriel- 
tes,  de  rue  du  Grand- 
Chanlier,  entre  les 
rues  des  Haudriettes 
et  Pastourelle  ;  de  rue 
des  Enfants -Bouges 
entre  les  rues  Pastou- 
relle et  Portefoin  ;  de 
rue  Molay  entre  les 
rues  Portefoin  et  de 
Bretagne,  (^e  nom 
d  Enfants  Rouges 
qui  est  celui  d'un  des 
quartiers  du  Ill«  ar- 
rondissement, mérite 
une  explication  :  c'était 
celui  d'un  hôpital  fon- 
dé par  Marguerite  de 
Navarre,  vers  1533, 
pour  donner  asile  à 
des  orphelins  que  l'on 
vêtit  de  drap  rouge. 

La  rue  des  Qmlie-Fih 
lire  son  nom  d'une  enseigne  où  étaient  (igurés  les  qnalic  lils  Ayniciu, 
si  célèbres  au  moyen  ;lge;  celle  des  Haudriettes  in\\\n-\W  la  fondalinii 
charitable  faite  en  13i0,  par  Etienne  Haudry,  d'une  mais(jn  de  reiraili' 
pour  les  vi(,'illes  fi-mmes,  qu'on  nomma  pour  cette  raison  «  b's  vieilles 
Haudriettes  ...  Celle  ru(;  a  aussi  purlé  jadis  le  nom  île  la  rue  de 
l'Echelhvdu-TeinpIe,  parce  ipie  b'  gi-.ind-prii'Ui'  en  avait  fait  élever  une 
—  lisez  échelle,  e'i'st-ii-rlir.'  Ltibi-I  —  à  s xlr-.'iiiil.-. 

Nous  [lassons  dans  le  quartier  Sainte-Avoie.  Il  m.'  nsle  plus  i  i.ii 
du  couvent  de  fcmirii.s  fondé  à  la  lin  du  xiir  siè,  !,•  smis  le  nnni  ib' 
sainte  Avoie;  i|  subsisia  jiisipi'.'i  la  Bévolution;  le  peicmieril  de  l.i  rue 
de  Hanibiileau.  en  1K18,  en  a  fait  tomber  les  derniers  billimenls  qui 
s  élevaient  à  l'angle  de  la  rue  du  Teiniile,  nommée  elle-même  d.iiis 
cette  partie  de  son  Iracé  rue  Sainte-Avoii-,  jusipi'en  18dl. 

Ce  n'est  plus  aussi  qu'un  souvenir,  la  maison  portant  le  n''  12 
de  la  rue  Transnonain,  Iristemenl  historique  par  lu  massacre   qui   y 


LK    byUARE    DKS 
(Au  milieu  la  colonne  coinincaioralivo  de  la  pi'iso  de  Si 


fut  fait  le  14  avril  1834,  pend.ml  une  de  ces  insurrections,  si  fré- 
quentes sous  Louis-Philippe.  La  maison  a  été  démolie,  en  1897,  pour 
issement  de  la  rue  Beaubourg,  avec  laquelle  la  rue  Transnonain 
s'était  confondue  depuis  1851. 

Dans  cette  région  si  dense  du  vieux  Paris 
restent  encore  de  curieux  souvenirs,  et  en 
grand  nombre  :  voici,  rue  de  Montmorency,  51 , 
1,1  maison  dite  de  Nicolas  Flamel,  avec 
siin  iuscriplion  gothique,  reslaurée  par  l.i 
Ville  :  «  Nous  homes  et  femes  laboureurs 
clemeurans  ou  porche  de  ceste  maison  qui 
fui  fée  en  l'an  de  grâce  mil  quatre  cens  cl 
t  somes  tenus  cliascun  en  droit  soy  dire 
ilire  tous  les  jours  une  patenoslre  et  l'ave 
Maria  en  priant  Dieu  qui  de  sa  grâce  par- 
int  aux  poures  pescheurs  tres|iassez. 
Amen.  " 

La  maison  vis-à-vis  passe  pour  plus  an- 
cienne encore.   De   même    il    sul'lil   de  se 
promener   dans  les  rues  du   Grenier-Suhd- 
Lazare  l'corruplion  d'un  nom  d'habilant  au 
xi]i=  siècle,  Carnier  de  Saint-Lazare),  Chu/ion 
légalement   nom  d'homme  du  xm"-'  siècle), 
Michel-Lc-Cumie  (même  originel,   pour  dis- 
tinguer  d'anciens    hôtels    olîraut    quelque 
intéressant  détail  d'architecture. 
Une  inscription  apposée  sur  la  maison  de 
1.1  rue  Saint-.Martin  qui 
l'ail  face  à   la   rue  de 
.Montmorency  rappelle 
l'emplacement    de    la 
maison  où  mourut,  le 
20  août  1540,  Guillaume 
Budé,  le  célèbre  hellé- 
niste, fondateur  du  Col- 
lège de  France. 

Le  nom  de  la  rue  aux 
Ours,  ce  n'est  pas  dou- 
leux  est  une  corruption 
de  la  rue  aux  Oues  ^aux 
Oies).  Dès  le  xin"  siè- 
cle, la  rôtisserie  de  ces 
Milailles  y  était  une 
spécialité  :  Viens  ubi co- 
(jHHiilur  unseres,  lisons- 
imus  dans  le  cartulaire 
dr  S.iinl-M.igloire. 

I.  Église  Saint-Ni 
colas  -  des  -  Champs 
i-liud  sa  longue  nef 
ji.irallèlement  à  la  rue 
Itéaumur  et  son  abside 
\ient  se  terminer  sur 
l.i  rue  Turbigii.  Elle  est 
de  style  comiiosile  ;  la 
r.i.ade  sur  la  rue  Sainl- 
Marlin,  sobre  et  sim- 
ple, date  de  1420;  celle 
de  la  rue  Itéaumur  est 
de  1576,  épotiue  où  l'é- 
dilice  dut  être  consi- 
ib-raMi'Micul  agrandi,  à  cause  du  muiibre  croissant  des  fidèles.  On 
s'expliquei'ait  diflicilenient  le  voisinage  si  raiiproché  de  deux  grandes 
églises,  celle  de  Saint-Nicolas-des-Cliamps  et  celle  de  Sainl-.M.irtin-des- 
Cliîimps,  si  l'un  ne  s.'iv.iil  (pie  la  |ueinieri'  seule  l'I.ail  pamisse  elle 
l'est   re>li'i.     cl    l'auliv    lilnii,i>|  Lpir. 

Le  square  des  Arts  et  Métiers  imus  raiiu'.ne  .lu  pniiil  de  di'p.irl. 
Il  a  été  créi-  à   l.i  lin  de  l'annéir  1857:  les  iliqienses  de  tout  genre  qin- 

son  aménngi' ni  .i  iiéi-essilé  s'élèvent  à  320  000  francs.  Au  milieu  du 

sqiiari —  en  sniiveiiir  de  la  jirisi.'  de  Séliaslopol  se  dresse  une  colnnne 
siirmiinlée  de  la  Viiluiri'  ciiiirnnii.inl  le  dr.ipeau  fr.iur.iis.  Sur  l.i  f.iee 
iiiéj'idiiiiiale  a  élé  conslruil  en  I8li2  h'  lliéâlre  munirip.il  de  la  Gaîté, 
qui  liaverse  (ont  le  pâté  de  maisons  jusqu'à  l.i  rue  Itéaumur.  La  far.iil.' 

du  thi'.ilre  est  décorée  de   pilastres  <■ posites  et  d'un  double   r.iiig 

d'aicades  cintrées  séparéi;s  jiar  des  iHlniini's  de  marbre;  un  fniiiton 
assez  riilie  en  sculptures  couronne  ralli.|iie. 


ARTS    ET   MET1EI{.S. 
3baslop3l;  au  Tond  le  Conscivaioiic 


Arts  et  Méliei-s.) 


PARIS      -    TROISIÈME    ARRONDISSEMENT 


PA  RI  S-ATL  AS 


I.A    CATHKDR  A  I.K    lU:    l'AHI^.    \  lE    1' U    piiNl     1 1  K    I.A     1  <  i  L  l;  N  E  I.LE. 


L'HOTEL    DE    VILLE.—    13"   ouAnriEn    :    SAINT-MERRI.    —    W  QVxmiF.n   :   SAINT- GERVAIS. 
lo°   nuARïiKn    ;    LARSENAL.   —  16"   nvAnnf.R    :   NOTRE-DAME. 


I  Ion  voulait  synthétiser  par  deux  monuments 

II  vie  religieuse  et  la  vie  communale  de  Paris, 
c'est  dans  le  IV"  arrondissement  qu'il  faudrait 
les  chercher  :  Notre-Dame  et  THiMel  de  ville. 
>'(itre-I)nme  ne  représente  pas  seulement  le 
P.iiis  lia  moyen  âge  avec  ses  grandes  fêtes  si 
siiliiinelles  et  magnifiques,  avec  son  élan  de 
ili'votion;  c'est  sur  son  emplacement  que  s'éle- 
v.iit,  nous   le  vei'rons   plus   has,  en  l'honneur 

des  divinités  païennes,  laulel  construit  par  les  bateliers  de  l.utèce, 
les  nautes;  là  est  donc  en  quelque  sorte  le  berceau  même  de  Paris. 

A  peu  de  distance  de  la  cathédrale  se  dresse  l'autre  colosse,  plus 
jeune  et  d'une  non  moins  grande  importance  :  l'Hôtel  de  ville  ;  ses  pierres 
sont  neuves  il  est  vrai,  mais  leur  assemblage  même  rappelle  un  édifice 
antérieur,  déjà  ancien,  qui  lui-même  remplaçait  une  maison  de  ville 
où  se  dévelopiièrent  nos  libertés  municipales.  Depuis  le  xiV  siècle, 
elles  ont  eu  leur  asile  sur  cette  place,  se  développant  sans  cesse,  per- 
mettant à  la  cité  de  prendre  un  essor  auquel  la  royauté  et  le  pouvoir 
central  se  montrèrent  toujours  hostiles. 

La  superficie  du  IV^  arrondisseimiit,  dit  I'Hotel  ni;  vu.i.e,  est 
de  136  hectares  50  ares;  c'est  une  faible  étendue  de  territoire,  que 
seuls  n'atteignent  pas  les  II"  et  IIP  arrondissements.  Chose  étrange, 
sa  population  a  diminué  depuis  quelques  années;  après  avoir  dé- 
passé 100,000  habitants,  elle  n'en  comptait  [ilus  que  98,20'i  au  recen- 

Pahi3-.\tlas. 


sèment  de  1896.  Cela  a  eu  une  répercussion  sur  la  situation  de  la 
représentation  politique  à  Paris;  pour  la  première  fois,  aux  élec- 
tions de  mai  1898,  les  habitants  n'ont  eu  qu'un  député  à  élire,  au  lieu 
de  deux. 

I.e  quartier  Saint-Merri  constitue  deux  cantons  d'aspect  si  hélé- 
roclile,  ([u'on  a  |icine  à  s'i'xpliquer  que,  si  voisins,  ils  se  ressemblent  si 
peu.  Entre  la  rue  de  Hivoli  et  la  Seine,  de  l'air,  de  l'espace,  de  grandes 
voies,  de  belles  maisons,  de  beaux  monuments:  au  contraire,  entre  la 
rue  de  Rivoli  et  la  rue  de  Rambuteau,  un  dédale  de  ruelles  sombres. 
où  des  rues  plus  larges  et  très  animées,  telles  que  la  rue  Sainl-.Martin, 
la  rue  du  Temple  et  celle  des  Archives  font  mieux  encore  ressortir 
l'étroitesse  et:  la  pauvreté  des  autres. 

,\ux  amateurs  de  pittoresque,  cependant,  nous  recommanderons 
une  excursion  à  travers  les  rues  du  Renai-d,  Taille-Pain,  Brise-Miche, 
de  Venise,  des  Juges-Consuls  ;  certes,  ils  en  sortiront  le  cœur  seri-é 
par  la  vue  de  tant  de  misères,  physiques  et  morales,  se  coudoyant 
avec  rhonnételé  des  ateliers;  du  moins  ils  auront  parcouru  la  plus 
Z-<incienne  région  du  Paris  de  la  rive  droite.  C'est  là,  en  effet,  que,  peu 
après  l'an  mille,  vinrent  s'installer  les  Parisiens,  trop  à  l'étroit  autour 
de  Notre-Dame  ;  ils  y  constituèrent  une  agglomération  assez  dense  pour 
qu'il  fût  besoin  de  la  proléger  par  une  enceinte  contre  les  dangers  du 
dehors  ;  on  n'a  là-dessus  que  des  données  assez  vagues,  mais  il  est 
certain  que  cette  clôture  existait  au  milieu  du  xn'  siècle;  (xirtant  du 
Chàtelet,    elle   suivait   à    peu  près  le  tracé  des  rues  Saiul-Merri  et 


34 


PARIS -ATLAS 


Saintc-Croix-de-!a-BreLonncrie,  pour  se  lerminer  à  la  Seine 
vers  la  place  Baudoyer. 

Au  surplus,  beaucoup  de  ces  rues  ont  conservé  leurs  noms 
d'alors;  pour  ceux-là  et  pour  d'autres,  plus  récents,  qut 
ques  commentaires  sont  intéressants.  La  rue  Simon-le-Franc 
porte  évidemment  un  nom  d'homme;  il  est  regrettable  que 
l'administration  ait,  depuis  1890,  absorbé  sous  cette  dénomi- 
nation la  partie  de  la  rue  comprise  entre  les  rues  Saint-Martin 
et  Brise-Miche,  nommée  avant  rue  de  Maubuée,  ou  de  la  Fon- 
taine-Maubuée,  nom  expressif  signifiant  mauvaise   lessive. 
Notez  qu'aujourd'hui  en.'ore,  la  fontaine 
existe  à  l'angle  de  la  rut  Saint-Martin, 
mais  les  ménagères  n'y  lavant  plus  leur 
linge.  A  parcourir  la  rue  de  Venise,  per- 
sonne ne  songerait  à  fredonner,  comme 
ilans   Haydce  :   «  Ah!    que  Ve  lise    est 
belle!  »  C'est  une  des  ruelles  L's  plus 
sordides  d'un  quartier  qui  en  est  si  -iche. 
I,a  rue  des  Étuves  se  nommait  autrefois 
rue  des  Vieilles-Étuves;  il  n'est  pas  éton- 
nant de  rencontrer  par  là  le  souvenir  de 
ces  établissements  qui  eurent  au  moyen 
âge  la  plus  fâcheuse  réputation.  Telle 
la  rue  Simon-le-Franc,  la  me  Pierre-Au- 
lard  porte  le  nom  d'une  vieille  famille 
|iarisienne;  elles  sont  nommées  dans  la 
nomenclature  rimée  de  Guillot,  qui  vi- 
vait au  commencement  du  xiv°  siècle. 
Dans  le  même  poème  figurent  aussi  les 
rues  Saint-Bon  (il  y  avait   autrefois  une 
chapelle  sous  ce  vocable),  et  des  Lom- 
bards  (des    usuriers  italiens   y  avaient 
leur  résidence),  et  Geolfroy-V Angevin,  — 
ineore  un  nom  d'homme  —  el  du  Cloître- 
Sainl-Merri.  La  rue  des  Juges-Consuls,  en 
dépit    de    sa    dénomination    archaïque, 
n'est,  depuis  1844,  qu'un  démembrement 

de  la  précédente,  où  avait  été  fondé  sous  Charles  IX  le  tribunal  des 
Juges  Con.suls,  origine  de  notre  tribunal  de  commerce. 

Dans  le  nom  dn  passage  Pccjuay,  on  aurait  sans  doute  quelque  peine 
à  trouver  une  analogie  avec  le  village  du  Plessis-Piquet,  au  delà  de 
Sceaux.  Tous  deux  cependant  ont  pour  parrain  un  certain  Jean  de 
La  Haye,  dit  Piquet,  possesseur  sous  Charles  VI  d'une  maison  ici,  de  la 
seigneurie  là-bas,  et  qui,  bien  que  fort  mal  en  cour  auprès  du  dauphin 
Charles  VII,  n'en  fut  pas  moins  dépossédé  de  ses  biens  par  le  roi  d'An- 
^'lelerre  Henri  VI. 

Le  percement  du  boulevard  deSébastopol  a  heureusement  fait  dispa- 
raître ou  raccourci  bon  nombre  des  rues  fort  peu  élégantes  qui  allaient 


LA   TOUR    S.\1NT-JACQUES. 


I,l';   l'O.N  T    AU    CliA.NOIO    ET    LE    Tlll^iATUE    .S  A  I 


de  la  rue  Saint-Martin  à  la  rue  Saint-Denis;  il  en  existe > 
encore  quelques-unes  cependant,  et  qui  sont  fort  anciennes  :  ^ 
(elles  la  rue  Aubry-le-Boucher,  connue  de  Guillot,  ainsi  que  la 
rue  Trousse-Vache  qui  a  bien  fait  de  changer  son  nom  contrr 
celui  de  rue  de  La  Reyiiie,  lieutenant  général  de  police; 
enfin,  la  plus  connue,  la  rue  Quincampoix,  fameuse  par  la 
banque  de  Law,  où  tant  de  gens  se  ruinèrent  sous  la  Ré- 
gence. Nous  ne  nous  faisons  pas  fort  d'expliquer  son  nom, 
d'allure  un  peu  picarde  ;  il  semble  —  mais  ce  n'est  qu'une 
impression  —  que  c'est  celui  d'une  localité  plutôt  que 
d'un  Immme. 

Saint-Merri  est  un  joyau   d'archi- 
tecture  enchâssé  dans  ce  triste  écrin. 
Dès  le  vii°  siècle,  une  chapelle  existait 
là,  au  bord  de  l'ancienne  voie  romaine  ; 
le  saint  qui  lui  donna  son  nom  en  fit   | 
un  oratoire,    et  lorsqu'il  mourut,  vers 
l'an  700,  il  y  fut  inhumé.  Deux  églises 
lurent  successivement   construites    sur 
l'emplacement  de  ce  modeste  oratoire , 
puis  disparurent;  celle  que  nous  avons    ] 
sous  les  yeux   en    est  une   troisième  ;    | 
elle   date  du  xv°  siècle,  c'est-à-dire  de 
la  dernière  époque   brillante  de   notre 
architecture   religieuse.    Le    portail   est 
charmant,  avec  tous  ses  détails  de  sculp- 
ture, si  fins,   si  achevés;   malheureuse- 
ment, de  lamentables  cahutes  se  pres- 
sent contre  lui  ;  de  même,   les  façades 
latérales  sont,  en  grande  partie,  cachées 
[lar  des  constructions  parasites.  Lorsque   I 
l'heure    sera  venue    d'aérer,    d'assainir  ! 
ce    quartier,   nous  comptons   bien   que 
le   dégagement   de   ce   joli    édifice    en- 
trera  pour   beaucoup    dans    les    plans  i 
qui   seront    préparés.    L'évasement    de 
la  rue  Saint-Martin  en  est  la  première  i 
amorce  et  l'espérance.  Il  est  regrettable   qu'on  ne   l'ait   pas  poussé 
jusque  devant  le  portail  Saint-Merri. 

Nous  voici  en  face  de  la  Tour  Saint-Jacques.  Il  n'est  peut-être  pas,  1 
dans  toute  la  ville,  d'endroit  où  l'ancien  Paris  et  le  Paris  moderne  se  ; 
rapprochent  dans  un  plus  heureux  alliage.  A  force  d'y  passer,  nous  n'y   ' 
faisons  plus  attention,  nous  sommes  blasés;  pour  les  étrangers,  ce 
doit  être  un  émerveillement.  La  Tour  Saint-Jacques  est  le  seul  vestige 
conservé  d'une  église  de  Saint-Jacques-la-Boucherie  datant  de  l'époque 
carolingienne,  plusieurs  fois  reconstruite,  et  en  dernier  lieu  tout  à  la  tin 
du  xv"  siècle.  On  sait  avec  précision  que  la  tour,  commencée  en  1508, 
fut  achevée  en  lo22;  voilà  donc  un  édifice  à  date  précise  comme  disent 

les  archéologues,  et  à  peu 
près  contemporain  de  son 
voisin  Saint-Merri.  Le  nom 
(le  son  architecte  n'est  pas 
connu,  et  c'est  fâcheux, 
car  il  serait  honoré  comme 
relui  d'un  homme  de  goût, 
excellant  dans  son  art.  La 
tour  fut  presque  miracu- 
leusement sauvée  en  i'790, 
lorsque  l'église  à  laquelle 
l'Ile  aliénait  fut  démolie,  cl 
inèine  plus  lard,  puisiiue, 
ailielée  par  un  partiiulier 
comme  bien  national,  elle 
n'était  sauvegardée  pai'  au- 
cune clause  conservatoiie, 
La  Ville  de  Paris  eut  le  bon 
esprit  de  l'acipiérir  en  ISit'i, 
au  prix  de  2.'J0,100  francs. 
et  le  remaniement  du  plan, 
en  ISiiU,  la  respecta  de 
même.  On  lit  mieux,  on 
la  resta\ira,  on  la  conso- 
liila  et  on  l'entoura  d'un 
square  de  O,0lîj  mètres  car- 
rés, qui  est  le  plus  ancien 
des  S(piarc>s  parisiens,  et 
l'un  des  plus  jidis  aussi, 
sinon  des  mieux  fi-é(iuen- 
ii.MlAKirr  ''''^»  "''''•'*   c'est,    hélas  I   lu 


riiol.  N.urJ.-ln. 


Q  L  A  1  lU  i; .M !•:    A  I i  H ()  .\  1 J 1  s  s  j: .M  I : .\ T 


33 


sort  de  presque 
tous  nos  squares. 
Dans  la  baie  qua- 
drangulairc  (mo- 
derne) de  l'entre- 
sol, élevé  de  quel- 
ques marches,  est 
une  statue  d  e 
Biaise  Pascal  par 
Cavelicr.  C'est  la 
commémoration 
des  fameuses  ex- 
périences faites 
par  Pascal,  au  sommet  de  la  tour,  sur  la  pesanteur  de  l'air.  Certains 
esprits,  qui  veulent  toujours  tout  remettre  en  question,  avaient  pré- 
tendu que  ces  expériences  avaient  eu  lieu  sur  la  tour  de  Saini- 
Jacques-du-Haut-Pas,  située,  il  est  vrai,  beaucoup  plus  haut,  mais  on 
leur  a  opposé  le  texte  formel  de  Pascal  lui-même  :  «  Je  fis  l'expérience 
ordinaire  du  vuide  au  haut  et  au  bas  de  la  tour  de  Saint-Jacqucs-dc- 
la-Hcmcherie,  haute  de  24  à  2o  toises...  » 

La  tradition  de  Pascal  s'est  perpétuée  par  l'observatoire  météorolo- 
gique municipal  installé  au  haut  de  la  tour. 

Le  souvenir  de  Nicolas  Flamel  et  de  dame  Pernelle,  sa  femme,  est 
consacré  par  la  dénomination  de  deux  rues  voisines.  Ils  vivaient  au 
commencement  du  xv"  siècle;  Flamel  fut  maître  écrivain  de  l'L'nivtr- 
sité,  alchimiste  convaincu,  et —  ce  qui  peut  paraître  un  peu  contradic- 
toire —  bienfaiteur  de  l'hunianilé.  Nous  avons  signalé  (III"  arrondisse- 
ment, p.  32)  la  maison  (b;  la  rue  de  Montmorency,  donnée  par  lui  aux 
pauvres;  l'église  Saint-.Iacques-de-la-Biinrlierie  fut  aussi  l'objet  de 
nombreux  bienfaits  de  sa.  part.  Il  possédait  d'ailleurs  plusieurs  maisons 
à  Paris  ;  en  voici  une  ]ireuve,  (>ncore  inédite,  tirée  d'un  carton  des 
Archives  nationales  :  c'est  le  bail,  fait  le  29  janvier  1411,  par  «  Nicolas 
Flamel,  escripvain,  demeurant  à  Paris  lès  Saint  Jacques  de  la  Bou- 
cherie, à  Colin  Herbelot,  marchand  de  vin  demourant  à  Paris  devant 
l'ostel  qui  l'ut  feu  monseigneur  le  duc  d'Oileans,  et  qui  à  présent  est 
au  duc  de  Hollande  en  la  rue  de  la  Poterne-Saiut-Pol...  <>,  d'une  maison 
sise  dans  ladite  rue  de  la  Poterne,  aboutissant  par  derrière  aux  murs 
des  jardins  de  l'hôtel  des  Béguines.  Cette  rue  se  nomme  maintenant 
rue  de  Jouy  et  appartient  aussi  au  IV"  arrondissement. 

En  souvenir  de  la  visite  faite  par  la  reine  d'Angleterre  à  l'Hôtel  de 
ville,  le  23  août  185S,  le  boulevard  de  l'Hôtel-de-Ville,  percé  l'année 
précédente,  prit  le  nom  d'avenue  Victoria,  jolie  voie,  bien  bdtie,  bordée 
d'arbres,  mais  qui,  malheureusement,  se  termine  en  impasse,  ou  à  p'eu 
près.  A  l'angle  qu'elle  forme  avec  le  boulevard  de  Sébastopol  a  été 
construit,  en   1862,  par  l'architecte  Davioud,  pour   le  compte   de   la 


Ville,  le  Théâtre  Sarah-Bernhardt,  qui  a  eu  di-s  fortunes  bien 
diverses,  parmi  lesquelles  l'honneur  d'avoir  fourni  aux  grandes  œuvres 
de  Gounod  leur  scène  de  début.  II  périclitait  quelque  peu,  sous  le  nom 
de  théâtre  des  Nations,  quand  l'incendie  de  TOpéra-Comique  lui  valut 
le  nouvel  honneur  d'être,  pendant  onze  ans,  de  1887  à  1898,  notre 
second  tliéàtre  de  musique.  H  est  aujourd'hui  sous  les  auspices  de 
l'artiste  dont  il  porte  le  nom. 

Hôtel  de  ville.  —  .\près  avoir  eu  son  siège  dans  différents  quartiers 
do  la  ville,  à  la  vallée  de  .Misère,  sur  la  montagne  Sainte-tieneviève,  près 
du  grand  Chàlelet,  le  «  Parloir  aux  bourgeois  »  vint  se  fixer,  en  1357, 
dans  la  Maison  aux  Piliers  de  la  place  de  Crève,  dont  Charles  V  avait 
hérité  des  derniers  dauphins  de  Viennois,  et  que  Etienne  Marcel, 
prévôt  des  mar- 
c  h  a  n  d  s  ,  lui 
acheta,  un  (m-u 
malgré  lui,  [lour 
la  Ville,  au  prix 
lie  2,800  livres 
parisis.    Il    était 


impossib! 
choisir  un  meil- 
leur emplaci'- 
ment.  Depuis 
Louis  VII,  la 
Crève  apparte- 
nait aux  bour- 
geois, (pii  avaient 
payé  70  livres  le 
droit  d'empé- 
clier  qu'on  n'y 
construisît  nulle 
maison.  Et  la 
Seine  coulait  là. 
la  Seine  à  qui  la 
corporation  des 
marchands  par 
eau  —  les  an- 
ciens nautes  du 
temps  de  Tibère 
—  devait  sa  pros- 
périté au  point 
d'être  devenue 
l'administra- 
tion municipale 
même,  avec  son 


(RUE    us    LA    VERRliRlli. 


36 


PARIS -ATLAS 


chef  comme  prévôt 
des  marchands, 
disputant  dès 
Philippe- Auguste, 
au  prévôt  de  Pa- 
ris, délégué  du 
pouvoir  royal,  le 
droit  de  gérer  les 
intérêts  de  la  cité. 

Au  xvi=  siècle, 
le  corps   munici- 
pal,   constitué   et 
puissant  comme  il 
rélait    dès    lors, 
se   sentit   bien  à 
l'étroit  dans  cette 
étrange    maison, 
composée  de  plu- 
sieurs   petits   lo- 
gis, où  il  y  avait, 
dit   Sauvai,  deux 
cours,  un  poulail- 
ler, des  étuveSjUne  chapelle,  une  chambre 
de  parade,  une  autre  appelée  le  plaidoyer. 
Il  décida  la  construction  d'une  maison 
de  ville  digne  de  Paris,  et  François  I'  ■■ 
tint  à  être  juge  des  plans  qui  seraient 
dressés   à    cet  effet.  On  ne  doute  [dus 
guère    aujourd'hui    qu'ils     n'aient    été 
l'œuvre   d'un  architecte  italien,    Domi- 
nique de  Cortone,  dit  le  Boccador,  avec 
le    concours,    pour   l'exécution,    d'un 
maître  es  œuvres  de  maçonnerie,  Pierre 
Chambiges.  La  première  pierre  du  nou- 
vel édifice  fut  posée  en  grande  solen- 
nité, le  15  Juillet  1533.  Bien  des  causes, 
et  surtout  les  guerres  étrangères  et  reli- 
gieuses,   en   retardèrent    l'achèvement. 
L'honneur  reste  à  François  .Miron,  pi''- 
vôt  des  marchands  sous  Henri  IV,  d'avoir 
enfin,  en  1G0G,  terminé  ce  grand  œuvre. 
Encore  fallut-il  qu'il  y  contribuât,  pour 
une  bonne  part,  de  ses  propres  deniers  ; 
e.xemple  digne  d'être  proposé,  mais  sans 
grande  chance  qu'il  soit  souvent  suivi  ! 
La  «  figure  et  pourtrait  »  de  Henri  IV  u  cheval  fut  sculpté  par  Pierre 
Biard  au-dessus  de  la  porte  du  bàtinient  central. 

.Sous  Louis-Philippe,  l'Hôtel  de  ville  fut  agrandi,  ;iu  Nord,  du  terrain 
qu'occui)ait  l'hôpital  du  Saint-Esprit,  accolé  di'puis  131)2  à  la  maison 
aux  Piliers;  ù  l'Est,  par  une  emprise  du  même  genre  faite  sur  l'an- 
cienne église  de  Saiiit-Jean-eii-(;rève,  d'où  le  nom  de  salle  Saint-Jean, 
conservé  depuis  à  celte  i)arli"'  de  l'édifice;  mais  le  bàtinient  principal, 
celui  qu'avait  mené  ù  point  François  Miron,  n'avait  pas  varié  d'apect. 


LA    s  T. \  TUE    DE'IIE.N.NK    .MAUUEL 


LA    PLACE    DE   L  HOTEL    DE    VILLE.   '.A  gaiitbe,  lllùlcl  <lo  villi;  ;  .iu  fond,  léglisc  NuU' 


Dire  les  événements  dont  le  palais  municipal  fut  le  théâtre,  ce  serait 
faire  ici  non  pas  seulement  l'histoire  de  Paris,  mais  celle  de  la  France 
même  :  son  rôle  sous  Etienne  Marcel,  puis  pendant  la  Ligue,  avec  les 
Seize,  puis  sous  la  Fronde,  lorsque  M"'  de  Montpeusier  y  venait  prendre 
le  mol  d'ordre  qui,  à  l'aide  du  canon  de  la  Bastille,  sauva  Condé  ;  le 
banquet  offert  par  le  corps  de  ville,  en  1686,  à  Louis  XIV,  et  l'érection 
de  sa  statue,  œuvre  de  Coysevox,  dans  l'une  des  cours,  le  14  juillet  1689, 
en  souvenir  de  ce  banquet.  Et  cent  ans  plus  tard,  jour  pour  jour  : 
le  malin,  les  armes,  lu  poudre  fournies  par  l'Hôtel  de  ville  pour  l'at- 
taque de  la  Bastille,  le  soir  les  san- 
glants résultats  de  la  victoire,  la  tête  de 
de  Launay  apportée  au  bout  d'une  piciue, 
el  peu  après  le  meurtre  de  Flesselles,  et 
le  surlendemain  la  visite  de  Louis  XVI. 
Rappelons  les  orages  qui  y  grondèrent 
pendant  les  assemblées  révolutionnaires 
de  la  Commune  de  Paris,  Robespierre 
qui  y  cherche  vainement  un  asile,  le 
9  thermidor,  et  est  réduit,  sans  y  réussir 
davantage,  à  se  donner  la  mort.  Et  toutes 
les  révolutions  du  xix°  siècle  ayant  là 
leur  dénouement  et  leur  triomphe  :  la  dé- 
chéance de  l'Empire,  celle  de  Charles  X, 
après  un  sanglant  combat  sur  la  place 
et  sur  le  pont  d'.Vrcole,  la  République 
de  1848,  proclamée  dans  ses  salles,  et 
aussi  celle  du  4  septembre. 

Tant  de  souvenirs  glorieux,  tragiques, 
heureux,  où  l'âme  de  Paris  avait  palpité, 
ne  désarmèrent  pas  la  fureur  des  guerres 
civiles  ;  ils  périssaient  tous  dans  les 
llainmes,  avec  le  monument  lui-même, 
le  24  mai  1871. 

Au  lendemain  de  ce  désastre,  les  pou- 
voirs publics  décidèrent  qu'il  serait  ré- 
paré. L'n  arrêté  préfectoral  du  23  juil- 
let 1872  fixa  le  programme  du  concours 
et  son   dernier  délai   au  31  janvier  de 
l'année  suivante.  Parmi  les  soi.Kante-six 
projets  soumis  au  jury,  celui  de   Ballu 
et  Depertlies  fut  agréé.  Dix  années  (1873- 
1883)  ont  été  nécessaires  jiour  son  exé- 
cution, et  les  deux  architectes  ont  lu  la 
jiiie  de  voir  leur  œuvre  achevée,  car  Uallu 
est  mort  en  1885  el  Depertlies  en  1898. 
Dans  son    ensemble,    le   palais    municipal,   de   style   Renaissance, 
rappelle  d'une  façon  frapp;inte  le  plan  et  l'aspect  général  de  l'ancien 
éditice  :  un  large  bàtinient  central  accompagné  de  quatre  pavillons 
d'angle;  il  est  monumental  el  grandiose,  mais  sans  la  moindre  lour- 
deur. A  vrai  dire,  la  beauté  architecturale  ne  réside  guère  que  dans 
les  façades,  et  les  bàlimcnls,  vus  des  cours  intérieures,  n'ont  rien  de 
remarquable.  Il  faut  (•••pendant  citer  de  charnianls  escaliers  en  tour- 
elles, imités  de  ceux  de  Cliambord,  et  surtout  recommander  la  visite 
attentive  des  salles  de  fêtes,  dont  la  dé- 
<nnilion  arlisli(|ue,  conliée  à  nos  nieil- 
iruis  artistes,   s'enrichit  chaipie   année 
dœuvres    miuvelles.    On    verra   là    que, 
quand  elle  le  veut,  la  Ville  de  Paris  (leul 
rivaliser,  pour  la  munilicence,  avec  les 
p.ilais  des  plus  puissants  monanini's. 

Les  l'açadi'S  principales  ont  une  lon- 
gueur de  143  mètres;  celles  tpii  preii- 
iieiil  jour  sur  la  rue  de  Rivoli  et  le  (juai, 
de  80  nielles  :  le  campanile  est  haut  de 
50  lilèli-es.  Ini'  heuri'Use  i<lée  a  été  île 
déeorei-  l'édilice  des  slalues  de  pei- 
>onnages  célèbres  dont  Paris  et  la 
Fiance  sont  liers.  Il  faut  meiilionner  à 
pari  l'allière  statue  équesire  d'Elienne 
Marcel,  œuvre  des  sculpteurs  Idivii'  el 
Marqueste,  dans  les  jardins  du  (in  li  r 
(façade  sur  la  Seine). 

La  i>l'ici'  (le  V/Iiilel-ili-Vilk  n'est  ainsi 
iioiiimée  (pie  depuis  1806;  avant,  c'était 
la  place  de  (irève,  fameuse  entre  toutes 
dans  riiisidiic  de  Paris,  véritable  vesti- 
bule (le  rilôbd  (le  ville,  I(.>s  Jours  d(> 
grandes  émotions,  ("(.-si  aussi  le  lieu  où 
chaque  année,  le  24  juin,  les  magistrats 


QUATRIÈME  ARR0-\D1SSEMEM 


37 


L'HOTEL   DE    SENS. 


iiiijuii'iii.'iiix  .'il- 
liiMiaiciit  li;  li-il 
(II-  la  Sainl-Jcan, 
'  -  là  que  Ton 
l'ii'ilait,  ôcarto- 
l.iit  les  crimim-ls 
'II'  marque  :  15a- 
\aillac,  la  Brin- 
\  i  11  i  e  r  s ,  D  a  - 
miens,  tant  d"au- 
Ires.  Certes, 
alors,  lesupiilico 
suprême  n'était 
pas  comme  main- 
Iriianl,  faclii'aux 
yeux  ilu  jiulilic, 
sur  le  seuil  d'une 
prison;  c'était  au 
izrand  jour,  vers 
quatre  heures,  et 
la  foule  y  ac- 
courait comme 
au  plus  enivrant 
(les  spectacles. 
(a'oyez-enM""-(lc 
Sévigné ,  venue 
]iour  contempler 
la  mort  de  la 
lîrinvilliersetun 
peu  dépitée  de 
n'avoir  vu  qu'une  cornette.  <i  Jamais,  dit-elle,  il  ne  s'est  vu  tant  de 
monde,  ni  Paris  si  ému,  ni  si  attentif.  »  Aujourd'hui,  ce  vaste  espace 
est  réservé,  rarement  d'ailleurs,  à  des  solennités  ayant  un  caractère 
municipal;  la  plus  belle  page  de  ses  annales  aura  été,  à  notre  époque, 
la  réception  à  l'Hôtel  de  ville  de  l'empereur  et  de  l'impératrice  de 
Russie,  le  7  octobre  1896.  L'usage,  pour  les  ouvriers  sans  travail,  de 
s'y  réunir,  de  se  mettre  en  grève,  n'est  plus  qu'un  souvenir. 

Devant  l'Hôtel  de  ville,  la  berge  de  la  Seine  descend  en  pente  douce 
jusqu'au  lleuve  ;  elle  justifie  bien  le  nom  de  Grève  donné  autrefois  à  la 
place,  lorsque  le  quai  n'existait  pas  encore  ;  il  y  a  là  un  coin  pittoresque 
à  voir,  c'est  le  Mail,  marché  aux  pommes  et  aux  poires  qui  se  fait 
dans  de  grandes  péniches  amarrées  perpendiculairement  au  cours  de 
l'eau  jus<iue  sous  le  pont  Louis-Philippe;  il  va  sans  dire  que  le  Mail 
n'est  tenu  que  pendant  les  mois  des  fruits  d'hiver. 

La  rue  de  Uivoli  coupe  en  deux  parties  égales.  Nord  et  Sud,  le  quar- 
litr  Suint-Gervais,  que  limitent  latéralement  à  l'Ouest  les  rues  Lobau  et 
des  Archives,  à  l'Est  les  rues  de  Turenne  et  Saint-Paul.  L'église  Saint- 
Gervais,  a  le  privilège  d'être  la  paroisse  la  plus  anciennement  créée  sur 
la  rive  droite  de  la  Seine;  elle  existait  en  560;  dans  son  état  actuel, 
c'est  un  bel  édifice  du  x\"  siècle,  remanié  à  la  tin  du  xvi*  siècle, 
auquel  Saloraon  de  Brosse  (et  non  Jacques  comme  on  l'a  si  longtemps 
cru)  ajouta  le  portail  vermiculé  dont  Louis  XIII  avait  posé  la  première 
pierre,  le  '24  juillet  1616  et  qui  fut  terminé  en  cinq  ans.  Aux  deux 
derniers  siècles  on  admirait  fort  cette  façade  qui  nous 
laisse  aujourd'hui  assez  froids.  Jaillot  s'écrie  :  «  C'est 
un  chef-d'œuvre  d'architecture,  auquel,  pour  me  servir 
des  termes  d'un  auteur  célèbre  {M.  de  Voltaire),  il  ne 
manque  qu'une  place  et  des  admirateurs,  ii  La  place  a 
été  créée,  un  peu  de  travers,  il  est  vrai,  mais  les  admi- 
rateurs ne  semblent  pas  y  être  à  l'étroit.  Ce  qui 
manque,  en  revanche,  c'est  ce  vieil  orme  Saint-Gervais 
i<  qui  offusque  le  portail  et  gène  la  voie  publique  » 
(toujours  d'après  Jaillot),  sous  lequel  au  moyen  âge 
se  rendait  la  justice  locale.  On  souhaiterait  l'y  voir 
encore  verdoyant,  vénérable  témoin  des  temps  passés. 
Il  n'y  a  que  dix  ans  que  la  rue  des  Archioes  a  été 
soumise  à  l'alignement  dans  le  IV"  arrondissement. 
Avant,  elle  se  composait  d'une  série  de  rues  étroites 
et  tortueuses,  dites  des  Deux-Portes,  des  Billettes,  de 
l'Homme-Armé,  du  (Chaume.  Au  xni"  siècle,  trois  cou- 
vents d'hommes  furent  fondés  dans  ce  canton  :  celui 
de  Sainte-Croix-de-la-Brelonnerie,  circonscrit  entre  la 
rue  de  ce  nom  et  celle  du  Plâtre;  il  n'en  reste  plus 
trace  aujourd'hui  ;  celui  des  Carmes  Billettes,  construit 
en  1299  sur  l'emplacement  de  la  maison  oii  un  juif  avait 
fait  bouillir  une  hostie  consacrée  :  «  la  maison  où  Dieu 
fust  bouillis  »,  dont  a  subsisté  un  charmant  petit  cloître 
du  xv"  siècle  et  une  église  médiocre  datant  de  1756,  deve- 
nue temple  protestant  ;  enfin,  celui  des  Blancs-Manteaux. 

Paris-Atlas. 


Ces  derniers  s'y  installèrent  en  1258,  sous  le  nom  de  serfs  de  la  Vierge. 

Les  [{lancs-.Manteaux  disparurent  peu  après.  Dans  leur  maison  déserte 

vint  se  fixer,  au  siècle  suivant,  la  communauté  des  Guillemites  installés 

jusque-là  à  .Montrouge.  Ces  religieux  avaient  des  manteaux  noirs,  mais 


FAÇADE   DE    LEGLISE   SAINT-GERVAIS. 


le  premier  surnom  prévalut.  Vers  1618,  la  règle  bénédictine  leur  fut 
appliquée,  et  vers  la  fin  de  l'ancien  régime,  quelques-uns  d'entre  eux 
illustrèrent  le  monastère  par  leur  érudition.  Leur  église,  reconstruite 
peu  après  cette  réforme,  est  restée  paroissiale.  Quant  aux  bâtiments 
conventuels  aliénés  en  l'an  V.  ils  furent  démolis  et  sur  leur  emplace- 
ment s'éleva  le  Mont-de-piété,  institution  dont  la  prospérité  justilie 
le  but,  bien  quelle  ne  soit  que  la  substitution  de  l'administration 
aux  particuliers  dans  l'opération  du  prêt  sur  gages  ou  sur  titres,  et 
qu'elle  n'y  ait  pas  perdu  tout  caractère  usuraire. 

En  1878,  la  construction  de  bâtiments  nouveaux  sur  le  côté  Ouest  de 
l'édifice  amena  la  mise  au  jour  d'une  tour  de  l'enceinte  de  Philippe- 
Auguste,  que  l'on  savait  d'ailleurs  avoir  existé  sur  ce  point.  Les  tours 
qui  llanquaient  cette  enceinte  étaient  carrées  ;  la  forme  de  celle  qu'on 
a  retrouvée  là  ne  le  laisserait  guère  supposer,  car  elle  est  cylindrique  ; 
c'est  que,  par  la  suite  des  temps,  cette  fortification  n'ayant  plus  d'uti- 
lité pratique  avait  été  englobée  dans  des  maisons  particulières  et  mo- 
difiée suivant  les  besoins.  La  préfecture  de  la  Seine,  dont  relève  le 
Mont-de-piété,  n'en  a  pas  moins  eu  grand  raison  d'honorer  d'une  res- 
tauration ce  respectable  débris  du  xm''  siècle. 

A  signaler  enfin,  rue  des  Ai'chives,  40,  l'école  de  filles  en  ce  qu'elle 
occupe  les  locaux  de  l'ancienne  mairie  du  IV'  (autrefois  VII')  arrondis- 
sement. 

Comme  son  nom  l'indique,  la  rue  du  Bour-Tibourg  traversait  jadis  un 


LA   CASERNE    NAPOLÉON,    DERRIÈRE    LUOTEL   DE   VILLE. 


38 


PARIS -ATLAS 


bourg,  lire  :  groupe  de  maisons,  appartenant  à  un  nommé  Tliibaud, 
«  buryus  TItihaudi  »  ;  c'est  un  très  vieux  quartier,  qui  a  son  débouclié 
sur  la  place  Baudoyer,  plus  ancienne  encore.  On  a  épilogue  sur  ce  nom 
de  Baudoyer,  sans  arriver  à  la  certitude.  L'enceinte  attribuée  à  Louis  VII 
s'ouvrait  là  par  une  porte  que  des  textes  contemporains  appellent 
(.  porte  Bnudaier  ».  Certains  rattaclient  ce  nom  au  camp  des  Bagaudes, 
sur  l'emplacement  duquel  l'abbaye  de  Saint-Maur  passe  pour  avoir 
été  construite  (notez  que  c'était  là  le  chemin  de  Saint-Maur),  d'autres 
historiens  invoquent  un  personnage,  Bakhcltariim.  cité  comme  defensur 
do  Paris  en  700.  Donc,  le  problème  n'est  pas  résolu.  Depuis  la  con- 
struction, en  1861,  de  la  caserne  Napoléon  et  de  la  mairie  du  IV'  arron- 
dissement (Bailly,  architecte),  la  place  Baudoyer  a  bien  perdu  de 
son  aspect  d'an  tan  ;  seul  le  fond  reste  pittoresque,  avec  les  mai- 
sons xvin"  siècle  de  la  rue  François-Miron,  juchées  sur  un  trottoir 
haut  de  di.x  marches,  do- 
minées par  le  clocher  de 
Saint-Gervais. 

La  rue  de  Rivoli  n".i 
pas  toujours  existé.  H 
y  a  cinquante  ans,  la 
grande  route  allant  vers 
l'Est  avait  son  origine  à 
Saint-Gervais  par  la  rue 
du  Pourtour-Saint-Ger- 
vais,  et  à  partir  de  la 
place  Baudoyer,  com- 
mençait la  rue  Saint- 
Antoine.  En  186.3,  on  a 
donné  le  nom  de  Fran- 
cûis-Miron  ile  prévôt  des 
marchands  <iui  lit  ache- 
ver l'Hôtel  de  ville  en 
160G)  à  la  partie  de  cette 
rue  comi)rise  entre 
Saint-Gervais  et  la  rue 
de  Fourcy.  La  plupart 
de  ses  maisons  sont  très 
anciennes.  La  plus  re- 
marquable est  celle  qui 
porte  le  nunii'ru  68, 
l'hôtel   de   Beauvais, 

construit  eu  1663,  par  Antoine  Lejiautre  [JOur  .M""-'  de  Beauvais.  11  est 
bien  changé,  hélas  !  depuis  cent  ans  qu'il  est  au  service  de  l'industrie  ; 
la  façade  sur  la  rue  mérite  à  peine  l'attention,  mais  la  cour  reste 
superbe,  avec  son  cercle  de  colonnades  hautes  et  majestueuses. 

La  rite  de  Joiiy  existait  au  xni"  siècle.  Elle  doit  son  nom  à  l'hôtel 
(|u"y  avaient  alors  les  abbés  de  .Jouy.  Nous  l'avons  vu  plus  haut  (p.  33) 
mentionnée  sous  le  nom  de  rue  de  la  Poterne-Saint-Paul.  Jusqu'à  la 


FONT.il.NE    D'ORMES.SON. 


BIIiLIOTIlEijUE    DE    L  ARSENAL. 


LA   CAijKRNE  DES   CÉLESTIiNS.  (Gardo  républicaine.) 


fin  du  xvn°  siècle, 
c'était  le  seul  che- 
min pour  aller  du 
pont  Marie  à  la  rue 
Saint-Antoine, 
par  la  rue  des 
iSonnains-d'Yères; 
un  acte  des  Ar- 
chives nationales 
(S.  3i72)  établit 
qu'en  1688  «  le 
cul  de  sacq  estant 
entre  la  rue  de 
.louy  et  celle  de 
Sainl-.Vnloine  se- 
roit  ouvert  pour 
donner  par  ce 
passage  communi- 
cation du  quartier 
de  l'isle  Noslre- 
Dame  et  de  Saint- 
Bernard  à  celluy 
de  Sainl-Anlhoi- 
ne  ».  Ce  cul-de- 
sac  appartenait  à 
M.  de  Fourcy, 
prévôt  des  mar- 
chands ;  il  devint  donc  la  rue  de  Fûurcij. 
(Juant  à  la  nie  des  Nonnuins-d'Yère.t,  elle 
doit  ce  joli  nom  à  la  maison  qu'y  possé- 
daient les  religieuses  (nonnains,  en  vieux 
français)  de  l'abbaye  d'Yères,  au  delà  de 
Villeneuve-Saint-Georges. 

Bien  à  signaler  sur  la  tortueuse  )-ite 
de  rBâtel-de-Vi/le,  sinon  son  étroitesse, 
encore  suriiassée  de  beaucoup  par  les 
lues  du  Paon-Blanc  et  de  la  Masure,  qui 
la  rrliriii  ,ui  i|uai;  il  n'en  est  pas  de 
muius  laigi's  à  l'ai-is. 

Ino  surprise —  mieux  (|ue  cela  —  une 
mi'rveille  nous  allcnil  à  l'angle  des  rues 
de  rilôtel-de-Villc  et  du  Fiijuicr-Saiiit-Paul  :  l'hôtel  de  Sens.  Ils  sont 
si  rares,  maintenant,  les  monuments  civils  qui  iKuivenl  évoquer  le  Paris 
antérieur  au  xvi"  siècle  :  la  tour  de  .lean  sans  Peur,  la  porte  de  l'hôtel 
Clisson,  l'hôtel  de  Cluny,  l'hôtel  de  Sens  —  et  c'est  tout.  Celui-ci,  si 
l'on  en  croit  l'inscription  apposée  siy-  sa  façade  par  la  municipalité 
aurait  été  bâti  »  vers  lijOU  »  par  les  ordres  de  Tristan  de  Salazar, 
archevè(iue  de  Sens.  A  le  regarder  de  près,  nous  avons  [)eine  à  voir 
là  un  logis  construit  à  l'exlrème  lin  du  xv"  siècle, 
Uu'on  le  compare  précisr^niiul  à  Cluny,  qui  est  de 
II'  tenqis-là,  il  estvisililc  (pii'  rinlluence  de  la  lie- 
naissance  française  ap|iaiail  dans  celui-ci,  et  nul- 
Irmenl  à  l'hôlel  de  Sens,  (jui  est  un  spécimen 
parfait  de  rarchileclure  du  moyen  âge  finissant, 
mais  encore  du  moyen  âge.  Au  surplus,  Tristan  de 
Salazar  fut  archevé(|ue  de  Sens  dès  1 'i7-j.  On  (leut 
admettre  <|u"aussilôt  n(unmé,  il  ordonna  la  con- 
slruclion  de  son  hôlel  iiarisien  ;  de  là  celte  haute 
liaie  ogivale,  ces  charmanli'S  lourelles  en  encorbel- 
lement, ces  escaliers  en  vis  qui  donnenl  lanl  de  sa- 
veur à  la  construction,  mais  qu'un  arcliiterle  de  lîJOO 
aurait  jugés  archa'iques.  L'imporlanI  rsl  i\w  le 
jiiyau  reste  intact:  il  apparlirut  à  l'ail,  biru  plus 
rnrore  (ju'à  ses  priqiriélair<s. 

.\  deux  pas  di'  là,  le /)fls,*«.(/e  C/kj/Zc»!'///;»,  composé 
di's  cours  accolées  de  deux  maisims  qui  séparent  la 
lue  Charliinagne  de;  la  rue  Saint-Antoine,  olfre  la 
vue  d'un  j<di  coips  ib'  logis  du  coiiiiiienceiueilt  du 
XVI'  sièrlc,  maladroili'iuriil  badigcoiini'  il  y  a  (piel- 
qiies  années;  c'est  l'hôtel  de9  Prévôts,  i|u'habi- 
lèrent  |)lusieurs  prévi'ils  dr  Paris,  iliiiaiil  li'  xv"  et 
une  parlie  du  xvi"  siècli>.  Uiiant  à  la  rue  du  Ptévôl, 
loiile  voisine,  son  iniiii  esl  moderne;  on  jnMit  lire 
riicore  sur  sa  maison  d'angle  avec  la  rue  Saiiit- 
Aiiloine  l'inscription  gravée  sur  la  pierre  :  liUE  Pliii- 
ii:i:;  mais  l'Jiôlfd  des  Marinousels,  qui  appurlinl  à 
Hugues  Aubiicd,  prévi'it  de  Paris,  y  était  situé. 

Lue  longue  et  sombre  allée,  s'iiuviaiit  à  droite  du 
la  façade  de  l'église  Saint-Paul-Saint-I.ouis  constitue 


QLAIUIÈME   AKROADlSStMEM 


39 


SyUAKE    DE    LA    PLACE    DES    VOSGES. 


U.NE   DES    FAÇADES    DE    LA    l'LAcL    1>L.: 


l'entrée  du   lycée  Charlemagne.  inslallr,   depuis    1804,  dans  les 
bâtiments  restaurés  en  iiiamle  [uii  lie  de  la  maison  professe  des  jésuites. 
Cette  allée  a  un  caractère  arcliéologique;  elle  représente  le  tracé  de 
•^  l'enceinte  de  Pliilippe-.Vugusle. 

Elle  avait  été  fondée  en  liJSO.  Son  église,  maintenant  paroisse  sous  le 
nom  de  Saint-Paul-Saint-Louis,  fut  conslruil(^  de  1627  à  1041  sur  les 
plans  du  P.  Mardllanirr.  nrcliilecle  des  jésuites.  L'édifice,  à  l'intérieur, 
ne  manque  pas  de  majesté,  mais  sa  façade  porte  le  caclu't  de  ce  style 
dit  jésuite  que  nous  ne  pouvons  nous  résigner  à  trouver  beau.  Elle 
offre  cette  particularité  d'avoir  au-dessous  de  la  grande  horloge  un  ca- 
dran, lumineu.^  la  nuit,  où  l'indication  de  l'heure,  donnée  en  chiffres 
romains,  se  complète  pour  chaque  minute,  marquée  en  chiffres  arabes. 

Cette  église  contient  encore  les  inscriptions  funéraires  de  person- 
nages illustres  qui  y  furent  inhumés.  Les  deux  bénitiers  placés  à  l'en- 
trée de  la  nef  passent  pour  avoir  été  donnés  par  Victor  Hugo,  lors  du 
baptême  de  son  premier  fils,  né  place  des  Vosges.  C'est  en  1802  que 
le  senice  paroissial  fut  transféré  dans  l'ancienne  église  des  jésuites, 
pour  rempla.cer  l'église  Saint-Paul,  dont  nous  parlons  plus  bas.  Quant 
à  la  maison  professe,  dès  1768,  elle  était  devenue  le  siège  du  prieuré 
de  Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers,  situé  de  l'autre  côté  de  la  rue 
Saint-Antoine. 

Il  ne  reste  plus  rien,  que  le  souvenir,  de  ce  jirieuré  d'hommes, 
fondé  en  1229  par  les  sergents  d'armes  de  Piiiliiqie -Auguste  en 
accomplissement  du  vœu  qu'ils  avaient  formé  pendant  la  bataille 
de  Bouvines  —  quinze  ans  avant  —  si  la  victoire 
leur  restait.  La  fondation  prospéra,  car  jusqu'à  la 
Révolution,  le  prieuré  eut  toujours  des  revenus 
bien  supérieurs  à  ses  charges.  Dès  le  xvi"  siècle,  il 
avait  aliéné  une  partie  des  terrains  de  son  riche 
enclos,  la  culture  Sainte-Catherine  dont  la  rue  lU- 
Sévigni  a  si  longtemps  porté  le  nom;  au  siècle 
suivant,  il  vendit  le  reste,  lorsque  la  mode  et  lr 
bel  air  se  fixèrent  au  Marais.  A  leur  tour,  les  bùli- 
nients  monastiques  furent  achetés  par  le  roi 
en  1767,  au  prix  de  400,000  livres  pour  l'élablisse- 
nient  d'un  marché  qui  ne  hit  ariii'vé  qu'en  17bU. 
C'est  le  petit  et  vieillot  marché  Sainte-Cathe- 
rine. On  donna  aux  rues  adjacentes  les  noms  des 
personnages  qui  avaient  traité  cette  opération  : 
Alexandre  de  Tarenle  était  aloi-s  prieur  de  Sainte- 
Catherine;  Necker,  ndnisire;  d'Onncsson,  inntrolrur 
des  linanies  ;  Caron,  maître  des  liriTiments  d\i  mi. 
De  l'aulri'  côli-  de  la  rue  de  Sévigné,  la  caserne 
des  sapeurs-pompiers  occupe  une  partie  de  l'em- 
placement d'une  piisiin,  la  Force,  établie!  dans 
l'hôtel  des  ducs  de  La  Forcir  en  1780.  Le  nom  s'ap- 
pliquait bien  à  la  destination.  Pendant  la  Terreui-, 
la  Force  reçut  un  grand  nombre  de  [irisonnii^rs. 
jjarrai  les(iuels  la  malheureuse  ju-incesse  de  l.am- 
ballc.  Une  ordonnance  royale  de  1840  décida  la 
traiishiliun  Ai:  celte  sinistre  geùb'  ilans  un  bàlimi'Ul 
à  consiruire  en  bordure  du  bouli'vard  .Mazas.  rt  la 
nuit  du  19  au  20  mai  1850  suflit  à  transimrler  de  l.i 
Force  à  la  Nouvelle-Force  (Mazas)  les  S'iO  détenus 
qui  y  étaient  gardés.  La  rue  Alalher  a  été  ouverte 


sur  l'étroite  rue  des  Ballets  où  était  l'entrée  de  la  prison,  et  des 
maisons  de  rapport  s'y  sont  proiuitleuient  bâties.  l'n  mur  de  la  Force 
est  encore  debout,  cependant.  Sa  hauteur  fait  frémir;  elle  n'empêcha 
pas,  néanmoins,  un  prisonnier  de  reconquérir  la  liberté  en  1840: 
Victor  Hugo  a  dramatisé  celte  évasion  dans  un  des  plus  beaux  cha- 
pitres des  Misérables. 

Le  mur  de  Pbilippe-.Vuguste  séparait  jadis  l'ancien  hôtel  de  La  Force  - 
de  celui  que  l'on  nomme  aujourd'hui  hôtel  Lamoi^on.  A  ses  vastes 
jardins  ont  succédé  des  maisons  de  rapport,  mais  il  en  reste  une  très^ 
belle  façade  (à  l'angle  des  rues  Pavée  et  des  Francs-Bourgeois).  H  avail 
été  construit  pour  Diane  de  France,  «  sœur  légitimée  des  rois,  duchesse 
d'Angoulême  »,  au  commencement  du  xvn'=  siècle.  Plus  tard,  il 
appartint  à  la  famille  Lamoignon,  dont  il  a  gardé  le  nom  ;  aujourd'hui, 
l'industrie  se  le  partage,  mais  en  le  respectant. 

Presque  rien  à  dire  du  pâté  de  maisons  circonscrit  par  les  rues  Pavée 
à  l'Est,  Vieille-du-Temple  à  l'Ouest.  Il  était  bâti  dès  le  xiW  siècle,  ainsi 
que  l'attestent  les  mentions  que  l'on  trouve  à  celte  époque  de  la  plupart 
de  ses  rues  :  la  rue  du  Roi-dr-Sicile  doit  son  nom  à  Fhôlel  de  Charles 
d'Anjou,  frère  de  saint  Louis,  précisément  l'hôtel  <|ui  passai  aux  ducs  de 
La  Force  ;  la  rue  des  Ecnu/fes  existait  en  1233  ;  son  nom  signilie  sans  doute 
étoffes;  la  rue  des  Juifs  est  moins  ancienne,  du  moins  sous  ce  nom,  mais 
une  tradition  bien  ancienne  et  qui  se  vérilie  encore  actuellement  en  fai- 
sait une  résidence  plus  spécialement  alTectée  aux  juifs  ;  la  rue  des  Rosiers, . 
moins  jolie  que  son  nom,  est  aussi  contemporaine  de  saint  Louis. 


UU    DE    I.  MOTEL   SCLLV. 


•0 


PARIS -ATLAS 


Le  marché  des  Blancs-Manteaux,  qui  s'ouvre  sur  la  rue  Vieille- 
du-T<Mnpl(',  est  mal  nommé:  il  devrait  s'appeler  marché  Saint-Anas- 
lase  ou  des  Filles-Saint-Gervais,  puisqu'il  a  été  construit  (en  1813)  sur 
l'emplacement  d'un  hôpital  fondé  au  xW  siècle  sous  ce  double  vocable. 

Vis-à-vis,  l'hôtel  portant  le  n°  il  mérite  une  mention  très  honorable 
pour  son  portail;  il  a,été  construit  en  lG38par  Cottard  et  l'ut  longtemps 
la  résidence  des  ambassadeurs  hollandais. 

Quartier  de  l'Arsenal.  —  Les  rues  Saint-Paul  et  de  Turenne  for- 
ment la  limite  Ouest  du  quartier  de  l'Arsenal,  qui  constitue  la  partie  la 
plus  orientale  du  1V=  arrondissement.  La  rue  Saint-Antoine  le  sépare 
inégalement  en  deux  régions,  dont  celle  du  Sud  s'étendant  jusqu'à  la 
Seine  est  la  plus  vaste.  Occupons-nous-en  tout  d'abord.  11  s'y  trouvait. 


dès  le  xii=  siècle,  une  agglomération  constituée  en  paroisse  sous  le 
vocable  de  saint  Paul  ;  l'enceinte  de  Philippe-Auguste  ne  l'engloba  pas 
dans  Paris  ;  son  territoire,  plus  vaste  qu'habité,  s'étendait  au  loin  dans 
la  campagne  jusqu'à  mi-côte  de  Charonne,  car  ce  n'est  que  beaucoup 
plus  tard  que  fut  fondée  la  paroisse  de  Sainte-Marguerite.  A  droite  de 
la  rue  Saint-Paul,  du  côté  de  l'Est,  s'étaient  construits  au  milieu  du 
xiY"  siècle  plusieurs  hôtels  ou  logis  entourés  de  grands  jardins,  ceux 
du  comte  d'Étampes,  de  l'abbé  de  Saint  Maur,  d'autres  encore.  De  1365 
à  1368,  Charles  V  les  acheta  tous  pour  en  faire  ce  qu'il  appela  lui-même 
"  l'ostel  de  Saint-Pol,  hostel  solennel  et  de  granz  esbatemens  )i.  Le 
Palais  de  la  Cité  ne  lui  plaisait  plus,  depuis  les  troubles  qui  y  avaient 
fait  couler  le  sang  quelques  années  auparavant;  le  Louvre  n'était  pas 


encore  en  .•lai.  Cliarbs  V,  qui  fut  un  sage,  habila  le  pins  souvent  son 
manoir  d(;  Saint-Paul,  pour  bM|ui-l  il  lit  de  grands  frais:  niénaserie, 
jardins,  fontaines.  .\pWs  lui,  Charles  VI  y  cacha  sa  triste  f.die:  c'est  à 
Sainl-Paul  qu'eut  lieu  celte  fameuse  mascarade  où  [dusieurs  .seigneurs 
brûlèrent  tout  vifs  dans  l.'s  éloupes  dont  était  fait  leur  déguisement; 
là  aussi  (|ue  le  roi  lui-même  mourut  le  21  orlolire  1422.  Les  rois  qui 
suivirent  fréquentèi.Mit  .le  moins  en  moins  l'hôtel,  dont  François  !«■• 
consomma  la  ruine  en  ]..■  lotissant,  comme  on  dirait  aujourd'hui;'  seuls, 
(les  noms  de  rues  bien  caraelérisliriues  rapjMdl.iit  les  esbatemens  de 
Cliailes  y  :  rue  de  la  Cerisaie,  rue  des  Lions,  me  Beautreillis.  Quant  à 
1  église  Saint-Paul,  le  départ  de  ses  royaux  paroissiens  ne  l'empêcha 
pas  de  gagner  à  chai|ue  siècle  en  importance,  (-t,  à  la  veille  de  la  Mévo- 
lution,  elle  comptait  parmi  les  principales  de  Paris;  mais  sa  radu.ilé 
était  extrême  et  on  préféra  la  démolir;  nous  avons  vu  .(u'elle  fut  r.^m- 
placée,  comme  paroisse,  par  Saiiit-Paul-Saint-Louis  ;  ]i!  passage  Sninl- 
PieneaW;  fait  avec  une  i)artie  de  ses  voûtes;  au  point  m'i  il  déimu.lie 
sur  la  rue  Sainl-Anloine,  une  haute  façade  subsiste  qui  était  une 
entrée  de  l'église,  ouverte  en  1636  par  autorisation  du  roi. 

La  n(-?  (/i( /V((V-i/,wc  relie  le  quai  des  Célestins  à  la  rue  Saint-.\ntoine. 
L'emplacement  en  "était  jadis  occupé  par  une  voirie  et  un  champ  .'i 


plîUrc.  A  son  origine,  elle  ne  fut  pas  comprise  dan■^  rcnccijite  de 
Pliilili|ie-.\uguste.  Tout  près  de  la  rue  du  Petit-Mus<',  Cli.irl.s  V  fonda 

''•   lastère   des  Célestins,  sur  l'emplacement  d'un  ancien   couvent 

des  Carmes,  l.'S  Carmes  barrés,  qui  datait  de  saint  Louis.  Tous  les 
aniicns  guides  de  Paris  célèbrent  avec  raison  les  richesses  de  ce 
monastère,  la  beauté  de  son  cloître,  de  ses  chaiieiles,  di^s  sépultures 
qu'elles  renfi'rmaienl.  Ajuès  la  Hévoliilion,  on  en  lit  une  caserne  de 
gendarmerie;  il  l'est  resté,  mais  le  percement  du  binilcvnid  Henri  IV, 
en  1877,  en  a  coupé  l'enclos  eu  <leux;  d'une  caserne  on  eu  a  lait  deux; 
c<dle  qui  s'élève  à  droite  du  lioulevard  est  Icjule  neuve  et  peut  passer 
pour  modèle  du  gi-nre  massif;  la  pierre  n'y  a  pas  été  ménagée. 

Quidie  din'érence  avec  ce  qui  reste  de  la  Jolie  façade  de  l'hôtel 
Fieubet.  à  l'auln'  angle  de  la  rue  du  Pe(il-Musç  !  C'est  un  des  meil- 
leurs spécimens  de  l'architeclure  d.>  |,i  Iteiiaissance  à  sou  déclin. 
.Malheuiensemenl,  des  restaurations  jiluti'd  maladroites  l'ont  réduit  à 
une  simple  façade  (|u"écraseiit  les  pavillons  en  avant-corps. 

Ne  ipiiKons  fias  le  fjuai  dri  CiHestins  sans  signaler  en  aval,  au  n"  32, 
l'iusci'i|ilioii  conslalani  qu'en  ce  lieu  s'c'devait  ■•  le  jeu  de  paume  de 
la  Croix-Noire,  où  Midière  et  la  troupe  de  Vltlustre  TliMltc  jom''renl 
en   1643  ",   et.   au  n"  2«.   à  l'ancle  de  la   rue  des  Jardins,  celle  qui 


QUATRIÈME    ARHO.XDISSEMENT 


il 


alliriiH'  (HIC  Rabelais  est  iiioit 
dans  une  maison  de  cette  l'Ui',  ii' 
9  avril  \'6oi. 

Sur  le  tiTic-idriii  ipii  préi'i'cli' 
le  poiil  Sully,  oui  été  reslauri'-cs 
eu  18'.)'J  li'S  assises  de  la  tour  de 
la  Liberté,  l'une  de  celles  ili'  la 
Bastille  ijue  les  travaux  du  Mi'-lm- 
politain  ont  permis  de  mettre  au 
jour  rue  Saint-Aiiloiue,  devant  la 
statue  de  Beaurnarcliais. 

En  aval,  tie  l'autre  lùlé  du 
liDuli'vanI  Henri  IV,  la  pliysiono- 
mii'  du  i|uartier  est  toute  spi''- 
eiale;  e'esl,  à  |iro|iremeiit  parler, 
l'ancien  Arsrnal,  cirr  par  Fran- 
çois I"'  et  dnïil  les  inicndii'S  de 
1871  n'uni  ririi  jaiss-',  non  plus 
que  du  (iriMiirr  d'alnjndancc,  scju 
voisin. 

Seul,  l'iiùlel  des  iirands  maîtres 
de  l'artillerie,  construit  au  com- 
mencement du  xvn"^  siècle  ]iour 
Sully,  augmenté  cent  ans  après 
par  Boffiand  d'une  façade  sur  la 
Seine,  est  resté  debout;  il  est  occupi'  pai-  1.- 
senal,  dont  le  premier  noyau  l'ut  cnnstilu 
cessives  du  marquis  di>  P;iulmy,  du  comt 
Vallière,  et  pendant  la  liévolution 


FACE  LATÉRALE  ET  ABSIDE  DE  NOTRE-DAME, 


bibliothèque  de  l'Ar- 

|iar  les  cidlcrtidus  suc- 
d'Arlois,  du  duc  de  I.a 
n  1"97,  ]iar  le  fonds  si  important 
des  archives  de  la  Bastille  et  do  la  lieutenance  générale  de  police. 
Depuis,  le  dépôt  légal  et  les  acquisitions  l'enrichissent  chaque  jour; 
plusieurs  de  ses  conservateurs  ont  eu  (pour  ne  j)arler  cpie  di's  morlsl 
un  nom  illustre  dans  les  lettres  :  Nodier,  Paul  Lacroix,  Louis  llbacli, 
Edouard  Thiei-ry. 

Jusqu'en  1814,  l'espaci^  compris  entre  le  boulevard  Miirland  elle  quai 
Henri  IV  était  une  île,  l'ile  Louvier,  occupée  par  des  chantiers  de  bois, 
et  que  l'on  réunit  à  la  terre  ferme  à  cette  époque  en  comblant  le  bias 
qui  la  séparait  dr  la  rive  dL'oite.  Là  s'(dè\cnt  aujounl'hui  des  bâtiments 
municipaux  ou  di'parti'meutaux  :  les  magasins  du  matériel  de  la 
ville,  une  caserne  de  la  garde  républicaine,  et  entiu  le  précieux 
dépôt  des  Archives  de  la  Seine,  où  de  zélés  fonctionnaires  reconsti- 
tuent, au  prix  ^r  qu(d  lalirui-'.  les  trésors  incom]iarables  pour  l'his- 
toire qui  périrent  avec  lllolel  dr  ville  en  1871.  Les  boulevards  Mor- 


land  et  Bourdon  portent  les  noms 
dofliciers  supérieurs  qui  furent 
tués  à  Auslerlitz. 

La  jilace  de  la  Bantille  appar- 
ti'-nt  pour  une  partie  au  IV'  ar- 
rondissemeut.    il    pouri-ail   donc 
lonvenir  de  parler  ici  de  la  cé- 
lèbre forteresse  et  de  la  colonne 
lie  Juillet  qui  ne  la  rappelle  en 
rien;    nous    résen-ons    pour  le 
-M'  arrondissement  ce  que  nous 
.ivons  à  en  dire.  Suivons  donc  la 
me  Saint- Antoine,  dont  le  tracé 
tortueux  (ilus  autrefois  que  main- 
tenant) avait  été  malicieusement 
prévu   pour  éviter  que  le  canon 
d.;  la  Bastille  pût  la  balayer.  A 
droiti-  en  d>s>i-iidanl,  voici  l.i  jo- 
lie statue  de  Beaumarchais. 
M'uvre    du    sculpteur    Clansade. 
dressée  là  en  1895  sur  un  élégant 
piédestal.  L'inscription  est  sobre  : 
A  P.-.V.  Cako.n  de  Beaumarchais. 
L'illustre  écrivain  est  bien  campé, 
dans  une  pose  un  peu  hautaine 
|ieut-élj'.-,   qu'accentue  encore   le  geste  di-   la  eanne  ipiil  ti-iit  à  la 
lu    jjeu   plus   bas,    à   gauche,   le     temple    Sainte-Marie. 
(irotestante,  construile  [jar  Mansard  pour  le   couvent  (ju'avaient 
vers  11)30,  les  religieuses  de  la  Visitation  Sainle-Marie.  —  De 
l'autre  côté,  au  n"  143,  la  grandiose  façade  de  riiotel  de  Siilly,  dont 
l'entrée  ])ostérieure  se  trouve  au  n"  1  de  la  place  des  Vosges. 

.\u  xv  siècle ,  la  rue  Saint-.Vntoine  était  souvent  le  théâtre  de  joutes  :  " 
"  A  l'entrée  de  février  ensuivant  (141S'i  joutèrent  le  roy  et  les  seigneurs 
en  la  grant  rue  Saint  Anthoine,  entre  Saint  Anlhoine  et  Sainte  Catherine 
du  Val  des  Escolliers,  et  y  avoit  barrières.  »  iJoitrnnl  d'un  bourgeois  de 
Paris  sous  Charles  VI.)  —  «  Le  samedi  xxvi  dudil  mois  de  septembre  on 
dit  an  MCCCCXXXIX,  en  la  grant  rue  Saint  .\nlhoine.  devant  la  Moufle, 
en  la  présence  du  Roy  nostre  sire  Charles  Vil...  et  de  plusieurs  aultres 
grands  seigneurs,  combattirent  à  fer  de  lance  et  à  outrance  quatre 
François  contre  quatre  Anglois...  "  (Journal  de  Maupoint,  Mémoires  de 
la  Sociiilc  de  l'histoire  de  Paris,  IV,  23.) 

La  place  des  Vosges.  —  Lhôtel  Saint-Paul  ayant  été  à  peu  près 
abandonné,  comme  nous  l'avons  dit,  après  la  mort  de  Charles  VI.  ses 


main 
éiilisi 
lundi 


LE.S   TUOIS    l'OUrAll.s    DK    LA    l-A(;,VliE    D  1-:    N  0 1 K  E  -  D  A  .\1  E. 


42 


PARIS -ATLAS 


UNE  DES    CHIMÈRES 

DE 

NOTRE-BAME. 


successeurs  lui 
préférèrent  une 
résidence  toute 
voisine,  située  de 
l'autre  côté  de  la 
rue  Saint-Antoine, 
l'hôtel  des  Tour- 
nelles,  que  nos 
historiens  de  Paris 
n'ont  pas  encore 
suffisamment  re- 
constitué. Louis  XII 
y  mourut,  Henri  II 
y  fut  blessé  à  mort 
dans  son  célèbre 
tournoi  avecMont- 
i;omery.  Dès  lors, 
les  ïournelles  fu- 
rent délaissées. 
C'était  un  grand 
terrain  vague  et 
désert,  servan  t 
parfois  aux  duels 
(témoin  la  fa- 
meuse rencontre 
qui  y  eut  lieu 
des  mignons  de 
Henri  III)  quand 
Henri  IV  conçut  le  dessein  d'y  construire  une  place  quadrangulaiie  à 
galeries,  bordée  de  maisons  monumentales.  Ce  fut  la  place  Royale,  que 
Marie  de  Médicis  inaugura  solennellement  en  1612  —  la  Place,  comme 
disaient  alors  les  beaux  esprits.  Telle  elle  était  alors,  au  moins  en 
son  ordonnance  générale,  telle  nous  la  voyons  aujourd'hui,  et  c'est 
bien  le  plus  important,  le  plus  précieux  souvenir  que  Paris  ait  con- 
servé du  temps  de  Henri  IV.  La  statue  de  Louis  XIII  qui  occupe  le 
centre  du  square  n'est  pas  celle  que  Richelieu  avait  fait  placer  en 
1639  au  milieu  de  la  place,  et  que  l'on  "  descendit  »  en  1792;  celle-ci 
est  l'oeuvre  de  Dupaty  et  Cortot  et  fut  inaugurée  en  1829. 

Que  de  noms  illustres  à  citer  parmi  les  locataires  de  la  place  : 
.M™'  de  Sévigné  y  naquit,  au  n°l,  le  6  février  1626  ;  Marion  Deloriiie, 
puis  Victor  Hugo  ont  habité  le  n°  6;  au  n"  9,  l'hôtel  de  Chaulnes  ; 
au  13,  les  Rohan-Chabot  ;  au  14,  Dangeau  ;  au  18,  Richelieu,  avant 
la  construction  du  Palais-Cardinal. 

Un  a  eu  torl,  à  notre  avis,  en  1870,  de  retirer  à  la  place  Royale  son 
nom  d'origine  jiour  faire  honneur  à  nos  montagnes  des  Vosges,  qui 


(Sculptu 


L'ÉLÉPHANT. 

;  de  la  façade  de  Notre-Dame.) 


Pbot.  N<uril<Ia. 
LE    TOMBEAU   VU  ù LC   ÙUAHCOUHT,   par  I'ioallk.   (Notro-Damo.) 


auraient  pu  être 
célébrées  sur  tout 
autre  point. 

Dans  la  rue  de 
Birague,  qui  par  le 
«  pavillon  du  Roi  » 
relie  la  place  à  la 
rue  Saint-Antoine, 
se  voit,  au  n"  10, 
la  maison  moi- 
tuaire  de  Lakanal. 
Rue  des  Towrie/lcs. 
nous  signalerons 
la  belle  synago- 
gue achevée  en 
1873  —  et,  dans  un 
tout  autre  ordre 
d'idées,  au  n"  28, 
reinplacement  de 
la  maison  qu'lia- 
bila  Ninon  deLen- 
clos. 

Le  boulevard 
Beaumarchiiis  n'ap- 
partient que  sur 
un  faible  parcours 
au  IV^  arrondisse- 
ment. Une  maison 

de  rapport  a  récemment  remplacé,  au  n°  23,  le  théâtre  Beaumarchais, 
qui  avait  été  fondé  en  1837. 

La  Cité  constitue,  avec  l'île  Saint-Louis,  le  quartier  Notre-Dame, 
qui  est  le  lO»  quartier  de  Paris.  En  commençant  ce  chapitre,  nous 
disions  que  là  est  le  berceau  de  Paris.  Il  est  constant,  en  ell'et,  que 
c'est  dans  cette  île  que  vécurent  les  plus  anciens  habitants  de  Lutèce, 
cette  tribu  des  Parisii  qui,  avec  Camulogène  à  sa  tète,  résista  si 
vaillamment,  dans  les  plaines  voisines,  aux  troupes  romaines  com- 
mandées par  Labiénus.  Elle  succomba  sous  le  nombre,  subit  la  con- 
([uète  et  dut  s'accommoder  avec  le  vainqueur.  Peu  après,  adonnés  à  la 
navigation,  sous  le  nom  de  nautes,  les  Parisiens  élevaient  à  Jupiter,  à 
Mars,  à  Vulcain,  un  autel,  dont  on  retrouva  heureusement  les  frag- 
ments en  1711,  lois  d'une  fouille  faite  sous  le  chœur  de  Notre-Dame. 
L'inscription  constatant  cet  homnuige  aux  divinités  païennes  précise 
qu'il  fui  fait  sous  le  règne  de  Tibère. 

D'autre  part,  de  nouvelles  fouilles,  faites,  les  premières  en  1847,  les 
secondes  à  la  lin  de  l'année  1897.  amenèrent  la  découverte  d'une  mu- 
raille d'enceinle  datant  de  l'époque  gallo-romaine,  et 
construite  —  fait  bien  curieux  aussi  —  avec  des 
pierres  provenant  des  arènes  de  la  rue  Monge,  dont 
nous  parlerons  en  traitant  du  V°  arrondissement. 
Ces  vesligps  de  fortifications  ont  été  retrouvés  à  la 
pointe  orientale  de  la  Cité;  il  n'est  pas  douteux  que 
l'enceinte  était  continue. 

Au  cours  des  siècles,  l'île  se  peupla  chaque  jour 
davantage.  Alors  que  Paris  commençait  à  déborder 
sur  les  deux  rives  au  point  d'y  former  bientôt  deux 
viM-ilables  villes,  la  Cité,  semlile-l-il,  aurait  dû  voir 
diminuer  le  nombre  de  ses  habitants;  ce  l'ut  le 
contraire  :  on  ne  sait  quel  fanatisme  poussait  les 
gens  à  s'y  entasser  dans  les  maisons  malsaines  de 
rues  sombres  et  sans  air;  il  est  j)rodigieux  qu'à  la 
Veille  de  la  Révolution  on  y  conqdàl  onze  jiaroisses, 
alors  qu'il  n'y  en  avait  que  seize  sur  la  rive  droite 
et  sept  sur  la  rive  gauche.  Sauf  en  ce  qui  concerne 
ce  nombre  invraisemblable  d'églises,  c|ui  disjiaru- 
ii'ut  presque  toutes  avec  l'ancien  régime,  rien  ne 
lui  changé  à  l'asiiecl  de  la  Cité  pendant  la  première 
riinitié  du  xi.x"  siècle;  elle  conservait  toujours  son 
dédale  de  rues  tortueuses  bordées  de  vieilles  ma- 
sures; Haussmann  y  porta  le  premier  coup  de  pioche 
in  faisant  la  large  trouée  du  boulevard  du  Palais,  sup- 
in imanl  la  rue  (le  la  Harillerit^  qui  reliait  en  seipen- 
lant  le  pont  Saint-Michel  au  pont  au  Change;  peu 
a|)rès  fut  ordonné  le  percement  de  la  rue  de  la  CM, 
alisorbant  les  vieilles  rues  du  Marché-Palu,  de  la  Jui- 
verie  et  de  la  Vieille-Lanterne  ;  puis,  celui  de  la  ruidc 
/-i//fcc  (d'abord  rue  de  Conslantine),  reliant  les  deux 
Villes  précédentes.  Là  où  l'air  avait  man(|u6  durant 
tant  de  siècles,  il  y  en  avait  pour  ainsi  dire  trop,  tout  à 
coup;  dans  ces  vastes  espaces  se  construisirent  dca 


QUATRIÈME    ARRONDISSEMENT 


43 


Pb=t   Xî^riela. 


CHEMIN    DE   CROIX   DU    XIII'    SIÈCLE,    FAISANT    LE    POURTOUR   DU   CHŒUR    DE    NOTRE-DAME. 


('Jificcs  d'un  Ion  très  moderne  :  le  Tribunal  de  Commerce,  lourde 
bâtisse  qu'écrase  un  dôme  insolite;  la  Caserne  de  la  Cité,  devenue 
préfecture  de  police;  l'Hôtel-Dieu,  qui  est  une  autre  caserne.  On  se 
prend  cà  regretter  l'ancienne  Cité,  à  penser  qu'il  en  reste  trop  peu  déjà, 
entre  Notre-Dame  et  le  grand  bras  de  la  Seine,  à  s'indigner  presque 
en  voyant  que  dans  ce  peu  qui  restait,  dans  les  rues  du  Cloilre,  des 
Chanoines,  di's  Ursins,  les  L'i.imlis  lnilissrs  ,"i  sr|i|  étages  succî^dent  aux 
vieux  logis  et  font  à  la  ciIIm'iIimIc  im  iiMMdi'iiirnt  parfois  dispnrale. 

Notre-Dame,  à  tous  ci-s  i.iirnnissi-iiiinis  ili-  liie,  aura  gagné  cepen- 
dant d'apparaître  mieux  en  lumière,  et  c'est  ce  qui  les  excuse.  Paris  n'a 
pas  de  plus  beau  monument;  il  est  en  France  des  cathédrales  plus 
vastes,  il  n'en  est  pas  dont  l'ordonnance  générale  soit  plus  harmo- 
nieuse. De  quelque  côté  qu'on  l'admire,  devant  la  façade,  ou  de  la 
rive  gauche,  ou  à  la  pointe  de  l'ile,  ou  le  long  de  l'aile  Nord,  dans 
la  rue  du  Cloître,  il  est  impossible  de  trouver  plus  de  pureté  et 
plus  de  noblesse  dans  le  style. 

L'église  de  Notre-Dame  est  bâtie  en  forme  de  croix  latine.  Deux 
tours  carrées  couronnent  la  façade  occidentale.  Une  (lèche  élégante 
s'élève  au  point  d'intersection  des  quatre  branches  de  la  croix.  On 
pénètre  dans  l'édifice 
par  six  portes.  La  lar- 
geur de  l'église  est  de 
130  mètres;  sa  largeur 
dans  la  croisée  est  de 
48  mètres  ;  la  hauteur  de 
la  maîtresse  voûte  est 
de  35  mètres  et  le  déve- 
loppement de  la  façade 
de  40  mètres.  Trois  por- 
tails percent  la  façade 
de  Notre-Dame.  Le  por- 
tail du  milieu  se  nomme 
le  grand  portail  ou  por- 
tail du  Jugement;  au 
nord  se  trouve  le  por- 
tail de  la  Vierge;  au 
midi  le  portail  de  Sainte- 
Anne.  Ces  trois  portes 
en  ogive  s'ouvrent  sous 
des  voussures  profondes, 
ornées  avec  un  grand  art  ; 
elles  sont  surchargées  do 
tympans  sculptés. 

La  première  pierre  de 
l'édiliçe  fut  posée  soiis 
Louis  VII,  en  1163,  par  i.e  niAnLE  k 

le  pape   Alexandre  III.  (deux  nrs  chimkriîs  i.k  l\  r.Ai.KuiK  vjim 


La  construction  ne  fut  pas  définitive  avant  1260  (la  façade  méridionale 
porte  la  date  de  1237)  et  néanmoins  rien  dans  l'ensemble,  tant  le  plan 
avait  été  bien  conçu,  ne  laisserait  supposer  que  c'est  là  l'œuvre  d'un 
siècle.  Le  monument  n'a  qu'à  peine  souffert  de  l'injure  du  temps  ; 
celle  des  hommes,  en  revanche,  lui  a  été  fort  sensible.  .\ux  deux  siècles 
derniers  on  n'aimait  plus  le  gothique,  et  on  le  fit  bien  voir  à  Notre- 
Dame  :  Louis  XIV  et  Louis  XV  firent  les  modifications  les  plus  sottes 
à  l'intérieur  de  l'édifice  en  supprimant  la  clôture  du  chœur,  en  abat- 
tant le  jubé,  en  substituant  du  verre  blanc  aux  magnifiques  vitraux 
en  grisaille  du  xm"  siècle,  sauf  aux  roses  de  la  façade.  La  Révolution, 
plus  aveugle  encore,  détruisit  la  flèche  centrale  et  démolit  toutes  les 
statues  des  façades,  notamment  cette  suite  si  curieuse  des  statues  des 
rois  de  France.  Tant  de  vandalisme  a  été  réparé  autant  qu'il  était  pos- 
sible. Après  des  restaurations  partielles  accomplies  par  des  architectes 
ignorants  des  principes  de  l'art  architectural  du  moyen  âge,  et  dont 
chacune  entraînait  la  mutilation  d'une  partie  du  monument,  la  loi 
de  1843  consacra  enfin  des  fonds  considérables  à  la  restauration  géné- 
rale de  Notre-Dame.  Ce  travail,  d'une  immense  difficulté,  fut  heureu- 
sement confié  à  deux  hommes  d'une  rare  compétence.  Grâce  à  la  science 

profonde,  aux  labeurs 
obstinés,  au  goût  de  Viol- 
let-le-Duc  et  de  Lassus, 
la  cathédrale  a  recouvré 
son  antique  splendeur. 
L'ne  dernière  remarque  : 
tout  le  monde  peut  con- 
stater quelques  différen- 
ces entre  les  deux  toui"s 
de  la  façade  principale  ; 
celle  dissemblance  a  été 
expliquée  par  le  fait  que 
la  cathédrale,  lorsqu'elle 
fui  eonsiruile,  n'était  que 
le  siège  d'un  évèché,  dé- 
pendant de  l'archevêché 
de  Sens,  et  que  seules  les 
cathédrales  archiépisco- 
pales avaient  le  privilège 
d'avoir  des  toui-s  absolu- 
ment semblables.  Paris 
ne  devint,  en  effet ,  le 
chef-lieu  d'un  archevê- 
ché qu'en  1622. 

Paimi  les  œuvres   de 
sculpture  que  renferme 
r  LE  pi':lican.  la  cathédrale,  il  faut  ci- 

SIBMONTE     Li:     TKIFORIITM    PK    SOTRK-nAMK.l  '^^1'    '>?     tOUlbeaU     dU     dUC 


44 


PARIS -ATLAS 


d'Harcourt,  par  Pigalle,  ceux  des  archevêques  de  Paris  morts  tragique- 
ment :  M?'-  AfTre,  M"'^  Sibour,  M^'-  Darboy. 

Les  tours  sont  hautes  de  68  mètres.  Leur  ascension  est  un  comph^- 
ment  nécessaire  de  la  visite  faite  au  monument;  elle  procure   une 


LHOTEL    LAMBERT. 

impression  inoubliable  de  grandeur,  di'  iiiajosli\  se  di-gageant  du  passé 
sept  fois  séculaire  dont  elles  demeurent  les  témoins  muets. 

Avant  de  quitter  cet  incomparable  monument,  nous  rappellorons 
l'admirable  description  que  Victor  Hugo  en  a  faite  dans  son  roman 
célèbre  Notre-Dame  de  Paris, 

Au  chevet  de  Xotre-Dame,  la  Morgue,  roiistruite  en  18G4,  mot  une 
note  triste.  Vu  de  la  Seine,  le  lu- 
gubre édifice  masque  la  perspec- 
tive de  l'abside  delà  cathédrale  de 
la  façon  la  plus  détestable,  et  ré- 
ciproquement, vu  de  l'abside,  il 
cache  aux  yeux  l'un  dos  plus  beaux 
panoramas  qu'offre  laSoine  à  son 
entrée  dans  Paris.  LJi  était,  di- 
sions-nous plus  haut,  l'autel  élevé 
parles  nautes  du  temps  de  Tibère 
aux  divinités  païennes.  >'e  serait- 
il  pas  raisonnable  d'y  édifier  une 
statue  de  Camulogène,  le  vaillant 
défenseur  de  la  cité  des  Parisiens, 
et  de  reléguer  la  Morgue  dans 
quelque  annexe  écartée  de  l'IIô- 
lel-Dieu  ou  de  la  Préfecture  de  po- 
lice? Là,  soûls  les  intéressés  se- 
raient admis  à  contempler  le 
lamentable  spectacle  qui,  mainte- 
nant, s'offre  si  coniplaisamnieiit  h 
la  curiosité  des  badauds,  et  même 
des  enfants. 

Il  faut  signaler,  dans  la  rue  de 
Lutèce,  vis-à-vis  du  Palais  do  jus- 
tice, la  staluo  do  Tliéoplirasto 
Renaudot,  «  fondateur  do  la  (ia- 
zetto  et  dos  consultations  chari- 
tables pour  les  pauvres  malados  ■>, 
qui  mourut  on  1653.  Cotte  statue, 
qui  fait  honneur  au  s(ul|)teur 
A.  Boucher,   fut  érigée   en   1893, 

sur  l'emplacement  do  la  maison  du  Grand-Coq,  rue  do  la  Calandre,  où 
Henaudot  avait  réalisé  ses  heureuses  inspirations. 

Nous  no  parlerons  que  pour  mémoire  de  la  maison  sise  sur  le  ipiai 
aux  Fleurs,  où  elle  porto  les  numéros  'J-11,  et  (pi'une  inscription,  s.ins 
l'ombre  d'authenticité  ni  niènio  de  vraiseriildaneo,  signale  coiiinie  laii- 
cienne  habitation  d'iléloïso  et  d'Abélaril  en  1118,  i-ecoiislrui(e  en  iHV.K  l»e 
pareilles  affirmations  gravées  sur  le  marbre  sont  un  défi  au  bon  sens. 


Trois  ponts  relient  la  Cité  à  la  rive  droite  :  le  pont  au  Change, 
dont  il  a  été  parlé  dans  la  notice  du  1"'  arrondissement;  le  pont 
Notre-Dame,  le  plus  ancien  de  Paris,  puisque  c'était  le  pont  de  la 
voie  romaine,  écroulé  en  1  i'JO,  n-fiit  en  pierre  en  1507,  remanié  sous 
le  second  Empire;  le  pont  d'Arcole,  pont  suspendu  construit 
en  1828,  refait  dans  son  état  actuel,  et  dont  le  nom  est  un  mystère. 
A  l'origine,  c'était  la  passerelle  de  la  Grève;  on  raconte  qu'au  cours 
des  combats  de  1830,  un  jeune  homme  y  tomba,  blessé  à  mort,  en 
sécriant  :  »  Je  me  nomme  d'Arcole  »,  d'où  le  nom  donné  au  pont.  Le 
fiit  n'a  pas  pu,  jusqu'ici,  être  vérifié  de  façon  certaine. 

Autant  la  Cité  a  perdu  sa  physionomie  d'antan,  autant  l'île  Saint- 
Louis  a  conservé  la  sienne,  celle  qu'elle  eut  lorsqu'elle  se  couvrit  de 
maisons,  dans  la  première  moitié  du  xvii°  siècle.  Jusque-là,  elle  se 
composait  de  deux  îles,  dont  la  plus  grande  s'appelait  île  Notre-Dame, 
et  l'autre  îlo  aux  Vaches.  Toutes  deux  appartenaient  aux  chanoines 
de  la  cathédrale,  qui  les  donnaient  à  bail  aux  blanchisseurs  et  aux 
tisserands.  Au  commencement  du  règne  de  Louis  XIII,  des  traités 
l'iuent  p:iss.'s  a\  ec  trois  entrepreneurs,  .Marie,  Le  Rograttier  et  Poullo- 
(iiT.  ipii  ■^iiii.Mi.'iLent  à  réunir  les  deux  îlots,  à  y  bâtir  et  à  les  reliei- 
,1  la  n\e  (11. nie  par  un  pont,  le  pont  Marie,  construit  dans  l'axe  ilu 
pont  de  la  Tournelle,  qui  existait  depuis  le  xiv°  siècle,  entre  l'île 
et  la  rive  gauche.  Tous  ces  travaux  furent  exécutés  avec  promptitude; 
lîle  Saint-Louis  bénéficia  de  la  vogue  dont  jouissait  alors  la  région  de 
l'est,  et  de  nombreux  lintels  s'y  élevèrent.  Deux  d'entre  eux  mériteni 
une  mention  :  l'hôtel  Lambert,  à  la  pointe  orientale  de  l'île,  et 
l'hôtel  de  Lauzun,  quai  d'Anjou,  il,  remarquables  par  la  beauté  de 
leur  construction  et  la  richesse  de  leur  aménagement,  que  leurs  pro- 
priétaires successifs  ont  su  respecter.  La  Ville  a,  en  1899,  acifuis  ce 
dernier  au  prix  de  300.000  francs.  Des  maisons  moins  somptueuses, 
mais  de  très  bon  air  encore,  bordent  le  (piai  de  Bélkunc  et  lui  avaient 
valu,  au  siècle  dernier,  le  nom  de  quai  des  Balcons.  L'église  Saint- 
Louis  fut  construite  de  1664  à  1679  et  n'a  pas  changé  depuis.  Ces 
dates  en  disent  assez  sur  son  style.  Il  faut  toutefois  lui  faire  un  mérite 
de  sa  llèch.'  aJMune,  mais  elle  ne  date  (pie  de  1765. 

Le  pont  Saint-Louis,  jeté  entre  la  Cité  et  l'île  Saint-Louis,  de  la 
Morgue  à  la  rue  du  Bellay,  remplace  l'ancien  pont  Rouge,  construit  en 
bois  en  1014,  reconstruit  de  même  en  1717.  Le  pont  Louis-Philippe, 


LA     SEINE    ET    I.E    POiNT    MARIE. 

tel  .[u'il  est,  ne  d.ile  ciuo  de  1802;  il  a  succé.lé  à  un  pont  suspendu  ipii 
existait  depuis  1833.  Enfin,  les  de\ix  ponts  Sully  riuirnissenl  depuis 
1876.  àrexirémilé  Dst  de  l'île,  les  rolali.m>  j.  ^pllls  faciles  avec  les  deux 
rives  du  lleiivi'.   Sur   le   leire-plein  (pii  li's  sépare  îi   été  inauguré,   le 

18 juin  189 'i,  le  beau mimenl  <lu  sculpleur  Mai  ipiesie  et  de  rarchilecle 

Riiiiier.  élevé  en  riimineiir  ilii  célèluc  sculpleur  anim.ilier  Itarye,  non 
loin  de  la  maison  4,  quai  des  (^élestins,  où  il  était  nnirt  le  -.i.'i juin  187iJ. 


RONDISSEMENT 


lois^aas      3Q  aavAHinoa  i'  .g^  °'|  °  [f     i/r  ^^i^^ati^         ^ 

■LAS 


^        lOdoisvaas      la  aavAHinoa  '  ^S  "^1 

~1    I        ^^'"^l^     \     fe'        -J""'    c^  l|i  ^^ 

PARIS-ATLAS 


:@ 

i@ 

i® 

VUE    PANORAMIQUE   DU    V-    ARRONDISSEMENT   ET    DE   LILE    DE    LA    CirÉ. 
(Au  centre,  Notre-Dame;  au  loin  à  gauche,  le  Panthéon.) 


LE     PANTHÉON.    —    i:»   oiAunr.R  :    SAINT-VICTOR.    —    18°   QUARTIER    :    LE    JARDIN    DES   PLANTES. 
19»  ouARïiER  :    LE   VAL-DE-GRACE.  —  20"   oiaRTIER  :    LA    SORBONNE. 


oi.s  voiri  sur  la  rive  gauilie.  C'est  la  piHMiiière 
l'ois.  Le  V<=  arrniulissenient  est,  en  effet,  dans 
l'ordre  numi-riinie,  le  premier  qui  soit  situ('' 
dans  relie  réi;ion  de  l'aneieu  Paris,  qui  n'élait 
ni  la  Ville,  ni  la  (:ili\  et  (|ne  l'on  nommait 
rCniversili'.  ('.<■  nom,  il  le  nn'Tile,  à  tous  ('■gards, 
dans  le  passé  et  le  présent.  Un  l'a  nommé 
aussi,  avec  non  moins  de  raison,  le  quartier 
lutin,  expression  lieureuse,  suggestive,  car  d'un 
seul  mol.  l'ili'  donne  une  image  complète. 
Le  V=  arrondissement,  dit  I.i;  l'ANinroN,  ,i  une  superficie  de  249  liei-- 
lares,  supérieure  à  celle  de  chacun  des  cpialii"  premiers.  Le  cours  de 
la  Seine  le  sépare  du  IV°,  entre  les  ponts  Saiiit-.Micli(d  et  d'.Vusterlit/. ; 
les  boulevards  de  l'Hôpital,  Saint-Manel  et  de  Port-Royal  jusqu'à  la 
rue  de  la  Santé,  le  séparent  du  Xlll";  ce  même  boulevard  de  Port- 
Royal,  entre  la  rue  de  la  Santé  et  le  carrefour  de  l'Observatoire,  lui 
sert  de  limite  avec  le  XIV";  euTin,  le  boulevard  Saint-Michel,  entre  ce 
carrefour  et  la  Seine,  lui  est  mitoyen  avec  le  VI".  Nous  venons  de  dire 
que  c'est  le  quartier  latin,  et  qu'on  ne  le  pouvait  mieux  définir.  Ne 
fut-ce  pas,  en  effet,  dans  cet  espace  que  s'étaient  fondés  collèges, 
couvents,  abbayes,  prieurés  avant  et  depuis  la  fondation  de  l'Univer- 
sité, en  un  mot  tous  les  établissements  où  le  latin  était  la  langue  en 
honneur  par  excellence,   la  seule  oflicielk'?  La   [diysionomie  et  les 

Paris-Atlas. 


nianus  nn'mes  du  <•  quartier»  —  comme  on  dit  encore  pour  simplifier, 
—  ont  pu  changer;  il  est  toujours  le  centre  principal  de  l'élude,  où 
la  plupart  des  grandes  Écoles,  trois  inqiortaivls  lycées  se  groupent 
dans  le  voisinage  de  la  Sorbonne;  il  demeure  la  résidence  préféive 
des  professinu's  aussi  bien  que  des  élèves. 

l.é  quartier  Saint-Victor  s'étend  dans  la  plaine,  entre  la  place  Mau- 
liert  et  la  rue  Cuvier,  et  le  versant  oriental  de  la  colline  jusqu'aux  rues 
de  Lacépède,  nescartes  et  de  la  Montagne-Sainle-rioneviève  qui  le  sépa- 
rent, la  premièri'  du  quartier  du  Jardin-des-Plantes.  les  deux  autres  de 
c  lui  de  la  Sorbonne.  Il  doit  son  nom  à  l'ancienne  et  fameuse  abbaye 
fondée  par  LoujsJVl  au  bord  de  la  Seine,  sur  un  terrain  tout  à  fait  eu 
dehors  de  la  "ViÏÏe^l  qui  resta  tel  jusqu'au  xviii'  siècle.  On  y  accé- 
dait par  la  iilaco  .Maubert  et  la  rue  Saint-Victor,  voie  jadis  importauie. 
que  le  percement  du  boulevard  Saint-t"ierniain,  de  la  rue  Monge  et  de 
la  rue  des  Ecoles  ont  réduite  à  presque  rien.  Les  religieux  de  Saiul- 
Victor  ont  laissé  un  bon  renom  dans  l'histoire;  ils  s'illustrèrent  dans 
l'étude  ardue  de  la  scolaslique  où  ils  étaient  passés  maîtres.  Leur 
bibliothèque,  accessible  au  public  »  et  aux  pauvres  étudiants»  presque 
depuis  la  fondation  du  monastère,  était  composée  de  nombreux  fonds, 
que  plusieurs  legs  vinrent  encore  enrichir;  cela  ne  la  préserva  pas 
cependant  delà  malignité  de  Rabelais,  qui  en  publia  un  catalogue  émi- 
nemment fantaisiste.  Parmi  les  sépultures  que  l'église  renfermait,  il 
faut  citer  celle  de  Sanleuil,  chanoine  régulier  du  lieu,  mais  avant  tout 


46 


PARIS- ATLAS 


L'ENTREPÔT    DES    VINS,    QUAI    SAINT-BERNARD. 


habile  artisan  du  vers  la- 
tin. Si  l'on  en  croit  une 
légende  assez  discutée,  il 
serait  mort  pour  avoir  bu 
un  verre  de  vin  dans  le- 
quel le  duc  de  Bourbon 
aurait,  ce  qui  eût  été  une 
bien  mauvaise  plaisante- 
rie, vidé  sa  tabatière. 

La  Révolution  incor- 
pora au  domaine  national 
le  vaste  enclos  de  Saint- 
Victor.  Il  est  aisé  d'en  re- 
constituer le  périmètre, 
car  il  est  représenté  par  les 
rues  des  Fossés-Saint-Ber- 
nard, de  Jussieu,  Linné, 
Cuvier  et  le  quai  Saint- 
Bernard.  Ce  sont  les  limites 
mêmes  du  quadrilatère 
qu'occupe  l'entrepôt 
Saint- Bernard  (moins 
l'enclave   comprise   entre 

les  rues  Linné,  Cuvier  et  de  Jussieu),  dont  la  superficie  est  de  12  hec- 
tares, et  qui  fut  achetée  par  la  ville  de  Paris  en  1838;  c'est  alors  que 
furent  ouvertes  les  ruei  de  Jussieu  et  Gmj-de-la-Brosse,  dont  les  noms 
s'expliquent  d'eux-mêmes  par  le  voisinage  du  Jardin  des  Plantes. 
Quant  à  l'entrepôt,  plus  communément  appelé  Halle  aux  vins,  son 
emplacement  était  justifié  par  l'existence,  depuis  1064,  d'une  halle 
de  ce  genre,  formant  emprise  sur  les  jardins  de  Saint-Victor,  près 
de  la  porte  Saint-Bernard.  11  fut  édifié  dans  les  dernières  années  du 
règne  de  Napoléon  I"''.  Depuis  la  création  du  vaste  entrepôt  de 
Bercy,  on  a  bien  des  fois  parlé  de  le  supprimer,  car  la  vente  des 
terrains  constituerait   la  plus   belle   opération    linaneière;  ce  projet 

paraît  cependant 
abandonné. 

A  l'extrémité 
du  boulevard 
Saint  -  Germain 
se  terminait  le 
Paris  de  Phi- 
lippe -  Auguste. 
Une  porte  forti- 
fiée y  était  con- 
struite, la  porte 
Saint-  Bernard, 
que  Louis  XIV  fit 
en  1674  rempla- 
cer par  un  are 
de  triomphe  dû 
à  l'architecte 
liinndel.  Cet  édi- 
fice, d'un  style 
aussi  majes- 
tueux, pour  le 
moins,  que  les 
portes  Saint- 
Martin  et  Saint- 
Denis,  fut  dé- 
moli peu  avant 
la  Révolution, 
eumnie  nuisible 
;'i  la  circulation. 
l'n  1898,  les  tra- 
vaux de  prolon- 
gement du  che- 
min de  fer  d'Or- 
léans ont  permis 
(le  relever  les  substructions  de  l'ancienne  porte.  Le  port  Saint- 
Bernard  doit  encore  aujourd'hui  son  activité  à  l'Entreiiôi  ;  on  y 
prenait  jadis  les  coches  d'eau  pour  la  haute  Seine  :  raii|Hliz-voiis  \f 
début  de  V Education  sentimenlale,  de  Klaubr^rt.  La  Tournelle  .i|ip.ir- 
tenail  aussi  au  système  de  défense  conçu  par  l'hilippi.'-.Vugiiste  :  elb' 
protégeait  le  cours  du  fleuve  à  son  entrée  dans  la  ville.  Plus  tard, 
saint  Vincent  de  Paul  obtint  (]u'elle  servît  de  dépôt  aux  galériensavant 
leur  embar(|uemenl  définitif,  qu'ils  attendaient  jiisque-là  dans  les  plu^ 
sinistres  geôles  de  la  Coneii;rgerie. 

On  pourrait  à  bon  droit  classer  la  Biévre  [larmi  les  souvenirs  dis- 
parus. Où  la  voir  maintenant  dans  cette  région  que  jadis  clic  traversait 


>i.AS  rir  ni  Ai;i)O.N  n  k  r 


et  fertilisait  grâce  à  deux 
canaux  successifs  de  déri- 
vation dont  le  tracé,  pour 
l'un  d'eux,  est  rappelé  par 
le  nom  de  la  rue  de  Biècre? 
Le  lit  naturel  de  ce  petit 
cours  d'eau  tant  décrié  le 
ferait  aboutir  dans  la 
Seine,  un  peu  en  aval  du 
pont  d'.\usterlit7,,  mais  il 
est  dans  sa  destinée  d'être 
Miustrait  aux  regards.  Au 
terme  même  de  sa  course, 
légout  collecteur  de  la 
live  gauche  s'empare  do 
lui  et  l'entraîne  bien  loin 
encore,  hors  Paris. 

Signalons,  sur  le  quai 
de  la  Tournelle,  quelques 
édifices  des  deux  derniers 
siècles,  enlevés  aujour- 
d'hui à  leur  affectation 
première  :  au  37,  l'hôtel 
du  président  Rolland,  —  considérablement  modernisé;  —  au  45,  dans 
l'ancien  couvent  des  Miramiones,  qui  a  l'air  d'une  prison,  la  phar- 
macie centrale  des  hôpitaux  civils;  —  au  57,  l'hôtel  de  IV'esmond, 
devenu  une  distillerie. 

Dans  le  val  resserré  qui  s'étend  entre  la  Seine  et  la  montagne  Sainte- 
Geneviève,  le  moyen  âge  vit  se  fonder  plusieurs  collèges  :  celui  des 
Bons-Enfants,  créé  avant  1250,  devant  la  porte  Saint-Victor,  et  sur  l'em- 
placement duquel  se  trouve  le  magasin  de  vente  des  épaves  doma- 
niales, à  l'angle  des  rues  des  Écoles  et  du  Cardinal-Lemoine;  —  le  col- 
lège fondé  en  1302  par  le  cardinal  Jean  Lemoine,  à  côté  du  précédent, 
prospèrejusqu'à  la  Révolution  et  dont  la.rue  duCardinal-Lemuine, ouverli^ 
en  1845  sur  ses  terrains,  consacre  le  souvenir;  —  le  collège  des  Bernar- 
dins, le  plus  important  des  trois,  datant  du  temps  de  saint  Louis,  consi- 
di-rablement  accru  depuis,  et  qui  donna  son  nom  à  plusieurs  des  rues 
ou  établissements  voisins:  rue  des  Fossés-Saint-Bernard,  rue  des  Ber- 
nardins, porte,  port  et  entrepôt  Saint-Bernard.  Ses  bâtiments  étaient  cir- 
conscrits entre  les  rues  de  Poissy  et  de  Pontoise,  noms  dus  au  voisinage 
du  marché  aux  veaux  que  ces  deux  villes  approvisionnaient  principa- 
lement et  dont  nous  allons  dire  un  mot.  Le  réfectoire  et  le  dortoir  du 
collège  ont  été  utilisés  en  1845  pour  la  caserne  de  pompiers  installée 
là,  et  il  faut  admirer  leur  jolie  façade,  intéressant  spécimen  du  style 
du  xiv°  siècle. 

De  l'autre  côté,  sur  la  rue  de  Pontoise,  leur  sont  adossés  les  bâti- 
ments de  la  Fourrière,  fondée  en  1850  et  composée  de  constructions 
basses,  que  domine  le  plein  cintre  d'un  hall  qui  a  un  peu  l'aspect  d'une 
vilaine  gare  de  chemin  de  fer. 

11  n'est  pas  un  Parisien  qui  ne  se  pique  de  connaître  la  Fourrière; 
nulle  institution  municipale  dont  le  nom  soit  plus  populaire.  Beau- 
coup de  gens,  cependant,  éprouveraient  quelque  embarras  à  en  expo- 
ser exactement  le  but,  à  en  décrire  le  fonctionnement.  .Vnnexe  de  la 
Préfecture  de  police,  elle  a  pour  objet  principal  le  contrôle  et  l'estam- 
jiille  des  voitures  destinées  aux  transports  en  commun.  Fiacres,  om- 
nibus, wagons  même  ne  peuvent  circuler  qu'après  avoir  reçu  le  cachet 
rouge  P.  P.  apposé  par  le  service  de  la  Fourrière,  après  la  vériHcation, 


kai;aI)IC   di:  i,f:c(>i,K  poi.  y  rKciiNiguK. 


CIiNQUIÈME   ARRO-NDISSEME.NJ 


47 


faite  par  des  hommes  du  métier,  du  bon  état  de  construction  des  véhi- 
cules. Tel  est  le  côté  le  plus  important  du  rôle  de  la  Fourrière,  mais 
ce  n'est  pas  par  là  qu'elle  est  populaire. 

Il  arrive  chaque  jour,  souvent  pliisiouis  fois  par  jour,  qu'un  cocher 
se  trouve  dans  rini|)fissil)ilité 
de  conduire  sa  voilure  sur  la 
voie  publique;  dans  ce  cas,  les 
agents  de  l'autorité  la  l'uni  r.i- 
mener  chez  le  propriélairi-, 
qui  en  est  quitte  pour  payer  au 
iiinducleur  une  incli'iiinih'. 
Mais  si  le  cocher  a  roniinis  un 
délit  ou  que  ses  jiapiers  ne 
soient  pas  en  règle,  lui  et  son 
équipage  prennent  le  chemin 
de  la  rue  de  Punlnise;  il  y  a 
jiour  les  recevoir  un  hangar, 
une  écurie  et  une  sorte  de  pi- 
tite  geôle,  d'où,  après  intorm- 
gatoire,  l'autoniédon  est  dirig'- 
vers  le  Dépôt.  La  moyenne  des 
arrestations  de  ce  genre  est  de 
(rois  par  jour. 

Bien  plus  connue  encore  est 
la  Fourrière  grâce  à  la  race 
canine,  dont  elle  est,  suivant 
les  cas,  le  tombeau  ou  le  pa- 
radis. Combien  de  malheureux 

maîtres  de  Médor  ou  de  Diane  y  voit-on  ai)paraitre,  l'œil  luiniid''.  la 
voix  tremblante,  s'enquérant  des  nouvelles  de  l'égaré  !  On  les  invite  à 
donner  un  signalement  exact,  et  ils  apprennent  en  quelques  instants 
s'il  a  été  recueilli  ou  non.  Lorsque  le  chien  était  porteur  d'un  collier 
avec  indication  de  domicile,  c'est  l'administration  même  de  la  Four- 
rière qui  avise  le  propriétaire  d'avoir  à  se  présenter  dans  le  délai  de 
trois  jours.  En  tout  état  de  cause,  il  faut,  pour  délivrer  son  quadru- 
pède :  1°  produire  un  certificat  d'identité  fourni  par  le  commissaire  de 
police  ;  2"  acquitter  les  frais  de  conduite  du  chien  à  la  Fourrière  (de 
1  franc  à  1  fr.  73,  suivant  la  distance],  les  frais  de  garde  (5  centimes 
par  jour)  et  de  nourriture  (13  à  20  centimes)  ;  3°  subir  un  procès-verbal 


LES    ARE.NES    DE   LUTECE. 


tenant  de  police  ;  la  rue  Cochin  en  représente  la  partie  Xord  ;  Cochin  fut 

maire  et  député    de  Paris  dans   la  première  moitié  du  xix*  siècle  ; 

quant  à  M.  de  Sartine,  son  nom  pst  rayé  de  la  nomenclature  parisienne. 

L'église  Saint-Nicolas-du-Chardonnet,  à   l'angle  des  rues  des 

Bernardins  et  .Saint- Victor, 
avec  une  abside  neuve  sur  le 
boulevard  Saint-Germain,  a  le 
grand  tort  de  dater  du  xvii'  siè- 
cle; elle  en  porte  le  cachet,  en 
dépit  de  la  part  que  prit,  pa- 
raît-il, le  célèbre  peintre  Char- 
les Lebrun  ;i  sa  construction; 
mais  Lebrun  n'était  pas  archi- 
tecte; elle  a  un  autre  tort,  ce- 
lui d'être  privée  de  façade,  et 
il  est  peu  présumable  que  les 
deniers  de  la  Ville  ou  ceux  des 
fidèles  se  trouvent  être  jamais 
en  assez  grand  nombre  pour 
combler  cette  lacune.  A  l'inté- 
rieur, on  admire  les  deux 
beaux  tombeaux  de  Lebrun  et 
de  sa  mère.  Parmi  les  autres 
sépultures  que  renfeimait 
cette  église,  il  faut  noter  celle 
de  Pierre  de  Cbamousset, 
l'inventeur  trop  oublié  de  la 
petite  poste  aux  lettres  pa- 
risiennes, mais  on   ne   peut  en   retrouver  traci-. 

A  l'Est  de  l'église,  le  long  de  la  rue  Sainl-Viclor.  s'élèvent  les  sévères 
bâtiments  du  séminaire  Saint-NicoIas-du-Chardonnet  ;  un  prêtre 
illustre,  l'abbé  Dupanlou|i,  en  .i  été,  durant  un  ti-mps,  le  directeur; 
un  laïc  aussi  illustre,  Ernest  Kenan,  y  fit  une  partie  de  ses  études 
ecclésiastiques. 

La  nie  de  ia  Moiilagne-Siiinte-Geneviève  est  d'une  rude  montée.  Elle  a 
été  oubliée  sans  doute  dans  les  travaux  de  viabilité,  car  elle  a  conservé 
son  aspect  du  temps  où  les  diligences,  chaises  de  poste  et  autres  véhi- 
cules, avant  la  création  du  boulevard  de  l'Hôpital,  n'avaient  pas 
d'autre  route  à  suivre  pour  gagner,  par  les  rues  Descartes  et  Moulîe- 
tard,  le  chemin  de  Fontainebleau,  de  Lyon,  d'Italie.  Beaucoup  de 
vieilles  maisons  qui  bordent  cette  voie  abrupte  sont  contemporaines 
de  ce  temps-là. 
A  mi-côte,  voici   l'École  polytechnique,  installée  dans  le  vaste 


HOPITAL   DE    LA    PITIÉ,    RUE    LACÉl'LLI,. 

de  contravention  qu'infiige  le  tribunal  de  simple  police  et  dont  le  taux 
est  variable.  Les  chiens  trouvés  sans  collier  et  non  réclamés  dans  les 
vingt-quatre  heures  sont  aussitôt  rais  à  mort.  Ceux  qui,  pourvus  d'un 
collier,  n'ont  pas  été  réclamés,  connaissent,  au  bout  de  trois  jours,  le 
même  supplice,  qui  est  l'asphyxie  par  le  gaz.  La  moyenne  des  chiens 
recueillis  chaque  jour  est  de  60. 

Ajoutons  enfin  qu'il  est  grandement  question  de  transférer  extr(. 
mioos  les  bâtiments  de  la  Fourrière,  installés  dans  un  local  misérable, 
insuffisant  et  malsain.  Seule,  la  raison  de  proximité  du  centre  a  fait 
jusqu'ici  hésiter. 

De  l'autre  côté  du  boulevard  Saint-tiorniain,  entre  les  rues  de  Pon- 
toise  et  de  Poissy,  s'élevait,  depuis  17" i,  la  halle  aux  veaux.  Sa  sup- 
pression fut  ordonnée  en  18oo  et  suivie  peu  après  d'exécution.  La  rue 
qui  l'entourait  quadrangulairement  portait  le  nom  de  rue  de  Sartine, 
parce  que  la  halle  avait  été  construite  sous  l'administration  de  ce  lieu- 


LA    FONT  AI. NE   CUV  1ER  vRucs  Lina^  et  Cuvior), 


48 


PARIS -ATLAS 


paralléloarainme  irrégulierqui,  de  l'autre  côté, surplombe  larue  Monge. 
Emplacement  consacré  depuis  longtemps  à  Tétude,  puisque  c  est  celui 
du  collè-c  de  Navarre,  fondé  en  l3ti4.  Créée,  comme  tant  d  autres 
institutions  utiles,  par  la  Convention,  elle  ne  quitta  riuMel  de  Lassay 
(aujourd'hui  résidence  du  président  de  la  Chambre  des  députes)  pour 
la  montagne  Sainte-Geneviève  qu'en  1805.  Quelques  bâtiments  du 
collège  de  Navarre  furent  conservés;  la  plupart  des  autres  sont  des 
constractions  modernes,  certaines  même  relativement  récentes,  car 


ENTRÉE   DES    NOUVELLES   GALERIES    DE   P  ALliON  TOLOGIE  ET  D' AN  ATOMIE    AU    MUSÉUM 


elles  ne  datent  que  de  1874  :  ce  sont  les  grands  aiupliilhéàlres  qui 
prennent  jour  sur  le  squarr  Monge,  la  rue  Monge  et  la  rue  du  Cardinal- 
Lcmuine.  L'École  poh  irclmique  est  trop  universellement  connue  pour 
qu'il  soit  utile  dinsisif r  IdUglcmps  sur  son  objet  et  son  but.  Personne 
n'ignore  que  l'enseignement  y  est  de  deux  années,  que  l'examen 
d'entrée  est  des  plus  "ardus,  qu'à  la  sortie,  les  épreuves  de  classement 
ne  permettent  guère  qu'aux  vingt  premiers  l'accès  des  carrières  civiles, 
«  la  botte  »,  comme  disent  les  élèves  par  une  ironiiiue  ou  compatis- 
sante antiphrase  à  l'adresse  des  camarades  moins  bien  partagés,  qui 
deviendront  «  arti  »  ou  seront  versés  dans  la  non  moins  honorable 
arme  du  génie.  Les  pijios  sont  toujours  très  populaires  et  sympalliiqiu's 
dans  ce  Paris  que  leurs  aînés  ont  si  vaillamment  arrosé  de  leur  sang 
en  181.^,  en  1830.  On  est  curieux  de  connaître  l'existence  qu'ils  mènent, 
le  labeur  dont  ils  sont  accablés  dans  les  «  caserts  »  où  tant  déjeunes 
gens  voudraient  avoir  eu  leur  place,  l'argot  ([u'ils  i)arh'nl  —  si  riche 


L'ÉCOLE    NORMALE    SUPÉRIEURE. 


que  son  vocabulaire  funne  la  matière 
d'un  gros  volume;  et  les  jours  de  sortie, 
le  dimanche,  le  mercredi,  idus  d'une 
mère  les  rencontrant  rêve  au  jour  où  le 
fils  aimé  cou(iuerra  à  son  tour  le  droit 
à  cet  éli'ganl  uniforme. 

La  )■(('•  t'Iiivis  a  élé  ouverle  en  1807,  sur 
Irrraiii  dé|i'>iulanl  Af  l'ancien  collège 
de  Boucniul,  cl  il. ml  une  partie,  restée 
\ierge  de  ciuisl imlioii,  l'urini'  un  rem- 
lilai  verdnyaill.  Ir^s  |iillnirsque,  et  qui 
a  un  autre  méiilc  nudic,  celui  de  cou- 
MTver  un  fragment  vénérable  de  la  mu- 
laille  de  Pliilippe-.Vuguste.  C'est  là,  en 
l'IVrlTTiuc  passait Tenceinte  du  xiir'  siècle. 
Dr  la  place  Sdul'llot,  elle  s'élevait  sur  la 
monlagiii',  à  ]iru  près  parallèlement  à  la 
rue  Suufllol,  coupait  larue  Saint-Jacques 
cuire  la  rue  Souftlnl  et  celle  des  Fossés- 
Saiul-Jacques,  fermait  le  côté  Sud  de  la 
et  par  un  tracé  parallèle  à  celui  des  lues  'i'Iiouin, 


\  LE    un    1,  hOLISE    SAl.NT-MEDAUU. 


lilace  du  Paiilhé 

du  Cardinal-Lemoine  (anciennement  dite  des  Inissés-Sainl -Victor)  et 
des  Fossés-Saint-Uernard,  aboutissait  à  la  Seine  à  la  jiorle  Saint- 
IJernard.  Outre  le  fragment  de  la  rue  Clovis,  des  parties  du  mur  ont 
été  retrouvées  encore  rue  d'.U-ras,  n»  0,  et  dans  les  sulisljucliuns  de 
la  plupart  des  maisons  de  la  rue  du  Cardinal-Lemoine,  côté  impair, 
entre  la  rue  des  Écoles  et  celle  des  Chantiers.  Au  surplus,  ce  nom  de 
fossés  donné  à  quelques-unes  des  rues  «pie  nous  venons  de  citer  est 
suffisamment  significatif. 

Le  ]ilus  rare  joyau  que  possède  b'  (|uarlier  Saiul-Vieliu',  ce  sont  les 
Arènes.  Tout  comme  les  grandes  cités  du  midi  de  la  (laule,  Paris  a 
eu  les  siennes,  et  c'est  presque  au  hasard  qu'on  en  doit  la  découverte. 
Par  le  rapiu-oclioment  des  renseignements  fournis  par  quelques  vieilles 
chroniques,  les  érudits  savaient  qu'à  l'époque  gallo-roiuaine  un  ampiii- 
théàtre  existait  sur  la  rive  gauche  de  la  Seine,  moi  loin  de  la  mon- 
tagne Sainte-Ceneviève,  mais  ils  hi'>silaieiit  sur  son 
eiiiplacemenl.  Les  fouilles  lailes  pour  la  conslriiclioii 
ilu  ilé|io|  d'oniiiibus  doul  l'iiilrée  ,>|  lu.'  Monge,  V,t,  le 
reM'ji'Teul  en  18lii).  Ce  lui  une  l'.le  |ioiir  l'areliéologie, 
une  eloire  pour  la  cité.  ,Malheureu>enieiil,  l'on  n'en 
('■lait  encore  (ju'à  la  période  de  reconnaissaio  e  des 
lieux  lorsque  la  guerre  éclala,  el,  piuir  longlemps  les 
arènes  furent  oubliées.  Vingt  ans  se  passèrent.  lOnlin, 
le  conseil  municipal,  vivement  sollicité,  conseiilit  à 
instituer  une  commission,  à  voler  des  crédits  de  re.s- 
lauiation.  Ils  ont  été  employés,  dépassés  même,  dit-on, 
et  les  Arènes  appaiaisseiil  mainliMianl  dans  l'eiicjulre- 
luent  d'un  si|uare,  |ieul-élie  mu  peu  liii|i  rajeunies. 
(In  aurait  aimé  un  aspect  plus  dilalm-,  >eiilaiit  davan- 
tage "  le  romain  i',  et  il  faut  ipielque  elVoit,  di^vanl 
ces  gradins  si  neufs,  ce  mui'  de  foiul  qu'aucune  lézarde 
ne  sillonne,  pour  évoquer  un  monument  du  m"  siècle. 
11  est  trop  lard  pour  récriminer.  Attendons  encore 
quinze  siècles. 

La  rue  des  Arènes,   toute  neuve  aussi,  a  absorbé  la 
rue  Neuvc-Sainl-Étienno  cl  une  partie  de  la  rue  du 


CINQUIÈME    ARRONDISSEMENT 


40 


LE   GRAND    HALL    DE    LA    GALERIE    DE   ZOOLOGIE,    AU    MUSÉUM. 


Phot-  A    Laiae. 


Xavarre,  faisant  disparaître  jusqu'au  souvenir  d'un  couvent,  les  Filles 
de  la  Congrégation  Notre-Dame,  où  M""'  Roland  commença  ses  études, 
en  1763,  à  l'âge  de  onze  ans. 

A  l'angle  des  rues  Linné  et  Cuvier,  s'élève  un  assez  joli  monument, 
la  fontaine  Cuvier,  œuvre  de  Lemaire.  Elle  occupe  la  place  de  la 
tour  dite  d'Alexandre,  nom  inexpliqué;  elle  marquait  sur  ce  point  la 
clijture  de  l'abbaye  de  Saint-Victor. 

On  ne  saurait  le  nier,  les  administrateurs  du  merveilleux  établis- 
sement scientifique  que  limitent  la  Seine,  les  rues  de  Buffon,  Geoffroy- 
Saint- Hilaire  et 
Cuvier  n'ont  pas 
de  chance.  C'est 
en  vain  qu'ils  veu- 
lent faire  préva- 
loir la  dénomina- 
tion officielle  : 
Muséum  d'his- 
toire naturelle , 
tout  le  monde  per- 
siste à  dire  Jar- 
din des  Plantes, 
et  l'administra- 
tion municipale 
de  1860,  en  don- 
nant ce  nom  à 
l'un  des  quartiers 
du  V'=  arrondisse- 
ment, y  a  sa  part 
de  culpabilité.  Et 
cepoiulant,  les  cu- 
rieux, des  deux 
sexes  et  de  tout 
àgp,  (|ui  fréiineii- 
tenl  avec  laul  tU- 
plaisir  le  «  Jardin 
des  Plantes  >•  so 
soucient  bien  des 


plantes  exposées  sous  leurs  yeux,  étiquetées  comme  les  bocaux  d'un 
pharmacien  pour  leur  en  faciliter  la  connaissance!  Ils  ne  les  regar- 
dent même  pas.  Ce  qui  les  attire,  c'est  le  lion  marin,  l'ours  Martin, 
la  girafe,  l'hippopotame  et  l'éléphant;  ce  sont  les  singes  agiles  et  gri- 
maçants, les  fauves  majestueux  et  terribles,  les  reptiles  traîtreusement 
assoupis,  en  un  mot  la  Ménagerie.  Le  Muséum,  c'est  le  jardin  d'accli- 
matation populaire  et  gratuit;  il  a,  chaque  jour,  la  même  clientèle  de 
bonnes  gens  et  d'enfants  du  quartier  qui  ne  se  coucheraient  pas 
contents  s'ils  n'avaient  pas  distribué  leur  pain  d'un  sou  «  aux  bêles  », 
qui  maudissent  les  jours  fériés  parce  que  le  jardin  est  envahi  par 
une  foule  d'intrus  et  ne  leur  appartient  pas. 

A  l'origine,  ce  fut  bien  et  uniquement  un  Jaidin  des  Plantes.  Il 
fut  fondé  en  163o,  par  les  deux  premiers  médecins  de  Louis  XHI. 
Hervard  et  Guy  de  la  Brosse,  dans  le  but  d'étudier  et  de  cataloguer 
les  plantes  médicinales;  la  science,  en  ce  temps-là,  était  moins  "spé- 
culative que  pratique  ;  on  se  serait  peu  soucié  de  la  botanique  si  elle 


EN  I  K  i,i:   1'  r    1.  I  N  >  ri  I  I   1    i.i. 


PLACE    MAUBERT   ET    .«TATVE    P  É  fl  t  N  N  K    DOLET. 


Paris- A  TLA  s. 


50 


PARIS  -  ATLAS 


EGLISE    SAINT-SEVERIN. 


n'avait  servi  à  gué- 
rir les  maladies 
humaines.  Le  fer- 
la i n  f u t  ach e tt'^ aux 
leligieux  de  Saint- 
Victor;  il  ne  com- 
prenait que  deux 
arpents.  Des  ad- 
jonctions succes- 
sives font  agrandi, 
notamment  la 
butte  Copeau,  sur- 
montée d"un  mou- 
lin dès  le  xu"  siè- 
cle et  qui  est  deve- 
nue la  charmante 
[iromenade  du  la- 
liyrinthe;  puis,  de 
l'autre  côté  de  la 
rue  Cuvier,  par 
conséquent  en 
dehors  de  l'enclos 
même  du  Muséum, 
un  terrain  qui  est 
maintenant  le  jar- 
din botanique  de 
la  Faculté  de  mé- 
decine. Citerons- 
nous  les  intendants,  administrateurs  ou  profes- 
seurs qui  ont  tant  fait  pour  la  gloire  de  rétablis- 
sement"? Leurs  noms  sont  sur  toutes  les  lèvres: 
Jussieu,  BufTon,  Cuvier,  Daubenton,  Lacépède, 
(ieoffroy  Saint-Hilaire,  de  Quatrefages. 

La  Ménagerie  n'y  date  que  de  la  Hévohilinn. 
Bernardin  de  Saint-Pierre  éUiil  alors  intendant 
du  Muséum  et  c'est  lui  (jui  eut  l'idée  de  réclamer 
la  ménagerie  royale  de  Versailles,  dont  on  était 
assez  embarrassé.  Ce  fut  le  premier  fonds,  accru, 
peu  après,  par  une  décision  de  la  Convention,  qui 
interdisait  l'exhibition  dans  les  rues  des  animaux 
jilus  ou  moins  féroces  et  invitait  leurs  «  mon- 
treurs »  à  les  livrer  au  Muséum,  contre  indemnité. 
Les  bâtiments  sont  en  partie  anciens,  en  partie 
modernes.  Parmi  les  jjremiers,  il  faut  citer  la 
maison  de  Cuvier,  la  rotonde  où  fut  créée  l'Ecole 
normale  supérieure,  les  constructions  situées  à 
I  angle  des  rues  de  Buffon  et  de  GeolTroy-Saint- 
llilaire,  où  demeurait  et  où  mourut  BnlTon.  La 
grande  serre  date  de  1800.  Les  galeries  d'anato- 
niie,  de  paléontologie,  de  zoologie  sont  pour  la 
plupart  plus  récentes  encore;  la  dernière  con- 
struite, parallèle  à  la  rue  de  HulTon,  a  été  inauu'iiiéc  en  1898.  L'en- 
seignement technique  et  pratique  est  fourni  aux  étudiants  par  dix- 

siqit   professeurs.  11 

a  pour  consécration 

II!  diplôme  de  li- 
cence, de  doctorat 
et  d'agrégation  es 
sciences  naturelles. 
Autant  l'accès  du 
Jardin  dos  Plantes 
est  aimable  et  gai  du 
côté  du  pont  d'Au- 
sterlitz,  autant  il  est 
sévère  à  l'entrée  de 
la  rue  Censier,  mé- 
lancolique à  la  grille 
de  la  rue  Lacépède. 
1,1'  voisinayi'  ih'  l'hô- 
pital de  la  Pitié 
n'est  certainement 
pas  étranger  à  celli' 
nii[u-ession.  Li-  frou- 
l-u  de  sa  fa.ad.' 
iM.rleladal.'dc  jilLt. 
'|ui  est  celle  de  la 
'  "Uslruction  même. 
Destinée  d'abord  à 
servir  d'abri  a  u  x 


vieillards  indigents,  la  maison  est  devenue,  par  la  suite,  un  simple 
hôpital  dépendant  de  l'Assistance  publique  ;  elle  compte  environ 
sept  cents  lits. 

Le  nom  de  la  run  du  Puits-de-V Ermite  pourrait  donner  lieu  à  des 
légendes  plus  ou  moins  tragiques  si  les  textes  ne  nous  faisaient  formel- 
lement connaître  qu'il  y  avait  là  un  puits  au  xvi<^  siècle,  et  à  côté  de  ce 
puits  la  maison  d'un  tanneur  nommé  Adam  l'Hermitte.  Voilà  donc  un 
problème  aisément  résolu.  Quand  les  historiens  de  Paris  se  trouvent 
embarrassés  pour  expliquer  une  dénomination,  ils  ont  une  ressource 
suprême,  l'enseigne;  c'est  le  cas  pour  la  me  de  la  Clef,  et  l'explica- 
tion sans  doute  est  plausible,  mais  combien  de  rues  auraient  porté  le 
même  nom,  où  se  voyait  une  clef  servant  d'enseigne  à  un  serrurier! 

En  faisant  ces  réllexions, 


IfaMt» 


ENTRÉE   DU    EYCÉIC    LOUIS   I.K-fiRAM). 


nous  nous  trouvons  en  l'ace 
de  ce  qui  fut  Sainte-Pé- 
lagie. 11  n'est  plus  temps 
de  décrire  de  visu  la  célèbre 
prison,  car  elle  n'est  plus 
qu'un  souvenir.  En  1893,  le 
Conseil  général  de  la  Seine 
décida  la  suppression  des 
trois  grandes  prisons  pari- 
siennes :  Mazas,  Sainte-Pé- 
lagie, la  Roquette;  leur  dé- 
molition et  leur  remplace- 
ment par  la  prison  de  la 
Santé  et  par  un  vaste  péni- 
tencier à  construire  dans  la 
banlieue,  à  Fresnes,  près 
de  la  Croix-de-Berny.  En 
1898,  l'évacualion  de  Mazas 
et  de  Sainte-Pélagie  fut  opé- 
rée et  la  démolition  aussitôt 
entreprise. 

Sainte-Pélagie  élait  un  an- 
cien couveni,  fondé  en  1665, 
comme  refuge  jiour  les  filles 
repenties;  c'était  là  ttn  eu- 
phémisme, car,  en  réalité, 
on  n'y  adniedail,  tout  de 
m  è  m  e  q  u  '  a  u  .x  M  a  d  e  1  o  n- 
nettes,  que  des  femmes  de 
mauvaise  vie.  Aussi,  en  en 
faisant  une  priscui  propre- 
ment dite,  la  lîi'Vidulion  ne 
changea  pas  graud'chose  au 
régime  antérieur.  .Aux  plus 
mauvais  jours  de  la  Révolu- 
lion,  les  détenus  y  étaient 
niiudireux,  gardés  dans  la 
plus  prof(Uide  ignorance  du 
sort  qui  les  attendait,  en  prnic  aux  angoisses  que  l'on  devine.  Fujour 
—  c'était  le  9  thermidor  —  ils  entendirent  leur  geôlier  invectiver  bru- 
talement son  chien  et  le  chasser  en  le  traitant  di'  "  Robespierre  ».  1,'es- 
juit  est  toujours  en  éveil  chez  les  |)risoniiiers;  ce  sinii)le  mot  leur  fit 
comprendre  que  la  Terreur  avait  pris  fin  ;  ils  ne  s'étaient  pas  trompés. 
M""'  Roland  passa  quatre  mois  à  Sainte-Pélagie;  c'est  là  qu'elle 
écrivit  ses  Mémoires,  là,  si  près  de  ce  couvent  de  la  Congrégation  où 
iiiuis  la  voyions  tout  à  l'heure  jeune  pensiiuinaire,  insoiuiante  aloi's 
de  la  vie,  de  l'avenir!  Do  nos  jours,  Sainte-Pélagie,  «  Pélago  »,  comme 
disait  l'argot  populaire,  élait  devenue  surtout,  après  avoir  été  prison 
pour  dettes,  prison  des  hommes  polili(]ucs  et  des  écrivains  condamnés 
[lour  délit  de  presse.  \os  ]dus  violents  polémistes  —  à  quoi  bon  dire 
des  noms?  —  y  ont  passé  et  ne  s'en  sont  pas  plus  mal  trouvés:  bien 
nourris,  confortablement  logés,  recevant  amis  et  journaux,  rédigeant 
chaque  jruH'  leur  article,  tout  aussi  virulent  que  la  veille,  et  ([u'ils  se 
bornaient  à  signer  d'un  psi'udonyme.  Et  combien  aussi  de  gérants  de 
journaux,  victimes  innoc-enles,  sont  venus  souriants,  la  valise  à  la 
juain,  lieurliT  au  guichet  qui  n'avait  de  sinistre  ipie  l'apparence. 

Après  la  prisnn  et  l'hôpital,  voici  (|ui  est  plus  lugubre  encore  : 
l'amphithéâtre  d'anatomie,  dit  de  Clamarl,  rue  du  Fer-i'i-MouUii. 
V.n  \.iiii  1rs  liabilatits  di'  la  iidie  commime  voisine  des  bois  de  Meudiui 
ipiilils  prnicsié  contre  la  pi-rsislance  de  ce  vocable,  servant  à  dési- 
liiHT  lauiien  cimetière  de  l'Ilôtid-Dieu,  puis  les  salles  de  dissectiiui 
qui  lui  ont  suicédé,  ils  n'iuil  pu  y  réussii-.  l't  d'où  vic-nl  cette  fàcluMise 
siiiiilitudir.'  Tout  cv  qur  l'nu  sait,  l'isl  ipiau  \\\"  siècle  il  y  ;i\.iit  là 
une  croix  dite  de  Clainail. 

Vis-à-vis,  de  r.iuln-  lôté  di'  l.i  jddie.  Sri/iiiiii,  s'élève  une  vaste  bâ- 
tisse :  c'est  la  boulangerie  centrale  des  hôpitaux  et  hospices 


jj,:i'^^^.i..^ 


nr APKi.i.E  ni'  vAi.-nE-nR ace. 


CINQUIÈME   ARRONDISSEMENT 


31 


civils,  bien  plus  connue  sous  le  nom  do  mai- 
son Sripion.  C'est,  en  effet,  l'hôtel  que  s'tîtait 
fait  construire,  vers  la  fin  du  xvi°  siècle,  un 
Italien  nonimi*  Scipion  Sardini.  Seule,  la 
partie  droite  de  la  première  cour  est  con- 
temporaine de  cette  construction  ;  elle  se 
compose  d'une  galerie  à  arcades,  au-dessus 
de  laquelle  sont  encastrés  quatre  charmants 
médaillons  en  terre  cuite,  attribués  à  Délia 
Robbia.  Les  autres  bâtiments  sont  du  xvn'  siè- 
cle, époque  où  riiolid  devint  propriété  de 
l'Hôpital  général.  Point  n'est  besoin  de  dire 
que  c'est  une  boulangerie  modèle,  réputée 
dans  le  monde  entier.  Elle  reçoit  le  blé  en 
grains,  fabrique  elle-même  sa  farine  avec 
mille  précautions  minutieuses  et  est  tenue 
de  fournir  aux  dillérenls  établissements  de 
l'Assistance  publique  une  quantité  quoti- 
dienne de  16,000  kilogrammes  de  pain,  de 
qualité  tout  à  fait  parfaite.  C'est  ainsi  que 
sont  alimentés  les  [lensionnaires  de  Bicètre, 
Villejuif,  la  Salpètrière,  etc.  Ceux  de  Sainte- 
Périne,  qu'on  ne  saui-ait  assimiler  aux  autres 
assistés,  car  ce  sont  de  véritables  rentiers, 
ont  droit  à  un  pain  dune  nature  spéciale, 
non  par  la  farine,  qui  est  la  même  pour  tous, 
mais  par  les  soins  de  la  manipulation. 

La  halle  aux  cuirs,  située  à  l'angle  des 
rues  Saniciiil  et  du  Fer-à-Moulin,  a  été  fondée 
en  1865,  par  la  Préfecture  de  la  Seine,  et  con- 
cédée à  une  compagnie  exploitante  de  peaus- 
siers. En  1872,  la  concession  a  été  abolie  et 
la  halle  est  devenue  la  propriété  d'un  «  ma- 
gasinier général  agréé  par  l'État  ».  Chaque  mois,  une  vente  impor- 
tante s'y  opère  des  cuirs  et  peaux  à  l'état  brut,  provenant  des  abat- 
toirs, et,  deux  fois  par  semaine,  y  a  lieu  le  marché  des  peaux 
fabriquées  et  marchandises  diverses.  On  n'ignore  pas  que  l'industrie 
des  tanneurs  est  presque  tout  entière  groupée  dans  ce  quartier, 
aux  bords  de  la  Bièvre,  dont  les  eaux  passaient,  à  lort  ou  à  raison, 
pour  être  favorables  à  la  fabricatiim  des  peaux.  Hypnthèse  vaine,  sans 


ÉGLISE   S. \INT-J.\CQUES-DU-H  A  UT-PAS 


doute,  puisque  la  plupart  des  tanneurs  ont 
précisément  réclamé  avec  persistance  la  cou- 
verture de  cette  rivière. 

Au  sortir  de  ces  rues  passablement  maus- 
sades, la  sensation  d'air  et  de  lumière  que 
donne  le  tracé  de  la  n/e  ilonge  est  des  plus 
réconfortantes.  Nous  avons  dit  plus  haut  son 
utilité.  Il  convient  de  rappeler  ici  qu'elle  fut 
percée  de  1839  à  1864,  se  substituant  à  la 
voie  moyenâgeuse  et  tortueuse  que  for- 
maient les  rues  de  la  .Monlagne-Sainle-Gene- 
viève.  Descartes  et  Moulfetard.  Tant  qu'on  l'a 
pu,  on  a  nivelé;  la  côte,  fort  rude,  n'en  sub- 
siste pas  moins  et  les  chevaux  de  tramways 
en  savent  quelque  chose,  sans  parler  de  ceux, 
plus  malheureux  encore,  qui  remorquent 
des  fardiers  trop  lourds  pour  leurs  forces. 
I.a  place  Monge  est  décorée  d'une  statue  de 
Louis  Blanc,  par  Delhomme,  et  d'une  caserne 
de  la  garde  républicaine,  qui  ne  brille  que 
par  sa  façade,  car  les  bàliraents  formant  ar- 
1  ière-corps  et  prenant  jour  sur  la  rue  Mouf- 
letard  font  bien  plus  mauvaise  fieure. 

Tout  en  bas  de  la  rue  Monge,  un  gentil 
square  enveloppe  de  verdure  l'église  Saint- 
Médard,  édifice  assez  médiocre,  datant  en 
gi  aiide  partie  du  xv«  siècle.  Le  cimetière  du 
même  nom  est  resté  fameux  au  xvni'  siècle 
par  le  vent  de  folie  qui  y  attira  les  convul- 
sionnaires  sur  la  tombe  du  diacre  Paris,  folie 
qui  n'eut  de  comparable  que  la  répression 
dont  on  la  châtia.  Mais  où  sont  les  neiges 
d'antan"?  Qui  songe  aujourd'hui  au  diai-re 
Paris?  On  ne  songe  guère  davantage  aux  origines  du  marché  des 
Patriarches,  tout  voisin,  construit  sur  l'emplacement  de  la  maison 
dile  du  l'atriarcbe,  parce  qu'elle  appartenait,  vers  la  lin  du  xiv  siècle, 
à  BrrUand  de  Chanac,  patriarche  de  Jérusalem.  Plus  tard,  elle  devint 
un  temple  luiguenot,  et  il  s'y  lit  un  beau  sabbat,  le  27  décembre  lo61, 
lorsque  les  calvinistes,  ennuyés  par  le  son  des  cloches  de  Saint- 
MédarJ,  en  vinrent  aux  mains  avec  les  paroissiens  de  cette   étrlise. 


LA    PERSPIiClIVE 


LA   RUE   SOU  El'' LOT   ET   LE   PAN  TU  EO  N.  i,Vuo  prise  du  Luxembourg). 


PARIS -ATLAS 


qui  n'eurent  pas  le  dessus,  encore  qu'ils  eussent  pris  pour  projec- 
tiles les  statues  mêmes  de  leurs  saints.  Le  lendemain,  le  temple 
était  détruit  par  un  incendie  dont  les  auteurs  ne  furent  pas  re- 
cherchés; c'était  la  revanche  de  la  veille. 

Il  faut  bien  l'avouer,  à  la  confusion  des  historiens  de  Paris,  le 
nom  de  la  rue  Mouffetard  n'est  pas  encore  expliqué;  probablement 
ne  le  sera-t-il  jamais.  Mons  Cetarii,  Mons  Cetardi,  disent  les  plus 
anciens  documents.  En  ce  qui  concerne  l'idée  de  montagne  — ,  ou 
du  moins  de  colline  — rien  de  plus  vraisemblable;  mais  qu'était  ce 
Cetaire,  ou  Cetard,  et  par  quelle  corruption  est-on  arrivé  au 
vocable  actuel?  Mystère.  Telle  qu'elle  est,  la  rue  est  mal  bâtie  et 
pas  belle  du  tout,  mais  fort  pittoresque  par  ses  habitants  et  ses 
liabitués.  Elle  était  plus  longue  autrefois,  car  elle  venait  aboutir 
aux  Gobelins;  l'avenue  des  Gobelins,  en  absorbant  son  extrémité 
méridionale,  a  fait  disparaître  la  maison  numérotée  jadis  26'i,  cor- 
respondant à  l'emplacement  du  n"  32  de  l'avenue.  L'éminent  archi- 
tecte Charles  Garnier  y  était  né  en  1825  ;  et  c'est  aussi  dans  le 
V"  arrondissement,  boulevard  Saint-Germain,  90,  qu'il  est  mort,  le 
31  août  1898.  L'architecte  de  l'Opéra  fut  donc  bien  un  Parisien  de 
Paris. 

Le  boulevard  de  l'Hôpital  sépare,  au  Sud,  le  quartier  du  Jardin  des 
Plantes  du  XIII"=  arrondissement.  Il  fut  ouvert  en  1760.  Jusque-Là, 
nous  le  répétons,  on  n'avait  d'autre  route  que  la  rue  MoulTetard 
pour  gagner  le  chemin  de  Fontainebleau. 

Le  quartier  du  'Val-de-Grâce  occupe  la  partie  Sud-Ouest  de 
l'arrondissement.  Il  est  séparé  du  quartier  du  Jardin-des-Plantes 
|iar  la  rue  Mouffetard,  et  de  celui  de  la  Sorbonne  par  les  rues 
Blainville,  de  l'Estrapade,  des  Fossés-Saint-Jacques,  Malebranche, 
LeGofîet  Soufflot.  ]Vous  sommes  dans  la  région  la  plus  calme,  mo- 
nastique pour  ainsi  dire,  du  quartier  latin.  Nombreuses  y  étaient 
les  communautés  religieuses  bordant  l'antique  voie  romaine  qui 
doit  son  nom  de  rue  Saint- Jacques  au  couvent  des  jacobins,  ou 
s'ouvrarit  discrètement  sur  les  rues  avoisinantes,  avec  de  longs 
murs  derrière  lesquels  s'étendaient  de  vastes  jardins.  La  plupart  y 
avaient  été  fondées  à  la  même  époque  par  la  piété  d'Anne  d'Au- 
triche, une  piété  qui  confinait  au  fanatisme.  Telles  furent  les  Car- 
mélites, les  Feuillantines,  les  Ursulines,  les  Visitandines,  les  Béné- 
dictines du  Val-de-Gràce.  De  1620  à  1650,  la  fièvre  de  juxtaposer 
des  couvents  de  femmes  régna  sans  interruption  dans  ce  quartier. 
Tous  survécurent  jusqu'à  la  Révolution  ;  il  n'en  reste  plus  qu'un  de 
ce  temps,  celui  des  Visitandines,  auxquelles  ont  succédé  les  Dames 
de  Notre-Dame  de  la  Charité,  vaste  enclos  que  longe  d'un  côté  la  rue 


LA    NEF    DU    PANTHÉON. 


Phot.  Neurdeln. 


FAÇADE    DU    PANTIIIÏON. 


Gay-Lussac  et  dont  la  chapelle   se  voit  à  l'angle  de   la  rue  Saint- 
Jacques. 

Le  'Val-de-Grâce  était  le  plus  important.  Les  Bénédictines,  qu'Anne 
d'Autriche  y  installa  en  1621,  sur  l'emplacement  d'un  ancien  «  séjour  » 
des  ducs  d'Orléans,  formaient  depuis  plusieurs  siècles  une 
communauté  dite  du  Val-Profond,  à  Bièvre,  près  de  Versailles; 
elles  s'y  trouvaient  éloignées  de  tout,  exposées  aux  attaques 
des  malfaiteurs;  aussi  n'eurent-elles  pas  de  peine  à  attendrir 
la  reine.  Il  fut  décidé  que  l'église  serait  traitée  avec  le  plus 
grand  luxe  :  on  s'adressa  à  Mansard,  qui  paraît  avoir  mis 
beaucoup  de  temps  à  préparer  ses  plans,  car  la  première 
pierre  du  monument  ne  fut  posée  que  le  1"  avril  1643  par 
Louis  XIV,  alors  âgé  de  huit  ans.  La  direction  de  l'œuvre  fut 
plus  tard  abandonnée  par  Mansard,  auquel  succéda  Jacques 
Le  Mercier,  puis,  après  sa  mort,  en  I65'i,  Le  Muet.  Nous  ne 
saurions  dire  si  le  plan  primitif  comportait  le  fameux  dôme 
qui  fait  la  principale  beauté  de  l'église;  on  sait  du  moins  que 
le  [leintre  Mignard,  chargé  de  la  décoration  de  la  coupole  inté- 
rieure y  peignit  une  Gloire,  célébrée  par  Molière,  la  Gloire 
du  Val-de-Gr;\co.  Il  semble  que  les  grands  noms  du  siècle  : 
architectes,  peintre,  poète  aient  voulu  s'associer  pour  l'embel- 
lissement de  cet  édifice.  Les  bAtiments  conventuels  furent,  de 
même,  construits  somptueusement;  on  leur  adjoignit  le  vaste 
parc,  si  précieux  enmre  aujourd'hui  par  sa  destination  actuelle 
et  pour  la  salubrité  du  (juartier.  La  liévolution  trouva  l'ab- 
baye en  pleine  prospérité;  mais  faute  de  lui  donner  une  af- 
IVctalion  pratique,  elle  la  laissa  inoccupée.  Phis  lard,  après 
diverses  hésitations,  Napoléon  V'  en  lit  le  prini'ipal  hôpital 
iiiililaire  lie  Pnris,  et  il  l'est  resté.  En  nuire,  depuis  1M'J2,  l'Éccde 
du  Val-ili>-Gr;\ce  fonctionne  parallèlement  à  riii'jpitjil  et  confère 
h'urs  diplômes  aux  médecins  et  pharmaciens  militaires.  Dans 
la  cnur  cl'lionneur,  à  gauche  du  i)orlail  de  l'église,  a  été  érigée, 
l'ii  I8'i3,  la  statue  de  Larrey,  chirurgien  militaire  des  armées 
di'  Napoléon.  Cette  statue  est  rd'uvic  de  Daviil  d'Aiigi'is. 

lue  far.idc  sévère  caclie  la  vue  des  b.HimenIs  de  l'Institu- 
tion des  sourds-muets,  installée,  le  !■•'■  avril  i''.)'t,  d.iMs 
r.iiii  iiinii'  aiii'ayr  cic  Saint-Maglciire,  transformée  ih'puis  KIIH 
III  séminaire  des  Oraloriens  et  fennec  en  1790.  On  ne  saurait 
li'iip  lidUoier  la  mémoire  de  l'abbé  de  l'IOiiée,  ce  pliilanllimpe 
adiiiii-alile  qui  vnua  son  existi'iice  ;iux  déshérités  de  la  nature. 
Ce  liit  liiez  lui,  li'.ilinrd,  rue  des  Moulins,  qu'il  réiiiiil  eu  17(iO 


CJ.NgLlK.ME    ARl'iO-NDlSSEMEM 


o'i 


un  cfirtain  nombre  d'enfants  sourds-niucls  et  s'appli- 
qua à  les  instruire  graluileineiit.  Sans  qu'il  l'ait  voulu 
ni  soulialti-,  car  le  vrai  mérite  est  toujours  modeste, 
son  œuvre  fut  bientôt  connui'  du  public,  et  il  fui  convii' 
à  admettre  des  auditcuis  aux  li-rons  qu'il  donnait.  I.i' 
gouvernement  ne  s'en  di-sinirressa  pas  non  plus;  c'est 
à  sa  louange.  En  1785,  il  affecta  à  l'inslilulion  uni' 
partie  du  couvent  des  (;r-lestins,  dont  les  relii-'ieux  ve- 
naient de  se  disperser.  Ce  n'est  cependant  (piaprès  la 
mort  de  l'abbé  de  l'Épce,  survenue  en  178'.!,  ijuc  siui 
successeur,  l'abbé  Sicard,  put  occuper  ce  local;  mais 
on  s'y  trouva  si  mal.  les  bâtiments  élaicMit  à  ce  point 
délabrés  qu'il  fallut  cbercber  ailleuis.  La  (Convention 
mit  alors  à  la  dis[)iisilion  des  sourds-muets  la  maisnn 
de  la  rue  Sainl-.laç(|ues  (jui  fut  reconslruilc  en  183-J, 
et  s'est  accrue  depuis  de  vastes  dépendances.  Vu  orme 
remarquable,  liant  de  'i'6  mètres,  se  voit  dans  la  cour 
d'bonneur:  il  fui  ])lanlé,  dit-on,  au  xvi=  siècle.  De 
beaux  jardins  s'éliMub'nt  jusqu'à  la  rue  d'Iinfer. 

I.'instiluliiin.  en  dépi(  de  son  caractère  pédai;oi.'i((ue, 
relève  du  ministère  de  l'Intérieur.  Les  élèves,  répartis 
en  internes,  demi-pensionnaires  ou  externes  surveil- 
lés, ne  sont  admis  qu'âgés  de  neuf  ans  au  moins,  de 
douze  ans  au  plus.  La  durée  de  l'enseignement  est  de 
huit   années,    après  lesquelles  les   pauvres  inlirnies, 
cuire  les  notions  qu'ils  ont  acquises  sur  toutes  choses,  suiil  eu  me- 
sure de  parler  distinctement  et  de   suivre   les   conversations  par  le 
mouvement  des  lèvres.  La  surdité  congénilale  est  encore,  hélas!  jus- 
qu'ici incurable. 

IS'insistons  pas  sur  le  mauvais  calembour  qui.  en  1879,  a  fait  donner 
le  nom  de  D'^nfcrt-Rockerenu  à  l'antique  rue  d'Enfer,  via  inféra,  voie 
inférieure,  ainsi  nommée  parce  qu'elle  était  en  contrebas  de  la  rue 
Saint-Jacques.  Pour  glorifier  le  vaillant  défenseur  de  nelfort.  les  rms 
nouvelles  ne  manquaient  jias.  Le  temps  fera 
oublier  la  dénomination  primitive,  mais  ceux 
qui  l'ont  connue  et  employée  trouvent  générale- 
ment que  l'idée  n'a  pas  été  heureuse.  Denfert- 
Rorhereau  eût  été  certainement  de  leur  avis. 


LYCÉE    HENRI    IV   ET   TOUR    DE   CLOVIS. 


l'ht.  NtuiJciu. 

F.\ÇADE   DE   L  ÉGLISE    S  Al.N  T-ÉTIEN  .NE-DU-MONT. 


L'église  Saint -Jacques -du -Haut -Pas  ne  mérite  guère-  une 
visite;  elle  est  trop  du  xvn=  siècle  pour  cela.  La  première  pierre  en 
fut  posée  par  Gaston  d'Orléans,  le  2  avril  1030. 

La  rue  des  Feuillantines  a  eu  l'honneur  d'être  habitée  par  Victor  Hugo 
enfant.  Dans  Vicier  Hugo  raconté  par  un  témoin  de  sa  vie,  le  poète  a 
fait  dire  d'une  façon  charmante  comment  il  lit,  avec  ses  frères,  con- 
naissance de  la  nouvelle   demeure,  sous  la  conduite  de  leur  mère  : 
11-  iiilièreiil  dans  l'impasse  des  Feuillanlincs,  au  n"  1*:  une  grille  s'ouml. 

Ils  traversiienl  une 
cour,  puis  fuient  dans 
iHi  rez-de-chaussée. 
Celait  là.  Leur  mère 
voulut  leur  faire  ad- 
mirer la  salle  à  man- 
ger et  le  salon,  vastes, 
bauls  de  plafond, 
hauts  de  fenêtres . 
pleins  de  lumière  et 
de  chants  d'oiseaux, 
mais  elle  ne  put  le- 
retenir  dans  la  mai- 
son :  ils  avaient  vu  le 
jardin  ! 

Ce  n'était  pas  un 
jardin,  c'était  un  parc, 
un  huis,  une  campa- 
gne. Ils  s'en  emparè- 
lenl  à  l'instant  même, 
courant,  s'appelanl. 
ne  se  voyant  plus,  se 
croyant  égarés .  ra- 
vis: Ils  n'avaient  pas 
d'assez  grands  yeux 
ni  d'assez  grandes 
janibes;  ils  faisaient  il  cliacpie  instant  des  découvertes.  —  Sais-tu  ce  que  j'ai 
l.uuvé  .'  —  Tu  n'as  rien  vu'?  —  Par  ici!  Par  ici!  11  y  avait  une  allée  de  mar- 
ronniers qui  servirait  à  mettre  une  balançoire.  Il  y  avait  un  puisard  à  sec  qui 
serait  admirable  pour  jouer  à  la  guerre  et  pour  donner  l'assaut.  Il  y  avait  des 
Heurs  autant  qu'on  en  pouvait  rêver,  mais  il  y  avait  surtout  des  coins  qu'on 
n'avait  pas  cultivés  depuis  longtemps  et  où  poussait  tout  ce  qui  voulait...  Le 
jiropriétaire  était  un  nommé  Lalandc.  qui  avait  acheté  le  couvent  des  Feuillan- 
tines quand  la  Ué\olullon  l'avait  repris  aux  religieiises.  11  en  occupait  une 
partie  et  louait  l'aulrc. 

Lan(cZ-'.i((.v-7'/ii((7/(c'/doit  son  nomàun  jeune  médecinqui.  en  1883. 
mourut  du  choléra  en  Egypte  où  il  était  allé  l'étudier.  Elle  conduit 
de  la  rue  Cay-l.ussac  ;'i  la  rue  d'Llm,  vis-à-vis  de  l'École  normale 
supérieure,  l'ondée  eu  M'Xi,  cette  Ecole  ne  s'est  installée  qu'en 
ISi7  dans  les  bâtiments  actuels.  Chacun  sait  qu'elle  forme  les  pro- 
fesseurs pour  l'enseignement  supérieur  et  celui  des  Ivcées,  mais  il 
faut  dire  aussi  qu'elle  a  préparé  à  la  carrière  des  lettres  el  du  jour- 
nalisme bon  nombre  des  écrivains  dont  s'honore  notre  époque. 

Ne  craignez  pas  de  vous  engager  dans  la  rue  Lhomoml.  au  risque 
des  meurtrissures  que  ses  rudes  pavés  iniligeut  aux  piétons.  On  est 
là  dans  un  des  coins  les  plus  pittoresque  du  vieux  Paris,  pieux  el 
studieux.  La  rue  Lhomond  no  porte  que  depuis  18tJ7  le  nom  du 
célèbre  grammairien,  .\vant.  elle  était  la  rue  des  Postes;  pour  beau- 
coup de  gens,  elle  l'est  encore,  en  raison  de  la  célèbre  école  des 


L'ÉCOLE    DE    DROIT. 


PARIS- ATLAS 


I.E  JUBÉ    DE    LÉGLISE   S  AIN  T-ÉTIEN  NE-DU-MON  T, 


Jésuites,  l'école  Sainte-Geneviève,  qu'on  persiste  à  appeler  école  de 
la  rue  des  Postes.  Des  portes  d'allure  antique,  surmontées  ou  non 
d'une  croix,  révèlent,  presque  pour  chaque  maison  de  la  rue,  l'exis- 
tence d'un  couvent  ou  d'un  collège  religieux.  Le  soir,  quand  la  der- 
nière cloche  a  tinté,  un  silence  de  cloître,  de  tombeau  s'épand  sur 
la  rue;  nul  n'y  passe;  rien  n'y  bouge.  A  trois  pas  du  bruit  du  boule- 
vard Saint-Michel,  des  gaités  tumultueuses  du  quartier,  le  contraste  est 
saisissant,  presque  solennel. 

Au  carrefour  formé  par  les  rues  Lhomond  et  de  Tournefort  (ancienne 
rue  >euve-Sainte-Geneviève},  s'élevait  le  collège  llollin.  qui,  depuis 
loncteiiips  a  émigré  vers  Montmartre.  A  sa  place  vint  l'École  muni- 
cipale de  physique.  L'enseignement  n'a  donc  rien  perdu  de  sou 
territoire.  Par  ta  rue  de  l'Arbalète,  nous 
arrivons   à  la   rue  Claude -Bernard.   .\ 
l'angle  di'  ces  drux  rues  est  situé  l'Insti- 
tut agronomique,  sur  l'emplacrininl 
de  lÉcûle  do  i)hurmacie,  passée  au  Vl"  ar- 
rondissement, laquelle  avait  succédé  au 
Jardin  des  apothicaires,  fondé  en  lu"6 
par  >'icolas  Houel. 

Les  boulevanU  Saint-Marcel  et  de  Port- 
Boijal  limitent  le  quartier  dans  sa  région 
méridionale.  Leur  percement,  sous  le 
second  Empire,  a  fourni  la  voie  de  com- 
munication la  plus  utile  entre  l'Obser- 
vatoire et  la  gare  d'Orléans.  Sur  la  plair 
de  V Observatoire,  qui  n'appartient  que 
pour  partie  au  V»  arrondissement,  h; 
chemin  de  fer  de  Sceaux  apparaît  un 
instant  à  ciel  ouvert  à  la  station  de  Porl- 
Itoyal.  A  côté,  le  bal  Bullier  qui,  sous 
les  noms  de  Prado,  de  Closerie  des  Lilas, 
a  vu  tant  de  générations  d'étudiants  faire 
les  fous.  Ils  ignorent  qu'ils  dansent  sur 
un  cimetière,  un  cimetière  gallo-romain, 
dont  les  vestiges  nombreux  autant  qu'in- 
téressants ont  été  retrouvés  en  1878,  rue 
Nicole  et  rue  d'Enfer. 

Quartier  de  la  Sorbonne.  —  Com-  ToiiuEAU  uu  uiciiiùliiw ,  |.ai  uiuaedo.-». 

menl  décrire  en  quelques  pages  un  quar-  tcbapcUc  <ic  la  Sorbonno.) 


ticr  dont  chaque  monu- 
ment mérite  un  volume 
entier,  et  dont  le  nombre 
n'a  d'égal  que  la  variété? 
On  croit  tropgénéralement 
(pie  Paris  naquit  et  se  dé- 
veloppa dans  la  Cité  exclu- 
sivement. Des  fouilles, 
dont  quelques-unes  sont 
récentes,  les  recherches 
patientes  des  érudits  ont 
établi  avec  certitude  que, 
dès  la  conquête  romaine, 
la  rive  gauche  de  la  Seine 
fut  habitée  par  une  popu- 
lation relativement  nom- 
breuse. La  montagne 
Sainte-Geneviève  se  nom- 
mait alors  mous  Lucotitius, 
di'nominalion  dont  on  dé- 
mêle l'analogie  avec  Lu- 
itlia,  nom  réservé  à  la  Cité. 
11  est  également  certain 
(|u'à  la  fin  du  ni'=  siècle  au 
plus  lard,  un  camp  fortifié, 
tel  qu'en  construisaient 
les  Romains,  existait  non 
loin  de  l'endroit  où  la  rue 
Soufflet  débouche  sur  le 
boulevard  Saint-Michel.  Si 
l'on  ajoute  à  cela  la  pré- 
sence du  palais  des  Ther- 
mes un  peu  plus  bas,  celle 
des  Arènes  sur  le  flanc 
oriental  de  la  colline,  celle 
d'un  cimetière  gallo-ro- 
main au  Sud,  la  preuve 
sera  faite  que  durant  les 
premiers  siècles  de  noire 
ère,  cette  région  de  Paris  ne  fut  rien  moins  qu'un  désert.  Elle  fut 
délaissée,  au  profit  de  la  Cité,  lorsque  les  invasions  normandes  for- 
cèrent les  Parisiens  à  se  réfugier  dans  leur  île.  On  y  revint  après  avec 
d'autant  plus  de  faveur,  et  le  plus  ancien  hôtel  de  ville,  le  premier 
«  Parloir  aux  bourgeois  »,  doit  êlre  placé  précisément  vers  l'emidace- 
ment  de  l'ancien  camp  romain  do  la  rue  Suufllot. 

Voilà  pour  l'antiquité.  Le  moyen  âge  peupla   le  quartier  de  cou- 
vents, de  collèges,  d'églises,  y  créa  l'Université.  Notre  époque,  elle,  lui 
a  donné  de  la  lumière  et  de  l'ciir  par  le  percement  du  boulevard  Sainl- 
Micliel,  du  boulevard  Saint-Germain,  de  la  rue 
Siiufllot,  de  la  rue  Lagrange  ;  les  vieux  collèges  ont 
fuit  place  à  des  lycées  eu  harmonie  avec  l'élat  de 
la  civilisation;  la  Sorbonne,    neuve  et 
triomphante,  n'a  gardé  de  ses  bâtiments 
du  xvii°  siècle  que  la  chapelle  fondée  par 
lliclielieu. 

La  partie  voisine  de  la  Seine,  au  nord 
du  boulevard  Saint-Germain,  a  conservé 
son  ancien  aspect,  Nous  la  recomman- 
dons aux  amateurs  de  pittoresque.  Rien 
de  monacal,  au  contraire,  dans  les 
étroites  et  vilaines  rues  qui  relient  la 
place  Maubcrt  à  la  rue  de  la  llarpi!  en 
coupant  la  rue  Saint-Jacques;  et  cepen- 
dant, une  iierle  dans  ce  triste  écrin  : 
Saint-Séverin,  modèle  charmant  de 
l'art  gothique  à  sa  [dus  belle  époque. 
.\on  loin  de  là,  une  autre  église,  plus 
ancienne,  moins  belle,  mais  très  digne 
encore  d'une  visite,  Saint-Julien-le- 
Pauvre,  aujourd'hui  allecli'e  au  culle 
grec,  jadis  chapelle  d'un  pi  ieuré,  men- 
tionnée par  Grégoire  de  'l'ours,  recon- 
struite au  xii°  siècle.  Tout  près  encore, 
allez  Voir  sur  la  maison  portant  le  nu- 
méro 42  de  la  rue  Galnndc,  un  curieux 
bas-relief  du  xiii'  siècle,  représenlanl 
la  scène  où  saint  Julien  fait  traverser 
une  rivière  nu  faux  lépreux  qui  n'est 
autre  que  Jésus-Chrisl.  Ce  morce.iu  do 


CINQUIÈME    ARROiNDISSEMEiNT 


35 


ENTRÉE    DU    COLLÈGE   DE    FRANCE. 


VUE   DE    L'INSTITUT    AGRONOMIQUE. 


sculpture  provient  sans  doute  de  l'église;  il  y  serait  mieux  à  sa  place. 

De  l'autre  côté  de  la  rue,  était  naguère  le  cabaret  du  Chdteau- 
Rouge,  célèbre  par  la  compagnie  de  mauvais  drôles  qui  s'y  donnaient 
rendez-vous  jour  et  nuit.  Plus  près  de  la  Seine,  s'élèvent  les  hautes 
et  mornes  constructions  dépendant  de  l'Hôtel-Dieu,  le  bâtiment  Saint- 
Charles,  autrefois  relié  par  un  pont  à  l'Hôtel-Dieu,  lorsque  cet  éta- 
lilissement  était  du  côté  droit  de  la  place  du  Parvis  Notre-Dame. 

Le  percement  de  la  rue  Lagrange,  de  1887  à  1890,  a  heureusement 
fait  disparaître  un  dédale  de  ruelles  qui  venaient  aboutir  à  la  place 
Mdubert,  et  rendre  cette  place  même  digne  du  voisinage  du  boulevard 
Saint-Germain.  On  n'a  aucune  incertitude  sur  le  nom  de  la  rue  La- 
grange :  il  s'agit  du  grand  mathématicien  qui  occupa  la  première 
chaire  de  géométrie  h  l'École  normale  et  à  l'École  polytechnique  ;  il  n'en 
est  pas  de  même  pour  l'étymologie  de  Maubert.  Est-ce  une  corruption 
du  nom  Aubert,  ou  une  contraction  de  la  forme  maître  Albert?  Gram- 
iiinlici  certnnt.  Au  centre  de  la  place,  s'élève  la  fière  statue  d'Etienne 
Dolet,  brûlé  là  en  1546.  Malgré  ses  embellissements,  la  place  Maubert 
est  restée  un  centre  très  populaire  et  très  pittoresque;  elle  a  une 
clientèle  d'habitués  qui  n'ont  rien  ou  presque  rien  de  commun  avec 
l'aristocratie.  On  y  rencontre  même  encore  des  négociants  en 
bouts  de  cigares,  qui  savent  transformer  ces  mcguts  en  un  tabac 
apprécié  des  fumeurs  qui  visent  à  l'économie. 

Le  marché  des  Carmes,  au  fond  de  la  place,  occupe  le  terrain 
où,  pendant  près  de  cinq  siècles,  fut  situé  le 
couvent  des  Carmes.  Il  a  été  construit  de  1813 
à  1819,  par  Vaudoyer.  Ce  n'est  pas  une  œuvre 
d'art,  et,  depuis  longtemps,  nos  architectes 
font  mieux  en  pareille  matière.  Pour,  de  là, 
monter  à  la  place  du  Panthéon,  deux  voies 
s'ouvrent  à  nous,  l'une  à  droite,  l'autre  à 
gauche  du  marché. 

Prenons  celle  de  droite,  la  rue  des  Carmes. 
Peut-être  est-ce  le  chemin  des  écoliers,  mais 
dans  un  tel  quartier,  tous  pourraient  être 
ainsi  surnommés.  Une  construction  moderne, 
de  style  gothique,  remplace  les  bâtiments  de 
l'ancien  collège  de  Dormans-Beauvais,  devenu 
en  dernier  lieu  collège  de  Lisieux,  et  don( 
l'église,  faisant  face  à  la  rue  de  Lalran,  sert  au- 
jourd'hui au  culte  roumain.  En  montant  tou- 
jours, nous  atteignons  la  rue  Valette,  fâcheu- 
sement débaptisée  de  son  ancien  vocable,  rue 
(li's  Sepl-Vnii>s.  A  droite,  les  bâtiments  de 
Sainte-Barbe,  à  gauche,  de  vieux  logis,  parmi  lesquels,  au  n"  21. 
une  maison  qui  passe  pour  avoir  quelque  temps  abrité  Calvin.  Nous 
sommes  arrivés  au  point  culminant  de  la  ni(inl,ii;iie  Sainte-Geneviève, 
devant  la  façade  septentrionale  du  Panthéon.  L'ascension  est  de 
';3  mètres,  c'est-à-dire  que  le  sol  de  la  ]ilace  est  justement  à  la  hau- 
teur du  sommet  des  tours  de  Notre-Dame. 

Les  Romains  s'étaient  emparés  de  cette  hauteur  pour  y  élever  un 
temple  à  Diane,  tout  de  môme  qu'au  haut  de  la  butte  Monlmarlre 
était  un  temple  à  Mars  ou  à  Mercure.  Dans  les  deux  cas,  le  oluislia- 
nisme  y  substitua  des  couvents  :  abbaye  de  femmes  à  Montmartre, 
monastère  d'hommes  ici.  A  l'origine,  l'abbaye  de  Sainte-Geneviève 
fut  dédiée  à  saint  Pierre  et  à  saint  Paul.  Elle  avait  été  fondée  par 
Clovis,  sur   les  instances   do  Clotilde,  sa   femme.    Ce    n'est    qu'au 


IX"  siècle  que  le  vocable  de  Sainte-Geneviève  prévalut  et  demeura  le 
seul.  Nous  ne  ferons  pas  ici  l'histoire,  même  succincte,  de  la  célèbre 
abbaye,  la  plus  puissante  de  Paris  avec  Saint-Germaln-des-Prés.  Elle 
n'a  pas  tout  entière  disparu,  d'ailleurs,  car  une  partie  de  ses  bâtiments 
est  demeurée  intacte,  dans  les  constructions  du  lycée  Henri  IV, 
notamment  les  réfectoires,  les  dortoirs  où  était  la  riche  bibliothèque 
des  Génovéfains,  la  tour  de  l'ancienne  église,  dite  tour  Clovis,  unique- 
ment parce  qu'elle  est  voisine  de  la  rue  Clovis,  mais  nullement  parce- 
qu'elle  serait  contemporaine  de  la  fondation. 

Le  Panthéon  fut  destiné  à  remplacer  cette  ancienne  église  qui  tom- 
bait en  ruine.  Par  la  somptuosité  du  monument  qu'a  bâti  Soufflet,  on 
peut  juger  que  les  religieux  ne  regardaient  pas  à  la  dépense.  Ils  ne  se 
doutaient  pas,  lorsqu'ils  l'entreprirent,  du  sort  qui  l'attendait  finale- 
ment. Alternativement  nécropole  des  hommes  auxquels  la  pairie  ré- 
servait ce  suprême  honneur,  ou  église  Sainte-Geneviève,  suivant  les 
gouvernements  successifs.  Le  Panlliéon  a  été  enfin  rendu,  en  1883,  à 
la  destination  que  la  Révolution  lui  avait  assignée  lorsqu'elle  inscrivait 
sur  son  fronton  ces  mots  si  nobles  :  «  Aux  grands  hommes  la  Pairie 
reconnaissante,  »  lorsqu'elle  y  faisait  transporter  les  restes  de  Mira- 
beau, de  Voltaire,  de  Rousseau.  Notre  gouvernement  ne  pouvait 
moins  faire  que  d'associer  au  même  voisinage  les  restes  de  Victor 
Hugo  et  du  président  Carnot.  Le  bas-relief  monumental  qui  décore 
la  façade  principale  est  l'œuvre  de  David  d'Angers.  A  l'inlérieur, 
la  décoration  picturale,  encore  inachevée,  a 
été  confiée  aux  peintres  les  meilleurs  :  Ca- 
bane!, Jean-Paul  Laurens.  Puvis  de  Chavannes. 
C'est  encore  Soufflot  qui,  en  1771.  construisit 
les  deux  façades  symétriques  des  deux  bâti- 
ments de  l'Ecole  de  droit  et  de  la  Mairie 
actuelle  du  'V"  arrondissement.  La  déco- 
ration de  la  place  exigeait,  parait-il,  cet  ac- 
compagnement; mais,  autant  nous  admirons 
le  Panthéon,  autant  nous  les  trouvons  froides. 
La    bibliothèque     Sainte  -  Geneviève, 


LA  CII.M'KI.I.K  DE  LA  SORBONNE  ET  LA  NOUVELLE  .SOR  BON 


PARIS -ATLAS 


I/HOTEL    DE    CLUNY,    RUE    DU    SOMMERARD. 

formée  en  partie  de  l'ancien  fonds  de  l'abbaye,  et,  par  conséquent, 
très  riche  en  manuscrits  et  ouvrages  rares,  a  été  bdtie  en  185il  par 
Labrouste.  2'iU,00(l  volumes  sont  réunis  dans  son  immense  hall  du 
premier  étage  et  4,000  manuscrits  dans  des  salles  trop  souvent  obscures 
du  rez-de-cliaussée. 

Saint-Étienne-du-Mont  occupe  le  fond  de  la  place.  Avant  l'ou- 
virluio  de  la  rue  Clnxis,  en  IgUi,  ses  bâtiments  faisaient  corps  avec 
l'abbaye;  c'était  depuis  le  xiii°  siècle  la  paroisse  des  habitants  de  la 
montaijnc  Sainte-Geneviève.  Devenue  insuffisante  et  à  demi  en  ruine, 
au  xvi"  siècle,  on  la  reconstruisit  de  fond  en  comble.  Les  travaux  com- 
mencés en  1bl7  ne  furent  achevés  qu'en  i62'<.  Le  monument  est  une 
des  plus  belles  manifestations  de  l'art  français  au  temps  de  la  Renais- 
sance; il  offre  une  autre  particularité,  c'est  d'être  resté  le  seul,  dans 
tout  Paris,  à  posséder  un  jitbé,  sorte  de  galerie  séparant  la  nef  du 
chœur.  On  peut  juger  par  notre  gravure  de  la  rare  élégance  de  celui  de 
Saint-Étienne-du-Mont,  qui  est,  pour  ainsi  dire,  une  dentelle  de  piene. 
On  conserve  dans  cette  église  la  châsse  de  sainte  Geneviève. 

Le  lycée  Louis-le-Grand,  dans  la  rue  Sainl-.Iacques,  a  fait  récem- 
ment peau  neuve  avec  le  plus 
grnnil  luxe.  Il  est  mnlhcureuse- 
menl  privé  de  perspective  et  un 
peu  écrasé  par  sa  géante  voisine, 
la  Sorbonne. 

Quant  au  Collège  de  France, 
il  est  vraiment  indigne,  par  ses 
bâtiments,  des  hommes  éminents 
ipii  y  professent,  et  de  leurs  pré- 
décesseurs. Créé  par  Françoise'', 
il  n'a  pas  mancpié  un  seul  inslan  I 
au  but  de  sa  fondation  qui  est 
biurnir  gratuitement  au  publie 
lettré  l'interprétation  des  scien- 
ces les  plus  élevées  d.itis  tous 
les  ordres.  La  statue  de  Claude 
Bernard,  qui  est  «b-vant  la  la- 
çade,  nous  représente  le  savant 
avec  un  air  triste  et  bourgeois 
(|ui  lui  retire  tout  caractèic  di; 
noblesse. 

Quelle  différence  entre  la  pau- 
vre bâtisse  du  Collège  de  Fianci' 
el  ce  luxueux  palais  de  la  Sor- 
bonne, qui  a  valu  à  son  arelii- 

lecie,  M.  .Nénot,  bien  avant  qu'il  l'eût  aclicvé,  l'honneur  d'entrer  à 
rinslilul.  Les  hommes  rie  quarante  ans  se  rappellent  tous  l'ancien 
édifice  avec  sa  longue  fa.ade,  un  peu  triste,  sur  la  rue  de  la  Sorbonni', 


RUINES   DES   THEH.MES    DU    IV    SIl'CCI,!' 


sa  grande  cour  que  coupait  en  deux  un  emmarchement 
de  quelques  degrés.  Tout  cela  a  disparu,  ou  a  com- 
mencé à  disparaître,  à  dater  du  3  août  1885,  jour  où  la 
première  pierre  du  nouvel  édifice  a  été  posée  en  grande 
solennité.  On  commença  par  la  façade  sur  la  rue  des 
Écoles  el  celle  en  retour,  à  l'angle  de  la  rue  Saint- 
Jacques.  Le  grand  amphithéâtre,  orné  de  l'admirable 
fresque  de  Puvis  de  Chavannes,  fait  le  plus  grand  hon- 
neur au  talent  de  l'anlii- 
leclo,  ainsi  que  la  biblio- 
Ihèque.  orcupanl  toute  l'aile 
orientale  de  la  grande  cour. 
La  Sorbonne  est  le  siège 
de  l'Université  de  Paris. 
Dans  son  enclos  sont  grou- 
pres  les  Facultés  des 
lettres,  des  sciences  el 
l'Ecole  pratique  des 
Hautes  Études.  Depuis  le 
mois  ih-  nnveiiibre  I8'J7. 
lÉcole  des  Chartes  a 
quille,  pi.ur  s'y  in>laller,  la 
triste  demeure  qu'elle  avail 
à  coté  des  Archives  nalin- 
nales.  Son  objet  est  l'étuile 
de  nos  antiquités  natio- 
nales, monuments,  institu- 
tions, droit  féodal,  diplo- 
matique, critique  des  textes. 
Ses  élèves  obtiennent  le  di- 
plôme d'archiviste  paléo- 
graphe après  trois  années 
il'étude,  plusieurs  examens 
l'I  la  soillenance d'une  thèse. 
Quand  les  futurs  histo- 
riens de  Paris  voudront  re- 
che  relier  l'origine  du 
square  de  la  Sorbonne,  situé  entre  la  Sorbonne  et  le  musée  de 
Cluny,  il  leur  l'aiidiM  se  repiU'ler  aux  journaux  qui  ont  paru  de  juillet 
à  noveniliri'  IS'.IS.  Ils  y  verront  qu'à  celle  place  s'élevait  autrefois  entre 
les  rues  des  Écoles,  de  la  Sorbonne,  du  Sommerard  et  de  Cluny  une 
construction  basse,  occupée  par  l'imprimerie-librairie  Delalain;  qu'à 
cette  date  celte  construction  fut  démolie  pour  être  remplacée  par  une 
maison  de  rapport,  haute  de  sept  élages.  Tous  les  amis  de  l'art  pro- 
lestèrent avec  la  dernière  énergie  contre  une  entreprise  aussi  barbare, 
dont  l'elîet  eût  été  de  masquer  à  la  fois  l'hôtel  de  Cluny  el  la  Sorbonne  : 
non  sans  peine  ils  curent  gain  de  cause  et  obtinrent  l'acquisition  pai' 
l'Etat  el  par  la  Ville  du  terrain,  au  prix  de  1  -200 OnO  francs. 

(Veùl  élé  un  crime,  en  effet,  de 
caelier  aux  regards  cette  char- 
mante façade  de  l'hôtel  de 
Cluny,  bijou  de  la  lienaissanee 
française,  occupé  en  ls:W  par  les 
collections  magniliipies  que  léu- 
nissait  avec  anuuir  .M.  du  Som- 
merard, et  qu'à  sa  mort  l'Ltat 
racheta,  celte  fois  sans  hési la- 
lion,  pour  en  faire  un  nuitée 
ouvert  aux  arlisles  el  au  |Miblie. 
C'est  le  musée  de  l'arl  doiues- 
liqui'  el  i  11  li'iieur  par  excellence: 
.Miiiu  bleui  r  ni,  ivoire,  pièces  d'or- 
lévierie.  Le  uinsi''e  de  (^luny  se 
eomplèie  par  le  voisinage  le  plus 
lieureiix,  le  plus  vi'iiéralile  aussi, 
les  ruini's  ilu  palais  des  Ther- 
mes, consiniil  par  C.onslain  r- 
Clibu'e,  au  coinnn'nei'iiieul  du 
n'  siècle,  el  où  l'enipereni  Julirii 
lut  proclann-,  en  iJlii).  Qu"  d'ob- 
jotsdemédilalion  pour  les  joyeux 
passants  du  boulevard  Saint-Mi- 
chel! L'habitude,  hélas!  les  en 
distrait,  sans  doute,  el  à  force  de  voir  ces  pierres,  restées  si  nobles 
dans  leur  délabrement,  ils  ne  songent  pas  ipi'ils  sont  là  en  présence 
du  plus  ancien  monument  resté  debout  d^'  l'auliiiiie  L\ilèce  ! 


o/ 


PARIS   -    CINQUIÈME    ARRONDISSEMENT 


f,,,,  Bocnnjidl  hlbîi'ou^ 

-n.     OUAI         ut  rjy  T*'"» 

^  :3  '^ESl/fj£5 


Asin("i    "•^'''       HOTEL      ,,'""     y,f9/„e  >  ,/ 

"     I "■'! il'"''l'-    VILLE  ?  f-'v;^ 

.7 


(5  y 

"  OUfllDUflCITf      VUAI 
CD  Tr  ibunalr'„  j-^ 


""(/A 


,  |v^  ,Eco.e  |1       rS     f    ;  I      ,^  |/1|      g 


;ffl       se»-"™";,' fleur,,  î    f        ■>.  ^ 

m/S'  loi  .  h  ^\  ï\     \  I       !■ 


-  ILE 


^  et    '  ^^',7J  '  ^    '■OU/S 


'-'% 


<■     v 


X 


a  I    ■ 


PARIS-ATLAS 


VUE    GKNERALIO    lilO    Ll.NSTUUr    D  K    FRANCE    ET    DU    PONT    IiES    A  K  i  S. 


f£^_^¥|!arr©fidî||tî^e^t.  ^^-^vv 


LE    LUXEMBOURG.    ~  ^l-  quartier:  la  monnaie.  -22»  QUAnmcu  ;  L'ODÉON. 
23'  QUARTIER   :    NOTRE-DAME-DES-CHAMPS.    —    24°  quartier   :   SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS. 


E  Vl=  arrondissement  participe  de  ses  deux  voi- 
sins, le  V"  et  le  Vil».  Au  quartier  latin  il 
ressemble  par  ranimation,  la  vie  tour  à  tour 
studieuse  et  bruyante,  les  établissements  d'en- 
seignement, la  résidence  des  maîtres  et  des  éco- 
liers. De  Taustère  VU",  il  tient,  au  contraire,  par 
le  calme,  les  rues  longues  et  silencieuses,  les 
communautés  monastiques.  Le  jardin  du  Luxem- 
bourg est  le  terrain  neutre  où  ces  deux  mondes 
s'approchent,  sans  se  confondre. 
La  suporticio  de  l'arrondissement,  dit  le  Luxembourg,  est  de  211  hec- 
tares. Ce  n'est  pas  la  moyenne,  car  seuls  les  quatre  premiers  arron- 
dissemenls  lui  sont  inférieurs  en  territoire.  Le  chilfre  de  la  popula- 
tion s'en  ressent  dans  les  mêmes  proportions  :  100,692  habitants  au 
dernier  recensement,  juste  ce  qu'il  faut  pour  avoir,  depuis  1893,  deux 
députés  au  lieu  d'un  seul. 

Ses  limites  sont  formées  :  à  l'Est,  par  le  boulevard  Saint-Michel; 
au  Sud,  par  le  bnulevard  du  .Montparnasse,  dans  toute  sa  longueur; 
à  l'Oiiesl,  p;u-  l'axe  de  la  rue  de  Sèvres  entre  le  boulevard  du  Mont- 
paiiKissi'  il  I,]  iiir  des  Saints-Pères,  et  Taxe  de  cette  dernière  rue  ;  au 
Nord,  p,ir  \r  iiiilicu  de  l,i  Seine  eulrc  le;  |iont  du  Carrousel  et  le  pont 
Sainl-Mirli.d. 

En  di'pil  lies  deux  uiipiuinieuls  éniinruinirut  si'vères  situés  sur  son 
territoire,  la  .Munnaic  et  l'Institut,  le  quartier  de  la  Monnaie  est  le 
plus  vivant,  le  plus  peuplé,  le  plus  ancien  aussi  de  larniudissenienl. 
L'enceinte  de  Pliilippe-.\uguste  l'enferma  dans  Paris  ;  c'est  dire  qu'il 

Paris-Atlas. 


était  bâti  déjà,  puisqu'il  avait  besoin  de  protection.  La  muraille  parlait 
de  la  Seine,  juste  en  face  de  l'extrémité  de  la  colonnade  du  Louvre  et 
dans  la  direction  du  Nord-Ouest  au  Sud-Est,  atteignait  la  rue  Saint- 
André-des-Arts,  où  était  la  porte  de  Buci,  entre  le  carrefour  Buci  et  la 
rue  Mazet.  Cette  dernière  ne  porte  que  depuis  1867  le  nom  d'un  médecin 
mort  pour  la  science;  avant,  c'était  la  rue  de  la  Conlrescarpe-Sainl- 
André,  ce  (jui  suffisait  à  expliquer  aux  gens  du  quartier  le  tracé  de  l'en- 
ceinte. Au  point  où  le  mur  coupait  la  rue  Hauphine  (qui  n'exislail  pas 
aloi-s)  était  une  porte,  qui  fut  démolie  en  1673.  comme  obstacle  à  la  cir- 
culation. On  peut  encore  voir,  plutôt  que  lire,  car  elle  est  bien  effacée. 
l'inscription  qui  fut  apposée,  l'année  même,  sur  la  maison  portant  le 
n"  44  de  la  rue  Dauphine,  pour  constater  celte  démolition.  Et  c'est  à 
l'honneur  de  l'ancien  tem|is,  lorsque  n'existaient  ni  le  comité  des 
Inscriptions  parisiennes,  ni  la  commission  du  Vieux  Paris,  que  nos  éche- 
vins  aient  songé  à  marquer  pour  la  postérité  un  fait  historique. _ 

Pourquoi  leurs  ancêtres  n'eurent-ils  pas  la  même  sollicitude  à  nous 
transmettre  par  la  voie  lapidaire  ce  qu'ils  savaient  de  la  tour  de  Xesle. 
la  tour  fameuse  entre  toutes,  qui  précisément  commençait  i'euceinle 
sur  la  rive  gauche?  Ce  que  nous  en  savons,  nous,  est,  hélas!  un  peu 
insuffisant  ou  douteux.  Elle  s'appelait,  à  l'origine  de  sa  construction. 
tour  de  Philippe-llamelin.  A  la  lin  du  xni»  siècle,  un  certain  Amaury 
de  Ne>le  s'élant  fait  construire  un  hôtel  dont  les  bâtiments  s'adossaient 
à  l'enceinte  de  la  ville  et  dont  les  jardins  débordaient  sur  la  campagne. 
la  tour  et  l'holel  prirent  le  n.uu  de  leur  propriétaire.  Us  le  gardèrent 
après  avoir  passé,  en  1308,  à  Philippe  le  Bel.  puis,  en  1319,  à  Philippe 
le  Long  et  à  sa  femme,  Jeanne  de  Bourgogne.  Et  maintenant,  à  laqu.  Ile 

6 


PARIS -ATLAS 


tles  reines  de  ce  temps  attribuer  les  mœurs  aussi  dépravées  que  cri- 
minelles que  Ton  sait?  Laquelle  attirât  les  Buridans  de  rUniversiti-, 
les  recevait  dans  sa  propre  chambre  pour,  le  matin  venu,  les  fairr 
précipiter  du  haut  de  la  tour  dans  la  Seine  "?...  Il  nous  sera  permis  di' 
n'en  pas  croire  là-dessus  les  auteurs  du  célèbre  mélodrame,  ni  ménu' 
Brantôme,  qui  écrivait,  deux  cents  ans  après  les  faits,  ni  même  Vil- 
lon, dont  les  souvenirs  n'étaient  pas  non  plus  d'un  contemporain, 
lorsqu'il  dit,  avec  un  point  d'interrogation  : 

Semblablement  où  est  l:i  liuyne 
Qui  commanda  que  Bui'idaii 
Fust  gecté  en  un  sac  en  Seine?... 

Le  doute  doit  profiter  à  l'accusée  ;  il  se  pourrait  bien  que  les  crimes 
de  la  tour  de  Nesle  ne  fussent  qu'une  légende,  b..nue  pour  les  théâtres 
de  drames. 

Parla  suite,  le  «  séjour  »  de  Nesle  se  transmit  à  divers  propriétaires, 
dont  les  noms  sont  connus  dans  l'histoire  :  les  ducs  de  Nevers,  Marie 
de  Conzague,  la  famille  de  Gue'négaud,les  princes  de  Conti.  C'est  à  cette 
dernière  famille  qu'il  appartenait  lorsqu'en  17gO  la  ville  de  Paris  résolu  I 
de  l'acquérir  pour  en  faire  son  hôtel  de  ville.  Pourquoi  elle  y  renonça, 
on  l'ignore.  Sur  ces  entrefaites,  le  roi  avait  décidé  de  faire  construire  l'hô- 
tel de  la  Monnaie  sur  la  place  de  la  Concorde  (alors  place  Louis  XV)  que 
décoraient  déjà  les  deux  belles  façades  édifiées  par  Gabriel.  La  Monnaie 
était,  en  effet,  fort  mal  à  l'aise  dans  ses  vieux  bâtiments  de  la  rive  droite 
de  la  Seine,  entre  le  Pont  Neuf  et  la  rue  de  Rivoli  (la  rue  actuelle  de  la 
Monnaie  en  rappelle  le  souvenir).  Ce  projet  fut  également  abandonné 
pour  la  raison,  assez  juste 
alors,  que  l'établissement 
se  trouverait  bien  éloigné 
du  centre  de  la  ville,  »  et 
—  disent  les  lettres  pa- 
tentes—  I'  que  les  orfèvres 
et  autres  correspondants 
aux  monnoies  seroient 
obligés  de  perdre  un 
temps  considérable  pour 
y  porter  leurs  ouvrages  et 
matières...  >  Ces  lettres 
sont  datées  du  16  avril  1798. 
Quelques  mois  après,  la 
démolition  de  l'hôtel  de 
Conti  était  entreprise,  et, 
le  30  avril  1771,  la  pre- 
iiiii'-rr  pii-iri'  de  l'Hôtel 
de  la  Monnaie  fui  iMiséi. 
Les  plans  de  l'édilice 
avaient  été  dressés  par 
l'arcliilecte  .Jac(|ues-l)enis 
Aiilnine;  il  en  poussa  ra- 
pidi-miMit  l'exécution,  (pii 
ne  fut  pas  achevée,  ce- 
jHMidant,  avant  1779,  car 
les  fonds  avaient  manqué 


FAÇADE    HK    LU  Or  ICI.    D 10    LA    MONNAIE. 


BAIGNADES    DE   CIIIEN.S    SUK    LES    BERGE.S    DU    QUAI    MALAQUAIS. 


Ililil.l' 


IHiur  acconi[ilir  certains 
travaux  supplémentaires. 
A  vrai  dire,  le  monu- 
ment ne  vaut  guère  que 
par  sa  façade,  d'une  ordon- 
nance sévère  jusqu'à  en 
lire  glaciale,  et  jiar  l'har- 

nie  de  la  grande  salle  du 

premier  étage,  où,  depuis 
1832,  est  installé  I,.  uuisée 
des  monnaies  el  niid.iilb^, 
(Oivert  au  publi<-  le  in.irdi 
1-1  le  velldicdi,  de  midi  à 
trois  heures.  L'escalier  qui 
y  conduit  n'est  pas  non 
plus  sans  majesté,  mais 
liiutle  reste  de  lacoiistruc- 
ticiii  est  sdiiilire.basde  pla- 
Idiul,  viïildenient  saci'ilié 
à  l'aspect  extérieur. 

Plus  d'un  siècle  avant, 
dès  lf)tJ3,  la  tour  de  Ncsle 
liait  lombée,  et  avec  elle 
la  plus  j.'rande  parlii'  de  la 
l'iuii'nniraille  de  Pliilippe- 
Augusle,  iiiulile  el  deve- 
nue gènanle.  COI  que, 
l'diiial  .Ma/.iiin,  pris,  devaiil  la  inori, 
ileusenienl  enrichi  aux  dé|iens  de  la 


UNE    DES    COURS    DE    L  1  N  .S  T  I  r  U  r    DE    l''liANi:E 


p.'lr   leslaillelll    illl  (_)  Il 

de  quelque  pudeur  à  s'èlri -_    -   _-_ 

France,  avait  décidé  la  fondation  d'un  collège  el  d'une  académie  où 
seraient  élevés  GO  éculiers  :  V6  du  territoire  de  Pignerol,  Ib  d'.Xlsaco 
el  d'autres  pays  çor.iiitus  d'Allemagne,  20  de  Flandre,  Artois,  llainaul  et 
Luxembourg,  10  du  itimssillon  ei  de  la  Cerdagne.  Or,  on  était  assez 
embarrassé  de  trouver  l'eniplaiement  sullisant  i)our  celle  f(Uidalion 
du  collège  des  Qualre-.\.ill..ii>.  que  le  lui  voulait  grandiose,  el  ce  n'esl 
qu'après  plusieurs  lié.sil,ilii.ii>i|iie  Idu  s'élait  arrêté  à  remplaeemenldes 
.iiiciennesdé|)eiidaneesdel'lii'ilel  de. \esle.  Levai!  cniiçul  le  plan  de  l'édi- 
liif  en  ICCb;  les  biUimeiils  ciiiiimiMieèrenl  à  s'éb'ver  aussitôl;  ils  nous 
l'iil  été  conservés  presque  intacts,  tels  (jne  l'Instilut  les  occupe  aujnur- 
dbui;  il  est  donc  loisible  d'en  admirer  la  lourdeur,  le  manque  de  gr;ke. 

La  riéviilulion  supprima  l'ieuvie  créée  par  Mazarin,  moins  cependant 
■sa  très  riche  bibliothèque,  qui  oi-cupe  eiicmc  aujourd'hui  l'aile  gauche 
du  iialais,  et  est  louslruile  précisément  sur  l'emplai-ement  de  la  lour 
deNesIe;  le  tombeau  du  canliiial,  œuvre  de  Coysevox,  ipii  lunail  la  cha- 
pelle, fut  transféré  au  musée  des  Monuments  français  (d'où,  plus  tard,  on 
l'a  installéau  musée  <leVer.sailli'si.  Les  biltimeiits  furent  fermés,  déseris. 

Ils  ne  devaient  se  rouvrir  qu'en  verlu  du  dé,  i,'l  du  I"  mai  ISIIIi,  par 
h  quel  iNapidéon  I^eii  faisait  le  siège  de  llnstitut  de  France.  I.iusli- 
liil  n'est  pas  son  œuvre,  ciqiendaiit;  l'Iionueur  eu  a|iparlieut  à  la  Con- 
vention, (jui,  après  avoir  eu  peut-être  le  tm-t  de  supprimer  les  anciennes 
Académies  en  1793,  eut  lu  mérite  de  les  restaurer  déllnitivemcnt,  son.i 


SIXIÈME   ARRONDISSEMENT 


r/.) 


le  nom  d'Institut  national,  par  la  loi  du  23  octobre  1793.  Quelques 
changements  seulement,  et  de  peu  d'importance,  ont  éli  apportés  à 
l'organisation  primitive  ;  le  principal  a  ("-lé  la  création,  en  183-',  sous 
le  nom  d'Académie  des  sciences  morales  et  politiques,  d'une  cinquième 
classe  de  l'Institut. 
Ces  cinq  classes  sont  actuellement  composées  de  la  façon  suivante  : 


Académie  française 

-Académie  des  sciences 

Académie  des  inscriptions  et  bellcs-lellre>.  . 

Académie  des  beaux-arls 

.Xcadéinie  des  sciences  morales  et  poliliqiies. 

TOTAI 


Chacune  de  ces  Académies  comporte  aussi,  sauf  l'Académie  fran- 
raise,  des  associés  étrangers  et  des  correspondants  en  nombre  variable, 
élus  par  elles;  mais  seuls  les  membres  titulaires  et  libres  ont  le  titre 
de  membres  de  l'Institut  et  les  prérogatives  qui  y  sont  attachées. 

Le  grand  public  ne  se  préoccupe  guère  que  de  l'.Académie  française. 
iJans  certains  salons,  c'est  un  e.Kercice,  où  bien  peu  excellent,  de  citer 
sans  en  omettre  un  seul,  les  noms  de  ceux  qui  en  font  partie;  les  élec- 
tions, les  réceptions  surtout,  préoccupent  tous  ceux  qui  se  piquent 
d'être  quelque  peu  lettrés.  Les  autres  Académies  sont  fort  connues  des 
savants,  des  artistes  ;  leurs  travaux,  publiés  en  volumes  de  mémoires 
ou  de  comptes  rendus,  font  autorité  dans  le  monde  entier.  Les  concours 
qu'elles  créent  annuellement  sur  des  sujets  choisis  dans  la  nature 
de  leurs  études  sont  très  suivis.  Les  académiciens  titulaires  ont 
un  traitement  de  1,200  francs  par  an,  plus  300  francs  de  jetons  de 
présence,  répartis  entre  les  membres  qui  ont  assisté  aux  séances; 
cette  dernière  somme,  calculée  à  raison  de  6  francs  par  réunion, 
peut  donc  être  sensiblement  plus  forte  pour  les  assidus,  et  l'on  en  a 
cité  dont  l'assiduité  est  légèrement  inspirée  par  ce  calcul,  mais  c'est  l.'i, 

sans  doute ,  une 
calomnie.  Le  bud- 
get de  l'Institut 
est  formé  par 
l'État  ;  il  se  com- 
pose annuelle, 
ment  d'environ 
700,000  francs. 
En  1897,  il  s'est 
accru  d'une  façon 
magnifique,  au 
propre  et  au  spi- 
rituel, par  la  gé- 
néreuse donation 
que  lui  a  faite  le 


duc  d'Aumale  du  domaine  et  des  col- 
lections de  ChanlIUy. 
On  ignore  assez  généralement  que 
Institut  n'a   pas  de  vacances,   ses 
membres  ayant,  d'ailleurs,  tous  les 
droits  possibles  à  s'absenter  tant  qu'il 
'ur  plaît;   mais   chacune    des  cinq 
classes  s'assemble  une   fois  par  se- 
maine toute  l'année.  Le  public  est  ad- 
mis à  assister  aux  séances  des  .Acadé- 
mies des  sciences,  des  inscriptions  et 
belles-lettres  et  des  sciences  morales 
et  politiques;  l'.Académie  française  et 
celle  des  beaux-arts  siègent  à  huisclos. 


I.A    FONT  Al  NI 


FAÇADE   ET   Do.ME    DE    L'INSTITUT. 

Les  bâtiments,  avons-nous  dit,  ont  peu  changé  depuis  leur  origine. 
Leur  transformation  de  collège  des  Quatrc-Nations  en  Institut  a  exigé 
cependant  quelques  modifications.  La  chapelle  a  été  aménagée  par 
Vaudoyer  en  salle  des  séances  solennelles;  c'est  là,  sous  le  fameux 
dôme,  qu'ont  lieu  les  réceptions  à  l'.Académie  française  et  les  assemblées 
annuelles  de  chacune  des  cinq  Académies,  sans  compter  celle  où  toutes 
les  classes  sont  réunies,  le  25  octobre,  jour  anniversaire  de  la  fonda- 
tion. Lue  foule  élégante,  diserte,  soucieuse  aussi  de  se  montrer  dans 
la  bonne  compagnie,  se  presse  dans  celte  salle  beaucoup  trop  exiguë, 
maussade,  dangereuse  même  par  l'insuffisance  de  ses  dégagements,  et 
où  les  meilleures  places,  en  très  petit  nombre,  sont  encore  médiocres. 
En  184ti,  on  a  construit,  dans  l'aile  orientale  de  la  grande  cour  rectangu- 
laire, le  bâtiment  contenant  les  deux  salles  de  séances  hebdomadaires: 
elles  sont,  comme  le  dit  M.  de  Franqueville,  l'historien  le  plus  complet 
de  l'Institut,  «  d'une  austère  simplicité  ».  La  plus  petite,  celle  où  siège 
l'Académie  française,  la  salle  des  »  quarante  fauteuils  »  —  qui  sont  des 
chaises  —  a  eu  le  privilège  de  recevoir,  le  7  octobre  1896,  la  visite  de 
"empereur  et  de  l'impératrice  de  Russie.  A  peine  si  l'on  avait,  pour  cela, 
modifié  son  habi  tuelle  disposition.  Qui  le  croirait  !  Dans  cet  édifice  où  sont 
étudiées,  par  les  hommes  les  plus  compétents,  toutes  les  manifestations 

du  génie  humain,  le  téléphone 
est  inconnu,  l'éclairage  élec- 
trique n'a  été  appliqué  qu'au 
commencement  de  l'hiver  de 
1898;  nul  ascenseur  n'existe 
pour  conduire  au  lieu  de 
leurs  réunions,  que  près  de 
cinquante  marches  séparent 
du  sol,  ces  savants  dont  la 
plupart  sont  des  vieillards. 

La  façade  centrale  de  l'In- 
stilut,  sur  le  q\iai  Conli,  est 
décorée,  si  l'on  peut  ainsi  par- 
ler, de  lions  d'aspect  bêle  et 
pileux,  coulés  en  fonte  et  tout 
à  fait  mal  à  leur  place.  Peints 
en  verl,  ils  servaient  d'orne- 
iiienlsà  une  fontaine  disparue 
aujourd'hui;  d'iu'i  ce  plaisant 
i|ualrain  fait  contre  eux  : 

Superbe  liabilani  du  désert, 
Kn  ce  lieu,  dis-moi.  que  fais-lu? 
—  Tu  le  vois  à  mon  babil  verl, 
.?e  suis  membre  de  l'Inslitiil. 

Le  ^iirti  Conli  est  orné  de 
deux  statues  :  celle  de  la  Répu- 
blique, par  Soitoux,  œuvre  de 
1818,  proscrite  nalurollement 
par  l'Empire,  installée  en  face 
de  rinslilul,  le  14  juillet  1880, 
et  celle  de  Condorcet.  par 
Jacques  Perrin,  inaugurée  le 


AINT-MICIIEI,. 


fiO 


PARIS -ATLAS 


14  juillet  1894,  pour  le  centenaire  de  la  mort 
tragique  de  ce  grand  savant. 

Bonaparte,  alors  qu'il  sortait  de  l'école  de 
Brienne  et  n'était  qu'un  modeste  sous-lieute- 
nant d'artillerie,  a  habité  au  quai  Conli  une  man- 
sarde de  la  maison  située  à  l'entrée  de  l'impasse 
qui  sépare  la  Monnaie  de  l'Institut.  Cette  maison 
était  riiôlel  de  Sillery  ;  elle  portail  alors  le  n"  o 
du  quai  Conti  ;  elle  y  est  aujourd'hui  numéro- 
tée 13.  C'est  donc  par  erreur  que  l'on  se  mon  Ire 
commeayanl  été  larésidencedufulurvainqueur 
d'AusIerlilz  la  chambre  du  n"  5  actuel,  à  l'étage 
supérieur  de  la  maison  sise  à  l'angle  del'étroile 
rue  de  Xevers.  L'honneur  appartient  à  Auguste 
Vilu  d'avoir  su  ruiner  cette  légende.  (Bull,  de  la 
Sociélé  (k  riiisloire  de  Paru.) 

La  rue  Dnujihine,  ouverte  en  1G07,  doit  son 
nom  au  dauphin  qui  fut  Louis  XIII,  né  en  1601. 
Le  27  octobre  1792,  un  arrêté  du  conseil  général 
de  la  Commune  lui  donna  le  nom  de  rue  de 
Thionville.  Rien  de  plus  naturel,  l'n  arrêté 
préfectoral  du  27  avril  1814  lui  restitua  son 
premier  nom.  Rien  de  moins  étonnant.  Mais 
pourquoi  ne  s'appelle-t-elle  plus  rue  de  Tliion- 
ville,  puisque,  le  20  septembre  1839,  le  ministre 
de  l'Intérieur  en  donnait  l'autorisation  au  pré- 
fet de  la  Seine,  sur  le  vœu  des  habitants?  Voici 


I.E    PALAIS   DU   SÉNAT. 
(Entive  principale  sur  la  rue  de  Yaugirard.) 


sa  lettre,  encore  inédite,  que  nous  avons  trou- 
vée dans  une  liasse  des  Archives  nationales  : 

Monsieur  le  Préfet, 

Vous  avez  soumis  à  mon  examen,  le  17  août  der- 
nier, une  proposition  qui  a  pour  objet  le  cliangement 
du  nom  de  la  rue  Dauphine,  à  Paris,  qui  reprendrait 
celui  de  Thionville. 

Vous  rappelez  que  la  vue  Daviphine  existe  depuis  lfi07 
et  ([u'elle  tire  son  nom  du  Dauphin  qui  lui  Louis  XIll  ; 
quelle  prit  le  nom  de  Thionville,  le  il  octobre  17(li 
conformémenl  à  un  an-èlé  de  la  commune  de  Paris, 
qui  voulut  consacrer  la  mémorable  résistance  que  les 
habilanU  de  la  cilé  ainsi  dénommée  opposèrent,  à 
celle  époque,  à  l'invasion  étrangère  ;  que  son  ancienne 
dénominaliou  lui  fut  rendue  en  ISti  et  qu'elle  l'a 
conservée:  qu'à  la  liu  de  1S30,  une  dépulalion  de  la 
ville  de  Thionville  sollicita  la  remise  en  vigueur  de 
cel  arrêté,  et  qu'aujourd'hui  quelques  habilanls  de 
celle  rue  manifestent  le  désir  de  lui  voir,  en  eiïet,  res- 
tituer un  nom  qui  rappelle  un  souvenir  glorieux. 

\'ous  appuyez  ces  vœux. 

Je  ne  vois  aucun  inconvénient,  Monsieur  le  Préfet, 
à  ce  qu'ils  soient  favorablement  accueillis,  .le  vous  au- 
torise, en  conséquence,  à  donner  à  la  rue  dont  il  s'agit 
le  nom  de  Thionville,  et  à  prendre  les  mesures  que 
celte  subslilution  peut  exiger. 

Recevez,  etc. 

Entre   la    rue    Dauphine  et  la  place   Saint- 


PALAIS   DU    I.UXE.MBOURG  ;    FAÇAbl-:    liO.N.NA.Ni    .--LU    l.i-:    .lAKIiIN.    (A  Rauche,  les  lours  de  Saiiit-Sulpii 


Michel, 
surpris 


se  trouve  tout  un  réseau  de  rues  vieillottes  où  le  passant  est 
de  rencontrer  fréquemment  des  constructions  d'assez  grand 


.-^¥<SV-?w^ 


FAÇADE    DU   T1H-;ATRE  de   I/ODÉON.  (En  avant  le  buste  d'Iimile  Augicr.j 


air,  la  plupart  occupées  aujiiurd'luii  par  l'industrie  ou  le  coninierco. 
Il  y  en  a  dans  la  rue  Christiiu'  (Au  nom  d'vine  sd'ur  de  Louis  Mil  ,  dans 
\ii  rw  de  Savoie  [\a  princesse  (Christine,  épousa  un  duc  de  Savoii-i;  les 
rues  S'iinf-AndriJ-des-Arls  et  des  Gninds-Au</ustiiis  en  sont  ideines.  L'église 
Sainl-.Vndré-des-.\rts,  très  ancienne  paroisse  de  celle  région,  démolie 
pendant  la  Révolution,  était  siluée  à  l'exlréinilé  orienlaU'  de  la  nie 
qui  porte  son  nom,  à  l'angle  de  la  rue  Sui/er,  di'Moinniée  jadis  rue  du 
'  iuietière-Saint-.Vndré.  (Juant  à  la  rue  d(>s  (irands-,\uguslins,  elli'  doit 
Il  nom,  ainsi  que  le  quai,  au  couveiil  d'.VugusIins,  qui  s'élail  éi.ibli 

Il  bord  de  la  rivière  en  1293,  maison  iniporlatile  enli'e  loulcs,  où  eut 
Il   11.  le  l"  janvier  1579,  l'institution  de   l'onlre   du  .'^ainl-Kspril.    lOlle 

1  Mnt,  quelle  déchéance!  en  1812,  le  siègi'  d'un  marché'  ;'i  la  volaille 
iju  on  appelait  marché  de  la  Vallée,  ipii  disparu!  à  sou  tour.  Ci'  ipii  en 
reste  sert  de  dépôt  à  la  Compagnie  des  iminihus.  La  rue  du  Ponl-de- 
Lddi  fut  ouverte  en  1798,  sur  une  i)arlie  de  j'emplacenient  resté  libre 
de  l'ancien  couvent,  que  la  Révolulion  avait  fermé. 

Le  percement,  en  18'.'9,  de  la  rue  Dniitan  ^donl  l'amorie,  soii>  le  nom 
de  boulevard  .'>aint-.\ndié,  datait  du  commencemeni  du  seimwl  lùiipire) 
.1  l'ait  disparaître  un  coin  bien  ciirieiix  du  vieux  Paris  :  la  rui'  di-s 
l'oilevins,  si  élroile,  si  peu  praticabb' aux  voilures,  mais  si  pilloresqu(! 
el  féconde  on  Souvenirs  :  l'iKMel  de  'l'hou,  la  maison  l'anckoucke  et 
celli!  célèbre  pension  Laveur,  où  lanl  d'hommes  |ioliii(|ues  oui  l'ail 
l'apprentissage  de  leur  talent  or.itoire.  Du  mém.;  eou|i,  l.i  iiioehe 
u   fait   tombur    les    bâtiments    du   l'ancien    coliègu    Mignon,   devenu 


sixii:mi;   \I!i;o\i)i->si;mi;\t 


01 


,\LI,1-:    DUS    SEANCES    I 


,•1    l.-' 


l'i' 


•.    Au 
■  1 ] 1 i  I  ■  [■ 


Xi.    la    lll.lisnll 
Im'iIi.'I    [Liiisicn 


tcjiii-  à  luiir  (Ml  (-e  sii"M:li'  iiiaiiii'  di^  raiioiidissemenl,  puis  iiiipriinf-rie. 

La  fontaine  Saint-Michel  lait  assez  bol  (•(l'ol  sur  la  |)iaf:c  cl  à  l'ciilri'e 
ilubouIrvai.ld.MT  rini]].l':ilr,lalcilrl8(i0(;tat;upoui-ai-cliilccli'l»avi..uil. 

En  suivani  la  iiic  Sa  inl-Auilii'-dcs-.Vrls,  nous  iiassr-roiis  devant  |.- lycée 
Fénelon,  le  ineniier  en  dale 
lies  lycées  de  jeunes  lilles,  onvejl 
en  1883,  dmil  on  a  reeoiisirnil 
soniplni'usenienl  les  lacades  de 
1893  à  1893.  L:n  i.eu  pins  lia  ni 
s'ouvre  le  pas^nr/e  du  Coiamcrcc, 
où  Sainle-Beuve,  jouno  el  pan- 
vi'e,  \i''v\\\  dans  niu'  mansarde. 
I.'anni'Xe  du  pa^sa^'e  (pii  s'mivre 
h  ganrhe  el  se  lunlinne  par  la 
ruo  du  Jardinet  se  nomme  anir  ili' 
Rohan —  il  laudrail  dire  Hmnui, 
puisque  là  était  rinjl(d  des  ar- 
cliovèques  de  cette  ville;  un  y 
voit  encore  nu  iui|iorlaMl  Irai.'- 
menl  d'une  tour  de  la  mm  ail  h' 
do  Philippe-Auguste. 

La  rue  Mazurinc  abond.'  en 
maisons  historiques  :  an\  nu- 
méros 12  et  14  l'ancien  jeu  de 
paume  où  la  troupe  de  Moliéie 
ouvrit  l'Illustre  Théâtre  en  lû'i3; 
au  42,  l'ancien  théâtre  (àu'né- 
gaud,  successivement,  de  1071 
à  1689,  Opéra,  théâtre  de  Mo- 
liijre  et  du  Marais,  réunis  après 
la  mort  de  Molière,  entin  C.onn 
l'intelligent  comédien  du  l'éiie 
pompiers. 

Quanta  la  rue  de  rAncienuc-Cuincdic,  i-\\v  n'est  ainsi  nommée  ipie 
depuis  1834,  en  souvenir  du  tli(''àtie  de  la  r.dim'die  l'ianeaise,  (pii  s'y 
tint  de  1689  à  1700.  C'était  la  rue  des  l-'ossés-Saint-Ceiniain-.les-l'rés, 
et,  plus  niodernement,  rue  de  la  Cmuédie. 

Déjà  nous  avons  dit  (p.  S7)  l'origine  de  la  rue  Mazct.  ].v  restaurant 
Magny,  fameux  par  ses  diners  d'intellectuels  ('Renan,  l'Ianhert,  les  Con- 
court, Berllielot,  etc.i  en  a  disparu,  il  y  a  linéiques  années,  mais  on 
peut  y  voir  encore  une  curiosité,  l'auberge  du  Cheval-Blanc,  la  der- 
nière peut-être  des  auberges  du  centre  de  Paris,  avec  cour,  remises, 
écuries,  poules  qui  |>icûrent,  dindons  qui  gloussent,  etc.  'l'In'ophile 
(jautier  ne  s'en  serait-il  pas  inspiré  pour  dé-crire  riiOtelli'rie  de  la  nie 
Daupliine,  où  il  a  installé 
ses  comédiens  du  Capituine 
FracaiSe  ? 

Quartier  de  l'Odéon. 

—  Le  22'-  (piaitler  île  Pans 
est  placé  sous  le  vocable 
du  théâtre  de  l'Odéon. 
Nous  ne  chicanerons  jias 
là-dessus  l'édilité  pari- 
sienne; elle  aurait  sans 
doute  choisi  la  dénomina- 
tion :  quartier  du  Luxem- 
bourg, si  elle  ne  lavait 
donné  à  l'ensemble  de 
l'arrondissement.  Elle  au- 
rait •  pn  tout  aussi  bien 
adoptei'  poiii  n-  ipiailier 
le  patronage  de  .Sainl-Sul- 
l)ice  ou  de  l'Ecole  de  mé- 
decine. Au  fond,  peu  im- 
jiorto.  L'Odéon,  il  Inil 
pourtant  bien  le  dire,  est 
un  tard  venu  dans  ces  pa- 
rages, ([ui,  depuis  le  com- 
mencemout  du  xviir  siè- 
cle, étaient  occupés  par 
l'hôtel  des  princes  de 
Bourbon  (les  rues  de  Coudé 
et  Monsieur-le-Prince  n'ont 
pasd'autre  étymologic  que 
ce  voisinage).  Vers  177(1, 
le  prince  Henri  de  Bour- 
bon ayant  fixé  sa  rési- 
dence au  Palais-Bimrbon, 
aujourd'hui  Chambri^  des 


députés,  qui  appartient  au  VII«  arrondissemeul,  les  leriains  de  l'hôtel 
de  Omdé  devinrent  libies,  et,  par  lettres  patentes  du  30  juillet  1773,  le 
roi  décida  <|u'()ii  en  ii(ilis<-rail  une  partie  pour  la  coustruclion  du 
tle'àlr-'  de  si.s  roniéili' II-  fran'ai-.  qui,  forcés  d'abandonner  leur  salle 

de  la  l'ue  des  Fossés-Saint-<jei- 
maindes-Prés,  parce  qu'elle  iiie- 
naçail  île  s'éi-roulei-.  jouaient 
alors  à  lilie  provisoire  au  tlié;i- 
Ire  du  cliàleau  des  Tuileries. 

Le  premier  projet  consistait  à 
bâtir  la  nouvelle  salle  sur  l'em- 
plar:emenl    du  carrefour  actuel 

■  le  l'Odéon.  Des  lettres  patentes, 

■  lu  10 août  1779,  décidèrent  qu'il 
était  préférîible  «  de  la  placer 
dans  la  partie  la  plus  voisine  du 
Luxembourg,  afin  que,  plus  nip- 
prochée  du  palais  que  nous 
avons  donné  à  noire  très  cher 
et  très  amé  frère,  .Monsieur,  pour 
son  habitation  et  celle  de  noire 
1res  chère  el  très  amée  sœur  M.i- 
d.inie,  elle  soit  un  nouvel  agré- 
ment pour  leur  habitation,  en 
même  temps  que  pour  nos  su- 
jets qui,  avant  d'entrer,  ou  en 
sortant  du  siiectacle  de  la  Comé- 
die-Française, auront  à  proxi- 
mité une  piiimena<le  dans  le^ 
jarilins  du  Luxembourg...  •• 

evi'  en  1782.  sous  la  direction  des  archileetes  Peyre 
idncr  de  l'Odéon,  qui  s'élend  devant  s;i  façade,  fut 
n  circnl.iire,  de  façon  à  s'harmoniser  avec  l'édifice: 
reliaient  aux  deux  maisons  d'angle  de  celle  place. 
lin  des  rues  Corneille  et  Hotrou;  ils  ont  disparu  depuis  longlemp-. 
I.'iidéon  n'est  qu'un  cube  de  pierres,  [leu  agréable  à  voir.  Il  est  d 
bmi  goût,  rhc/,  les  boulevardiers,  de  déclarer  qu'il  est  au  bout  du 
momie,  de  faire  une  affreuse  grimace  lorsqu'une  nouvelle  représeni a- 
lion  les  convie  à  accomplir  le  voyage  ;  tout  cela  n'empêche  [las  que  c  - 
|iierres  soient  de  solides  assises  de  notre  littérature.  On  y  a  joué  d- 
méchants  actes,  comme  partout;  mais  combien  d'œuvres  remarquabb- 
et  vibrantes,  aussi!  Quelles  soirées  d'enthousiasme  la  jeunesse  répu- 
bliiaine  y  a  passées  à  la  fin  du  second  Empire  !  El  les  arcades  même 
qui  entourent   le  monumcnl,  L'aniies,  bondées  de  livres,  ne  sont-elles 


s  1-:  N  .\  T. 


I.'éllitier    lut   acl 

et  de  Wailly.  La 
loniiU'  sni'  \[\\  |d; 
lieux  portiques   le 


.\  .N  C  1 1;  N  M-:    S.VI.I.i:    lU'    TRONE    AU    l'AI.AIs    l>  l'    l.r\i:M!H>l'K 


P  A  H I  3  -  A  T  !.,\  s . 


C2 


TARIS -ATLAS 


pas  le  rendez-vous  des  hommes  studieux,  qui  viennent  là  feuilleter  le 
bouquin  nouveau,  se  tenir  au  courant  de  tout  ce  ((ui  paraît"?  En  vérité, 
ces  quelques  mètres  carrés  constituent  l'un  des  [dus  ininienses 
domaines  de  la  pensée. 

Sur  la  place  de  l'Odéon,  dont  nous  venons  de  dire  mi  nmi,  !.■  monu- 
ment élevé  par  Barrias  à  la  mémoire 
d'Emile  Augier  (inauguré  le  7  novem- 
bre 1893)  attire  l'attention  sans  la  rete- 
nir liien  longtemps.  On  s'étonne  que  le 
busic  du  maître  tourne  le  dos  au  théâtre 
où  furent  jouées  ses  premières  œuvres; 
en  outre,  ce  buste  est  un  peu  grêle  pour 
le  haut  piédestal  qui  le  porte;  en  re- 
vanelie,  les  deux  ligures  qui  raccompa- 
gnent, la  Comédie  et  YAventurière —  le 
clicf-d'œuvre  d'Augier^  sont  d'un  excel- 
lent effet. 

Vis-à-vis  la  maison  du  café  Voltaire, 
est  celle  qu'habitait  Camille  Desmoulins 
en  1792. 

Palais  du  Luxembourg  iSénat).  — 
Le  duc  de  Piney-I.uxenibourg  n'imagi- 
nait guère,  sans  doute,  lorsqu'il  acheta, 
vers  1380,  un  hôtel  hors  les  murs,  dans 
le  faubourg,  que  par  ce  moyen  son  nom 
se  fransmetirait  ù  travers  les  siècles. 
C'est  pourtant  ce  qui  est  arrivé,  en  dépit 
de  multiples  changements  de  propriété, 
tant  la  routine  a  d'empire  sur  l'esprit 
humain.  Vingt  ans  après  cette  acquisi- 
tion, il  ne  restait  rien  ni  du  duc,  ni  de 
son  logis,  rien  que  le  nom,  au  palais 
que  Marie  de  Médicis  fit  construire,  en 
1615,  par  son  architecte  préféré,  Salomou 
de  Brosse,  sur  le  modèle  du  palais  Pitti, 
à  Florence.  Nous  ne  l'en  trouvons  pas 
plus  mal  pour  cela.  Certes,  l'ensemble 
est  dépourvu  de  légèreté  ;  le  bossage  de 
la  pierre  ne  vaut  pas  les  fines  ciselures 
de  l'art  du  xvi=  siècle,  mais  cet  ensemble 

a  une  grande  majesté  dans  la  simplicité;  ce  n'est  pas  un  mince  mérite. 
De  plus,  le  monument  est  absolument  homogène,  chose  rare,  et  une 
telle  harmonie  a  présidé  à  son  plan  r|ue.  sous  Louis-Philippe,  un  habile 
architecte,  M.  Scellier  de  Gisors,  a  pu  doubler  le  palais  par  une  façade 
neuve  sur  le  jardin  sans  que  l'on  s'aperçoive  qu'elle  est  plus  jeune  de 
deux  siècles.  .Après  Marie  de  Médicis,  «  Luxembourg  »,  comme  on 
disait,  appartint  à  Gaston,  duc  d'Orléans,  qui  en  laissa  la  jouissance 
~à  sa  fille,  .M"«  de  Monipensier,  la  grande  Mademoiselle;  c'est  là  qu'elle 
souffrit  toutes  les  angoisses,  toutes  les  huiniliations  de  son  malheu- 
reux amour  pour  Lauzun.  -Au  sièelc  suivant,  le  palais  resta  à  la  famille 
d'Orléans,  jusqu'à  ce  que  Louis  \VI  l'ait  donné  cti  apanage  à  son  frèi-e 


DÉT.ilL   DE    LA   FONTAINE    DE   CAKPEAUX, 


aîné,  le  comte  de  Provence.  Puis,  il  est  devenu  successivement  bien 
national  en  1790,  prison  en  1792,  siège  du  Directoire  en  1793,  du  Sénat 
conservateur  sous  le  pn-mier  Empire,  de  la  Cliambre  TTés^airs  peu- 
daut  la  Restauration  et  le  règne  de  Louis-Philippe,  du  Sénat  enfin, 
sdus  Napoléon  III  et  dipuis  le  rétablissement  de  la  Chambre  haute 
par  la  Constitution  de  1875. 

A  l'Ouest  du  grand  palais,  Richelieu 
s'était  fait  construire,  en  1629,  un  hôtel 
qui  a  été  toujours  nommé  le  Pelit-Luxem- 
bourg.  Un  corps  de  bâtiment  tour  à  tour 
édilié  et  démoli  le  reliait  avec  le  grand 
Luxembourg  ou  l'en  isolait;  la  relation 
existe  depuis  que  le  Petit-Luxembourg 
est  devenu  la  résidence  du  président  du 
Sénat. 

Le  jardin  du  Luxembourg,  l'un  des 
plus  beaux  de  Paris,  a  toujours  été  public: 

Au  Mail,  à  Luxembomg  et  dans  les  Tuileries, 
Il  fatigue  le  monde  avec  ses  rêveries... 

dit  Molière  dans  Les  Fûcheux.  —  M™"  de 
Sévigné,  un  peu  plus  tard,  en  1672,  écrit 
à  sa  lille  :  «  Voilà  Luxembouig  à  Made- 
moiselle, et  nous  y  entrerons.  Elle  avoit 
fait  abattre  tous  les  arbres  du  jardin, 
rien  que  par  contradiction  ;  ce  beau  jar- 
din étoit  devenu  ridicule  ;  la  Providence 
y  a  pourvu.  11  faudra  le  faire  raser  des 
deux  côtés  et  y  mettre  Le  Nôtre  pour  y 
faire  comme  aux  Tuileries.  » 

Que  n'est-il  resté  ce  qu'il  était  quel- 
ques années  avant  la  guerre  de  1870!  La 
suppression  du  couvent  des  Chartreux, 
en  1790,  avait  permis  d'y  annexer  la  Pé- 
pinière, déjà  célèbre  au  xvin'=  siècle,  et 
les  jardins  autres  de  cette  maison  reli- 
gieuse, c'est-à-dire  l'espace  compris  au- 
jourd'hui entre  les  rues  .\uguste-Comte 
et  d'.Assas,  le  boulevard  Saint-.Michel  et 
la  place  de  l'Observatoire.  La  plus  mal- 
heureuse —  pour  ne  pas  dire  la  plus  coupable  —  des  idées  d'Ilauss- 
mann  fut  d'aliéner,  en  1867,  toute  cette  partie  du  jardin,  la  Pépi- 
nière, qui  était  bien  la  plus  aimable  promenade  que  l'on  put  imaginer. 
L'opération,  exclusivement  financière,  ne  réussit  pas;  la  Pépinière, 
saccagée,  resta  à  l'élat  de  terrain  vague  pendant  de  longues  années; 
durant  le  siège  de  Paris,  on  y  créa  une  poudrière  à  laquelle  les  com- 
battants de  la  Commune  mirent  le  feu,  le  2'i  mai  1871,  lors  de  la 
prise  du  quartier  par  les  troupes  de  Versailles.  Plus  de  dix  ans  s'écou- 
lèrent encore  avant  (ju'ail  été  achevée  la  jolie  avenue  de  l'Observa- 
toire, enfin  bordée  de  maisons  telles  'que  le  rêvait  llaussmann,  avec 
ses  deux  aimaliles  squares,  dont  le  plus  voisin  de  l'Observaloire  ren- 


SIMKMi;    Altl'.d.NDISSKMKNT 


63 


fpnno  uno  fonlnine  inoniiifK'ril.iIi^,  inivif^  cl,  clicl-d'œuvre  de  Carpoaiix. 
Nous  n'i'ii  avons  p,is  lini  .ivfc,  li;  j.ii-diii  du  l.uxoinboui-i,'.  Il  faut  y 
roc.oiniiinndiT  la  foiiLiiiir  <U-  Mcdicis,  que  rarcliilfic'ti!  Jacques  de 
Brosse  eonstruisit  sur  l'oidir  de  Marie  de  Mi-diris,  et  qui  est  si^  gra- 
cieusement encadrée  dans  la  vi/rdure  des  liaiils  |ilalanes,  à  l'exlréinilé 


LE   GÉANT  POLYPfTÉME   S  U  n  P  n  E  X  \  .\  T  .IC/.S   ET   OALATEE. 
(Groupe  d'Ottin,  ornant  la  fontaine  MéJii'is.) 

d'un  long  et  charmant  bassin.  En  18o2,  le  sculpteur  Ottin  exécuta, 
pour  orner  la  fontaine,  le  joli  groupe  de  Pohjphhne  surprenant  Acis 
el  Galalée.  Avant  de  quitter  le  jardin  du  Luxembourg,  il  faut  rappeler 
que,  depuis  quelques  années,  l'usage  s'est  établi  d'y  consacrer,  par 
des  monuments  ou  des  bustes,  la  mémoire  de  nos  artistes  ou  de 
nos  écrivains  morts  depuis  peu  :  Watteau,  Eugène  Delacroix,  dont  le 
beau  monument  est  dû  au  ciseau  de  Dalou  ;  Théodore  de  Banville, 
Miirger,  Sainte-Beuve,  Leconte  de  Lisle.  Quant  aux  statues  des  reines 
cl  femmes  illustres  qui,  depuis  trop  longtemps  se  dressent  sur  le 
pourtour  des  deux  terrasses,  il  vaut  mieux  n'en  rien  dire.  Jetons 
enfin  un  dernier  coup  d'œil  au  bassin  du  parterre  central,  si  cher  aux 
navigateurs  en  herbe  qui  confient  à  ses  flots  leurs  légers  esquifs,  aux 
paliiicurs  hardis  qui  aspirent  aux  fortes  gelées  pour  aller  s'y  entre- 
cliiHiucr. 

I.e  musée  du  Luxembourg  éiait  autrefois  installé  dans  l'aile  du 
palais  la  plus  proche  de  l'Odéon;  en  1887,  on  l'a  transféré  dans  l'oran- 
gerie du  jardin,  sise  à  l'Ouest  du  Petit-Luxembourg,  avec  entrée  spé- 
ciale sur  la  rue  de  Vaugirard,  vis-à-vis  de  la  rue  Férou.  Dans  l'organi- 
sation actuelle  de  nos  musées  nationaux,  celui-ci  est  réservé  aux 
artistes  vivants,  peintres,  sculpteurs,  médailleurs,  dessinateurs.  Il  esl 
sans  cesse  approvisionné  d' œuvres  remarquables,  mais  appelées, 
d'après  les  conditions  même  qui  les  ont  fait  admettre,  à  laisser  la 
idace  à  d'autres.  L'espace  y  est  en  outre  bien  mesuré,  encore  qu'on 
ait  récemment  agrandi  les  galeries. 

A  l'extrémité  opposée  du  jardin,  sur  lequel  elle  l'ait  une  emprise, 
l'École  des  mines  a  sa  façade  principale  sur  le  boulevard  Saint- 
Michel.  Sa  fondation  est  antérieure  à  la  Bévolution,  mais,  telle  qu'elle 
fonctionne  maintenant,  elle  est  en  (luelque  sorte  une  école  complé- 
mentaire de  l'École  polytechniiiue,  dont  elle  reçoit  les  premiers  élèves 
sortants  pour  l'étude  spéciale  de  la  métallurgie  et  de  la  minéralogu-. 
Elle  admet,  en  outre,  après  concours,  des  aspirants  au  brevet  d'nigé- 
nieur  civil  des  mines. 

Le   boulevard  Saint-Michel  ne   date  que   du  second  Empire.   Si  l'on 


regarde  un  plan  antérieur,  on  se  rend  compte  qu'-  l.i  v..ie  de  commu- 
nication à  laquelle  il  s'est  avanlagcusernent  subsliliié  «''lait  la  rue  de  la 
Harpe.  Au  cariefour,  resté  sans  dénomination,  que  forment  le  bou- 
levard, les  rues  de  Médicis,  Monsieur-le-Prince  et  Soufllol,  était  l'an- 
cienne i)orle  Saint-Michel,  de  l'enceinte  de  Pliilip|ie-.Vuguste,  porte 
détruite  en  1684  et  remplacée  alors  par  une  place  dite  de  Saint-Michel, 
où  il  y  avait  une  fontaine  et  un  marché.  L'enceinte  suivait  le  tracé  de 
la  rue  .Monsieur-le-Princc,  nommée  jadis,  pour  celle  raison,  rue  des 
Fossés-Monsieur-le-Prince. 

Sur  le  boulevard  Saint-Michel,  le  lycée  Saint-Louis  cache,  der- 
rière une  façade  monumentale,  les  bâtiments  beaui  oup  moins  beaux 
du  collège  d'HarcourI,  auquel  il  a  succédé.  Ses  litres  de  londaiion  sont 
vénéraliles,  car  ils  datent  de  1280.  On  ne  songeait  guère  alors  à  la 
rue  Racine;  elle  ne  fut  percée  qu'en  1779,  pour  servir  de  dégagement  à 
l'Odéon  jusqu'à  la  rue  Monsieur-le-Prince,  son  prolongement  jusqu'à 
la  rue  de  la  Harpe  ne  date  que  de  1826.  En  revanche,  la  rue  de  CEcote- 
ile-Médecine  existait  dès  le  moyen  âge  sous  le  nom  de  rue  des  Cordeles 
ou  des  Cordeliers,  parce  que  le  couvent  des  Cordeliers,  célèbre  au 
moyen  âge,  plus  céb'bre  encore  comme  club  révolutionnaire,  y  était 
situé.  De  ses  bâtiments  est  restée  debout  une  belle  salle  du  x\'  siècle, 
le  réfectoire  des  religieux,  devenu  musée  Dupuyiren,  mais  les  con- 
structions annexes  de  l'École  de  médecine  l'ont  si  complètement  enve- 
loppée qu'il  est  bien  difficile  maintenant  de  l'apercevoir  du  dehors. 

En  face,  s'ouvre  la  rue  Bautefeuille,  qui  a  conservé  quelques  gi-a- 
l'ieuses  tourelles  en  encorbellement.  D'où  vient  ce  nom  de  Haute- 
l'ruille?  d'arbres  de  stature  élevée"?  Ce  serait  trop  simple.  L'éminent 
.riiilit  Quicherat  a  établi  qu'avant  la  construction  du  couvent  des  Cor- 
deliers.'cette  l'ue  se  prolongeait  sur  le  flanc  de  la  colline  jusqu'à  un 
vieux  château  datant  du  haut  moyen  âge,  silué  vers  la  porte  Saint- 
Michel,  dont  nous  venons  de  parler,  et  nommé  en  vieux  français  haut- 
tenil  ou  haute  folie.  Ce  mot  avait  alors  le  sens  de  trahison,  d'embus- 
cadi'.  et  l.>  nom  <-n  avait  été  donné  au  château  à  la  suite  de  quelque 
soniliic  avc-nfiiv. 

L'École  de  médecine  —  que  l'on  doit  plus  exactement  appeler  la 


LA    FONTAINE    riK   MlîniCIs,    AU    LUXKM  iiOU  KG. 

Faculté  de  médecine  de  l'I'niversité  de  Paris  —  a  remplacé  l'ancienne 
Académie  royale  de  chiruraie,  qui  elle-même,  en  1769,  ayant  occupé  le 
terrain  de  l'ancien  collège  de  Bourgogne,  y  avait  fait  aussitôt  construire 
liar  l'architecte  Gondouïn  le  bâtiment  central,  en  façade  sur  la  place. 
Cet  édifice  suffit  longtemps  aux  besoins  de  l'art  d'ilippocrate,  mais,  de- 


r.VlUS-ATL.VS 


LE    BASSIN    BU    LUXEMBOURG. 

pui^uiio  Irenlahif  Jaiiiu'es,  des  agran- 
dibseuients  considrrabli's  onl  élr  jugés 
nécessaires,  si  bien  que  les  bâtimenis 
couvrent  tout  le  quadrilatère  irrégulier 
formé  par  les  rues  de  l'École-de-Méde- 
cine  et  Hautefeuille  dune  part,  le  bou- 
levard Sainl-Germain  d'autre  pari,  sans 
parler  de  l'École  pratique,  construite  de 
l'autre  côté  de  la  rue  de  rÉcole-di> 
Médecine,  chez  les  anciens  Cordeliers. 
'l'out  cela  constitue  un  amas  sérieux  de 
pierres  de  taille.  On  n'en  meurt  pas 
moins  sùiemeni,  mais  [)lus  tard,  ce  qui 
(•^l  appréciable  pour  cerliiins,  avec  moins 
de  souffrances,   ce   qui   est   appréciable 

pour  tous.  I,a  partie  occidentale  de  ces  constructions  a  fait  dis|i.iiailie 
une  notable  partie  de  la  rue  de  l'École-de-Méderine  on  y  voyait  uni' 
assez.jolie  lnnlaine),  l'exlréraité  du  passage  du  Comnierre,  où  diMiieu- 
rait  Danton,  la  maison  où  Marat  fut  assassiné  par  Cliailolle  ('.drday... 

Sur  le  terre-plein  du  boulevard  Saint-derniaiu,  à  quelques  nn''tres 
l'une  de  l'autre  deux  statues  :  celle  de  Kroca,  par  le  sculpteur  sourd- 
muet  Clioppin;  celle  de  hanlfui,  (envie   de 
M.   A.   Paris,  élevée  Je  14  Juillet  1891.  sur 
rem(ilacement  même  de  la  maison  qu'habi- 
tait le  puissant  oraleur. 

Lu  [leu  plus  loin,  à  l'angle  de  la  rue 
Grégoire -dc-Tours,  une  jolie  construction 
attire  les  regards,  c'est  lliotel  du  Cercle  de 
la  librairie.  On  ne  sera  pas  surplis  qu'elle 
ail  si  bonne  mine  lorsqu'on  s;Lura  qu'elle 
est  signée  Charles  (iarnier. 

Au  del.i  de  la  rue  de  Seine,  le  marché 
Saint-Germain  leprésenle  à  peu  piés 
reni|ilucement  de  la  l'oii'e  Saint-tiermain, 
qui  donna  tant  de  divertissements  au  bon 
peu(de  de  Paris.  Klle  avait  été  concédée, 
en  1482,  à  l'abbaye  de  Sainl-tierniaiii-des- 
l'rés,  toujours  en  quête  de  ressources 
nouvelles.  PurenuMil  commerciale  à  l'ciri- 
gine,  elle  perdit  ce  caractère  durant  la 
seconde  moitié  du  xvi"  siècle  cl  desinl 
simplenu-nl  un  lien  de  plaisir,  d'orgies 
même  durani  sa  tenue  annuelle,  qni  co'iii- 
cidait  avec  b-  carnaval.  On  y  jouait  un  jeu 
infernul,  on  s'y  battait,  les  femmes  bun- 
m"-tes  y  jetaient  leur  bonnet  jiar-dc-ssus  b-s 
mimlins,  les  iilles  de  joie  faisaient  forluni', 
le  tout  nous  l'ii'il  pat('rni-l  du  bailli  des  re- 
ligieux, lequ(d  ik;  verbalisait  ipie  lorsque 
le  scandale  était  [lar  troj)  grand;   mais  le  i,k  MONUMtîNT  l>'t': 

111. yen  de  se  fàclier  quand  Henri  111,  le  roi  (A,,  jcpiin  du 


lui-même,  donnait  le  signal  des  pires  folies! 
Cela  dura,  avec  des  périodes  de  calme  et  des 
péripéties  diverses,  jusqu'au  printemps  de  l'an- 
née 1762,  où  les  bâtiments  delà  foire  brûlèrent. 
Ou  tenta  de  les  reconstruire,  mais  la  vogue 
éiait  partie;  la  foire  mourut  d'inanition  après 
le  carnaval  de  1786. 

In  décret  de  1811  prescrivit  la  construction 
d'un  marché  sur  cet  emplacement.  Il  fut  ouvert 
eu  1818.  On  y  vend  à  la  fois  des  denrées  ali- 
mentaires et  des  objets  de  ménage  ou  de  toi- 
lelle;  mais  le  commerce  y  était  languissant, 
(!'•  plus  en  plus,  si  bien  qu'une  aile  du  qua- 
iliilatère  a  été  désaffectée  afin  de  faire  place 
à  une  salle  où  concourent  les  jeunes  tilles 
pnur  l'obtention  des  brevets  d'enseignement. 
fiiutes  les  rues  environnantes  portent  des 
niuns  de  Bénédictins  de  Saint-Germain-des-Prés, 
qui  se  sont  illustrés  dans  la  science  historique. 
VictorHusoa  comparé 

les        |n||ls\le        l'église 

Saint-Sulpice  à  deux 
grosses  clarinettes.  Pour 
être  exacte,  la  compa- 
raison est  injuste,  car  il 
n'y  a  pas  que  cela  à  dire 
de  Sainl-Sulpice.  Quel 
que  soit  le  peu  de  nié- 
rite,  en  général,  des  édi- 
fices religieux  construits 
aux  xvii"'  et  xvui"  siècles, 
on  peut  citer  des  excep- 
tions. Saiut-Sulpice  en 
r^^^     ^^^_  ""Si   une.    La    première 

Jj.  VsifS^lr.^^jfl^^^  pierre    de    l'écïilice   fut 

ir  J      !        ..^_^Z3  posée  en  1646,  pour  lem- 

placer  une  pauvre  église 
l'ondée  en  12b0,  mais  le 
gros  de  l'œuvre  appar- 
tient au  xvni"  siècle  ;  la 
façade  et  les...  clari- 
nettes furent  construites 
parServandoni,  en  1748; 
encore,  la  Imir  de  dioili.  l(iisi(u'on  regarde  la  façade,  reste-t-elle  ina- 
(hi'vée  el  en  mauvais  élal.  Ce  qui  fait  la  beauté  de  Sainl-Sulpice,  c'est 
l'ampleur  majeslueuse  de  ses  proportions,  grâce  à  laquelle  les  grandes 
cérémonies  y  prennent  un  caractère  de  solennité  toul  à  fait  imposant. 
Ouant  à  la  décoration  |iiclurale,  elle  est  médiocre;  il  faut  cependant 
exeejiter  (iuel([ues  compositions  d'Eugène  Delacroix.  A  signaler,  dans  le 
transept  gauche,  un  obélisciue  doiil  le  pié- 
destal porte  une  longue  inscription  consa- 
cianl  le  passage  de  la  ligne  méridienne  à 
Cl'  pnint  et  indiquant  les  travaux  astrono- 
niii|ues  achevés  en  1743  pour  arriver  à  la 
(irieiiiiinalion  du  méridien  de  Paris. 

I.e  cenlie  de  la  jilncc  Sninl-Siil/iice  est  oc- 
cupé par  une  fontaine  monumentale  d'un 
slyle  bien  fioid,  placée  là  en  1847.  C'est 
I  ii'uvre  de  \isconti,  qui  fui  souvent  mieux 
inspiré.  IClle  est  divisée  eu  qualie  arcades 

I lenaul  b's  slalues  de  l'IécliiiT,  liossnet, 

Massilbui  el  Kénelon. 

I,a  longue  façade  du  séminaire  diocésain, 
l'onstruil  enl820, n'esl  pas  faite  pour  donner 
de  |;i  gaieté  à  la  place,  qui  sérail  bien  mo- 
rnse  si  un  marché  aux  lleurs  ne  venait,  deux 
biis  par  semaine,  lui  donner  un  peu  d'ani- 
mation. 1,'angle  Sud-Onesl  est  occupé  par 
la  mairie  de  l'arrondissenienl,  édiliée  en 
18:;:}.  dans  le  style  administratif;  de  188<i 
1^  IH^^iHI^HH  à  1889,  on  lui  a  ajouté  une  façade  du  même 

9k  i;<iiil  sur  la  rue  .Madame. 

jAi'--  Kien  liisles  aussi  son!  les  rues  qui  a\ni- 

~'^'  sineni  l'église.   Hue  Servandoni,  l.'i,  est  la 

maison   où   tlondorci'l,  proscrit,  liouva   nu 
asile  pendant  linil  mois.  Il  y  écrivit  sa  dei-- 
nière  u'uvre  :  Esquisse  des  progrès  de  l'es/iril 
iififeNK  Pior.Af^Koix.  humain.  Sa  tête  étnil  mise  à  prix  ;  pour  ne 

i.uxciiiboiirB)  l''''S  coniproiiu'tlre  sa  proteclrice,  il  s'cnfuil 


E.NTKÉK    DU    MUsliE    il  U    LUXE.MBOUKG,    KUK    DE    V.V  UGIK  A  li  D. 


s  I X 1 1:  M  E    A  R  R  0  -N  D I S  S  E  M  K  N  T 


sous  un  di'guiscmenl;  mais,  re- 
connu à  Clamart,  incarci'iiî  dans 
la  geôle  du  district  de  liourt.'-la- 
Heine,  il  s'y  donna  la  mort  on 
absorliant  un  violent  poison  con- 
liMiu  dans  le  chaton  de  sa  hague. 

l'ai-  la  tue  Bonaparte  fancienne 
rue  du  l'ot-de-Fer)  nous  rega- 
gnons le  Luxembourg  et  la  jolie 
rue  du  Lu.mnhourf),  nouvelle  em- 
prise Iiaussinanes(|ue  sur  le  jar- 
din; quel(|ues-unes  de  ses  mai- 
sons ont  conservé  l'ancienne 
giille  où  étaient  pratiquées  des 
portes  à  l'usage  des  riverains  et 
que  les  gardiens  fermaient  la 
nuit  venue. 

Le  n"  4  de  la  rue  de  Fleuras 
représente  l'emplacement  du  pe- 
tit théâtre  de  Bobino,  qui  eut,  il 
y  a  quelque  quarante  ans,  son 
temps  de  célébrité. 

Toute  une  série  d'établisse- 
ments d'enseignement  occupent, 
depuis  vingt  ans,  les  terrains  de 
l'ancien  eneb'S  <les  cliarlivux  : 
le  lycée  Montaigne  et  l'Ecole 
coloniale  en  façade  sur  la  no' 
Auguste -Comte;  l'Ecole  de  pharmacie 
ment,  un  service  annexe  de  la  Faculté  de 


LA    FONT.VTNE   DE   LA   PLACE   S  A  INT-Sl-LPICE. 


Clinique  d'accouche- 
ienees,  le  long  de  la  rue 
(l'A>sas.  Ils  y  sont  fort  bien  installés,  dans  de  parfaites  conditions  de 
salubrité:  ils  ne  nnus  funt  pas  oublier  la  Pépinière. 

Quartier  Notre-Dame-des-Champs.  —  Pour  la  tranquillité,  pour 
le  calme  sib  mieux,  un  pi-u  mr.rn''.  dont  certaines  villes  de  province 
s..nt  faites,  mais  qui  surprend  à  Paris,  le  quartier  Notre-Dame-des- 
Charaps  n'a  de  rival  que  son  voisin  du  VII'  arron(li>siru>-nl,  le 
quartier  Saint-Thomas-d'.Vquin.  Ou  se  ressemblerait  de  plus  biiii.  Sun 
nom,  il  le  doit  à  l'égli.se  paroissiale  qui  le  dessert,  et  elle-même  lient 
ce  vocable  d'un  ancien    prieuré   de   Xotre-Dame-des-Champs,   situé 

rue  Saint-.Iacques, 
près  du  Val-de-(irùce, 
dans  les  bâtiments 
duquel  un  couvent  de 
Carmélites  s'était  in- 
stallé en  1604.  Or,  la 
rue  Notre -Bame- des - 
Champs,  précédem- 
ment nommée  Che- 
min-Herbu (encore 
un  nom  bien  cham- 
pêtre), conduisait  à 
ce  prieuré.  Lorsqu'il 
s'agit  de  doter  le 
ipiartier  d'une  pa- 
ru isse ,  on  trouva  donc 
luut  naturel  de  la 
mettre  sous  le  voca- 
ble qui  y  était  déjà 
connu.  C'étaiten  1858. 
Quelques  anciens  se 
rappellent  encore  l'é- 
glise en  bois,  irrévé- 
rencieusement sur- 
nommée Nolre-Dame- 
des-Planches,  qui 
alors  fut  construite 
rue  de  Rennes;  il 
était  convenu  que  ce 
n'était  que  provi- 
soire :  ce  provisoire 
duia  cpinibiril  jusqu'.'n  IS'IB,  iU\\r  a  laciuelle  l'église  actuelle  de 
Notre-Dame-des-Champs,  sur  le  boulevard  Montparnasse,  fut 
I  ivrée  au  culte.  Elle  a  été  construite  dans  le  style  roman,  par  M.  Ginain. 
Quant  à  l'autre,  on  a  eu  le  bon  esprit  de  ne  pas  la  laisser  plus  long- 
temps exposée  aux  regards;  les  maisons  lo3  et  Voo  de  la  rue  de  Rennes 
ont  et'-  bâties  sur  son  emidacement. 

La  rue  Notrc-Dame-des-C.bamps  est  bordée  de  couvents  dans  une 
grande  partie  de  son  étendue  ;  le  collège  Stanislas  y  est  situé  (n°  221, 
dans  l'ancien  hôtel  Fleury.  Il  a  été  l'onde  en  1815,  au  retour  des  Bour- 


bons, et  porte  un  des  prénoms  de 
Louis  XVIII.  Bien  qu'ayant  une 
direction  ecclésiastique,  avec  des 
professeurs  laïques,  il  est  assi- 
milé aux  lycées  de  l'État,  et  ses 
élèves  prennent  pari  au  concours 
général. 

l'n  si  paisible  quartier  devait 
naturellement  attirer  les  gens 
d'étude.  Beaucoup  s'y  sont  lix«'-s, 
y  vivent  encore;  nous  ne  parle- 
rons que  des  morts.  1^  rue  d'.Vs- 
sas  est  féconde  en  illustrations 
de  ce  genre.  La  maison  du  n»28, 
(lorte  une  lontiue  inscription  rap- 
p'dant  que  sur  n-l  eiiiphiri'iiic-nt 
était  l'hôtel  possédé  par  I.é.m 
Foucault,  et  où  il  mourut,  le  9  fé- 
vrier i8t)8  ;  que  c'est  là  qu'en 
18'il  il  avait  fait  la  célèbre  expé- 
rience établissant  la  rotation  de 
la  Terre  par  l'observation  du 
pendule.  .\u  n"  44  (ancien  12  de 
la  rue  de  l'Ouestj  est  mort  Emile 
Littré,  le  2  juin  1881  ;  même  rue, 
au  n"  76.  demeurait  Michelei; 
c'est  dans  le  Midi,  à  Hyères,  qu'il 
mourut,  mais  c'est  de  là  que  par- 
lit  le  grandiose  cortège  de  ses  funérailles  civiles.  Bae  du  Montiiamaue, 
n°ll,  demeurait  et  mourut  Sainte-Beuve,  le  13  octobre  1869;  lui  aussi 
eut  un  enterrement  civil  qui  lit  grand  bruit.  L'n  peu  plus  haut,  de 
l'autre  côté  de  la  rue,  au  n»  32,  est  une  belle  maison  où  Edgar  Quinel 
était  venu  demeurer  en  18'i0  et  que  le  coup  d'État  de  1831  lui  fit  aban- 
donner... 

Entre  l'asile  de  l'historien  et  celui  du  critique,  presque  à  toucher 
ce  dernier,  s'élève  le  vaste  immeuble  qui  abrite  l'imprimerie,  la 
librairie  et  les  bureaux  de  rédaction  de  la  maison  Lai'ousse.  Toutefois, 
c'est  dans  la  rue  Xotre-I»ame-des-Chainps,  au  n"  49,  que  l'éminent 
encyclopédiste  qui  éleva  le  monument  connu  sous  le  nom  de  Grand 


HOTEL    Dr    CERCLE    DE    L 
(Boulevard  Saint- ofi" 


A    LIBRAIRIE 
nain.) 


Pbot.  NcurU«iD. 


PLACE   ET   EGLISE    S  AIN  T-SULPICE. 


66 


PARIS -ATLAS 


dictionnaire  universel  du  XIX'  siècle  en  avait  jeté  les  bases,  et  c'est  là 
qu'il  mourut  le  3  janvier  187b. 

Parmi  toutes  les  voies  de  ce  quartier,  deux  seulement  offrent  quelque 
animation  :  la  rue  de  Sècrcs  et  la  rue  de  Rennes;  les  autres  offrent 
toutes  ce  caractère  de  mélancolie  que  nous  signalions  tout  à  l'heure. 
De  la  rue  de  Sèvres,  mitoyenne  avec  le  VIP  arrondissement,  pou  de 
choses  à  dire:  au  n°  11,  la  grande  maison-caserne  qui  fut  jadi 
couvent  des  Prémontrés;  puis,  en  continuant  vers  la  périphérie, 
d'autres  couvents  encore,  alternant  avec  des  habitations  populeuses 
et  bruyantes.  La  rue  de  Rennes,  elle,  est  gaie  et  vivante  dans  toute 
son  étendue  et  en  tout  temps;  c'est  une  des  plus  grandes  artères  de 
la  rive  gauche,  d'abord  parce  qu'elle  conduit  à  la  gare  Moulparnasso 
et  auRsiqu'elle  aboutit  à  ces  (juarliers  si  popuh'iix  de  Mnnlrouge  et 
.Moulpariiasse. 

Les  rues  adjacentes  nous  reliendronl   i)eu  :  la  plus  ancii'nne  esl 
rue  de  Vaugirard,  si  longue,  si  triste  dès  qu'on  a  franchi  les  gais  pa- 
rages du  Luxembourg.  Une  maison  religieuse  y  est  restée,  c'est  l'an- 
cien couvent  des  Carmes  (à  l'angle  de  la  rue  Cassette  qui  doit  son  nom 
à  l'hôtel  de   Cassel).  La  chapelle  y  est  toujours  ouverte  aux  fidèles  ; 
une  autre  chapelle,  dite  des  Martyrs,  a  été  construite  en  commémo- 
ration du  massacre  affreu.x:  qui  fut  fait  dans  ce  couvent,  en  septem- 
bre 1792,  de  plus  de  cent  prêtres 
détenus  pour    n'avoir  pas  voulu 
prêter  le  serment  ronslilutionnel. 
L'Université    catholique    y  a 
aujourd'hui  son  siège.  Plus  loin, 
du   même  côté,   les   vastes  bàli- 
mentsdupensionnat-ouvroir  fondé 
sous  le  vocable  de  Saint-Nicolas. 

La  me  de  Bagneux  ne  lire  pas  sa 
dénomination  du  village,  ni  du 
bois  (ce  dernier,  un  peu  imagi- 
naire) du  même  nom,  ou  du  moins 
est-ce  indirectement.  On  a  re- 
trouvé mention  d'un  certain  Pierre 
(le  Bagneulx  qui  avait  là  son  logis, 
dans  la  première  moitié  du  xvi=  siè- 
cle. En  la  suivant,  sans  grande 
crainte  ni  des  voitures,  ni  du  va- 
carme de  ceux  qui  l'habitent,  nous 
arrivons  à  la  rue  du  Cherche-Midi, 
dont  le  nom  a  une  origine  bifu 
plus  mystérieuse  encore.  Etait-ce 
l'enseigne  représentant  un  homme 
qui  cherche  midi  à  quatorze  heu- 
res? On  pourrait  le  croire,  mais 
les  documents  anciens  la  nom- 
ment rue  du  Chasse-Midi,  ce  qui 
est  fait  pour  dérouter  les  étynio- 

logisles.  Faut-il  admettre  qu'elle  conduisait  à  une  remise  de  chasse 
située  vers  le  midi  de  la  ville?  Ce  serait  ingénieux,  mais  il  faut  consi- 
dérer que  jusqu'à  1832  elle  ne  portait  ce  nom  qu'entre  la  ('roix-Rougo 
et  la  rue  du  Regard;  au  d(dà,  vers  le  midi,  elle  s'appelait  rue  des 
Vieilles-Tuileries,  puis  rue  du  Pelit-Vaugiranl. 

Des  événements  bruyants  ont  eu  pour  effet  de  faire  beaucoup  parler 


L.\  HUE  DU 
LUXEMBOURG 


£1J  J 


"■■i-ii'^i 


L  ÉGLISE    NOïUE-DA.ME-DESCll  A.MI'S. 


ilu  Cherche- 
Midi,  désigna- 
tion synthétique 
qui  embrasse  à 
la  fois  l'hôtel  du 
Conseil  de 
guerre  et  la 
prison  mili- 
taire, installés 
vis-à-vis  l'un  de 
l'autre,  celui-là 
dans  l'ancien 
hôtel  de  Vérue, 
possédé  ensuite 
par  le  comte  de 
Toulouse,  celle- 
ci  à  la  place  de 
la  communauté 
du  Don-Pasteur, 
qui  déjà  n'était 
guère  autre 
chose  qu'une 
maison  de  réclu- 
sion pour  les 
femmes  égarées. 
Un  regard  de 
canalisation 
ileau  a  servi  à 
baptiser  la  rue 
du  lieijard,  bien 
moins  fréquen- 
tée aujourd'hui 
qu'au  temps  où, 
la  rue  de  Rennes  n'existant  pas, 
ii-lle  formait,  avec  la  rue  Notre- 
Dame-des-Champs,  une  voie  de 
communication  directe  entre  la 
rue  de  Grenelle  et  l'Observa- 
toire. 

La  rue  de  Flcurus  a  pris  en  1798 
le  nom  de  la  bataille  où  Jour- 
dan  vainquit   le   prince    de   Co- 
Ijourg  en  179i.  Avant,  c'était   le 
cul-de-sac     Notre-Dame-des  - 
Champs.   Les  rues   voisines,   la 
rue  Duguay-Trouin,  la  rue  Jcan- 
Barl  sont  aussi  calmes  et  reti- 
rées qu'elle,   en   dépit  do   leurs 
noms  d'héroïques  marins.  Elles 
ont  été,  ainsi  que  la  rue  Madame  (Madame,  femme  du  comte  de  Pro- 
vence, plus  tard  Louis  XVIII),  crées  au  détriment  du  jardin  du  l.uxiiii- 
bourg. 

Resserré  entre  la  Seine  au  Nord,  la  rue  des  Sainls-Pèii's  à  r(iui'>l, 
la  rue  di'  Seine  à  l'Est  et  la  rue  du  Four  au  Sud,  le  quartier  Saint- 
Germain-des-Prés  est  le  moins  vaste  de  l'arrondissennMit.  Ce  pciii 
espace  renferme  néanmoins  |)lusieurs  mon\iments  importants;  il 
rappelle  des  souvenirs  intéressants  (|ui  méi-itent  bien  ([u'on  en  pailr. 
A  l'origine,  il  consista  exclusivement  dans  l'enclos  et  les  déiiendancis 
i\f  l'ahhaye  de  Saint-(iermain-des-Prés.  L'Université  ac(iuit  au  xursièch' 
Imite  la  région  voisine  de  la  Seine,  au  nord  de  l'abbaye,  d'où  le  nom 
de  Pré  aux  clercs,  dont  la  Chronique  durègne  df  Charles  IX,  (h'  Méi-iniée, 
rt  l'opéra-comique  d'Iiérold  nous  ont  fait  un  tableau  plus  aimalih' 
qu'exact. 

Il  eu  fut  ainsi  jusqu'à  la  fin  du  xvi"  siècle,  époqur  (ni  M.ii  :;ih'i  ili-  de 
Valois  —  la  reine  Margot  devenue  ermite  après  que  llemi  l\  lent 
répudiée  —  s'y  fit  construire  un  hôtel,  et  funda  un  ciuivent  d'Auuus- 
lins  contigu  à  celle  demeure.  Le  couvent,  supprimé  p,ir  la  Hévnliilion, 
fut  choisi  par  Ah^xandrc;  Lenoir  pour  y  lecueillir,  sniis  le  nom  de 
Musée  des  .Monuments  français,  toutes  les  d-uvics  di'  sculpture  que 
fournissait  en  si  grand  nombre  la  mainmise  par  la  .Nation  sur  les 
i-i;lises  et  communautés  religieuses.  La  nn''inoire  di'  l.enciir  doit  èlie 
honorée  p,ir  lous  les  amis  de  l'art,  car  c'est  à  lui,  et  à  lui  seul,  i|u'oii 
doit  la  conservation  de  pièces  de  premier  ordre  <lont  le  Louvie 
■-'enorgueillit  à  bon  droit.  Après  la  regrettable  dispi'rsimi  de  loulis 
I  es  n'uvres,  ordonnée  en  I8lti  par  Louis  XVIII,  l'Ecole  des  Beaux- 
Arts  fut  établie  la  même  année  aux  Augustins;  elle  y  esl  encore. 
I.i'ulrée  princi|iale  est  sur  la  rite  Honaparte.  (In  pénèlie  dans  une 
vaste  cour  où  sont  exposés  de  lieanx  fragments  île  sculpture  <le  la 
Renaissance  française,   provenant  du   cliàteMU  de  Caillou.   Au    bmd. 


l'.Vr.VDK    liK    I/KCOLE    COLONIALE. 


SIXIf-MK     AUnO.XDISSEMKNT 


67 


un  li.Uiinont  tiiiiilc'iiu',  ili'  giaiid  ;iii-,  CMiilii'iit  la  riche  bibliolhèqufi 
de  l'École;  ù  droite,  radriiinislration,  les  ateliers;  sur  le  quai,  la 
façade  de  la  salle  Melpomène  où  se  fait  l'exposition  des  envois  de 
Rome  et  d'autres  œuvres  encore. 

11  fallait  un  cadre  élégant  à  un  enseignement  semblable.  Les  artistes 
les  plus  éminents  y  forment  nos  futurs  peintres,  sculpteurs,  architec- 
tes, graveurs,    par   des  leçons 


WvFWTl 
Itfcftïl 


pratiques;  le  cours  de  chacun 
d'eux  constitue  un  «  atelier»; 
en  outre,  des  cours  théoriques 
sont  professés  sur  l'histoire  de 
l'art,  la  connaissance  des  pro- 
portiiins  du  corps  humain,  etc. 
L'École  des  lieaux-Arts,  en  un 
mot,  est  une  instilution  indis- 
jiensable  à  toute  nation  policée; 
ci'lle  de  Paris  a  élevé  et  main- 
tient très  haut  le  drapeau  de 
l'art  français. 

Le  nom  de  la  rue  des  Saints- 
Pùiei  ofl're  un  bien  singulier 
c'Xi'Hiple  de  la  corruption  du 
langage.  Il  y  avait  là  autrefois 
une  chapelle  dépendant  de  l'ab- 
baye de  Saint-Germain-des-Prés 
et  dédiée  à  saint  Pierre  ou  à 
saint  Père,  comme  disait  le 
vieux  langage.  De  saint  Père  on 
a  fait  saints  Pères,.  Au  xvii"  siè- 
cle, cette  chapelle  fut  remplacée 
par  un  hôpital,  qu'adminis- 
traient les  Frères  de  la  Charité; 
il  a  été  conservé  avec  des  modi- 
fications et  des  agrandissements  considérables  sous  le  nom  J  hôpital 
de  la  Charité.  L'entrée  est  rue  Jacob  et  les  bâtiments  s'étendent  le 
l'ing  de  la  rue  des  Saints-Pères  jusqu'au  boulevard  Saint-Germaiu; 
le  rez-de-chaussée  est  converti  en  ma;.'asins  dr  l'uniuiene,  loui's  à  drs 
particuliers  par  l'Assistance  publique.  L'Académie  de  médecine, 
fondée  en  lS2i),  a  son  siège  à  l'extrémité  Sud-Ours[  Je  ce  vasir  élaMis- 
sement,en  attendant  qu'elle  aille  s'installer  dans  l'iKMel  construit  pour 
elle  rue  Bonaparte,  à  côté  de  l'École  des  Beaux-Arts. 

En  tournant  à  gauche  sur  le  boulevard  Saint-Ger- 
main, nous  trouvons  l'hôtel  de  la  Société  de  géogra- 
et  quelques  pas  plus  loin  apparaît  le  vénérable 
clocher  de  l'église  Saint-Germain-des-Prés.  Véné- 
rable, ce  n'est  pas  tmp  dire,  car  Paris  ne  possède 
pas  de  monument  religieux  plus  ancien.  Fondée  au 
vr'  siècle,  sous  l'invocation  de  saint  Vincent,  l'abbaye 
de  Saint-Germain-des-Prés  fut  placée  peu  de  temps 
a|)rès  sous  le  vocable  de  saint  Germain,  évèque  de 
l'aris,  qui  l'avait  consacrée  et  y  reçut  la  sépulture. 
Elle  fut  détruite  au  cours  des  invasions  normandes 


ES 


FAÇADE    DE    LA    MAISON    LAROUSSE, 

15,     17     Kl      l',>.     RUE    MONTPARNASSE. 


du  1.x*  siècle  cl  sa  restauration  ne  commença  à  élre  entreprise  qu'à 
l'extrême  fin  du  x«  siècle,  par  les  soins  de  l'abbé  Morard.  C'est  de  ce 
temps  donc  que  datent  les  assises  de  la  grosse  tour  dont  la  partie 
supérieure  constituant  le  clocher  était  jadis  fortifiée  el  crénelée.  La 
nef  el  le  chœur  sont  un  peu  moins  anciens;  achevés  seulement  vei-s 
le  milieu  du  xu«  siècle,  ils  offrent  un  modèle  tout  à  fait  précieux  de 

l'architecture  romane.  Ce  style, 
si  noble  dans  sa  simplicité,  ap- 
paraît peu  à  l'extéiitur,  malgré 
le  dégagement  dunl  a  bénéficié 
le  monument  lo^^que  le  boule- 
vard Sainl-<Jérmain  a  été  percé; 
mais  à  cette  façade  latérale,  que 
gâtent  des  constructions  para- 
sites du  xvin'  siècle,  nous  pré- 
férons encore  celle  qui  lui  est 
opposée,  sur  la  rue  de  r.\^bbaye, 
où  derrière  un  lourd  bàtimeol 
se  voient  quelques  travées  pure- 
ment romanes.  L'intérieur  con- 
traste par  la  richesse  de  sa  dé- 
coration, avec  la  simplicité  du 
dehors;  il  ne  faut  pas  s'en  plain- 
dre, car  ce  luxe  est  dû  en  grande 
partie  aux  superbes  peintures 
d'Hippolyte  Flandrin. 

Au  cours  des  deux  derniers 
siècles  de  l'ancien  régime,  les 
religieux  de  Saint-Germain-des- 
Prés  rendirent  leur  maison  cé- 
lèbre dans  le  monde  entier  par 
les  remarquables  travaux  d'éru- 
dition qu'ils  y  accomplirent,  et 
qui  continuent  à  faire  autorité  aux  yeux  des  savants.  De  là  sont  sortis 
le  Traité  de  Diiilomntir/ue  de  .Mabillon,  la  monumentale  Hùtoire  de  Paris. 
par  Félibrien  et  Lobineau,  l'Histoire  de  l'abbaye  deSainl-Denif,dii  même 
Fi'libien,  des  Monuments  de  la  monarchie  française,  par  Montfaucon,  pour 
ne  fournir  que  quelques-unes  de  leurs  œuvres.  Les  Bénédictins  étaiïnt, 
au  demeurant  dans  d'admirables  conditions  pour  de  tels  labeurs;  au 
sein  de  leur  cloître  ils  avaient  à  leur  disposition  une  bibliothèque 


PERSPECTIVE    DE   LA   RUE    DE   R  EN  N  ES.  ^Priso  do  la  gi~ 


exceptionnellement  riche  en  documents  originaux, 
m.inuscrits  et  chartes.  Elle  n'a  pas  été,  heureusement, 
dispersée  au  moment  de  la  Itévolution  :  la  Biblio- 
thèque nationale  en  conserve  la  majeui-e  partie. 

L'enclos  de  l'abbaye  était  très  vaste.  On  peut  se  le 
représenter  comme  un  quadrilatère  que  limileraionl 
les  rues  Saint-B.-noit,  Jacob,  de  l'Echaudé  et  le  bou- 
evard  Saint-tiermain.  Des  constructions  charnianlessy 
élevaient  dont  on  ne  peut  plus  parler  que  par  ouï-dire  : 
le  réfectoire,  la  salle  capitulaire.  la  chapelle  de  la 
Vierge,  chefs-d'œuvre  de  l'architecture  du  sui«  siècle 
dus  à  Pierre  de  Montreuil.  De  ces  bâtiments,  rien  ou 
à  peu  près  ne  reste  que  le  palais  abbatial  situé  au 
Xord-Esl  du  chevet  de  l'église,  et  dont  la  façade  ouvre 


68 


PARIS- ATLAS 


sur  la  rue  .le  l'Abliaye.  Il  l'ut  construit  en  1586,  pour  le  cardinal  de 
Bourbon,  alors  abbé.  Devenu  maison  particulière,  siège  de  plusieurs 
sociétés  savantes,  il  fait  regretter  par  sa  grâce  que  Paris  n'ait  pas 
conservé  beaucoup  d'édifices  du  même  goût. 

Sur  la  place,  à  l'entrée  de  la  rue  de  Hennés,  on  a  placé  une  statue 
de  Diderot  dont  la  pose  ne   serait    que  prétentieuse  si    en 
même  temps  elle  ne  prêtait  à  rire. 

En  suivant  la  rue  de  Rennes,  qui  n'appartient  à  ce  quartier 
que  jusqu'à  la  rue  du  Four,  on  remarque  à  droite  un  beau 
poi'Iail  wnr  siècle,  décoré  d'un  dragon  symbolique  dont  le 
voisinage  de  la  rue  Sainte-Marguerite  (aujourd'hui  rue  Gozlini 
expliquait  la  présence.  La  légende  veut,  en  effet,  que  sainte 
Marguerite,  engloutie  par  un  de  ces  dangereux  animaux,  ait 
pu  sortir  saine  et  sauve  de  son  ventre,  tel  Jouas  de  celui  de 
la   baleine.   Ce   por- 
tail donne  accès  à  l;i 
cour  du   Dragon,  qui 
se  relie  à  la  rue  du 
même    nom.     Du 
même  côté  s'ouvreiil 
les  étroites  rues  di 
Sabot  et  Dcrnard-Pii- 
lissy,  amusants  ves- 
tiges du  vieux  Paris. 

Les  rues  du  Four 
et  de  VEehaudc,  qui 
l'ermaientrenclùsde 
l'abbaye  doivent  leur 
nom  :  la  première  au 
l'our  banal  des  reli- 
gieux, la  seconde, 
dit-on,  à  ce  qu'avec 
deux  autres  rues  elle 
formait  un  triani.'le 
ditécliaudé,  par  ana- 
logie avec  le  gâteau 
de  ce  nom.  Nous  re- 
gagnons la  rueJacoh. 
Sa  dénominaliou , 
d'allure  sénjiliqui'. 
est  au  cun!rai[  !•  loil 
chrétienne;  elle  !■>! 
due  au  v(]'U  ipie  la 
reine  .Maigni  aecioii- 
[ilitde  bilir  unaulel 
de  .laiob  loi'>qu'elle 
fonda  le  couvent  des 
Augustins. 

La  petite  rue  Vis- 
conti  a  eu  un  grand 
honneur  lorsqu'elle 
s'appelaitenc<jre  rue 
des  .Marais-Sain  I- 
Gerniain,  celui  d'a- 
voir vu  naître  Ua- 
cinc  (n"  11  actuel, 
n"  19  ancien).  Il  y  a 
là-dessus  une  fort 
intéressante  communication  de  M.  C 
des  amis  des  monuments  parisiens. 

Il  est  des  rues  qui  semblent  appi-opriiies  ]iar  avance  au  goùl,  à 
l'humeur  de  certains  houimes.  Qui,  ])arnii  les  lecteurs  de  Mérimée, 
s'étonnera  qu'il  ait  demeuré  rue  des  Beaux-Arts?  Le  nom  de  la  rue, 
l'aspect  des  maisons,  le  quartier,  la  peispeclive  di-  l'école  des  lieaux- 
Arts,  tout  devait  l'y  attirer,  l'y  retenir.  Llle  avait  été  ouverte  en  IS'iii, 
sur  le  terrain  de  l'ancien  hôti  I  La  Itocliefoucauld,  et  ci.da  sans  auto- 
risation préalable,  dit  un  arrêté  préfiM-loral  du  li  mars  1839  qui 
impose  aux  propriétaires  l'obligalion  di!  remplaci^r  ])nr  des  grilh'S 
de  fer  les  char|)entes  île  buis  ipii  la  fermaienl.  Les  grilles,  nous 
les  avons  connues.  Elles  ont  élé  iiilevées,  elles  aussi,  il  y  a  quelque 


vingt  ans,  mais  celle  fois  sans  la  moindre  autorisation  préfectorale. 
Le  quai  Alalaquais  (on  écrivait  autrefois  Malaquest,  mais  cela  n'ex- 
plique pas  mieux  l'origine  de  son  nom)  commence  à  l'Institut  pour 
se  terminer  à  la  rue  des  Saints-Pères.  A  son  extrcmilé  orientale  se 
voit  une  statue  de  Voltaire  par  Caillé;  il  offre  aux  regards  la  magni- 


-GliK.M.VlX-Dl-,.S-I'l;i: 


POU  TA  H.    I.ATKK  AI- 

I)  i:  SAIN  r  G  i:  K  .M  A I N  -  D  K  s  -  r  h  i:  s. 


fique  perspective  du  l."U\re,  qu'on  ne  se 
lasse  pas  d'admirer;  il  a  encore  une  parti- 
cularité, c'est  de  rester  le  quartier  général 
de  la  bouquinei'ie  en  ]ilein  air.  Scellées 
sur  son  parapet,  les  bdites  pleines  de  bou- 
quins et  de  luiMlinres  se  seri'ent  l'une 
contre  l'autre,  et,  inmlirs  (le\anl  elles,  les 
bibliomaues,  pi'esi|Ne  idujours  les  inèmcs, 
fureltent  lièvicuseiuent,  chercheurs  éter- 
nels du  livre  rarissime  i|u'ils  espèrent  ac- 
(|ui'r  ir  |Miurtiuclques  sous  de  l'ignoiance  du 
iiianlianil.  C'est  là  que  (aniline  de  la  Vie  de 
bohème  venait,  quaiul  il  était  riche,  em- 
plir la  poche  aux  langues  étiangères  de 
son  fameux  paiilessus,  là  aussi  que  l'on 
vit  si  siiuvent  l'eu  Maruiiei',  de  l'.Vcadémie 
française. 

Le  quai  .Mal;ii|uais  était  sa  bibliothèi|ue, 
il  lui  en  gaida  reeoniiaissance,  car  une 
clause  de  son  testament  était  ainsi  conçue: 


lies  Nuiiiiaud,  dans  le  liullelin 


V.n  souvciiii'  des  lieurcii\  iiionieiits  c|iie  j'ai  pas- 
sés au  nillie»  îles  liouiiuiiiislrs  des  (piiiis  de  la  rive  j,'aiictie,  iiioinents  ipiL'  je 
coirq)lG  paniii  les  plus  agréablement  inoiiveiueulés  de  mon  existence,  je  lè^jup  à 
ces  l)iavcs  étalagistes  une  soiniue  de  mille  l'i'aïu-s.  .le  désire  que  cette  somme 
soit  employée  par  ces  bons  et  liomiètes  commerçants,  (|ni  sont  au  nondire  de 
cinquante  environ  &  se  payer  nn  diiicr  et  à  passer  une  lienre  pleine  d'entrain  en 
pensant  à  moi.  Ce  sera  mon  remerciement  pour  les  noml)renses  lienips  que  ,j'ai 
vécncs  intellectuellemenl  dans  mes  pronu-nades  pn^sqne  quotidiennes  sur  les 
(piais  allant  du  poid  Royal  au  pont  Saiid-Michel. 

T.oieh.iiite  rt  ibdieali'  atleiiliiiu  d'uu  vieill.ml,  expriliiée  en  termes 
d'uni-  boididinie  cbarniaiili-.  Il  \a  sans  due  qui'  le  nnui  de  Xavier 
Marinier  est  resté  gravé  dans  l,i  iin'uoiiie  ile>  lHiuquiiii>tes  îles  quais 
de  la  rive  gauche. 


PAR;S 


SIXIEME    ARRONDISSEMENT 


^ 


21 


22 


(24 


Quartier  delà  Monnaie 

, Je  I  Odéon 

„ N^Df  des  Champs 

„ S'Germain  des  Pré. 

Echelle  =  i  :  8.5oo 


■^Mras:  eicSy^"'      M  jj  -^STESii  ixumTu  Tbolre  ;  '''«'' 
loin 


"     IliJ  .  -  , 

Ç"3j      de     la      Mptp.'iserin 


PARIS -AT  LAS 


LA    SEINE    ET    I.E    VII'    ARRONDISSEMENT   VUS   DU   TROCADÉRO. 


M)^VII:arrorLdisseîi'Leiit  JS. 

_ — ^^ 

LE     PALAIS -BOURBON.     —     25°  qvartiep,  :   SA1NT-TH0MAS-B  AQUIN.    —   20^  .HAniiER  :  INVALIDES. 

21=   (.LARTIEU   :    ÉCOLE    MILITAIRE.    —    28=   quartier    :    GROS-CAILLOU. 


ROIS  siècles  ont  concouru  à  la  formation  de  cet 
arrondissement,  dit  le  Palais-Bourbon  :  le  xvii<'  a 
vu  se  créer  les  deux  premiers  quartiers,  le  xviu=, 
les  deux  autres,  le  xix<'  enfin,  et  surtout  depuis  les 
Expositions  universelles,  a  déterminé,  aux  abords 
du  Cliamp-de-Mars,  un  mouvement  de  construc- 
tiiins  importanlis,  mondaines,  qui  ont  changé  les 
solitudes  dautri'lnis  en  un  séjour  fort  apprécié. 
Le  Ml»  arnmdisMinent  est  limité  au  Nord  par 
la  Seine  ;  à  TEst,  par  l'axe  du  pont  du  Carrousel,  de  la  rue  des  Saints- 
Pères  et  de  la  rue  de  Sèvres,  qui  le  séparent  du  VI°  arrondissement 
et  du  XV'  arrondissement  pour  la  partie  de  la  rue  de  Sèvres,  comprise 
entre  le  boulevard  du  Montparnasse  et  l'avenue  de  Saxe;  au  Sud,  par 
Taxe  de  l'avenue  de  Breteuil,  de  la  place  de  Breteuil  et  de  la  rue 
Pérignon  ;  à  l'Ouest,  par  l'avenue  de  Suffren. 

Sa  population  qui,  au  dernier  recensement,  n'atteignait  pas  tout  à 
fait  100,000  habitants,  appartient  en  grande  majorité  à  la  catégorie  des 
heureux  de  la  fortune;  la  classe  ouvrière  ne  s'y  trouve  que  dans  cer- 
taines parties  des  quartiers  du  Gros-Caillou  et  de  l'École  militaire,  et 
pour  une  part  assez  faible. 

Quartier  Saint-Thomas-d'Aquin.  —  Les  imposantes  façades  du 
qu'ii  Voltaire  semblent  annoncer  et  faire  présager  le  caractère  aristo- 
cratique de  tout  le  quartier.  Jadis,  ce  fut  le  quai  des  Théalins,  parce 
qu'un  couvent  de  cet  ordre  y  était  installé  depuis  1648,  sur  l'emplace- 
ment des  maisons  numérotées  de  la  à  21.  Le  30  mai  1778,  Voltaire 
mourut  au  n"  23,  à  l'angle  de  la  rue  de  Beaune,  ainsi  qu'en  fait  foi  une 

Paris- Atlas. 


inscription  apposée  par  la  Ville  de  Paris,  et  le  4  mai  1791,  le  Conseil 
municipal  de  la  Commune  de  Paris  donnait  au  quai  des  Théatins  le 
nom  de  l'illustre  écrivain. 

Charles  Boucher  d'Orsay  était  prévôt  des  marchands  lorsque,  en 
1704,  un  arrêt  du  Conseil  d'État  prescrivit  l'ouverture  d'un  quai  sur 
la  rive  gauche  de  la  Seine,  à  partir  de  la  rue  du  Bac  jusqu'à  400  toi- 
ses (200  mètres)  plus  bas.  C'est  la  partie  que  nous  avons  vue  se  trans- 
former le  plus  complètement  depuis  linéiques  années.  En  1894.  le  café 
d'Orsay,  qui  faisait  le  coin  de  la  rue  du  Bac,  a  fermé  ses  portes  pour 
ne  plus  les  rouvrir,  en  dépit  d'une  célébrité  longue  et  paisible,  qu'Al- 
fred de  Musset  avait  consacrée  avant  de  prendre  ses  habitudes  à  la 
Régence,  et  à  laquelle  une  certaine  affaire  Sanlerre,  en  1879  vnous 
parlons  pour  les  vieux  Parisiens!,  avait  donné  une  note  fortement 
pimentée,  k  côté,  est  la  Caisse  des  dépôts  et  consignations,  ins- 
titution d'État  qui  date  de  1816;  l'entrée  principale  est  sur  la  rue  de 
Lille.  .\  l'hôtel  des  Mousquetaires  gris,  avait  succédé  une  caserne  de 
cavalerie  placée  sous  le  vocable  de  Bonaparte.  Son  emplacement  est 
recouvert  par  la  partie  orientale  des  bâtiments  de  la  nouvelle  gare 
d'Orléans.  Le  beau  palais  de  la  Cour  des  Comptes,  enfin,  bâti  si  soi- 
gneusement par  Lacornée,  décoré  si  luxeusement  des  fresques  de 
Chasseriau,  a  disparu  à  son  tour.  Ses  ruines,  encore  qu'elles  fussent 
le  plus  lamentable  témoin  de  la  guerre  civile  de  1871,  a>-aient  fini  par 
devenir  très  parisiennes  ;  les  poètes  les  célébraient,  les  botanistes 
trouvaient  une  llore  inconnue  dans  l'épaisse  végétation  que  nngt-cinq 
années  y  avaient  laissé  croître  ;  la  zoologie  se  llattait  d'y  rencontrer 
des  espèces  rares,  et,  comme  les  poètes,  les  oiseaux  y  chantaient. 


70 


PARIS -ATLAS 


Au  cours  de  l'année  1895,  la  restauration   de  l'édifice,  avec 
son  ancienne  destination,  avait  été  votée,  une  commission  de 
concours   instituée  (arrêté  ministériel  du  18  mai),  les  archi- 
tectes invités  à  concourir,  un  lauréat  —  M.  Moyaux  —  pro- 
clamé; tout  cela  faisait  croire  à  un  prochain  accomplissement 
de  lœuvre;  mais,  peu  après,  la  compa- 
gnie   d'Orléans    entrait    en    pourparlers 
avec  le  gouvernement  pour  acquérir,  au 
prix   de"  10,500,000  francs,  les   terrains 
de  la  caserne  et  de  la  Cour  des  Comptes, 
alin  d'y   édifier   une  gare    terminus  plus 
centrale,   et  finalement,  dans  sa  séance 
du  9  novembre  1897,    le  Sénat  donnait 
la  ratification   suprême  à  cette  conven- 
tion. 

Les  riverains  des  quais,  du  pont  Sully 
au  pont  Royal ,  ont  déjà  oublié  ce  que 
leur  a  valu  d'ennuis  la  construction  de  la 
ligne,  entièrement  souterraine,  qui  a 
coûté  à  la  Compagnie  une  somme  de 
30  millions  environ,  et  la  nouvelle  gare 
d'Orléans  s'est  dressée  au  quai  d'Orsay. 
Magistralement  construite  par  M.  Laloux, 
elle  offre  un  point  de  vue  des  plus  agréa- 
bles aux  promeneurs  du  quai  de  l'autre 
rive.  Sa  façade  est  surmontée  des  statues 
des  trois  villes  principales  du  réseau  : 
Bordeaux,  par  M.  Hugues,  Toulouse,  par 
M.  Marqueste,  Natites,  par  M.  Injalbert. 
La  décoration  intérieure  est  due,  de 
même,  aux  meilleurs  artistes.  Un  hôtel 
terminus,   contenant  plus  de  trois  cents 

«  numéros  »,  prend  jour  sur  les  rues  de  Lille  et  de  Bellechasse.  De  ce 
fait,  la  rue  de  Poitiers,  qui  n'avait  pourtant  que  200  mètres  de  longueur, 
a  été  raccourcie  juste  de  moitié;  entre  la  rue  de  Lille  et  la  Seine, 
elle  n'existe  plus.  Dans  quelques  siècles,  les  étymologistes  seront  tentés 
d'attribuer  son  nom  au  voisinage  de  la  gare  qui  dessert  le  Poitou,  en 
quoi  ils  se  tromperont  car,  au  xvii"  siècle  elle  existait  déjà  et  s'appelait 
rue  Potier. 

La  rue  du  Bac  est  la  voie  la  plus  ancienne  d'un  quartier  qui,  nous 
l'avons  dit,  n'est  pas  vieux. Elle  date  de  la  seconde  moitié  du  xvi'^  siè- 
cle. C'était  alors  un  simple  chemin  de  terre,  ouvert  à  travers  le 
Pré-aux-Clercs,  et  servant  exclusivement  au  transport  des  pierres 
extraites  des  carrières  de  Vaugirard  et  de  Montrouge  pour  la  construc- 
tion des  Tuileries.  Ces  matériaux  passaient  la  rivière  sur  un  bac,  d'où 
le  nom  de  la  rue.  Au  siècle  suivant,  des  communautés  religieuses  se 
créèrent  à  Paris  avec  une  ardeur  qui  ressemblait  à  de  la  frénésie.  La 
rue  du  Bac  en  eut  six  pour  sa  part,  dont  deux  sont  restées,  au  moins 
en  partie  :  le  noviciat  des  Jacobins,  fondé  en  1632,  est  devenu  le  dépôt 
(11-  l'artillerie  et  de  la  marine;  son  église,  placée  sous  le  vocable 
Saint-Thomas-d'Aquin  est  la  paroisse  du  quartier;  le  séminaire 
des  Missions  étrangères,  ouvert  en  1093  à  l'angle  de  la  rue  de  Baby- 
lone,  existe  toujours  ;  sa  chapelle  est  ouverte  aux  fidèles,  fort  noni- 


STATUE    DE   CHAPPE    (boulevard   saint-germain) 


MAISON    MOKTL'AIUI';    I)E    VU  l/r  A 1 1<  K  (I,    m  K    du    iiEArNK). 


breux  dans  cette  région.  La  belle  époque  de  la  rue  du  Bac  fut  le 
temps  de  Louis  XV  et  de  Louis  XVI  ;  le  bon  ton  exigeait  que  l'on 
eût  un  hôtel  au  «  faubourg  Saint-Germain  »,  comme  autrefois  à 
a  place  Royale,  et  la  mode  n'en  est  pas  passée.  Le  ruisseau 
[ue  regrettait  M"'=  de  Staël  —  si  toutefois  ce  n'est  pas  de  la  Seine 
qu'elle  a   entendu   parler  —  arrose  des 
maisons  qui  ont  presque  toutes  leur  his- 
toire. La  rue  a,  d'ailleurs  trouvé  son  his- 
torien en  la  personne  de  M.  Charles  Du- 
plomb,  et  pour  le  détail  nous  renvoyons 
à  son  intéressante   monographie.  Si   les 
immeubles  situés  entre  le  quai  et  la  rue 
de  Lille  paraissent  beaucoup  plus  jeunes 
que  leurs  voisins,  et  ils  le  sont  en  effet, 
c'est  parce  que  la  guerre  civile  a  passé 
par  là.  Six  maisons  furent  «  pétrolées  »  le 
24  mai   1871,   et  n'ont  été  reconstruites 
que  ci'nq  ans  après. 

Le  général  Schramm,  qui  a  sa  sépulture 
dans  le  petit  cimetière  de  la  Courneuve, 
près  Saint-Denis,  où  il  était  châtelain,  ha- 
bitait le  n°  24  ;  il  y  est  mort  le  23  février 
1884.  Le  n°  46 représente  l'hôtel  du  fameux 
banquier  Samuel  Bernard. 

Quelques  pas  plus  loin,  on  croise  le 
boulevard  Saint-Germain.  Ce  point  pour- 
rait s'appeler  carrefour  Chappe,  car  au 
centre  se  dresse  un  monument  élevé  à  la 
mémoire  de  l'inventeur  du  télégraplie 
aérien  et  auquel  l'appareil  contre  lequel 
l'ingénieur  est  adossé  donne  un  aspect 
assez  singulier. 

Un  peu  au  delà  de  la  rue  de  Grenelle,  à  gauche,  était  l'une  des 
façades  du  couvent  des  RécoUettes,  dont  l'église  désaffectée  devint  la 
salle  du  théâtre  des  Victoires  Nationales,  puis  la  salle  du  Pré-aux- 
Clercs.  On  y  dansait;  depuis,  on  y  a  fait  de  conférences  ]io!iliques 
et  autres.  Une  plaque  commémorative  rappelle  aux  passants  qu'au 
n°  108  mourut  Laplace;  au  u"  120  une  inscription  analogue  signale 
la  maison  mortuaire  de  Chateaubriand.  Presque  en  face,  commencent 
les  nouvelles  constructions  du  Bon-Marché,  toujours  s'agrandissant 
depuis  la  fin  du  second  empire.  A  miiili<inner,  plus  bas,  un  autre 
grand  magasin  de  nouveautés,  le  Petil-Saint-Tliomas,  dont  les  par- 
chemins remontent  jusqu'à  1810. 

Le  Pré-aux-Clercs,  dont  il  a  été  dil  un  mot  plus  haul,  ('■lail  une  vaste 
prairie  dont  l'Université  et  l'abbaye  de  Sainl-(iermain-des-Prés  se  dis- 
putèrent la  possession  durant  des  sièiies.  La  victoire  resta  finalement 
aux  moines.  La  rue  de  Grenelle  (chemin  de  Gamelles)  la  limitait  au 
sud  ;  la  rue  du  Bac  la  sépara  en  deux  parties  à  peu  près  égales  dans 
le  sens  de  la  largeur,  la  rue  Sninl-Dominiqite,  dans  la  longueur. 
Hôtels  et  couvents  commencèrent  à  s'y  élever  sous  Louis  XIV.  Que  de 
changements  depuis  lors!  La  rue  Saint-Uominiiiue  qui,  on  le  devine, 
devait  Sun  nom  aux  Jacobins  ou  Doniiniçains  de  Saint-Tliomas- 
d'Aquin,  se  con- 
fond maintenant 
avec  le  boulevard 
Sai  nt -Germain 
iiilre  la  rue  des 
Saints-Pères  el  la 
rue  de  Belle- 
chasse,  et  dans 
ri'tte  sertidii  n'uf- 
fie  plus  d'intérêt. 
I.'i  n  te  rminatile 
niiératicm  édili- 
l.iire  (|ui  nous 
vaudra  le  boute- 
ru  rd  Jiasjiail  est 
"in  d'être  lernii- 
■e;  amorcé  un 
u  partout,  il  m 
■  i  c  hève  nul!  e 
i  al,  et  ne  rend 
ainsi  (|ue  d'insi- 
gnifiants services 
.1  la  circulation. 
I  .a  rue  de  Hrcnelle, 
froide  et  sévère, 
possède  une  m(;r- 
veille  au  n°  57-59:         favade  uk  i.é(.i.i>e  s'  tikim  a^  h  A(.m  in. 


'^^' 

i 

^MB:_i^^  1 

1 

ï^F         ^^K\   ~'  .^^^^^^^^^^^^B 

SEPTIEMI-:    ARRONDISSEMENT 


PERSPECTIVE    DE    LA    RUE    DE    SÈVRES    ET    MAGASIN    DU    BON -M  A  R  CH  É. 


la  fontaine  de  Bouchardon,  dont  la  construction  fut  ordonnée 
en  1639.  Le  Mercure  de  France  de  mai  1746  en  donne  une  description 
complète  sous  forme  de  lettre  de  M'"  à  un  ami  de  province.  >'ous  lui 
emprunterons  l'historique  de  la  construction  :  «  ...  Vous  êtes  déjà 
instruit  que  cette  fontaine  est  située  dans  la  rue  de  firenelle,  assez 
près  de  l'endroit  où  cette  rue  se  croise  avec  celle  du  Bac.  Comme 
vous  n'ignorez  pas  qu'il  ne  se  trouvait  aucune  fontaine  publique  dans 
tout  ce  grand  quartier,  aujourd'hui  si  peuplé,  vous  comprenez  aussi 
combien  il  était  nécessaire  qu'on  en  bâtît  une;  mais  peut-être  que  les 
raisons  qui  ont  déterminé  sur  le  choix  de  la  place  qu'elle  occupe  vous 
sont  inconnues  ;  vous  ne  sçavez  peut-être  que  ci-devant  c'étoit  un  ter- 
rain vague  appartenant  aux  religieuses  récollettes,  dont  on  pouvait 
faire  aisément  l'acquisition  au  lieu  que,  partout  ailleurs,  la  même 
acquisition  eût  souffert  de  très  grandes  difficultés.  J'ai  cru  devoir  vous 
faire  en  passant  cette  observation  qui  servira  de  réponse  à  eux  qui 
critiquent  un  peu  trop  sévèrement  le  choix  qu'on  a  fait  de  cet  em- 
placement. 

«  Les  arrangemens  pris  pour  l'établissement  de  cet  important  édi- 
fice, M.  Turgot,  dont  la  Prévôté  sera  mémorable  à  jamais  par  le  nom- 
bre, la  grandeur  et  l'utilité  des  ouvrages  dont  i!  a  embelli  la  i'a|iitalc, 
et  Messieurs  du  Bureau  de  la  Ville,  jeltèrent  les  yeux  sur  M.  Boui-liai- 
don,  sculpteur  ordinaire  du  Roi,  dont  la  réputation  était  grande  d.ins 
toute  l'Europe,  pour  exécuter  leur  projet;  ils  lui  firent  faire  des  des- 
sins et  un  modèle  qui  furent  généralement  applaudis,  et  l'on  posa  la 
première  pierre  de  l'édifice  sur  la  fin  de  Tannée  1739...  » 

Suit  la  description,  trop  longue  pour  que  nous  puissions  la  repro- 
duire. L'auteur  y  remarque  que  «  tout  y  prend  la  forme  pyramidale,  si 
recommandée,  si  bien  mise  en  pratique   par  le  fameux   Michel-Ange. 


De  quelque  côté  que  vous  vous  tourniez,  quelque 
partie  que  vous  embrassiez,  la  disposition  de  tous  les 
objets  vous  dessine  toujours  une  pyramide,  et  cepen- 
dant, cet  édifice  est  voilé  avec  tant  d'adresse  qu'il 
faut  en  être  a\-erti  ou  être  plus  qu'initié  dans  les 
arts,  pour  l'appercevoir.  »  Rappelons  que  le  groupe 
de  statues  représente  la  Ville  de  Paris  assise,  ayant 
à  ses  côtés  la  Seine  et  la  Marne. 

.\u  n°  79  est  l'ambassade  de  Russie,  sur  la- 
quelle Paris  et  le  monde  entier  eurent  les  yeux  fixés 
pendant  les  quatre  jours  d'octobre  IH^H,  où  l'empe- 
reur et  l'impératrice  de  Russie  y  résidèrent.  De 
longtemps  sans  doute,  la  paisible  rue  Saint-Simon  ne 
reverra  les  cortèges  magnifiques  qui  la  parcoururent 
alors.  S'il  les  avait  vus,  le  grand  écrivain  dont  elle 
porte  le  nom  les  aurait  jugés  dignes  de  son  temps  et 
dignes  d'être  décrits  par  lui.  Disons  .'i  ce  propos  qu- 
Saint-Simon  est  né  et  mort  dans  le  VII'  arrondiss-  - 
ment  :  né  dans  un  hôtel  qui  portait  le  n"  48  de  la 
rue  des  Saints-Pères,  et  que  le  percement  du  bou- 
levard Saint-Germain  fit  disparaître  en  1877.  mort 
rue  de  Grenelle,  près  de  la  rue  de  Bellechasse,  dans 
un  enclos  dépendant  de  l'abbaye  de  Pentemont,  dont 
l'église  est  devenue  aujourd'hui  un  temple  protes- 
tant. C'est  en  1879  qu'en  son  hoiim-ur  la  rue  de  la 
Visitation  fut  débaptisée,  le  couvent  dont  elle  rappe- 
lait l'emplacement  ayant  disparu  depuis  loniilemps. 
En  face  du  débouché  de  la  rue  .'^ainl-Simon  sur  le  boulevard  Saint- 
Germain,  le  ministère  des  Travaux  publics  expose  ses  longues 


VUE  DE   LHOPITAL   I.AÉNNEC. 

façades,  sur  l'emplacement  des  hôtels  de  Roquelaure  et  du  Lude,  où  il 
a  succédé  au  ministère  de  l'Agriculture.  Il  avait  été  auparavant  installé 
rue  des    Saints-Pères,   dans    les    bâtiments    qu'occupe    aujourd'hui 


MAISO.S    MORIUAIKE    DE    C  II  A  T  E  A  U  B  K  1  A  .N  D    ,1S 


LA    MAUUE    DU    VU-    A  K  u  0  MiK^>  K  M  L  N  T. 


72 


PARIS- ATLAS 


l'École  des  ponts  et  chaussées,  d'où  sorlent  nos  ingihiieurs  de  l'Etat. 

Dans  la  partie  orientale  de  rarrondissement,  il  faut  signaler,  rue  de 
Sèvres,  16,  l'ancienne  Abbaye-aux-Bois,  fondée  là  en  1654,  et  qui  Tit  tant 
parler  d'elle  sons  la  Restauration.  C'était  à  ce  moment-là  une  simple 
maison  deretraile  pourdames;  elle  est  devenue  communauté  religieuse. 

Le  square  des  Ménages,  qui  la  sépare  des   magasins  du  Bon- 


de maisons  ou  d'hcjtels  bien  clos  et  dont  aucun  bruit  ne  vient,  font 
naitre  la  mélancolie.  On  n'est  pas  plus  calme  dans  la  ville  la  plus 
calme  de  province. 

A  signaler  dans  la  rue  de  Varcnne  (lisez  rue  de  la  Garenne)  le  vaste 
liôtel  de  l'ambassade  d'Autriche-Hongrie,  auquel  fait  face  celui 
de  la  légation  du  Saint-Siège,  et  enliu,  dans  la  rue  de  Betlechasse, 


LA   FONTAINE   DE   MARS   (rue    saint-dominique). 


LA   FONTAINE    DE    BOUCIIAKDON    (Rit;   de   grenelle). 


Marclié  depuis  186o  ne  doit  pas  cette  domination  patriarcale  à  une 
fréquentation  plus  spéciale  d'époux  unis  comme  Philémon  et  Baucis, 
mais  simplement  au  fait  qu'il  occupe  l'emplacement  de  l'hospice  des 
Ménages,  maison  de  retraite  pour  les  vieillards  mariés,  aujourd'hui 
transférée  à  Issy. 

1,'hôpitalLaënnec  n'existe  avec  sa  destination  actuelle  et  son  nom, 
qui  esl  ci-lni  d'un  médecin,  que  depuis  1878.  Avant,  c'était  l'hospice 
des  incurables  fondé  en  ce  lieu  dès  1634,  et  qu'après  la  guerre  on  a 
transporté  dans  des  locaux  bien  plus  vastes,  à  Ivry.  La  chapelle  con- 
serve la  sépulture  —  heureusement  retrouvée  en  1899  —  des  deux 
Turgot,  le  premier,  prévôt  des  marchands,  mort  en  1731,  le  second, 
son  fils,  qui  fut  avec  Necker  le  seul  bon  ministre  de  Louis  XVI,  cl 
qui  mourut  en  1781. 

Si  l'on  revient  à  la  Seine  par  les  rues  Vaneau  et  de  Bellechasse, 
dont  l'axe  fait  la  limite  du  quartier  Saint-Tliomas-d'.V(|uin,  on  trou- 
vera sans  doute  la  promenade   morose.  Ces  rues  sileni:ieusos,  bordées 


à  l'angle  de  la  rue  de  Crénelle,  les  liàtiments  de  la  direction  du 
génie  et  ceux  d'une  caserne  d'infanterie  dite  île  Bellechasse,  qui  ont 
succédé  à  l'abbaye  de  Penlmiont  dont  nous  parlions  tout  à  riicure. 
Quartier  des  Invalides.  —  Au  mois  d'avril  1674,  le  roi  signait 
un  édit  '1  perpétuel  et  irrévocable»  aux  termes  duquel  il  fondait 
I.  rilùiel  royal  que  nous  avons  qualifié  du  titre  des  Invalides,  leiiuel 
nous  faisons  construire  au  bout  du  faubourg  Saint-Cerniain  jiour  le 
logement,  subsistance  et  entretènement  de  tous  les  pauvres  officiers 
et  soldats  de  nos  troupes  qui  ont  été  ou  seront  estropiés,  ou  qui, 
ayant  vieilli  dans  le  service  en  icelles,  ne  seront  plus  capables  de 
nous  en  rendre  ».  C'était,  énoncée  dans  une  forme  assez  incorrecte, 
la  plus  louable  et  la  plus  humanitaire  fondation,  mais  l'idéi;  n'en 
levenait  pas  à  Louis  XiV.  Henri  IV  et  Louis  XIII  avaient,  avant  lui, 
songé  à  ces  pauvres  officiers  et  soldats;  ils  leur  avaient  alTeclé  le 
château  de  Bicélre;  Louis  XIV  eut  le  mérite  de  leur  consacrer  un 
élahlissement  en  rappoi't  avec  leurs  services...  et  sa  ju'upre  gloire. 


A.MliASSADE    D  AU-i:.M  AO.Nli   {nVH   un   Lii.Liij. 


K.NlllliE    IJIO    L  A.MUAS.^ADli   DE   UUSbIE    (.iiUE   l>u   oitn.MiLLiiJ. 


SEPTIEME    ARI'.ONDISSEMKNT 


T'I 


Li!  "bout  du  f;iul)ourg  Saint-Germain  » 
était  à  cette  époque  une  siiiiiile  plaine, 
l'ancienne  garenne  dont  Grenelle  a  reçu 
son  nom  (^t  qui,  vei-s  le  Suil,  s'élendail 
jusi|u'au  village  d'Issy.  Halayé  par  les 
vonls  du  Sud  et  de  l'Ouest,  avant  qu'ils 
aient  passé  par  la  villi',  clic  élait  |i,iilii'u- 
lièrement  salului',  et  en  coiisi'miui'uci', 
fort  bien  choisie. 

Déjà,  nous  avons  eu  occasion  de  consta- 
ter que  l'architecture  civile,  au  temps  de 
Louis  XIV,  avait  fourni  de  bien  uiiMlIcurs 
types  que  l'arcliilecture  des  églises.  Par 
une  heureuse  exeeplion ,  l'hôtel  des 
Invalides  olfre  dans  son  ensemble  un 
ra|ipio(liiMiu'nt  également  remarciuabb; 
des  deux  styles.  L'iiôlel,  vu  de  l'extérieur, 
ou  lorsqu'on  y  a  pénétré,  a  très  grand 
air  et  fait  honneur  à  l'architecte  Libéral 
Bruant  qui  l'a  construit.  L'église,  dédiée 
à  saint  Louis,  dont  le  même  architecte 
avait  commencé  la  construction  et  que 
Jules  Hardouin-Mansard  acheva,  n'a  pas 
cet  aspect  triste   et  froid   des   paroisses 

parisiennes  bâties  à  la  même  époque  :  son     tombeau  de  i.'EMPerel'r 
dôme,  fameux  entre  tous,  lui  assure  pour  napoléon  i". 

toujours  l'admiration  non  seulement  du 
grand  public,  mais  aussi  de  tous  les  con- 
naisseurs. 11  constitue,  à  vrai  dire,  une  seconde  église  formant  l'ab- 
side de  la  chapelle  proprement  dite,  Saint-Louis-des-Invalides,  qui 
est  encastrée  dans  les  bâtiments  de  l'hôtel,  et  il  a  une  façade  spé- 
ciale, de  la  meilleure  architecture,  ouvrant  sur  la  place  qui  porlc  ac- 
tuellement le  nom  de  Vauban,  mais  qui  alors  formait  une  esplanade 
aussi  vaste  que  celle  de  la  façade  opposée.  Les  voûtes  de  la  couimle 
sont  ornées  de  peintures  de  Lafosse  et  Jouvenet;  les  murs  des 
chapelles,  disposées  en  forme  de  croix  grecque,  portent  une  décora- 
tion picturale  de  Boullongne  et  de  Doyen. 

Mais  la  «  gloire  »  des  Invalides,  c'est  le  tombeau  de  Napoléon  I<^''; 
les  étrangers,  et  bon  nombre  aussi  qui  ne  le  sont  pas,  inclinent  à 
croire  que  la  coupole  a  été  construite  pour  abriter  les  cendres  de 
l'Empereur  et  en  font  tort  cà  la  mémoire  de  Louis  XIV.  «  Je  désire, 
avait  écrit  l'exilé  de  Sainte-Hélène,  que  mes  cendres  reposent  sur  les 
rives  de  la  Seine,  au  milieu  de  ce  peuple  français  que  j'ai  tant  aimé.  " 
La  Restauration  ne  pouvait  guère  satisfaire  à  ce  vœu;  le  gouverni'- 
ment  de  Louis-Philippe  y  accéda.  Le  IS  décembre  1840,  le  cercueil 
de  Napoléon,  ramené  de  Sainte-Hélène,  était  déposé  dans  la  chapelle 
Saint-Jérôme,  sous  la  coupole  des  Invalides,  et  aussitôt  un  concours 
fut  ouvert  entre  les  architectes  pour  le  projet  d'un  tombeau  définitif 
et  monumental.  Les  plans  de  Visconti  furent  agréés;  ils  consistaient 
à  ouvrir  au  centre  de  l'église,  sous  le  dôme  même,  une  large  cavité 
circulaire  qui  ne  serait  pas  refermée,  et  dans  laquelle  un  mau- 
solée magnifique  contiendrait  le  cercueil  rapporté  en  France.  Les 
travaux  durèrent  longtemps,  car  l'inauguration  solennelle  du  monu- 
ment n'a  eu  lieu  q>ie  le  2  décembre  1861.  Napoléon  III  y  [irésidait. 


L'e'jilanade  des  Invalides,  qui  offre  à 
l'édifice  une  si  majestueuse  perspective 
jusqu'aux  Champs-Elysées  entre  k-s  py- 
lônes du  pont  Alexaudie  III,  ne  reçut 
ses  six  i-angs  de  quinconces  qu'en  IT-oO, 
mais  elle  avait  été  créée  en  inêni" 
temps  que  Illôlel  même  des  Invalid»-- 
l'romeiiad',*  onibn-use,  mélaiicoliqu- 
parfois  [)eu  sûre  après  la  tombée  de  U 
nuit,  elle  n'offrait  guère  de  charmes 
qu'aux  Iiabitaiils  du  voisinage,  ce  qui 
u'empèclie   qu'il   y   eut   une  levée  en 


FAÇADE   SUD   ET    DÔME   DE    I.IIÔTEL   DES   INVALIDES. 


masse  de  tous  les  Parisiens  lorsque,  à  l'automne  de  1893,  la  nouvelle 
se  répandit  que  la  Compagnie  du  chemin  de  for  de  l'Ouest  allait  y 
inslaller  une  gare  tète  de  ligne  pour  ses  trains  de  Bretagne.  Lue  i.Mie. 
dans  celte  forêt  d'arbres  et  de  souvenii-s!  La  gare  des  Invalides  a 
été  faite,  cependant,  mais  de  façon  à  ne  pas  violer  l'esthétique,  car, 
par  une  ingénieuse  disposition,  ses  bâtiments  supérieui-s  déjvissenl 
de  peu  d'élévation  le  niveau  du  sol,  et  ont  le  mérite  d'une  réelle 
coquetterie.  Deux  séries  de  trains  y  aboutissent  :  ceux  qui  viennent 
de  la  gare  Saint-La/.are  par  la  ligne  de  Ceinture  et  l'enibranchenienl 
de  Courcelles  au  (Miamp-de-Mars,  et  ceux  qui.  se  détachant  à  Ver- 
sailles de  la  grande  ligne,  rejoignent  la  ligne  des  Moulineauxpar  »me 
voie  en  jiarlie  souterraine  qui  passe  sous  les  bois  de  Meudon  et  d- 
Cliaville.  Pour  ces  derniers,  la  traelion  est  électrique  entre  les  ln\.  - 
lides  et  Versailles,  en  raison  même  du  tunnel  de  .Meudon,  long  d. 
4  kilomètres,  et  dont  la  disposition  en  lacets  rendrait  l'évacualion  de 
la  fumée  presque  impossible. 

.V  l'anub'  .\.-E.  de  l'Esplanade  s'élève  le  ministère  des  Affaires 
étrangères,  dont  seule,  la  façade  sur  le  quai  d'Orsay  est  réell 
ment  digne,  par  son  ordonnance  à  la  fois  élégante  et  majestueuse,  J'u 
édifice  où  fréquentent  les  représentants  des  puissances  étrangères.  ' 
a  été  construit  par  Lacornée,  le  même  qui  avait  bâti  le  palais  de  . 
Co\ir  des  ('omples. 

A  (•.".lé.  un  p.u  iMi  r.'trail  et  .lissimulé  par  un  massif  de  verdur.  . 
est  l'hôtel  du  président  de  la  Chambre,  ancien  hôtel  de  Lassa 


PARIS- ATLAS 


contemporain  du  Palais-Bour- 
bon, commencé  en  1721  pour  la 
duchesse  de  Bourbon,  et  auquel 
le  prince  de  Condé  fit  apporter, 
à  partir  de  1764,  tant  de  coûteux 
embellissements,  lorsque,  aban- 
donnant son  hôtel  voisin  du 
Luxembourg,  il  eut  décidé  de 
faire,  à  l'avenir,  de  celui-ci,  «  le 
palais  des  premiers  chefs  de  sa 
maison».  C'est  de  ce  temps  que 
date  notamment  la  création  de 
la  place  du  Palais-Bourbon  et  la 
déviation  de  la  rue  de  Bowyogne, 
i|ui  avait  été  ouverte  dès  le  coni- 
iiii-iiriMnent  du  siècle.  Devenu 
Chambre  des  députés,  le 
l'alais-Bourbon  est  un  des  mo- 
numents les  plus  connus  des 
Parisiens  qui  le  désifiinent  rare- 
ment sous  son  nom  primitif,  ou 
l'appellent  encore  quelquefois 
le  Corps  législatif,  mais  sa  façade 
]irincipale  est  devenue  secon- 
daire depuis  qu'à  la  place  de 
l'ancienne  terrasse  du  bord  de 
l'eau,  si  charmante  d'après  les 
gravures  du  xviii"  siècle.  Napo- 
léon I"''  fit  construire  par  Poyet 
le  grandiose  placage  d'architec- 
ture aux  douze  colonnes  qui  fait 
face  au  pont  de  la  Concorde.  Au 
fronton,  Cortot  sculpta  un  large 
bas-relief  dont  la  France,  en- 
tourée des  divinités  qui  font  sa  force,  occupe  le  centre.  .\u  bas  du 
perron,  groupées  deux  à  deux  de  chaque  côté  de  la  façade  se  dressent 
les  statues  quelque  peu  massives  de  Sully  et  du  chancelier  de  L'Hospital, 
de  Colbert  et  d'Aguesseau. 

Le  projet  d'un  pont  reliant  la  place  Louis  XV  au  Palais-Bourbon,  sous 
le  nom  de  pont  Louis  XVL  avait  été  approuvé  en  1786.  Perronet,  qui, 
peu  d'années  avant,  s'était  illustré  à  bâtir  le  pont  de  Neuilly,  fut  chargé 
de  cette  nouvelle  œuvre.  Il  résulte  de  documents  précis  qu'à  la  lin  de 
1787  il  avait  touché  100,000  livres  d'honoraires  pour  l'étude  du  jdan  et 
six  mois  de  surveillance  des  travaux.  Le  pont  ne  fut  achevé  f[u'en  1791 


FOSSKS   ET   JARDINETS   DE   L'IIOTEI.   DES   INV.VI.IDES 


et  sa  dénomination  passa  parles 
mêmes  vicissitudes  que  celles 
de  la  place  où  il  conduisait.  C'est 
en  1795  qu'il  fut  définitivement 
nommé  pont  de  la  Concorde. 
11  serait  imprudeal  d'aflirmer 
ipie  sa  construction  fut  achevée 
à  l'aide  de  pierres  provenant  de 
la  démolition  de  la  Bastille  :  on 
n'en  est  rien  moins  que  sûr.  Ce 
>\n\  est  certain,  en  revanche, 
c'est  que,  en  1813,  Napoléon  I" 
avait  confié  à  douze  sculpteurs 
l'exécution  de  douze  statues  de 
gi-néiaux,  au  prix  de  2o,000  francs 
rliacune  pour  la  décoration  du 
ponl.  Ce  projet  n'eut  pas  de 
suites;  la  Restauration  le  reprit, 
celle  fois  en  l'honneur  de  grands 
hommes  de  l'ancien  régime  : 
Condé,  Duguay-Trouin,  Du  Gues- 
clin,  Turenne,  Sully,  Colbert, 
Suffren,  Richelieu,  Bayard,  Du 
Ouesne,  Suger,  Tourville.  Les 
statues  furent  faites  et  installées; 
mais,  en  1837,  on  dut  les  enlever, 
car  leur  masse  excessive  était 
fâcheuse  pour  l'œil  et  allait 
même  jusqu'à  compromettre  l;i 
solidité  du  pont  :  elles  allèrent 
décorer  la  grande  cour  du  châ- 
teau de  Versailles,  elles  y  sont 
encore  aujourd'hui. 

Les  édifices  adminislralifs 
sont  flirt  niimlii-eiix  d.ins  la  partie  orientale  du  quartier  des  Invalides. 
Le  palais  de  la  Légion  d'honneur  occupe  le  quadrilatère  formé 
par  les  rues  de  Bellechasse  et  de  Sull'erino,  le  quai  d'Orsay  et  la  rue  de 
Lille.  C'était  l'hôtel  de  Salm-Salm,  bâti  en  1786  avec  une  rare  élégance, 
encore  qu'un  peu  mièvre.  Après  que  M""  de  Staël  y  eut  vécu  quelque 
temps,  il  fut  affecté,  sous  Napoléon  \"'  même,  à  l'ordre  de  la  Légion 
d'honneur.  Les  flammes,  cpii,  en  1871,  détruisaient  la  Cour  des 
Comptes,  ne  l'épargnèrent  [las,  mais  on  a  pu  le  réédilier  avec  sa  grâce 
|)rimitive.  L'ambassade  d'Allemagne  occupe  un  bel  hôtel,  rue  de 
l.ille,  78.  —  De  l'autre  n'ilé  du  Imnlevard  Saint-tîermain,  le  ministère 


s  U  )■;  I  ,s  1  )•:  li  I  !•;  I  I  :  !■.   i  >  j ,   ] ,  a 


l'Iiul.  .NcurJaii 
lIAIlil.l.lC    l)i;s    INVALIDES. 


ENTKK1-:  Noun  lU';  i,nôTi:i.  dios  in v ai.idks. 

de    la    Guerre   mIh',    sni-   I.-    I.nnli\.iiil,    une     laïade     relalivi- lit 

neuve,  ayii'mchli'i-  d'nne  tunr  dont  l'utilité  <'st  diM-ntalde,  et  sur  la  rne 
Saint-Dominique  occupe  les  bâtinu'uts  de  l'ancien  couvent  dis  l'illes 
(II-  la  Providence  ou  di^  Sairit-.losepli,  l'onilé  là  en  16'iO. 

Dans  la  rue  de  (;n'ni  lie,  le  ministère  de  l'Instruction  publique 
s'esl  installé  dans  l'ancien  Inilel  de  .N.iv.iilli-.  Il  y  est  iiiiloyen  avec  l;i 
mairie  de  l'arrondissemenl,  élaldie  dans  l'aniien  Imtel  dniil  le  m.in''- 
I  liai  de  Villars  avait  confié  la  conslru<,lion  à  l'an  Intii  te  L.dion.  -  V'.n 
lare  de  ces  édifices,  les  liâlimenls  ilc  l'administration  générale 
des  postes  et  télégraphes,  bien  plan  >  à  i  ôiê  dn  ministère  du 
Commerce,  des  Postes  et  de  l'Industrie,  ilmil  elle  njève. 

i'ln>  li.i--,  piMpiaiix  hn.diili's,  l'archevêché  occupe,  après  lanibas- 


SEPTIÈME   ARRONDISSEMENT 


sade  d'Autriche,  l'ancien  liolel  du  Chàtelet,  depuis  que  le  pillage  du 
palais  voisin  de  Xotie-Dr.me  eut  forcé  rarchevèque  à  chercher  une 
autre  demeure. 

Rue  de  Varenne  s'élève  le  coquet  ministère  de  l'Agriculture.  — 
Un  dossier  des  .archives  nationales  nous  apprend  qu'une  ordonnance 
royale  du  18  mai  1838  a  autorisé  «  le  sieur  Barbet  de  Juuij  à  ouvrir  une 
rue  sur  ses  terrains,  entre  les  rues  de  Varenne  et  de  Babylone  >>.  C'est 
le  père,  sans  doute,  d'un  archéologue  qui  a  fait  honneur  à  la  science 
française.  —  Xn  delà,  l'aristocratique  couvent  du  Sacré-Cœur  étend 
son  domaine  de  la  rue  de  Varenne  à  la  rue  de  Babylone. 

L'église  Sainte-Clotilde  est  la  paroisse  de  cette  région.  Sa  fonda- 
tion fut  ordonnée  par  une  délibération  municipale  du  19  décembre  1843 
et  entreprise  sous  la  conduite  de  l'architecte  Gau,  puis  de  Ballu  :  elle 
a  été  consacrée  en  1837.  Ses  deux  flèches,  que  l'on  voit  de  loin,  lui 
donnent  l'air  d'une  cathédrale  gothique,  mais  à  l'examiner  de  près, 
l'on  se  rend  compte  que  l'art  de  fouiller  la  pierre,  si  familier  au  moyen 
âge,  a  été  ici  tout  à  lait  négligé.  La  clientèle  paroissiale  est  parmi  les 
plus  aristocratiques  de  Paris. 

Quartier  de  l'Ecole  militaire.  —  Louis  XIV  avait  donné  l'abri  des 
Invalides  aux  nfticirrs  et  soldats  blessés  ou  vieillis  sous  le  harnois  ; 
Louis  XV  voulut    rondrr   un^  éiole  modèle  pour  former  des  ofliciers 


dans  l'art  de 
la  guérie.  Le 
parallélisme 
des  deux  in- 
stitutions est 
marqué  dans 
les  termes 
mêmes  des 
lettres  pa- 
tentes de 
janvier  1751 
qui  créèrent 
1  Ecole  mi- 
litaire :  «  Enfin,  nous  avons  considéré  que  si  le  feu  roi  a  fait  construire 
l'hôtel  des  Invalides,  pour  être  le  terme  honorable  où  viendraient  linir 
paisiblement  leurs  jours  ceux  qui  auraient  vieilli  dans  la  profession  de> 
armes,  nous  ne  pouvons  mieux  seconder  ses  vues  qu'en  fondant  une 
école  où  la  jeune  noblesse  qui  doit  entrer  dans  cette  carrière  puisse 
apprendre  les  principes  de  la  guerre...  »  L'École  devait  recevoir  •■  cinq 
cents  gentilshommes  nés  sans  biens  ".  Sa  construction,  dans  la  plaine 
de  Crénelle,  fut  confiée  à  Gabriel,  le  brillant  architecte  des  hôtels  de 


Phot.  NeurJ-u 


VUli    UU    P.\LA1S    DK    I.A    I.KCION    DIIONNEI'R. 


COLR    DU    1».VL.\IS    UE    LA    I.liOIO.\     DlU>>MiL"K. 


7G 


PARIS- ATLAS 


ENTRÉE    DU    MINISTÈRE    DES    AFFAIRES   ÉTRANGÈRES 

(rue     de    CO-NSIAXTINEJ. 


L'Institution  nationale  des  jeunes  aveugles  a  pris  possession 
de  ses  liàtimeiits,  à  l'angle  de  la  rue  de  Sèvres  et  du  boulevard  des 
Invalides  en  1843.  La  statue  de  Valenlin  Haiiy  est  placée  dans  la  cour 
d'honneur  qui  précède  la  façade.  On  lie  pouvait  mieux  choisir  pour 
honorer  la  mémoire  de  celui  qui,  le  premier,  s'ingénia  et  réussit  à 
donner  l'instruction,  souvent  même  le  talent,  aux  malheureux  qui  ne 
doivent  jamais  connaître  la  lumière. 

On  se  trouve  être  là  dans  une  des  régions  des  plus  tranquilles  de  la 
ville.  Il  n'est  pas  de  rues  plus  calmes  que  les  rues  Bertrand,  Duroc, 
Éblé,  Oudiiiut,  malgré  les  noms  de  brillants  guerriers  qu'on  leur  a 
donnés,  que  la  rue  Monsieur,  ouverte  en  1778  sur  la  demande  de 
Monsieur,  frère  du  roi.  Le  couvent  des  Oiseaux,  la  maison  des  frères 
Saint-Jean-de-Dieu,  d'autres  monastères  encore  y  occupent  de  vastes 
enclos;  le  seul  bruit  qu'en  entende  est  celui  des  cloches,  à  intervalles 
lents  et  réguliers;  c'est  la  paix  des  cloîtres. 

Vers  le  milieu  du  .^ivii'  siècle,  le  quartier  du  Gros-Caillou  s'.ip- 
pelail  CI  marais  du  faubourg  Saint-Germain  "  ;  sun  nom  pilloresque  lui 
vient  d'une  grosse  borne  qui  servait  à  délimiter  les  censives  des 
abbayes  de  Sainte-Geneviève  et  de  Saint-Germain-des-Prés,  pro- 
priétaires à  peu  près  également  de  toute  la  plaine  de  Grenelle.  Les 
maisons  ne  commencèrent  à  s'y  grouper  que  sous  Louis  XV'  et  c'est  en 
173o  qu'y  fut  décidée  la  fondation  d'une  paroisse.  Comme  aujourd'hui, 
les  rues  de  Grenelle,  Saint-Dominique  et  de  l'Université  étaient  les 
principales  artères  du  nouveau  quartier;  des  voies  secondaires  les 
reliaient  entre  elles:  la  rue  de  l'Église  (actuellement  rue  Cler),  la  rue 


la  place  de  la  Concorde,  et  elle 
peut  passer  pour  un  chef-d'œuvre. 
La  façade  principale  sur  l'avenue 
de  la  Motte-Picquet  comporte  une 
décoration  de  dix  colonnes  corin- 
thiennes surmontées  d'un  entable- 
ment, également  corinthien.  Sou- 
cieux du  beau,  Gabriel  a  traité  avec 
non  moins  de  soin  l'autre  façade 
donnant  sur  la  place  de  Fontenoy, 
que  décore  un  monument  qu'on 
trouvera  peut-être  un  peu  grêle 
pour  être  dédié  «  à  la  gloire  des 
armées  ».  L'institution  de  l'École 
militaire  n'atteignit  même  pas 
l'heure  de  la  Révolution  ;  suppri- 
mée une  première  fois  en  177(5,  elle 
le  fut  déflnitivement  en  1787.  De- 
puis, la  majeure  partie  des  bâti- 
ments a  toujours  été  affectée  au 
service  d'une  caserne  ;  mais,  comme 
pour  revenir  aux  traditions  d'ori- 
gine, l'École  supérieure  de  guerre  y 
a  son  siège  ainsi  que  divers  comités 
techniques  de  la  science  mili- 
taire. 

Saint-François -Xavier     est 
l'église    paroissiale     du    quartier. 

Son  orientation  bizarre  s'explique  par  le  fait  qu'elle  devait  terminer 
la  perspective  d'un  boulevard  partant  du  pont  du  Carrousel,  et  qui 
n'a  jamais  été  fait.  L'édifice,  construit  avec  élégance,  a  été  livré 
au  culte  en  1874;  il  a  eu  pour  architectes   MM.  Lusson  et  Aihard. 


FAÇADE    DU    MINISTÈRE    DES    AFFAIRES    ÉTRANGÈRES     sur    le 


de  la  Vierge,  absorbée  par  l'avenue  Uosquel,  la  rue  Saint-Jean  ou  des 
Cygnes,  devenue  rue  .lean-Nicot. 

iMili-e  le    ]Miiil  des  Invalides  et  la  passerelle  de  Passy,  qui    bien 
enti-ndii.  n'ixi>laiiril  pas  alors,  la  Seine  formait  une  île  qui  s'appelait 


FAÇADE    DU    MINISTERE    bL    LA 


Il  AM  IIIU';    1M'.>.    lll-.l'f  1  h.-». 


SEPTIEME  ARRONDISSEMENT 


77 


dopuis  r.oiiis  XIV  lie  des  Cij'jnes  parce  que  le  roi  l'avait  allecti'-e  à  la 
n'sidoncc  de  qucl(|ucs-unsde  ces  gracieux  oiseaux,  et  qu'il  ne  faut  pas 
confondre  avec  l'île  des  Cygnes  actuelle,  silu(!e  entre  la  passerelle  de 


tique  menace  produisit  son  effet  et  le  pont  fut  épargné.  Une  ordon- 
nance royale  du  mois  de  Juillet  suivant  lui  ilonna  le  nom  de  pont  des 
Invalides.  Il  redevint  pont  d'Iéna  sous  Loui:5-I'liili|>pe.  En  lttô3,  on  a 


FAÇADE   DE   LA   CHAMBRE    DES   DÉPUTÉS    (qiai   d'orsay). 


Passy  et  le  pont  de  Grenelle.  L'entreprise  de  réunir  la  première  à  la 
terre  ferme,  en  même  temps  que  le  prolongement  du  quai  d"Orsay, 
fut  crimmencée  en  1773,  mais  des  contestations  de  propriété  entre 
la  Ville  et  l'État,  les  événements  politiques  aussi,  firent  qu'elle  ne 
fut  achevée  qu'en  1813.  C'est  sous  celte  vallée  comblée  que  court 
la  nouvelle  ligne  de  chemin  de  fer  entre  les  Invalides  et  le  Champ- 
de-Mars. 

La  manufacture  des  tabacs  d  b-  magasin  central  dss  hôpi- 
taux militaires,  If  dépôt  des  marbres  de  l'État  sont  coiislruiis 
sur  l'ancienne  ile  des  Cvi-'nes. 

L'église  Saint-Pierre-du-Gro3-CaiIlou  a  été  reconstruite,  de 
fond  en  combli'.  sur  l'emplarenient  de  l'ancien  édifice,  de  1822àl823, 
par  Godil''.  Cr>[  un  uiniuniiriit  insignifiant. 

Le  pont  des  Invalides  date  de  CliarlesX,  sous  le  nom  de  pont 
d'Antin.  C'était  alors  un  pont  sus- 
pendu, en  fil  de  fer  :  il  a  été  re- 
fait, en  pierre,  en  18bo  et  réédilié 
presque  entièrement  en  1881  à  la 
suite  d'une  débâcle  de  glaces  sur- 
venue en  1880. 

Le  pont  de  l'Aima  rappelle  la 
victoire  remportée  par  nos  troupes 
pendant  la  campagne  de  Crimée, 
le  20  septembre  1854.  Sa  construc- 
tion était  déjà  entreprise.  Il  est 
décoré  de  quatre  statues  de  sol- 
dats français  qui  ont  très  bonu'' 

allure. 
La  conslruclion  du  pont  d'Iéna 

fui  commencée  eu  1809  et  achevée 

(jualre    ans    plus   tard.   Son  nom 

faillit  le  perdre.  Lorsque  les  Prus- 
siens   entrèrent    dans    Paris,    en 

18L'i,    le    feld-maréchal    Bluch.r 

ordonna  de  faire  sauter  à  la  minr 

un    monument    dont    le    vocabh' 

était    une    insulte   à   sa   nalinii. 

I.Duis  XVIII,  ([u'au  même  momenl . 

piiurtant,  les  alliés  réinlégraieiil 

sur  le  trône,  eut  le  grand  méi  ih 

de    s'opposer    avec     la    diTriièir 

énergie  à  cet  acte  de  vandalisnir. 

Il  écrivit  sur-le-champ  au  roi  de 

Prusse  un  billet  des  plus  coura- 
geux: «...  Je  prie  V.  M.  d'inter- 
poser son  autorité;  c'est  une  grâce 

que  je  lui  demande.  Si  toutefois 

vous  ne  vouliez  pas  me  l'accorder, 

je  me  bornerai  à  vous  inviter  à 

me  faire  savoir  l'heure  où  l'iui  fiia 

sauter  le  pont,  pourque  j'aiib?  me 

placer  au  milieu.  »  Cille  palrio- 


IIORLOGE    DU    MINISTÈRE   DE   LA   GUERRE 
(bouliîvard   saint-germain}. 


[ilacé  à  cha- 
cune de  ses  en- 
tré e  s  deux 
groupes  d'é- 
cuyers  :  un 
grec,  un  ro- 
main, d'une  part;  un  arabe,' un  gaulois,  d'autre  part,  maîtrisant  des 
chevaux.  Ce  sont  des  œuvris  médioiies  et  d'une  crudité  choquante. 

La  description  du  Champ-de-Mars,  les  destinations  si  diverses 
qu'il  a  reçues  depuis  cent  cinquante  ans  demanderaient,  pour  être 
exposées  en  détail  la  matière  d'un  volume.  Long  de  983  mètres,  large 
de  423,  il  fut  d'abord  le  champ  de  manœuxTes  affecté  aux  exercices  de 
l'Ecole  militaire.  En  1790,  pour  la  fête  de  la  Fédération,  on  le  borda 
de  talus  en  terre;  les  douze  mille  ouvriers  einpluvés  à  ce  travail  ne  suf- 


78 


PARIS -ATLAS 


flsant  pas  à  la  tâche,  ce  furent  les  habi- 
tants eux-mêmes  de  Paris  et  des  environs 
qui  vinrent  les  aider  à  l'achever  pour  la 
date  voulue,  et  l'on  sait  quel  enthou- 
siasme indescriptible  recueillit  cette  pre- 
mière grande  fête  pacifique  de  la  Révo- 
lution. La  Fédération  y  fut  commémorée 
encore  en  1791  et  en  1792...  La  même 
année,  quand  la  patrie  fut  proclamée  en 
danger,  c'est  au  Champ-de-Mars  que  les 
volontaires  accoururent  pour  se  faire  en- 
rôler en  foule. 

Puis,  ce  furent,  jusqu'à  l'Empire,  les  fêtes 
républicaines  de  la  Liberté,  de  l'agricul- 


née  188(3,  M.  EilTel,  ingénieur  civil,  lit 
agréer  par  le  gouvernement  le  projet  d'éle- 
ver au  Ghamp-de-Mars,  pour  l'Exposition 
de  1889,  et  cela  à  ses  risques  et  périls, 
une  tour  toute  de  fer,  haute  de  300  mè- 
tres, c'est-à-dire  dépassant  de  125  mètres 
le  monument  le  plus  élevé  du  monde 
entier,  la  tour  de  Washington.  Quand  le 
dessin  en  fut  produit  dans  le  public,  il  y 
eut  de  nombreuses  protestations  d'artistes 
et  d'écrivains,  déclarant  qu'une  pareille 
construction  déshonorerait  la  beauté  de 
Paris.  On  jugera  par  cet  extrait  de  l'ar- 
deur qu'apportaient  les  protestataires  dans 


-PIKKRE   DU  GKOS-CAILLOU. 


(ure,  la  pompe  funèbre 
i-n  l'honneur  de  Hoche. 
Tue  exposition  des  pro- 
duits de  l'industrie  (la 
première  exposition 
française  qui  ait  eu  lieu) 
s'y  ouvrit  le  19  septem- 
bre 1798.  Na|i(ilé(iu  ''  y  vini  (hnix  fuis  en  grande  solennité  :  le  5  dé- 
cembre 1804  pour  distribuer  les  aigles  à  l'armée,  le  2  avril  1815  pour 
présider  au  banquet  olfert,  en  l'honneur  du  retour  de  l'île  d'Elbe, 
à  la  garde  nationale  par  la  garde  impériale.  Pendant  la  Restaura li un 
et  sous  Louis-Philippe,  les  revues  de  la  garde  nationale  se  passèivni 
au  Chaniji-de-Mars.  Entre  temps,  on  y  faisait  des  courses  de  chevaux. 
Le  second  Empire  y  convoqua  aussi,  pour  des  revues  solennelles,  les 
troupes  de  la  garde  impériale  et  de  la  garnison  de  Paris. 

L'Exposition  universelle  de  1867,  la  seconde  de  ce  genre  qui  ait  eu 
lieu  à  l'aris,  se  tint  pour  la  première  fois  au  Champ-de-Mars;  le  Palais 
de  l'Industrie  avait  suffi  à  la  première,  celle  de  1855.  Déjà,  il  faut 
remonter  loin  dans  le  cours  des  souvenirs,  ou  consulter  les  documents 
contemporains  pour  se  rappeler  son  élégant  palais  de  forme  elliptique 
et  le  parc  si  coquet  ([ui  l'in- 
tourait. 

Dès  lors,  la  période  uiidé- 
ciraale  des  expositions  uni- 
verselles était  créée,  beaucoup 
par  le  liasard.  L'Exposition 
de  1878  n'eut  au  Champ-de- 
Mars,  comme  celle  de  1867, 
que  des  constructions  éphé- 
mères. Il  était  réservé  h  celle 
de,  1889  «le  doter  ce  terrain 
de  (|ueli|ues  monuments  sta- 
l)ies,  et  ](ar  suilr',  de  néces- 
siter sa  désaffectation  déli- 
iiitive  comme  terrain  mili- 
taire, dépendant  jusipie-là  du 
niiiiislèr<-  ilc;  la  (iucrre. 

C'est   (le  le   li'iiips   que  ila- 

i.iil  il  tour  Eiffel  et  l;i  ga- 
lerie des  Machines,  qui,  à 
des  tilles  divers,  [liais  léali- 
saiit  toutes  deux  le  triomiihe 
de  la  métallurgie,  sont  res- 
tées des  constructions  inlini- 
m'-r>t  curieuses  h  visiter. 
Au  commencement  de  l'an- 


A  I  N  r  - 1  1  :  A  N  I 


la  manifestation  de  leur 
indignation  : 

«  ...  Il  suffit,  d'ail- 
leurs, pour  se  rendre 
compte  de  ce  que  nous 
avançons,  de  se  figurer 
un    instant     une     tour 

vertigineusement  ridicule,  doiuiuanl  l'aris  ainsi  ciu'unr  gigantesiiue 
et  noire  cheminée  d'usine,  écrasant  do  sa  masse  barbare  ÎNotre-Danu\ 
la  Sainte-Chapelle,  la  tour  Saint-Jacques,  le  Louvre,  le  dôme  des 
Invaliiles,  r.\rc  de  Triomphe,  tous  nos  niunununts  humiliés,  toutes 
nos  architectures  rapetissées,  qui  disparaîtront  dans  ce  rêve  stupé- 
liant.  Et  pendant  vingt  ans  nous  verrons  s'allonger  sur  la  ville  entière, 
frémissante  encore  du  génie  de  tant  de  siècles,  nous  verrons  s'al- 
longer comme  une  tache  d'encre,  l'ombre  odieuse  de  l'odieuse  colonne 
en  tôle  boulonnée...  » 

Tout  cela  él;iit  fort  exagéré,  et  l'uii  til  liiiii  i\r  ne  pas  s'arrêter  à  ces 
déclamations,  car,  en  réalité,  si  le  luimunieut  ne  dégage  pas  une  somme 
considérable  d'esthétique,  il  ne  s'impose  pas  moins  à  l'admiration 
par  sa  hauteur,  sa  hardiesse  et  la  légèreté  apparente  d'une  force  qui 

résiste  aux  plus  redoutables 
leiupêles  observées  jus(|u'ici. 
La  galerie  des  Machines, 
elle,  n'avait  pas  rencontré 
de  détracteurs.  Ûiùivre  de 
.MM.  Dutert  etContamin,  elle 
n'a  pas  routé  moins  de  six 
millions  et  demi.  C'est  la  nef 
sans  supports  intermédiaires 
la  plus  large  (|iii  ail  jamais 
('■II''  eoiisllilile,  e|  c'est  là  UH 
iiM'rile  appi'iM-ialde.  Cepeii- 
daiil,  en  rhoiiiiiMir  de  l'Ex- 
posilioii  de  1900,  on  a  ciu 
devoir  y  insciire,  comme  di- 
i.iieiit     les    nialliénialiciens, 

1 salle     des     tètes   i|lii    en 

oi(  iipe  il'  cenlre  et  di'lrilit 
ainsi  l'ellel  de  la  grandiose 
peispeitive  tant  admirée  en 
1889.  Ces  rés.'rves  faites,  il 
loinient  di'  louer  l'u'uvre  i\'- 
l'architecte,  M.  Hauiin.  Le 
vaisseau,  de  forme  circu- 
laire, peut  contenir  environ 
qniii/e  mille  peisonnes;  une 


I.NsniUT    NAIIO.NAI,    lilCS   .JKU.Nli.S    A  V  K  U  IJ  LhS. 


SEPTIÈME   ARRONDISSEMENT 


79 


Fnyl.  N*îtrd*ta. 


FAÇADE    DE    L  ÉCOLE    .M  I  L  IT  A  1 1;  K. 


coupole  le  recouvre,  par  laquelle  la  lumière  pénètre  à  travers  un  vitrail 
qui  lui  donne  des  tons  très  doux  et  fort  agréables  à  l'œil.  Sur  les 
retombées  de  cette  coupole  se  voient  de  grandes  compositions  pictu- 
rales dues  à  MM.  Flameng,  Cormon,  Rochegrosse  et  Maignan. 

Une  description  détaillée  de  lE.xposition  universelle  de  1900  ne 
saurait  entrer  dans  notre  cadre,  mais  il  est  impossible  de  ne  pas  dire 
quelques  mots  de  ses  origines,  de  sa  conception  et  des  merveilleuses 
manifestations  du  génie  humain  que  la  dernière  année  du  xix=  siècle 
aura  vu  s'y  accomplir  dans  leur  radieux  épanouissement;  c'est,  pour 
le  livre  d'or  de  Paris,  une  des  plus  belles  pages,  et  elle  vient  ici  bien 
à  sa  place,  dans  les  annales  du  VU"  arrondissement,  qui  a  fourni  à 
l'œuvre  une  si  large  part  de  son  territoire. 

Un  décret  du  13  juillet  1892  décida  qu'au  printemps  de  1900  Paris 
ouvrirait,  pour  la  cinquième  fois  dans  le  cours  du  siècle,  ses  portes 
aux  travailleurs  du  monde  entier.  Dans  le  rapport  motivant  ce  décret, 
le  ministre  du  Commerce  s'exprimait  ainsi  :  «  Le  sentiment  qui  se 
dessina  aux  derniers  jours  de  1889  a  pris  corps,  il  s'affirme,  pressant 
et  irrésistible;  il  demande  que  l'intervalle  qui,  depuis  quarante  ans,  a 
séparé  nos  Expositions  universelles  de  IS.oo,  1867,  1878,  1889  ne  soit 
pas  dépassé.  Le  gouvernement  ne  pouvait  manquer  de  s'associer  à  ce 


vœu  unanime,  conforme  à  la  tradition  constamment  suivie;  il  n'a  pas 
cessé  de  se  préoccuper  des  dispositions  préliminaires  à  prendre,  et  il 
croit  le  moment  venu  de  sortir  de  la  période  purement  préparatoire 
pour  entrer  dans  celle  de  l'exécution...  Les  progrès  réalisés,  ceux  qui 
s'achèvent  sous  nos  yeux  permettent  d'entrevoir  »  spectacle  dépas- 
sant encore  par  sa  splendeur  celui  qu'il  nous  a  éMjMonné  d'admirer. 
Quelle  qu'ait  été  la  magnificence  des  Expositions. précédentes,  elles 
sont  inévitablement  éclipsées  par  les  Expositions  nouvelles,  qui  jalon- 
nent la  voie  ouverte  à  l'humanité  et  résument  ses  conquêtes  suc- 
cessives. Je  n"ai  pas  besoin  d'insister  sur  l'intérêt  que  peut  présenter 
une  Exposition  universelle  à  cette  date.  Malgré  l'hahilelé  et  la  science 
avec  lesquelles  elles  ont  été  organisées,  les  re\-ues  rétrospectives 
de  1889  laissent  un  large  champ  aux  études  du  même  genre  que  l'on 
voudrait  reprendre  en  1900.  LE.xposition  de  1900  constituera  la 
synthèse,  déterminera  la  philosophie  du  xiï"  siècle. 

Un  décret  du  9  septembre  1893  institua  commissaire  général  M.  Alfred 
Picard,  inspecteur  général  des  ponts  et  chaussées,  qui  avait  été  déjà 
rapporteur  général  de  l'Exposition  précédente.  Les  différentes  sections 
reçurent  pour  directeurs  les  hommes  les  plus  qualifiés  :  directions 
des  finances,  des  beaux-arts,  de  l'agriculture,  des  colonies,  de  l'exploi- 


LE    PALAIS    ARCIllLi'liLOl'AL. 


LE  .Mi.MsrLSE  ni;  l  agiuci 


80 


PARTS -ATLAS 


LA   TOUR    EIFFEL. 

par  la  manière  dont  l'habileté  des  constr 
relief.  Chacune  de  ces 
grandes  assises  inter- 
nationales de  la 
science,  des  arts,  de 
l'industrie  a  eu  son 
«clou»,  pour  employer 
l'expression  consacrée, 
encore  que  peu  acadé- 
mique. Celles  de  19ÛU 

—  et  nous  voulons  ne 
nous  en  tenir  ici  qu'au 
Vil"      arrondissement 

—  auront  eu  l'inou- 
bliable aspect  de  la 
Il  rue  des  Nations  i  où 
s'est  affirmée  avec  lanl 
d'originalité  le  slyii: 
architectural  dcsi;ran- 
des  puissances  de  l'Eu- 
rope et  de  l'Amérique, 
le  palais  dos  armées  de 
terre  et  de  mer,  les 
constructions  si  pitto- 
resques (on  regrette 
presque  leur  caractère 
éphémère)  élevées  sur 
l'esplanade  des  Inva- 
lides, au  Ciiam|i-de- 
Mars  et  tout  le  long 
du  quai  d'Oisay;  celte 
plale-fornio  mobile, en- 
fin, dernière  trouvaille 
de  l'industrie  électri- 
que, et  dont  on    peut 

dire,  en  effet,  qu'elle  a  résumé  par  son  ingi 
pratiques  toute  la  synthèse  d'une  force  qu'il 


talion,  de  la  voirie,  de 
l'architecture,  de  la  na- 
vigation, etc.  Des  comi- 
tés et  sous-comités  fu- 
rent créés  pour  préparer 
lesquestions  techniques, 
rédiger  des  programmes 
et  inviter  en  temps  utile 
les  savants  de  toutes  les 
nations  civilisées  à 
prendre  part  à  des  con- 
grès où  seraient  étudiés 
tous  les  problèmes  qui 
intéressent  la  science  et 
l'arl.  Tous  ceux  qui  les 
composaient  se  mirent 
à  l'œuvre  avec  aulanl  do 
désintéressement  que 
d'ardeur. 

Sept  années  n'étaient 
pasdetrop,en  effet,  pour 
la  préparation  d'une 
oeuvre  pareille.  Il  ciui- 
vienl  de  dire  que  les  es- 
pérances formulées  dans 
les  termes  qu'on  vient 
de  lire  ont  été  pleine- 
ment réalisées.  Inaugu- 
rée officiellement  par  le 
Président  de  la  Hépu- 
blique,  le  14  avril  19uÛ, 
l'Exiiosition  a  bien  vé- 
ritablement surpassé 
ses  devancières,  autant 
par  la  valeur  des  nou- 
velles découvertes  dues 
à  l'incessant  progrès 
de  la  civilisation  que 
ucleurs  les   a  mises   eu 


TEMPLE    PROTESTANT   (m 
Antienne  église  do  l'abbaye  de 


r.     nK    CRENELLE) 

['aiueinont. 


L'N    DKS    ASCICNsloruS    DE    I.A    TOI'R    EIFFI'".!- 


de  développer  en- 
core. 

A  l'Exposition 
de  1889,  disions- 
nous  tout  à 
l'heure,  la  mélal- 
lurgie  triompli.i. 
Enl900,leCliani|.- 
de-Mars  aura  as- 
sisté à  la  gloire  de 
l'électricité.  Elle  y 
aura  fait  merveil- 
les par  son  pnu- 
voir  à  transmeure 
la  voix  et  la  lu- 
mière, à  transpor- 
ter les  fardeaux, 
à  entraîner  les 
véhicules. 

Que  de  transfor- 
ma l  i  o  n  s  celte 
plaine  a  subies 
depuis  deux  siè- 
cles! Combien  elle 
a  servi  au  dévelop- 
pement de  l'esprit 
humain!  Que  lui 
r  é  s  e  r  V  e  encore 
l'avenir,  après 
tant  d'événements 

dont  elle  a  été  le  théâtre  !  On  a  peine  à  crcùre  ([u'au  xvi»  siècle  la  vigne 
y  poussait,  et  cependant,  voici  des  baux  de  1529,  où  Robert  .\uger,  Cuil- 
laume  Drouard,  boucher,  Robert  Dumont,  laboureur,  déclarent  tenir  à 
bail  du  c<  vénérable  abbé  commandatairo  du  couvent  de  l'église,  Mon- 
seigneur Saint-Germain-des-Prés,  diverses  pièces  de  terre  ou  de  yigne 
t<  assis  à  Gamelles,  au  dessoubs  de  la  justice  du  dit  lieu  »,  —  ce  qui 
correspond  bien  à  l'emplacement  du  Champ-de-Mars.  Au  xvni"  siècle, 
il  fut  question  de  transformer  la  partie  voisine  de  la  rivière  en  une 
gare  lluviale  —  projet  qui    fut  abandonné,  pour  être  repris  ensuite 

•  ■n  aiuiinl  de  Paris,  à 
la  gare  d'Ivry.  iJéjà 
l'industrie  tentait  de 
s'y  substituer  à  la  cul- 
ture. 

Kl  l'on  se  demande, 
^i  ce  projet  s'était  ac- 
compli, ou  si,  de  toute 
.Mitre  façon,  le  Champ- 
de-Mars  n'avait  pu 
fournir  son  terrain  à 
nos  Expositions,  com- 
ment Paris  aurait  fait 
pour  en  trouver  un 
équivalent  par  sa  si- 
lualion. 

I.c  problème  s'est 
posé  plusieurs  fois; 
lii(  Il  des  compétitions 
sr  sont  produites;  cer- 
lains  (|uarliers  ont 
prolcslé  contre  l'aban- 
(loii  oii  on  1rs  laissait  ; 
iii.'iis  il  leur  élail  dif- 
liiili'  (If  justilii'C  leurs 
doléances  par  l'onio 
du  n  c  III  pl.'i  l'c  III  en  I 
ruMlniirii!      r,ivoi;iblc. 

ll.crllIl.lllM'l-      1rs     EX- 

posilioiis  ni  1rs  lians- 
|Hirlaiit  au  delî'i  de 
l'eiiceinle  im'iI  éli''  leur 
faire  un  tort  consi- 
dérable. I.e  VU"  arron- 


miosilé  et  ses  avantages 
appartient  au  xx«  siècle 


dissement  a  donc  ii 
féliciter  ajuste  titre. 


itinué  à  jouir  de  droits  acquis,  et  il  peut  s'en 


PARIS 


SEPTIÈME    ARRONDISSEMENT 


^^■^^^ip^J^'  t^ffi 


«■ 


(VJ)A     ' 


>Ç^i 


^^■/. 


•Ç^j 


'^i     w^^"^^ 
j/^#    ^ 


Pa  R IS- AT  L AS 


PERSPECTIVE    DE    L'AVE^^UE    DES    CHAMPS-ELYSÉES,    PRISE    DU    HAUT    DE    L'ARC    DE    TRIOMPHE. 


arroniiiss^emeïïl. 


L'ELYSÉE.    —  29=   ouARTiF.u  :    CHAMPS-ELYSÉES.    —    30»  ou.\rtier  :    FAUBOURG    DU    ROULE. 
31°  nu.\RTiF,R   :    LA    MADELEINE.    —    32°  quartier   :    L'EUROPE. 


1 

[ 

^^ 

1 

NE  Sorit'té  s'est  constituée  naguère  pour  ('tiirtii^r 
l'histoire  des  territoires  qui  constituent  aujour- 
d'iiui  le  \'III«  arrondissement,  dit  I'Élysée.  I.e 
sujet  en  vaut  la  peine,  bien  que  cette  partie  de 
la  ville  n'ait  que  quatre  cents  ans  à  peine  d'exis- 
tence. Les  maisons  furent  lentes  à  se  construire 
le  long  du  grand  chemin  du  Roule,  aujourd'hui 
notre  faubourg  Saint-Honoré  ;  le  groupement 
d'habitants  qui  constitua  la  paroisse  de  la  Ville- 
l'Evèquc  était,  de  même,  peu  important.  A  l'excep- 
tion de  ces  deux  puiiits,  lnul  le  reste  était  en  culture.  On  a  quebiue 
peine  à  se  l'imaginer  aujourd'hui. 

Chaque  arrondissement  de  Paris  a  sa  caractéristique,  par  bniuclle  il 
se  distingue  des  autres  :  celui-ci  est  le  plus  grand,  celui-là  le  plus 
petit;  l'un  est  très  accidenté,  presque  montagneux,  l'autre  plat  comme 
la  Beauce  ;  tel  est  pauvre  et  «  soufTrant  ",  tel  autre  a  l'aspect  monas- 
tique. Le  VIII'  offre  cette  particularité,  très  flatteuse  pour  lui,  d'être  le 
plus  beau  et  le  plus  riche.  Il  a  pour  limites  :  au  Âlidi,  la  Seine;  à 
l'Ouest,  les  avenues  du  Trocadéro  et  Marceau,  qui  le  séparent  du 
XVI°  arrondissement;  au  Nord-Ouest  et  au  Nord,  l'avenue  de  Wagram, 
les  boulevards  de  Courcelles  et  des  Batignolles,qui  le  séparent  du  XVll»  ; 
à  l'Est,  les  rues  d'Amsterdam,  Tronchet  et  Vignon,  qui  le  séparent 

Paiiis-Ati.as. 


du  IX';  les  rues  Duphot,  Richepance,  Saint-Florentin  et  le  mur  des 
Tuileries,  qui  le  séparent  du  1°''  arrondissement. 

Sa  superticio  est  de  381  hectares,  sa  population  de  103.088  habi- 
tants. 

Quartier  des  Champs-Elysées.  —  Ce  n'est  pas  trop  s'avancer 
que  dire  de  la  /ilure  de  la  Concùnle  que  sa  beauté  est  sans  rivale  dans  le 
monde  entier.  Un  a  pu  faire  observer  que  les  monuments  dont  elle  est 
décorée  sont  un  peu  de  tous  les  ;\ges,  à  commencer  par  celui  des 
pharaons.  Peu  importe  :  l'ensemble  est  admirable,  avec  un  cadi-e 
plus  riche  encore  que  le  tableau,  et  nous  croyons  volontiers  que,  de 
toutes  les  impressions  qu'emporte  un  étranger  sur  les  merveilles  de 
Paris,  celle  qu'il  a  éprouvée  là  est  la  plus  saisissante  et  la  plus  durable 
aussi. 

Elle  n'était  encore  qu'un  terrain  vague  et  marécageux  quand  on 
la  choisit  pour  l'emplacement  d'une  statue  équestre  que  la  Ville 
de  Paris  offrait  à  la  gloire  de  Louis  XV.  Ces  marques  d'adulation  plai- 
saient fort  aux  monarques  ;  Louis  XV  agréa  par  lettres  patentes  de 
,iuin  1737  non  seulement  le  projet  de  statue  qui  lui  était  soumis,  mais 
aussi  celui  de  constructions  monumentales  limitant  la  place  au  Nord. 
La  statue  fut  inaugurée,  avec  une  pompe  inouïe,  le  20  juin  1763.  Bou- 
cluirdon  en  fut  le  principal  auteur,  mais  la  mort  étant  venue  l'inter- 
rompre, c'est  Pigalle   qui  avait  sculpté  quatre   ligures  en  bronze,  la 

8 


PARIS- ATLAS 


UNE  DES  FONTAINES  DE  LA  PLACE  DE  LA  CONCORDE. 


23  octobre,  y  fut  dresse  l'obélisque  de  Louqsor,  amciit'  criviTyple 
avec  d'énormes  diflicultés,  et  (lu'on  eut  aussi  toutes  les  peines  du  monde 
à  installer  sur  son  pitklestal.  l)ur;int  les  années  suivantes,  llillorlï,  l'ar- 
itecte  de  Saint-Vinrent-de-I'aul  et  de  tant  d'autres  édilices  du  même 
temps,  compléta  la  décoration  de  la  place  de  la  Concorde  ;  sur  les 
piédestaux  massifs  qui  en  marquaient  le  pourtour  furent  mises  des 
statues  personnitiant  les  huit  principales  villes  de  France  :  l.yon,  Mar- 
seille, Bordeaux,  Nantes,  Lille,  Brest,  Houen,  Strasbouri;.  On  sait  les 
manifestations  patriotiijues  dont  cette  dernière  est  fréquemment  l'olijet. 
Elle  est  de  Pradier,  itinsi  que  celle  de  Lille.  En  même  temps  étaient 
construites  les  deux  fontaines  placées  de  chaque  côté  de  l'obélisque. 
Par  une  singulière  rencontre,  qui  n'est  pas  due  tout  à  fait  au  hasard, 
les  deux  paires  de  groupes  de  chevaux  qui  ornent  l'entrée  du  jardin 
des  Tuileries,  d'une  part,  et,  vis-à-vis,  celle  des  Champs-Elysées,  pro- 
viennent du  clidteau  de  Marly;  aux  Tuileries,  c'est  un  Mercure  et  une 


Force,  la  Paix,  la  Prudence,  la  Justice,  dont  la  vue  inspira  ce  distique, 
bien  souvent  cité  : 

O  la  belle  statue  !  0  le  beau  piédestal  ! 
Les  vertus  sont  à  pied,  le  vice  est  à  cheval  ! 

Elle  ne  devait  rester  debout  que  trente  ans  :  le  12  août  1792,  l'Assem- 
blée législative  en  ordonnait  la  destruction,  et  la  place  Louis  XV  deve- 
nait place  de  la  Révolution. 

Dès  1733,  (iabriel,  le  meilleur  architecte  du  temps,  avait  été  choisi 
pour  construire  les  deux  bâtiments  formant  les  angles  de  la  rue  Royale. 
Ils  ne  furent  achevés  qu'en  1772  ;  celui  de  droite,  aujourd'hui  minis- 
tère de  la  Marine,  eut  des  affectations  diverses  :  il  dut  d'abord  être 
riiùl'l  ibs  .Monnaifs,  mais  on  trouva  cet  em[p|acement  bien  éloigné  du 
(■(■litre  (If  la  ville,  et  on  en  fit  le  garde-meuble  de  la  couronne.  L'autre, 
du  côté  de  la  rue  Buissy-d' Anglai  —  que  l'on  nommait  alors  rue  de  la 
Bonne-Morue  —  a  eu  de  multiples  propriétaires.  On  le  désigne  souvent 
sous  le  nom  d'hôtel  Grillon.  \." Autnmnhile-Club  a  pris  possession,  en 
1898,  d'une  partie  de  ses  b.ltimenls,  qu'on  a  luxueusement  modernisés 
pour  lui. 

Les  deux  façades  de  Gabriel  sont  universellement  appi'éciées  poui 
leur  arehileclure  majestueuse;  leur  style  est,  dans  son  ensembb-, 
d'ordre  roiinlhien,  <omme  l'École  militaire,  du  même  (îabrifd  ;  ce  ne 
sont  pas  des  hôtels,  mais  réellement  di'S  jialais. 

La   place    conserva    cet   aspef(    jusqu'en   18.'W.    Cette    année-l.'i,   le 


1 

J_'-^-,»J^^ 

£?f*^^y 

1 

t 

1 

""' 

.  lliwL  L    LiLû    Lll.V. 


HUITIÈME    AHUOiNDISSEMKM 


83 


Renommée  équestres,  de  Coysevox;  aux  Champs-Elysées,  ce  sont  sim- 
plement des  chevaux  frémissant  d'ardeur,  œuvre  île  Coustou. 

Nous  ne  rappellerons  que  brièvement  les  faits  principaux  (|ui  se 
sont  accomplis  sur  la  place  de  la  Concorde,  d'autant  mieux  (jue 
plupart  ne  sauraient  évoquer  ([ue  des  idées  de  tristesse.  A  peine  inau- 
gurée, elle  était,  le  30  mai  1770,  le  théâtre  d'une  épouvantable  catas- 
trophe. On  célébrait  i)ar  un  feu  d'arlilice  le  mariaiie  do  Louis  XVI 
et  de  Marie-AntoineUe.  Voici  les  détails  donnés  par  Bachaumont  à 
ce  sujet  : 

i<  Le  feu  d'artifice  tiré  à  la  place  Louis  XV  a  eu  les  suites  les  plus 
funestes.  Outre  la  mauvaise  exécution,  un  accident  est  arrivé  d'une 
fusée  qui  est  tombée  dans  le  corps  de  réserve  d'artifice,  a  fait  partir  le 
bouquet  au  milieu  de  la  fête,  a  enflammé  toute  la  décoration  et  a  rendu 
ce  spectacle  fort  médiocre.  Le  sieur  Ruggieri  n'a  pas  profité  des  fautes 
de  son  antagoniste  Torré  et  n'a  pas  les  mêmes  excuses.  Outre  que  son 
plan  était  beaucoup  moins  combiné  que  celui  de  l'autre  et  n'exigeait 
pas  la  même  étendue  de  génie,  c'est  qu'il  n'avait  pas  éprouvé  les  mêmes 
contrariétés  de  la  part  du  temps,  et  le  ciel  l'avait  favorisé  entièrement. 

«  L'accident  survenu  au  bastion  [le  rempart  de  la  ville,  qui  se  termi- 
nait là]  a  été  fort  long,  et  comme  on  ne  donnait  aucun  secours  au  feu, 


LA    ilLù    ijLlu.NULi     JJtb    i;U.\.Ml'!>-LLi  SLLi. 


Phot,  Neurdcin. 
LA    STATUE    DE    LA    VILLE    DE    STK ASISOVRG. 

bien  des  gens  se  sont  imaginé  que  cet  incendie  élait  un  nouveau  spec- 
tacle et  éclairait  magnifiquement  la  place  pendant  qu'on  formait  l'illu- 
mination. Mais,  pendant  ce  temps,  il  se  passait  une  scène  infiniment 
plus  tragique.  La  place  n'ayant,  à  proprement  parler,  qu'un  débouché 
dans  cette  partie,  du  côté  de  la  ville,  et  la  foule  s'y  portant,  indépen- 
demment  des  voitures  qui  venaient  prendre  ceux  qui  avaient  été  invités 
aux  loges  du  gouverneur  et  de  la  Ville,  pratiquées  dans  les  bàlimeuls 
neufs,  un  fossé  qu'on  n'avait  point  comblé,  et  qui  s'est  trouvé  au  pas- 
sage de  quantité  de  gens  poussés  par  derrière,  les  a  fait  trébucher,  ce 
([ui  a  occasionné  des  cris  et  un  effroi  général.  Trop  peu  de  cardes  ne 
]H)uvanl  suffire  à  contenir  la  presse  ont  été  obligés  de  succomber  ou 
de  se  retirer;  des  filous,  sans  doute,  augmentant  le  tumulte  pour  mieux 
taire  leurs  coups,  des  gens  oppressés  mettant  l'épée  à  la  main  pour  se 
l'aire  jour,  ont  occasionné  une  boucherie  elïroyable,  qui  a  duré  jusqu'à 
ce  qu'un  renfort  puissant  du  guet  ait  rétabli  l'ordre.  On  a  commencé 
par  emporter  les  blessés  comiue  on  a  pu,  et  ce  spectacle  était  plutôt 
l'idée  d'une  ville  assiégée  que  d'une  fête  de  mariage.  Quant  aux  cadavres, 
on  les  a  déposés  dans  le  cimetière  de  la  Madeleine  et  l'on  y  eu  compte 
aujourd'hui  133.  M.  le  comte  d'Argental,  envoyé  de  Parme,  a  eu  l'épaule 
diMuise,  l'f  M.  l'abhé  Rose,  aussi  ministre  étranger,  a  été  renvei-sé  et 
isl  hurribleiucnt  froissé  et  meurtri.  •> 

Inauguralion  de  sinistre  augure,  car  vingt-trois  aus  après,  deux  héros 
de  la  fête  allaient,  sur  cette  même  place,  gravir  l'échafaud  i-évolution- 
uaire,  où  faut  d'autres  devaient  porter  leur  tète  avaut  et  apivs  eux. 


84 


PARIS- ATLAS 


PERSPECTIVE    DE    L'AVENUE    DES    CHAMPS-ELYSÉES  (Vue  de  la  iilacc  de  la  Concorde). 


Phot.  ^eurdein. 
L  OBÉLISQUE    DE    LOUQSOR. 


L'Empire  y  célébra  du  nom- 
breuses fêtes;  mais  en  1814  les 
alliés  y  campaient,  et  pendant 
les  trois  premiers  jours  de 
mars  1871  Paris  eut,  de  nou- 
veau, la  douleur  de  savoir  que 
les  Prussiens  y  étaientinstallés. 
Là,  enlin,  s'arrêtent  ces  lamen- 
tables annales  ;  depuis,  la  place 
(le  la  Concorde  s'est  fréquem- 
ment illuminée  pour  de  bril- 
lantes réjouissances  et  a  mieux 
justifié  son  nom.^ 

Les  Champs-Elysées  s'in- 
corporent à  elle  et  lui  font  un 
magnifique  prolongement.  Ils 
lui  étaient  antérieurs.  Après  la 
création  du  Cours  la  Reine,  dont 
nous  allons  parler,  Louis  XIV, 
vers  1670,  avait  ordonné  la  plantation  de  quinconces  d'ormes  pour  donner 
un  fond  de  décor  au  palais  des  Tuileries.  Cette  planlalion  fut  renouvelée 
à  la  fin  du  règne  de  Louis  XV  par  .M.  de  Marigny,  surintendant  des  Bâti- 
ments, qui  apporta  tous  ses  soins  à  l'embellissement  de  la  promenade. 
Son  élat  actuel  ne  date,  cependant,  que  de  l'administration  d'Haussmann, 
très  favorable  aux  jardins  anglais,  qui  occupent  maintenant  tout  le  péri- 
mètre compris  entre  la  Seine,  l'avenue  Gabriel,  le  rond-point  et  la  place 
de  la  Concorde.  C'est  alors  aussi  que  fut  bordée  de  constructions  régu- 
lières et  alignées  la  partie  de  l'avenue  allant  du  rond-point  à  l'Étoile.  Jus- 
qu'alors, la  fantaisie  était  permise  aux  riverains;  l'avenue  comportait  des 
I  untre-allées,  mal  nivelées,  où  il  était  imprudent  de  s'engager  le  soir. 

Les  Cliamps-Élysées 
sunt  maintenant  la  [>ro- 
menade  favorite  des  Pa- 
risii;nsdu  diiiiancbe.On 
peut  rcgreller  l'abon- 
ilance  toujours  crois- 
sante des  restaurants, 
concerts,  cirques,  etc., 
qui  em])iètent  sur  les 
surfaces  jdantées  ou 
gazonnées;  les  massifs 
verdoyanls  ont,  pour 
les  simples  proine- 
neui's,  un  bien  autre 
charme,  qu'il  faudrait 
respecter. 

Aux  premiers  jours 
de  mars  1900,  la  der- 
nière ]>ierre  du  Palais 
de  l'Industrie  est  lom- 
liéi-  sdus  la  pioche.  Il 
avait  été  construit  pour 
abiiler  les  expositions 
industrielles  et  li;s  céré- 
monies d'apparat  ;  l'Ex- 


LE    ItO.ND-l'Ol.M    HE    L  AVE.NLIO    DE.S    C  11  A  .M  PS- EL  V  .^ÉES. 


position  universelle  de  1853  y  fut  installée  ;  depuis,  il  servait  aux 
Salons  annuels  de  peinture,  aux  réunions  du  concours  hippique,  à 
diverses  expositions  commerciales.  Sa  disparition,  peu  regrettable 
d'ailleurs,  s'imposait  dès  que  fut  décidée,  à  l'occasion  de  l'Exposition 
de  1900,  la  construction  d"un  pont  dans  l'aligaement  de  la  façade  des 
Invalides.  Elle  a  eu  l'avantage  de  rétablir,  au  profit  des  Champs-Elysées, 
une  perspective  que  l'édilice  démuli  avait  supprimée  d'une  façon  très 
fâcheuse.  En  outre,  on  l'a  reiiiplaci'  par  deux  palais  destinés  aux 
Beaux-Arts,  le  Grand  et  le  Petit  Palais,  bordant  la  grandiose  avenue 
Nicolas  II,  et  qui  sont  des  (euvres  architecturales  de  premier  ordre. 
MM.  Deglane,  Louvet  et  Thomas  ont  construit  le  premier;  M.  Girault 
est  l'architecte  du  second. 

Le  Cours  la  Reine,  avons-nous  dit,  date  du  xvii"  siècle.  C'est  Marie  de 
Médicis  qui  eut  l'idée,  en  1628,  de  créer  cette  promenade,  —  d'oîi  son 
nom;  mais  si  l'on  en  croit  Tallemant  des  Beaux,  il  mériterait  mieux 
de  s'appeler  Cours  Bassompierre  :  <i  On  luy  a  l'obligation,  dit-il  dans 
son  Historiette  sur  le  maréchal  de  Bassompierre,  de  ce  que  le  Cours 
dure  encore,  car  ce  fut  luy  qui  se  tourmenta  |)our  le  faire  revestir  du 
costé  de  l'eau  et  pour  faire  faire  un  pont  de  iiierre  sur  le  fossé  de  la 
ville.  »  Quand  on  sait  que  Bassompierre  habilait  alors  Chaillot,  on  se 
persuade  que  ce  n'était  pas  le  seul  bien  public  (|ui  le  faisait  se  «  tour- 
menter» de  la  sorte.  Le  Cours  —  tout  court  — n'était  [las  alors  ce  qu'il  est 
aujourd'hui;  confondu  avec  les  Champs-Elysées,  il  en  a  partagé  toutes 
les  élégances,  dédaigneux,  au  moins  dans  sa  première  partie,  entre  la 
plai'c  de  la  Concorde  et  le  pont  des  Invalides,  de  faire  corps  avec  son 
voisin,  le  quai  d(!  la  Conférence.  Celui-ci,  en  effet  est  ]iar.illèle  au 
Cours  la  Heine  et  jjarait  se  confondre  avec  lui.  Il  doit  son  nom  à  un 
fait  historique,  aux  fameuses  conférences  tenues  en  1593  à  Surcsnes, 
et  ((ui  aboutirent  à  la  capitulation  de  Paris  devant  Henri  IV,  et  à  celle 
de  Henri  IV  devant  Paris,  s'il  est  vrai  que  le  mot  célèbre  ait  été  réelle- 
ment .lit  :  <•  Paris  vaut 
bien  une  messe.  » 

Le  /""(/  Alexandre  III 
lui  a  don  né  une  nouvelle 
p.irure.quiesl  lailieuse. 
S,i  innslructinn  el  sa  dé- 
iio]iiiii;ili(in  ont  été  dé- 
cjilccs  par  décret  du 
i  u.t.ibre  1890;  la  pre- 
mière pierre  en  fut 
posée,  on  se  rappelle  an 
iiiilifii  ilr  (|ni'lles  fc'les 
<!  i\r  qili'l  illllniu- 
Masiiir,  I,.  7  octobre 
■uivaiil,  par  .Niculas  II, 
l'riipei'i'ur  de-  Itiissie. 
Avei'  un  tact  paiiait,  on 
avait  Voulu  hniinrer  le 
llls  en  cciMimèmoranl  li; 
siHivrnirdu  père,  en  lui 
rappil.iiil  les  sympa- 
thies i|ue  son  noni  gar- 
dait dans  les  cœurs 
français. 

Ce  poul,  le  plus  beau 


HUITIEME   AKRONDISSEMEXÏ 


de  Paris  par  liii-mf'me  autant  que  par  sa  situa- 
lion,  a  été  construit,  de  la  lin  de  1896  au  comnun- 
cement  de  l'année  1900,  sur  les  plans  et  sous  la 
direction  de  M.  Hcsal,  ingénieur  en  chef  des  ponis 
et  chaussées.  Sa  courbure  est  gracieuse,  ses  piles  sont 
ornées  de  motifs  de  sculpture  bien  traités,  deux 
pylônes  monumentaux  s'élèvent  à  chacune  de  si'S 
extrémités.  Ces  pylônes  supportent  à  leur  hase  des 
statues  de  femmes  représentant  allégori(|ueinent  la 
France  aux  grandes  époques  de  notre  histoire  :  la 
France  féodale,  la  France  au  temps  de  Louis  XIV, 
la  Fiance  de  la  Révolution,  la  France  moderne.  Leur 
sommet  est  couronné  de  chevaux  ailés  que  tient  en 
main  un  héraut  et  qui  personnifient  les  Renomniéi^s. 
De  l'autre  côté  du  pont  des  Invalides,  le  Cours  la 
Reine  est  bordé,  du  côté  droit,  de  luxueux  hôtels. 
Au  coin  de  la  rue  Bayard,  une  maison  charmante 
du  XVI"  siècle  retient  l'attention.  Elle  est  générale- 
ment connue  sous  le  nom  de  maison  François  I". 
bien  que  certains  des  médaillons  qu'elle  porte  sur  sa 
façade  représentent,  dit-on,  les  portraits  de  Henri  II 
et  de  François  II.  Ce  que  l'on  sait  mieux,  c'est  que, 
construite  à  Moret  au  temps  de  la  Renaissance,  elle 
fut  rapportée  et  réédifiée,  pierre  à  pierre,  au  Cours 
la  Reine,  en  1823.  C'était  l'année  où  des  rues  nouvelles  s'ouvraient 
dans  cette   région  :  on  leur  donna  dos  noms   en  harmonie  avec  le 


LE    PETIT    PALAIS    DES    C  H  A  M  PS  .  É  L  Y  S  É  ES 


style  de  ce  gracieux  logis  :  rues  Buyanl,  François  /"■,  Jean-Goujon,  etc. 

A  l'autre  angle  de  la  rue  Bayard,  l'hôtel  portant  le  n"  1  est  la  mai- 
son mortuaire    de  Jules  Ferry. 

Une  chapelle,  inaugurée  le 
4  mai  1900,  s'élève  rue  Jean- 
Goujon  ;  c'est,  à  proprement  par- 
ler, une  chapelle  expiatoire,  car 
elle  occupe  l'emplacement  de  ce 
Bazar  de  la  Charité,  de  sinistre 
mémoire,  où  un  incendie  lit 
tant  de  malheureuses  victimes, 
le  4  mai  1897. 

Au  delà  de  l'opulente  avenue 
Monliiignc,  qui.  jusqu'en  1830, 
porta  le  nom  d'allée  des  Veuves 

—  à  cause  du  calme  qui  y  conve- 
nait au  recueillement  du  veuvage 

—  tout  un  quartier  élégant  s'est 
hàti  depuis  vingt-cinq  ans  :  le 
quartier  Marbeuf,  transformant 
de  façon  fort  luxueuse  la  partie 
orientale  du  village  de  Chaillot. 

L'avenue  Marceau  (ancienne 
avenue  Joséphine),  conduit  au 
rond-point  de  l'Étoile  par  une 
pente  escarpée.  Son  percement, 
vers  1860,  a  eu  pour  effet  d'expro- 

l',\KlS-Al  LAS. 


LE   GRAND    PALAl^    ]■]-:-    CHAMPS-ELYSÉES. 


prier  la  maison  de  retraite  de  Sainte-Périne,  que  le  premier  Empire 
avait  instituée  là,  entre  les  rues  de  Chaillot  et  du  Chemin-de-Versailles 
(aujourd'hui  rue  Galilée).  Nous  la  retrouverons  à  Auteuil. 
La  rue  du  Faubourg-Saint-Honoré,  anciennement  rue  du 
Faubourg-du-Roule-  depuis  la  rue  Matignon,  est  l'artère 
historique  du  30'  quartier  de  Paris,  dénommé  un  peu 
archaïquement  faubourg'  du  Roule.  Ce  n'est  que 
tardivement,  disions-nous  plus  haut,  que  les  maisovs 
s'élevèrent  le  long  de  cette  voie,  qui  était  pourtant  la 
route  directe  de  Saint-Germain  et  de  la  Normandie  par 
Neuilly  avant  l'ouverture  de  l'avenue  de  Neuilly.  La 
nécessité  d'y  créer  une  paroisse  ne  fut  reconnue  c|ue 
lavant-dernière  année  du  xvu=  siècle,  en  1699.  Jusque-là, 
les  habitants  se  contentaient  de  l'église  de  la  Ville- 
l'Évèque,  ou  de  celle  de  Villiers. 

Dès  le  commencement  du  xin'  siècle,  une  léproserie 
existait  dans  ces  parages,  au  croisement  de  la  chaussée 
du  Roule  avec  le  chemin  dit  des  Percherons  irue  de 
La  Boëtie).  Elle  avait  un  caractère  très  spécial;  n'y 
étaient  admis  que  les  ouvriers  de  la  corporation  des 
raonnayeurs  atteints  de  la  lèpre.  Avec  le  temps,  la 
hideuse  maladie  disparut,  du  moins  en  tant  que  lléau 
coutumier;  la  maladrerie  du  Roule  n'en  resta  pas  moins 
debout  :  elle  devint  un  hôpital  ordinaire  —  un  hospice. 
plus  exactement  —  pour  les  monnayeurs  devenus  vieux 
ou  infirmes.  C'est  la  chapelle  de  cet  établissement  qui 
fut  érigée  en  paroisse  en  1699.  On  lui  conserva  si.n 
vocable  de  saint  Jacques  et  saint  Philippe.  Elle  était 
vieille  de  quatre  siècles  et  demi  environ  lorsque  son  état  de  délabre- 
ment contraignit  à  la  démolir  en  1739.  Le  service  paroissial  fut  lons- 


.  LM.  1;a1.1J     IlL 


'UNI     ALliXA.NOKli    m. 


PARIS -ATLAS 


temps  fait  dans  une  sorte  de  grange,  jusqu'à  qu'on  se  soit  décidé  à 
approuver  les  plans  de  Chalgrin  pour  la  reconstruction  d'un  véritable 
édiflce  sur  l'emplacement  même  de  l'ancienne  chapelle.  C'est  l'église 
actuelle,  Saint-Philippe-du-Roule,  aujourd'hui  l'une  des  princi- 
pales de  Paris.  La  première  pierre  en  fut  posée  en  1774,  mais  le  mo- 
nument ne  fut  livré  au 
culte  que  le  30  avril  1784.       -^ 

Si  l'on  examine  des 
plans  de  Paris  au  xvni=  siè- 
cle, on  se  rend  compte  que 
la  Pépinière  du  roia  occupé 
deux  emplacements  diffé- 
rents, au  quartier  du 
Roule  :  le  plus  ancien 
était  entre  les  Champs- 
Elysées  et  la  rue  du  Fau- 
bourg-du -Roule,  d'une 
part,  les  rues  de  La  Boëtie 
et  de  Berry,  d'autre  part. 
En  1720  environ,  on  la 
transféra  de  l'autre  côté 
du  faubourg,  et  elle  s'éten- 
dit jusque  vers  la  place 
actuelle  de  Saint-Augustin. 
C'est  pour  cela  que  la  rue 
de  la  Pépinière  aurait  dû 
ronserverson  ancienne  dé- 
nomination jusqu'à  l'ave- 
nue des  Champs-Elysées. 
On  a  eu  tort  de  la  débapti- 
ser partiellement  en  l'hon- 
neur d'Abbatucci,  d'abord, 
puis  de  La  Boëtie,  dont  il 
était  aisé  de  consacrer 
aillêuis  1a  mi'moire. 

L'hôpital  Beaujon,  au 
di;-là  du  boulevard  ilauss- 

mann,  avait  eu,  à  l'origine,  une  destination  bien  plus  modeste,  mais  égale- 
ment charitable.  Enrichi  quelque  peu  scandaleusement  par  les  produits 
de  la  Ferme  générale,  le  financier  Beaujon  avait  jugé  bon  de  rendre  aux 
pauvres  un  peu  de  leur  bien.  Il  obtint  du  roi  en  1783  des  lettres  patentes 
pour  la  fon<lation  d'un  hospice  :  «  Le  sieur  Nicolas  Beaujon...  nous  a  très 
humblement  fait  représenter  qu'ayant  formé  depuis  longtemps  le  pro- 
jet d'établir  et  fonder  dans  la  paroisse  deSaint-Philippe-du-RouIe,  dont 
les  besoins  lui  sont  connus,  un  hospicepour  y  faire  nourrir  et  instruire 
vingt-quatre  pauvres  onfans,  orphelins  ou  autres,  natifs  de  ladite 
paroissi!,  moitié  garçons  et  moitié  filles,  dans  lequel  hospice  les  lialji- 
tans  de  ladite  paroisse  pourront  envoyer  leurs  enfans  pour  y  être 
instruits  gratuitement...»  La  Convention,  en  179b,  en  fit  un  h(3pital 
iirdinaire  et  il  l'est  resté.  On  y  compte  près  de  six  cents  lits. 

Deux  groupes  de  rues  très  calmes,  très  riches  aussi,  coupés  par  la 
helle  avenue  de  Friedland,  bordent  la  partie  occidentale  du  faubourg 
Saint-Honoré.  Dans  le  premier,  nous  signalerons  la  maison  qui  porte  le 
n^Bde  la  rue  d'Artois  (rue  des  Écuries-d'Artois  jusqu'en  1897)  comme 
celle  où  mourut  Alfred  de  Vigny  le  17  septembre  18G2.  Le  second  groupe 
forme  lui-même   deux   îlots    séparés   par  l'avenue  Hoche.  La  nte  de 


MAISON    DITE    DE    FRANÇOLS  I' 


Balzac  s'y  trouve  et  son  nom  est  bien  justifié  par  le  fait  que  Balzac  y 
habita  et  y  mourut,  au  n"  12,  le  26  août  1850.  Là  aussi  était  la  fonderie 
du  Roule,  où  se  fit  la  statue  équestre  de  Louis  XV,  oùPigalle  et  Houdon 
tirent  fondre  leurs  principales  œuvres,  où  la  statue  actuelle  de 
Henri  IV,  sur  le  Pont-Neuf  fut   également  coulée  dans  le  bronze.  Le 

Journal  de  Paris  du  3  octo- 
bre 1817  l'annonce  en  ces 
termes  :  «  C'est  demain 
lundi  qu'aura  lieu  dans  les 
ateliers  de  la  Ville,  fau- 
bourg du  Roule  n"  63,  la 
fiinte  de  la  nouvelle  statue 
é(|uestre  de  Henri  IV  ». 

De  l'autre  côté  du  fau- 
bourg Saint -Honoré,  le 
quartier,  limité  par  la  rue 
de  Courcelles,  renferme 
l'église  russe,  tout  étin- 
crlanle  de  dorures  et  de 
peintures  éclatantes.  La 
colonie  russe  en  confia 
naturellement  la  construc- 
linn  à  un  compatriote, 
.M.  Kiiuyiniue,  (jui  l'acheva 
en  deux  ans,  de  1859  à  1 861 . 
La  rue  Daru  où  elle  est 
située,  consacre  le  souve- 
nir d'un  de  nos  hommes 
d'État;  les  rues  voisines, 
de  la  Neva  et  Pierre-le- 
Grand  ont  plus  de  couleur 
locale. 

Courcelles  était,  avant 
la  Révolution ,  un  petit 
hameau  —  deux  ou  trois 
fermes  —  de  la  paroisse  de 
Villiers-la-Carenne  et  fait 
partie  maintenant  de  la  ville  de  Levallois-Perret.  Le  chemin  de  Cour- 
celles, qui  y  conduit,  est  devenu  la  n/e  rfe  Courcelles,  qui, fort  bien  bâtie, 
surtout  dans  cet  arrondissement-ci,  n'a  qu'un  défaut,  c'est  sa  déclivité 
très  accentuée  aux  abords  du  boulevard  Haussmann. 

Bien  peu  de  personnes,  sans  doute,  en  parcourant  la  rue  du  Culisée, 
ont  le  loisir  de  songer  aux  souvenirs  antiques  que  ce  nom  rappelle,  et 
moins  encore  à  d'autres,  plus  récents,  mais  qui  furent  très  éphémères. 
De  1769  à  1771,  l'architecte  Le  Camus  de  Mézières  avait,  sous  le  nom 
de  Colisée,  édifié  —  on  va  voir  avec  quel  manque  de  soin  —  une  sorte 
de  vaste  cirque,  où  devaient  se  donner,  comme  au  Colisi'e  de  Home,  des 
divertissements  publics  :  feux  d'artifice,  bals,  joutes,  concerts,  exposi- 
tions de  peinture,  etc.  L'entreprise  eut  un  grand  succès,  d'abord,  mais 
la  construction  était  si  défectueuse  qu'au  bout  de  huit  ans  elle  tombait 
en  ruines.  On  aima  mieux  démolir  l'édifice,  en  1780,  que  le  restaurer. 
Sun  emplacement  était  au  sud-est  di>  la  rue  du  Colisée,  circonscrit  par 
elle  et  la  rue  Rabelais,  d'une  part,  par  les  avenues  Matignon  et  des 
Champs-Elysées,  d'autre  part.  La  rue  Montaigne  y  est  tout  entière  située. 
Ces  noms  de  penseurs,  Rabelais,  Montaigne  se  trouvent  singulièrement 
rapprochés  sur  ce  terrain  d'un  ancien  lieu  de  plaisir.  En  seraient-ils 
oITusqui'-s  ou  heureux? 

Miiiilaijîno  eût  ilil:  que  sais-je?  Et  llal)('!:iis:  poiil-i'lre. 

(Jiiaiit  à  la  rue  du  Colisi'e,  clh'  y  in'rdil  son  noui  luiuiilir 


Phut.  : 
C  O  r  K  s  -  L  A  -  R  E I  N  E. 


ÉGLISE  SAI.M 


HUITIEME   ARRONDISSEMENT 


FAÇADE   DE    LÉGLISE   DE   LA    MADELEINE,    VUE    lE    LA   K 'J  E    lluYALL. 


Gourdes,  et  y  gagna  d'être  close  en  1770.  C'est  ce  que  nous  apprennent 
deux  notes, encore  inédites,  du  ministre  de  la  Maison  du  roi,  adressées 
au  procureur  de  la  Ville.  La  première,  du  14  janvier  1770,  débute  ainsi  : 
«'Monsieur,  je  joins  ici  un  plan  signé  de  moi  pour  l'ouverture  de  la  rue 
des  Gourdes,  qui  doit  être  percée  conformément  à  l'arrêt  du  Conseil 
et  prendre  le  nom  de  rue  du  Colisée...  »  La  seconde  est  plus  piquante; 
elle  est  datée  du  3  juin  de  la  même  année  :  «  ...  La  ruelle  cjui  règne  tout 
le  long  des  jardins,  derrière  le  Colisée,  devient  dangereuse  et  il  vient 
beaucoup  de  monde  la  nuit,  ce  qui  est  contraire  à  l'exacte  police  et  à 
la  sûreté  publique.  Ainsi,  à  la  réception  de  ma  lettre,  vous  ferez  poser 
une  porte  de  chêne  neuve,  et  de  résistance,  à  chaque  extrémité  de 
cette  ruelle  et  vous  ferez  remettre  une  des  clefs  de  ces  portes  à  cha- 
cun des  propriétaires  des  maisons  qui  bordent  cette  ruelle.  Il  n'y  a 
pas  un  moment  à  perdre  pour  exécuter  cette  opération...»  (Arch. 
nat.,0'412.) 

L'avenue  et  la  rue  Matignon  concourent  à  commémorer  le  nom  d'une 
noble  famille  de  maréchaux.  La  première  s'appela  jusqu'en  1830  allée 


^Bfh'-' 

s&is-mi 

wSfrfe^f  '              ■^^ 

^^^              ^          ^\\'    V    \  ■"  ' 

W^^^éf^^^^Ê 

^^^^^^iZî^MA  ' 

Wêê^wt^^ 

^^^^^^^^i 

w^Êrn^^  -=i^Mâ 

^^^! 

^^Êf^f^mkml                mj 

jjMM^::^ 

^^^K-rË" 

IflInlI^O 

^^^^^^^^KiÊÊÊitt^m^.^        j-J 

I^^^^^^Hl^^^^^HlMB=±lKi 

k^^^^^^^^^^^^^^^^Hk^BH  1 

Ltlllll  IIH^I  liH^^~^^^^^^ 

I^^^ET^^ 

ou  avenue  des  Veuves;  elle  est  on  effet  le  prolongement,  en  deçà  des 
Champs-Elysées,  de  cette  allée  des  Veuves,  devenue  maintenant 
avenue  Montaigne. 

La  rue  Matignon  —  que  l'on  pourrait  débaptiser  sans  crainte,  ains' 
que  la  rue  Montaigne,  afin  d'éviter  les  confusions  que  créent  ces  simili- 
tudes de  vocables  pour  des  voies  si  peu  distantes  —  nous  amène  à 
pénétrer  dans  le  quartier  de  la  Madeleine.  Pour  être  fidèle  à  la 
vérité  historique,  il  faudrait  dire  :  la  Madeleine  de  la  Ville-l'Evèque. 
L'évèché  de  Paris  possédait, en  effet. cette  région  des  faubourgs  de  Paris: 
il  y  avait  une  ferme  avec  de  vastes  dépendances  en  culture,  dont 
l'ensemble  s'appelait  vi'la  episcnpi.  Au  \u\'  siècle,  une  paroisse  fut 
jugée  nécessaire  pour  les  colons  de  l'évèque,  les  laboureurs  de  la 
ferme  ;  mais  ce  n'est  que  plus  tard  qu'elle  fut  mise  sous  le  vocable  de 
sainte  Madeleine,  au  plus  tôt  en  149"2,  date  de  la  reconstruction  de 
cette  église  et  de  la  fondation  qui  y  fut  faite  alors  d'une  confrérie  de 


LE    l'ALAIS    DE    CiLACE,    AUX    i:ilAMl'->    l,l.\-.Li: 


VUE    GÉNKKALE    DE    L  ÉlU.lSE    DE    LA    MADELEINE. 


PARIS-ATLAS 


VUE    DE    LA    CHAPELLE    EXPIATOIUE. 

la  Madeleine,  peut-être  seulement  en  1659,  lorsque  M"Me  Montpensier 
posa  la  première  pierre  d'une  nouvelle  église  sur  l'emplacement  de 
celle  du  temps  de  Charles  VIII,  qui  tombait  en  ruine.  Elle  était  située 
sur  le  sol  actuel  du  boulevard  Malesherbes,  devant  la  rue  de  l'Arcade, 
là  où  est  le  bureau  des  tramways  qui  desservent  ce  boulevard. 

Un  siècle  plus  tard,  sa  reconstitution  fut  de  nouveau  ordonnée  sur 
un  terrain  situé  un  peu  plus  à  l'Est,  vis-à-vis  de  la  rue  Royale  et  de  la 
place  Louis  XV,  dont  la  création  était  en  même  temps  décidée.  La  pre- 
mière pierre  de  l'église  de  la  Madeleine,  réédifiée  pour  la  quatrième 
fois,  fut  posée  par  Louis  XV  le  3  avril  17ti4.  Dès  lors  commence  pour 
le  monument  une  invraisemblable  suite  de  péripéties.  Les  substruc- 
tions  n'en  étaient  pas  achevées  encore  lorsque  son  architecte.  Contant 
d'Ivry,  mourut;  Couture  fut  désigné  pour  le  remplacer  et  l'œuvre  était 
loin  d'être  avancée  quand  survint  la  Révolution.  Tout  fut  interrompu. 
En  1807,  Napoléon  I"  décida  qu'on  en  ferait  un  temple  à  la  gloire  de 
la  Grande  Armée;  il  en  confia  la  construction  à  Vignon.  C'est  ce  qui 
explique  pourquoi  l'édifice  a  une  architecture  si  peu  usitée  pour  les 
églises  catholiques.  La  Restauration  lui  rendit,  en  1816,  sa  destination 
primitive,  mais  il  fallut  bien  s'accommoder  de  la  forme  du  temple. 
Huvé  remplaça  Vignon.  mort  en  1828,  et  termina  enfin  la  construction, 
qui  fut  livrée  au  culte  en  1842. 

L'ancienne  église  de  la  Madeleine,  elle,  était  démolie  dès   le  com- 


mencement de  la  Révolution,  mais  son  cimetière,  auquel  conduisaient 
les  rues  d'Anjou  et  de  l'Arcade,  avait  été  maintenu.  En  1793,  on  y 
enfouit,  sous  la  chaux,  les  victimes  si  nombreuses  de  \  -hafaud 
de  la  place  de  la  Révolution,  et,  parmi  elles,  les  tlt.x  plus  illustres, 
Louis  XVI  et  Marie-Antoinette.  Un  des  premiers  soins  de  Louis  XVIII, 
en  1815,  fut  de  faire  rechercher  les  ossements  de  son  frère  et  de  sa 
belle-soeur.  Il  se  rencontra  des  témoins  oculaires  de  la  double  inhu- 
mation qui  indiquèrent  l'endroit  précis  où  avaient  été  déposés  les  deux 
corps.  On  exhuma  en  réalité  quelques  débris  humains  qui  furent 
solennellement  transportés  à  Saint-Denis,  et,  sur  l'emplacement  où  ils 
avaient  été  trouvés,  le  roi  ordonna  qu'une  chapelle  serait  érigée.  C'est 
la  chapelle  expiatoire,  dont  le  comte   d'Artois  posa  la  première 


.NKI      |i|',     L   l:'-  M^l-,     lll')     \.\      \|    1  hl    1    1    1    ,  I 


L'ÉGLISE    Rr.SSE    DE    LA    lUE    PARU. 


pierre  le  21  janvier  1815.  Fontaine  en  fut  l'architecte.  On  s'accorde  h 
n'avoir  qu'une  admiration  médiocre  pour  son  œuvre.  Deux  galeries 
parallèles,  dans  le  style  des  charniers,  et  où  ont  été  recueillis  les 
ossements  de  l'ancien  cimetière,  relient  un  vestibule  carré  à  la  cha- 
|irllc  proprement  dite,  décorée  de  bas-reliefs  et  de  groupes  de  sculp- 
iinr  (le  Rosio  et  de  (lortot,  consacrés  à  la  mémoire  des  deux  viclimes. 
It'puis  1865,  un  s(iuare  —  que  l'administration  nomme  square 
Louis X'VI  —  enveloppe  de  sa  verdure  et  soustrait  au  tumulte  <lu 
lioiilivard  Haussmann  la  mélancolie  du  monument,  dont  la  passion 
|iiiliiiqiii-  ,1  bien  souvent  déjà  réclamé  la  destruction,  mais  jus(iu'ici 
sans  succès. 

Le  souvenir  di'  Louis  ,\VI  est  encore  conservé  dans  ce  (piarlier,  fn'i 
II'  mi  n'était  guèri'  venu  i|ue  pour  mourii-,  par  !<■  nom  de  deur  de  ses 
<!' Ii'nsi'urs  ilcvant  la  Convi'nlioii,l'ron(hel  l't  MalesliiMi)es(le  troisième, 
ili'  Sèze,  a  donné  son  nom  à  une  ru(^  lnulc  vnisine,  mais  siluér  dans  le 
IX''  arrondissement).  La  rue  Trunchcl,  au  chevet  de  la  Madeleine,  date 
de  1808;  sous  le  second  Empire  elle  a  été  soudée  au  boulevard  llauss- 
inann  ;  jusque-là,  elle  se  teiininail  à  la  rue  des  Maihurins.  Le  houli- 
varit  Mft/csherbcx.  iiriijelé  de  luèine  eii  1808,  n'a  été  o\ivert  cpien  1854; 
c'est,  avec  le  boulevard  llaussriijinn, l'une  des  voies  les  plus  luxueuses 
du  l'aris  moderne.  .Nous  venons  de  parler  <le  la  rue  îles  Alal/iuriiis  ;  son 
nom  est  un  exemple  frappant  du  danger  <iu'il  y  a  pour  le  bon  sens  à 
mutiler  les  anciennes  dénominations;  le  couvent  des  .Mathurins,  voisin 
de  la  Sorbonne,  possédail  une  feinie  à  la  Ville-l'Evèque;  le  cheniini|ui 
y  conduisait  rei;ut  tout  naturellement  le  nom  de  chemin,  puis  de   rue 


Il  in  I  i;.\i  i:  a  iî  h o.nu isskmkm 


89 


PERSPECTIVE    DE    LA    RUE    ROYALE;    à  gauche,   l'hôtel    Cbillo 


aa  fund,   la   Madeleine. 


de  la  Fernie-des-Mnllua-ins;  rii  en  faisant  la  rue  Vignon,  on  a  siipiirimé 
bien  inutilement  clans  ce  iiuartiet-un  souvenir  pittorcsqui'  et  instructif. 

La  rue  d'Anjou  date  du  xvn' siècle;  un  arrêt  du  conseil  d'État, 
en  1778,  prescrivit  son  prolongement  «depuis  le  canal  du- grand  égout 
de  la  ville  jusqu'à  la  rue  de  la  Roche  [rue  du  Rocher]  allant  à  Mon- 
ceaux». Cette  partie  devait  s'appeler  rue  Quatremère  (Arch.  nat., 
Q'1102');  mais  l'opération  de  voirie  s'arrêta  à  la  rue  de  la  Pépinière. 
Benjamin  Constant  est  mort  au  n»  29  de  la  rue  d'Anjou,  le  8  dé- 
cembre 1830;  quatre  ans  plus  tard,  le  20  mai  1834,  La  Fayette  mourait 
au  n°  6  de  la  même  rue. 

L'hôtel  de  Contades,  au  n°  H,  est  devenu  la  mairie  de  l'arrondis- 
ment,  après  avoir  rempli  le  même  office  avant  1860  comme  mairie  du 
P' arrondissement;  mais  les  bâtiments  ont  vieilli,  les  services  munici- 
paux ont  augmenté  :  il  n'est  que  temps  de  doter  le  quartier  d'un 
édifice  en  rapport  avec  son  importance. 

La  rue  (VAstorg  aussi  bien  que  celle  de  Buquépine  ont  été  ouvertes, 
au  commencement  du  règne  de  Louis  XVI,  sur  des  terres  appartenant 
à  (1  haut  et  puissant  seigneur  Louis  d'Astorg  d'Aubarède,  marquis 
de  Roquépinc  ».  Dans  cette  dernière  est  situé  un  majestueux  temple 
protestant. 

La  rue  île  Penihièvre,  autrefois  rue  Verte,  e  t  la  i-ue  dc't  Saussaies  n'é  l,i  irn  I , 
il  y  a  deux  cents  ans,  que  des  chemins  ruraux.  Vers  1770,  le  duc  de 


Beauvau,  maréchal  de  France,  se  fit  construire  dans  ces  parages  un 
hôtel  par  Le  Camus  de  Méy.ières;  c'est  aujourd'hui,  et  depuis  1837, 
riiôtel  du  ministère  de  l'Intérieur. 

Presque  en  face,  de  l'autre  côté  de  la  chaussée  du  Roule,  était  l'hôtel 
d'Evrcux  bâti  en  1718  pour  le  comte  d'Évreux,  Henri-Louis  de  la 
Tour  d'Auvergne.  Cette  demeure  était  appelée  à  connaître  de  brillantes 
destinées.  Tour  à  tour  habitée  par  .M"«  de  Pompadour,  par  son  frère 
le  marquis  de  Marigny,  par  Beaujon,  elle  fut  achetée  pour  le  compte 
du  roi  en  1785,  et  devint  l'hôtel  des  souverains  étrangère.  Cinq  ans 
après,  la  duchesse  de  Bourbon  en  devenait  propriétaire,  et  lui  don- 
nait pour  la  première  fois  le  nom  de  palais  de  l'Elysée.  Après  être 
devenu  à  l'époque  du  Directoire  un  simple  jardin  de  danses  et  de 
fêtes  publiques,  l'Elysée  redevint  palais:  .Murât,  Napoléon  I•■^  le  duc 
de  Berri  y  habitèrent.  Puis  il  fut  affecté,  en  1848.  à  la  résidence  du 
président  de  la  République.  Après  la  proclamation  du  second  Empire, 
Napoléon  III  le  quitta  pour  les  Tuileries  et  en  fit  de  nouveau  le  palais 
des  souverains  étrangers.  Enfin,  la  troisième  République  l'a  rendu 
à  sa  destination  de  1848  :  tous  nos  présidents  y  ont  leur  demeure 
officielle,  et  quand  ils  s'en  absentent,  le  drapeau  tricolore  cesse  de 
flotter  sur  le  palais.  L"n  seul  v  devait  mourir  :  M.  Félix  Faure,  le 
16  février  1899. 

11   va  sans   dire  qu'après   tant  de  fortunes   divei-ses,  l'ancien  hôtel 


L.\n;l-,E    Li  U     l'ALAlS    1)1^     1.1,1. -1^1. 


K.MuLe    du    -Ml.MSlÊKE   DE    Ll.MÉK  .  ..  i.  .v. 


90 


PARIS -ATLAS 


FA  CAL' H    lit:     LA 


A  IN  r-L  AZ  A  KK 


d'Évreux  a  subi  des  fransformadons  considérables.  Les  plus  impor- 
tantes, celles  qui  lui  ont  donné  son  aspect  actuel,  datent  de  Napo- 
léon III,  qui  confia  la  restauration  presque  totale  du  palais  à  M.  Lacroix, 
architecte.  C'est  alors,  notamment,  que  fut  élevée  la  façade  sur  la  rue 
de  rÉlysée,  ouverte  à  cette  occasion  en  1860.  Depuis  la  République, 
de  nouvelles  dispositions  ont  été  apportées  soit  dans  les  construc- 
tions, soit  dans  les  jardins,  sur  le  désir  des  présidents.  La  princi- 
pale modification  est  de  fraîche  date  :  elle  consiste  dans  la  création 
d'une  entrée  d'honneur  du  palais  sur  l'avenue  Gabriel  et  les  Champs- 
Elysées  (  1900). 

De  la  place  Beauvau  à  la  rue  Boissy-d'Anglas,  la  rue  du  Faubourg- 
Saint-Honoré  est  bornée  (côté  impair)  de  somptueux  hôtels,  parmi 
lesquels  nous  citerons  l'hôtel  de  lîrunoy,  aujourd'hui  hôtel  Bagration, 
au  n"  47,  et  l'ambassade  d'Angleterre  qui  s'est  installée  en  1813 
dans  l'ancien  lnilel  de  Cliamsl,  au  n°  311.  Tous  s'étendent  par  derrière 
jusqu'à  cette  ombreuse  et  chaiinunle  nvc/uie  Gabriel,  percée  en  1818, et 
qui  est  un  des  plus  grands  charmes  des  ('hamps-Elysées.  Elle  ne  peut 
donc  pas  être  sur  le  plan  de  Maire,  daté  do  1803,  mais  les  hôtels  y  sont 
figurés  avec  cette  mention  d'un  enthousiasme  un  peu  excessif  :  «  Enfi- 
lade d'hôtels  magnifiques  >■. 

Quartier  de  l'Europe.  —  Il  est  le  dernier  né  de  l'ancii'n  Pai-is, 
de  même  que  son  voisin  d'au  delà  des  anciens  boulevards  extérieurs, 
celui  de  la  Plaine-Monceau,  est  le  plus  jeune  en  date  du  nouveau  Paris. 
Il  fallut,  |)our  en  faire  ce  qu'il  est,  c'est-à-dire  l'un  des  plus  agréables 
de  la  caiiilale,  la  baguette  transformatrice  d'Haussmann,  y  perçant  des 
boulevards  et  des  rues,  créant  un  parc  magnifique,  jetant  bas  un  abat- 
toir, élevant  une  église  luxueuse  entre  toutes.  Avecla  gare  Saint-Lazare, 


l'industrie  des  chemins  de  fer  s'est  char- 
gée de  faire  le  reste. 

C'était  encore  un  désert,  lorsque,  sous 
Charles X,  des  spéculateurs  firent  approu- 
ver par  ordonnance  royale  du  2  fé- 
vrier 1826  un  projet  d'ouverture  de  rues 
portant  les  noms  de  grandes  capitales 
ruropéennes  et  devant  aboutir  à  une 
place  circulaire,  dite  «  i)lace  d'Europe  ». 
Le  ciuartier  de  l'Europe  était  créé,  mais 
sur  les  plans  et  dans  les  études  de  no- 
taires puisque  dans  la  réalité.  Il  suffirait 
de  regarder  les  maisons  pourvoir  qu'elles 
=;ont  toutes,  ou  à  peu  près,  postérieures 
à  Louis-Philippe;  celles  qui  ont  moins  de 
cinquante  ans  de  date  sont  en  immense 
majorité.  La  place  d'Europe  primitive 
était  ornée  à  son  centre  d'un  jardin  clos 
d'une  grille,  qui  disparut  en  18(54;  elle 
reçut  sa  disposition  actuelle  en  1866  et 
devint /!;/ace  de  V Europe,  (^ette  disposition, 
fort  ingénieuse,  est  celle  d'un  pont  en 
étoile,  sous  lequel  passent  les  multiples 
Voies  de  la  ligne  de  l'Ouest. 

Vers   l'endroit   où   la   rue    d'.\thènes 

aboutit  à  la  rue  de  Londres  fut  jadis 

l'entrée  de  la  gare  du  chemin  de  fer  de 

Saint-Germain,-  le  doyen   de  nos  voies 

,,L„sT,.  ferrées,    dont  l'exploitation   commença 

le  26  août  1837.  «  La  musique  de  la  garde 

nationale,  dit  Maxime  du  Camp,  joua  des 

fanfares  pendant  le  trajet  qui   dura  vingt-cinq  minutes;  on   fit  des 

discours,   personne  ne  s'enrhuma    sous    les    tunnels,   la  locomotive 

n'éclata  point,  les  wagons  ne  déraillèrent  pas,  et  l'on  put  croire  qu'un 

voyage  en  chemin  de  fer  n'était  pas  nécessairement  mortel.  » 

Quelques  années  après,  l'entreprise  en  pleine  prospérité  s'annexait 
l'exploitation  des  lignes  de  Versailles  et  de  Ilouen  ;  déjà  le  nnulesle 
"  embarcadère  »  du  début  devenait  insuffisant;  on  le  reconshuisit  en 
1843,  en  bordure  de  la  rue  Saint-Lazare,  d'où  son  nom  de  gare  Saint- 
Lazare.  C'était  —  on  se  le  rappelle  encore  —  iin  bâtiment  haut  de 
trois  étages,  précédé  d'un  large  perron  d'une  vingtaine  de  marches, 
situé  au  fond  d'une  cour  de  dimensions  médiocres,  bordée  de  chaque 
côté  de  galeries  couvertes  où  les  librairies  et  les  cafés  avaient  le  jdus 
souhaitable  emplacement  pour  faire  des  affaires.  Plus  tard,  sur  le  côté 
gauche  du  bâtiment  principal,  fut  construite  une  longue  galerie  prolon- 
gée en  1867  jusqu'à  la  rue  de  Home,  et  dans  laquelle  étaient  centralisés 
les  services  de  banlieue  et  de  Ceinture.  Enfin,  un  remaniement  complet 
de  la  gare  fut  entrepris,  en  1885,  sur  les  ])lans  de  M.  I.iscli,  inspecteur 
général  des  monuments  historiques,  et,  achevé  en  188'J,  lui  donna  l'as- 
pect très  monumental  sous  lequel  nous  la  voyons  aujourd'hui.  L'ne  longue 
façade  règne  parallèlement  à  la  rue  Saint-Lazare,  entre  les  rues  d'.Vmster- 
dam  et  de  Home.  A  l'angle  de  chacune  de  ces  rues,  s'ouvre  une  vaste 
cour,  du  côté  de  la  première,  cour  des  grandes  lignes,  cour  des  lignes 
de  banlieue,  du  côté  de  la  seconde.  Entre  elles,  se  dresse  l'hôtel  Termi- 
nus, relié  à  la  gare  par  une  passerelle,  et  sur  la  rue  de  Home,  s'élèvent 
les  bâtiments  de  la  direction  et  de  rex[)loitalion.  .\  l'intérieur,  les  façades 
donnant  sur  la  voie  ont  été  conservées,  et  seulement  agrandies  ainsi 
que  l'immense  hall  sous  lequtd  trente  trains  piiivrul  Imuvrr  abri. 
Dans  la  rue  de  Rome,  ouverte  en  1864,  le   lycée  Racine,   fondé 


\LL    bL    LOl.l.LoL    tllAl'IAl,. 


1  ACL    l.N  1  1. 1.  ILL  i.l.    l-'L 


1     l.A/.Al;l- 


II  i:  I T 1 1-:  M  i:  a  m  h  o  nd  i  s  s  e  m  i:  n  r 


m 


piw,!,  NejrJsia. 


ENTRKE    ET    GRILLE    PRINCIPALES    DU    PARC    MONCEAU. 


en  1887,  a  une  entrée  secondaire  ;  la  façade  principale  est  située  sur  la 
rue  du  Rocher.  Cette  dernière  voie,  que  nous  trouvions  tout  à  l'heure  men- 
tionnée sous  le  nom  de  rue  de  la  Roche,  en  1778,  est  bien  ancienne  ; 
elle  n'est  autre  que  l'ancien  chemin  d'Argenteuil.  Dans  sa  par- 
tie supérieure,  au-dessus  de  la  roche  qui  lui  a  valu  sa  dénomination, 
elle  s'appelait,  sans  qu'on  ait  pu  expliquer  pourquoi,  chemin  des 
Errancis.  A  cet  endroit,  à  gauche,  s'ouvrait  le  cimetière  des  Errancis 
(fù  furent  inhumées  plusieurs  victimes  de  la  Révolution. 

Le  collège  Chaptal  occupe,  sur  le  point  culminant  de  la  colline, 
l'îlot  compris  entre  les  rues  de  Rome,  Bernouilli,  .Vndrieux  et  le  bou- 
levard des  Batignolles.  C'est  en  1875  que  les  élèves  y  ont  été  transférés 
de  l'ancien  collège  situé  rue  Blanche,  dans  le  W"  arrondissement,  où 
nous  le  retrouverons.  L'édifice  fait  honneur  à  son  architecte,  M.  Train. 
Jusqu'à  l'année  1898  on  put  voir,  sur  le  boulevard  des  Batignolles, 
au  dilii  de  la  rue  .\ndrieux,  de  vastes  réservoirs  à  ciel  ouvert,  connus 
admiiiistrativement  sous  le  nom  de  réservoirs  Je  Monceau;  c'était  le 
point  terminus  du  canal  de  l'Ourcq.  Ils  ont  été  supprimés,  comblés,  et 
sur  leur  emplacement  s'élevèrent,  l'année  suivante,  de  belles  maisons 
de  rapport,  numérotées  de  So  à  63. 

lii  peu  plus  à  l'Ouest,  existait  depuis  le  moyen  âge,  un  château  sei- 
gneurial qu"oi_  appelait  Monceaux  ou  Mousseaux,  mais  dont  l'origine 
doit  bien  probablement  être  Monticel- 
luiii,  c'est-à-dire  monticule,  et  elle  est 
jusIiHée  par  la  situation  du  lieu.  C'était 
un  vaste  domaine  qui  fut  successivement 
occupé  par  des  propriétaires  assez  obs- 
curs. Philippe,  duc  d'Orléans,  en  devint 
Iiossesseur  sous  Louis  XVL  II  confia  à 
Carmontelle,  en  1778,  la  mission  de  trans- 
former le  parc  en  jardin  anglais  avec 
toute  l'élégance  désirable.  Telle  est  l'ori- 
gine du  parc  Monceau.  Confisqué  avec 
tous  les  autres  biens  de  la  famille  d'Or- 
léans par  la  Révolution,  restitué  plus 
tard  à  cette  famille  par  les  Bourbons, 
abandonné  pendant  longtemps  à  l'indé- 
pendance de  la  végétation,  le  parc  allait 
enfin  attirer  l'attention  de  la  Ville.  L'n 
décret  du  23  janvier  18o2  l'expropria; 
ses  possesseurs  indivis  reçurent  en 
échange  une  indemnité  de  près  de 
dix  millions,  sur  laquelle  la  Ville  retrouva 
plus  de  huit  millions  par  la  cession  do 
parties  de  terrain  aliénées;  un  plan  nou- 
veau fut  donné  à  l'ancien  parc,  tout  en 
lui  conservant  loutre  qui  était  utilisable, 
et  il  faut  reconnaître  que  les  Le  .Nôtres  et 
les Carmontelles  d'alors  tirent  merveille. 
On  ne  compta  pas,  d'ailleurs,  avec  eux  : 
les  Mémoires  d'Haussmann  révèlent  que 
ladépense  s'éleva  à  1 190  000  francs, dont 
près  de  500000  pour  les  grilles  d'entrées 


et  celles  qui  entourent  la  promenade.  Et  Haussmann  ajoute  :  «  Les 
autres  dépenses  ont  eu  pour  objets  la  restauration  de  la  rotonde  à 
colonnes  des  boulevards  de  Courcelles  et  de  la  Naumacliie;  l'élablis- 
semet  d'un  senice  d'eau  pour  l'alimentation  des  bouches  d'arrosage 
et  de  la  cascade  tombant  du  rocher  à  grotte  dont  le  goût  public  impo- 
sait alors  la  construction  aux  décorateurs  de  nos  promenades  impor- 
tantes; le  vallonnement  des  pelouses,  les  plantations  des  arbres  et 
arbustes  de  choix,  isolés  ou  groupés  en  massifs,  et  les  corbeilles  de 
plantes  vertes  et  de  fleurs.  Tous  les  travaux  furent  exécutés  en  neuf 
mois,  de  janvier  à  septembre  Ib^Gl.  » 

On  peut  lui  préférer  le  Luxembourg,  plus  vaste,  le  parc  des  Buttes- 
Chaumont,  plus  accidenté;  il  n'est  pas  possible  de  lui  contester  une 
supériorité  de  distinction,  d'élégance  raffinée,  due  en  partie  au  quar- 
tier même  et  à  ses  visiteui-s  halîituels.  Il  faut  y  admirer  ce  joli  bassin 
ombragé  que  l'on  appelle  assez  improprement  la  Naumachie  et  dont 
une  colonnade  à  demi  ruinée,  provenant  de  l'ancienne  chapelle  des 
Valois  à  l'abbaye  de  Saint-Denis,  augmente  le  charme  mélancolique. 
On  s'arrête  aussi  avec  respect  devant  les  beaux  monuments  élevés  à  la 
mémoire  de  Bizet  (1895),  de  Guy  de  Maupassant  (I897i,  d'Ambroise 
Thomas  (1900).  La  rotonde  qui  forme  l'entrée  du  parc  sur  le  boulevard 
de  Courcelles  était  l'une  des  anciennes  barrière?  de  l'enceinte  des  fer- 


■^jyPT'  ■■  ■    »,%;■■ 

l.A    COLONNAUi;    Kl     LA    rlKcE    H  LAL     DL"    l'A  lU"    .MONCEAU. 


92 


PARIS -ATLAS 


miers  généraux,  mais  elle  ne  fut  jamais  ouverte,  tant  que  l'enceinte 
subsista. 

Vavenue  Yelazquez  est  celle  par  laquelle  on  pénètre  dans  le  parc  en 
venant  du  boulevard  Malesherbes.  De  magnifiques  hôtels  le  bordent, 
parmi  lesquels  celui 
fau  n°  7)  où  M.  Cernus- 
clii  avait  réuni  une 
collection  infiniment 
rare  se  rapportant  à 
l'art  oriental,  estimée 
valoir  plus  de  cinq  mil- 
lions, et  qu'il  légua 
généreusement  à  la 
Ville.  Le  musée  Cer- 
nuschi  a  été  inaui^uré 
le  12  octobre  1898"; 

h' avenue  de  Messine, 
qui  aboutit  à  une  au- 
tre entrée  du  parc 
Monceau,  descend  par 
une  pente  majes- 
tueuse au  boulevard 
Haussmann.  Au  point 
de  jonction  s'élève  la 
statue  de  Shaks- 
peare,  œuvre  un  peu 
grêle  de  M.  P.  Four- 
nier,  offerte  libérale- 
ment à  la  Ville  par  un 
Anglais,  sir  William 
Knighton.  C'est,  au- 
jourd'hui, un  des  car- 
ii-fours  les  plus  ani- 
més, les  plus  brillants 
de  Paris.  Qui  le  croi- 
rait? Jusqu'en  1862  ce 
fut  l'emplacement 
d'un  abattoir!  L'abat- 
toir du  Roule  avait  été  construit  en  1810;  son  périmètre  était  limité 
par  les  rues  de  la  Bienfaisance,  de  Laborde  et  de  Téhéran;  l'avenue 
Percier  était  son  principal  accès. 

La  riche  église  Saint-Au- 
gustin a  été  construilc  j.ar  Hal- 
lard,  l'architecte  des  Halles,  de 
1800  à  1869,  pour  remplacer  une 
église  pi-ovisoire,  située  place 
de  Laborde,  et  qui  datait  de  1851. 
Son  style  est  fait  d'un  inélangi- 
d'art  italien  et  byzantin;  on 
croirait  voirune  mosquée  conçue 
par  un  architecte  florentin  du 
XVI'  siècle.  L'ensemble  n'en  est 
jias  moins  harmonieux  et  déco- 
ratif à  souhait  pour  l'admirable 
l'iaee  qui  précède  le  monument, 
l'iois  arcades  en  plein  cintre 
s'ouvranl  sur  la  façade  princi- 
pale, diin lient  acres  dans  l'in- 
térieur de  l'église,  formée  d'une 
nef  sans  bas-côtés  et  d'un  tran- 
sept au  milieu  du(|uel  est  le 
chu'ur.  La  nef  est  divisée  en 
huit  travées  d'égale  largeur;  le 
transeftt  a  28  mètres  de  largeur; 
le  mailre-autel,  très  riche,  en 
occupe  la  partie  centrale.  Cette 
])artie  de  l'édilice  est  surmonté.' 
d'une  largi!  tour,  haute  de  tJO  mèlirs,  ll.iiM|ué, 
hautes  de  10  mètres,  et  supportant  uiir  llèriii; 
haute  de  20  mèlics. 

«  La  cliapeHe  de  la  Vierge,   dit    Vliive-tlniie  des  rkltesm  d'ail  de   ta 


LE    BOULEVARD    MALESHERBES    ET    L'EGLISE    S  AINT- A  UG  USTIN. 


'   '  i^î 

•^«^^tr.  î^'^ 

^^^  ..^^z^tm^.      ^^ 

LE   SIJUAKE    LMlonnE. 


ipialn 
loriiii 


de   laiilci'iic 


France,  auquel  nous  empruntons  cette  description,  ouvre  sur  le 
transept,  derrière  le  sanctuaire,  par  trois  arcades  soutenues  par  des 
colonnes  en  marbre  rouge,  à  chapiteaux  composites.  Les  tympans  de 
ces  arcades  sont  surmontées  d'une  corniche  portant  une  grille  en  fer 

forgé  et  doré,  sem- 
blable à  celle  qui  règne 
dans  les  autres  par- 
lies  de  l'édiàco,  -i  hi 
hauteur  du  Iriforium. 
La  chapelle  est  élevée 
de  quatre  maiches au- 
dessus  du  sol  de  l'é- 
glise. La  hauteur  de  la 
voùle  est  la  même  que 
celle  des  voûtes  de  l,i 
nef.  Elle  est  ouverte 
au-dessus  du  tympan 
des  arcades  inférieu- 
res, ce  qui  permet  de 
voir  de  la  nef  la  déco- 
ration de  la  partie  su- 
périeure. "  Cette  dé- 
coration se  compose 
de  deux  toiles  marou- 
tlées,  signées  de 
Pierre  Brisset,  repré- 
sentant :  à  gauche, 
l'Adoration  des  Ber- 
gers; h  droite,  la  Pré- 
sentation au  Temple. 

Sur  le  terre-plein 
qui  précède  Saint-Au- 
gustin s'élève  une 
statue  de  Jeanne 
d'Arc,  œuvre  fort  re- 
marquable du  sculp- 
teur Paul  Dubois.  Le 
socle  ([u'elle  surmonte 
est  pourvu  d'inscriptions  dont  l'abondance  donuerail  ù  croire  qu'il 
s'agit  là  d'une  ligure  peu  connue.  C'est  l'été  de  1900,  si  fécond  en 

inaugurations  de  tout  genre,  qui 
aura  présidé  à  celle-là  encore. 
La  caserne  de  la  Pépi- 
nière, entin,  dot  la  liste  des 
iililiccs  du  Vll|8  arrondissement. 
.Nous  avons  jiarlé  plus  haut  de  la 
pépinière  du  roi,  à  huiuelle  elle 
doit  son  nom.  Bâtie  au  xviii"  siè- 
cle pour  recevoir  deux  compa- 
gnies de  gardes-françaises,  elle 
a  été  considérablement  agran- 
die sous  le  second  Kinpire.  Lu 
même  temps,  le  marché  de  La- 
borde faisait  place  à  un  coquet 
square,  succursale  utile,  eiiccire 
([ue  bien  modeste,  du  parc  Mon- 
ceau. La  fontaine  qui  en  oci-npe 
le  centre  ornait  déjà  l'ancien 
niaiché.  (^.e  coin  de  l'aris  s'ap- 
|H'l.iil  l.i  l'clilc  l'^lngiir,  .lu 
ii'iiii  ilii  à  une  cHscii.'!!.'  .Il'  .a- 
liarcl  situ.'  au  h.is  .!.■  la  ru.'  du 
Un. h, T. 

La  rue  île  lu    llinifuisiiiiir  d.iit 

son  nom  aux   acI.'S  de  di'\.iu.'- 

m.'iit    (pra.'i'.iiii|ilil    nu     m.''il.'- 

ciu   i|ul    l'haliilail ,   Co.'l/.,   ninrl 

|i|ic|.'i>   ru.'   .!.•    I'(dis.'i-vaii.-i' ,   puis 

al. us    la    Mil.'    élégaiil.'    .|iii'    luuis 

éauc.'  .lu  9  l'évrii'i-  l"'.i.'f,  \r  Bureau 

ualicahle  ... 


.■Il  l«i:i.   Aiiparavaiil,   ..II.,   s'él.iil 
rue    de    B.ivig.p.    LU.'    ii'élait    pas    a 
ciiiinaissoiis  auj.uii.riiiii  :  ilaiis  s.i  s. 
de  la  Vill..  prescrivait  qu'i'll.'  lut  n-ii 


PARIS 


HUITIÈME    ARRONDISSEMENT 


PAaiS-ATLAS 


PKRSFECllVK    DU    BOULEVARD    MONTMAUTKK    séparant    les   IX"    arrondis 


Phot    Léry  frères- 

iK.NT  .à  di'oûe). 


L'OPÉRA.    -^  33=  QUARTIER    :   SAINT-GEORGES.   —  34"  quartier  :   LA    CHAUSSÉE   D'ANTIN. 
33°  QUARTIER   :   LE  FAUBOURG   MONTMARTRE.  —  36"  quartier   :   ROCHECHOUART. 


regarder  les  plus  nncions  plniis  Je  Paris,  ou 
se  rend  comple,  d'un  coup  d'œil,  que  la  région 
dont  nous  allons  rnainlenant  Irailer  ne  fui 
guère,  jusqu'au  règne  de  Louis  XIII,  qu'une 
prairie,  mise  en  culture  maraîchère  pour  l'ap- 
provisionnement de  la  ville.  Si  l'on  consulte 
ensuite  un  plan  de  la  première  moitié  du 
xvni"  siècle,  on  verra  qu'il  n'y  avait  encore  eu 
ni  grands  changements,  ni  grands  progrès. 
C'est  du  règne  de  Louis  XV  qu'il  faut  dater 
répo(|ue  où  la  vie  romracnça  à  transformer  et  à  animer  ce  quartier. 
L'enceinte  dite  des  Fermiers  généraux,  entreprise  sous  Louis  XVI, 
représentée  par  les  boulevards  que  l'on  nomme  extérieurs,  le  renferma 
dans  Paris  ;  jusque-là,  il  en  avait  été  isolé,  tant  par  la  fortilicalion  île 
Charles  V,  que  par  la  construction,  en  1030,  du  rempart,  auquel  oui 
succédé  nos  grands  boulevards  intérieurs.  U  faut  dire,  cepemlanl. 
qu'au  (hdà  de  ce  rempart  et  jusqu'au  tracé  de  la  rue  Saint-Lazare,  le 
leiritoire  était  consitléré  comme  un  faubourg  de  Paris,  relevant  des 
[laroisses  Sainl-Euslachc   et  Sainl-lîorh  ;  mais,  à  l'origine,  il  avait  l'ait 

P  A  lus -Atlas. 


partie  intégrante  des  deux  paroisses  rurales  qui,  jusqu'à  1860,  sont 
demeurées  indépendantes  de  Paris  :  Montmartre  et  Clichy.  Tout  ce 
qui,  dans  le  IX"  arrondissement,  est  situé  à  l'Ouest  de  la  Cliaussée- 
d'Antin  appartenait  à  Clichy;  tout  ce  qui  est  à  l'Est,  à  Montmartre. 
Deux  lîefs  anciens  et  importants  y  étaient  situés  :  les  Porclierons,.sur 
Clichy,  la  Crange-Batelière,  sur  Montmartre.  Peu  de  rues  :  la  grande 
artère  transversale  de  l'Ouest  à  l'Est  était  la  rue  des  Percherons,  a\i- 
jourd'hui  rue  Saint-La/.are;  la  grande  artère  transversale,  du  Sud  au 
nord  (rue  du  Faubimrg-Montmarlre  et  chaussée  des  Martyrs)  ;  le  che- 
min de  Clichy,  qui  est  devenu  l'opulente  Chaussée  d'.Vnlin  ;  à  l'Est, 
uniquement  les  rues  de  la  Grange-Batelière,  Bergère,  de  la  Voirie 
(rue  Cadet),  et  d'Enfer  :rue  Bleue"!. 

Le  IX"  arrondissement,  dit  i.'Opkra,  est  limité  à  l'Ouest  par  l'axe  des 
rues  Vignon,  Tronchet,  du  Havre  et  d'Amsterdam;  au  Nord,  par  l'axe 
des  boulevards  de  Clicliy  et  Rochechouarl;  à  l'Est,  par  l'axe  des  rues 
(lu  Faubourg-Poissonnière  et  Poissonnière;  au  Sud.  par  l'axe  des  bou- 
levards Poissonnière,  .Montmartre,  des  Italiens,  des  Capucines  et  de 
la  Madeleine. 

Sa  superlicie  est  de  -213  lieii.iies  :  sruls.  les  quatre  premiers  et  le 


94 


PARIS -ATLAS 


VI«  arrondissement  ont  une  surface  moindre.  Sa  population 
est  d'environ  120.000  habitants,  ce  qui  lui  assure  une  repré- 
sentation double  à  la  Chambre  des  députés. 

De  tous  les  arrondissements  parisiens,  celui-ci   est,  sans 
conteste,  le  plus  parisien.  Si  la  «  Babylone  moderne  n  est 
assez  comparable,  à  ce   qu'Ésope   disait    de   la  langue  :    la 
meilleure  et  la  pire  des  choses,  on  peut  dire  que  cette  déli- 
nition  ne  se  véritie  nulle  part  aussi  bien  qu'ici.  Hommes  de 
lettres,  peintres,    sculpteurs,   gens   de  théâtre,  bureaux   de 
rédaction  des  grands  journaux  mondains,  magasins  d'œuvres 
d'art,  tavernes  et  cafés  à  la  mode,  littéraires  et  autres,  se 
groupent  dans  cet  étroit  espace,  et  s'y  confondent  avec  beau- 
coup de  ce  qui  en  fait  la  lie  : 
aventuriers ,    rastaqunuères , 
femmes  légères...,  tandis  que 
dans  certaines  parties  de  l'ar- 
rondissement,  rue    Pigalle, 
rue  d'Aumale,  rue  de  La  Ro- 
chefoucauld, rue  Saint-Geor- 
ges, la  haute  bourgeoise  tient 
ses  logis  sévères  fermés  aux 
fièvres  ambiantes. 

D'après  l'ordre  adminis- 
tratif, le  quartier  Saint- 
Georges  vient  le  premier. 
Comme  il  n'y  a  jamais  eu 
dans  cette  région,  ni  nulle 
autre  part  dans  le  vieux  Paris, 
d'église  ou  chapelle  dédiée  à 
saint  Georges,  il  faut  bien  ex- 
pliquer par  une  enseigne  l'ori- 
gine de  ce  vocable.  L'enseigne 
est  la  providence,  la  ressource 
suprême  étymologique. 

Au  xvni'  siècle ,  la  rue 
Saint-Georges  n'était  encore, 
d'après  Jaillot, qu'une  "  ruelle 
aux  Porcherons,  allant  de  la 
rue  Saint-Lazare  à  la  ruelle 
Baudin  "  (aujourd'hui  rue  de 
la  Tour-des-Dames).  La  ruelle 
est  devenue  plus  importante 
lorsqu'on  1824  elle  a  été  pro- 
longée  jusqu'à  la  rue  >"otre- 
Dame-de-Loretle  et  que  la 
place  Saint  -  Georges  a  été 
formée.    ' 

Il  est  à  remarquer  que  les 
maisons  de  cette  place,  bien  qu'elle  ait  une  dénominalinn  ofliiii'll'', 
font  pour  le  numérotage  partie  intégrante  de  la  rue  Notre-Danie- 
de-Lorette.  Le  n"  27  est  l'hôtel  Thiers.  L'illustre  homme  d'État 
l'habitait  depuis  plusieurs  années  déjà,  il  y  avait  groupé  la  majeurr 
partie  de  la  remarquable  collection  d'd'uvres  d'art  qui  est  main- 
tenant au  Louvre,  lorsque  les  événements  de  1871  la  lui  lirenl 
quitter  pour  transporter  à  Versailles  le  siège  du  gouvernenienl. 
Les  chefs  de  la  Commune   décidèrent  de   sévir  contre   la   maison. 


EGLI; 


Phul.  OalllarJ. 


Pl-ACE    lit     lU.NIAlNi;    .■5.V1.N  1 -GliOKOiiS. 


Voici  le  texte  de  l'arrêté  de  dêmulilion,  pris  le  11  mai  1871  : 

Le  Comité  de  Salut  public, 

Vu  l'al'liche  du  sieur  Tliiers,  se  disant  chef  du  pouvoir  exéculif  de  la 
République  française  ; 

Considérant  que  celle  alTiclie,  impi-imée  à  Versailles,  a  été  apposée 
sm-  les  murs  de  Paris  par  les  ordres  du  sieur  Tliiers  : 

Que,  dans  ce  document,  il  déclare  que  son  armée  ne  bombarde  pas 
l^aris,  tandis  que  ebaque  jour,  des  femmes  et  des  enfants  sont  victimes 
des  projectiles  fratricides  de  Versailles; 

Qu'il  y  esl  fait  appel  à  la  trahison  pour  pénétrer  dans  la  place,  sentant 
l'inipossibilité  absolue  de  vaincre  par  les  armes  l'héroïque  population 
de  Paris, 
Arrête  :  Auticle  PRE^Ml;R.  —  Les  biens  meubles  et  les  propriétés  de 
Thiers  seront  saisis  par  les  soins 
de  l'administration  des  domaines. 
Art.  i.  —  La  maison  de  Thiers, 
siluée  place  Georges,  sera  rasée. 
Art.   3.  —  Les  citoyens...  se- 
ront chargés,  chacun  en  ce  qui  le 
concerne,    de  l'exécution   immé- 
uiATH  du  présent  arrêté. 
Paris,  21  lloréal  an  LXXIX. 

Donc ,  les  pierres  seules 
étaient  atteintes.  L'article 
premier  prouve  que  l'on  vou- 
lait sauver  les  œuvres  d'art, 
et  c'est  à  Courbet,  paraît-il, 
qu'en  revient  l'inilialive. 
M.  Thiers  n'eut  donc  qu'à  les 
reprendre  et  à  les  réintégrer 
dans  sa  <i  maison  »,  devenue 
liôtel  depuis  la  reconstruc- 
lion,  qui  en  fut  faite  en  1874 
par  M.  Aldrophe,  aux  frais 
de  la  Nation.  Un  sait,  en  effet, 
qu'une  loi  votée  par  l'.Vssem- 
"iilée  nationale,  en  1872,  avait 
alTecté  un  million  à  celte  re- 
(•onsliuction,(ln  sait  aussi  ([ue 
le  c  libêraleur  du  territoire  » 
ne  mourut  pas  dans  ce  somp- 
tueux logis,  qui  lui  était  si 
cher;  c'est  à  Sain  l-Germain-en- 
Laye  que  la  mori  l'alliNgnil,  le 
3  septembre  1877.  Son  corps 
fut  ramené  à  la  place  Sainl- 
(jeorges,  et  ses  funérailles  eu- 
rent lieu  à  .\otre-l)ame-de-Lo- 
rette  en  grande  solennité. 
La  nie  Nolro-Dame-de-LureUc,  que  nous  parcourons,  n'est  pas  une 
voie  ancienne.  Au  commencement  du  siècle,  elle  s'appelait  rue  Vatry, 
et  .sa  dénomination  actuelle  ne  date  que  de  1833.  Loretle  est  une  ville 
d'Italie  où  s'était  créée  une  confréiie  de  chevaliers  sous  le  patronage 
de  la  Vierge.  Comment  eul-on  l'idé'e  de  cludsir  ce  patronage  pour 
l'église  du  faubourg  Montniarlre,  dont  nous  parlerons  plus  bas?  On 
l'ignore.  Qu(u  (lu'il  en  soil,  il  a  servi  à  doter  la  langue  française,  d'un 
mot  nouveau  jadis,  démodé  aujourd'hui.  La  loretle  ne  se  rencontre  plus 
que  dans  les  laldeaux  île  nni'urs  ou  les  romans  d'il  ya  soixante  ans. 

Le  marché  La  Itocliefoucauld,  à  l'angle  de  la  rue  du  même  nom,  n'est 
plus,  lui  aussi,  qu'un  souvenir;  il  a  élé  dêtiuil  par  un  incendie  au 
mois  de  mai  1898,  et  on  en  a  iiridili'  p(pur  le  remplacer  par  inie 
maison  de  rapport. 

La  me  Dréda  aurait-elle  aussi  une  oiigine  italienne?  Peul-être,  mais 
'est  par  le  nom  de  son  |>inprii''laire,  Itréda,  qui  la  lit  (Uivrir  sur  des 
leirains  d(mt  il  élait  possesseur.  VA  nous  voici  ute  Vicliir-Musso,  ainsi 
di-nniiiiiiée  ilepuis  1887  parce  (|iie  l'auleurdcs  Xoccs lie  JciiHueite  mourut 
non  IhIo  de  l;'i.  eili-  Proilml .  n"  1,  le  o  juillet  1884,  ainsi  iju'en  fail  foi 

une  plaipie  cm 'iiioi alive.  Avant,  c'était  la  rue  di'  Laval.  Les  habilanls 

jii<i|eslèrent  de  lonles  leurs  forces  contre  ce  cliangemeni  de  nom  ;  ils 
y  Voyaient  sans  dmile  un  d(Mlain  pour  le  chef-lieu  du  déparlement 
de  l;i  M.'iyenne,  el  hien  à  lurl,  i;ir  la  marraine  de  |,i  rue  élail  loul 
-iMi|dement  Marie-l.imi-i-  de  Mnnimoiency-I.av.il,  ileinièii'  abliesse  de 
\biiiim.irlre, 

l'eiil-nri  i|uilti-r  la  rue  \  irlur-Massé  sans  adresser  un  souvi-nii-  ému 
iH  Chat  Noir  e|  à  feu  moi  propriélaii-e,  Hodcdphe  Salis.  (Jui  n'y  est 
iilrê,  au  moins  une  fois,  durant  la  dizaine  d'années  que  duia  sa 
'•gue,  dans  ri',  cabaret  oii  la  fanlaisie  réLmait  en  maili'esse,  mais  une 
lantaisii!  pétrie  d'art,  pélillanle  d'es|iril  ?  Qui  ne  se  rappelle  la  verve 
endialdéc  de  Salis,  sa  façon  d'accueillir  li'S  a  genlilshommi's  ••  el  les 
i<  noliles  dames  >•,  ses  boniinenls,  étourdissants  de  brio,   sa  pétition 


I..\     TRINITE. 


NEUVIKMK    ARRONDISSEMENT 


93 


oi-gîmis/'o  en  viin  de  «  la  si^'parnlion  do  Mniil- 
niarlre  et  do  l'État  »?  El  des  œuvifs  sont  m'-es 
là,  et  des  artistes  s'y  sont  illustrés  (iiii  lunt  hon- 
neur grandement  à  la  ni(';inoire  du  créaleur  de 
ce  nid  d'esprit  et  de  talent,  où,  par  surcroît,  il 
avait  fait  fortune,  gnice  à  \  Épojiée,  à  la  Marche  à 
l'Êtoik,  a.  Phn/né,  sans  parler  de  chansons  à 
demi  immortelles  :  le  Bal  de  l'IIùlcl  de  ville, 
VEijJulsifjn,  tes  Sirr/ots...  L'hiîritage  de  Salis  s'est 
morcelé.  De  nonihrcux  cabarets  ou  théâtres  dr 
genre  très  spécial  ont  été  fondés  avec  un  sou(  i 
plus  pratique  que  celui  qui  avait  présidé  à  l.i 
créati(jn  du  «  Chat-Noir  »;  mais  l'esprit  perd 
à  s'éparpiller.  C'est  maintenant  au  «  Carillon  », 
à  r  «  Ane  rouge  »,  aux  «  Tréteaux  de  Taharin  », 
au  «  Cabaret  bruyant  »,  à  la  »  Hou  lotie  »,  aux 
"  Funambules  »,  à  1'  n  Enfer  »  et  au  »  Ciel  »,  etc., 
qu'il  faut  aller  en  chei'cher  les  miellés  dissé- 
minées. 

Redescendons  la  rude  pente  de  la  rue  des 
Martyrs,  en  plaignant  les  chevaux  de  l'omnibus 
de  Pigalle  —  ces  martyrs  —  qui  la  gravissent. 
Au  n°  41,  une  haute  maison,  presque  une  cité, 
précédée  d'une  vaste  cour,  attire  ratlenlion.  Elle 
fut  construite  pour  un  établissement  sui  lequel 
les  données  sont  vagues  :  deux  ou  trois  litho- 
graphies, conservées  au  déparlement  des  Es- 
tampes de  la  Bibliothèque  nationale,  la  repré- 
sentent avec  ce  titre  énigmatique  :  «  Omnibus 
—  Cafés  —  Restaurans  k  domicile  »,  et  la  date 
de  1837.  Ce  devait  être  un  hôtel  meublé,  qui  no 
tarda  pas  à  ne  pas  réussir.  Au  bas  de  la  côte, 
l'église  Notre-Dame-de-Lorette  montre  son  laid 
chevet.    A   droite,    s'ouvre    la   rue  Saint-Lazare, 

étroite,  serpentante,  bien  délaissée  au  profit  de  sa  jeune  rivale  la 
nie  de  Cliâteaudun,  créée  par  le  second  Empire  sous  le  nom  de  rue  du 
Cardinal-Fesch.  A  signaler,  au  n»  10,  le  Théâtre  d'application,  que  l'on 
n'appelle  que  là  Bodinière,  du  nom  de  son  fondateur  (1887),  Bodi- 
nier,  alors  secrélnire  gi'néral  de  la  Comédie-Française.  Non  loin  de 
là,  des  demeures  d'hommes  célèbres  :  Auber,  22,  rue  Saint-Georges 
(la  maison  a  été  démolie  en  1893  et  reconstruite):  Talma,  9,  rue  de  la 
Tour-des-Dames;  Mignel,  14,  rue  d'Aumale.  Eu  débouchant  sur  la  ptace 
de    la    Trinité,     la    rue 


Saint-Lazare  devient  spa- 
cieuse, vivante,  et  c'est 
avec  ce  nouvel  aspect 
qu'elle  se  poursuit  — 
confondue  avec  la  rue 
de  Chàteaudun  —  jus- 
qu'au delà  des  limites 
de  l'arrondissement. 

La  somptueuse  église 
de  la  Trinité  a  rem- 
placé deux  chapelles  pla- 
cées sous  la  même  in- 
vocation, qui  avaient  été 
édifiées,  la  première  en 
1840,  rue  de  Calais,  et  la 
seconde  en  1852,  rue  de 
Clichyj  en  face  de  la  rue 
d'Athènes  (alors  rue  de 
Tivoli).  La  construction 
de  l'édilicc  actuel,  t|ui 
coûta  tout  près  de  quatre 
millions,  date  d'un  ar- 
rêté préfectoral  du  0  juil- 
let 1861  qui  autorisa  le 
commencement  des  tra- 
vaux, <lont  Ballu  dressa 
les  plans;  mais  ce  n'est 
(lue  le  7  uovembri'  181)7 
que  l'église  fut  inaugu- 
rée par  l'arrhevètiue  de 
Paris.  Située  dans  l'axe 
de  la  Chaussée  d'Antiu, 
à  laquelle  elle  fournil  la 
plus  agréable  perspec- 
tive, précédée  d'un  joli 
square   que   des   balus- 


PERSPECTIVE    DE    LA    RUE    DE    LA    >    H 
(Au  fond,  léglise  do  la  Trinité., 


trades  entoment  de  leurs  volutes  gracieuses,  et  le  dominant  un  peu, 
de  façon  que  le  monument  y  gagne  en  noblesse,  la  Trinité  est  parmi 
nos  églises  modernes  l'une  des  plus  heureusement  conçues.  Le  luxe 
intérieur  correspond  au  charme  de  l'aspect  extérieur;  on  y  a  été  pro- 
digue d'œuvies  d'art,  peinture  et  sculpture.  Elles  sont  signées  Jobbé- 
Duval,  Barrias,  Français,  iJanlan,  Carpeaux,  Cliatrousse,  Paul  Dubois, 
Doublemard,  etc.,  etc. 

heure  leurs  portes,  le  soir.  Bien  leur 
en  prend  lorsqu'elles  sont,  comme 


Les  églises  ferment  de  bc 


LE    THÉÂTRE   DU    VAUDEVILLE. 


Phol.  UaiHani. 


celle-ci,  à  quelques  pas  d'une 
salle  de  théâtre,  d'une  salle  de  bal 
et  de  concerts  dont  la  clientèle 
joyeuse  pourrait  se  confondre  avec 
ia  pieuse  cohorte  des  fidèles.  Le 
Casino  de  Paris  ouvre  siu-  la 
rue  de  Clichy,  le  Nouveau- 
Théâtre  ouvre  sur  la  rue  Blan- 
che: les  deux  établissements  sont 
en  outre  réunis  par  une  commu- 
nication intérieure,  de  sorte  que 
l'on  peut  tour  à  tour  et  presque 
en  même  temps  voir  jouer  une 
pièce  de  spectacle,  entendre  de 
gais  Ilons-llons,  assister  à  un  ballet 
suggestif,  ingurgiter  des  breuvages 
doués  de  la  même  vertu.  Par  uu 
contraste  singulier,  ce  terrain, 
exclusivement  consacré  au  plaisir 
était,  il  y  a  trente  ans,  celui  du 
collège  Chaplal,  fondé  en  1837  par 
Pierre  iJoubaux,  transmis  par  lui 
à  la  Ville  de  Paris  et  qui  en  émi- 
gra  en  1874  pour  aller  s'installer 
dans  le  quartier  de  l'Euiope,  où 
nous  l'avons  rencontré. 

Continuons  à  monter  la  rue 
de  Clichy.  Au  milieu,  à  droite, 
s'ouvre  la  rue  Noiiirlte,  voie  privée 
—  impasse  même,  devons- nous 
dire  pour  être  exact  —  créée  en 
1879;  celui  qui  l'a  baptisée  ne 
s'est  pas  mis  en  frais  d'imagina- 
tion. C'est  là  qu'était  la  fameuse 
prison  pour  dettes  —  la  Dette,  ou 
Clichy  —  comme    ou    l'appelait 


96 


PARIS -ATLAS 


LE    BOULEVARD    DK 


A 1 .  !■;  i,  1-;  1  .N  E 


habituellement,  fermée  en  1867.  Elle  avait  été  construite  sur  l'empla- 
cement de  deux  hôtels,  acquis  par  la  Ville  de  Paris  en  1826,  du  ban- 
quier Sailliard  ;  mais  ce  n'est  qu'en  1832,  à  la  suite  du  choléra,  que 
les  détenus  pour  dettes,  alors  incarcérés  à  Sainte-Pélagie,  y  furent 
transférés.  Certes,  il  y  a  quelque  ennui  à  être  prisonnier;  mais  quel 
malin  plaisir  avaient  les  détenus  à  payer  leurs  créanciers  de  cette 
monnaie!  Trois  mois  pour  une  dette  de  200  à  300  francs;  six  mois, 
de  500  à  1,000  et  toujours  crescendo  jusqu'à  trois  ans,  qui  étaient  le 
maximum  de  la  contrainte  par  corps. 

Au  delà  de  la  «  Dette  »,  l'espace  compris  entre  la  rue  de  Clichy  et  la 
rue  Blanche,  circonscrit  aujourd'hui  par  les  rues  de  Calais,  de 
Bruxelles,  la  place  et  la 
rue  de  Vintimille,  consti- 
tuait depuis  le  commen- 
cement du  siècle  le  jar- 
din fameux  de  Tivoli , 
couvrant  une  superficie 
de  63,647  mètres.  Il  fut 
loti  et  mis  en  adjudication 
le  12  mars  1844  à  la  cham- 
bre des  notaires.  Et  c'est 
ainsi  que  s'accomplirent 
vos  destinées,  montagnes 
russes,  cascades,  grottes 
artificielles,  qui  faisiez  la 
joie  de  nos  aïeux!  La  rue 
Blanche  et  la  rue  PigaW- 
sont  d'anciens  chemins 
qui  conduisaient  des  Por- 
chcrons  à  Montmartre.  La 
première  s'appelait  pri- 
mitivement   rue     de     la 


Cruix-lîlanche  ;  la  seconde,  rue  Royale.  La  Nomencla- 
ture officielle  des  rues  de  Paris  publiée  par  la  Ville,  et 
qu'il  faut  toujours  consulter,  dit  que  la  rue  Royale  fut 
dénommée  rue  Pigalle  en  l'an  X,  parce  que  Pigalle  y 
avait  son  atelier.  Ce  n'est  pas  tout  à  fait  exact;  le  grand 
sculpteur  avait  son  atelier  au  faubourg  du  Roule;  c'est 
là  qu'il  acheva  la  statue  de  Louis  XV,  commencée  par 
Bouchardon,  et  qui  décora  si  peu  de  temps  la  place  de 
la  Concorde.  Lui  paraît  avoir  eu  deux  maisons,  au  moins 
dans  le  quartier  dont  nous  parlons.  Une  requête  datée 
de  1774  et  conservée  aux  Archives  nationales  fait  men- 
tion d'une  maison  «  sise  au  coin  des  rues  Blanche  et 
Sa>nt-Lazare,  exactement  au-dessous  de  celle  de 
M.  Pigalle  ».  D'autre  part,  dans  de  curieuses  notes  pu- 
bliées par  Lucien  Lazard  dans  le  Bullelin  du  vieux  Mont- 
martre (1893),  on  trouve  les  noms  suivants  d'habitants 
de  la  rue  Pigalle  en  1790  : 

«  La  demoiselle    Adeiine,    pensionnaire    de  la  Co- 
médie-Italienne ; 
«  La  dame  Raucourt,  pensionnaire  du  Tliéàtie-Français.  » 
Et  dans  la  rue  Saint-Lazare  : 

"  La  dame  Dumesnil,  pensionnaire  de  la  Comédie- 
Française; 

«  Le  sieur  de  Bougainville,  chef  d'escadre; 
(I  La  dame  Pigal  i}ic)  ; 
<-  Le  comte  de  Bernis.  » 
Le  bel  hôtel  portant  le  n°  12  de  la  rue  Picalle  est  celui  où  mourut 
Scribe,  le  20  février  1861. 

De  la  partie  occidentale  du  quartier  Saint-Ceorges,  entre  les  rues  de 
Clichy  et  d'Amsterdam,  il  y  a,  croyons-nous,  bien  peu  à  dire  :  les  quel- 
ques rues,  calmes  et  bien  bâties,  qui  les  relient  l'une  à  l'autre,  portent 
toutes  des  noms  de  grandes  villes  d'Europe,  ainsi  que  celles  qui,  dans 
le  VIII''  arrondissement,  rayonnent  autour  de  la  place  de  l'Europe. 

Quartier  de  la  Chaussée  d'Antin.  —  C'est  par  un  pléonasme 
bizarre  que  l'usage  s'est  établi,  même  officiellement,  de  dire  rue  de  la 
Chaussée-d'Antin,  ce  qui  équivaut  à  dire  rue  de  la  rue  d'.Vnlin  —  une 
chaussée  étant  une   rue.  Nous  nous  garderons  de   cette  redondance. 

On  a  vu  plus  haut  (p.  93) 
que  cette  voie  importante 
fut  d'abord  un  modeste 
chemin  rural  dit  clietnin 
de  Clichy  ou  de  l'Ilùtel- 
Dieu,  ou  encore  de  la 
(irande-Pinle,  de  l'égout 
de  Caillou.  Son  nom  de 
chaussée  d'.Viitin,  elle  le 
doit  à  riiôli'l  d'.Vntin  vis- 
à-\is  i!iii|Ufl  elle  aboulis- 
>:nl  .'1  lie. m  le  pavillon  de 
llanovie  est  le  vestige  con- 
servé (voi/.  p.  21).  En  1720, 
la  Ville  en  lit  une  «  chaus- 
sée, large  de  huit  toises  », 
mais  ce  n'est  que  vers  la 
tin  du  siècle  que  la  vog\ie 
vint  à  ce  (luai'tier  hors  les 
murs,  lin  resta\iranl  (jui 
a  lonijlenips  porté  le  iKun 
l'anieiix  de  Bignon ,  oc- 
cupe, au  n°  2,  l'eni place- 
ment d'un  dépôt  des  f,'ar- 
des-IVancaises,  qui  durent 
le  12  juill.'t  1780,  faire  le 
('(Uip  de  l'eu  avec  la  popu- 
lation poui'  sauver  leur 
colonel.  Dans  celle  mai- 
son vécut  R.issitii,<le  1837 
à  1868.  En  lace,  c'était  le 
fastueux  hôtel  Monlnio- 
iine  maisiin  île  ra|iport 
;'est  un  jnli  r'didce  bien 
rotonde,  au  pri'- 
t  décorée  de 
lél.'iil 

l'ancien  hôtel  Necker,  devenu  la 
"  de  Slai'l,  oci'U|)é  plus  lard  jiai- 
de  Lyon,  ciui  lors  îles  l'emanie- 
e    iu(!    Ne>ive-des-Mathurins,    et 


LE    liOULEVARI)    Iii;s    CAl'l   i  : 
(A  droite  de  la  place  di-  l'Opéra). 


Ili< 


ais    auiiuel  succédèri'nt    m 
■■;llre  du  Vaudeville,  t'.'i'^ 
,  avec  un  avant-ciu'ps   en   botu 
ipiidlc  est  un  fuyer  éléitanl.   La  façade 
queli|Ufs-uiies   —  dél.'iil   curieux   —   proviennent 


LA    M.MSON    DE    SCRIliE,    K  t  E   IMOALLE 


rcncy,  véiitalilc 

l't,  en   1868,  Ir 

\<:\{i    |>ar  Maiiiie 

Ml  ici'  étaye  <le  la 

larialiilcs   dont 

la  maison   juécédenli'.  Au  7,  était 

propriété  de  Récaniier,  puis  de  .M' 

l'administration    du  choniin  de  fei 

nii'nts    du    (|uartii'r,    fut    Irarisfér 

enliii,  au  momi'ul  du  percement  <lu  houlevanl  llaussmann,  dut  encore 


NEUVIÈME    ARRONDISSEMENT 


97 


éniigrer  rue  Saint-Lazare,  où  elle  s'est  fixée.  Au  9,  l'iait  l'hôtel  de  la 
Guiiiiard;  au  11,  celui  du  général  Anighi,  duc  de  l'aduue,  aui|uel  suc- 
cédèrent les  bureaux  de  la  compagnie  du  Nord,  puis  ceux  d'Orléans, 
chassés  à  leur  tour  par  les  constructicjns  nouvelles  et  transportés  rues 
de  Clichy  et  de  Londres.  Au  13  ont  été,  de  1791  à  18tJ0,  les  bureaux  de- 
là bancjue  .Mallet. 

Le  n"  12  a  encore  la  fornu'  hizain-  t]r  r.iiiiirn  iiirii'li<'Ti'  S.iinl-l'iM.li, 
sur  lequel  il  a  été  con- 
slruil.  Au  40,  se  trouve 
l'emplacement  de  l'hôtel 
habité  à  la  fin  duxvin'^  siè- 
cle par  M™"^  de  Montesson. 
épouse  morganatique  du 
duc  d'Orléans,  grand-père 
de  Louis-Philippe.  Il  ap- 
partenait à  l'ambassade 
d'.\utriche  lorsqu'un  in- 
cendie le  détruisit  en  1810. 
A  sa  place,  on  créa  en  1826 
la  Cité  d'Anlin,  dans  la- 
quelle se  trouve  le  Théâ- 
tre-Mondain, qui  suc- 
céda à...  une  église,  Saint- 
André-d'Antin,  qui  avait 
pris  elle-même  la  place 
d'une  salle  de  bal. 

Au  42,  s'élève  la  maison 
où  Mirabeau  mourut,  le 
2avril  1791  ;  — au 62,  l'em- 
placement de  celle  du  gé- 
néral Foy,  mort  le  28  no- 
vembre 1823  ;  deux  in- 
scriptions les  signalent  à 
l'attention  du  passant.  La 
rue  de  Chàleaudun  passe  sur 
l'emplacement  de  l'hôtel 
Montfermeil,    qu''    Xapo- 


rlcr  de  la  marine  et  devenu  avant  sa  démolition  le  siège  des  concerts 
.Musard  ;  au  20,  a  demeuré  .M°"  Hécamier;  au  22,  étaient  les  célèbres 
collections  de  tabatières  et  de  bonbonnières  de  Lenoir-Joussei-and,  qui 
furent  transférées  plus  tard  au  24  de  la  rue  Caurnartin  avant  que  leur 
propriétaire  en  fit  don  au  musée  du  Louvre.  Plus  loin,  on  rencontrait 
le  passage  Sandrié,  allant  se  terminer  à  la  rue  Neuve-des-Malhurins  et 
'\   iii   les  niisérabl'-s  masures  fai.saient  un  fâcheux  contraste  avec  le 


LE   BOULEVARD   DES    CAPUCINES  (A  gauche  de  la  place  de  lOpcral 


léon  avait  fait  reconstruire  pour  y  loger  le  cardinal  Fesch.  Comme  on  le 
voit,  les  souvenirs  historiques  ne  manquent  pas  à  la  Chaussée  d'Antin. 
Il  est  bon  de  dire  aussi  quelques  mots  des  hôtels  presque  cente- 
naires qui,  en  1858,  ont  disparu  pour  faire  place  à  l'Opéra.  La  me 
Basse-du-Rempart  datait  alors  d'un  siècle  environ,  et  sa  physionomie 
avait  à  peine  changé.  \u  4,  s'élevait  l'hôtel  construit  par  Bouret  de 
Vézelay,  devenu  plus  tard  la  propriété  du  comte  do  Sommariva  ; 
au  6,  la  maison  où  mourut,  en  1814,  M"=  Raucourt,  à  laquelle  le  curé 
de  Saint-Roch  refusa  l'inhumation  religieuse  ;  au  8,  riiôtel  d'Us- 
mond,  construit  par  Brongniart,  en  1775,  pour  M.  de  Saint-Fuix,  Iréso- 

PAniS-.\TLAS. 


FAÇADE    DE   L'OPÉR.A. 


luxe  voisin.  Au  reste,  le  sol  de  la  rue  était,  comme 
son  nom  l'indique,  et  est  encore  dans  le  court  frag- 
ment qui  subsiste,  en  contre-bas  du  boulevai-d;  c'était 
un  véritable  fossé  qu'il  a  fallu  remblayer. 

Par  derrière  s'ouvrait,  en  retour  sur-  la  rue  Boudreau, 
la  rue  Trudon  dans  laquelle,  sur  remplacement  de  la 
Cumpagnie  générale  transatlantique,  était  l'hôtel  de  la 
grande  llachel. 

L'Opéra.  —  Est-ce  à  l'admirable  monument  de 
Charles  Garnier,  est-ce  à  la  salle  iutîniment  plus  mo- 
deste de  la  rue  Lepeletier  que  le  1\«  arrondissement 
doit,  depuis  1860,  son  titre  administratif"?  Aux  deux, 
sans  doute,  car  à  cette  date  la  construction  était  déjà 
décidée  d'un  édifice  destiné  à  remplacer  la  salle  Le- 
peletier, ouverte  «  provisoirement  »  en  1821,  et  sa 
place  déjà  tixée  au  point  sur  lequel  il  s'élève.  Eu  1857, 
le  second  Empire  était  à  l'apogée  de  sa  puissance. 
Paris,  depuis  quelque  temps,  s'ouvrait  à  la  lumière, 
dans  le  sens  propre  du  mot,  —  par  des  percements, 
bien  conçus  pour  la  plupart,  et  indispensables.  C'est 
alors  que  Napoléon  III  invita  sou  ministre  il'Elaf, 
.M.  Fould,  à  faire  étudier  un  projet  de  nouvel  Opéra. 
Ce  fut  l'architecte  ordinaire  de  l'Opéra,  Uohault  de  Fleury,  que  l'on  eu 
chargea.  Dans  ses  Mémoires,  le  baron  Ilaussmann  a  raconté  avec  quel- 
que mauvaise  humeur  comment  les  choses  tournèrent  : 

Après  approbation  des  plans,  M.  Fould  conclut  avec  la  Ville  un  tiailé  qui  la 
chargeait  de  l'expropriation  des  terrains  nécessaires  à  l'emplacement  du  théâtre 
et  des  bâtiments  rciitouraiit  de  trois  cotés;  à  l'étabiissemeut  de  la  grande  place 
sur  laquelle  s'élevait,  comme  aujourd'hui,  la  façade  principale,  et  de  celles  qu'on 
voit  sur  les  côtes  et  sur  le  derrière  du  monument,  où  débouchaient  la  cour  de 
lonipcreur,  la  cour  des  abonnés  et  la  cour  de  l'administration:  er.lin,  à  l'ouver- 
tuic  des  rues  .\uber,  Scribe.  Ilalcvy  et  .Meyerbeer  qui,  reliant  ces  diverses  places, 


98 


PARIS -ATLAS 


pncadraient  les  autres  parties  de 
celénonTie  ensemble  de  construc- 
lions,  affectant  la  forme  octogo- 
nale. 

Les  expropriations  ont  lieu,  les 
voies  publiques  demandées  sont 
établies;  des  constructions  pri- 
vées, le  Grand-Hôlel,  entre  au- 
tres, s'élèvent  suivant  le  type 
fourni  par  l'architecte  de  l'Etat, 
type  se  raccordant  avec  celui  de 
ses  bâtiments  secondaires. 

Cependant,  une  question  de 
budget  retarde  la  mise  à  exécu- 
tion des  plans  adoptés.  M.  Fould 
est  remplacé;  son  successeur 
\Vale\vslii).  sans  tenir  compte  de- 
cette  approbation,  ni  des  faits  ac- 
complis, ouvie  un  concours.  Le 
projet  de  M.  Charles  Garnier, 
alors  architecte  ordinaire  de  la 
Ville,  aujourd'hui  mon  très  ai- 
mable confrère  à  l'Institut,  l'em- 
liorte,  et  quand  son  Opéra  s'élève 
triomphalement  au  fond  de  la 
place  ménagée  sur  le  boulevard 
des  Capucines,  dans  l'axe  de  l'ave 
nue  Napoléon  (aujourd'hui  avenue 
de  l'Opéra),  il  se  trouve  médio- 
crement en  harmonie,  pour  ne 
dire  rien  de  plus,  avec  le  cadre 
préparé  pour  un  autre  monument, 
et  l'architecture  imposée  à  toutes 
les  maisons  voisines  n'a  plus  de 
raisons  d'être. 

Ce  couplet...  académique, 
encore  que  peu  aimable  pour 
un  (I  très  aimable  confrère  à 
l'Institut  »,  méritait  d'être 
cité  pour  plusieurs  raisons. 
l)'abord  il  nous  fait  connaître 

—  au  moins  sommairement 

—  l'historique  de  la  fondation 
du  nouvel  Opéra,  les  rues 
projetées  dès  lors,  cl  dont  le 
tracé  a  été  réalisé  —  puis, 
il  montre  que  les  hommes 
descendus  du  pouvoir  sont  trop  souvent  enclins  à  l'amertume,  «  pour 
ne  dire  rien  de  plus  ».  En  quoi  la  construction  dont  Paris  a  lieu  de 
s'enorgueillir  n'est-elle  pas  en  harmonie  avec  le  cadre  environnant,  et 
quelle  physionomie  fallait-il  donc  rêver  pour  les  larges  voies  dessinées 
tout  autour'?  Les  maisons  qui  les  bordent  —  et  qui  font  honneur  à 
leurs  architectes  et  à  leur  époque  —  ne  pouvaient  cependant  pas  avoir 
la  prétention  de  rivaliser  de  luxe  avec  un  édilice  que  l'on  avait  raison 
de  souhaiter  sans  rival  possible.  D'autre  part,  n'élait-il  pas  équi- 
table de  désirer  que  le  de.ssin  d'un  pareil  édilice  fût  mis  au  concours, 
sollicitât  l'activité,  le  talent  des  cerveaux  les  plus  dignes  de  le  conce- 


LE   GRAND 


l'iiol,  .SV.ir.l.-lii 


FAÇADK    I-ATl':i!Al.i:    lil     /.OI'ÉICA. 


voir'?  Napoléon  III  et  son 
ministre  d'Etat  furent  donc 
bien  inspirés  en  le  compre- 
nant; notre  ville  n'a  pu  qu'y 
gagner. 

Rappelons  maintenant  que 
c'est  en  1863  que  le  projet 
présenté  par  Charles  Garnier 
fut  accueilli  avec  enthou- 
siasme. Son  auteur  est  mort 
dans  le  courant  de  l'été  de 
1898;  on  est  donc  à  l'aise  pour 
le  louer  largement,  même 
avec  quelques  réserves. 

Ce  n'est  pas,  en  effet,  une 
faible  gloire  pour  un  homme 
d'avoir  élevé  le  plus  beau  mo- 
nument civil  de  Paris  après 
le  Louvre,  nous  dirions  même 
à  l'égal  du  Louvre,  si  nos 
grands  artistes  de  la  Renais- 
sance pouvaient  avoir  des 
égaux.  Ce  que  l'on  admire 
tout  d'abord  à  l'Opéra,  c'est 
la  façade,  d'une  si  riche  et 
large  ordonnance,  formée, 
après  un  perron  de  quelques 
marches,  d'une  galerie  voûtée 
que  surmonte  la  colonnade 
de  la  loggia,  composée  de 
seize  colonnes  monolithes, 
surmontée  elle-même  d'un 
attique  chargé  de  sculptures 
et  complété  par  deux  groupes 
en  bronze  doré,  la  Poésie, 
l'Harmonie,  sculptés  par  Gu- 
mery.  Au  premier  plan  de 
cette  façade,  quatre  groupes 
de  sculptures  symbolisant  les 
arts  musicaux  :  la  Danse,  de 
Carpeaux  (  le  plus  remar- 
quable par  sa  beauté  et  son 
audace)  ;  la  .Musique,  par  Eug. 
Guillaume;  la  Poésie  lyrique, 
par  Jouffroy;  le  Drame  lyrique,  par  Perraud. 

Les  deux  autres  merveilles  de  l'Opéra  sont  le  grand  escalier  et  le 
foyer.  L'escalier  aurait  à  lui  seul  sufli  à  la  gloire  de  Garnier.  Sa  majesté 
le  rend  digne  des  palais  les  plus  orgueilleux,  digne  d'un  conte  dos 
Mille  et  une  nuits.  Il  est  seulement  regrettable  qu'au  premier  palier 
l'accès  de  l'amphithéâtre  soit  fait  d'une  baie  un  peu  étriquée  et  que  la 
double  révolution  qui  conduit  aux  premières  loges  ne  comporte  pas 
une  nouvelle  révolution  se  terminant  aux  portes  mêmes  du  foyer,  qui 
parait  ainsi  séparé  et  pour  ainsi  dire  indépendant  du  théâtre.  Combien 
cependant  il  mérite  d'en  être  partie  intégrante  !  Si  l'escalier  est  la  gloire 
de  Garnier,  le  foyer  assure  celle  de  Paul  Baudry  par  les  admirables 
pi-intures  dont  il  l'a  décoré,  se  traduisant  toutes  en  apothéose  de  l'art. 
La  salle  est  simplement  belle,  spacieusement  disposée,  et  d'acoustique 
'  xiellente.  Le  plafond  est  l'œuvre  de  Lenepveu. 

On  doit  convenir  ([ue  si  les  façades  latérales  sont  inspirées  du  même 
:.''iùt  heureux  que  la  façade  principale,  celle  de  l'administr^ilion,  sur  le 
loulevard  llaussmann,  est  vrainsent  trop  peu  en  accord  avec  elles, 
i.'.irchilecle  l'a  négligée,  et  le  mal  est  irréparable  de  transmettre  aux 
-i>''c|es  futurs  un  monument  ainsi  mamiuant  d'iupinogéiiité.  De  mêtne, 
l'Ut  en  reconnaissant  quelles  exigences  la  déi-oralldn  imposait  pour 
i'  s  proportions  de  la  scène,  il  faut  bien  reconnaître  (|ue  celle  toiture 
I  iMie  hauteur  démesurée,  ces  surfaces  nues  vues  du  deliors,  ne  sont 
11--  d'un  heureux  elïet  ;  elles  écrasent  l'édilice  que  l'on  voudrait  par- 
iili'tnent  harmonieux  dans  toutes  ses  parties.  \\\  fond,  ce  sont  là  de 
Miirices  critiques;  elles  n'iriliiirii'iit  pas  l'aiIrMirallon  ([Ue  l'on  iloll  à  ce 
Miperbe  spéiinien  île  noire  archlleclure  nationale. 

Commencée  en  1863,  l'ii'uvre  ne  fut  menée  que  leiileineiil,  tant 
r.iicliileclc  avait  souci  de  ne  réunir  ([ue  des  matériaux  rares,  de  n'im- 
l'Mser  aucune  hâte  à  ses  collaboraliMirs  arllsti(|ues.  Puis,  la  guerre  sur- 
\  Mit,  et  nos  désastres,  pour  bien  îles  causes,  ralenliieiit  le  travail  a|irès 
i  ivoir,  même,  un  momeiil,  fait  cesser  i'omplè|e]neiil. 

L'iiicendio  de  la  salle  Lepeletier,  dans  la  nuit  du  28  au  20  oclo- 
bie  1873,  réveilla  l'ardeur,  et  llnaleuienl  la  nouvelle  salle  fut  inauLMirée  le 

iJ  janvier  \H~'.y.  Ce  fut  une  soirée  de  (,'iand  tial.i   il lée  eu  présen lu 

maréchal  de  Mac-Malion,  président  de  la  llépublique,  et  d'illustres  lnMes 


LIEU    DE    LOPEKA. 


m:uviî;mi;  aiuîondissement 


99 


LE   GRAND    FOYER    DE   L'OPERA. 


étrangers  :  le  jeune  roi  d'Espagne  et  sa  mère  Isabelle,  le  lord  maire,  le 
bourgmestre  d'Amsterdam.  Il  va  sans  dire  que  tout  ce  que  notre  pays 
compte  de  notabilités  y  était  convié.  La  représentation  fut  composée 
de  fragments  d'œuvres  diverses,  ce  qu'on  appelle  un  spectacle  cuuiié  : 
deux  actes  de  la  Juive,  deux  actes  de  Guillaume  Tell,  la  bénédiction 
des  poignards  des  Huguenots,  etc. 

Depuis  lors,  l'Opéra  n'a  pas  démérité  ;  il  emploie  noblement,  pour 
l'honneur  de  l'art  et  le  bon  renom  de  la  France,  la  subvention 
annuelle  de  800,000  francs  qui  lui  est  allouée  sur  le  budget  de  l'Etat. 

Rappelons  encore  que  l'Opéra  renferme  une  bibliothèque  et  un 
musée  contenant  une  grande  quantité  de  documents  précieux  :  auto- 
graphes de  compositeurs,  maquettes  de  décors,  portraits  d'artistes, 
archives  administratives,  etc. 

Le  boulevard  ZT^iisj-maîm  n'appartient  que  [luur  parlii'  au  IX''  arrondis- 
sement, et  c'est  la  partie  sacriliée,  puisqu'elle  se  teiniine  presque  en 
impasse  sur  la  rue  Taitbout.  Des  diflicultés,  dont  on  no  prévoit  pas  le 
terme,  ont  empêché  ,ius([u'ici  l'édilité  parisienne  de  lui  donner  son 
débouché  normal  et  nécessaire,  à  l'angle  du  boulevard  des  Italiens  et 
de  la  rue  Drouot.  Dès  1864,  il  portait  li^  imm  du  préfet  de  la  Seine  ipii 
l'avait  fait  percer.  Quelque  gratitude  (jue  la  Ville  puisse  avoir  enveis 
le  baron  Ilaussmann,  la  postérité  se  rappellera  peut-être  que  deux 
hommes  seulement  ont  en  l'honneur,  eux  vivants,  de  donner  leur  nom 
à  une  voie  pMlili(|ne  de  Cuis,  Vielnr  lliii,'n  el  lui  —  et  la  pesli'i  ilc'' 
comprendra. 

Les  magasins  du  l'i  iuliMnps  avaient  été  l'cuulés  en  ISUiJ  sur  l'emplace- 
ment qu'ils  oei  ii|ieMt  à  l'angle  du  boulevard  Ilaussmann  et  de  la  rue  du 
Havre;  ils  fmiuit  couiplèlenient  reconstruits  en  1874,  el  bénis  le  5 avril. 
Jour  de  l'àques,  par  le  euré  i\r  la  Madeleine,  ee  qui  ne  les  enipèih,! 
pas,  quehiues  années  .-iiuès.  d'iMie  d^'liulN  l'.ii-  un  ineiunlie.  Ils  nul  ('■li'' 
réédiliés  aussilùt. 


Le  lycée  Condorcet  a  deux  façades  :  une  moderne  sur  la  rue  du 
Havre,  l'autre  auc  ienne  sur  la  rue  Caumartin.  Celle-ci  appartenait  au 
c(]uvent  des  Capucins,  jadis  installés  rue  de  la  Bourbe  boulevard  Port- 
Uiiyal,  hôpital  Ricord  aujourd'hui)  et  venus  là  en  1781.  Brongniarl 
construisit  leur  monastère,  l'agrémenta  d'un  vaste  cloître  el  lui  donna 
la  façade  conservée,  bien  qu'elle  ne  puisse  passer  pour  belle.  La 
Révolution  dispersa  les  ordres  monastiques;  à  peine  les  Capucins 
avaient-ils  pris  possession  de  leurs  bâtiments  qu'ils  durent  les  quitter. 
Ils  restèrent  sans  affectation  à  la  disposition  de  l'Élat  jusqu'à  ce  que, 
en  l'an  XI,  le  Consulat  ait  décidé  d'en  faire  uu  lycée.  Voici  le  texte  de 
l'arrêté  pris  à  cet  efTet  : 

Saint-CIoud,  le  23  fructidor  an  XI.  —  Le  irouvorncnient  de  la  Republique,  sur 
le  rapport  du  ministre  de  l'Iiitéricur,  arrête  ce  qui  suit  : 

Article  premieb.  —  Dans  le  coui-s  de  l'an  XIII,  il  sera  établi  à  Paris  trois 
nouveaux  lycées  i  la  place  des  trois  écoles  centrales  actuelles,  dont  les  e.\eivices 
coulinucroiit  pendant  l'an  XII.  Le  premier  de  ces  lycées  sera  substitué  ik  l'école 
ccnhalc  du  Panlhéon,  le  deuxième  ù  récole  centrale  de  la  rue  Sainl-Auloiuo  el 
le  troisième  sera  placé  dans  le  local  des  Capucins  de  la  Chaussce-d'Anliu. 

Art.  2.  —  Les  lycées  de  la  lue  Saint-Antoine  el  de  la  Chaussée-d'Anlin  n'au- 
ront provisoirement  ((ue  des  élèves  externes. 

Art.  ;t.  —  Lc>  hni;  écoles  centrales  de  Paris  seront  fermées  à  dater  du 
I"''  vendémiaire  :in  Xlll. 

Telle  est  la  charte  de  fondation  du  lycée  Condorcel.  H  reçut  alors  le 
nom  de  Bonaparte,  puis,  en  1814,  celui  de  collège  royal  de  Bourbon 
qu'il  garda  jusqu'au  second  Empire,  pour  reprendre  naturellement  sou 
premier  nom,  et  le  reperdre,  non  moins  naturellenieut,  après  le 
4  siqitembrc.  On  le  mit  alors  sous  l'invocation  do  Kontaues,  grand- 
maître  de  l'Université  sous  Xapoléon  l'""",  ce  qui  n"ét<iit  pas  trop  démo- 
cratique; il  a  enlin  reçu  et  gardé  le  nom  do  Condorcet:  c'est  pour  tous 
deux  un  honneur. 


100 


PARIS -ATLAS 


LHOTEL    DES    VE.NTES,    RUE    DUOUOr. 


tait  la  chapelle  Jes  Capu- 


L' église  voisine,  Saint-Louis-d'Antin. 
cins  et  en  même  temps,  dès 
avant  la  Révolution,  la  pa- 
roisse du  quartier  de  la 
Chaussée  d'Antin,  qui  com- 
mençait à  se  peupler.  Après 
avoir  été  sous  Louis-Philippe, 
et  jusqu'en  1860,  succursale 
de  l'église  de  la  Madeleine, 
elle  est  devenue  alors  l'une 
des  deux  églises  curiales  du 
l.X."  arrondissement.  Con- 
struit par  Brongniart,  comme 
le  couvent  des  Capucins, 
c'est  un  édifice  dénué  d'in- 
térêt artistique. 

En  face,  s'ouvre  la  rue  Jou- 
hert,  qui  changea  en  1800  son 
nom  de  rue  Neuve-des-Capu- 
cins  pour  celui  du  général  en 
chef  Joubert  qui,  l'année  pré- 
cédente, avait  été  tué  à  la  ba- 
taille de  Novi. 

Le  quadrilatère  formé  par 
cette  rue,  la  rue  Saint-Lazare, 
la  rue  Caumartin  et  la  Chaus- 
sée d'Antin  était  jadis  occupé 
par  une  sorte  de  domaine  sei- 
gneurial connu  sous  le  nom  de 
c.  château  duCoq  »,  auxvii'siè- 
tle  (il  reste  encore  une  avenue  du  Coq  que  le  percement  prochain  de  la 
rue  de  Mogador  va  faire  disparaître),  mais  (jui  existait  auparavant  sous 
le  nom  de  cliiteau  des  Percherons,  situé  en  partie  sur  la  paroisse  de  la 
Ville-l'Evôque,  en  partie  sur  celle  de  Clichy.  La  Bibliothèque  nationale 
possède  dans  ses  portefeuilles  si  riches  de  la  topographie  de  la 
l'rance  quelques  vieilles  estampes  qui  le  représentent;  c'était  un  ma- 
noir datant  au  plus  tôt  du  commencemonl  du  xvi=  siècle,  flanqué  d(^ 
tourelles  pointues,  précédé  d'un  porche  de  la  première  lienaissancc 
l'Iusieurs  chartes  du  xvi'  siècle  mentionnent  le  »  château  des  Por- 
(  hérons  ...  Son  dernier  nom,  il  le  devait  à  la  famille  des  Le  Coq.  11  y 
a  un  M.  Le  Coi]  qui  figure  dans  un  acte  de  mariage  de  la  paroisse  de 
Clichy  à  la  date  du  10  janvier  1690;  mais  le  souvenir  des  Porcherons 
y  resta  toujours  accolé,  car  c'était  celui  du  fief  plutôt  que  du  castel. 
.laillot  affirme  qu'au-dessus  de  la  porte,  déjà  murée,  il  y  a  cent  vingt 
ans,  on  lisait  «  Hôtel  Cocq,  1320  ».  Nous  avons  peine  à  croire  à  la 
sincérité  de  celte  inscription.  On  sait  déjà  que  la  rue  Saint-La/.aïc 
portait  d'abord  le  nom  de  la  rue  di'S  Porcherons;  la  rhaiic-lle  dis 
Porcherons  a  été  l'origine  de  iNotre-Dame-di-Loiette,  que  nous  allons 
rencontrer  tout  à  l'heure;  il  est  regrettable  que  tout  souvenir  ail 
disparu  de  celte  aimable  dénomination,  même  celui  d'un  opéra- 
cMinique  qui  eut  quelque  succès  au  commencement  du  siècle. 

La  rue  de  la  Viriuirc  portail,  elle  aussi,  un  joli  nom,  rue  Chantereini', 
lorsque  Bonaparte  y  devint,  par  son  mariage  avec  Joséphine  de  Beau 
harnais,  propriétaire  d'un  hôtel  que  la  belle  créole  avait  acheté 
100,000  francs  à  Talma  qui,  lui-mèine,  le  tenait  de  M""  de  Condorcet. 


On  l'appela  dès  lors  hôtel  Bonaparte.  Les  vieux  Parisiens  ont  pu  le 
voir,  car  il  n'a  été  démoli  qu'en  18137  pour  laisser  passage  à  la  rue  de 
Chàteaudun.  Les  architectes  du  tweu  ne  se  laissèrent  pas  arrêter  par 
cette  relique  de  Yoncle;  c'était,  d'après  les  gravures  que  nous  avons 
sous  les  yeux,  un  petit  hôtel  haut  d'un  seul  étage,  tout  enfoui  dans  la 
verdure,  portant  en  dernier  lieu  le  n"  46  de  la  rue  de  la  Victoire.  C'est 
là  que  fut  tramé,  par  Bonaparte  et  les  généraux  ses  complices,  le  coup 
d'Etat  du  18  brumaire  (10  novembre  1799),  que  Barras,  l'un  des  direc- 
teurs qui  y  prêta  les  mains,  mais  s'en  défend,  qualifie  lui-même  dans 
ses  Mémoires  d"  <<  attentat  médité  contre  la  représentation  nationale  et 
le  Directoire  ».  Et  Barras  ajoute,  parlant  de  la  matinée  même  où 
s'accomplit  l'acte  :  «  D'après  la  convention  arrêtée,  Bonaparte,  dès 
sept  heures  du  matin,  a  réuni  chez  lui,  dans  sa  maison  de  la  rue  Chan- 
tereine,  récemment  dénommée  rue  de  la  Victoire,  à  cause  de  son 
illustre  habitant,  tous  les  généraux  sur  lesquels  il  pouvait  compter. 
La  plupart  n'ont  pas  d'autVe  idée  que  celle  de  se  croire  invités  à 
déjeuner.  Bonaparte  a  fait  même  invitation  à  tous  les  adjudants  de  la 
garde  nationale;  tous,  en  grand  uniforme,  s'y  sont  rendus.  Il  attendait 
dans  son  cabinet  particulier  le  décret  des  Anciens.  »  Ce  décret,  rendu  la 
veille  au  soir,  c'était  la  convocation  à  Saint-Cloud  du  Conseil  des  Cinq- 
Cents,  méditée  à  l'avance  pour  le  coup  que  l'on  n'osait  tenter  à  Paris. 
Et  en  elTel,  depuis  le  retour  d'Egypte,  la  ville  de  Paris  avait  donné  à 
la  rue  Chanlereine  le  nom  de  la  Victoire,  dans  les  conditions  que  nous 
fait  connaître  la  lettre  suivante  (inédite)  adressée  par  le  préfet  de  la 
Seine  au  ministre  du  Commerce  et  des  Tiavaux  publics  le  21  oc- 
tobre 1^3  : 

Monsieur  le  Ministre, 

Lorsque  Napoléon  était  général 
en  (lier lie  l'armée  d'Italie,  il  pos- 
sédait, rue  Chantereine,  un  petit 
hôtel  qu'il  habita  i  l'époque  où 
il  apporta  au  Diiecloii-e  le  traité 
de  Campo-Fonuio.  La  ville  de 
Paris  voulant  rendre  un  juste 
hommage  au  jeune  conquérant, 
lit  effacer  dans  la  nuit  de  son 
arrivée  le  nom  de  rue  Chanle- 
reine, et  y  substitua  celui  de  rue 
de  la  Victoire,  qui  l'ut  conservé 
jusqu'en  ISIG,  époque  à  laquelle 
on  rendit  à  la  rue  son  ancien 
nom  de  rue  Chanlereine. 

Les  miilifs  ii\ii  dclerminèrenl 
ce  rliani;cmcnt  n'cxi>tant  plusau- 
ji.urdlnii,  je  viens  vous  propo- 
-i-r.  .Miiiisi'nir  \i-  Ministre,  de 
rcnihv  ,1  1,1  rurChiinlrrrini'  le  nom 
lie  lUc  de  la  Vickiirc.  Plusieurs 
proprirlaires  ont  manifesté  leur 
désir  à  cet  égard  et  je  ne  doute 
pas  que  ce  changement  de  déno- 
mination ne  soit  reçu  avec  faveur 
par  le  public  de  la  capitale. 

Agréez... 


ÉGLISE    NOTUl-:-liAMi;-l)i;-LOUKTrE. 


Le   Conseiller  d'Élal,  préfet  de 

la  Seine, 

COMTK    Dr.    HAMBLTfAU. 

[Arcliires  iialioii.,  V.  II.  Seine,  i;.) 


l.c  2d  novembre   suiv,-inl,  le  inini-lre   déclara  «  ne   pouvoir  (lu'ap- 


LK    I.YCi;!-;    CO.NDOUCET,    H  U  lO    C.\  U  .\I  A  II  T  l.N. 


NEUVIEME   AKUO.NDISSEME.NÏ 


101 


pl.Miilir  ;i  la  proposition  »  flu  pi('fet  do  la  Sfinr;,  et  If;  même  jour  la 
ilrcision  t'tait  sigiiT-e. 

L'hôlel  de  la  rue  de  la  Vietoire  appartint,  après  Napoléon,  au  g<;ni5ral 
Bertrand,  puis  au  général  I.efelnre-lJesnoueKes  et  à  sa  veuve.  II  dis- 
parut comme  nous  venons  de  le  dire. 

Toulo  la  partie  du  quartier  de  la  Chaussée  d'Antin  qui  avoisinc  celui 
duFaubourg  Montmarlri' 
s'est,  comme  ce  dernier, 
bâtie  dans  les  vingt  der- 
nières années  de  l'aii- 
cien  régime.  Paris  c(aii 
mal  à  l'aise  dans  sa  cein- 
ture, et  la  spéculatinn 
guettait.  A'oici  une  lellrc, 
que  nous  avons  tout  lii-u 
de  croire  inédite,  du  mi- 
nistre de  la  maison  du 
roi  au  prévôt  des  mar- 
chands, le  21  novem- 
bre 1770  : 


Je  joins  ici,  Monsieur,  un 
mémoire  par  lequel  M.  de  la 
Borde  demande  d'être  auto- 
risé à  faire  ouvrir  deux  nou- 
velles rues  sur  des  terrains 
qui  lui  appartiennent  dans 
le  quartier  de  la  Grange- 
Baleliére,  dont  une  vis-à-vis 
la  rue  de  Grammont,  el 
l'autre  à  prendre  de  la  Chaus- 
sée d'Antin  jusqu'au  fau- 
bourg Montmartre,  suivant 
le  plan  ci-joint.  Vous  vou- 
drez bien  examiner  ce  pro- 
jet et  me  marquer  si  vous 
n'y  trouvés  point  d'inconvé- 
nient, el  si  vous  pensés  qu'il 
puisse  être  avantageux  à  la 

commodité  publique,  afin  que  je  puisse  reporter  cette  alTaire  au  Conseil  de  S.  M... 
{Archives  nationales,  Qi.  412,  p.  797.) 
C'est  des  rues  Laf fille  et  <le  Provence  qu'il  .s'agit.  La  consultation  ne 
se  fit  pas  attendre,  car  le  15  décembre  suivant,  les  lettres  patentes 
intervenaient,  autorisant  l'ouverture  des  deux  voies  :  la  première  sous 
le  nom  de  rue  d'Artois.  Elle  doit  sa  dénomination  actuelle,  en  1830, 
au  célèbre  banquier  Laffilte  qui  y  avait  son  hôtel  et  ses  bureaux.  Et 
puisque  nous  parlons  de  banquiers,  rappelons  que,  dans  cette  même 
rue,  est  située  la  banque  Rothschild,  dont  le  beau  jardin  s'étend 
jusqu'à  la  rue  de  La  Fayette. 

L'église  Notre-Dame-de-Lorette,  aux  confins  des  quatre  quar- 
tiers de  l'arron- 
dissement, est, 
administralive- 
mcnt,  située  sur 
le  territoire  du 
quartier  de  la 
Chaussée  d'An- 
tin. 11  faut  cher- 
cher ses  origines 
danslachapell''. 
humble  suciii;- 
sale  de  Saint - 
Pierrc-de-Monl- 
raartre  qui,  en 
1643,  fut  ciifi 
struite  dans  i  i 
rue  CoqueiMii 
(aujourd'hui  ;/' 
Lamartine]  pnm 
épargner  aux 
rares  habilaiiis 
de  la  plaine  bi 
pénible  ascen  - 
sion  de  la  ninn- 
tagne  de  .Mont- 
martre. Erigée 
en  pamisse  par 
la  loi  du  4  lé- 
vrier 1791.  elle 
l'ut  fermée  pen- 
lAc'ADE  DU  co.Mi'ioui  D'ESCOMPTE.  ^^"'  '''  Terrcur 


LES   GR.\.>'DS   BOULEVARDS   A   L'ANGLE  DE   LA   RUE   DROUOT. 


et  (inalement  démolie  en  1796  pour  cause  de  luine;  le  n''  o4  de  la 
lue  Lamartine  représente  son  emplacement. 

Le  culte  fut  transféré  alors  dans  la  chapelle  du  cimetière  désaffecté 
de  Sainl-Euslache,  et  ce  n'est  qu'en  1822  que  Louis  XVIII  ordonna 
la  construction  d'une  véritable  église  paroissiale.  Hippolyle  Le  Bas 
en  fut  chargé  après  concours,  et  réellement  l'on  se  demande  comment 

pouvaient  être  les  autres 
projets  pour  que  le  sien 
ait  été  jugé  le  meilleur. 
H  est  difficile,  en  effet, 
de  rêver  un  édltice  d'a.s- 
pect  plus  disgracieux. 
L'intérieur,  par  contre, 
grâce  à  de  belles  fres- 
ques et  à  un  luxe  que 
seules  admettent  nos 
églises  modernes,  fait 
oublier  la  nudité  de  l'ex- 
térieur. 

Quartier  du  Fau- 
bourg- Montmartre. 
—  On  a  beaucoup  dis- 
serté sur  l'élymologie 
de  la  Grange-Batelière, 
vaste  fief,  avons -nous 
dit,  auquel  le  quartier 
du  Faubourg  Montmar- 
tre a  succédé  dans  sa 
partie  orientale.  A  en 
croire  certains  auleui-s, 
ordinairement  bien  in- 
formés, il  y  aurait  eu  là, 
dès  le  haut  moyen  âge, 
un  champ  clos  réser%-é 
aux  joutes,  aux  batailles, 
d'où  le  nom  de  Grange 
bataillère,  que  les  scri- 
bes traduisaient  par  granckiu  prxliata .  En  dépit  de  l'autorité  de  l'abbé 
Lebeuf,  qui  a  défendu  cette  thèse,  nous  avons  peine  à  y  croire,  et  il 
nous  paraît  plus  probable,  d'après  d'autres  textes,  que  c'était  la 
grange  d'un  nommé  Batelier  ou  Gastelier  (cette  dernière  forme  se 
rencontre  déjà  en  1308),  à  moins  qu'il  se  soit  simplement  agi  du  bate- 
lier même  qui  faisait  passer  dans  son  bac  le  ruisseau  de  Ménilmon- 
tant,  déchu  maintenant,  et  depuis  longtemps,  au  point  d'être  un  égout 
que  recouvre  la  rue  de  Provence  dans  toute  sa  longueur.  Jusqu'à:; 
commencement  du  xvni"  siècle,  le  fief  resta  aux  mains  des  marrii- 
chers  ;  alors  un  financier,  nommé  Crozat,  donna  l'exemple  d'y  bâiii . 
et  peu  après,  cela  devint  une  sorte  de  frénésie.  Les  fermiers  généraux 


L  lUUKL    LU'    JOl'l^NAL    .LE    FIGARO    ,   RUE   DROUOT. 


Î02 


PARIS- ATLAS 


LE    TEMPLE   PROTESTA.NT   DE    LA    RUE    CHAUCHA" 


LA    SYNAGOGUE   DE    LA    K  U  E   DE    LA    VICXOIUE. 


s'en  mêlèrent;  ils  se  firent  construire  des  hôtels,  entourés  de, jardins 
que  peu  après  ils  convertirent  en  maisons  de  rapport;  les  hôtels  particu- 
liers disparurent  eux-mêmes  ;  de  nombreuses  voies  furent  percées.  Sous 
Louis  XVI  un  quartier  nouveau  était  né.  La  rue  de  la  Grange-Batelière 
en  fut  tout  d'abord  l'accès  principal.  Dès  1704,  des  lettres  patentes 
autorisèrent  son  prolongement  en  retour  d'équerre  jusqu'au  rempart 
(rue  Drouot).  De  i7'79  à  1786,  furent  ouvertes  les  rues  Rossini  (d'abord 
cul-de-sac  de  la  Grange-Batelière,  puis  rue  Pinon),  Chauchat,  Lepeletier. 

Peu  de  monuments  dignes  d'intérêt  dans  cette  région;  rue  Drouot, 
l'hôtel  des  Commissaires-priseurs  (Hôtel  des  Ventes),  construit 
en  I808,  est  un  ty[H'  rfm.irqiialiie  de  la  vilaine  architecture;  il  a  un 
digne  pendant  <lans  le  temple  protestant,  trapu  et  affreux,  qui 
s'ouvre  sur  la  rue  Chauchat.  En  revanche,  la  synagogue  de  la  rue  de 
la  Victoire  offre  aux  regards,  même  profanes,  une  faïadi'  harmonieuse 
et  de  bon  ton.  Rue  Drouot  encore,  l'hôtel  duFiyitro,  (jui  date  de  1874  et 
a  été  agrandi  par  l'adjonction  de  la  maison  voisine,  en  1897,  est  coquet 
et  sémillant.  11  a  eu  pour  architecte  Aimé  Sauffroy  ;  la  statue  de  Figaro 
occupé  à  aiguiser  malicieusement  sa  plume  est  due  —  circonstance 
assez  rare  —  à  la  collaboration  de  deux  sculpteurs.  Boisseau  et  Amy. 
La  mairie  de  l'arrondissement  occupe  un  hôtel  du  siècle  dernier,  où 
elle  succéda,  en  1849,  à  Aguado.  Dans  la  cour  se  voit,  sans  qu'on  en 
aperçoive  bien  la  raison,  une  statue  de  Vidiaire  jeune,  par  Lambert. 

Nous  ne   parlons   que  pour   mémoire  de  l'ancien  Opéra,  rue  Le|ie- 


COLR    DK  LA    .MAIIUIO    DU    I  .\  ■    A  U  KON  DLS.sE.M  IC.NT. 
(En  avant,  la  slatuu  do  Vol  lai  ru  ) 


letier;  il  avait,  du  dehors,  l'aspect  d'une  gare  de  chemin  de  fer. 
De  l'autre  côté  de  la  rue  du  Faubourg-Montmartre  s'étendait  un  autre 
lief  qui  depuis  1261  appartenait  à  l'Hôtel-Dieu,,  pour  lui  avoir  été  donné 
à  cette  date  par  un  certain  Geoffroy  Lesueur  et  sa  femme  Marie.  Le 
fac-similé  de  la  charte  de  donation  existe,  dans  des  conditions  tout  à 
fait  spéciales,  parmi  les  estampes  de  la  Bibliothèque  nationale  (topo- 
graphie de  la  France),  car  elle  est  reproduite  au  dos  du  prospectus  fait 
pour  l'adjudication,  qui  eut  lieu  le  11  février  1840,  de  ces  terrains, 
dits  alors  de  la  Boule-Rouge.  La  charte  est  en  latin  et  le  donateur  y 
est  nommé  Gaufridm  Sulor,  ce  que  le  rédacteur  du  prospectus  a  na'ive- 
ment  traduit  par  Geoffroy,  cordonnier,  au  lieu  de  Lesueur.  Ce  qui  est 
plus  regrettable,  c'est  que  dans  l'excellent  chapitre  de  son  Paris  démoli 
qu'Edouard  Fournier  a  consacré  au  fief  de  la  Grange-Batelière  cl  à  ses 
environs  il  a  commis  la  même  inadvertance,  presque  impardonnable 
à  un  érudit.  Les  autres  ont  suivi.  Donc,  tout  le  terrain  de  la  Boule- 
Rouge  fut  loti  en  1840;  tout  au  travers  on  a  tracé  la  rue  Geoffroy- 
Marie,  dénomination  faite  avec  les  deux  prénoms  de  Geoffroy  Le- 
Kueur  et  de  sa  femme.  La  rue  de  la  Boulc-Rouge  existait  déjà,  formant 
angle  droit,  enti-e  les  rues  Richer  et  du  Faubourg-.Montmartre  ;  l'un 
des  deux  tronçons  a  conservé  son   nom   priniilif,  dû  aune  enseigne; 

l'auliT  pdilc,  di'puis  1843,  h'  1 1  du  oMèlur  pliil.ijilliroiic  Monlijon. 

1.1'  Conservatoire  de  musique  et  de  déclamation  est  une  fon- 
ilalinii  lie  l'ancien  ri''giine  (1784),  reprise  par  la  Con\('Mliiin,  le  10  ther- 
midor an  m  ;  il  a  été  construit  sur  le  terrain  de  l'hôtel 
des  Menus-Plaisirs  du  roi,  au  faubourg  Poissonnière. 
Remaniés  en  1842,  ses  b:ltinients  n'en  sont  pas  moins 
iiisuftisants  aujourd'hui  pour  l'institution,  et  au  moment 
(iù  nous  écrivons  ces  lignes,  il  est  grandement  ipiestion 
(le  les  désaffecter  pour  les  reconstruire  jdus  haiil,  dans 
le  faubourg,  à  la  place  de  la  caserne  de  la  Nouvelle- 
France,  c'est-à-dire  dans  le  X"  arrondissement.  Ce  sont 
là  projets  urgents,  si  l'on  en' croit  les  délibérations 
présentées  aux  bureaux  du  l'arlenu^nt,  mais  est-ce 
trop  téméraire  d'insinuer  qu'ils  pourraient  bien  rester 
longtemps  eiu'ore  à  l'étal  de  ]irojet  ?  On  en  a  il'aulies 
ex<'mples. 

SiU'  ce  même  Icnaiii  drs  anciens  Ml■nus-I'lai^irs,  nu 
espace  var.int  a  (■[<■  ulili^é  en  ISij't  |)inir  rédiliratiiill  de 
l'i'gliM'  Saint-Eugène,  hàlie  dans  le  slyh'  ogival  jiar 
l'aiciiitiMiL'  B(dlean.  1!  n'y  a  rii'ii  de  plus  à  en  dire. 

La  rue  Ricker  (A\\  nom  it'nn  éihevin  de  l'aiis  eu  1780) 
continue  la  rue  de  Pi hvcmot,  cl,  picdongi''e  ilaiis  li'  X''  et 
le  M'  arrondissements  pai-  les  rues  îles  Petites-lOiurii'S, 
(In  Cliàlcan-d'Eau  et  .Xmelol,  est  le  clieiiiin  normal  (|iie 
l'on  suivait  il  y  a  cent  vingt  ans,  |i(iiir  aller  de  la  N'ille- 
li;v('cpic  à  la  Bastille,  (lu  y  voyait,  il  y  a  i|iicl.|ncs 
années,  le  njaLiasiii  des  décors  de  l'dpcra;  nn  imcmlie 
I  .1  détruit.  On  y  voit  encore  les  F(dics-Beri;èic,  lcni|ile 
du  plaisir,  des  acrobaties,  des  exhibitions  de  jilo'no- 
in(''iies  plus  ou  moins  attrayants. 

(aééc  à  la  même  époque  ([uc  la  préccdcnte,  la  rue 
Cadel  a  succédé  au  ciiemiu  de  la  N'oirie  ;  ce  premiiîr 
nom  iiiili(|ue  (|u'(dlc  conduisait  alors  à  des  ter  raiiis  pas- 
sablement  abandonnés;    elle   doit    sor 11   achnd   au 


NEUVIEME  ARRONDISSEMENT 


J03 


prciliric''l;iirc  îles  leiraiiis  sur  Icsiiucls  elle  a  cMé  ouvi'ile.  Le  célèbre 
conveiU  maçonni(|iio  du  (iiand-Ûricnt  y  est  situi'-. 

Quant  à  la  rue  Bleue,  si  tout  y  nst  couleur  d'azur,  il  ne  devait  pas  en 
ôtro  de  même  autrefois,  alors  ((u'elle  s'aiipelait  rue  d'Enfer.  Voici,  sur 
le  changement  de  dénomination,  une  lettre  du  ministre  de  la  maison 
du  roi  au  prévôt  des  marchands,  qui  n'a  pas  encore  été  produite  : 

«  19  février  1789  :  J'ai,  monsieur,  l'honneur  <lc  vous  envoyer  l'expé- 
dition de  l'arrêt  du  Conseil  du  14  di'  ce  mois  qui  ordonne  (|ue  la 
rue  d'Enfer,  près  cidie  l'oissonniéie,  quillera  t-t-  uoin  pnur  piendre 
celui  de  rue  Bleue.  Je  vous  prie  de  vnuhdi-  hira  le  fjiiie  exécu- 
ter... ..  (Arch.  nat.  0'  508,  p.  114.) 

La  date  de   cette  missive  inlirme   l'exidicalinn   du  nom  fournie  |iar 
Ed.  l'ournier  {Enseignes  des  rues  île  Pari')  :  une  labiiqne  d'iudii.'n  foyidée 
en  i802  et  qui  aurait  t(Mnt  en  bleu  les  ruisseaux  de  la  rue.  Acceptons 
donc  la  version  de  la  Nomen- 
clature of/icielle   qui  invoque 
un    propriétaire,     .M.    Bleu, 
mais  (|ui  fera  bien,  dans  uni; 
prochaine  édilion,  do  chan- 
ger   la  dale  de   119H    qu'elle 
met  en  avaul. 

Des  quatre  quailiers  ([iii 
constituent  le  I.K"  anoinlis- 
scment,  celui  de  Roche- 
chouart,il  faut  bien  l'aveuer, 
est  le  plus  déshérité  en  snu- 
venirs  historiques  autant 
qu'en  édilices  remarqua 
Pour  le  passé,  les  plans  de  I 
seconde  moitié  du  xvm 
n'y  montrent  que  de  vastes 
enclos,  bordés  par  de  rares 
rues.  11  n'en  est  pas  tout  à 
fait  de  même  aujourd'hui; 
les  rues  se  sont  multipliées, 
les  clos  ont  disparu,  mais  les 
monuments  n'ont  surgi  qu'en 
bien  petit  nombre,  et  sans 
attirer  l'attention. 

Dans  ses  intéressantes  No- 
tes sur  Montmartre  intra,  citées 
plus  haut,  M.  Lazard  s'ex- 
prime ainsi  : 

«    Les   rues    qui    sont   au- 


jourd'hui «Ulii- 
prises  dans  le 
périmètre  du 
quartier  Roche- 
chouart  étaient, 
comme  on  a  i 
jà  eu  occasirin 
de  le  dire,  peu- 
plées d'habi 
tants  assez  peu 
connus  en  gé 
néral  ;  il  n'y  .i 
guère  à  r-iti-i 
que   la  rue  Jlo- 


QUARE    MONTIIOI.ON. 


Phot.  GaïUanl. 


LKGLI.sii    SAIN  i-KULlEM;. 


ckechouart  elle-même,  et  parmi 
ses  habitants,  un  seul  porte 
un  nom  aristocratique  :  le 
comte  de  Moustiers,  minisire 
plénipolenliaire. 

«  Par  contre,  si  les  artistes, si 
les  grands  seigneurs  y  étaient 
rares,  les  marchands  de  vin  y 
foisonnaient  ;  quatre-vingt- 
quinze  contribuables  figurent, 
pour  la  rue  Rochechouart,  au 
rôle  de  1790:  sur  ce  nombre, 
on  ne  compte  pas  moins  de 
dix-huit  cabareliers  :  il  nous  a 
paru  curieux  d'en  donner  la 
liste,  quelques-uns  ayant  eu 
des  enseignes  assez  étranges  : 
«  1°  Simon  Hocquet,  A  la 
Fontaine  d'Amour; 

«  2» Macaire  Jacques,  Au  Ca- 
jirice  lies  Dames; 

.1  3°  Bimuler,  sans  enseigne  ; 
.<  4»  Trouvé,  sans  enseigne  ; 
<■     S"  Frédéric,  A    la   Ville  de  Strasbourg  ; 
»    6°  Forlier,  sans  enseigne  ; 
<(    1"  Lombois  (François),  Au  Rui  d'Yvelot; 
"     8°  Mairet,  Au  Berger  galant; 
('     9"  i'tàrAm,  A  l'Image  Saint  Pierre  : 
M   10"  La  veuve  Vigé,  Au  Père  Eternel; 
"  11"  La  veuve  Bertrand,  A  Sainte  Geneviève; 
•  ■  1"2°  Legoupil,  A  la  Vache  noire; 
13"  Bollon,  sans  enseigne; 
14"  Veuve  .Marcelet,  Au  Grand  Suisse; 
"   lii"  Fouquel,  A  la  Ville  de  Rouen; 
«  IC"  Blancpain,  Au  Venu  gui  telle; 
1.  17"  LadanI,  Aux  Armes  de  Madame  l'Abbcssc; 
■  '   18"  Au  Petit  Ramponneau  du  Gagne-Petit.  » 
Dix-huit  taverniers,  rue   Rochechouart  en  17iH),  est-ce  bien  fait 
pour  nous  étonner?  Que  l'on  veuille  bien  dénombrer  ceux  qui  >" 
sont  aujourd'hui,  nous  serions  bien   surpris  si   le  chiffre    n'élai' 
pas  pour  le  moins  doublé. 

La  )i(e  Roc/iecltouart  et  la  rue  de  Bellefond  étaient  alors  les  deux 
principales  artères  du  quartier;  elles  devaient  leur  nom  ;i  deux 
abbesses  de  Montmartre,  tout  comme  la  rue  de  Laval,  tout  coninv 
la  rue  de  la  Tour-d'Aurergne,  que  l'on  croit  bien  il  tort  ainsi  nommé' 
eu  l'honneur  du  premier  grenadier  de  France.  Dans  le  cours  di. 
XIX»  siècle,  trois  grandes  voies  ont  été  ouvertes  qui  travei-seut  la 
région  de  l'Ouest  au  Nord-Est.  Ce  sont,  dans  l'ordre  chronologique, 


104 


PARIS- ATLAS 


LE    BOULEVARD    IIAUSSMANN 
ET    LES    MAttA.sl.NS    DU    PRINTEMPS. 


l'avenue  Tnulaine 
—  du  nom  d'un 
prévôt  des  mar- 
thauds,  —  ou- 
verte en  1821,1a 
rue  La  Finjetle  et 
celle  de  Muu- 
beuge,  qui  datent 
du  second  Em- 
pire. 

I.e  square 
Montholon  a 
été  créé  en  18G2, 
sur  une  superfi- 
cie de  4,571™, l-^! 
1rs  plantations 
et  les  œuvres 
d'art  cjui  le  dé- 
corent ont  coûté 
nue  somme  to- 
lale  de  160,000 
trancs.  Il  coasli- 
tue  une  jolie 
oasis  de  verdure 
dans  ce  cjuar- 
tier,  où  règne  la 
lièvre  de  la  vie 
parisienne.  On 
l'a  éclairé  à  la 
lumière  électri- 
ijue  pour  per- 
mettre à  la  population  voisine  d'y  goùlrr  ciurluur  fraîcheur  pendant 
les  soirs  d'été  ;  c'est  une  heureuse  inn(jva(iùn,  qui  devrait  être  appliquée 
à  tous  les  jardins  publics. 
Rue  Mnntholon,  28,  se  lit 
une  inscription  signalant  aux 
passants  la  maison  où,  le 
18  octobre  1817,  mouruî 
Méhul,  Fauteur  célèbre  «  de  la 
musique  du  Chant,  du  départ  », 
—  et,  ajouterons -nous,  de 
Jose/th. 

Rue  du  Faubourg-Poisson- 
nière, 121,  est  situé  un  lycée 
de  jeunes  lilles,  le  lycée 
Lamartine,  dont  la  fonda- 
lion  a  éié  consacrée  par  un 
décret  inséré  au  Journal  offi- 
ciel An  4  septembre  1893. 

Sur  l'emplacement  d'un 
abattoir,  l'abattoir  dcMoni- 
martre,qui  avait  été  construit 
en  vertu  d'un  arrêté  du  mi- 
nistre de  l'Intérieur,  du 
l"juillftl80!t,  p.ir  15c!angi-r, 
arc  liitii't'',  h-  collège  mu- 
nicipal Rollin  a  ouvirt  ses 
portes  le  X"'  octobre  1876, 
après  avoir  quitté  les  bâti- 
ments caducs  que,  depuis 
1791,  il  occupait  dans  la  rue 
des  l'osles  (rue  Lliomon(li,au 
riuartier  Latin.  L'édifice  a 
très  bon  air;  l'entrée  prin- 
cipale est  sur  l'avenue  Tru- 
daine,  avec  une  façade  mo- 
numentale sur  le  bouhîvard 
Hochechouarl  ;  les  façades 
latérales  i)reMnent  Jour  ù 
rOui-st  sur  la  rue  FJorliard- 
ib-Sarori,  à  l'Est  sur  la  place 

d'Anvers,  à  laqu(dle  radniini^tralion,  on  ne  sail  poiiri|uoi,  refuse  le 
nom  de  square,  bien  (|u'elle  en  soit  un,  au  sens  de  terrain  planlé  ;  on 
y  remarque  :  une  Paix  armée,  de  Coustan,  érigée  sur  un  socle  dont  Paul 
Sédille  a  fourni  le  dessin  architectural  ;  Diderot  et  Sedainc,  par  l.ccointe. 
Le  collège  Holliii  fait  honneui' à  la  ville  de  Paris;  il  i  oMjpli'  parmi  ses 


ENTRÉE   PRINCIPALE   DU  COLLEGE  ROLLIN. 


PIOKSPECTIVK    DE   LA   RUE    AUBER 


élèves  des  exter- 
nes, des  internes 
et  des  demi-pen- 
sionnaires—  qui 
y  reçoivent  Pen- 
se i  g  n  e  m  e  n  t 
classique  ou  mo- 
derne. Matériel- 
lement adminis- 
tré par  la  Ville, 
le  collège  Rollin 
est,  au  point 
de  vue  universi- 
taire, assimilé 
aux  lycées  pari- 
siens. 

L'administra- 
tion du  gaz  a  ses 
bureaux,  vastes 
comme  ceux 
d'un  ministère, 
nie  Concordet.  — 
Au  n"  39  de  l'ave- 
nue Trudaine  est 
l'Ecole  com- 
merciale,! réée 
enl8()3.l.adarée 
des  études  y  est 

de  quatre  années.  Siirnalons  l'ucore,  à  l'aniile  de  la  rue  des  Martyrs  et 
du  boulevard  Rochechouart  le  cirque  Medrano  ;anciennemont  circjue 
Fernando,  construit  en  1873. 

De  la  ligne  des  boulevards,  qui  enire  la  Madeleine  et  le  (iymnase, 
forme  au  Sud  la  ligne  du  IX"  arrondissement,  nous  n'avons  rien  dit  en- 
core. Comment  décrire  cette 
merveilleuse  langue  de  terre 
où  réside  et  palpite  la  per- 
sonnalité même  de  Paris  !  Du 
faubourg  Poissonnièi'C  à  la 
rue  Drouot,  le  boulevard  est 
puriMuent  parisien  ;  au  delà 
et  jusqu'à  la  rue  Caumarlin, 
il  apparlient  à  l'univers  civi- 
lisé, ('/est  !.i  mode,  depuis  le 
Dii-eiioire,  de  s'y  montrer,  de 
s'y  afliclier.  Les  émigrés,  re- 
tour de  ('.id)lenlz,  avaient  fait 
surniunmer  le  boulevard  des 
llaliensboulevarddeCoblenIz 
parce  qu'ils  y  venaient,  en- 
hardis par  la  licence  de  l'é- 
poque, l'aire  croire  qu'ils 
n'avaient  jamais  quitté  Paris. 
Ils  y  revinrent  seize  ans  après, 
le  règne  de  Buonaparle  étani 
[lassé,  et  alors  ce  fut  le  bou- 
levard de  (iand.  .Vujourd'hui, 
c'est  le  boulevard,  tout  court, 
el  il  est  des  Parisiens  ijui 
n'ont  jamais  connu  d'autre 
horizon.  Les  vieux  souvenirs 
s'y  f(!nt  lares  cependant;  b'S 
hôtels  d'il  y  a  cent  ans  ont  fait 
jdace  aux  maisons  praliiiue- 
ment  b.lties  pour  de  gros  rap- 
ports ;  les  cafés  d'antan  se 
sont  transfoi-niés  en  lirasse- 
iies<|ui  elles-mêmes  se  Irans- 
formeront  suivant  (|ue  l'exi- 
gera le  goût  lin  jour. 'l'orloni 
a  disparu,  ainsi  (|ue  son  i)er- 
ron,  ipi'il  était  ipn^slion  de 
sniquimer  en  1812  il  y  a  là-dessiis  iiji  doM^iei-  aux  Archives  nationah's, 
F  2  II,  Seine,  14),;  les  passages  de  l'dpéra  sont  devenus  mornes  el  inuti- 
les ;  le  Ihé.ltre  des  Nouvoauiés  a  succéilé  à  l'hôtel  de  liraneas...  Tout  ou 
pi'es(|ue  t(jula  changé,  et  malgré  tout  le  boulevard  conMTve  sa  physio- 
nomie immuable  ;  le  jour  où  il  en  i  han^'erail,  l'.n  is  ne  siiait  plus  Paris. 


PARIS-ATLAS 


VUE   DE    LA   GARE    DE   L'EST. 


''  Xarvoi^di5jc^i;;(!:ijt.  )^ 


L'ENCLOS     SAINT-LAURENT.    —    37=   quartier   :    St-VINCENX-DE-PAUL. 

38»  QUARTiEii   :   PORTE-St-DENIS.  —  39=  quartier  :   PORTE-St-MARTIN.  —  40»  ouartieu   :    HOPITAL-St-LOUIS. 


ons  (lu  remaniement  de  18a9  qui  porta  à  vingt  les 
douze  arrondissements  précédents,  les  bureaux 
de  la  préfecture  de  la  Seine  durent  éprouver 
quelque  embarras  à  choisir  une  dénomination 
appropriée  au  territoire  du  nouveau  X'=  arrondis- 
sement. Peu  de  monuments;  aucun  d'eux  ne  pou- 
vant être  comparé  à  ceux  qui  avaient  donné  leur 
nom  aux  neuf  premiers  arrondissements;  aucune 
situation  géographique  suffisante  ou  caractéris- 
tique de  toute  la  région.  Que  faire?  On  se  rabattit  sur  un  vieux 
souvenir  :  la  foire  Saint-Laurent;  mais,  comme  un  pareil  vocable  eût 
manqué  de  dignité,  la  difficulté  fut  tournée,  et  celui  qui  trouva  le  nom 
d'Enclos  Saint-Laurent  et  le  fit  agréer  dut,  ce  jour-là,  être  content  de 
lui.  Nous  eussions  mieux  aimé  :  Enclos  Saint-Lazare;  on  verra  plus 
bas  pourquoi. 

Comme  son  voisin  le  IX^  rarrondissement  de  l'Enclos  Saint-Laurent 
constitue  une  partie  importante  du  vaste  faubourg  du  Nord  qui  se  forma 
au  delà  de  l'enceinte  de  Charles  V,  renforcée  au  xvi°  siècle  par  celle 
de  Henri  H,  dont  le  tracé  correspond,  pour  le  X"  arrondissement,  aux 
boulevards  Saint-Martin,  Saint-Denis  et  Bonne-Nouvelle. 

Cette  formation  ne  prit  quelque  corps  que  dans  la  seconde  moitié  du 
wn"  siècle  et  se  poursuivi!  Imlruirni.  L'avant-dernière  enceinte  qu'ail 
eue  Paris,  celle  des  fermicis  l'.'ik'i  ,iiix  sous  Louis XVI,  fit  entrer  le  fau- 
bourg dans  la  ville,  mais  les  e^iiaccs  vides,  les  terrains  en  culture  ou 
même  tout  à  fait  incultes  y  restèrent  encore  nombreux;  aussi,  les  deux 
chemins  de  fer  du  Nord  et  de  l'Est  trouvèrent-ils  aisément  et  à  bon 

Paris-Atlas. 


compte  les  superficies  nécessaires  au  développement  de  leur  exploita- 
tion ;  faute  de  quoi,  ils  eussent  dû  installer  leui-s  terminus  plus  loiu 
du  centre,  à  la  Chapelle  et  à  la  Villette. 

Le  X"^  arrondissement  occupe  une  surface  de  286  hectares.  Les  dix 
arrondissements  qui  le  suivent  dans  l'ordre  numérique  sont  tous  plus 
vastes;  en  revanche,  il  est  le  plus  grand  des  neuf  qui  le  précèdent, 
exception  faite  du  VIll". 

Ses  limites  sont  faites  par  l'axe  de  grandes  voies:  à  TOuesl,  la  rue 
du  Faubourg-Poissonnière  qui  le  sépare  du  IX=;  au  Nord-Est,  les  boule- 
vards de  laChapelle  et  de  la  Villette  qui  le  séparent  des  XVIII'  et 
X1X<=  arrondissements;  à  l'Est,  la  rue  du  Faubourg-du-Temple,  qui  le 
sépare  du  XI";  au  Sud,  la  ligne  des  grands  boulevards,  qui  le  séparent 
des  111°  et  11"  arrondissements.  Antérieurement  à  cette  division,  créée 
par  la  loi  du  16  juin  1839,  son  territoire  était  réparti  entre  les  III'  et 
V"  arrondissements. 

La  physionomie  générale  de  la  région  est  très  diverse  suivant  ses 
quartiers.  Celui  de"  Saint-Vincent-de-Paul,  le  plus  riche  et  le  mieux 
bàli,  apiiartient  au  haut  commerce  et  à  la  bourgeoisie;  ceux  de  h 
Pcirle-Saint-Denis  et  de  la  Porte-Saint-Marlin  à  la  production  et  à  Tex- 
portalion  industrielles,  en  même  temps  qu'ils  abritent  un  grand  nom- 
bre d'artisans  et  petits  commerçants.  Quant  au  quartier  de  î'Uôpital- 
Saint-Louis,  il  est  caractérisé  par  une  particularité  que  nous  n'avon- 
li;is  encore  rencontrée  :  un  canal,  dont  le  trafic  est  fort  actif,  le  tra 
verse,  donnant  ainsi  à  ce  coin  de  Paris  quelque  chose  de  l'aspect  d'une 
ville  des  Pays-lias. 

Au  point  de  vue  historique,  on  ne  nous  en  voudra  pas  de  ne  pas 

10 


106 


PARIS -ATLAS 


remonter  plus  haut  que  la  période  quaternaire.  Dans  un  Rapport  sur  la 
mairie  du  X"  arrondissement  qui,  sous  sa  forme  administrative,  est  une  • 
œuvre  historique  considérable  et  que  nous  citerons  plusieurs  fois, 
M.  Georges  "Villain,  conseiller  municipal  de  l'arrondissement,  a  établi 
qu'à  l'époque  préhistorique  la  vallée  de  la  Seine  comportait,  au  Nord 
du  lit  actuel  du  fleuve,  un  plateau,  large  d'environ  1,660  mètres,  luag 
d'une  lieue.  Au  delà  de  ce  plateau, 
que  M.  Villain  appelle  idéalement 
île  Saint-Martin  «  en  raison  de 
l'auc  ien  prieuré  de  Saint-Martin- 
di's-C.hamps  devenu  aujourd'hui 
!r  Ciinservatoire  des  arts  et  mé- 
tiers »,  le  sol  s'abaissait  de  nou- 
veau et  dans  cette  dépression  cou- 
lait un  bras  Nord  de  la  Seine  qui, 
détaché  du  lit  principal  à  hauteur 
du  canal  Saint-Martin,  le  rejui- 
gnait  vers  l'emplacement  du  pont 
de  l'Aima.  A  l'époque  historique, 
la  dépression  se  combla  peu  à  peu 
par  des  alluvions,  et,  là  où  passait 
un  fleuve,  des  marais,  des  coutures 
comme  on  disait  jadis,  se  créèrent. 
Ajoutons  à  cette  ingénieuse  dé- 
monstration que  le  bras  Nord  ne 
disparut  pas  entièrement;  il  fut 
représenté  durant  tout  le  moyen 
âge  par  ce  qu'on  appelait  le 
ruisseau  de  Ménilmontant,  plus 
tard  converti  en  égout,  dont  le 
tracé  correspond  exactement  à 
celui  qu'a  reconstitué  M.  Vil- 
lain, puisqu'on  le  retrouve  sous 
les  rues  du  Chàteau-d'Eau,  de  Pro- 
vence, etc.,  et  qu'il  se  termine  au 
jiied  de  la  colline  de  Chaillot. 
Depuis  qu'on  a  établi  que  la  voie 
romaine  conduisant  du  Midi  vers  les  provinces  du  nord  franchissait  la 
Seine  sur  le  grand  pont  (aujourd'liui  pont  Notre-Dame)  et  se  prolon- 
geait en  ligne  droite  par  la  rue  et  le  faubourg  Saint-Martin  jusqu'au 
carrefour  formé  par  la  rue  Philippe-de-Girard,  on  s'explique  comment, 
dès  le  vi"  siècle  au  luoins,  une  église  ait  été  ju^'ée  nécessaire  dans  le 
faubourg  auquel  elle  donna  sou  nom  de  Saint  Laurent.  L'abbé  Le- 


Phot    Neui'di-'ia. 
L'ÉGLISE    SAINT-LAURENT. 


I    \i\l)|':    ]i\:    I.A    (lAUli    DU    NOKD. 


beuf,  si  bien  informé  des  antiquités  parisiennes,  croyait  à 
tort  que  la  voie  romaine  suivait  le  tracé  de  la  rue  et  du 
faubourg  Saint-Denis;  c'est  pour  cela  qu'il  a  été  forcé  de 
supposer  que  l'édifice  primitif  de  Saint-Laurent  s'élevait 
mplacement  de  la  maison  de  Saint-Lazare;  il  ne 
penserait    plus   aujourd'hui. 

Ni  de  ce  premier  édifice,  ni  de 
celui  qui  le  remplaça,  rien  n'est 
resté.  Celui  que  nous  avons  sous 
les  yeux  date,  dans  sa  construc- 
tion essentielle,  du  xv"  siècle  ;  il  fut 
dédié  solennellement  le  19  juin 
1429,  par  l'évéque  de  Paris;  le 
chœur  et  l'abside  sont,  en  effet, 
de  ce  temps-là,  mais  la  nef  fut 
refaite  au  xvi'=  siècle,  et  les  bas- 
côtés,  au  siècle  suivant.  Dans  son 
excellent  Iliitcraire  archéologique  de 
Paris,  Guilliermy  attribuait  au  re- 
plie de  Louis  XV  l'édification  de  la 
I  liapelle  de  la  Vierge,  qui  termine 
assez  disgracieusement  l'église  sur 
la  rue  du  Faubourg-Saiiit-Martin. 
Lis  documents  recueillis  par 
M.  Villain  apportent  plus  de  pré- 
cision :  ils  contiennent  une  dé- 
liliération  du  l"''  mai  1712,  relative 
à  la  construction  d'une  chapelle 
neuve  de  la  Vierge  au  pied  du  che- 
vet du  chœur  jusqu'au  mur  de  la 
rue,  «  chapelle  qui  semble  fort  né- 
cessaire, tant  pour  l'embellisse- 
ment de  cette  église,  qui  est  fort 
serrée,  que  pour  l'utilité  par  son 
agrandissement  pour  les  parois- 
siens, d'autant  plus  que  l'ancien 
plan  l'avait  désignée  ». 
Toutes  les  architectures  sont  représentées  à  Saint-Laurent;  celle  de 
notre  époque  l'est  par  la  façade  qui  s'ouvre  sur  le  boulevard  de  Stras- 
bourtr,  et  qu'on  voulut  mettre  en  harmonie  avec  l'importance  de  la 
nouvelle  voie.  Klle  fut  construite  de  1862  à  1866  et  a  eu  pour  arcliitecti' 
M.  Constant  Dufeux.  L'exécution  de  ce  travail  permit  do  retrouver 
l'inscription   c(uislalant  que  la  première  pierre   du   portail  aiitéiieur 

avait  été  posée,  le  21  Juin  1621, 
par  (jharlolto-Margueritc  de  Mont- 
morency, la  mère  du  grand  Condé. 
Pendant  la  période  révolution- 
naire, Saint- Laurent,  fermé  au 
culte  catlioli(iue,  devint  «  temple 
de  l'hymen  et  de  la  fidélité  ». 
C'est  à  cette  circonstance  que  doit 
son  nom  la  rue  de  In  Fidélité,  ou- 
verte en  ce  temps-là  pour  relier 
obliquement  le  faubourg  Saint- 
Denis  au  faubourg  Saint-Martin. 
Le  buulevard  de  Slrasbourfj,  i^ercé 
en  1852,  en  a  .supprimé  l'extré- 
mité orientale.  La  cour  centrale 
(le  la  gare  de  l'Kst  et  la  ])artie  de 
la  rue  de  Strasbourg  comprise 
entre  ce  point  et  le  bouli'vard  Ma- 
genta, recouvrent  l'emplaeeiiK'iit 
(l'une  foire  qui,  i>endanl  (|uali-e 
siècles  au  moins,  fut  clière  aux 
Parisiens,  la  foire  Saint-Lauiciil. 
Le  priiuiré  de  Saint-Lazare,  (pie 
MOUS  allons  retrouver  tout  à 
riieure,  avait  eu,  (l('s  son  origine, 
le  privilège  d'ouviir,  devant  si'S 
Icilinienls  mêmes,  une  l'oii'e  dite 
de  Saint-Lazare,  que  Philippe 
Auguste  lui  racheta,  pour  l'iiistal 

1er  aux  Chaiiipeaiix,  où,  devei 

pel-manente,  elle  doiiiia  iiaissaio c 
aux  Halles. 

Cent  cin(|uante  ans  s'écoulèrent, 
et  les  religieux  d(!  Saint-Lazare 
imi'enl  j  sans  grands  scrupules, 
troiic  périmée  la  cliart(!  juir  la 


DIXIKME   ARRONDIS?EME-\r 


107 


quflle  leurs  jui'-di'cpsspurs  avaient  aliém''  li;  droit  île  tenir  une  foire 
en  ces  parages.  Ils  en  créèrent  donc  une  nouvelle  sous  l'invocation 
de  saint  Laurent.  Elle  ne  devait,  à  l'orii-'ine,  durer  que  le  jour  mèrnc 
de  la  fête  du  saint,  c'est-à-dire  le  10  août,  mais  peu  à  peu  le  délai 
s'augmenta  de  huit,  puis  de 
quinze  jours.  M.  Arthur  lleu- 
Ihard,  qui  a  écrit  un  livri' 
liés  bien  renseigné  sur  l.i 
Ftiire  Sitiiif  -  Laurent  (Paris, 
1878,  in-8°),  nous  apprend 
que  les  bâtiments  furent  re- 
construits en  1663  et  que 
cette  dépense,  dont  les  ar- 
chives de  Saint- Lazare  ont 
consei-vé  l'état,  s'éleva  à 
•24o,099  livres,  17  sous  et  4  de- 
niers. 

Les  grandes  foires  d'autre- 
fois n'étaient  pas,  comme  les 
nôtres,  foraines  et  formées 
de  «  baraques  »  démontables; 
elles  occupaient  des  édifices 
faits  pour  elles,  des  «  loges  » 
appropriées  au  commerce 
qui  s'y  faisait,  desservies  par 
de  véritables  rues.  A  la  foire 
Saint-Laurent,  il  y  avait  la 
rue  de  la  Lingerie,  celle  des 
Trois -Pavillons,  les  rues 
Saint-Lazare,  Saint-Laurent , 
Princesse,  Dauphine,  Royale, 

qui  devenaient  plus  que  mornes,  absolument  désertes,  en  deliors  de 
la  tenue  de  la  foire.  Mais,  pendant  cette  quinzaine  d'août,  quelle 
animation,  quelle  foule,  que  d'éclats  de  rire!  Les  guinguettes  y  étaient 
nombreuses,  en  proportion  avec  la  chaleur  de  la  saison  et  l'on  s'y 
pressait,  entre  deux  visites,  aux  marionnettes  du  fameux  Nicolet,  chez 
les  montreurs  d'animaux,  dans  les  loges  de  danseurs  de  corde.  Mais 
la  plus  grande  attraction  de  la  foire,  c'étaient  les  théâtres.  L'Opéra- 


L  ■  É  G 1. 1  s  E    s  A I N  T  -  V I N  C  E  N  T  -  D  E  -  P  A  C  L . 


dernière  de  sa  splendeur;  un  grand  tr-rrain,  vide,  comme  il  l'était  trois 

siècles  avant,  en  rappela  le  souvenir;  longtemps,  on  ne  sut  qu'en  fair<^. 

Sous  le  premier  Empire,  les  bronzes  de  la  colonne  Vendôme  y  furent 

fondus  dans  des  ateliers  construits  tout  exprès.  En  1S26,  le  terrain 

appartenant  alors  à  M"'  de 
Bellec6te,  une  rue  y  fut  ou- 
verte sous  le  nom  de  rue 
Xmive-Chahrol,  parce  qu'elle 
continuait  celle  qui  avait 
reçu  en  1822  le  nom  du  pré- 
fet de  la  Seine,  M.  de  Cha- 
brol. 

Les  choses  auraient  peut- 
être  aujourd'hui  encore  le 
même  a.spect  sans  le  boule- 
versement radical  qu'apporta 
au  quartier,  sous  le  second 
Empire,  le  percement  du 
boulevard  de  Slrasboure,  puis 
la  (  i.i)>ii  ij'iion  de  la  gare 
de  Strasbourg',  œuvre  de 
Duque.-îUey,  que  l'on  jucf-ait 
alors  à  bon  droit  monumen- 
tale, mais  que  les  développe- 
ments immenses  pris  par 
l'industrie  des  transports  ont 
rendue  si  insuffisante  qu'on 
en  a  dû  tripler  la  superficie 
en  y  absorbant  les  rues  de 
Metz  et  de  Xancy,  du  coté  du 
faubourg  Saint -Martin,  la 
majeure  partie  de  la  rue  d'Alsace,  de  l'autre  côté. 

Quels  progrès  en  un  demi-siècle!  La  première  gare  de  l'Est  était 
située  près  de  la  barrière  des  Vertus,  rue  d'Aubcrvilliers  ;  c'est  de  là 
que,  le  10  juillet  1849,  partit  le  premier  train  pour  Meaux;  la  ligne 
n'allait  pas  encore  plus  loin,  et  il  n'y  avait  que  trois  trains  dans 
chaque  sens.  Les  constructions  énormes  qui  se  sont  effectuées,  ici 
comme  dans  toutes  les  autres  gares  parisiennes,  créent  entre  les 
chemins  de  fer  à  leur  origine  et  à  leur  état  actuel  la  même 
différence  qu'entre  les  wagons  et  les  diligences  ;  mais  chaque 
médaille  a  son  revers.  A  la  gare  de  l'Est,  au  moins  aujour- 
d'hui, les  quais  d'embarquement  des  voyageure  sont  distants 
d'environ  300  mètres  de  l'entrée  même  de  la  gare,  ce  qui  ne 
va  pas  sans  inconvénients  pour  les  personnes  peu  valides 
et  les  retardataires. 

La  rue  N'euve-Chabrol,  devenue  rue  de  S'.rasboiirg,  conduit  en 
quelques  pas  au  boulevard  Magenta,  dont  nous  reparlerons. 
De  là,  cinq  minutes  suffisent  à  gagner  la  gare  du  Nord,  par 
le  boulevard  Denain,  que  l'euphonie  seule  a  empêché  de  nommer 
correctement  boulevard  de  Denain;  il  s'agit,  en  effet,  du  vil- 
lage du  Nord  où  Villars  s'illustra,  en  1712,  par  sa  ncloire  sur 
le  prince  Eugène. 

C'est  en  1844  que  fut  décidée  la  création  d'une  ligne  de 
chemin  de  fer  de  Paris  à  la  frontière  de  Belgique.  Dès  le  mois 
de  février,  la  municipalité  de  Saint-Denis  eut  à  délibérer  sur 


I.A    MAISON    DUBOIS 


Comique,  on  le  sait,  y  n  pris  naissance.  D'anciens 
plans  permettent  d'identilier  son  emplacement  avec 
l'angle  Nord-Est  de  la  rue  de  Strasbourg  et  du  fau- 
bourg Saint-Martin.  Certes,  ce  n'était  pa's,  surtout  à 
I  origine,  l'opéra-comiquc  tel  qu'il  se  joue  aujour- 
d'hui place  Boïeldieu.  Les  couplets  chanl''s  s'énci- 
drant  dans  un  texte  ordinairement  badin  le  laisai>iU 
davantage  ressembler  à  noire  vieux  vaudeville;  il  no 
faut  pas  oublier  cependant  qu'à  la  foire  Saint-Laureiil 
lavart  et  sa  femme  se  lirenl  applaudir,  lui  comme 
auteur,  elle  comme  actrice.  Dès  avant  la  Révolution, 
la  vogue  de  ces  spectacles  forains  était  devenue  telle 
qu'ils  devinrent  permanents  et,  se  rapprochant  de 
leur  public,  se  fixèrent  sur  les  boulevards.  C'en  était 
fait    de   la   foire  Saint-Laurent;   l'année    177o  fut   la 


LUOPITAL    LAlUBalSlIiKE. 


108 


PARIS- ATLAS 


la  traversée  de  la  -v-ille  par  la  voie  ferrée,  et,  soil  dit 
en  passant,  fut  loin  de  s'y  montrer  favorable. 

Au  reste,  ce  fut  un  sentiment  assez  général  en 
France;  la  province  craignait  d'être  dépossédée  de  son 
commerce  local  au  profit  de  Paris,  et  certaines  villes 
refusèrent  net,  Orléans  et  Tours  entre  autres,  de  se 
laisser  pénétrer  par  le  chemin  de  fer,  si  bien  quelles 
en  subissent  encore  maintenant  l'ennui. 

Pour  l'emplacement  de  la  tête  de  ligne  du  chemin 
de  fer  du  Nord  à  Paris,  les  concessionnaires  acquirent 
les  deux  tiers  environ  d'un  vaste  terrain  que  l'on  nom- 
mait l'enclos  Saint-Lazare,  ancienne  prairie  cultivée 
par  les  religieux  de  Saint-Lazare,  achetée  en  1818  par 


C.-VSER.NE    DE    LX   x\0  U  VELLE-FR.VNCE. 


la  ville  de  Paris  qui  en  avait  fait  une  sorle  de  voirie.  Le  plan  de  Maire, 
daté  de  1803,  nous  le  représente  limité  par  les  rues  des  faubourgs 
Poissonnière  et  Saint-Denis,  le  boulevard  extérieur,  et,  au  Sud,  par  une 
ligne  conforme  au  tracé  de  la  rue  La  Fayette.  Suivant  sa  coutume,  un 
peu  naïve,  de  commenter  certaines  parties  de  son  plan,  Maire  a  inscrit 
cette  légende:  «  Quel  enclos  immense  dans  les  murs  de  Paris!  11  est 
beaucoup  plus  grand  que  le  jardin  des  Tuileries!  » 

L'inauguration  de  la  ligne  eut  lieu  le  20  juin  1846,  entre  Paris  et 
Creil  par  Pontoise.  Les  lignes  de  Paris  à  Creil  par  Chantilly,  et  de  Paris 
vers  la  frontière  du  Nord-Est  par  Soissons  et  Laon,  ne  devaient  être 


PRISON    DE    SAIM-LAZARE. 

ouvertes  que  dix  ans  plus  tard.  La  gare  primitive  était  de  proportiims 
très  modestes,  en  rapport  avec  des  services  dont  l'importance  a  ccntii- 
plé  depuis.  La  gare  actuelle,  construite  par -l'architecte  Hitlorff,  est  le 
monument  majestueux  qui  convient  à  ces  services.  Haussmann  en 
])arlc  dans  ses  Mémoires,  que  nous  aimons  à  citer  :  «  J'arrêtai,  dit-il, 
de  concert  avec  l'architecte,  le  tracé  des  trois  voies  d'accès  de  cette 
i.'are  :  l'avenue  de  Denain,  qui  se  dirige  de  la  rue  La  Fayette  vers  le 
milieu  de  la  place  de  Roubaix,  ménagée  devant  la  façade;  la  rue  de 
Cnmpiègne,  conduisant  à  la  cour  de  déjuut,  la  rue  de  Saint-Quentin, 
iiii'nant  à  la  cour  d'arrivée.  Je  fis  ouvrir  ci's  deux  dernières  voies  seUni 
~i  s  indications,  et  il  me  joua  le  tour  de  changer  ensuite  le  plan  de  sa 
■  I  instruction  et  de  déplacer  l'entrée  des  cours  de  départ  et  d'arrivée 
qui  ne  sont  plus  en  face  des  rues  y  conduisant.  >■  Il  nous  semble  bien 
qu'outre  de  la  mauvaise  humeur,  il  y  a  là  une  inexaiiitude  thigrante, 
caries  deux  rues  en  question  sont  bien  réellement  en  face  des  deux 
cours  de  départ  et  d'arrivée. 

Au  mois  d'avril  1898,  la  Compagnie  du  ilirniin  de  I'it  du  Niuil  étant 
devenue  propriétaire  des  deux  immeubles  de  la  rue  de  Duiikeique,  qui 
séparaient  cette  cour  d'arrivée  de  la  rue  du  Faubourg-Saint-Denis,  elli' 
les  a  fait  abattre  pour  élever  à  leur  jdace  un  pavillon  d'angle  conçu 
dans  le  style  général  du  monument,  et  qui  donne  accès  aux  voies  de 
ceinture  et  de  banlieue. 

En  même  temps  que  la  Compagnie  du  N(U(1,  rA>sislaiir('  publique 
prenait  possession  d'une  iiartic,  la  partie  occidrntalr  di-  l'i^uclns  Saiul- 
Lazare  pour  y  faire  construire  un  hôpital  modèle,  l'hôpital  Lariboi- 
sière.  Dans  l'excellente   monographie  qu'il  a  écrite  de  cet  établisse- 
ment, le  D''  Guérard   rappelle  (|ue  Lariboisière  est  le 
premier  hù|)ital  où  le  système  des  |)avill(His   isidés  ail 
été  applii|ué,  cl  il  ajoute  que  ce  fui  l'appliiation  d'études 
faites,  dès  l'année  1788,  par  l'.Vcadémie  des  scii'uces. 
«  La  disposition  la  plus  salubre  pour  les  hôpitaux,  disait 
le  mémoire  rédigé  alors  pour  ce  cqrps  savant,  serait 
celle  où  chaque  salle  serait  un  hôpital  particulier;  mais 
ce  qui  serait  une  trop  grande  dé|>ense  (|uanl  aux  salles 
devient  praticable  pour  les  bàtinu'Uls.  >) 

On  n'en  vint  pourtant  à  l'exécution  qu'en  18'io.  I.'liô- 
pilal,  avant  d'être  conslruil,  devait  s'appeler  lii'qiilnl  du 
.Noi'd;  plus  lard  on  le  nomma  hôpilal  Lcuiis-i'liilippe, 
puis  hôpilal  de  la  Hépuhlique,  et  eulin,  l.arilioi>ièn', 
lorsi|ue,  ])ar  testament  du  15  mai  18'i9,  M""'  l-:ii>a  lioy 
de  Larihoisière  eut  légué  sa  fortune  à  la  ville  de  l'aiis 
pour  la  fondation  d'uni!  maison  liospilalièri'  qui  purli-- 
lait  son  nom.  Cc-lle  l'nrinne  s'élevait  à  i  iiiillious 
(;00,000  francs. 
De  l'aulre  cô! 
Juste  en  l'ace  de  l.anijoiNière,  se  h'o 
radminisliation  se  refuse  à  considéi 
pilai  et  i|ii'<dle  dé>igne  sons  le  nom 
ci|i,ile    cic    sanlé.    Les  Parisii'iis   la    i 


du  cl, 


lie  1er  du  Noi,i. 

e    uu   édilice  qui' 

r  comiiie  un  lu'i- 
le  maison  munl- 
niiaissenl   mieux 


bien 


XliEATRE    LU  OÏ.M.NASE    Lii;  A.M  ATlg  LE. 


soii>  le  noni  de  maison  Dubois,  ei  ils  savent 
qu'en  dépit  de  reuplii'ini>uie  i  e  n'est  pas  autre  chose 
qu'un  liôpit.il,  mais  un  lii'qiilal  [layant.  <•  Elle  esl.  dit  le 
prospectus  officiel  que  nous  avons  sous  les  yeux,  par 
son  installation  et  son  caractèi'c,  parlicalièrenient  des- 
tinée aux  personnes  malades  ou  blessées  qui,  ne  [lou- 


D 1 X 1 1:  M  E    A  H  It  <  )  N  D I  s  s  E  M  E  N  F 


109 


vant  sn  faire  traiter  clioz  ollos,  ont  Ijesoiri   de  soins 
assidus,  do  confort  et  d'indi'-pendanco.  » 

Beaucoup  d'iiomrnes  do  lettres,  d"artisles,  de  bolio- 
mes  aussi,  vivant  un  pou  au  jour  le  jour  et  sans  foyer, 
lirotincnt,  quand  il  le  faut,  li'  clicmin  de  la  maison 
IiuIiipIs;  il  en  est  (jui  n'en  l'ovionnent  pas,  tel  Murpor, 
iiui  y  mourut  dans  la  nuit  du  27  janvier  1861... 

La  partie  septentrionale  du  quartier  Saint-Vincinl- 
de-Paul  n'offre  pas  grand  aliment  à  la  curiosité  :  l.i 
rue  de  l'Aqueduc  doit  son  nom  à  Taquoduc  qui  passe 
au-dessous  d'elle,  conduisant  les  eaux  de  l'Ourrq  aux 
lointains  quartiers  de  l'Europe  et  du  Houle. 

Sa  voisine,  la  rue  de  Château- Landon,  mérite  une 
mention,  moins  pour  elle-même  que  pour  sa  dénoiui- 
Jialion  (|ui  esl  inexacte  :  il  faudrait  dire  de  Cliàteau- 
l,;mclnn,  M.  (IImiIos  Sellier  a  excellemment  établi, 
d'après  les  arrliives  de  la  maison  de  Saint-Lazare,  qu'il 
existait  dans  ces  parages  un  domaine  —  château  est  bien 
ambitieux  —  auquel  son  propriétaire  du  xvii''  siècle, 
M.  Landon,  avait  légué  son  nom.  Le  joli  bourg  de  Cliâ- 
teau-Landon,  dans  le  (jàtinais,  doit  donc  renoncer  à 
revendiquer  toute  paternité,  elles  frères  Lazare  avaient 
assurément  la  berlue  lorsqu'ils  ont  écrit  dans  leur  Dic- 
tionnaire, habituellement  si  exact  :  «  Cette  rue  est  ainsi 
appelée  parce  qu'elle  se  dirige  vers  le  village  de  Clià- 
leau-Landon;  »  ils  n'osent  pas  ajouter  que  ce  village 
l'st  sur  la  route  d'Italie.  La  Nomenclature  officielle  devra, 
elle  aussi,  rectifier  sur  ce  point  sa  prochaine  édition. 

Les  fureteurs  qui  s'intéressent  aux  plus  menus  détails  de  la  topo- 
graphie parisienne  apprendront  peut-être  avec  intérêt  qu'en  1866  la 
partie  supérieure  du  boulevard  Magenta  s'est  confondue  avec  une  rue 
dite  du  I\ord,  depuis  que,  par  décision  du  22  janvier  1833,  le  ministre 
.lu  Commerce  et  des  Travaux  publics  avait  substitué  cette  dénomination 
à  celle  de  rue  de  la  Barrière-Poissonnière  qui  faisait  confusion  avec  les 
rues  Poissonnière  et  du  Faubourg-Poissonnière.  Il  paraît,  d'après  le 
mémoire  préfectoral  (Archives  nationales,  F.  II,  Seine,  6i  que  les  pro- 
priétaires auraient  préféré  le  nom  d'André  Cottier,  que  l'administra- 
lion  l'avait  repoussé  comme  étant  celui  d'une  personne  existante, 
([u'elle  avait  proposé  le  nom  de  rue  Clignancourt  et  que  les  intéressés 
s'en  étaient  tenus  au  vocable  rue  du  Nord. 

(Ju'était  donc  André  Collier?  _  l'iie  curieuse 

|ilaquelle      conservée     à    la  TAj'i^i^'  ">  y  Hibliolhèque 

de    la    Ville  (10.539,  in-4")    :       ''VMH^M^^^Sl^        Mémoire  pour 
la      Compagnie     du     nouveau         '^CflBj^^^^HBBl^-    'juartier  Puis- 


y  A  (■  A  II  lo  l' H 1  : 


U'ALE    nE    I.A    l'OrtTE    S.\I.N  T- DE  MS. 


sonnière,  1827,  nous  apprend  formellement  qu'il  s'agissait  de  deux 
entrepreneurs,  «  les  sieurs  André  et  Cottier  »,  que  plusieurs  ordon- 
nances royales  (27  novembre  1822,  6  janvier  182.5,  31  janvier  1827} 
avaient  autorisés  à  ouvrir  dans  cette  région  un  réseau  de  voips  pu- 
bliques dont  la  principale,  nommée  alors  Charles-X,  est  devenue  plus 
lard  la  rue  La  Fayette,  entre  les  faubourgs  Poissonnière  et  Saint- 
Denis.  La  spéculalion  sur  les  terrains  parisiens  s'est  exercée  de  tout 
temps,  et  e'.-.(  à  celle  entreprise  que  se  rattache  la  fondation  de 
l'église  Saint-'Vincent-de-Paul. 

Le  remaniement  des  paroisses  résultant  du  Concordat  avait  motivé, 
en  1802,  la  création  d'une  paroisse  pour  le  faubourg  Poissonnière.  On 
l'édifia,  à  titre  provisoire,  dans  la  rue  Montholon;  c'était  une  simple 
chapelle,  sous  le  vocable  de  Saint-Vincent-de-Paul.  Le  percement  de  la 
rue  Charles-X,  le  prolongement  de  la  rue  d'Hauteville,  amenèrent  les 
entrepreneurs  dont  nous  venons  de  parler  ù  ménager,  au  croisement 
de  ces  deux  voies  une  large  place  dont  ils  proposèrent  le  terrain  pour 


rhot,  NVur.ieiu. 


rORXE  Eï  PERSPECTIVE  DU  UOULEVAKD  S.VI.N  t -DE.NIS. 


Paris-Atlas. 


10. 


MO 


PARIS -ATLAS 


rédificnlion  d'une  église  paroissiale  digne  du  nouveau  quartier  qui  se 
créait.  L'emplacement,  sur  une  sorte  de  tertre,  avec  la  perspective 
d'une  rue  bien  alignée,  ne  pouvait  être  mieux  choisi;  il  fut  adopté. 
La  première  pierre  de  la  nouvelle  église  Saint-Vincenl-de-Paul  fut 
posée  le  Va  août  1824. 
î,es  plans  avaient  été 
dressés  par  Tarchi- 
tecte  Le  Père,  qui 
mourut  peu  après  ; 
c'est  son  gendre,  Hit- 
lorff,  qui  fut  chargé 
de  continuer  la  direc- 
tion des  travaux.  Ils 
durèrent  vingt  ans, 
puisque  le  monument 
ne  put  être  livré  au 
culte  que  le  21  octo- 
bre 1844. 

11  fait  Iionneur  à  ses 
architectes,  qui  ont 
voulu  faire  œuvre  ori- 
ginale et  y  ont  réussi. 
Saint-Vincent-de-Paul 
lient  plutôt  de  la  ba- 
silique grecque  que  de 
l'église  chrétienne  ; 
ses  deux  tours,  un 
peu  trop  grêles  peut- 
être  pour  leur  hau- 
teur, s'élèvent  fière- 
ment vers  le  ciel  ;  la 
double  circonvolution 
des  rampes  qui  facili- 
tent l'accès  du  monu- 
ment est  d'un  elft-t  élégant  dont  a  su  s'inspirer  plus  lard  l'aiThilecle 
de  la  Trinité.  A  l'intérieur,  on  admire  la  superbe  décoration  des  frises 
où  Hippolyte  Flandrin  a  figuré  les  saintes  martyres,  les  saintes  vierges, 
les  saintes  femmes,  les  pénitentes,  les  saints  ménages,  les  douze 
apôtres,  les  saints  docteurs,  les  saints  évêques,  les  saints  confesseurs 
—  œuvre  eiganli'sque  m'i  le  talent  do  l'artiste  avait  à  se  compléter  par 
une  érudition  d'un  (lii.'ni-  Vr\r  ilr  rEi-'lisr. 

Quartier  de  la  Porte-Saint-Denis.  —  Il  a  In  forme  d'un  qua- 
drilatère que  liniiti'nt,  au  Nord,  la  rue  de  Chabrol,  à  l'Est,  le  boulevard 
de  Strasbourg,  au  Sud,  les  boulevards  Saint-Denis  et  Bonne-Nouvelle, 
à  l'Ouest,  la  rue  du  Faubourg-Poissonnièi-e.  On  ne  saurait  accorder  que 
son  principal  monument  soit  la  porlr  liionipli.ilr  (l,,iu  il  a  reçu  son 
nom.  Historiquement,  c'est  la  maison  de  Saint-Lazare,  qui  aurait 
dû  avoir  l'honneur  de  lui  servii-  de  mari-aine,  aussi  bien  d'ailleurs  que 
pour  tout  l'arrondissement,  qui,  au  cours  des  siècles,  se  forma  presque 
entièrement  sur  ses  terres;  mais  l'édiiité  superstitieuse  voulut  éviter 
au  quartier  la  dénomination  d'une  prison. 

Saint-Lazare  n'en  fut  pas  toujours  une.  A  l'origine  —  son  nom  méim' 
l'indique    —  c'était  une   léproserie.    On  sait  quels  ravages  la  lè[ue 


LE  BOULEVARD  DE  STRASBOURG. 


exerça,  durant  tout  le  moyen  ilge,  sur  l'Europe  occidentale.  Pour 
soigner  les  malheureux  qui  en  étaient  atteints,  et  aussi  pour  les  isoler 
des  personnes  saines,  la  charité  publique  couvrit  notre  pays  d'hôpi- 
taux spéciaux,   léproseries  ou  maladreries,  où  étaient   recueillis   les 

ladres  ou  lépreux.  Ces 
h('ipitaux  étaient  ad- 
ministrés par  des  moi- 
nes; jamais  la  religion 
n'eut  plus  louable  mi- 
nistère. La  maison  du 
faubourg  Saint-Denis 
fut  fondée  au  plus  tard 
au  XM'=  siècle;  grâce 
aux  privilèges  dont 
les  rois  la  dotèrent,  et 
notamment  aux  foires 
dont  nous  avons  parlé, 
elle  devint  prompte- 
nient  l'une  des  plus 
importantes  de  la  ré- 
gion parisienne. 

L'enclos  même  du 
monastère  était  très 
vaste,  car  il  rejoignait 
le  faubourg  Poisson- 
nière. 

Avec  le  xvi"=  siècle, 
la  lèpre  disparut  en- 
lin  de  nos  contrées 
Comme  fléau  public  ; 
les  nuiladreries  de- 
meurèrent sans  objet. 
Son  prieur,  André  Le 
Bon,  la  céda, en  1632, à 
la  congrégation  de  la  Mission,  que  saint  Vincent  de  Paul  —  «  M.  Vincent  ■> 
—  avait  fondée  quelques  années  auparavant,  dans  le  but  de  grouper 
des  ecclésiastiques  qui  s'appliqueraient  au  salut  du  peuple  des  cam- 
pagnes, «  allens  de  villaige  en  villaige,  aux  despens  de  leur  bourse 
commune,  prescher,  instruire,  exhorter  et  cathéchiser  ces  pauvres 
gens,  et  les  porter  tous  à  faire  une  bonne  confession  générale  de 
toute  leur  vie  passée,  sans  en  prendre  aucune  rétribulion  en  quelque 
sorte  ou  manière  que  ce  soit,  afin  de  distribuer  gratuitement  les  dons 
qu'ils  auront  gratuitement  receuz  de  la  main  libcralle  de  Dieu  ».  Pro- 
gramme évangélique  et  touchant,  pour  l'accomplissement  duquel  il 
fallait  une  foi  aussi  ardente  que  celle  de  saint  Vincent  de  Paul,  mais 
que  ses  successeurs  négligèrent  pimr  des  intérêts  plus  nialéiiels.  Dès 
la  fin  du  xvii«  siècle,  une  partie  du  couvent  se  transforma  en  prison. 
Le  zèle  des  catéchistes  consista  dès  lors  à  garder  sous  les  verroux  les 
jeunes  gens  dissipés  dont  les  familles  avaient  obtenu  la  claustration 
par  lettre  de  cachet,  jusqu'à  ce  qu'ils  fussent  venus  à  résipiscence. 
I.i's  exhortations  des  reli^ii'ux  y  élaient  sans  doute  moins  eflicaces 
que  le  sentiment  de  la  libellé  momentanément  ]ierdue.  Qui  no  se 
rappelle    Manon  Lescaut?   Le   procédé   qu'enqdoya    Drs    (ii'ieux    pour 


LE    CO.NCEK  1 


L  ELDOKAlM) 


DIXIEME    ARIIO-NDISSEMENT 


111 


LA    PORTE    SAINT-MARTIN    ET    LE   BOULEVARD    SAINT-DENIS 


s'évader  prouve  que  les  dévoles  remoiilrances  n'avaient  pas  eu  crand 
effet  sur  lui.  C'est  un  loniau,  dira-t-on  ;  mais  en  est-il  beaucoup  d'' 
plus  vraisemblables? 

Le  13  juillet  1789,  le  peuple  de  Paris,  dans  un  beau  mouvement 
d'enthousiasme,  délivra  les  quarante  prisonniers  qui  se  trouvaient 
alors  à  Saint-Lazare.  Quatre  ans  après,  la  Terreur  allait  en  faire  l'une 
des  plus  sinistres  salles  d'attente  de   la  guillotine. 

On  croit  généralement  que  le  tableau  de  .Muller,  l'Appel  des 
amdumnés,  représente  une  des  salles  de  la  Force  ;  il  n'en  est  rien  : 
l'artiste,  paraît-il,  a  reproduit,  d'après  nature,  la  lugubre  geôle, 
encore  existante,  oii  tant  de  victimes  vécurent  leurs  dernières 
heures.  .\ndré  Chénier  fut  du  nombre.  C'est  là  qu'il  écrivit  La  Jeune 
Captive,  et  aussi  ces  vers  admirables  qui  restent 
le  dernier  frisson  de  sa  lyre  : 


Comme  un  dernier  rayon,  com.me  un  dernier  zéphyre 

Animent  la  fin  d'un  beau  jour, 
Au  pied  de  l'échafaud.  J'essaye  encore  ma  lyre. 

Peut-être  est-ce  bientôt  mon  tour. 
Peut-être,  avant  que  l'heure  en  cercle  promenée 

Ait  posé  sur  l'émail  brillant, 
Dans  les  soixante  pas  où  sa  roule  est  bornée. 

Son  pied  sonore  et  vigilant, 

Le  sommeil  du  tombeau  pressera  ma  paupière. 

Avant  que  de  ses  deux  moitiés 
Le  vers  que  je  commence  ait  allciul  la  dernière. 

Peut-être  en  ces  murs  effrayés 
Le  messager  de  mort,  noir  recruteur  des  ombres 

Escorté  d'infâmes  soldais, 
Emplissant  de  mon  nom  ces  long  corridors  sombres. 


L'inforluné  poète  eul  le  temps  d'achever  ci-s 
'iambes,  dont  la  beauté  se  double  de  la  solennité  de 
l'heure  à  laquelle  il  les  écrivit;  ce  furent  ses  drr- 
niers  vers. 

Un  de  ses  compagnons  de  prison  et  d'écliafaud, 
.\ntoine  Roucher,  connu  surtout  par  smi  p(jèm<- 
des  Mois,  avait,  lui  aussi,  trouvé  des  accenls  tnu- 
chants  au  moment  suprême.  Au  bas  du  derniiT 
portrait  fait  de  lui  pour  les  siens  dans  sa  prisnu 
même,  il  avait  inscrit  ce  quatrain  d'une  pensée  si 
délicate  : 

Ne  vous  étonnez  pas,  objets  cliarmaiil^  el  doux, 
Si  quelque  air  de  tristesse  obsi-urcil  mon  visage. 
Lorsqu'un  savant  crayon  dessinait  celle  image. 
On  dressait  l'échafaud  et  je  pensais  h  vous  1 


FAÇADE 


Depuis  la  Révolulion,  Saint-Lazare  est  devenu  maison  de  réclusion 
pour  les  femmes  malades,  les  prévenues  et  les  condamnées  à  des 
jieines  relativement  courtes.  Les  deux  lèpres,  physique  et  morale,  se 
purgent  dans  le  même  lieu  où,  il  y  a  sept  siècles,  on  ne  soignait  que 
la  première. 

JNous  avons  dit  que  ses  jardins  s'étendaient  jadis  jusqu'à  la  rue  du 
Faubourg-Poissonnière.  Sous  Louis  XV,  on  en  retrancha  une  partie 
pour  y  construire  une  caserne  de  gardes -françaises  qui  reçut  et  a 
gardé  le  nom  de  la  Nouvelle-France.  C'était  alors  l'enseigne  d'une 
guinguette,  installée  là  sur  des  terres  dépendant  de  l'abbaye  de  Mont- 
martre. L'église  paroissiale,  Saint-Pierre,  située  tout  au  haut  de  la 
butte,  était  bien  éloignée,  souvent  inaccessible  pour  les  habitants  de 

ces  parages  ;  aussi ,  dès 
1637,  les  avait-on  dotés 
•d'une  chapelle  succui'^ale, 
dédiée  à  sainte  Anne,  nom 
qui  fut  du  même  coup 
donné  au  faubourg  lui- 
même.  Sur  ces  mêmes 
terrains  fut  ouverte,  en 
1783,  la  rue  d'Hiuiteville, 
appelée  d'abord  rue  de  la 
Miclindière,  du  nom  du 
prévôt  des  marchands, 
Jean-Baptiste  de  la  Micho- 
dière,  comte  d'Haulevilb^ 
qui  l'avait  fait  percei . 
Celle  rue  et  celle  de  la  .Mi- 
chodière  au  II'  arrondis- 
sement) sont  donc  cons;i- 
crées  à  la  glorification 
d'un  seul  et  même  per 
sonnage,  fort  oublié  d'ail 
leurs;  on  jugera  poui 
être  que  c'est  excessif. 

Le  côté  pair  de  la  riie</. 
Faubourg-Poissûimière,  qii 
seul  apparlient  au  X"  ar- 
rondissement, n'olTre  pa> 
matière  à  de  longs  dévi  - 
loppomenls.  Le  n"  Sli  e^ 
la  maison  où  mourut  Co- 
rot, eu  1873.  Une  inscrip- 


Phot.  Moreau  IrOr 
DE    LA    PORTE    SAINT-MARTIN. 


112 


PARIS- ATLAS 


PERSPECTiV 


.E>  AKD    MAGENTA, 


lion  la  rappelle  aux  méditalions  des  passants  ;  mais  s'ils  sont  avisés,  ce 
n'est  pas  dans  cette  rue  bruyante,  commerciale,  sans  horizon,  qu'ils 
évoqueront  la  mémoire  du  grand  peintre  de  paysages  ;  par  la  pensée, 
ils  se  transporteront  au  bord  de  ce  charmant  étang  de  Ville-d'Avray 
que  le  maître  aimait  tant,  au  bord  duquel  de  pieux  amis  lui  ont  élevé 
un  monument  modeste,  comme  il  l'était  lui-même. 

La  maison  portant  le  n»  30  mérite  un  coup  d'œil,  car  elle  est  une 
des  rai'es  survivantes,  à  l'heure  actuelle,  du  type,  si  en  vogue  sous  le 
Directoire  et  le  Consulat,  des  petits  hôtels  que  les  notables  se  faisaient 
construire  au  delà  des  boulevards.  Celle-là  est  l'œuvi-e  de  Ledoux,  l'ar- 
cliitecte  un  peu  lourd  des  anciennes  barrières,  et  elle  a  eu  les  hon- 
neurs de  la  gravure. 

Au  n"  8,  une  grande  maison,  disposée  pour  les  entreprises  comme,4- 
ciales,  a  succédé  à  l'Alcazar  d'Hiver,  théàtre-café-concert,  qui,  lui  aussi, 
fut  très  à  la  mode. 

Entre  les  faubourgs  Poissonnière  et  Saint-Denis  existe,  depuis  une 
centaine  d'années,  tout  un  réseau  de  rues,  géométriquement  parallèles 
ou  perpendiculaires,  comme  cela  a  lieu  dans  une  ville  neuve,  rues  où 


LA    MAIRIE   OU   X*    ARR0NDIS8EME.NT. 


l'activité  commerciale  règne  en  maîtresse;  c'est  le 
quartier  par  excellence  des  marchands  de  porcelaine, 
des  emballeurs,  des  layetiers,  des  commissionnaires  en 
marchandises.  La  rue  de  Paradis  doit  son  nom  à  un  jeu 
de  mots;  elle  prolonge  la  rue  Bleue,  qui,  nous  l'avons 
dit,  s'appelait  d'abord  rue  d'Enfer;  nos  aïeux  trou- 
vaient plaisant  de  passer  ainsi  de  l'enfer  au  paradis, 
et  réciproquement.  La  rue  des  Petites-Ecuries  rappelle 
le  voisinage  des  petites  écuries  du  roi,  situées  au  coin 
du  faubourg  Saint-Denis.  La  rue  de  l'Echiquier  fut  ou- 
verte en  1772,  l'année  même  où  naissait  le  dernier  des 
ducs  d'Enghien,  celui  qui  reçut  la  mort  dans  les  fossés 
de  Vincennes;  aussi  la  nomma-t-on  d'abord  rue  d''En- 
tjliien  ;  puis  ce  nom  fut  appliqué  à  la  rue  qui  le  porte 
actuellement,  percée  en  1783.  La  rue  Martel,  ouverte 
en  1778,  porte  le  nom  d'un  échevin  de  Paris.  De  la 
rue  d'Hauteville  nous  avons  déjà  parlé.  Quant  à  la  rue 
de  Mnzagran,  son  nom  seul  suffirait  à  la  dater;  elle 
fut  créée,  en  effet,  en  vertu  d'une  ordonnance  royale 
du  31  décembre  1840,  l'année  où  nos  troupes  d'Algérie 
avaient  glorieusement  repoussé  dans  Mazagran  l'at- 
taque des  indigènes.  Dans  cette  rue  a  longtemps  habité, 
au  n"  9,  un  des  hommes  politiques  les  plus  en  vue  de 
ce  temps,  M.  Henri  Brisson. 

Par  le  boulevard  Bonne-Xouvelle,  le  X"  arrondisse- 
ment participe  au  Paris  mondain.  Le  théâtre  du 
Gymnase  Dramatique  y  date  de  1820.  L'examen 
des  plans  du  xvni''  siècle,  celui  de  Jaillot,  par  exemple,  permet  d'éta- 
blir qu'il  est  construit  sur  l'emplacement  du  cimetière  de  >"otre- 
Dame-de-Bonne-Nouvelle;  nous  ne  nous  attarderons  pas  là-dessus  à 
philosopher.  Ce  fut  d'abord  le  théâtre  de  Madame  —  la  duchesse  de 
Berri  ayant  bien  voulu  le  mettre  sous  son  patronage. 

Ludovico  Magno!  Ludovico  Magnol  L'orgueil  de  Louis  XIV,  l'adulation 
de  ses  contemporains  s'affichent  solennellement  par  ces  inscriptions 
quatre  fois  cravi''es  en  lettres  énormes  aux  portes  triomphales  des  deux 
grands  faubourgs  du  Xord. 

La  porte  Saint-Denis  est  la  première  en  date.  Le  passage  du  Uiiiii. 
les  victoires  de  Hollande,  incitèrent  le  corps  de  Ville,  en  1672,  à  faire 
élever  ce  monument  à  la  gloire  du  roi.  Blondel  en  fut  l'arc  liitocte, 
Girardon  et  les  Anguier  le  décorèrent  de  sculptures.  Faut-il  admirer 
sans  réserves"?  Qu'il  nous  soit  au  moins  permis  de  critiquer  les  deux 
affreux  guichets  pratiqués  dans  les  jambages  de  l'arc;  ils  en  rapetissent 
vraiment  la  majesté.  On  ne  sait  pourquoi  la  porte  Saint-Denis  est,  de 
préférence  à  sa  voisine,  l'objet  de  toutes  les  malices  parisiennes.  Aux 
illettrés,  on  persuade  que  Ludovico  Magno  doit  se  traduire  ]iar  porte 
Saint-Denis.  Aux  maris  que  ridiculisa  Molière,  on  conscilk-  de  ne  pas 
tenter  de  passer  dessous. 

11  n'y  a  rien  à  dire  de  la  rue  du  Faubourg-Saint-Denis,  sinon  c|u'elle 
est  très  vénérable 
par  sa  vieillesse, 
que  ce  fut  le  che- 
min des  entrées 
royales  et  aussi 
celui  des  cortèges 
funèbres,  non 
moin  s  royaux, 
qui  allaient  à 
Saint-Denis,  et  en- 
core celui  des  cri- 
minels et  autres, 
([ue  l'on  menait 
pendre  à  Montfau- 
i(in.  N'omettons 
pas  non  plus  di; 
ciiiisignci'  ici  que 
la  inaisiin  poi-lant 
aujourd'hui  le 
II"  65,  et,  il  y  a 
soixante  ans  le 
n"  71,  est  colle  où 
naquit,  ji'  30  jan- 
viei-184l,<run  mo- 
deste I'  fabricant 
de  fauteuils  », 
M.  Félix  Fa  lire, 
naguère  pii'sldenl 
de  la  Hépubliiiue 
française. 
Tramways  à  la 


l'Av'ADE    \)V.    LOl'l,  KA    l'orULAIKE 


DIXIEME    ARRONDISSEMENT 


113 


LA    PLACE    DE    LA   RÉPUBLIQUE,    LIMITANT    LES    III',    X"    ET   XI-    ARRONDISSEMENTS. 


corne  incessante,  fiacres  chargés  de  bagages  et  camions  de  pierres 
de  taille,  trottoirs  où  circulent  des  gens  affairés  et  où  flânent  en 
grand  nombre  des  «  mentons  bleus  «  et  des  »  m"as-lu-vu  »,  négo- 
ciants, titis,  trottins,  bourgeois,  gens  de  campagne,  ce  mélange 
do  contrastes  donne  au  boulevard  de  Strasbourg  une  physionomie  très 
vivante,  très  spéciale  aussi.  Et  chaque  soir,  deux  cafés-coneerls, 
modèles  du  genre,  l'Eldorado  et  la  Scala,  y  servent  à  une  foule  qui 
ne  s'en  lasse  jamais  des  flots  de  couplets  patriotiques,  de  chansons 
égrillardes,  de  langoureuses  romances  et  même  des  revues  fin  de  siècle. 

Un  peu  plus  haut,  se  trouve  le  Théâtre-Antoine,  dit 
anciennement  des  Menus-Plaisirs,  où  Ir  ThiVilic-l.ibre, 
après  diverses  étapes,  paraît  s'être  drlinilivenimt  iixé. 
.\ous  n'avons  qu'à  rappeler  ici  d'un  mol  quel  rôle  nova- 
teur il  a  joué  dans  l'évolution  théâtrale,  autant  pour  les 
pièces  que  pour  l'interprétation  ;  ce  fut  une  révolution. 

La  rue  du  Faubourg-Sainl-Marlin  d('gagc  une  impres- 
sion de  lumière,  de  gaieté  que  pourrait  lui  envier  sa 
v^l^im■  (lu  faubourg  Saint-Denis.  Cela  tient  à  ce  que 
cc'llr-ci  rsl  iiKiins  large  de  près  de  4  mètres.  La  porte 
Saint-Martin,  elle  aussi,  contribue  à  constituer  au 
faubourg  un  accès  d'une  réelle  grandeur.  Elle  con- 
sacre, en  un  hommage  à  Louis  XIV,  semblable  à  celui 
qu'avait  suggéré  la  campagne  de  Hollande,  les  victoires 
rnnp.ulées  en  1674  par  les  armées  de  Turenne  et  de 
<:"ii(lé.  Elle  a  été  conslruile  sur  les  plans  de  Pierre 
Hull''l  rt  sculptée  —  assez  chichemenl,  il  faut  le  dire  — 
l''ii'  quaire  artistes  tout  à  fait  oubliés  :  Le  Hongre,  Le 
l.rns,  .Marsy,  Dcsjardiiis. 

l'ne  des  curiosités  du  laulmurg  Sainl-Martin,  c'est  la 
série  de  ses  vingt-huit  bmlaines  en  fonte,  élevées  en  1848 
au  moyen  de  souscriptions  faites  volontairement  par  les 
riverains.  Empruntons  à  une  source  officielle,  ïlnveii- 
taire  des  richesses  de  la  ville  de  Paris,  la  description  minu- 
tieuse de  ces  édicules  :  «  En  piédestal  à  pans  coupés  en 
tonte,  posé  sur  une  plinthe  en  granit.  Ce  piédestal  sup- 
porte un  groupe  de  deux  figures  assises,  reliées  par  des 
guirlandes  de  feuilles  d'eau  et  adossées  à  un  piédouche 


UNE  DES   FONTAINES 
DU     FAUB5    S'-MARTIN. 


orné  qui  supporte  une  fausse  vasque  ovoidale.  Ces  groupes  représentent 
alternativement  des  tritons  et  des  naïades.  Un  enfant,  accroupi  au 
milieu  d'ustensiles  de  pèche  et  jouant  avec  un  oiseau  aquatique 
domine  l'ensemble  de  la  fontaine.  » 

La  mairie  du  X'=  arrondissement,  située  rue  du  Fauboui'c-Saint- 
Marliii,  à  l'angle  de  celle  du  Chàleau-d'Eau,  offre  cette  particularité 
tout  à  fait  à  son  honneur  qu'elle  est  sans  conteste  la  plus  belle  des 
vingt  mairies  parisiennes.  Elle  est  jusqu'ici  la  plus  neuve,  son  inau- 
guration officielle  ayant  eu  lieu  le  28  février  1896. 

C'est  en  1886  que  l'on  commença  à  se  préoccuper  de 
l'état  de  délabrement  de  l'hôtel  municipal.  Plusieui-s 
projets  de  construction,  plusieurs  emplacements  aussi, 
furent  proposés;  il  fut  question  d'élever  la  mairie  sur 
l'emplacement  de  la  prison  de  Saint-Lazare,  ou  à  l'anale 
du  boulevard  Magenta  et  de  la  rue  du  Fauboui-g-Saint- 
Martin,  ou  enfin  de  la  reconstruire  sur  place,  el  c'est  ce 
dernier  système  qui  prévalut.  L'ancienne  mairie  occu- 
pait, parait-il,  un  hôtel  dit  des  Arts,  acheté  par  la  ville 
de  Paris  en  1819  pour  en  faire  une  caserne,  reconstruit 
eu  1848,  et  aménagé  alors  pour  les  bureaux  adminislra- 
lil's.  Tous  les  arcliileeles  furent  admis  à  concourir  pour 
la  eoiislruidon  du  nouvel  édilice;  ils  se  présentèreul  au 
nombre  de  quarante;  c'est  le  projet  de  M.  Uouyer  que  le 
jury  adopta,  le  10  mai  1889.  H  semble  qu'il  n'y  avait  plus 
qu'à  se  mettre  à  l'iruvre,  el  eepeiulant  les  difficultés 
financières  compliquèrent  tellement  h's  choses  iiue  la 
[uemière  pierre  ne  fut  posée  que  le  10  janvier  lt>92. 
L'inauguration,  nous  l'avons  dit,  eut  lieu  le  it^ 
vrier  1896,  jour  de  triomphe  pour  M.  Rouyer,  et 
justice,  car  sou  œuvre  mérite  toutes  les  louanges,  n 
celle  de  ressembler  beaucoup  à  l'Hôtel  de  ville.  ■ 
dire  qu'elle  est  dans  le  style  de  la  Renaissance.  .,,. 
moment  où  elle  s'achevait,  M.  Villain  a  pu  déclarer  jus- 
tement qu'elle  avait  ule  double  aranlage  d'être  un  mo- 
nument d'art  dont  Paris  pourri  s'honorer,  d'être  un 
l'aliment  pratiquement  distribué,  où  tous  les  services 
seront   à  l'aise  sans    exn^èi;iii.in    et   d'être   aussi  une 


JI4 


PARIS- ATLAS 


construction  qui,  au  point  de  ^•ue 
financier,  ne  lui  ménagera  pas 
d'onéreuses  désillusions  ».  Il  est 
^Tai  que  les  deux  millions  pri- 
niilivement  votés  ont  été  à  peu 
près  exactement  doublés. 

Xous  emprunterons  encore  à 
M.  Yillain  lindication  des  divers 
locaux  où  avait  été  successive- 
ment installée  la  mairie  de  l'ar- 
rondissement :  ce  fut  d'abord 
dans  le  presbytère  de  Sainl- 
Laurent;  puis,  en  l'an  IX,  au 
n°  30  de  la  rue  de  Bondy;  eu 
1811,  la  première  maison  à  droite 
de  la  rue  Granges-aux-Belles, 
aujourd'hui  portant  le  n'  32  de 
la  rue  de  Lancry;  2'),  rue  Théve- 
not  en  1824  ;  20,  rue  de  Bondy  en 
1832,  et  enfin,  à  partir  de  ISiS, 
sur  son  emplacement  actutl.  Fut- 
il  jamais  mairie  plus  instable? 

La  rue  du  CInHeuu- d'Eau  (on 
de\Taitdire  de  l'ancien  Château- 
d'Eau)  a  le  privilège  de  posséder 
une  maison  unique  à  Paris  par 
son  exiguïté,  car  elle  n'a  que 
1™,10  de  façade  et  un  seul  étage. 
Cette  masure  porte  le  n°  39. 

La  rue  Hitlorif  d'architecte  qui 
a  bâti  tant  d'édifices  du  quar- 
tier) longe  la  façade  Nord  de  la 
mairie  ;  elle  nous  conduit  à  la  rue 
Pierre-BuHet  {le  constructeur  de 
la  porte  .Saint-Martin'  ovi  se  voit, 
au  n°  6,  l'hôtel  qu'habita  Gou- 


ïllli.iTKE    DE    LWMBIGU-COMIQUE 


ENTRÉE  DIC  i.A  iJoUANE. 


tlilère,  il  y  a  de  cela  cent 
ans.  On  ne  se  souvii'nl  plus 
guère  aujourd'hui  de  (imi- 
tliièrcqui,  d'ailleurs,  mm'H- 
rut  pauvre  et  déjù  dans 
l'iiubli;    mais  il    fut,  sous 

I is.WLIeciseleui',  l'..r- 

neiiiaiiiste  le  plus  eu  Ui- 
veui-.  C'est  lui  i|iii  a  mii1|i|'' 
le  joli  bas-relief  qui  d- r(in- 
la  façade  de  sa  inaismi, 
occupée  maintenant  par 
l'industrie.  Il  vaut  la  peine 
qu'on  aille  le  voir  dans  ce 
Coin   bi    dibcrct  uii    il   se 


l.A    CAsiiUMi    Di    cil  A  l  I. 


cache,  et  ov'i,  à  50  mètres  des 
points  les  plus  actifs  de  la  cir- 
culation parisienne,  l'on  se  croi- 
rait dans  la  plus  tranquille 
bourgade  de  province. 

La  victoire  de  nos  troupes  à 
Magenta,  le  4  juin  1839,  vint  à 
propos  pour  le  baptême  d'une 
voie  que  l'édilité  ouvrait  alors 
entre  la  place  du  Chàteau-d'Eau 
et  la  commune  de  Montmartre, 
mais  qui  ne  fut  achevée  qu'en 
1863.  Le  boulevard  Magenta  tra- 
verse le  X'  arrondissement  dans- 
sa  plus  grande  largeur  —  près 
de  2  kilomètres  —  et  constitue 
une  route  éminemment  utile, 
reliant  les  quartiers  bas  de  l'Est 
et  du  Sud-Est  aux  régions  éle- 
vées de  Montmartre,  tiràce  à  la 
douceur  de  sa  pente,  il  fournit 
aux  voitures  lnurdement  char- 
gées un  accès  facile  vers  la  col- 
line, et,  se  continuant  à  travers 
le  XVIll"  arrondissement  par  les 
boulevards  Barbes  et  Ornano, 
met  en  rapports  aisés  Paris  avec 
la  plaine  Saint-Denis.  Aussi  la 
circulation  y  est-elle  intense, 
presque  à  toutes  les  heures  de 
la  journée.  Longtemps,  il  ne  fut 
desservi  que  par  une  modeste 
ligne  d'omnibus  (se  la  rappelle- 
t-on  encore),  qui  allait  de  .Mont- 
martre à  la  Bastille.  Aujourd'hui 
les  tramways  y  abondent,  el. 
comme  pour  un  concours  nun 
pas  hippiijue,  mais  mécanique,  offrent  au  public  leurs  divers  procédés 
de  traction.  L'électricité  emmagasinée  dans  des  accumulateurs  ac- 
tionne ceux  de  Pantin  et  d'.\ubervilliers;  l'air  comprimé  fournil 
l'énergie  motrice  à  ceux  qui  vont  de  la  Bastille  à  Clignancourt  et  au 
cimetière  de  Saint-Ouen. 

La  place  de  la  République  appartient  à  trois  arrondissements;  c'est 
sur  le  X"  qu'était  située  la  fontaine,  le  cliàteau  d'eau,  dont  la  place 
porta  le  nom  jusqu'à  l'arrêté  préfectoral  du  4  mai  1879  qui  l'a  dédiée 
à  la  République.  Ce  château  d'eau  se  composait  de  trois  bassins  super- 
posés, du  sommet  desquels  une  gerbe  jaillissante  rebondissait  en 
cascades;  l'ensemble  se  complétait  par  huit  lions  lançant  dans  le 
dernier  bassin  des  jets  d'eau  par  la  gueule.  Vn  contemporain,  La 
Tynna,  note  que  «  les  eaux,  fournies  par  le  bassin  de  la  Villette,  ont 
commencé  à  jaillir  le  11  août  1813  ».  L'agrandissement  de  la  place, 

(li'cidé  en  1813,  eut  pour 
conséquence  l'enlève  - 
ment  du  château  d'eau 
qui,  depuis  1807,  décore 
1,1  giaiule  CKur  du  mar- 
ché.aux  bestiaux  de  la 
Villette.  Nous  l'y  retrou- 
viiciiis,  .ainsi  que,  sur  la 
place  Daumesuil,  la  se- 
CHtide  fontaine,  à  la- 
quelle a  succédé  la  statue 
(le  la  Itépublique. 

Entre  le  boulevard  Ma- 
t'eiitJi  et  le  cillai  se  ren- 
I  outre  tonte  nue  séiie 
d'établisselllelHs      pu- 

Miis  :  1,1  caserne  du 
Château-d'Eau  —  j.i- 

'li>    (lu    l'i  iiiie- ICiiL'èiie, 

-  Il  Douane.  iii>i.illi'e 

illll-  Il  I  lie  (lu  llléllle 
,iie|uii^iN'll;  lé^liM- 

Saint- Martin,  bien 
lourde,  liii'ii  insigiii- 
li.'IMle,  d,'ins  1,1  lue  de.s 
.Marais  i  tout  ce  quartier 
n'était,  il  y  a  cent  ans, 
que  jardins   el    culturo 


DIXIKME    ARIIONDISSEMEXÏ 


113 


VUE    DE   1,'HOPITAL   SAINT-LOUIS. 

maraîchère).  Lo  Tivoli  Waux-Hall  n'est  plus  qu'une  salle  de  bal  et  do 
rrunions  publiques,  comme  il  y  en  a  tant  d'autres.  Jadis,  au  temps  des 
marais,  il  y  avait,  dans  un  passage  un  peu  plus  au  sud,  un  Waux-Hall 
]ilein  d'attraits  :  «  Lieu  charmant,  distribué  avec  élégance  >>,  en  dil 
encore,  en  I8I0,  Marchant,  dans  son  Conducteur  de  l'Etranger  à  Paris. 

De  l'autre  côté  du  boulevard  Magenta,  la  Bourse  du  Travail 
s'élève,  depuis  1892,  là  où  était  un  café  célèbre  par  la  mulliiilicilé  de 
ses  billards.  Aux  plaisirs  ont  succédé  les  préoccupations  sérieuses, 
sinon  le  calme. 

Sur  une  longamir  moindre  d'un  demi-kilomètre,  le  boulevard  Sainl- 
Marlin  n'olTre  pas  moins  de  quatre  façades  de  théâtres.  Celle  de 
l'Opéra  populaire  est  la  plus  simple,  car  elle  ne  se  distingue  pas 
d'une  maison  ordinaire  ;  la  nouvelle  entreprise  ne  s'y  est  installée 
que  dans  le  courant  de  1900,  succédant  aux  Folies-Dramatiques  qui  y 
étaient  depuis  le  30  décembre  1862,  et  là,  que  de  succès,  avec  Lccocq 
et  d'autres,  y  avait  recueillis  l'opérette! 

L'Ambigu-Comique,  ou  plus  simplement  l'Ambigu,  date  de  1827 
et  soutient  sa  réputation;  le  drame,  le  mélodrame  y  font  chaque  soir 
verser  des  pleurs  sans  relâche. 

Le  théâtre  de  la  Porte-Saint-Martin  a  des  parchemins  plus 
vénérables  encore,  et,  s'ils  simt  aullu'uliques,  plus  curieux.  On  ra- 
conte qu'il  fut  construit  par  Lenoir,  en  mnins  de  trois  mois,  pendant 
l'été  de  1781,  pour  remplacer  l'Opéra  du  Palais-Royal,  qui  venait  de 
brûler,  à  un  moment  où  ni  la 
cour  ni  la  ville  ne  pouvaient 
se  passer  de  l'opéra.  Voilà  un 
tour  de  force  qui  n'a  pas  été 
réalisé  pour  l'Opéra -Comi- 
que !  Hàtons-nous  de  dire 
que  ce  n'est  pas  de  la  salle 
artuelle  qu'il  s'agit,  mais  de 
la  précédente,  qui  fut  incen- 
diée pendant  la  semaine  san- 
glante (de  mai  1871),  réédiliée 
aussitôt  après  et  remaniée  en 
grande  partie  pendant  l'an- 
n.'e  1891.  Quant  à  l'édifice  si 
hâtivement  bâti  par  u  le  Hu- 
main »,  après  avoir  été  tcmr 
à  tour  Opéra,  «  salh'  des  Jeux 
(lyraniques  »,  puis,  plus  nin- 
destement,  théâtre  de  la 
Porte-Saint-Martin,  une  in- 
comparable période  de  gloire 
l'attendait,  de  1830  à  1840, 
avec  les  drames  immortels 
(le  Victor  Hugo.  C'est  sur  celte 
scène  que  furent  joués  Lu- 
crèce Borgia,  Marie  Tuilor,  Her- 
nani,  Awjclo ,  liuij  Dlas... 
D'autres  succès  lui  oui  été 
réservés  après  sa  reconstruc- 
liim;  nous  n'en  rappellerons 
qu'un  :  Cyrano  de  Bergerac. 

Le  théâtre  de  la  Renais- 
sance pic'-sriilc  lies  l'Ials  de 
srrviecs  hirn  moins  longs, 
car  ils  ne  renmn  le  lit  qu'à  1873. 
Lui  aussi  donna  un  fructueux 


LE    TIIEATUE    DE    LA    U  EN  A  ISS  ANCE. 


LE    THÉÂTRE    DE    LA    PORTE-S  AINT-M  AKTI  N, 

asili'  à  l'opérette,  jusqu'au  jour  où  il  changea  de  genre  et  de  direction, 
en  1893,  avec  M"«  Sarah  Bernhardt,  qui,  à  son  tour,  l'a  abandonné  le 
21  janvier  1899,  pour  prendre  possession  de  l'ancien  Opéra-Comique 
de  la  place  du  Chàtelet,  où  elle  est  devenue  la  locataire  de  la  munici- 
palité parisienne. 

Quartier   de   l'Hôpital-Saint-Louis.  —  C'était  la   pleine  cam- 
liagne,  il  y  a  trois  siècles.  C'est   niéine  pour  cela  qu'une  épidémie  de 

peste  s' étant  produite  à  Paris 
en  1606,  les  hôpitaux  pari- 
siens étant  tout  à  fait  insuf- 
fisants, et  d'ailleurs  le  danger 
de  la  contagion  exigeant  que 
l'on  éloignât  les  malades, 
Henri  IV  ordonna  la  construc- 
tion d'un  asile  spécial  aux 
pestiférés  et  choisit  cet  em- 
placement, fort  écarté.  Saint 
Louis,  mort  de  la  peste  à 
Tunis,  en  fut  le  patron.  Tel 
qu'il  fut  construit  aloi-s  par 
Claude  Vellefaux,  sur  les  des- 
sins de  Claude  Chaslillon,  tel 
il  se  montre  encore  à  nos 
yeux,  et  ce  n'est  pas  un  spec- 
tacle dénué  de  curiosité  pit- 
toresque que  celte  grande 
maison,  bàlie  comme  une 
forteresse,  avec  ses  pignons 
pointus  et  un  ensemble  d'ar- 
cliitecture  si  caractéristique 
de  son  époque,  ainsi  campée 
au  milieu  d'un  faubourg  si 
moderne,  si  disparate,  à  l'ex- 
ception du  groupe  scolaire 
contigu  à  l'hôpital  et  que  l'ar- 
chitecte a  heureusement 
traité  dans  le  même  style.  L.i 
peste  est,  pour  toujours,  es- 
pérons-le, bannie  de  nos  cli- 
mats ;  rhonital  Saint-Louis  a 
été  spécialisé  pour  le  traite- 
ment des  maux  qui  s'en  rap- 
prochent  le  plus,   à   savoir 


H6 


PARIS-AÏLAS 


des  maladies  de  la  peau. 
Une  cért5monie  touchante  y 
a  eu  lieu  le  18  di^cembre 
1898  :  l'inauguration  d'un 
monument  commémoratif 
de  la  mt^moire  du  D"'  Henri 
Feulard,  bibliothécaire  et 
historiographe  de  l'hôpital, 
qui  trouva  la  mort  dans  l'in- 
cendie du  Bazar  de  la  Cha- 
rité. 

La  vie  industrielle  du 
quartier  se  concentre  aux 
abords  dfs  deux  rives  du 
canal  Saint-Martin  et  — 
nous  le  disions  plus  haut 
—  le  fait  ressembler  à  une 
ville  de  Hollande.  H  fut 
créé  en  vertu  de  la  loi  du 
29  floréal  an  X  (19  mai  1802) 
ordonnant  l'ouverture  d'un 
«  canal  de  navigation  qui 
partira  de  la  Seine  au-des- 
sous du  bastion  de  l'Arsenal,  se  rendra  dans  les  bassins  de  partage 
de  la  Villette  et  continuera  par  Saint-Denis,  la  vallée  de  Montmorency 
et  aboutira  à  la  rivière  d'Oise  près  Pontoise...  »  Nous  aurons  occa- 
sion de  dire  que  cette  dernière  partie  de  l'opération  ne  fut  pas 
exécutée  et  que  le  canal  s'arrêta  dans  la  Seine,  au-dessous  de  Saint- 
Denis.  Tel  qu'il  est,  il  n'en  fournit  pas  moins  à  la  grosse  batellerie 
l'économie  de  la  traversée  de  Paris  et  de  la  grande  boucle  que  décrit 
le  fleuve  à  partir  d'.Vuleuil.  Le  canal  Saint-Martin  ne  fut  accessible 
aux  bateaux  qu'à  la  fin  de  l'année  1825.  Son  parcours  dans  le  X"  arron- 
dissement s'efTectue  constamment!!  ciel  ouvert. 

L'hôpital  Saint-Martin,  succursale  du  Val-de-Grâce,  pour  les  mili- 
taires m.ilad's  (lu  blessés  di-  la  garnison  de  Paris,  occupe,  depuis  1870, 


les  bâtiments  d'un  ancien  couvent  de  moines  récoUels,  fondé  au 
commencement  du  xvn°  siècle,  désaffecté  en  1790,  et  où  l'on  installa, 
en  1802,  l'hospice  des  hommes  incurables.  Sa  façade  sur  la  rue  des 
RécoUets  est  restée  celle  d'un  monastère  de  province,  et,  de  la  rue 
du  Faubourg-Saint-Martin,  on  ne  se  doute  guère  (car  les  maisons  du 
côté  pair  le  cachent  à  la  vue)  qu'il  y  a  là  un  vaste  asile  ouvert  à  la 
souffrance.  Il  a  été  plusieurs  fois  question  de  démolir  cet  hôpital  et 
d'ouvrir  un  square  sur  son  emplacement. 

Au  dernier  recensement,  la  population  du  quartier  était  de 
43,392  habitants,  par  conséquent  supérieure  à  celle  des  trois  autres 
quartiers  de  l'arrondissement,  et  nous  venons  de  dire  qu'il  y  a  trois 
cents  ans  on  y  aurait  vainement  cherché  une  maison.  Cette  trans- 
formation s'est  effectuée  au  cours  du  xix=  siècle.  Dans  le  travail,  déjà 
cité,  que  M.  Villain  a  consacré  au  X'=  arrondissement,  se  trouvent 
d'intéressants    renseignements  sur  l'aspect  de   la   région   en   1714, 

le  nombre  de  ses  maisons 
et  des  lanternes  qui  l'é- 
clairaient  la  nuit  :  rue  du 
Carême-Prenant —  actuel- 
lement rue  Bichat  ^ 
aucune  maison  ,  aucune 
lanterne  ;  rue  de  l'Hôpital- 
Saint-Louis,  aucune  mai- 
son, aucune  lanterne;  de 
même  pour  les  rues  Saint- 
Maur  et  des  Récollets.  La 
rue  du  Faubourg-Saint- 
.Marlin,  dans  toute  sa 
longueur,  était  bordée  de 
quatre-vingt-une  maisons 
et  éclairée  par  dix  lan- 
ternes; celle  du  Faubourg- 
du-Tcmple  (alors  rue  de 
laCourtille)  comptait  qua- 
rante-six maisons  et  avait 
douze  lanternes. 

Parce  simple  exposé,  il 
est  facile  d'apprécier  les 
progrès  accomplis.  11  va 
sans  dire  que  ces  rues 
n'étaient  que  de  simples 
chemins,  pourvus  de  ([uel- 
ques  bornes  servant  aux 
[liétons  à  se  garer  des 
voitures.  Aujourd'Juii,  le 
seul  quartier  de  l'Hô- 
pital Saint-Louis  a  90,400  mètres  carrés  de  chaussées,  et  57,800  mètres 
di'  trottoirs. 

Veut-on  maintenant  se  placer  au  point  de  vue  de  l'instruction?  Jus- 
(ju'à  la  Révolution,  les  enfants  allaient,  suivant  le  bon  vouloir  de  leurs 
parents,  à  l'école  de  charité  de  la  paroisse  Saint-Laurent,  où  on  leur 
ai)prenait  tant  bien  que  mal  à  lire  et  à  signer  leur  imm.  Aujourd'hui 
des  écoles  de  garçons  existent:  rue  Claude-Vellefaux,  rue  (Irange-aux- 
Belles  et  rue  de  Sambre-et-Meuse;  des  écoles  de  filles,  rue  Vicq-d'Azir, 
rue  de  Sambre-et-Meuse,  rue  du  Terrage,  avenue  Parmentier.  La  [dupart 
d'entre  elles  sont  pourvues  de  classes  de  garde  qui  fonctionnent  :  les 
jours  de  classe, de  quatre  à  sept  Iumiics  du  surr,  les  jouis  de  congé  qui 
ne  sont  pas  jours  de  fête,  île  huil  li'Uirs  ilu  malin  à  six  heures  du  soir. 


ÉCLUSE   ET    PASSERELLE   AU    CANAL   S  AIM  T-M  ARTXN. 


LE    CANAL    .SAI.Nr-MARTIN, 


PARIS 


DIXIEME    ARRONDISSEMENT 


PA  ris-atla: 


lu 


LA  PLACE  ^ni. TAIRE  ET  LA  STATUE  DE  LEDR  U  -  ROLLIN. 


POPINCOURT.    —    il"   QUARTIER    :    LA   FOLIE-MÉRICOURT.  —   'k2«  quartier    :    SAINT-AMBROISE. 
43"   quartier    :    LA  ROQUETTE.   —  4i^  quartier   :   SAINTE-MARGUERITE. 


ous  voici  définiHvement  entrés  dans  le  Paris 
du  travail,  la  ruche  ouvrière  des  laborieuses 
abeilles  (pourquoi  faut-il  qu'il  s'y  mêle-t-il  tant 
de  nuisibles  guêpes!),  et  nous  n'en  sortirons 
plus  qu'une  fois,  désormais,  pour  décrire  l'opu- 
lent XVK.  Le  XI'  arrondissement,  dit  Popincourt, 
est  aussi  le  dernier  (dans  l'ordre  numérique) 
qui  appartienne  entièrement  au  Paris  du  temps 
de  Louis  XVI,  qui  soit  compris  dans  l'enceinte 
des  boulevards  auxquels  on  a  laissé  le  nom  d'extérieurs  :  le  XII=  che- 
vauche sur  l'ancien  Paris  et  le  territoire  annexé  en  1800;  les  huit 
derniers  sont  en  presque  totalité  constitués  par  ce  territoire  nouveau. 
Au  risque  de  paraître  maussade,  nous  nous  déclarons  médiocrement 
Satisfait  de  la  dénomination  choisie  pour  l'arrondissement.  Popin- 
court n'était  qu'un  lieu-dit,  sans  importance  historique.  A  choisir  un 
nom  emprunté  à  la  topographie,  la  Hoquette  eût  été  certainement  pré- 
férable; on  eût  trouvé  sans  peine  un  autre  vocable  pour  désigner  le 
quarante-troisième  quartier. 

Le  Xl«  arrondissement  a  pour  limites  le  milieu  de  la  place  de  l,i 
République  et  l'axe  de  la  rue  du  Faubourg-du-TenipIc,  (pii  le  sr|ian'iit 
du  X"  ;  —  l'axe  des  boulevards  de  Helleville.  de  Mi'iiilnionlanl,  <h' 
Charonne  et  de  ravenu(;  du  Trûne,  qui  le  sé|i,irenl  du  X\'';  —  de  la 
place  de  la  Nation  et  de   la  rue  du   Laubourg-Saint-Auloine,  qui  le 

Paris-Atlas. 


séparent  du  XIP;  —  de  la  place  de  la  Bastille,  des  boulevards  Beaumar- 
chais, des  Filles-du-Calvaire  et  du  Temple,  par  lesquels  il  confine 
aux  IV"  et  III"  arrondissements. 

Sa  superficie  est  de  361  hectares,  inférieure  à  celle  des  neuf  arron- 
dissements qui  le  suivent,  supérieure  à  celle  des  sis  premiers,  du 
IX°  et  du  X'.  Sa  population,  très  dense  en  raison  de  la  surface,  était 
de  225,325  habitants  au  recensement  de  1896:  donc,  trois  députés. 
privilège  du  nombre  et  de  la  députation  où  seul  le  XVIII'  lui  tient  tète. 

A  parcourir  ce  vaste  espace,  l'amateur  de  pittoresque  ne  trouve  à 
faire  qu'une  bien  maigre  moisson  :  cène  sont  que  longues,  très  longues 
voies,  uniformément" bordées  de  hautes  maisons  divisées  en  petits 
logements.  De  toutes  les  parties  de  Paris,  celle-ci  est  certainement  la 
plus  monotone  d'aspect.  Ç;i  et  là,  largement  espacés,  quelques  mo- 
numents, dont  l'histoire  et  l'architecture  n'olïrent,  eux  aussi,  qu'un 
intérêt  secondaire. 

Le  quartier  de  la  Folie-Méricourt  doit  son  nom  h  un  ancien 
chemin,  connu  a\i  moins  depuis  le  xvn" siècle  et  qui  menr.i!  ù  la  Folie, 
autrement  dit,  à  la  maison  de  campagne  d'un  personnage  dont  le  nom 
de  Moricourt  s'est  déliguré  en  Méricourt.  Même,  si  Fou  en  croit  Jaillol, 
le  nom  primitif  aurait  été  Marcaut,  ou  Moricaut,  ou  Moricaute.  On 
eût  bien  mieux  fait  de  donner  à  celte  région  un  autre  nom,  plu< 
précis,  plus  vrai,  plus  imagé  aussi,  celui  de  lu  Cûwiilte.  Car  nou> 
sommes  là  en  pb'ine  CourtiMe.  Il  y  a  cent  cinquante  ans,  pour  monter 

U 


H8 


PARIS -ATLAS 


à  Belleville,  on  avait  deux  chemins  : 
la  rue  du  Faubourg-du-TempIe  et  celle 
de    la  Fontaine-au-Roi;    encore    cette 
dernière  s"arrètait-ello  au  «  chemin  de 
Saint-Maur  »,  et  se  prolongeait  par  un 
chemin  de  terre,  fort  pittoresque,  tan- 
dis que  la  rue  de  l'Orillon,  qui  lui  a 
succédé,  ne  l'est  pas  du  tout.  L'espace 
intermédiaire  était  occupé  par  des  jar- 
dins que  les  bons   Parisiens  venaient 
cultiver  ardemment  chaque  dimanche. 
Chacun    avait   sa 
courtille,    comme 
à  Nîmes  on  a  un 
îna:c<,  à  Marseille, 
une    bastide.  Ah  1 
la    Courtille    du 
faubourg  du  Tem- 
ple! Quelle  jolie 
période      bucoli- 
que elle  eut  pen- 
dant   un    temps, 
digne    d'un    Vir- 
gile pour  la  chan- 
ter. Mais  bêcher 
la  terre,  arroser 
les  fleurs  donne 
soif;    des    guin- 
guettes se  créè- 
rent    parmi    les 
courtilles;    elles 
finirent  même 
par    s'y    substi- 
tuer, si  bien  que, 
peu  avant  la  Hé'- 
volution,   on   ne 
montait    plus    à 
la  Courtille    que  pour  gobelotter,  danser,    fêter   Bacchus  et  Vénus. 

Voir  Paris  sans  voir  la  Courtille, 
Où  le  peuple  joyeux  fourmille, 

cela  paraissait  impossible  au  poète  Vadé,  qui,  il  faut  le  dire,  ne  se 
piqua  jamais  de  raffinement 

Ce  fut  bien  pis  sous  l'austère  Heslauralion.  I,a  mode  vint,  on  ne  sait 
comment,  d'aller  achever  les  orgies  du  mardi  gras  à  la  Courtille  :  la 
nuit  s'y  passait  à  boire,  et  au  matin  du  mercredi  des  Cendres,  c'était 
pour  les  bourgeois  vertueux  un  divertissement  incomparable  que 
d'assister  à  «la  descente  de  la  Courtille».  On  s'y  montrait  parmi   les 


L'ÉGLISE    SAINT-JOSEPH. 


L'EGLISE    SAINT- AMBROISE. 


LAVE.NUE    IJi;    LA    1;  1, 1' U  U  1.1'^  U  E   Er    LE   TRA.MWA'J'    DE    KO  .M  A  I  .N  V  1  L  LIC 


masques  titu- 
bant, trébuchant, 
hoquetant,  lord 
Seymour,  lier  de 
son  surnom  de 
i<  milord  l'Ar- 
souille  »,  qui  ji-- 
tait  des  pièces  de 
monnaie  aux  ga- 
mins et  aux  ivro- 
gnes. Ces  réjouis- 
sances scanda- 
leuses ne  dépas- 
sèrent pas  la  Ré- 
volution de  1848. 
La  rue  du  Fau- 
bourg-du-Temple 
n'est  plus  main- 
tenant q  u  '  u  n  e 
des  plus  popu- 
leuses artères  de 
la  périphérie, 
sans  autre  inté- 
rêt que  de  pos- 
séder un  moyen 
de  transport  jus- 
qu'ici unique  à 
Paris  :  le  funicu- 
laire de  Belleville, 
qui  dessert,  pour 
leur  plus  grand 
profit,  quatre  ar- 
rondissements : 
les  X°,  XI»,  XI.V 
et  XX".  Il  a  com- 
mencé à  trans- 
porter des  voya- 
geurs précisément  le  27  mai  1891, après  des  difficultés  inouïes  d'essais, 
([ui  se  continuèrent  même  après  l'ouverture  de  l'exploitation,  et  se 
compliquant  de  contestations  financières,  durèrent  bien  trois  ans  :  do 
quoi  fournir  abondamment  sujet  ;\  la  chansonnette  aux  petits  théâtres, 
aux  faiseurs  de  brocards,  et  même  aux  revues  techniques.  Le  système 
est  des  plus  simples  :  dans  un  caniveau  souterrain,  un  câble  actionné 
par  une  usine  sise  à  Belleville  communique  sa  force  motrice  aux  voi- 
lures, ffui  prennent  contact  avec  lui  à  l'aide  d'un  grip.  Pour  obtenir 
l'arrêt,  il  suffit  au  conducteur  d'isoler  le  grip  de  ce  contact,  et  de 
serrer  le  frein.  La  vitesse  étant  produite  par  le  mouvement  incessant 
du  câlili'  est  forcément  la  même  à  la  montée  qu'à  la  descente. 

A  ce  quartier,  devenu  si  peuplé  en  moins 
d'un-demi-siècle,  on  jugea  qu'il  fallait  une  |)a- 
roisse,  car  il  ne  disposait  que  d'une  chapelle 
lie  Saint-Joseph,  située  rue  Corbeau  (.\°  arron- 
dissement], près  de  l'hôpital  Saint-Louis.  Par 
délibération  du  17  août  1860,  le  Conseil  nuini- 
lipal  confia  à  Théodore  Ballu  la  construction 
d'une  église  <lrvant  être  également  dédiée  i\ 
saint  Joseph,  sur  l'emplacement  d'une  caserne 
située  entre  les  rues  Parmentier  et  Saint-Maur. 
L'u'uvre,  conçue  dans  le  style  roman  du  xii"  siè- 
cle est  fort  Ixdle  —  nous  dirions  pres(|ue  triq> 
belle,  en  raisim  de  la  ferveur  de  la  population 
I)our  laquelle  elle  a  été  faite,  car  cetti;  ferveur 
est  des  plus  tièdes.  On  a  donné  à  drux  nn's 
avoisinantes  les  noms  de  flnrio.i/.aiclnvêiiuc  de 
Palis,  et  Deguerr!/,  curé  de  la  Madeleine,  lous 
deux  victimes  de  la  gui'rri'  civili'  de  1871  ;  il  eût 
été  habile  de  choisir  un  auti'e  ipiartier  pour 
celte  inanifeslalion  ex|)iatidre. 

\,'nvciiuc  l'armrnticr  est  le  boulevard  des  It.i- 
lieiis  du  (|uarlier.  Pi'ojelée  sous  le  second  ICiii- 
jiiie,  elle  est  l'cruvre  de  la  lti'qiubli(|ue.  .Nous 
reiriuiveroiis  plus  loin   la  maison    moitnaire  du 

|ière    illnslie   de   la    | rue  ih-    lerrv,   dont    elle 

jiiirte  le  nom.  Il  \r>\r  jhmi  de  choses  à  di|-e  des 
antres  voies  :  la  me  d' Aniinulèine  fut  ouverli; 
en  1781  sur  les  terrains  du  (^rand-l'rieuré  de 
l'iance  (lu  Templi^),  dont  V-.  duc  d'Angnulêmo 
él.iil  .ilors  grand  prieur.  L.i  rue  de  Nemours  — 
hommage  à  un  fils  de  Louis-Philippe  —  fut  créée 


ONZIEME    ARRONDISSEMENT 


119 


en  vcrlu  d'une  ordonnance  royale 
du  27  juin  1838,  autorisant  le 
sieur  Vimont  ;i  faire  ce  perce- 
ment sur  ses  terrains.  La  rue  des 
Trois-Bornes  a  un  passé  plus  res- 
jifclable;  elle  date  du  x\W  sii'TJe, 
mais  ce  nV-lait  alors  qu'un  che- 
min de  terre. 

I.f'S  deux  plus  lieriux  flruions 
du  quartier  Saint-Ambroise 
sonl,  de  mèiiii'  que  pour  le  i|uar- 
tier  précédent,  une  église  et 
une  avenue.  Parlons  d'abord  de 
l'église,  dont  il  tient  son  vocable, 
l.e  12  août  1636,  une  commu- 
nauté de  IVmnics,  les  Annon- 
ciades  du  Saint-Esprit,  quitla 
Saint-Man<lé  pour  venir  s'établir 
dans  une  maison  de  la  rue  Po- 
piniiiur(,  et  y  subsista  jusqu'à 
ce  que  la  Révolution  l'ait  sup- 
primée en  1790,  comme  tous  les 
autres  couvents.  Seule,  sa  cha- 
pelle fut  maintenue  et  conservée 
au  culte,  en  qualité  de  succur- 
sale de  la  paroisse  Sainte-Mar- 
L'uerite  :  elle  élail  dédiée  à  Notre- 
Daine-de-Pro|rrtioii  :  on  la 
nomma  Saint-Ambroise.  Gi- 
rault  de  Saint-Fargeau  en  dit, 
de  visu,  que  <<  c'est  un  édifice 
assez  vaste  et  solidement  con- 
struit, dont  le  portail  pyramidal 
produit  un  effet  agréable».  Il  ne 
laissait  pas,  cependant,  que  de 
gêner  le  passage  du  boulevard 
Voltaire;  aussi  décida-t-on  de 
le  démolir  pour  construire,  un 
peu  en  arrière,  l'église  actuelle, 
dont  Ballu  a  été  l'habile  archi- 
tecte. Pendant  que  son  édifica- 
tion se  poursuivait,  l'ancien  mo- 
nument resta  debout  :  quelques  rares  gra^nires  nous  les  représentent 
ainsi  cote  à  côte.  Saint-Ambroise  ne  fut  inaugurée  qu'en  1869;  c'est 
assurément  un  fort  bel  édifice,  dans  le  genre  roman  —  que  décidé- 
ment Ballu  prisait  fort,  puisqu'il  avait  adopté  le  même  style  pour 
Saint-Joseph,  que  nous  venons  de  mentionner  —  mais  il  ne  coûta  pas 
moins  de  2,217,o3i  francs  et  58  centimes,  sans  compter  qu'il  a  eu  les 
honneurs  d'une  luxueuse  monographie  formant  un  volume  in-folio 
édité  en  1874. 

La  rue  de  Popincourt  commence  là  maintenant  pour  aboutir  à  la  rue 
de  la  Roquette,  mais,  avant  1868,  elle  se  prolongeait  jusqu'à  la  rue 
Oberkampf  aux  lieu  et  place  de  celle  de  la  Folie-Méricourt,  que  l'on 


FAÇADE   DU   LYCEE    VOLTAIRE    (scR  l'avenue   de 


jugea  sans  doute  trop  fourte. 
Les  historiens  les  plus  véridiques 
nous  apprennent  que,  sous 
Charles  VI,  Nicolas  de  Popin- 
court, président  au  Parlement, 
avait  dans  celte  région  une  mai- 
son de  camjiaïïne,  une  ■•  folie  >■- 
Le  chemin  qui  y  menait  prit  le 
nom  de  son  propriétaire.  Voilà 
donc,  pour  une  rue  de  faubourg, 
des  lettres  de  noblesse  assez  vé- 
nérables. Il  parait  aussi  qu'au 
xvi«  siècle  les  cahinistes  avaient 
là  un  prêche,  ce  qui  donna  lieu 
à  une  émeute  durant  la  nuit  da 
29  décembre  1361.  Les  Lettres  de 
Catherine  de  Médicvi  mentionnent 
à  ce  sujet  un  certain  Bertrand. 
seigneur  de  Popincourt.  Ce  que 
les  historiens  n'ont  pas  relevé, 
croyons-nous,  ce  sont  trois  pas- 
sages très  curieux  du  Livre  com- 
mode des  adresses  de  Pari*  —  ce 
Bottin  si  précieux  d'.\braham  de 
Pradel  pour  l'année  1692  —  où 
il  est  question  de  Popincourt  : 
d'abord,  à  propos  du  Jardin  mé- 
dicinal qui  y  était  situé  et  où  se 
trouvait  une  bibliothèque,  ••  qui 
est  ouverte  seulement  les  di- 
manches après  vêpres,  en  faveur 
des  médecins,  des  chirurgiens 
et  des  apothicaires  artistes,  qui 
confèrent  en  même  temps  sur 
les  nouvelles  découvertes  qui  se 
font  dans  les  sciences  naturelles 
et  dans  les  arts  qui  en  dépen- 
dent 11  I  tome  I",  p.  137  de  l'édi- 
tion de  la  Bibliothèque  Elzévi- 
rienne  . 

Un  peu  plus  loin  (p.  178), 
l'auteur  fait  une  copieuse  ré- 
clame à  la  pension  pour  les  malades  sise  à  «  Pincourt  »  et  d'où  l'on  a, 
dit-il,  une  vue  magnifique.  Il  semble  bien  que  cette  maison  de  santé, 
aïeule  de  toutes  les  autres,  fut  une  dépendance  du  jardin  médicinal 
dont  il  vient  d'être  parlé,  d'autant  plus  que,  cinq  pages  plus  bas 
(p.  183),  du  Pradel  parle  avec  chaleur  encore  des  «  baignoires  et  étuves 
vaporeuses  de  nouvelle  invention  qui  se  tiennent  en  jardin  médecinal 
de  Pincourt,  entre  la  porte  Saint-Louis  et  la  porte  Saint-Antoine  ». 

Du  Pradel  dit  toujours  Pincourt   et  non  Popincourt.  Au  siècle  sui- 
vant, Jaillot  observe  aussi  que  le  peuple  ne  dit  pas  autrement.  Cette 
corruption  du  langage  n'a  pas  persisté  à  noire  époque. 
Dans  la  partie  de  la  rue  de  Popincourt  qu'a  absorbée  la  rue  de  la 


REPUBLIQUE;- 


\  LE   DE  LECOLE    bEOMM. 


1- Al.  .VUE    LiL"    LYCEE    VOLiAiKL    ,  b  . 


120 


PARIS -ATLAS 


Folie-Méricourt,  avait  été  construite,  au  xviii'  siècle,  une  caserne  pour 
les  gardes-françaises,  la  caserne  Popincourt,  dont  une  cité  ouvrière  et 
la  rue  Paiteur  représentent  maintenant  remplacement.  Le  marché 
Popincourt  s'élève  un  peu  au  delà,  dans  un  terrain  quadrangulaire 
où  était,  il  y  a  soixante  ans,  une  voirie  de  la  Ville. 

La  me  Oberkumpf,  que  parcourt  avec  fracas  l'umnibus  0,  se  nommait 
jadis  rue  de  Ménilmontant, 
et  avant,  de  toute  antiiiuili-, 
chemin  de  Ménilmontant.  Un 
décret  du  24  août  186i  lui 
donna  le  nom.  du  célèbre  fa- 
bricant de  toiles  peintes 
(mort  en  18lo);  le  vocable 
primitif  a  été  réservé  à  la 
partie  qui  traverse  le  XX^'  ar- 
rondissement. 

En  suivant  à  droite  les  bou- 
levards extérieurs,  les  vastes 
bâtiments  du  lycée  Voltaire 
nous  avertissent  du  voisinage 
de  Yavenue  de  la  Réimbliquit 
où  s'ouvre  la  principale  fa- 
rade.  Cette  avenue  porte  bien 
son  nom.  Quoiqu'elle  ait  été 
conçue  dans  le  plan  d'Hauss- 
mann  et  amorcée,  sous  le 
nom  d'avenue  des  Amandiers, 
entre  le  Chàteau-d'Eau  et  la 
rue  de  Malte,  le  second  Em- 
pire ne  put  ou  ne  voulut  rien 
faire  pour  ce  quartier  de  tra- 
vailleurs ;  c'est  l'honneur  de 
la  troisième  République  d'a- 
voir mené  à  bonne  fin,  il  y 
a  quelques  années,  une  œuvre 
aussi  importante.  On  s'en  est 
aperçu  dès  qu'elle  fut  livi-ée 
à  la  circulation  :  il  paraissait 
merveilleux   de  n'avoir  que 

Ijô'iO  mètres  à  faire  pour  aller  di^  la  place  de  la  lii'publiquc  .lU  l'ère- 
I.achaise;  puis,  par  l'avenue  Gambetta,  de  gagner  sans  grand  eflort  les 
sommets  de  Belleville.  Quel  soulagement  pour  les  chevaux  lourdement 
chargés!  Quelle  voie  directe  pour  les  convois  funèbres!  Quelle  route 
aisée  pour  le  tramway  de  Rr)niainville,  qui  en  prit  possession  effective 
et  exploitante  le  l"''  juin  1896. 

Puisque  l'usage  s'est  introduit  de  donner  aux  bitiments  scolaires 
di's  proportions  monumentales,  on  ne  s'étonnera  pas  que  b;  lycée 
Voltaire,  le  plus  jeune  des  lycées  de  Paris,  n'ait  pas  d('rogé,  au  con- 
li.iii''.  C'est  un  palais,  sinon  pour  la  beauté  (non  pas  qu'il  soit  laid),  du 
iiiuins  [lùur  la  grandeur,  et  son  archilecle.M.  Train,  y  a  fait  entrer  toule 
une  carrière  de  pierres  de  taille  pendant  les  cinq  ans  qu'on  a  mis  à 

l'i'lever.  La  du- 
ré(>  des  travaux 
est  inscrite  à  la 
façade  j)ar  les 
dates  188i- 
1889,  gravées 
au-dessus  des 
bustes  sculptés 
de  Voltaire  et  de 
l.avoisier  rejiré- 
si'utant,  l'un  li's 
bttres,  l'autre  la 
scirnce.  En  l'éa- 
lilé,  l'étahlisse- 
nu'nl  n'a  été  ou- 
viil  à  son  jeune 
imlilic  qu'à  la 
i.nlrée  de  18'JO. 
D'abor.l  destiné 
à  d<mner  exclu- 
sivi-ment  l'en- 
seignement mo- 
derne, son  cadre 
s'i-st  élargi  et 
l'enseignennjnl 
rlassi(|in'  y  csl 
[professé  suivant 
ÉGLISli  l'LA.MA.NPli  (litK  l'E  cuaiionnk).  les  programmes 


LA    MAIRIK     DU    XI'    A  K  U  O  M)I  S  S  EM  E.N  T. 


des  autres  lycées.  Les  élèves  s'y  préparent  au  baccalauréat  et  à  l'accès 
de  l'École  normale  ou  de  l'École  polytechnique. 

Un  peu  plus  bas  dans  la  même  avenue,  et  du  même  côté,  au  n"  79, 
se  voit  rÉcole  supérieure  de  commerce,  précédemment  rue 
Amelot,  102.  En  changeant  d'emplacement,  elle  n'a  donc  pas  changé 
d'arrondissement.    L'édilice,    d'allure    bien   plus   modeste,  mais  plus 

coquette  que  le  lycée  Vol- 
taire, a  été  inauguré  le  23  no- 
vembre 1898  iiar  le  président 
de  la  République.  Cela  aura 
été  un  des  derniers  actes  pu- 
blics de  Félix  Faure  qui  certes 
ne  se  doutait  guère,  ce  matin- 
là,  que,  trois  mois  après,  jour 
pour  jour,  son  cortège  fu- 
nèbre passerait  dans  cette 
même  avenue,  devant  ces 
mêmes  bâtiments  !  Fondée 
en  1820,  acquise  par  la  Cham- 
bre de  commerce  en  1869, 
l'École  est  une  institution  de 
l'État,  qui  y  entretient  des 
boursiers  admis  après  con- 
cours, et  après  examen  de 
sortie,  pourvus  d'un  diplôme 
fort  appréciable  pour  l'entrée 
des  carrières  diplomatique, 
consulaire,  ou  simplement 
pour  le  commerce.  Elle  ad- 
met en  outre  des  élèves  in- 
ternes (au  prix  de  2,000  francs 
par  an)  et  demi-pensionnaires 
(1,000  francs  I. 

La  rue  du  Clteiniii-Vert  — ■ 
remarquez  combien  il  serait 
plus  logique  de  dire  le  Chemin 
vert  et  la  Chaussée  d'Antin 
—  fait  la  limite  des<iuartiers 
Saint-.\mbroise  et  de  la  Ro- 
i|ueiir.  Lr  li'mps  est  loin  où  c'était  un  tapis  de  verduva  comme  son 
nom  le  dit  :  il  faut  poin-  cela  remonter  au  milieu  du  xvn' siècle.  Jaillot 
la  trouve,  dans  un  acte  de  1067,  qualilîée  «  ruelle  qui  va  à  Popin- 
court ».  Elle  ne  déjiassail  pas,  en  eflet,  cette  rue;  elle  se  conlinuail 
vers  la  campagne  par  la  rue  des  Amandiers.  (Vest  par  des  chemins  si 
aimables  que  l'on  gagnait  les  jardins  de  lielleville,  les  bois  de  Romain- 
ville.  Un  arrêté  d'avril  1868  a  réuni  les  deux  voies  sous  le  même  vo- 
i-able  de  Cliemin-Viul.  Rien  d'autre  à  en  dire  pour  le  côté  des  numéros 
impairs.  A  mi-côte,  à  droite  en  descendant,  après  avoir  traversé  la  rue 
Saint -Maur,  prenez  la  rue  Cuilliem,  (jui  en  quebjuos  mètres  vous  con- 
duira au  square  Parmenlier.  joli  rectangle  verduyanl,  idanlé  en  1872 
pour  remplacer  fort  avantageusement  l'aïuien  aliallniide  Ménihnon- 
tant,  désaffecté  depuis  1867. 

Quartier  de  la  Roquette.  —  .V  lui  seul,  ci'  nom  est  sinisire;  il 
éviiipie  la  ^jnilliiline,  1rs  liants  murs  de  prison  <u'i  des  enfanls,  incons- 
cients peut-être,  aiqirennent  le  vice  sous  piétexte  de  correction,  où  des 


VUE   DU    SyUAHK    i' A  U.M  li.N  T 1 1:  U. 


ONZIEME   AliltO-NDlSSEMEXT 


121 


foirais  attcmdent  l'Iieure  d'ôlre  conduits  au 
bagne;  il  évoque  encore  l'un  des  chemins  qui 
conduisent  le  mieux  à  ce  parc  du  Pcre-Lachaise 
qui  serait  la  plus  jolie  promenade  de  Paris  si  li's 
morts  ne  l'iiabitaiiMit  pas...  Dans  dix  ans  ces 
imi)ressioiis,  si  vives  pour  les  Parisiens  de  la 
lin  du  xix°  siècle,  ne  seront  plus  que  de  fugilil's 
souvenirs;  le  cimetière,  si  voisin,  hier  encore, 
de  la  guillotine,  ne  fera  plus  songm-  qu'à  la  jiaix 
du  dernier  sommeil,  et  les  étymologistes  conli- 
nueront  à  se  demander  s'il  faut  idenlilicr  in- 
quette  avec  raquette,  petite  plante  jaune  qui 
croissait  jadis  fort  abondamment  dans  la  région 
voisine  de  la  Bastille  et  a  donné  son  nom  à  la 
rue,  d'abord,  au  i|uartii'r,  ensuite. 

Le  coté  diiiil  (Ir  1,1  l'iii'  du  Clieniin-Vrrl  ap- 
partient, on  l'a  \  11,  au  i|iiartier  de  la  Koquetle. 
I.a  maison  (|ui  |iiiih'  Ir  ii"  68  est  celle  où  Par- 
iiientier  rendit  b'  ili-riiier  soupir,  le  17  décem- 
bre 1813,  à  l'âge  âf  soixante-seize  ans.  Il  était  né  le 
12  avril  1737,  à  iMoulilidier.  Sur  sa  maison  mor- 
tuaire, alors  située  rue  des  Amandiers,  n"  12,  la 


LA    PLACE    DE   LA    UOQUETTE    ET    LE    PÉNITENCIER. 


VNiy"  ' 

i/i 

'                               ^ 

1  .  j  1  i .  i  <jjâ 

1 

-          ^^ 

"V 

DEPOT    DES  CONDAMNES  ET   LES    CINQ   DALLES  DE   LA  GUILLOTINE. 


Ville  de  Paris,  reconnaissante,  a  fait  mettre  une  plaque  coinmémoralive. 

La  mairie  de  l'arrondissement  occupe  un  vaste  espace  triangulaire, 
limité  par  le  boulevard  Voltaire,  la  rue  S ed aine  (jadis  rue  Saint-Sabin) 
et  l'avenue  Parmentier.  C'est  un  bon  type  de  l'architecture  nninieipab' 
du  second  Empire;  elle  a  eu  lîailly  pour  auteur. 

Le  boulevard  Voltaire  (du  Prince-Eugène  jusqu'en  187U)  liaversr  bs 
quatre  quartiers  de  l'arrondissement,  sur  une  longueur  de2,8"J0  mètres. 
Il  fut  ouvert  par  sections,  à  commencer  par  la  partie  haute,  enirr 
18.57  et  186o.  C'est  une  belle  voie,  bien  bâtie,  très  pratique,  mais 
iiisigniliaiile. 

\.i\  place  Vo/te(;e  s'i'ti'iid  devant  la  mairie,  avec  un  large  dévelopiie- 
iiii'ul,  au  croisement  formé  par  le  boulevard  Voltaire,  la  rue  do  la 
Uoipiette  et  l'avenue  Parmentier;  elle  est  décorée  d'une  statue  de 
l.i-dni-Rollin,  par  Sieiner.  I.e  célèbre  homme  d'État  attend  là,  dans 
inir  alliludr  majestueuse,  rachèvemenl  de  l'avenue  ([ui  porte  son  nom; 
elb'  doit  venir  aboutir  à  ce  carrefour. 
t  Uuelques  pas  dans  la  direction  du  Pèro-Lachaise,  et  l'on  est  sur  la 
/  trop  fameuse  place  de  la  Roquette.  Au  xv"  siècle,  déjà,  existait  sur  ces 
hauteurs  un  banit-au  dont  la  maison  iiriiuipale  était  le  manoir  d'un 
certain  Ueimaiill  lEspicier  —  nullpini'nt  épicier,  si  ce  n'est  [lar  le  nom 
—  une  futic,  comme  celle  de  .Méricourt  ou  Moricourt  (voir  plus  haul), 
d'où  le  nom  qui  a  conservé  la  rue  de  laFolie-Rcynaull. 

L'espace  était  vaste,  boisé,  charmant.  Au  commenccnieni  dr. 
xvii°  siècle,  les  Jésuites  de  la  maison  professe  en  acquirent  toute  la 
jiartie  orientale.  In  plus  escai-pée,  qui  devint  leur  maison  de  campagni", 
et  par  suite,  celle  du  Père  Lachaise.  En  Ifi:i7,  les  relii:ieiisi-s  hospila- 


Belues. 


lières  de  la  Charilé-Notrc-Dame,  établies  à  la  place  Royale, 
se  firent  construire  un  couvent,  entouré  d'un  large  enclos, 
dans  la  partie  inférieure,  plus  voisine  de  Paris;  on  s'habitua 
vite  à  les  appeler  Hospitalières  de  la  Roquette,  parce  que  leur 
monastère  barrait  la  rue  de  la  Roquette.  C'est  alors  que  fut 
juverte  la  rue  des  Murs-dela-Roquetle,  qui  contournait,  par  un 
retour  d'équerre,  les  murs  de  ce  couvent.  En  186ij,  on  a  donné 
à  l'une  des  branches  de  l'équerre  le  nom  de  la  duchesse  de 
Mercœur  dont  les  libéralités  avaient  contribué  u  rinstallalion 
des  Hospitalières.  Sans  la  Révolution,  les  choses  seraient  peut- 
être  dans  le  même  état;  mais  1789  nous  a  ménagé  bien  d'autres 
surprises.  Les  religieuses  dispersées,  leur  couvent  rasé,  la  rue 
de  la  Roquette  reprenant  (en  1818)  son  tracé  normal,  une 
large  place  disponible  de  chaque  coté  de  la  place,  voilà  ce  qui 
permit  au  gouvernement  d'édifier  deux  prisons  là  où  de  pieuses 
tilles  avaient  prié,  et  quelles  prisons!  Maintenant  on  estime 
que  les  établissements  pénitentiaires  doivent  être  relégués  hors 
(le  Paris,  témoins  Fresnes  et  Montesson  ;  autrefois,  sous  le  bon 
roi  Louis-Philippe,  on  croyait  bon  de  les  ramener  de  la  ban- 
lieue dans  Paris,  témoin  la  Roquette  qui  avait  remplacé  une 
des  divisions  de  Bicélre. 

Nous  signalerons,  presque  à  l'angle  du  boulevard  de  Ménil- 
montant  et  de  la  rue  du  Chemin-Vert,  le  haut  clocher  d'une 
cliapelle,  dédiée  à  saint  Hippolyle  et  appartenant  à  un  couvent 
dit  de  Xotre-Dame-de-Peqiétuel-Secoui-s,  qui  s'est  installé  là 
depuis  peu. 

A  l'autre  extrémité  du  quartier,  tout  en  haul  de  la  rue  Je 
Ckaronne,  se  voit  la  très  jolie  cj/iVe  flamande.  Le  faubourg  Saint- 
Antoine  et  la  région  environnante  comptent  beaucoup  de 
de  gens  de  nos  provinces  du  Xord,  experts  dans  l'induslrie  du 


l'i:    VAL  1.  AN- 


]22 


PARIS-ATLAS 


meuble,  et  qui  parlent  peu  ou  mal  ou  pas  du  tout  le  fran- 
çais. Dès  1862,  Ms'Delebecque  prit  l'initiative  de  leur  four- 
nir une  église  oii  les  offices  fussent  célébrés  en  flamand, 
et  fit  aménager  à  cet  effet  un  édifice  provisoire  dans  la 
rue  des  Boulets.  La  première  pierre  du  monument  actuel 
a  été  posée  en  1873.  Il  a  eu  pour  arcbilecte  M.  Arthur 
Verhaegen,  qui  s'est  inspiré  du  style  gothique  le  plus  pur 
et  a  parfaitement  réussi.  A  l'église  est  annexé  un  patro- 
nage pour  les  deux  sexes,  avec  salles  de  lecture, 
de  jeu,  buvette,  etc.,  véritable  cercle,  au  sens  propre 
du  mot.  Peut-être  même  y  joue-t-on  le  haccara,  mais, 


l'ancien  hôtel  de  Vaucanson,  situé  rue  de  Charonne,  47  (sic), 
tenant  par  l'autre  extrémité  à  l'impasse  de  la  Roquette  ». 
A  l'angle  des  rues  de  Charonne  et  du  Faubourg-Saint- 
Antoine  s'élève  une  fontaine,  plus  haute  que  belle,  qui  date 
de  1671,  mais  fut  en  partie  reconsiruile  en  1810.  Elle  por- 
tait, paraît-il,  une  longue  inscriplinn;  il  n'y  en  n  plus  de 
traces. 
Et  puisque  nous  parlons  fontaines,  signalons  celle  de 
la  rue  de  la  Roquette  (n»  68),  encastrée  dans  une  ar- 
cade   élégante   et  que   l'on  pourrait    pr(>sque   croire 
ancienne    si    on    n'y    lisait    la   date    :    MDCCCXLVI. 


ST.M'UE   DU    «ERGENT  BOBILLOT. 


FO.NTAI.NE  DE    1S71    (ruk 


a,  coiq)  sur,  si  on 
l'y  joue,  c'est  en 
ihiinand,  et  bien 
innocemment. 

La  rue  de  Clia- 
lonne  fait  la  li- 
mile  entre  lis 
([uarlii/rs  dr  la 
Hoquet  t  e  e  t 
Sainte -Margue- 
rite ;  ce  fut  au- 
trefois une  rue 
aristocratique, 
riche  en  cou- 
vents et  en  hô- 
tels, comparable 
à  l'ancienne  rue 

Saint-Dominique  du  faubourg  Saint-Germain.  Elle  n'a  plus  cet  aspect-là 

aujourd'hui  que  l'industrie  l'a  complètement  conquise.  Pour  n'y  plus 

revenir,  nous  décrirons  dès  maintenant  ses  deux  côtés. 
Voici,  un  peu  au-dessous  du  boulevard   Vollaire,  au  n"  99,  la   Cité 

Bmi-Secours,  construite  sur  les  ruines  du  prieuré  de  iNotre-Dame-de- 

Hon-Secours,  qu'avait  fondé,  en  1648,  dame 

(Maude  de  Bouchavannes.  Le  lieu  se  nom- 
mait depuis   longtemps  la  Croix-Faubin  ; 

il  est   regrettable  qu'on    ait    substitué   à 

cette  dénomination  historique  celle  d'im- 
passe Delaunay,  (|ue  porte  maintenant  le 

«  cul-de-sac  delà  Croix-Faubin  ». 
Presque  en  face,  aux  W'   92-96,  une 

porte  majestueuse  attire  le  regard  ;  (t'est 

celle   du  couvent  des  Filles-de-la-Croix, 

fondé  en  1639  et  qui  a  survécu  à  la  Révo- 

liilion  en  ce  sens  qu'il  s'est  reconslilui' 

dans  ses  mCmes  b;Uiments,  le  17  mars  1817. 
Au  n°  51,  l'hôtel  de  Mortagne  a  conserv(' 

quelques  vestiges  de  son  passé,  deux  fois 

séculaire;  il    garde    surtout  le  souvenir 

de  l'illustre  mécanicien  Vaucanson,  f|ui  y 

ifiouiut  h;  21  novembie  1782,  et  la  gloiri' 

d'avoir  été  le  berceau   du   Conservatoin- 

des  arts  et  métiers.  C'est  dans  celte  mai- 
son, en  effet,  que  Vaucanson  avait  réuni 

li's  premiers  éléments  de  la  collection  ipn' 

nous  admirons   dans  l'ancien   |)iieuré  de 

Saint -Marti  11 -des -Champs.     L'iiisiripliou 

apposée  par  la  Ville  di'  Paris  en  riiomii-ur 

de   Vaucanson    aiiiait  dû,   croyoris-iiuus, 

raiipeler  ce  fait  historii|ue. 
Il  existe  aux  Archives  nationales  IV,  II. 

Seine,  12)  un  dossier  relatif  au  projid  - 

qui  n'eut  pas  de  suite  —  "  d'ouvrir  un 


l'I.lN  I  A  IN  E     DE     184C     (Rl'E    DE    LA     ROQUETTE). 


passage  découvert  sur  remplacement  de 


1,A    KLE    DK.'S    l.M.MEUbLES-liNUUfSlKlELS. 


Quel  est  donc 

ce    Basfrni,  jugé 

digne  de  donner 

son  nom  à  une 

rue  de  quartier"? 
Vraisemblable- 
ment, ce  ne  fut 

pas  un    homme, 

mais  un  lieu  dit  ; 

Jaillot    déclare 

avoir     trouvi' 

dans  les  archivis 

de  l'archevêcln'. 

àladatedulSno- 

vembre  1393,  le 

bail  d'une  pièce 

de    vigne    «  au 

lieu  dit  Baffer,  sur  le  cheniln  Saint-Antoine  ».  Des  actes  moins  anciens 

établissent  l'identité  entre  Batfer  et  Basfroi.  iVous  n'en  siuiinies  guère 

plus  avancés  pour  cela  ;  qu'était-ce  donc  que  Batfer  ? 

Sur  II'  iMiint  d'interrogation,  nous  passons  dans  le  quartier  Sainte- 
Marguerite,  enserré  entre  les  rues  de  Charonne  et  du  Fauhourg-Sainl- 
Antoine  qui,  formant  à  elles  di'uxle  dessin 

,         irrégulier  des  In  anches  d'une  parenthèse, 

enferment  un  gidiipe  très  dense  d'habita- 
liiiiis  oii  le  cliôniage  n'existe  i.'iièr(\ 

.lus(iu'au  règne  de  Louis  Mil.  \r  i  licmin 
de  Vincennes  n'était  bnidi'  (|iic  dv  raifs 
maisiiiis  et  dépendait,  au  puint  de  vue 
ecclésiastiqur,  de  l'église  Saint-Paul.  La 
p(q)ulatioii  augmenta  alors  et  réclama  une 
paroisse  jiour  elle.  Des  alermoiements, 
dniil  le  récit  n'olTre  plus  d'intérêt  depuis 
liingliMiips.  (ircnl  ipie  ri'i.'Iise  smiliaitée, 
Sainte -Marguerite,  \>r  tut  livrée  au 
cultr  qu'en  1034  comnir  suii'iirsale  de 
Sainl-Paul,  et  ne  devint  luic  (|u'rii  1712. 
Il  paraît  qu'il  y  avait  uii,'rn(i'  :  le  <léiret 
d'i'TiTliiin  en  cure  explique  ainsi  la  né- 
c(s>ilé  de  ii'tic  mesure  :  I.  Les  lilierlins 
cl  1rs  iiniiveaiix  réunis  [les  rK/Héa  au  ca- 
llhilicismi'l,  (pli  siinl  en  très  grand  luinilu'e 
(lins  le  fauliourg,  n'étant  )ias  veillez  de 
pus,  se  (lispeiiseiit  iiièine  du  deviiir  pas- 
cal sans  craindre  d'être  ciiniius,  pai'ce 
i|n'ay:inl  la  libellé  de  satisfaiic  à  ce  de- 
viiir  à  S.iiiil-Paul  ou  à  Sainte-Maigiieiile, 
lin  ne  peut  y  découvrir  ceux  (|ui  y  man- 
i|iii'iil.  Celle  même  lilierté  d'aller  à  .Saiiil- 
l'.iiil  iiii  à  Sainle-Maruueiile  l'ail  (|iie  les 
enlans  diulll  laiilioiirg  ne  sont  ni  à  l'une 
ni  à  l'aulre  de  ces  deux  églises,  et  no 
reçoivonl  aucune  instruction.  » 


ONZIEME    ARRONDISSEMENT 


123 


L'édifice  atteste  la  mauvaise  époque  artistique  qui 
l'a  vu  construire.  La  iaçade  notamment  fst  d'une  nu- 
diti;  rare.  A  l"int('i-ii;ur,  on  leinarque  quelques  O'uvres 
intéressantes  :  il  n'y  pas  longlenips  (février  1809;  que 
la  commission  du  Vieux  Paris  a  eu  à  se  préoccuper, 
pour  le  faire  replacer  à  une  fenêtre  du  chevet,  d'un 
petit  vitrail  du  xvii"  siècle  (|ui  se  laissait  oublier  dans 
les  comljles.  Lll(!  a  signalé  en  même  temps  le  heau 
monument  de  (iirardon  à  la  mémoire  de  sa  femme  et 
quelques  bas-reliefs  sculptés  par  Jean-Baptiste  Goy,  le 
premier  curé  de  la  paroisse,  qui  fut  tour  à  tour  sculp- 
teur, prêtre,  j)eintre.  "  Il  s'étoil  aiipliqué,  disent  les 
Nouvelles  hcclésiastii/ues  du  "22  avril  1738,  jusqu'à  l'ûge 
de  vingl-six  ans  à  la  sculpture,  et  avoit  jiassé  pour  cet 
eflet  plus  de  dix  ans  à  Home.  Plusieurs  pièces  de  sa 
façon,  qui  sont  dans  les  jardins  de  Versailles,  de  Meu- 
don  et  de  Marly  ont  été  pour  lui,  depuis  que  Dieu  l'eût 
touché,  un  objet  continuel  de  géraissemens.  »  C'est 
dire  que  les  bas-reliefs  qu'il  fit  pour  son  église  offrent 
toute  garantie  d'orthodoxie. 

L'ancien   cimetière    Sainte-Marguerite,    attenant   à 
l'église  du  coté  du  Nord,  serait  bien  oublié  aujourd'hui 
sans  une  circonstance  qui  lui  a  valu  la  célébrité.  Per- 
sonne n'ignore  que  le  petit  dauphin  Louis  XVII  mourut 
au  Temple  à  l'âge  de  dix  ans  et  deux  mois,  et  que  c'est 
ce  cimetière  qui  fut  choisi  pour  le  lieu  de  son  inhumation.  La  terre 
accomplit  proniptement  son  œuvre  d'assimilation,  car  les  recherches 
ordonnées  par  Louis  XVIII,    dès  le  début  de  la  Restauration,  pour 
retrouver  les  restes  du  dauphin  et  les  transférer  à  Saint-Denis,  n'aliou- 
tirent  à  aucun  résultat.  Le  hasard  y  fit  retrouver  en  1846  un  cercueil 
de  plomb  contenant  le  squelette  d'un  enfant  :  les  médecins  commis  à 
son  examen  n'hésitèrent  pas  à  déclarer  qu'on  était  en  présence  des 
ossements  de  l'enfant  royal.  Cependant,  divers  intérêts,  historiques  et 
autres,  n'avaient  cessé   de  se  manifester  dans  le   but  d'établir  que 
Louis  XVII  n'était  pas  mort  au  Temple,  qu'il  avait  fait  souche  :  des  héri- 
tiers se  produisirent.  De  nouvelles  fouilles 
furent  sollicitées  et  autorisées,  dans  le  cou- 
rant de  l'été  de  1894.  Elles  amenèrent  la 
nouvelle  exhumation  du  squelette  de  1846  ; 
mais  cette  fois  le  diagnostic  des  savants  fut 
tout  autre  ;  il  conclut  à  l'identification  de 
ces  restes  avec  ceux  d'un  sujet  qui  serait 
mort  vers  l'âge  de  dix-huit  ans,  près  de 
huit  ans  de  plus  que  n'en  avait  le  dauphin  ! 
Le  mystère  demeure  donc  entier,  si  tou- 
tefois on  veut  absolument  qu'il  y  ait  un 
mystère.    Ce  qu'il  y  a    de    moins   expli- 
cable, à  nos  yeux,  c'est  que  les  Comités 
de  la  Convention  aient  donné  leur  préfé- 
rence à  ce  cimetière   obscur  et  éloisné. 


PERSPEC  U\  1.    HL    l; 


UN    DES   ASPECTS   DE   LX   FOIRE   AUX  JAMBONS. 

Mieux  que  la  rue  de  Charonne,  la  rue  du  Faubourg-Saint-Anioine  est 
l'artère  importante  du  quartier  Sainte-Marguerite.  N'eus  réservons 
pour  le  chapitre  du  Xll''  arrondissement  la  description  de  la  place  de 
la  Nation,  et  tout  naturellement,  des  maisons  historiques  appartenant 
au  côté  pair. 

La  première  rue  que  l'on  rencontre  à  droite  en  descendant  est 
celle  des  Immeubles-Industriels, précédeuimenime  de  l'Industrie. Toutes 
ses  maisons  sont  bâties  uniformément,  ce  qui  se  voit  assez  souvent 
dans  nos  faubourgs,  mais  elles  offrent  une  bien  autre  singularité  :  la 
société  qui  les  a  fait  construire  a  pourvu  chaque  logement  d'un  cou- 
rant de    force   motrice, 

1        de  telle  sorte  que  tous 

les  occupants  peuvent  se 
livrer  en  chambre  à  leur 
industrie. 

La  rue  des  Boulets  n'est 
autre  chose  que  le  pro- 
longement  de    l'ancien 
chemin  de  Saint-Maur  à 
Saint-Denis,  et    elle    se 
continue,  en  effet,  dans 
l'arrondissement,  par  la 
rue  Saint-Maur.  Elle  doit 
son  nom  à  un  lieu  dit 
desBouletsdont  mention 
existe  dès  le  xvi'  siècle. 
Les    maisons    situées 
au-dessous    de    la    nie 
Roubo  [un  nom  de  menui- 
sier érudit  du  siècle  der- 
nier) prennent  vue  sur 
la    rue    de   Montreuil  el 
occupent  le  terrain  d<  - 
jardins  de  l'hôtel  Titci! 
situé  dans  cette  dernièi  ■ 
rue.    Maximilien    Titon, 
directeur    général    di  ~ 
manufactures  d'armes,  s'était  fait  consti'uire   là  un 
f<irt  belle  résidence  que  l'on  appelait,  suivant  l'usag.  . 
la  Folie-Tilon.   Après  sa  mort,  survenue  eu  1711,   < 
maison  fut  morcelée.  Sous  Louis  XVI,  un  des  pavillon- 
était  occupé  par  la  fabrique  de  papiers  peints  de  H.  - 
viillon.  On  sait  que,  le  28  avril  1789,  cet  élablissemeii 
l'ut  pillé  par  le  peuple  qui  accusait  Réveillon,  à  tort  oi. 
à  raison,   de  montrer  des  sentiments  très  peu  favv 
râbles  au  mouvement  de  liberté  qui  faisait  tressaillir  1  . 
France  entière.  Il  n'est  pas  démontré  que  celte  émeute, 
prologue  de  la  Révolution  à  Paris,  ne  fut  pas  organisé.- 
par  le  duc  d'Orléans,  qui  voulait  susciter  des  emban-ns 
au  gouvernement.  Ce  qui  est  plus  cuiùeux,  c'est  qu- 
Réveillon,  pour  sauver   ses  jours,    n'imagina  pas  u< 
meilleur  refuge  que  la  Bastille,  où  il  vint  se  conslitui  . 
prisonnier  volontaire.  S'il  eut  tort  d'avoir  été  si  peu 
Tarai  du  peuple,  il  faut  lui  tenir  compte  d'avoir  été 


.MARCHÉ  A  LA  FERRAILLE. 


124 


PARIS -ATLAS 


I.A    FAÇADE    DU    CIRi>iUE    D  JIIVEÏ 


ami  de  la  science  ;  quel- 
ques années  auparavant, 
il  avait  rais  son  jardin  oi 
son  argent  à  la  disposition 
de  Pilàtre  de  Rozier  pour 
ses  expériences  aéroslu- 
tiques. 

On  demande  une  plaque 
commémorative  pour  fixer 
tous  ces  souvenirs,  bons 
ou  mauvais.  Aux  temps  de 
révolution,  d'ailleurs,  le 
vent  a  toujours  soufflé  en 
tempête  dans  le  faubourg 
Saint  -  Antoine.  N'est  -  ce 
pas  de  là  que  partait,  avec 
sa  troupe  de  sans-culottes, 
le  terrible  brasseur  San- 
terre,  que  nous  retrouve- 
rons au  chapitre  suivant? 
N'est-ce  pas  cette  même 
rue  qui  vit  tomber,  frappé 
d'une  balle  mortelle,  l'ar- 
chevêque AfTre.venu  en  iiacifiraleur  pcnulanl  les  journées  de  juin  18i8 
elle  aussi  qui  fut  tériioin  de  la  mort  héroïque  de  Baudin? 

En  face  du  carrefour  où  aboutit  la  rue  Crozalier,  la  maison  nuim' 
rotée  loi  dans  le  faubourg  poric  rinscriplion  suivante  : 

DEVANT  CETTE  MAISON 

EST    TOMBÉ   GLORIEUSEMENT 

JEAN-BAPTISTE-ALPHONSE-VICTOR    BAUDIN 

nEPni;SENTANT    du    peuple    pour    le    DÉPARTEMENT    DE  l'aIN 

TUÉ  LE  3  DÉCEMBRE  18j1    EN   DÉFENDANT 

LA  LOI  ET  LA  RÉPUBLIQUE 

Aun^ïo  do  la  rue  du  Faubourg-Saint- Antoine,  une  lungu 
allée  conduit  à  un  bâtiment   d'aspect  médiocre,  mais  qui  a 
le  mérite  de  posséder  une  rampe  d'escalier  très  curieusement 
sculptée  sur  bois,  où  les  quatre  saisons  sont  représentées  jiar 
des  figures  allégoriques.  Ce  travail 
parait  remonter  au  xvii'  siècle;  il  y 
a  là  une  indication  utile  sur  l'épo- 
que reculée  où  l'industrie  du  bois 
était  déjà  en  faveur  dans  le  faubourg. 

Le  boulevard  Richard-Lenoir  (qui 
porte  le  nom  d'un  manufacturi(a- 
important,  mort  on  18;i9)  doit  son 
existence  au  canal  Saint-Martin  qu'il 
recouvre.  A  l'origine,  le  canal  était  à 
ciel  ouvert;  un  décreldu29aoùtl8"o7 
prescrivit  qu'il  serait  voùlé  entre  la 
place  de  la  Bastille  et  le  faubourg 
du  Temjjle,  sur  une  longueur  di' 
1,849  mètres  60  centimètres.  Au  smi- 
terrain,  il  fallait  de  l'air  cl  de  la 
lumière;  on  lui  en  a  fourni  fort  ha- 
bilement jiar  des  ouvertures  jirati- 
(juées  dans  la  vfjùte,  que  des  mas- 
sifs de  verdure  dissimulimt.  Dans  la 
partie  avoisinant  la  Bastille,  le  bou- 
levard ilonneasili',  durant  la  semaine 
(|\ii  |ii  écèiir  l'àques,  à  la  foire  aux 
jambons,  qu'on  pourrait  aussi  ap- 
peler foire  à  la  ferraille,  car  ces 
deux  marchandises  s'y  débitent  avec 
le  même  succès,  et  sans  concurrence 
possible.  A  l'iiileiseclion  îles  bou- 
levards Bichard-I.enoir  et  Vollaire, 
s'élève  la  statue  de  Bo billot,  un 
jeuneetvaillani  l'aiisiin,  nioii  en  hé- 
ros pendant  lexpéililinii  du  Tonkin. 

[>'ouvertuie    du  canal   Sainl-XIailiu 
disparaître  la  maison  de  Hi 


LA    .STATUF:    de   la    IM.ACE    DE   LA    Kf:PUIiLIQUI: 


ut  [lour  consé((uencft  de-  faii 
iuiiiaiiliais,  (|ui  fut  jicndant  la  llévoliilio 
et  ie  premier  Empire  l'une  des  curiosités  de  Paris.  Elle  couvrait  t(M 
l'espace  circonscrit  aujourd'hui  par  le  boulevard  Itichard-I.enoir,  I 
bniilevaiil  Beaumarchais  et  la  run  Duvnl  'Urival  fut  un  obscur  échevi 
di;  la  lin  <le  l'ancien   régiinej.    Iiiiii-.  un   iiuvi;ii.'e  ruiisiienrii-iiseniei 


documenté  sur  Beaumarchais  et  son 
teinps,  Louis  de  Loménie  a  fourni  d'in- 
téressants détails  sur  cette  résidence. 
L'auteur  du  Mariage  de  Figaro  en  avait 
acheté  le  terrain  à  la  Ville  en  178"; 
son  caprice  en  fit  une  demeure  telle 
«  qu'elle  ne  ressemblât  pas  plus  aux 
autres  maisons  que  le  Mariage  de  Fi- 
garo ne  ressemblait  aux  autres  comé- 
dies ».  De  là,  une  dépense  d'un  million 
six  cent  soixante-trois  mille  francs. 
C'est  le  lieu  de  dire  que  c'était  une 
folie,  plus  somptueuse  que  les  plus 
belles  du  quartier.  Les  suppliques  af- 
tluèrent  à  Beaumarchais,  pour  avoir 
le  droit  de  la  visiter.  M.  de  Loménie  en 
cile  une  cliarmanle,  écrite  par  une 
jeune  lille  : 

Muiisieur, 
Je  suis  choisie  dans  ce  mninenl  par  tonte 
ma  famille  pour  vous  présenter  une  retjnèle. 
Une  requête,  direz-vons!  Oh!  n'allez  pns 
vous  effrayer.  Elle  se  bornera  il  >ous  de- 
mandor  à  voir  votre  jardin.  On  aurait  bien  pu  charger  qucli:)u'un  qui  vous  eiU 
demandé  celle  permission  avec  plus  de  grâce,  mais  on  m'a  rassurée,  en  me 
disant  que  vous  étiez  indulgent,  que  vous  aviez  trop  d'esprit  pour  laisser  votre 
censure  s'arrêter  sur  ma  lettre,  et  que  vous  vous  mettiez  aisément  à  la  place 
d'une  jeune  personne  de  seize  ans,  obligée  d'écrire  à  quelqu'un  qui  possède  ce 
(aient  au  premier  degré.  Je  requiers  donc  votre  indulgence  pour  me  lire,  volro 
cuniplaisiince  pour  acquiescer  à  ma  demande,  et  je  suis,  pour  la  vie,  votre  servanle. 
Rose  Perrot,  rue  des  Tournelles,  n"  (i.'i. 

A  une  demande  faile  d'aussi  bonne  grâce,  Beaumarchais  ré- 

oiiilit  avec  son  esprit  habituel,  trouvant  seulement  la  famille 

I-  M"' Rose  «un  peu  imprudente  de  ne  pas  réserver  pour  des 

(jlijeis  plus  importants  l'intervention  d'une  jeune  personne  aussi 

spii  iliielle.  (lu  iillèie  son  Crédit  en  l'usant  à  des  bagatelles  ». 

Le  Cirque  d'hiver  (autrefois  cirque  Napoléon)  donne  au 

liiiulevaid  îles  FillesHlu-Cahaire,  le  soir,  quelque  animation. 

Il  a  été  construit,  sous   le  second 

Empire,    sur    l'emplacement    d'nn 

ancien  réservoir  de    la  Ville,    mis 

en  vente  publiciue  en  1781. 

lin  peu  plus  loin,  boulevard  du 
Temple,  n"  30,  était  la  maison  d'où 
Fieschi,  par  l'appareil  d'une  ma- 
cliini'  inl'eniale,  tenla  <rassnssiner 
l.oiiis-Philipi.e  le  28  juillet  1835. 

Ouelqiies  pas  encore  vers  la  place 
de  la  Hi'publi(|ue,  et  nous  sommes 
\  is-à-vis  lies  maisons  construit  es  sur 
riin|ilaeeiiient  des  fameux  lliéàlres 
({iii  valuii'ut  au  boulevard  du  Timu- 
|ile  le  surnom  de  Imnlevard  du 
('.lime,  cncon>  ipie  le  dciine  n'y 
si'vit  pas  oxclusi\cmenl.  ('.'('■Inieiit 
t'ianconi,  b's  Eun.imbules,  la  (iaiti'', 
les  Eolies^Dramaliques,  les  Délas- 
seinents-Comi(|ues,  le  théâtre  de 
.M'""  Sa(|ui.  Ajuès  avoir  joui  d'une 
grande  vogue,  tous  disparurent,  en 
18(>2  :  un  ukase  d'Ilaussmann  le-. 
e\|iiiipiiail    pour  le  percemenl   ilii 

I Ie\.iril    lin    l'i'inci>-I';ugèn('   (au- 

luiiidliiii     l.niilevanl    Voltaire)    et 
I  h.iinH.iiJe  de  la  place  du  Cliâleaii- 

h"(.  NcurOciii.  d   l!.nl. 

l'il  iiniis  Miii  i  revenus  .111  piiint  de 
départ,  à  l.i  pl.iie  ili>  l.i  l(i'|uildi<|iie, 
La  statue  iiiiuiiinn'iil.ile  ;'i  l.iipiellc 
elle  cbdl   Sun  n<iiii   y  fui    éiigi'c   en 

188.3,  «à  la  gb.ire  de  l.i  lié|.iil.li.|i An-;  |iieds  de  la'  sl.iliie,  .euvre, 

par  association  des  ileiix  Irères  Mni  i.  i-,  l'iiii  scul|di'ur,  l'aulre  archi- 
tecte se  dresse  un  superbe  limi  di'  lunii/c,  dû  .lu  sculpleur  lialou.  Le 
socle  est  décoré  do  demi  haiilsieliels  en  Im.n/.e  ;  chacun  d'eux  consacre 
une  des  grandes  journées  des  vicloi|-es  du  |ieii|i|e  :  celle  de  178ÎI,  cidle 
de  1830,  cidic  deis'iS,  cidie  de  1870:  ilssonl  li.iilésavec  un  ,iil  p.nl.nl. 


PARIS 


ONZIEME    ARRONDISSEMENT 


S 


-"S    î%^^  1    ^^         ^S*?-?  C'du  l'alun        S       >.       "SS-  =  _     ^xi-=|.* 


PA  RI  S-ATUAS 


I.A    PLACK    1)K    1,A    JIASTILLE 


Û^JPNPl33EHEnjT.  (S) 


REUILLY. 


43°  guAnriRR  :   BEL-AIR,  --  -46"  ouautif.r  :  PICPUS.  —  47°  quxrtier  :   BERCY. 
48"  QUARTIKR  :  QUINZE-VINGTS. 


oici  que,  poui'  la  première  l'uis,  imus  avims  al- 

faire  à  un  arrondissement  qui  ijarllcipe  à  la  i'dis 

ilu  Paris  de  Louis  XVI  et  de  celui  de  Napoléon  III. 

Aucun  de  ceux  qui  le  précèdent  n'atteignait  à 

renccinte    fortilii'e;  tous    ceux   qui   le  suivent 

soûl,  en  majeure  partie  —exclusivement,  même, 

pour  les  XVII%  XVIII",  XIX"  et  XX"  —  constitués 

par  les  territoires  annexés    en   1860,   compris 

entre  les  forliflcalions  et  l'enceinte  des  fermiers 

généraux,   celle  des   anciennes  harrièrcs,   celle 

des  boulevards  qu'à  tort  et  par  routine  i.n  continue  à  appeler  exti'rieurs. 

Le  XII°  arrondissement,  dit  Ruun.Lv,  couvr(>  une  surracc  de  o68lii'c- 

tares,  supérieure  à  celle  de   tous  les  autres  arrondissenu'uts  sauf  les 

XIII=,  XV«  et  XVI». 

Sa  population,  au  dén.imhrement  de  1890,  était  de  lI3,:j-27  liabitanis. 
et  on  a  lieu  de  s'en  étonner,  si  l'on  considère  les  vastes  espaces  inha- 
bités qu'y  occupent  l'Entrepôt  et  les  gares  du  P.-L.-M.  11  est  vrai  que, 

Paiiis-Atlas. 


sur  Cl'  c  liiHVo  tiital,  lr>s  doux  seuls  quartiers  de  Picpus  et  des  Quinze- 
Vinj;ls  entrent  pour  près  de  92,000.  Population  qu'il  est  d'ailleui-s  aisé 
de  délinir,  car  elle  ne  comporte  que  deux  grandes  catégories:  les  ar- 
tisans en  activité,  si  on  peut  ainsi  parler,  el  les  artisans  en  retraite; 
les  premiers  lialiitenl  tout  naturellement  les  deux  quartiers  populeux, 
et,  les  sei'oiuls,  les  deux  autres. 

Le  quartier  de  Bel-Air  est  limité  par  l'axe  du  cours  de  Vincennes, 
le  rem|)arl  (à  droite)  et  l'axe  des  rue  el  boulevaixl  de  Picpus  jusqu'à  Li 
place  de  la  Nation.  Si  l'on  donnait  à  l'expression  Bel-.Vir  le  sens  qu'elle 
avait  au  grand  siècle,  il  faut  convenir  que  la  dénomination  sérail  ici  un 
peu  trop  élogieuse,  car  ce  quartier  ne  saurait  piétendre  au  monopole 
de  toutes  les  élégances;  il  est  surtout  le  quartier  du  bon  air,  et  c'est 
ainsi  que  nos  pères  ont  entendu  désigner  l'ancien  hameau  qui  lui 
donné  son  nom. 

Ce  hameau  dépendit  d'abord  de  la  paroisse  de  Sainl-Mandé  qui,  elle 
méuu',  ne  l'ut  jusqu'en  1780  qu'un  écart  de  la  paroisse  de  Charenlon- 
Saint-Mauricc  (aujourd'hui  Saint-Maurice\  1789  émancipa  Saiul-Maudé, 

là 


126 


PARIS-ATLAS 


en  fit  une  commune,  malgré  les  protestations  de  son  ancien  chef-lieu. 
Elle  avait  un  beau  et  vaste  territoire  du  côté  de  Paris,  mais  la  loi  du 
l()juinl839  l'en  déposséda  en  annexant  à  la  capitale  tout  ce  qui  en 
était  compris  entre  les  fortifications  d'une  part,  les  boulevards  de 
Picpus  et  de  Reuilly  d'autre  part,  c'est-à-dire  tout  le  quartier  de  Bel- 
Air  et  la  moitié 
environ  de  celui 
de  Picpus.  Les  ha- 
bitants de  cette 
zone  se  trouvè- 
rent, le  !'=■'  jan- 
vier 1860,  de  Man- 
d  é  e  n  s  qu'ils 
étaient,  devenus 
Parisiens;  les  uns 
s'en  montrèrent 
mécontents,  les 
autres  flattés,  cha- 
cun suivant  ses  in- 
térêts. Au  reste, 
on  ne  s'était  pas 
jimusé  à  les  con- 
sulter; ils  n'é- 
laient  pas  assez 
nombreux  pour 
cela.  Ce  n'était  pas 
encore  depuis 
longtemps  le 
quartier  cher  aux 
petits  rentiers  qui 
réalisent  le  rêve 
amoureusement 
caressé  d'achever 
leurs  jours  dans 
une  villa  à  eux, 
entre  cour  et  jar- 
din, les  dimen- 
sions     important 

peu.  Il  y  a  soixante  ans,  on  y  aurait  surtout  rencontré  de  larges  terrains 
livrés  au  maraîchage  et  quelques  vastes  propriétés.  Aussi  les  souvenii's 
liistoriques  sont-ils  plus  que  rares.  L'un  des  plus  anciens  peut-être 
est  ce  contrat  que  nous  avons  rencontré  aux  Archives  nationales 
{L.957)  par  lequel,  le  18  août  1717,  Etienne  Malappe,  marchand,  et 
Marie  Lemaistre,  sa  femme,  acquirent  de  Jean  Garnier,  ancien  capitaine 
général  des  charrois  de  l'artillerie  du  roi,  «  un  arpent  de  terre  situé  au 
terroir  de  Saint-Mandé  au  lieu  dit  Montanpoivre,  sur  ta  hauteur  de  Pic- 
fiuce,...  tenant  par  bas  sur  le  grand  chemin  qui  conduit  aux  terres  de 
M""  l'abbeysse  de  Saint-Antoine».  La  rue  et  la  porte  Montempoivre  — 
avec  une  orthographe  un  peu  différente, appartiennent  à  notre  nomen- 
clature ]iarisienne,  et  voilà  pour  elle  des  titres  de  noblesse,  mais  nous 
aimerions  mieux  pouvoir  expliquer  cette  dénomination  bizarre,  véri- 
table casse-tête  des  étymologistes. 
C'est  aussi  pour  la  première  fois  que  nous  rencontrons  le  chemin 


"\                         Ji 

LA  PORTE  DOREE. 


l-.\  CAbER.NE  DE  KEUILLV. 


de  fer  de  Ceinture,  qui  ne  dessert  que  les  neuf  derniers  arrondisse- 
ments, à  parlir  du  XII".  Le  moment  est  donc  opportun,  avant  de  décrire 
sa  route,  de  dire  quelques  mots  de  son  origine.  Il  est  exploité,  on  le 
sait,  par  les  six  grandes  Compagnies  de  chemins  de  fer  syndiquées  à 
cet  effet.   La  première  section   construite    fut    celle  de    l'avenue  de 

Clichy  à  Orléans- 
Ceinture;  elle  fut 
ouverte  en  18S4, 
mais  seulement 
pour  le  transit  des 
wagons  entre  les 
réseaux  d'Orléans 
et  de  Lyon,  d'une 
part,  ceux  de  l'Est, 
du  Nord  et  de 
l'tiuest,  d'autre 
part.  Les  voya- 
geurs n'y  furent 
admis  qu'en  1862. 
La  deuxième 
section,  entre  Or- 
léans-Ceinture et 
Auleuil,  date  de 
1867.  Elle  se  con- 
fond, en  ce  der- 
nier point,  avec  la 
ligne  de  Paris- 
Saint-Lazare  à  Au- 
leuil, qui,  livrée  à 
la  circulation  dès 
l'année  1854,  n'a 
pas  cessé  d'appar- 
tenir exclusive- 
ment à  la  Compa- 
gnie de  l'Ouest. 
En  1869,  fut  établi 
le  raccordement 
de  Courcelles  à 
l'avenue  de  Clichy,  grâce  auquel  on  pouvait  désormais  faire  le  tour  de 
Paris  en  un  circuit  continu.  Enfin,  en  1893,  la  Cumpagnie  du  Nord  s'est 
reliée  directement  à  la  Ceinture  par  un  double  embrancliement,  l'un 
vers  l'Ouest,  l'autre  vers  l'Est;  la  bifurcation,  dite  des  deux  branches, 
s'effectue  en  souterrain,  à  la  Chapelle,  sous  les  voies  principales  du 
réseau.  Seules,  les  gares  Saint-Lazare  et  du  JN'ord  reçoivent  directement 
les  trains  de  la  ligne  de  Ceinture,  mais  toutes  les  autres  gares  pari- 
siennes sont  reliées  au  réseau  par  une  correspondance  au  point  de 
croisement.  Les  prix  sont  de  40  et  20  centimes,  suivant  la  classe  pour 
un  parcours  de  deux  stations,  de  53  et  30  centimes  pour  un  trajet 
supérieur,  quelle  qu'en  soit  la  longueur.  La  ligne  comple 32 kilomètres; 
28  stations  y  sont  établies,  en  comptant  colle  du  pont  Marcadet  qui  est 
commune  à  la  Ceinture  et  aux  lignes  du  Nord. 

Voyons  maintenant  quel  est  le  parcours  du  clieniin  de  fer  dans  le 
XII"  arrondissement.  La  voie  ferrée  y  demeure  constamment  paral- 
lèle aux  fortifications,  qu'elle  suit  de  très  près.  Elle  franchit  le  cours  de 
\  iucennes  et  l'avenue  de  Saint-Mandé  sur  des  ponts  métalliques  et 
I  roise,  en  passage  supérieur,  la  ligne  de  Paris  à  Vincennes  à  la  station 
lie  Bel-Air,  traverse  l'avenue  Daumesnil  sur  un  beau  jiont  d'où  l'on  a 
iiii  jiili  eiiup  d'(eil  sur  le  linis  de  Viiu'ennes;  jiuis,  ajn-ès  un  arrêta  la 
li.illi'  de  la  rue  Claude-Decaen,  ouverte  le  5  mai  1900,  elle  s'engage 
dans  une  tranchée  dont  la  descente  est  assez  rapide,  passe  sous  la  rue 
de  Charenlon,  croise,  également  en  passage  supérieur,  les  voies  du  che- 
min de  fer  de  l.ynn  et  atteint  la  gare  de  la  Ràpée-Bercy  ([ui,  de|Miis 
trop  longtemps,  .il  lend  un  bâtiment  moins  miu.ilile.  |':m  traversant  l.i 
Seine  surb,'  pont  National,  elle  sort  de  rarroinlisseiiieiil  pour  entrer 
dans  le  XII1«. 

.\ous  ne  quitterons  pas  le  quartier  de  lîel-.Vir  sans  avoir  salui'  en  la 
I  ne  du  Rendez-Vous  un  tiès  ancien  chemin  conduisant  à  un  lendez-vous 
di'  chasse  du  bois  de  Mrieennes, —  et  signalé  dans  cette  rue  l'église  de 
rimmaculée-Conception,  cure  modeste  cjui,  jiar  exeeiition,  n'appai- 
ii''iit  pas  à  la  Ville  de  l'.nis. 

A  noter  enfin  que  la  porte  de  Pi(  pus  .ippaitii'ut  à  ce  ciuarliei-  et  non 
•  I  I  elui  dont  elle  jiorle  le  noni.  Mais,  dira-t-oii.  (|u'est-ce  ipie  hi  )i(irlo 
de  Picims?  A  quoi  nous  lépondrons  que  c'est  la  /lorte  Durée,  celle  qui,  , 
■  I  l'extrémité  de  l'avenue  Daumesnil,  ouvre  sur  les  taillis  du  bois  une  | 
I  ivissanle  perspective,  celle  dont  les  abords  sont  pourvus  de  «i salons» 
pour  noces  pacifiques  et  pour  meetings  tumultueux.  Personne  ne 
1  oiinaît  la  porte  de  Picpus.  Qui  donc  avouerait  ignorer  la  porte  Dorée'.' 
'  Le  \<j'  (juartier  de  Paris  se  nomme  Picpus.  En  réalité,  historique- 
ment, nous  sommes  à  Reuilly,  mais   l'administration    préfectorale 


DOUZIÈME    ARRONDISSEMENT 


127 


de  1860  avait  besoin  de  ce  dernier  vocable  pour  bap- 
liser  son  arrondissement,  et  elle  a  sacrifié  l'iiistoire. 
I)(^  Rouiliy,  le  savant  abbé  Lobouf  disait  ceci,  il  y  a  cent 
cinquante  ans  :  "  Je  ne  me  suis  point  arrôtô  à  réfuter 
ici  les  modernes  qui  ont  cru  que  le  Rnmiliacum  villx, 
terre  voisine  de  Paris,  où  le  roi  Dagobcrt  I''  répudia 
(lomatrude,  sa  première  femme,  pour  prendre  .Nan- 
tliildc,  n'est  autre  que  Romainville.  L'analogie  du  latin 
est  entièrement  pour  Heuiily,  canton  situé  à  rexlrémité 
du  faubourg  Saint-Antoine,  où  nos  rois  avoient  alors 
une  maison.  »  En  dépit  de  sa  science,  Lebeuf  se  trompe. 
Nos  rois  n'avaient  pas  de  maison  à  Reuilly,  et  Reuilly 
ne  vient  pas  de  Romilùicum,  mais  de  Rutiliacum ;  c'est 
;'i  Romilly  que  Dagobcrt  divorça.  Cela  n'empêche  pas 
Reuilly,  de  par  son  nom  même,  d'avoir  pu  être  déjà 
un  hameau  voisin  de  Paris  au  moment  de  cette  aven- 
ture; seulement,  les  preuves  manquent. 

Dans  un  document  intitulé  :  Mémoire  curieux...  sur 
la  fondation,  le  patronage  et  la  nomination  à  la  cure  de 
l'église  paroissiale  de  Sainte-Marguerite  (1738,  in-121,  on 
trouve  le  te.xte  d'un  contrat  de  vente  en  1624  par  Jean 
de  Vilry,  sieur  de  Reuilly,  à  Antoine  Fayet,  curé  de 
Saint-Paul  «  d'une  pièce  de  terre  contenant  sept  quar- 
tiers, sept  perches  ou  environ,  assis  au  terroir  de  Paris, 
proche  le  moulin  à  vent  de  l'abbaye  de  Saint-Antoine- 
des-Champs  ».  Reuilly  avait  donc  pour  seigneur  Jean 
de  Vitry;  mais  il  est  probable  que  la  majeure  partie 
de  la  terre  appartenait  à  l'abbaye  de  Saint-Antoine- 
des-Champs,  qui  y  avait  déjà  un  moulin.    ^ 

Dans  le  Journal  d'un  voyage  à  Paris  de  deux  EoUan- 
daisen  1636-1638,  il  est  fait  mention,  d'une  façon  incidente,  de  Reuilly, 
en  novembre  1657.  Ce  fut  le  temps  où  fut  fondée,  par  Colbert,  dans 
le  hameau,  une  manufacture  de  glaces  destinée  à  entrer  en  concur- 
rence avec  la  fabrication  vénitienne  qui  seule  alors  pourvoyait  aux 
besoins  de  l'Europe  civilisée.  L'orgueil  de  Louis  XIV  lut,  en  cette 
circonstance,  servi  à  souhait  par  la  sagacité  du  ministre,  et  les  glaces 
de  Reuilly  tirent  pendant,  avec  une  gloire  moindre,  toutefois,  aux 
tapisseries  des  Cobelins  ou  de  la  Savonnerie.  Ces  illustrations  de  nos 
faubourgs  ne  survécurent  pas  toutes  au  régime  qui  les  avait  créées  : 
la  manufacture  de  la  rue  de  Reuilly  est  devenue  une  caserne  d'in- 
fanterie. 

Juste  en  face,  au  n°  1 1  de  la  rue  de  Reuilly,  une  maison  basse,  sur- 
montée d'une  lourde  et  bizarre  tourelle,  attire  l'attention  :  c'est  la  bras- 
serie de  l'Hortensia,  aujourd'hui,  jadis  la  brasserie  de  Santerre,  du  fameux 
Santerre,  commandant  des  gardes  nationales  en  1793,  qui  mourut  là 
en  1809.  Des  jardins  reliaient  alors  la  brasserie  à  la  maison  particulière 
de  Santerre  dont  l'entrée  était  au  n°  210  du  fau'jourg  Saint-Antoine. 
L'n  peu  plus  haut,  au  n°  57,  est  l'Ecole  Boule,  fondée  par  la  Ville 

en  1886  pour  for- 
mer les  ouvriers 
de  l'ameuble- 
ment. Pouvait-on 
mieux  choisir  le 
quartier  et  la  pla- 
cer sous  de  plus 
favorables  auspi- 
ces que  ceux  du 
fameux  ébéniste 
de  Louis  XIV  ? 
L'enseignement 
professionnel 
dure  quatre  ans  et 
est  gratuit.  L'insti- 
tution dueauCon- 
seil  municipal  a 
eu  assez  de  succès 
pour  exiger  la 
construction  de 
nouveaux  bâti- 
ments annexes 
qui  ont  été  inau- 
gurés le  7  avril 
1895,  par  le  prési- 
dent de  la  Répu- 
blique. 

Au  delà  du  bou- 
levard Diderot, 
voici,  au  n"  36,  la 

LA    MAISON    DE    .SA.MEUKIO.  'OUtC     modcStC 


LA    MAIRIE    l'I-    XII'    ARR 


église  Saint-Eloi,  qui  ne  date  que  de  1880  et  dont  la  circonscription 
compte  plus  de  40,000  habitants.  Non  loin,  deux  rues,  déjà  existantes 
au  xvu"  siècle,  aboutissent  dans  la  rue  de  Reuilly  :  la  rue  Montgallet. 
qui  a  gardé  son  ancien  nom,  et  la  rue  des  Buttes,  aujourd'hui  rue 
(lu  Sergenl-Bauchat  en  commémoration  d'un  sergent  de  pompiers  qui, 
en  1894,  périt  victime  de  son  courage  dans  un  incendie,  à  Reuilly 
même.  —  Plus  loin,  au  n"  101,  les  bâtiments  monastiques  des  reli- 
gieuses de  Sainte-Clotilde  projettent  leur  ombre  de  silence  dans  ce 
quartier  populeux. 

Au  delà  des  anciens  boulevards  extérieurs,  la  rue  de  Reuilly  se 
nommait  chemin  de  Reuilly  ;  depuis  1873,  elle  a  pris  le  nom  du  général 
Claude  Decaen,  et  c'est  sous  ce  vocable  qu'elle  se  poursuit  jusqu'aux 
fortifications  qui  s'entre-baillent  là  (porte  de  Reuilly)  pour  donner  aux 
habitants  de  la  région  l'accès  le  plus  charmant  et  le  plus  immédiat  sur 
un  des  jolis  coins  du  bois  de  Vincennes, 

L'avenue  Daumesnil  a  été  ouverte,  sous  le  second  Empire,  pour  fournir 
aux  Parisiens  une  route  directe  et  agréable  vers  ce  bois.  Longeant, 
pendant  une  grande  partie  de  son  parcours,  le  remblai  du  chemin  de 
fer  de  Vincennes,  elle  n'appartient  au  quartier  de  Picpus  qu'entre  la 
rue  de  Rambouillet  à  l'Ouest  et  la  rue  de  Picpus  à  l'Est.  Dans  cet  inter- 
valle, au  croise- 
ment de  la  rue  de 
Charenton,  s'élève 
la  fort  jolie  mai- 
rie du  XII=  ar- 
rondissement. 
construite  de  1874 
à  1877  par  M.  Re- 
nard, séparée  par 
la  rue  Bignon  (di- 
plomate du  com- 
mencement du 
siècle,  assez  ou- 
blié maintenant': 
d'un  groupe  sco- 
laire important. 
L'ancienne  mairie 
était  voisine  de  l'é- 
glise de  Bercy.  En 
face,  s'élève  la  sta- 
tion de  Reuilly, 
ouverte  à  l'exploi- 
tation le  31  mars 
1877,  et  qu'une 
récente  déviation 
de  la  ligne  de 
Vincennes  a  mise 
en  bordure  mémo 
de  l'avenue.  vul  i^i:  llcolu  uou^t;. 


d28 


PARIS -ATLAS 


mais  n'indique  rien  pour  l'étymologie.  Au  fond,  nous 
inclinerions  assez  à  croire  qu'il  s'agit  là  d'un  nom  de 
famille,  élrangèrc  peut-être,  que  l'argot  populaire  aura 
dénaturé  par  un  calembour  aisé.  C'est  ainsi  que  Kerne- 
venoy  est  devenu  Carnavalet. 

L'aspect  de  la  rue  est  plus  étrange  encore  que  son 
nom.  Sur  la  majeure  partie  de  son  parcours  (qui,  au 
total,  est  de  1,835  mètres],  on  ne  rencontre  guère  que 
couvents,  maisons  de  santé,  établissements  charita- 
bles; aussi  le  calme  y  est-il  profond,  et  Victor  Hugo 
ne  pouvait  mieux  choisir  la  retraite  oi'i  Jean  Valjean 


FONTAINE   DE   LA    PLACE    DAUMESNIL. 

La  place  Daumesnil  occupe  le  faîte  de  cette  longue 
voie.  D'un  côté,  c'est  la  vallée  de  la  Seine,  de  l'autre  la 
vallée  de  la  Marne.  Au  centre  de  la  place  s'élève  une 
fontaine  monumentale;  nous  en  avons  déjà  parlé  :  elle 
décora  la  place  de  la  Ilépublique  jusqu'au  moment  où 
la  statue  de  la  République  prenant  sa  place  la  força 
d'émigrer  sur  ces  hauteurs.  Et  maintenant,  est-il  be- 
soin de  rappeler  que  Uaumesnil  est  le  nom  de  l'héroï- 
que général,  gouverneur  de  Vincennes,  qui,  en  1814, 
résista  si  vaillamment  aux  troupes  des  alliés  et  refusa 
de  rendre  la  forteresse ,  malgré  offres  et  menaces  ? 
Depuis  l'année  1877,  l'avenue  Daumesnil  était  des- 
servie dans  toute  sa  longueur  par  la  ligne  de  tramways 
BastiUe-Charenton.  Au  mois  de  novembre  1898,  la  traction  animale  y 
a  été  remplacée  par  la  traction  mécanique.  Il  est  bon  de  noter  que 
cette  ligne  a  été  la  première  oii  cette  traction  se  soit  faite  électrique- 
ment par  le  système  du  trolley. 

Étrange  rue  que  la  rue  de  Pic/jus!  Étrange  par  son  nom,  par  sa  phy- 
sionomie, par  la  dissemblance,  et  parfois  la  similitude  des  souvenirs 
qui  y  sont  groupés.  Le  nom,  d'abord,  l'explique  qui  pourra.  Nos 
ancêtres  n'étaient  pas  assez  naïfs  pour  rappeler  par  le  vocable  d'un 
chemin  que  la  fonction  des  puces  est  de  piquer,  ou  pour  croire  qu'idiis 
piquaient  là  plus  véhémentement  qu'ailleurs.  Il  faut  donc  cherclirr 
autre  chose,  mais  quoi"?  On  a  cité  avec  à-propos  ce  quatrain  du  poète 
bourguignon  Sénecé,  qui  chantait  dans  la  première  moitié  du 
.wn"  siècle  : 

Ilem.  de  la  salade  aussi  fraîche,  aussi  bonne, 

Aussi  réjouissante  en  sa  variété 
(Ju'à  Picquepuce  en  assaisonne 
L'ingénieuse  pauvreté. 

Cela  prouve  que  déjà  le  terrain  se  prétait  à  la  culture  maraîchère, 


iMi.   \n:  L  i:(.Li>i. 


LE    TIIAMWAY    ÉLECTRIQUE    DE    LAVENCE    DAUMESNIL. 


et  Cosette  surent  se  dérober  à  la  dramatique  poursuite  de  Javert.-* 
Parmi  ces  couvents,  il  en  est  un  dont  les  bâtiments  sont  antérieurs 
à  la  Révolution;  c'est  celui  de  l'Adoration  per|iéluc!l(>  qui,  on  1803,  a 
succédé  aux  chanoinesses  de  Saint-.Vugustin  dispiisées  depuis  1700;  il 
est  situé  aux  n<"3b-43.  Sonnez  à  la  porte  enlre-bàillée  du  3o  el,  en  mon- 
trant patte  blanche,  demandez  à  visiter  le  «  cimetière  ».  La  chaîne  de 
la  porte  s'abaissera  et  une  concierge  un  peu  sourde  va  vous  conduire 
à  travers  les  cours  et  les  jardins  du  monastère  où  quelques  béguines 
velues  de  llanclle  blanche  promènent  leur  éternelle  rêverie  jusiju'à  un 
enclos  entouré  de  murs  qui  semblent  l'isoler  du  reste  du  couvent. 
C'est  bien  un  cimetière.  Une  centaine  de  sépultures  —  chapelles  -oxi 
simples  dalles  funéraires,  très  simples  et  sans  une  fleur  —  y  sont 
groupées.  Les  noms  qu'elles  portent  sont  parmi  les  plus  illustres  des 
familles  françaises  :  La  Rochefoucauld,  Crillon,  dc>  Maupas,  de  .Mont- 
morency, de  Xoailles,  Forbin-Janson,  Talleyraiid-I'érigord,  Lévis  de 
.Mirepoix,  de  Rosambo,  de  .Montalembert,  de  Vaux,  La  Fayette...  Au 
fond,  un  second  enclos,  fermé  d'une  grille  qui  ne  s'ouvre  plus,  mais 
qui  laisse  voir  une  verdoyante  pelouse  occultant  presque  tout  le  ter- 
rain qui  a  environ  loO  mètres  de  superlicie.  Où  sommes-nous  ilonc 
ici  el  quidl.'  est  cette  mystérieuse  nécropole?  l'ne  inscription  va  nous 
le  dire  ; 

SÉPULTURE  DE   LA  MAISON 

DE  SALM-KYUBURG 

ET   DE  1,306   PERSONNES  QUI  ONT  PÉRI 

A    LA   DARIllÈRE   DU   TRONE   DEPUIS   LE  20   PRAIRIAL  AN   II 

jusqu'au   9  THERMIDOR   SUIVANT. 

C'est  le  cimetière  des  victimes  de  la  Terreur  —  de  celb^s  du  moins 
qui  furent  guillotinées  sur  la  <c  place  du  Trnne-Iienversé  »  lorsiiue 
l'i-chafaud  y  émigra  de  la  id;ice  de  la  Hévoiiilion  (  place  de  la  Concorde). 
La  pelouse  verdoyante  recouvre  la  fosse  commune  où  furiMïl  apportés 
pêle-mêle  les  1,306  cadavres.  Plus  tard,  une  société  s'est  constituée 
pour  racheter  le  terrain,  l'entretenir  pieusement  et  offrir  une  sépulture 
voisine  aux  descendants  de  ceux  qm  dorment  là.  André  Cliénicr, 
Antnine  Roucher,  son  ami  et  confrère  en  poésie  y  sont  aussi,  el  c'rsl 
pour  le  rapprocher  deipielqu'un  des  siens  ipie  l'on  y  enterra  également 
I  illustre  La  Fayette  iiKut  en  1834,  après  avoir  survécu  à  sa  gloire  cl 
à  si's  mallii'urs... 

.\vant  la  Hévi)liilii)n,  la  rue  de  Piciuis  possédait  un  autre  couvent 
ci'lèlirc-  ;  ci'liii  di's  Péiiileiils  réformés  des  (rois  ordres  de  Saint-Fran- 
çnis,  nommés  tout  simplement  i'  les  Picpus  ». 

On  y  voyait  une  salle  dite  des  Ambassadeurs,  décorée  d'œuvres  d'art, 
■  où  se  rendoienl,  dit  Jaillot,  les  ambassadeurs  îles  i>iiissanres  catlio- 
liqui's,  le  jour  destiné  pour  leur  mirée,  et  où  ils  rercvoimt  les  com- 
pliiiicns  des  piiniis  et  des  princesses  de  la  maison  royale  '. 

jio  I  .'lié  de  la  rue  du  Sergeiil-Bauchat  est  l'hôpital  israélilu  fondée 


I  »  T)  I  z  1 1  ;  \i  I  ;  A I ;  lî  (  )  .\  I j  I  s  s  i-:  m  i:  .\  i' 


129 


en  18:32  pnr  la  nimillc  de  Holli- 
scliilJ  et  auijinenlô  depuis  jiar  drs 
aniH^xos  importantes.  Plus  loin, 
la  maison  iiorlanl  le  n°  88  a  ron- 
scrvô  sur  sa  farade  qui  borde  la 
rue  I.amldardie  cette  curieuse 
inscription  : 

1727 

I)i;    UÈGNE  DE   LOUIS   XV 

DE  PAn  LE    nOY 

DÉFENSES  nXl'riKSSES    SONT    FAITES    DE 

BATIR  DANS  CETTE  RUE  HORS  LA  PRÉSENTE 

DOIINE  ET  LIMITE,  AUX  PEINES  PORTÉES 

PAR    LES    DÉCLARATIONS    DE    SA  MAJESTÉ 

DE  17i'l    ET  Mili. 

KO  2.i. 

Ces  déclarations  avaient  pour 
objet  d'interdire  aux  Parisiens  de 
se  soustraire  par  des  construc- 
tions faites  bors  des  faubourgs 
aux  taxes  de  la  ferme  générale, 
l'octroi  d'alors.  On  a  plus  do  li- 
berté aujourd'hui. 

Jusqu'en  1868,  la  parlir  de  la 
rue  sise  entre  le  boulevard  do 
Reuilly  et  les  fortifications  porta 
le  nom  de  chemin  de  la  Crois- 
Rouge  ;  à  cette  date,  une  dénomi- 
nation unique  a  été  prescrite. 

Le  boulevard  de  Picpm,  ombreux 
et  désert  comme  au  temps  où  il 
formait  la  limite  de  Paris,  pour- 
rait nous  ramener  à  la  iilaco  de 
la  Nation,  où  nous  avons  mainte- 
nant affaire  ;  il  vaut  mieux  reve- 
nir sur  nos  pas  pour  trouver,  au 
n"  12  de  la  rue  de  Piepus,  l'hospice 
d'Enghien,  que  fonda  la  duchesse 
de  Bourbon  en  1817,  et  —  à  l'angle 
même  de  la  rue  et  du  faubourg 
Saint-Antoine  —  l'orphelinat  de 
jeunes  ouvrières,  qui  a  succédé  à 
une  maison  analogue  créée  par 
l'impératrice  Eugénie  pour  con- 
quérir le  «  faubourg  Antoine  »  à 
l'amour  de  la  dynastie  impériale. 

La  place  de  la  Nation  évoque  bien 
des  souvenirs.  Les  vrais  Parisiens 
âgés  de  trente  ans  continuent  à 

l'appeler  place  du  Trône;  ceux  qui  ont  plus  de  cinquante  ans  disent 
«ncore  barrière  du  Trône.  Sa  dénomination  actuelle  ne  date,  en  effet, 
que  de  1880  et  n'est  pas  heureuse,  car  la  nation  n'est  représentée  là  ni 
plus  ni  moins  qu'ailleurs,  à  moins  qu'on  ne  veuille  que  ce  soit  par 
■deux  rois  du  wn"  siècle,  tandis  que  le  trône  fut  une  chose  réelle  et 
intéressante.  Il  avait  été  élevé,  en  1660,  pour  l'entrée  solennelle  de 
Louis  XIV  et  de  Marie-Thérèse,  qui  eut  lieu  le  26  août  de  cette 
année-là  ;  mais  sa  magnificence  n'élait  qu'éphémère,  car  il  était  en 
carton;  aussi  résolut-on  de  le  remidacer  jiar   quelque  chose  de  plus 


LE    MONUMENT   DU    TRIOM 
Pai 


durable.  Perrault  était  l'architctce 
à  la  mode  ;  il  dessina  un  arc  de 
triomphe  monumental,  surmonté 
de  la  statue  équestre  de  Louis  .\IV. 
La  première  pierre  en  fut  posée 
le  6  août  1670  et  l'on  parut  vou- 
loir y  travailler  avec  ardeur.  Ce- 
pendant, l'œuvre  fut  bientôt  inter- 
rompue. Le  grand  roi  en  avait-il 
paru  mécontent?  Il  faut  le  croire: 
on  l'acheva  par  une  simple  ma- 
ipiette  en  plâtre  dont  la  Biblio- 
llièque  nationale  possède  des  vues. 
Louis  XIV  mort,  le  tout  fut  jeté  bas 
et  la  place  du  Trône  redeviot 
nette.  En  1788,  lors  de  la  construc- 
tion de  l'enceinte  des  fermiers 
généraux,  l'architecle  Ledoux  ima- 
gina de  faire  supporter  à  chacun 
des  deux  pavillons  classique-  une 
colonne  en  fer  haute  de  30  mè- 
tres. Les  colonnes  attendirent  à 
leur  tour  jusqu'en  1843  qu'on  les 
surmontât  des  statues  de  Philippe 
Auguste  et  de  saint  Louis,  œuvre 
d'Etex  et  de  Oumonl.     -^ 

La  décoration  de  la  place  a  été 
augmentée  en  1889  par  un  vaste 
bassin  ;  elle  a  été  complétée  par 
le  monument  que  Dalou  a  élevé 
au  Triomphe  de  la  RrinAlique  :  un 
char  auquel  sont  attelés  deux 
lii)ns  conduits  par  le  Génie  de  la 
Liberté,  s'éclairant  d'un  flam- 
beau ;  sur  le  char,  les  figures  allé- 
goriques de  la  République,  de  la 
Loi,  du  Travail,  de  la  Justice; 
derrière,  la  Paix  semant  des  Heurs. 
tandis  qu'à  ses  pieds  des  génies 
versent  les  fruits  contenus  dan> 
une  corne  d'abondance.  L'inaugu- 
ration en  a  eu  lieu  le  19  novem- 
bre 1899. 

La  place  de  la  Nation  a  une  sta- 
tion du  chemin  de  fer  métropo- 
litain de  la  porte  de  Vincennes 
à  la  porte  Maillot.  Pour  beau- 
coup de  gens,  grands  ou  petits, 
c'est,  avant  tout,  le  siège  de  la  foire  au  pain  d'épice.  la  plus  impor- 
tante de  toutes  les  foires  parisiennes,  dont  la  tenue  commence  le 
jour  de  Pâques  et  se  poursuit  les  trois  semaines  suivantes.  Elle  eut  des 
commencements  très  modestes;  simple  fête  de  barrière  où  on  allait 
respirer  les  premières  brises  du  printemps  —  parfois  un  peu  âpres  — 
on  ne  la  nommait  encore  en  1844  que  la  foire  du  Petit-Landit.  Son 
importance  s'accrut  lentement;  en  1862  seulement,  la  Ville  commença 
à  taxer  les  emplacements;  aujourd'hui,  c'est  une  foire  immense,  de  la 
Bastille   au   cours   de    Vincennes,    avec  ramilication    sur   toutes  les 


PIIE   DE    LA    REPUBLIQUE, 

AL  oc. 


I.'OUPUKLIN.VT    DE    KOTlISCIIll.l 


130 


PARIS -ATLAS 


avenues  qui  aboutissent  à  la  place  de  la  Nation.  Certes,  on  y  vend  du 
pain  d'épice,  surtout  pour  justifier  son  nom;  en  réalité,  c'est  Texliibi- 
tion  la  plus  curieuse,  la  plus  complète,  de  l'industrie  foraine,  au  son 
d'une  musique  infernale  :  ménageries,  théâtres,  chevaux  de  bois, 
montagnes  russes,  etc.,  etc.,  le  tout  machiné  de  façon  à  faire  pâmer 
d'aise  les  enfants...  et 
leurs  parents.  Au  centre 
de  ce  brouhaha,  qui,  heu- 
reusement pour  elle,  n'est 
pus  permanent,  l'Ecole 
Arago,  fondée  par  la  Ville 
en  1880,  fournit  ce  qu'on 
appelle  maintenant  d'un 
terme  assez  baroque  l'en- 
seignement primaire  su- 
périeur. Elle  est  la  sœur 
cadette  des  écoles  Turgot, 
Colbert,  Lavoisier,  Jean- 
Baptiste  Say. 

Quartier  de  Bercy. 
—  Pour  iiuus  aujourJ'lnii. 
le  nom  de  Bercy  n'éveille 
plus  que  ridée  de  ton- 
neaux rangés  en  batail- 
lons épais,  d'un  champ 
clos  immense  où  la  Bour- 
gogne et  le  Bordelais  se 
jettent  un  perpétuel  défi, 
tandis  que  les  robustes 
vins  du  Midi  leur  propo- 
sent, sous  le  nom  de  cou- 
page, un  traité  d'alliance 

souvent  accepté.  11  n'en  fut  pas  toujours  ainsi.  Avant  d'être  le  port 
vinicole  le  plus  important  du  monde  entier,  Bercy  fut  un  simple  et 
paisible  hameau  qui  dépendait  de  la  paroisse  de  Condans,  dont  le  chef- 
lieu,  quand  les  communes  furent  créées,  devint  Charenton-le-Pont.  Son 
nom  doit  lui  venir  d'un  gentilice  romain  Bersius,  d'où  Berciacum,  et,  en 
français,  Bercy  ;  mais  les  plus  anciennes  mentions  ne  remontent  pas 
au  delà  du  xvn«  siècle,  et  c'est  d'une  île  de  Bercy  qu'il  y  est  question 
pour  la  première  fois  en  1134,  comme  appartenant  à  l'abbaye  de  Mont- 
martre. En  1172  apparaît  la  grange  de  Bercy,  ce  qui  fait  supposer  à 
l'abbé  Lebeuf,  non  sans  vraisemblance,  que,  par  corruption,  cette 
grange  de  Bercy  est  devenue  Grange  aux  Merciers,  lieu-dit  fréquem- 
ment nommé  dans  les  chroniques  du  xiV  siècle,  lors  des  guerres  qui 
désolèrent  la  banlieue  de  Paris  pendant  la  minorité  de  Charles  V.  A  la 
même  époque,  c'était  un  séjour  royal,  idusirurs  fois  cité  dans  Vltiné- 
raire  de  Philippe  le  Hardi  qu'a  publié  M.  Ernest  Petit  dans  la  collection 
des  Documents  inédits  de  l'histoire  de  France  (voyez  la  note  de  la 
|)age  279).  Quant  à  l'île,  elle  n'a  été  atterrie  qu'il  y  a  soixante  ans 
environ. 

La  gloire  de  Bercy  commença  avec  le  xvn"  siècle,  et,  pour  préciser, 
dans  la  dernière  partie  de  ce  siècle,  lorsque  Mansard,  puis  François  le  Vau 
édifièrent  pour  le  président  de  Bercy  deux  châteaux  opulents  le  grand 
et  le  petit  Bercy,  avec  un  parc  dessiné  par  Le  Nôtre,  dont  la  sui)erfirie 


COLONNES    DE    PHILIPPE    AUGUSTE    ET    DE   LOUIS    IX      place   de   l.v   nation). 


totale  correspondait  au  vaste  territoire  compris  entre  la  Seine,  la  rue 
de  Rambouillet,  la  rue  de  Charenton  et  les  dernières  maisons  de 
Conllans,  pénétrant  donc  d'un  côté  dans  le  Paris  de  Louis  XV,  et,  de 
l'autre,  franchissant  celui  que  limitent  maintenant  les  fortifications. 
La  famille  do  Malon-Bercy  en  jouit  jusqu'à  la  Révolution,    qui  ne  l'en 

déposséda  pas.  En  1891, 
l'héritière  du  nom  l'ap- 
porta en  mariage  à  M.  de 
Nicolai,  dont  le  fils  mou- 
rut en  1839,  après  avoir 
été  maire  de  Bercy  de  1821 
à  1830. 11  était  dans  la  des- 
tinée de  ce  beau  domaine 
de  disparaître.  Ce  fut 
d'abord  la  construction  de 
l'enceinte  fortifiée  (1842) 
qui  vint  le  couper  en  deux 
dans  le  sens  de  la  lon- 
gueur; puis,  également 
par  viiie  d'expropriation, 
la  ligne  du  chemin  de  fer 
de  Lyon,  dans  le  sens  de 
la  largeur  (1847).  Enfin, 
lors  de  l'annexion  de 
Bercy  à  Paris,  en  1860,  ce 
qui  restait  de  la  propriété 
fut  acquis  tant  par  la  So- 
ciété de  l'Entrepôt  que  par 
le  chemin  de  fer  de  Lyon 
qui  y  épanouit  ses  voies  et 
créa  une  gare  de  marchan- 
dises très  considérable. 
Avant  la  Révolution,  cependant,  Bercy  ne  se  composait  pas  que 
d'un  domaine.  Le  28  août  1790,  les  habitants  «  de  la  Grande-Pinte  de 
Bercy,  du  Ponceau,  de  la  vallée  de  Fécamp,  de  la  Râpée,  de  la  Grange 
aux  Merciers,  du  Petit-Bercy  hors  murs,  et  aussi  la  majeure  partie 
des  habitants  du  haut  de  la  Grande-Pinte  »  poursuivirent  l'Assemblée 
nationale  de  leurs  doléances  afin  qu'elle  les  constituât  en  commune 
distincte  de  Conllans  ;  ils  invoquèrent  leur  nombre  :  1  358,  la  distance 
du  chef-lieu  et  les  inconvénients  qui  en  résultaient  au  point  de  vue 
de  la  religion,  de  la  police,  de  l'état  civil.  Ils  oblinnmt  assez  prunipte- 
mentgain  de  cause,  et  un  décret  du  19 octobre  1790  créa  hiconimune  de 
Bercy  qui  eut  donc  soixante-dix  ans  d'existence,  car  ille  fut  ri'unie  à 
Paris  à  dater  du  l'i^  janvier  18t)0. 

Parmi  les  localités  énumérées  ci-dessus,  il  en  est  plusieurs  dont  le 
nom  ou  le  souvenir  ont  subsisté.  La  (irande-Pinle  désignait  li>  groupe 
de  maisons  que  traverse  la  rue  de  Charenton  an  delà  du  boulevard  de 
Bercy.  Elle  tenait  son  nom  de  l'enseigne  d'un  cabaret  fameux  jadis, 
chanté  dans  une  pièce  de  vers  d'Auguste  de  Châtillon. 

Déjà  nous  avons  parlé  de  la  Grange  aux  .Merciers.  La  rue  Nicolai  en 
porta  le  nom  jusqu'en  1865  et  il  est  fâcheux  (ju'dn  ne  l'ait  |ias  [lerpé- 
tué.  C'est  au  coin  de  cette  rue  et  de  celle  de  Charenton  qu'était  la 
résidence  de  Cartouche  en  1720  et  le  puits  célèbre  grâce  auquel  il 
savait  si  bien  tromper  la  vigilance   de  la  maréchaussée;  du  moins. 


I,A    l'LACE    DIO    LA    NAIION. 


DOUZIÈME   ARRONDISSEMENT 


1.31 


Alfred  Sabatier  l"a-t-il  afliiim;  Jans  ses 
Chroniques  de  Derci/,  parues  il  y  a  trente  ans. 
La  vallûe  de  Fécamp  a  des  origines 
aussi  mystérieuses  que  le  |)uits  de  Car- 
touclie.  Que  vient  faire  on  ces  parages  le 
nom  de  la  ville  normande  ou  de  son  ah- 
Daye?  On  se  l'est  vainement  demandé. 
Jaillol,  que  ces  questions  d'étymologio 
préoccupent  toujours,  s'en  tire  par  le 
silence;  il  se  borne  à  nous  dire  que  le 
lieu  existait  au  xv°  siècle  sous  le  nom  de 
«  bas  de  Fécant  ».  Nous  sera-t-il  permis 
de  rappeler  que,  cent  ans  avant,  les  abbés 
de  Fécamp  possédaient  une  maison  à 
Paris,  rue  Serpente?  l'out-èlre  de  cette 
maison  dépendait-il  un  domaine  censi- 
taire situé  à  gauche  du  chemin  de  Cou- 
flans.  Cette  explication,  du  moins,  n'a 
rien  d'incroyable. 

La  Hàpée  était  le  nom  d'un  commissaire 
général  des  guerres  qui,  sous  Louis  XV, 
s'était  fait  bâtir  au  bord  de  la  Seine,  hors 
les  murs,  une  jolie  maison,  joignant  par 
derrière  à  la  rue  de  Bercy.  Sur  son  em- 
placement se  trouvent  maintenant  l'an- 
cien pavillon  d'octroi  de  Ledoux  et  le 
magasin  de  fourrages  militaires. 

La  population  de  Bercy  a  passé  par  do 
singulières  phases;  nous  l'avons  vue  de 
1358  habitants  en  1790;  elle  en  comptait 
IbUOO  en  1860;  aujourd'hui  elle  est  tom- 
bée à  9  €00,  alors  que  toutes  les  com- 
munes annexées  se  sont  décuplées.  Chose 
singulière  :  ici,  l'abaissement  de  popula- 
tion est  en  raison  directe  de  la  prospérité 

générale,  car  elle  est  due  à  l'extension  toujours  plus  grande  que  l'En- 
trepôt et  la  Compagnie  de  Lyon  ont  prise  depuis  quarante  ans.  Si,  par 
impossible,  les  grandes  entreprises  n'avaient  pas  eu  le  développement 
qu'elles  ont  atteint,  et  qui  est  loin  d'être  définitif,  la  propriété  bàlie 
s'y  serait  multipliée  dans  les  proportions  normales  alors  qu'au  conli  aire 
elle  est  de  plus  en  plus  absorbée. 

L'Entrepôt.  —  C'est  au  commencement  du  siècle  qu'un  groupe  de 
négoiiaiils  l'ii  vins  et  spiritueux  créa,  plusieurs  années  avant  l'établis- 
sement de  la  Halle  aux  Vins  du  quai  Saint-Bernard,  un  entrepôt  hors 
des  barrières  de  la  Hàpée  et  de  Bercy,  afin  de  soustraire  leurs  mar- 
chandises non  encore  vendues  aux  taxes  d'octroi.  Tout  de  suite  l'idée 
fructifia.  Dans  le  savant  travail  qu'il  a  écrit  surla  seigneurie  de  Bercy 
{Mémoires  de  la  Sociclé  de  l'Histoire  de  Paris,  t.  VIII),  M.  de  Boislisie 
nous  apprend  même  qu'en  1809  on  avait  songé   à   acheter  le  parc  de 

M.  de  ^'icolaï,  et 
que  l'Empereur 
s'intéressait  à 
cette  affaire.  Si 
les  pourparlers 
avaient  réussi,  la 
Halle  aux  Vins 
n'eût,  sans 
doute,  jamais 
existé.  La  créa- 
tion des  voies 
ferrées  de  Lyon 
et  d'Orléans 
ilouna  naturel- 
lement à  Bercy 
une  recrudes- 
cence considé- 
rable de  transit; 
c'est     alors, 


comme     n 
l'avons   vu, 
commeni;;! 
niorcel  leiii 


iij:    ],A    ULK    DK    CHAR  ON  N  l: 


dudiiniailie,  par- 
celles par  par- 
celles, jusqu'à  sa 
dispaiiliuii  ciiiu- 
plèle.  Uuaud  fut 
pmmulgui'e  la 
loi    d'annexion, 


LA   MA^^UFACTURE   DES    TABACS    DE   REUILLY. 


le  IC  juillet  I8o9,  l'Entrepôt  se  trouvait  incorporé  dans  les  limites  de 
l'octroi  et  les  négociants  se  virent  ruinés.  La  Ville  prorogea  pour  dix 
ans  leur  privilège.  Ce  régime  provisoire  est  devenu  délïuitif.  Le  terri- 
toire de  l'Entrepôt  est  considéré  comme  en  dehors  de  Paris,  dont  il 
est  isolé  par  un  réseau  continu  de  grilles  dont  les  employés  d'octroi 
gardent  les  issues.  Les  pavillons,  les  caves,  toute  la  distributioa  ac- 
tuelle, en  un  mot,  ne  date  que  de  1880  et  est  l'œuvre  de  la  Ville  de 
Paris  qui  s'y  détermina  après  la  terrible  inondation  de  187.i)  durant 
laquelle  Bercy  eut  une  déplorable  ressemblance  avec  Venise.  Les 
travaux  coûtèrent  vingt-cinq  millions.  On  peut  évaluera  deux  millions 
la  recette  fournie  annuellement  à  l'octroi  par  l'Entrepôt. 

Les  autres  curiosités  du  quarii''r  sont  de  bien  moindre  intérêt. 
L'église  Notre-Dame-de-la-Nativité  date  de  1874.  M.  Ilénard,  qui 
a  aussi  construit  la  mairie,  en  tut  farchilecle.  Elle  remplaçait  un 
édifice  élevé  sur 
le  même  empla- 
cement, en  1824, 
et  détruit  pen- 
dant la  guerre 
civile  de  1871  — 
succédant  lui- 
même  à  une  cha- 
pelle sise  rue  de 
Bercy,  près  celle 
de  JNicolaï,  dé- 
diée à  Noire - 
Dame  de  Bon- 
Secours,  con- 
slruite  en  16o4 
et  qui  fut  la  pre- 
mière paroisse 
de  la  commune 
de  Beriy,  eu 
17'.)0.--Laueieu 
cimetière    ii<' 

reçoit  plus  (Ir- 
puis  loiigleuips 
que  les  conces- 
sions perpétuel- 
les; il  est  situé 
au  bout  de  la 
rue  de  Charen- 
lon,  tout  près 
de    la    barrière. 


que 

le 

eut 


MAGASINS    n; 


132 


PARIS -ATLAS 


A  cnlr.  s"rl(vc  la  Manufacture  des  ta- 
bacs dilo  (le  UeuiUy.  Topogr;ip)iiquemiMil, 
ces  fleux  établissements  appartiennent  au 
quartier  do  Picpus. 

A  l'extrémité  opposée,  la  rue  de  Rambouil- 
let h\t  la  limite  des  quartiers  de  Bercy  et 
des  Quinze-Vingts.  Elle  tient  son  nom  d'un 
linancier  du  xvii'=  siècle,  Nicolas  de  Ram- 
liouillet,  dont  la  «Folie  »  était  renommée 
pour  la  beauté  de  ses  arbres  fruitiers. 
Située  dans  la  petite  rue  de  Reuilly,  qui, 
en  1864,  a  pris  le  nom  du  célèbre  facteur  de 
]iianos  Erard,  on  l'appelait  aussi,  dit  Jaillot, 
maison  des  Quatre-Pavillons.  Les  ambassa- 
(leuis  des  États  non  catholiques  s'y  ren- 
daient le  jour  de  leur  entrée.  Nous  avons 
dit  plus  haut  que  les  amliassadeurs  catho- 
liipics  élaii'nl  reçus  au  couvent  de  Picpus. 
Quartier  des  Quinze-'Vingts.  —  C'est 
b'  plus  rapproilié  du  vieux  Paris,  consé- 
■  [uemmenl  le  plus  riclie  en  souvenirs  et  en 
uionumenls. 

L'hôpital  Saint-Antoine  a  succédé,  en 
vertu  duu  di-irct  de  la  Convention  du 
28  nivôse  an  III  (17  janvier  179ji,  à  l'an- 
tique abbaye  de  femmes,  fondée  à  la  fin  du  xu"  siècle.  Dans  leur  état 
actuel,  les  bâtiments  les  plus  anciens  ne  datent  que  de  1767,  époque 
à  laquelle  M™'  de  Beauveau-Craon,  abbesse,  en  confia  la  reconstruc- 
tion à  Lenoir,  dit  le  Romain  ;  mais  ils  sont  noyés  en  quelque  sorte 
au  milieu  des  pavillons  créés  de  notre  temps,  et  qui  en  Innl  le  plus 
i;rand  hôpital  de  Paris  après  Tenon  (XX'=  arrondissement. 

Les  rues  Crozatler  et  de  Chaligny  rappellent  la  mémoire  di.'  fondeurs 
|iarisiens  des  siècles  passés. 

Dans  la  rue  de  Charenton  (longue  de  3,1B0  mètres),  voici  d'almrd  l'an- 
cien hôpital  Sainte-Eugénie,  hôpital  Trousseau  depuis  1880,  di'stiiié 
aux  enfants  malades.  Il  avait  é'Ii''  fiuidr'  par  b'  bureau  de  rHô[)ital 
général,  en  1674,  pour  recueillir  les  enfants  trouvés.  Signalons,  au 
n°  87  bis,  une  fontaine  publique  construite  en  1846.  Elle  offre  les 
plus  grandes    analogies  avec  celle  du  n"  4-5  de  la  rue  de  la  Roquette, 

p  récédeminen  t 
(licriti-  i  p.  121  > 
.Nipii  loin  de  là,  de 
l'autre  côté  de  'la 
rui',  s'ouvre  la  fa- 
c  Mib'  (b's  Quinze- 
'Vingts,  llnS]lilc 
iiatinnal  d'aveu- 
gles. Nous  n'ap- 
prendrons à  per- 

snnne     (|Ue     cette 

fonda  lion  l'e 
luim  te  à  sai  n  t 
l.nuis.  En  1260, 
b'  pieux  roi  acheta 
un  liTL'aiii  lici-- 
i\'-  la  pnile  Saiiil- 
If.UMr.-  el  y  lil 
cnnsiruire  un  li 
pilai  pour  le'liei- 
ger  trois  i-i'nl> 
aveugles  <■  de  la 
cité  de  Pai'is  •■. 
L'institution  Ira- 
^(•rsa  les  siècles, 
l'eu  avant   la    lié- 

Vnluli ellea\ail 

p  iiir  adiiiiNJ^Iia 
h-in-  b'  i^rim  •■-eai - 

dinal      dr       itnh.il,. 

Il'  scandalen.v  le'- 
lus  de  l'aviMilinr 
du  collier  de  11 
leini'.  Les  iiniiien- 
ses  besoins  d'ai 
gent  (lu'exigeaieni 
SCS  passions  lui 
suggérèrent  uni' 
idée  bien  digne  île 
LA  COI.ONM    i.i:    II  ii.i,i;r  son  caracleie.  Les 


I/l;f;i.ISE    DE    BERCY 


bâtiments  et  jardins  deriiôpilal  des  Quinze- 
Vingts  s'étaient  accrus  depuis  le  xui"  siècle; 
ils  occupaient  un  vaste  espace  compris  entre 
la  rue  de  l'Échelle,  la  rue  de  Rivoli,  la  place 
du  Théâtre-Français.  C'est  dire  quelle  va- 
leur ils  avaient  acquise.  Le  cardinal  jeta 
les  yeux  sur  une  ancienne  caserne  de  mous- 
quetaires noirs  bâtie  en  1699,  déserte  de- 
puis 1775.  Il  racheta,  en  1780,  au  prix  de 
430  000  livres  et  y  transféra  ses  aveugles 
ijui  n'en  pouvaient  mais,  sous  prétexte  de 
leur  procurer  un  air  plus  salubre.  C'est  la 
maison  actuelle  de  la  rue  de  Charenton.  La 
vente  des  terrains  de  la  rue  Saint-Honoré 
lui  procura  six  millions,  au  moins. 

.Nous  venons  de  croiser  le  boulevard  Dide- 
rot. Il  ne  porte  que  depuis  1879  le  nom  du 
grand  philosophe;  auparavant,  c'était,  le 
boulevard  Mazas.  La  prison  de  Mazas  ne 
changea  pas  de  vocable  par  ce  fait;  il  eut 
été  piquant  de  voir  Diderot  parrain  d'une 
maison  cellulaire.  Mazas  lui-même  n'en 
aurait  pas  été  plus  satisfait  :  colonel  du 
premier  Empire,  tué  à  Austcriitz,  il  n'avait 
rien  à  voir  avec  les  geôles.  La  fatalité  voulut 
ijue  l'intention  louable  d'honorer  sa  mémoire  tournât  à  son  préjuiliie  ; 
la  place  Mazas  donna  son  nom  au  boulevard,  puis  à  la  prison.  En 
vain  les  descendants  du  colonel  protestèrent-ils  vi'le'iio'nlenient  ;  ils 
(ditinrent  que  l'administration  inscrivît  au  fronton  de  la  faeaile  : 
Maison  d'arri:!'  cellulaire;  le  langage  courant  ne  la  désigna  jamais 
que  sous  le  nom  de  Mazas,  pendant  un  demi-siècle.  Quarante-huit  ans, 
exactement,  car  évacuée,  fermée,  démolie  dans  le  courant  de  l'année 
1898,  elle  avait  reçu  son  premier  envoi  de  détenus  (841,  provenant  di' 
la  Force),  dans  la  nuit  du  19  au  20  mai  ISoO.  C'était  la  première  pri- 
son parisienne  consirnile  pour  le  régime  cellulaire;  on  protesta, 
d'abord,  puis  on  en  leeonnul  les  avantages.  Les  protestations  oureul 
|iour  ell'et,  cependant,  de  n'y  envoyer  en  détention  que  des  prévenus. 
Les  élégantes  prisons  de  Fresnes  les  hébergent  aujourd'hui.  Sur  les 
ruines  de  Mazas,  avant  que  ne  s'y  bâtissent  des  maisons,  un  Comité 
du  quartier  organisa,  du  26  février  au  12  mars  1899,  une  fi'ie  ]iopiilaii'e 
qui  eut  beaucoup  de  succès.  Les  journaux  n'ont  pas  dit  si  l'on  y  avait 
remarqué  d'anciens  hôtes  de  la  maison,  buvant  el  dansant... 

A  côté,  la  gare  de  Lyon  montre  les  iiiai;nilieences  à  peine  ache- 
vées de  sa  façade  et  de  son  hall  nnninnieniaux.  Déjà,  on  ne  se  rap- 
|ielle  plus  l'ancienne,  qui  datait  de  l'origine  et  n'i'lail  que  nn'diocre- 
nient  d'équerre  avec  la  rue  de  Lyon  :  seul,  le  porche,  suiinonlé  d'une 
grosse  horloge,  formait  la  perspective,  mais  le  hall  se  pri'sentait  (ddi- 
quement  d'une  façon  fâcheuse  pour  l'œil,  liappelons  soniniairemeni 
que  la  ligne  dut  d'abord,  en  1842,  êlre  exploih'-e  pai-  l'I'tal.  qu'une  loi 
(lu  16  juillet  1845  la  concéda  à  une  Compagnie  piivi'e,  qu'elle  lil  i-elonr 
à  l'Elat  en  1848  et  (jne  l'exploitation  commenea  enlie  l'aiis  et  'l'on- 
nen-e  le  12aoùl  I8'i9.  Le  lO.jnillet  ISo'j,  la  li-ne  élail  prolongée  jus- 
i|u'à  l'enln'e  ib'  Lyon.  lOnlie  temps,  pai'   IrailT'  du  !•'  niai-s  18j2,  l'Etat 


VUIC   DK    I.IIOIMI'AI.   TnOU.s.'>i;AU. 


DOUZIKME   AliRONDlSSEMENT 


133 


s'était  dessaisi  entre  les  mains  d'une  nouvelle  Compagnie.  Mais  dans 
la  traversée  de  Paris,  sans  même  parler  de  la  gare,  quelle  difîi'-renee, 
i|iifls  accroissements  en  moins  de  ciMf|uanle  uns!  Au  li(m  du  double 
ruban  argenté  de  jadis,  c'est  un  faisceau  de  voies  <]iii  s'encbevètrent, 
s'enlre-croisent,  contournent  les  bAtiments  des  gares  de  Itambouillet 
cl  de  Nicoiaï.  Les  trains  descendants  passent  à  300  mètres  do  ceux  qui 
montent  et  jusqu'à  Villenouve-Saint-Georges,  les  lignes  sont  distinctes 
dans  chaque  sens  pour  les  express  et  les  omnibus. 

La  rnede  Lyon,  ouverte  en  18'i7,  élargie  en  ISoO,  longue  de  700  métrés, 
est  la  relation  directe  entre  la  gare 
et  l;i  place  de  la  Bastille. 

Nous  voici  enfin  arrivés  sur  cette 
place  fameuse,  trait  d'union  entre 
le  vieux  et  le  nouveau  Paris, 
comme  elle  le  fut,  le! 'i  juillet  1789, 
entre  le  vieux  et  le  nouveau  ré- 
gime, la  place  la  i)lus  populaire 
et  la  plus  populeuse  de  la  vilb'. 
la  place  qui,  sans  avoir  été  téiiioii] 
d'autant  de  révolutions  que  cell'- 
lie  l'Ilôtel-de-Villo,  n'en  a  eu  bi- 
soin  que  d'une  pour  être  à  jamais- 
célèbre.  Il  est  vrai  que  c'était  Ui 
Révolution. 

Un  n'attend  pas  de  nous  ici  une 
histoire,  même  succinte,  de  la 
Bastille.  Quelques  traits  précis 
sufliront  à  remémorer  des  fails 
déjà  bien  connus,  et  à  en  signaliT 
d'autres  sur  lesquels  de  récentes 
recherches  ont  fixé  dérinitivemenl 
l'historien. 

Le  mot  de  bastille  est  sans  doute 


deux  parties  de  dimensions  inégales,  la  forteresse  resta  dès  lors,  jus- 
qu'en 1789,  ce  qu'elle  était  :  un  carré  long  flanqué  de  huit  tours,  se 
piolongeant  par  un  bastion  en  forme  d'éperon  vers  le  faubourg,  el,  du 
ciUé  de  la  Seine,  par  un  large  et  profond  fossé. 

Deux  tours  regardaient  l'Ouest,  c'est-à-dire  la  rue  Saint-Anloine  ;  la 
tour  de  la  Liberté  et  celle  de  la  Berlaudière.  .M.  Frantz  Funck-Brenlano, 
à  qui  l'on  doit  tant  de  découvertes  intéressantes  sur  les  légenda  et 
archive!  de  la  liattille  —  le  faux  et  le  vrai  —  a  établi  que  la  lour  de  la 
Liberté  avait  été  afTeciée  à    la  ,.--<„U-i,'..  ,].■<  ,.,\^. .,.,....,.  ,..,,i--r.,.i  H,, 


ASPECT    DES   QUAIS    DE    BERCY'. 

de  la  même  famille  que  les  expressions  bastion  ou  bastide,  employées 
au  moyen  âge,  signifiant  ouvrage  de  défense  militaire.  A  l'origine,  la 
iSaslille  fut,  en  effet,  sous  le  nom  de  porte  ou  bastide  Saint-Antoine, 
un  élément  de  la  fortification  parisienne  élevée  en  halo  de  1336  à  1338 
[lendant  la  jirévôté  d'Élienne  Marcel,  et  que  Charles  V  transforma  de 
iaçiin  plus  résistante,  quand  il  fut  lui-même  solidement  assis  sur 
son  tri'me.  La  première  pierre  du  monument  définitif  fut  posée,  le 
22avril  1370,  par  le  prévôt  de  Paris,  Hugues  Aubriot.  Il  est  prouvé  qu'il 
servit  d'abord  de  porte  de  ville;  on  le  traversait  donc,  de  part  en  part, 
pour  passer  de  la  rue  dans  le  faubourg  Saint-Antoine.  Dès  la  première 
moitié  du  xv"  siècle,  cette  disposition  fut  changée;  les  passages  cor- 
resiiondant  à  ces  deux  voies  furent  murés  ;  la  porte  devint  château 
fort  et  l'on  n'y  pénétra  plus,  après  avoir  franchi  un  pont  donnant  et 
deux  ponts- levis,  qu'en  le  contournant  du  coté  du  sud.  L'entrée  se 
trouva  alors  enire  les  deux  tours  qui  regardaient  la  Seine.  En  consé- 
quence, l'accès  de  la  ville  dans  la  campagne  fut  reportée  vers  le  nord 
(côté  du  boulevard  Hiihard-Lenoir);  une  porte  pratiquée  à  cet  endroit 
dans  la  muraille  prit  naturellement  le  nom  de  porte  Saint-Antoine  ; 
le  château  s'appela  dès  lors  tout  simplement  la  Bastille. 

A  l'exception  d'un  bàlimiMit  transversal  (de  l'Ouest  à  l'Est)  construit 
au  xvii"  siècle,  réédilié  en  17G1,  et  ([ui  divisa    la  cour  intérieure  en 


L'ENTREPOT    DE    BERCY. 

droit  de  se  promener  librement  dans  la  forteresse.  Le 
nom  de  la  Berlaudière  vient  certainement  d'un  Berlaut 
quelconque. 

Du  côté  du  Nord  étaient  les  tour  du  Coin  et  du  Puits, 
dénomination  qui  s'expliquent  d'elles-mêmes. 

.\  l'Est,  faisant  face  au  faubourg,  les  toui-s  de  la  Cha- 
pelle el  du  Trésor. 

.\u  Sud,  enfin,  les  tours  de  la  Comté  et  de  la  Bnzi- 
nière,  entre  lesquelles  était  pratiquée  l'entrée  du  châ- 
teau. \is-à-vis,  était  l'hôtel  du  gouverneur,  séparé  de 
la  forteresse  par  un  ponl-levis  ;  son  emplacement 
correspond  assez  exactement  au  terre-plein  deranl 
lequel  évoluent  maintenant  les  tramways  de  Montpar- 
nasse et  de  Charenton. 

La  Bastille  est  restée  debout  un  peu  plus  de  quatre  siècles.  Il  fau- 
drait bien  mal  connaître  l'évolution  historique  pour  croire  que  le 
légime  des  détenus  y  fut  le  même  durant  celte  longue  période.  En 
réalité,  il  varia  avec  l'humeur  des  rois  ou  de  leurs  premiers  ministres, 
et  aussi  avec  les  événements  qui  fournirent  à  la  prison  des  prison- 
niers plus  ou  moins  dignes  d'elle.  Car,  ce  qu'il  faut  remarquer,  c'est 
qu'elle  fut  toujours,  pendant  ces  quatre  cenis  ans. ;in>on  <f^<(J^  Autant 
le  régime  fut  rigoureux  sous  Louis  XI  et  durant  une  partie  du  règne 
de  Louis  .\IV,  .-lulanl  il  s'était  adouci  vers  la  tin,  au  point  qu'un  séjour 
à  la  Bastille  pouvait,  aux  yeux  de  bien  des  gens,  passer  pour  une 
villégiature.  On  y  apportait  sa  garde-robe,  on  y  trouvait  une  bibliothèque 
bien  garnie,  on  avait  le  droit  —  limité,  il  est  vrai,  à  deux  heures  — 
de  se  promener,  soit  dans  la  cour,  soit  sur  le  bastion.  Le  service  de 
la  table,  fixé  par  un  règlement  de  17o0,  était  aussi  des  plus  paternels. 
Voici  le  tableau  pour  chaque  jour  de  la  semaine,  du  princii>al  plat  quo- 
tidien : 

Dinianclio.  —  Le  malin  :  Pelil  pâté.  I-e  soir  :  Langue  de  Iki'uf  on  ngoùt  ou 
foie  de  vo.iu  pliiué  on  larde. 
Lundi.  —  Le  matin  :  Collet  de  mouton.  Le  soir  :  Ragoût  de  veau  ou  de  mouton. 
Mardi.  —  Lo  malin  :  Pelil  salé.  Le  soir  :  HagoiU  de  mouton  ou  de  veau. 


134 


PARIS -ATLAS 


^[e^Cl•e(li.  —  Le  malin  :  Tourte.  Le  soir  :  Bœuf  à  la  nioJe. 

Jeudi.  —  Le  malin  :  Cullet  de  veau  ou  de  mouton.  Le  soir  :  Poulet,  volaille, 
gibier,  pigeon  ou  ragoût. 

Vendredi.  —  Le  matin:  Maigre  ordinairement.  Le  soir:  Maigre  ordinairement. 

Samedi.  —  Le  malin  :  Quand  on  fait  gras,  des  saucisses.  Le  soir  :  Ragoût  de 
veau  ou  de  mouton. 

Si  la  liberté  n'était  pas  ce  qui  paraît  être  le  plus  cher  aux  hommes,  la 
Bastille,  dans  ces  condi- 
tions,eût  été  un  hôtel  fort 
agréable;  mais  lorsqu'on 
en  avait  franchi  le  dernier 
pont-levis,  on  ignorait  ab- 
solument la  durée  du  sé- 
jour, et  il  faut  convenir 
qu'une  pareille  incertitude 
est  fort  désagréable. 

Le  mystère  y  était  aussi 
de  règle.  On  n'est  pas  forcé 
de  croire  Linguet  lorsqu'il 
déclare  que  le  gouverneur 
avait,  sur  sa  parole  d'hon- 
neur, nié,  devant  plusieurs 
de  ses  amis,  qu'il  l'eût 
pour  prisonnier.  Mais 
comment  expliquer  qu'à 
la  mère  d'un  détenu  s'in- 
formant  auprès  du  lieute- 
nant de  police  où  était  son 
fils,  il  ait  été  répondu  par 
le  silence,  ainsi  que  l'at- 
teste la  note  du  magistrat  : 
«  Se  garder  de  dire  même 
si  ce  prisonnier  existe  ou 
non.  » 

M.  Frantz  Funck-Bren- 
tano  a  fait  justice  de  La- 
tude  ;  il  a  démontré  que 
■<  ses  trente-cinq  ans  de 
captivité  »  étaient  pure- 
ment volontaires;  que  Latude,  qui,  d'ailleurs,  se  nommait  Danry,  était, 
comme  on  dit  aujourd'hui,  un  simple  fumiste,  indigne  d'intérêt.  Il  a 
établi  aussi,  et  d'une  façon  presque  irréfutable,  que  le  fameux  homme 
au  masque  de  fer  é{a\l  h\tn  réellement  Mattioli,  l'ambassadeur  du  duc 
de  Mantoue,  perfide  à  la  fois  à  son  maître  et  à  Louis  XIV  qui  l'avait 
accrédité.  Ainsi  se  trouvent  éclaircis  les  deux  plus  grands  mystères  de 
l'histoire  de  la  Bastille;  le  reste  est,  en  comparaison,  assez  banal. 

Au  matin  du  14  juillet  1789,  la  Bastille  gardait  sept  prisonniers  ;  le 
seul  sérieux  —  si  on  peut  ainsi  parlrr  —  était  un  nommé  Tavernier, 
complice  de  Damiens  ou  prétendu  tel,  détenu  conséquemment  depuis 
trente  ans;  un  fou,  le  comte  de  Mallevillc;  un  érotomane,  M.  de  Solages, 
et  quatre  faussaires.  Peut-on  bonnement  imaginer  que  le  peuple  assié- 
gea le  chdteau  pour  délivrer  ces  sept  individus  dont  l'existence  était 
certainement  ignorée?  On  croit  plut/il  qu'il  vo\ilut,  en  s'cmparant  de 
la  Bastille,  détruire  le  symbole  du  despotisme? 

Il  faut  pourtant  que  l'on  sache  que  depuis  cinq  ou  six  ans  au  moins 
la  démolition  de  la  Bastille  était  projetée  par  le  gouvernement  lui- 


LE   PANORAMA    DE   LA    BASTILLE. 


^K^Bê^^Bï^^  f          i^^^^mI^a^    ^^d[^HB    flBi"''1^H^H 

1 

i^^iA  ^WiSSm^E^JI&jààPH^I 

''..al 

ne 

AsiMJCi  iJi:  i..v  rL.vci:  i/ai.ii;iuc. 


même  et  qu'en  1784  un  architecte  officiel  avait  fait  graver  le  plan 
d'une  place  à  construire  sur  son  emplacement,  avec  la  statue  de 
Louis  XVI  au  milieu.  Nous  avons  de  fermes  raisons  de  croire,  que 
le  sentiment  qui  anima  surtout  les  assaillants  fut  de  se  procurer 
des  armes,  après  avoir  pris,  la  veille,  toutes  celles  qui  étaient  conser- 
vées aux  Invalides  —  et  ils  se  figuraient,  bien  à  tort,  que  la  Bastille  en 
renfermait  un  grand  nombre.  Les  idées  généreuses  étaient  dans  l'air, 

les  mots  de  liberté,  d'af- 
ranchissement,  de  droits 
de  l'homme  volaient  sur 
toutes  les  lèvres;  il  faut 
tenir  compte  aussi  de  l'o- 
deur de  la  poudre,  de  l'a- 
mour fiévreux  que  les 
Parisiens  ont  toujours  eu 
pour  les  barricades,  les 
escalades,  la  guerre  des 
rues.  Ce  n'est  que  plus 
tard  qu'on  a  synthétisé  par 
la  capitulation,  puis  la  dé- 
molition de  la  Bastille,  les 
débuts  de  notre  glorieuse 
Révolution. 

On  voudrait  que  cette 
première  journée  eût  été 
pacifique;  malheureuse- 
ment il  n'en  est  rien.  Des 
relatiims  qui  ne  sont  pas 
pessimistes  évaluent  à 
une  centaine  de  morts,  à 
60  blessés,  à  19  veuves,  à 
o  orphelins  ce  que  coûta, 
du  côté  du  peuple,  cette 
première  victoire  de  la 
liberté.  Sept  officiers  de 
la  Bastille,  encore  qu'on 
leur  eût  promis  la  vie 
sauve ,  furent  massacrés 
pendant  qu'on  les  condui- 
sait à  l'Hôtel  de  Ville.  La  mort  du  gouverneur,  Delauney,  fut  un  véri- 
table martyre,  car  elle  fut  précédée  de  mille  blessures.  On  sait  que  sa 
tète  et  celle  de  ses  compagnons  de  supplice  furent  ensuite  victorieu- 
sement promenées  dans  la  ville  au  haut  de  piques  :  un  vent  de  férocité 
avait  soufflé  sur  le  peuple. 

Dès  le  16  juillet,  la  démolition  de  la  forteresse,  aux  frais  de  la 
nation,  fut  déridée.  Un  bel  enthousiasme  y  employa  aussitôt  tous  les 
bras.  Une  estampe  d'alors  représente  les  nobles,  les  bourgeois,  armés 
do  pioches  et  confondus  dans  cette  tâche  avec  les  ouvriers.  Ce  zèle  se 
ralentit  assez  vite,  car  trois  ans  après,  le  10  juin  1792,  l'Assemblée 
législative  ^'étonnait  que  les  tours  no  fussent  pas  encore  rasées. 

L'entrepreneur  chargé  officiellement  de  la  démolition,  Palloy,  intri- 
gant cl  illettré,  se  ménagea  un  beau  succès  en  débitant  les  pierres  de 
sa  Bastille  cninme  des  reliques  et  en  les  envoyant  pompeusement;!  toutes 
les  nmuicipalités,  ce  qui  ne  l'empêcha  pas  d'être  incarcéré,  peu  avant 
le  9  thermidor,  comme  dilapidateur  du  trésor  public,  et  d'avoir  ensuite 
jusqu'à  sa  mort,  en  1833,  sollicité  de  l'Empire,  de  la  Restauration  et 
du  gouvernement  de  Louis-Philippe  un  secours 
pécuniaire  pour  lequel  il  avait  linéique  peine  à 
iairc  valoir  ses  titres. 

Avant  môme  que  la  forteresse  eût  disparu,  on 
s'était  préoccupé  d'élever  quelque  chose  à  sa 
place  et  les  projets  de  monuments  alh'goriciues 
(■u  autres  avaient  surgi  en  grand  munhro.  Ils 
aboutirent,  en  1802,  à  la  créalion  d'une  place 
circulaire  qui  devait  être  ornée  d'une  fontaine 
monumentale  dont  le  motif  principal  serait  un 
énorme  éléphant.  La  construction  s'en  jiour- 
suivit  lentement;  l(>  modèle  en  ]>l.llre  de  l'élé- 
phant a  fait  pendant  toute  la  première  moitié 
du  siècle  la  joie  des  badauds,  car  rien  n'était 
plus  ridicule,  paraît-il. 

Après  les  journées  do  juillet  1830,  il  futdécidé 
qu'un  monument  serait  élevé  à  la  mémoire  de 
eeux  qui  y  avaient  trouvé  la  mort.  C'est  la 
colonne  de  Juillet,  œuvre  d'Alavoine  et  <le 
Dui-,  surrnnnli'e  du  fameux  génie  do  la  Liberté, 
dr  lluninnt.  La  colnnne  est  haul(!  d(!  !J0  nièties; 
les  MiiMisde  ceux  (|ui  moururent  pour  la  liherté, 
au  nombre  de  iJ04,  y  sont  gravés.  Le  piédestal 


DOUZIEME  ARRONDISSEMENT 


13' 


porte,  en  outre,  l'in- 
scription suivante  : 

A  LA  GLOIRE 

DKS 

CITOYENS    FRANÇAIS 

QUI 

s'armèrent 

ET 

COMBATTIRENT 

POL-R    LA    DÉFENSE 

DES   LIBERTÉS  PUBLIQUES 

DANS   LES 

MÉMORABLES     JOURNÉES 

DES 

27,  2f ,  29  JUILLET  1830. 
On  a  remarqué  et, 
avec  raison,  resiretté 
que  la  coiiuiRMiKira- 
tion  de  la  jouriK'r  du 
1  i  juillet  n'intorvinl, 
à  aucun  degré,  dans 
un  monument  élevé 
à  la  gloire  de  la  li- 
berté. Le  hasard  a 
récemment  permis  de 
réparer  cet  oubli,  et 
de  la  façon  la  plus 
inattendue.  Dans  le 
courant  de  janvier 
1899,  les  travaux  du 
chemin  de  fer  mé- 
tropolitain ont  mis 
au  jour  les  fonda- 
tions d'une  des  tours 

de  la  Bastille,  celle  de  la  Liberté.  On  a  eu  le  bon  goût  de  respecter  ce 
vénérable  fragment  et  de  le  réédifier  non  loin,  sur  le  terre-plein  du 
quai  des  Célestins,  à  l'extrémité  du  pont  Sully.  C'est  ainsi  qu'à  cent 
dix  ans  de  distance,  la  troisième  République  restaure  le  souvenir  d'un 
monument  dont  la  suppression  était  universellement  réclamée,  mais 
dont  la  destruction  fut,  pour  l'histoire  et  l'archéologie  parisiennes,  une 
perte  éminemment  regrettable. 

Il  est  toujours  loisible  de  faire  des  hypothèses.  Que  l'on  se  figure  la 
vieille  forteresse  —  vieille  maintenant  de  cinq  siècles  et  demi  — 
restée  debout,  ayant  résisté  aux  injures  du  temps  —  cela  lui  était 
facile  —  et,  chose  moins  aisée,  à  tous  les  projets  de  voies  nouvelles, 
de  nivellements,  de  prétendus  embellissements  de  Paris.  Qui  donc 
aujourd'hui  songerait  à  protester?  Qui  oserait  réclamer  sa  démolition? 
On  lui  aurait  rendu  la  destination  qu'elle  avait  jadis  partiellement, 
celle  d'un  musée  d'armes  anciennes,  ou  on  en  aurait  fait  un  dépôt 
d'archives;  on  l'eût  encadrée  d'un  square;  les  fossés,  les  ponts-Ievis 

et  dormants 
auraient  été  mis 
à  profit  pour 
des  effets  singu- 
lièrement pitto- 
resques; ce  se- 
rait un  des  plus 
curieux  monu- 
ments de  la  ville, 
quelque  chose 
comme  la  fa- 
meuse Tour  de 
Londres,  et  une 
inscription  au- 
rait rappelé  aux 
passants  que  le 
l>euple  de  Paris 
avait  voulu  con- 
Mrver,  au  nom 
de  l'art,  rédillce 
reconquis  par 
lui  au  nom  de  la 
liberté. 

Le  chemin 
de  fer  métro- 
politain de  Pa- 
I  is  a  une  station 
sur  la  place  de 
la  Bastille.  Elle 
nosi'icE  UEs  vuiNZE-vi.NGis.  appartient  à  la 


LES  VOIES  FERRÉES  DE  LA  LIGNE  DE  LYO.N,  A  BERCY. 


première  ligne  du  réseau,  inaugurée  dans  le  courant  de  l'été  de  1900, 
et  même  à  la  première  section  ouverte  à  l'exploitation.  C'est  ici  le  lieu 
de  dire  quelques  mots  de  ce  mode  de  transport  si  nouveau  pour  les 
Parisiens  et  qui  doit  leur  être  si  utile.  Nous  ne  rappellerons  pas  les 
nombreux  projets  présentés  depuis  une  vingtaine  d'années,  ceux  des 
grandes  Compagnies,  ceux  des  inventeurs  en  chambre,  hélas!  évincés, 
déçus  après  tant  de  labeurs  et  d'espérances.  Tous  se  heurtèrent  à  l'iné- 
branlable volonté  du  Conseil  municipal  de  créer  un  métropolitain 
municipal,  dont  les  voies  ne  pussent  pas  se  raccorder  avec  celles  des 
lignes  de  chemins  de  fer  existantes. 

C'est  en  1898  que  les  pouvoirs  publics  ratifièrent  les  délibéralions 
prises  à  l'Hôtel  de  Ville  et  autorisèrent  la  Ville  à  contracter  un  em- 
prunt de  163  millions.  La  construction  de  six  lignes  fut  décidée  et 
aussitôt  entreprise.  Celle  qui  nous  occupe  va  de  la  porte  de  Vincennes 
à  la  porte  Maillot,  avec  embranchements  à  l'arc  de  l'Étoile  vers  le  Troca- 
déro,  d'une  part,  vers  la  porte  Dauphine  (avenue  du  Bois-de-Boulogne\ 
d'autre  part.  Elle  est  entièrement  souterraine,  mais  on  peut  en  sui^Te 
le  tracé  sur  nos  plans  des  Xll",  1V'=,  I"',  VIII=  et  XVI=  arrondissements, 
qu'elle  traverse,  et  y  voir  les  noms  des  stations  desservies. 

Dans  le  XII°  arrondissement,  sur  la  place  même  de  la  Bastille,  son 
passage  a  rendu  nécessaire  la  couverture  d'une  partie  de  la  «  gare  de 


LÉCLUSE   DL'    CA.NAL    S  AI.N  T-M  ARIl.N    AU    PO.M    MORLAND. 


136 


PARIS- ATLAS 


LE    VIADUC    DU    CHEMIN    DE    FER    DE    VINCENNES. 

l'Arsenal  ».  La  ligne  suit  la  rue  de  Lyon  jusqu'au  boulevarel  Diderot, 
passe  sous  la  place  de  la  Nation  et  atteint  son  terminus  par  le  cours  de 
Vincennes.  Elle  a  des  stations  intermédiaires  à  la  gare  de  Lyon,  à 
l'intersection  de  la  rue 
de  Reuilly  et  à  la  place 
de  la  Nation. 

Les  cinq  autres  lignes 
(i.\ées  par  la  délibéra- 
tion du  Conseil  muni- 
cipal sont  les  sui- 
vantes : 

1"  Ligne  circulaire 
par  les  anciens  boule- 
vards de  ronde,  dits  exté- 
rieurs ; 

2°  Ligne  de  l'avenue  de 
Villiers  au  boulevard  de 
Ménilraontanl  jiarlagare 
Saint-Lazare,  l'Opéra,  la 
Bourse,  la  rue  Héaumur 
et  l'avenue  de  la  Répu- 
blique ; 

3»  Ligne  de  la  porte 
de  Clignancourt  à  la 
porte  d'Orléans,  par  les 
gares  du  Nord  et  de 
l'Est,  les  boulevards  de 
Strasbourg  et  de  Sé- 
bastopol,  les  Halles,  la 
Monnaie  (après  avoir 
traversé  la  Seine  en 
souterrain),  la  place 
Saint-Sulpice,  la  gare 
Montparnasse  et  la  place 
iJenrerl-Hocliereau; 

4°  Ligne   du  boulevard  de    Strasbourg   au   pont  d'Austi'rlilz  ; 

5°  Ligne  du  cours  de  Vincennes  à  la  place  d'Italie,  par  le   pont  dr 
Dercy. 

Deux  délibérations  annexes   ajoutèrent  à    ce  réseau  un<'   ligne-  du 


de  Belforl- 
vice  des  tr 
avec  une 


I.A    OAKli    DU    CHEMIN    H 


Palais-Royal  à  la  place  du  Danube,  et  une  autre  ligne 
reliant  l'Opéra  à  Auteuil,  en  franchissant  deux  fois  la 
Seine  souterrainement,  à  hauteur  des  ponts  de  Crénelle 
et  de  la  Concorde. 

Le  chemin  de  fer  électrique  de  l'Exposition  de  1900 
a  donné  aux  Parisiens,  toutes  proportions  gardées,  un 
avant-goiit  de  leur  Métropolitain  :  vitesse  commerciale 
de  16  ou  17  kilomètres  à  l'heure  (y  compris  la  durée 
des  arrêts),  modicité  du  prix  des  places,  confortable 
des  voitures.  Que  nous  voilà  loin  du  temps  où  Paris 
s'enorgueillissait  de  ses  carrosses  à  cinq  sols  qui,  pour 
la  première  fois  le  18  mars  1662,  tirent  majestueuse- 
ment le  trajet  entre  la  Bastille  et  le  Luxembourg! 

Le  chemin  de  fer  de  'Vincennes  fut  inauguré  le 
22  septembre  1839.  On  admira  beaucoup  alors  son 
('  embarcadère  »  et  le  viaduc,  long  d'un  kilomètre, 
cjui  domine  l'avenue  Daumesnil.  Nous  sommes  blasés 
maintenant  sur  ce  genre  de  merveilles,  mais  il  n'en 
faut  pas  moins  reconnaître  les  services  immenses  que 
cette  ligne  rend  à  la  population  de  Paris  et  de  la 
banlieue  de  l'Est. 

Construite  d'abord  entre  Paris  et  La  Varenne-Saint- 
Maur,  elle  allait  être  prolongée  au  delà  de  la  Marne 
quand  survint  la  guerre  de  1870,  et  ce  n'est  qu'en  t87o 
([u'elle  atteignit  Jlrie-Comte-Hobert.  Aujourd'hui  elle 
va  jusqu'à  Verneuil-l'Élang  se  souder  à  la  grande  ligne 
Mulhouse,  avec  un  parcours  total  de  54  kilomètres.  Le  ser- 
;iins,  surtout  entre  Paris  et  Joinville-le-Pont,  y  est  organisé 
fréquence  que  l'on  souhaiterait  voir  appliquer  à  certaines 
du  nos  lignes  d'omnibus. 
Rien  n'est  plus  amu- 
sant que  d'assister,  un 
dimanche  d'été,  le  ma- 
lin, au  départ;  le  soir, 
au  retour  de  l'un  de  ces 
trains.    Tant     d'attraits 
favorisent    de    ce    côté 
l'exode   parisien  :   Vin- 
cennes et   son   bois,   le 
canotage,  la  pêche  à  la 
ligne,    voire    même    la 
pleine  eau  à  Nogent,  à 
Joinville,  à  Champigny, 
à  La  Varenne  et  Cheii- 
lu'vières.    Et  plus    loin, 
pour  ceux  qui  fuient  lis 
gaietés  un  |)eu  bruyantes 
de  la  banlieue  trop  voi- 
sine  de    Paris,  c'est 
Buissy-Saint-Légcr  et  les 
liiiis  charmants  qui  l'en- 
tourent. Les  vingt-quai  re 
voilures  de  chaque  train 
siinl  prisi'S d'assaut,  par- 
liiit   com|ih'lcs,    revien 
n.iit  bondées.   Celle 
Inulc,    l'est  en    grandi' 
partie   le  laborieux  fau- 
iHiuig  Sainl-.Vntdine  ipii 
1,1  eiini|Mise;  la  ligne  dr 
Vincemies.c'esl  sa  ligm 
le  la  Bastille  à  la  porte  Durée,  du  pont  de  Bercy  à  la  rue  île 
,  il  n'est  pas  une  maison,  croyez-le,  <u'i  l'on  ne  se  demande, 
nie  la  sem.-iiiie,   pnur  quelle   sl.iliiin   de  celle  ligne  si  chère 
iiqili'1,1  \r   (lliii,iiii'he  Mlivaijl, 


1 

V 

à  1 

EU 

ni. 

DE 
■t. 

M. 

nir 

'Uil 

An 

,111 

lo 

un 

>'r 

ni.. 

VINCENNES. 


PARIS  DOUZIÈME    ARRONDISSEMENT 


PARIS -AT  LAS 


•^' 


VUE   GKNÉRAI-E    DE    LA    S  AL  l'ÈTRIÈRE. 


Xlll!  arrei^c^issen^ei^^t 


'i^ 


-^=ï< 


LES    GOBELINS.     —    49-'   ouartilr   :    la   SALPÉTRIÈRE.   —    30"   QiARTinR    :    LA   GARE. 
SI"  QUARTIER   :    LA   MAISON-BLANCHE.  —   32»  quartier   :    CROULEBARBE. 


E  XIII''  arrondissement  est  sous  le  vocalile  des 
GocELiNs;  le  plus  pittoresque  de  Paris  par  ce  ciue 
sa  physionomie  a  de  personnel,  d'introuvable 
ailleurs  que  là,  celui  aussi  qui  a  le  triste  privi- 
li'-iie  d'être  le  plus  pauvre  —  non  —  le  moins 
riche  de  la  ville.  Hiehe  d'argent,  car,  pour  l'éten- 
due, avec  ses  62a  hectares,  il  ne  se  laisse  battre 
que  par  les  XV'  et  XVI»  arrondissements.  Sa 
population  n'est  que  <le  115,000  hahilanls,  ci' 
nciiie  heaui-oup 


à  bâtir  par  là.  Ou  s'y  emploie, 
qui  dalaieul  d'avaul  l'ainiexion, 


qui  prouve  qu'il  y  a  rncnii' 
du  reste.  Nombre  tb'  vii'iib 
ont  fait  place  à  des  maisons  bàlies  à  cinq  élagi'S  avec  le  cioilnrl 
qu'exige  le  progrès.  .Aussi  de  jnui'  rn  jour  pcid-il  sou  suiiniiu  [n'iiililc 
de  fmibimrg  .iiiu/fraiil ,  qui  n'cbiit  que  Irop  vrai  il  y  a  (luclcpie  (|ua- 
rant(!  ans.  Toute  grande  ville  doit  avoir  des  ([uailiers  painics  :  le 
but  à  alteindre.  c'est  d'i'U  diminuer  autant  que  possible  l'as|iect  sor- 
dide; notre  démocratique  miniicipalib'  a  l'ait  largement  son  devoir 
à  cet  égard  et  elle  coiiliuue  à  ne  pas  s'en  désintéresser.  Il  n'en  était 
pas  ainsi  en  1839  :  un  fait  caractérislique  et  (leu  connu  le  prouve. 
Lorsque  l'édililé  se  préoccupa  de  [iréparer  la  loi  d'annexion  et  de 
poriiu-  à  vingt  les  douze  arrondissements  existants,  elle  donna  à  ces 
arrondissements  une  numérotation,  assez  mal  justifiée,  d'ailleurs. 
Celui  des  C.obelins  portait  le  n»  20  et  Passy  le  n"  13.  Ce  furent  de 
beaux  cris  à  Passy;  ce  cbilTre  l^î  horripilait,  épouvantait  b's  proprié- 


■  .\  T  I. . 


taires  de  la  région;  il  les  empêcherait  de  vendre  leui-s  terrains,  de 
louer  leurs  immeubles.  Des  pétitions  furent  itl-digées,  et  l'adminis- 
tration s'inclina  devant  des  superstitions  d'un  autre  âge.  C'est  ainsi  que 
l'ut  doté  du  terrible  chiffre  13  notre  faubourg  souffrant,  qui  n'eut  sans 
doute  pas  la  sottise  de  protester,  ayant  bien  d'autres  soucis  en  têt,-. 

Trois  éléments  sont  entrés  dans  sa  constitution:  1"  l'anlique  fau- 
bourg Saint-Marceau,  au  pied  de  la  montagne  Sainte-lleneviève,  com- 
prenant les  Cobolins  et  la  Salpètrière,  ancien  XII*  arrondissement  ; 
2°  les  (eirains  distraitsdi'  la  commune  d'Ivry.  entre  le  boulevard  de  la 
(iare  et  les  fortilicalious  ;  3°  les  terrains  distraits  <le  la  commune  de 
(ienlilly,  entre  le  boulevard  d'Italie  et  les  fortifications. 

Ses  liiiiiPs  sont  formées  par  le  milieu  du  cours  de  la  Seine,  du  pont 
National  au  pont  d".\usterlitz,  ipii  le  sépare  du  Xll"  arrondissement. 
l'eiueinte  lortiliée,  l'axe  des  rues  de  l'Amiral-Mouchez  et  de  la  Siinlê, 
(|ui  le  sé|)are  du  XIV  arrondissement,  l'axe  des  boulevards  de  Port- 
lloyal,  Saint-Marcel  et  de  l'ilêpital.  qui  le  sépare  du  V«. 

Le  quartier  de  la  Salpètrière  est  placé  sous  les  auspices  de  la 
maison  si  utile,  mais  si  lugubre  que  l'ailminislration  nomme  oflicielle- 
uunt  hospice  de  la  vieillesse  (femmes).  Cet  établissement  doit 
son  luuu  à  uui>  talniqiie  de  salpêtre  qui  y  existait  au  xvi* siècle,  et  sou 
origine  à  ce  grand  uuuneinent  d'lios|iitallsation  des  malades,  des  pau- 
vres et  des  mendiants  que  Henri  IV  avait  conçu  génêreTisement.que  sPs 
successeurs  réglementèrent  avec  rigueur.  L'n  édit  de  llioô  désigna 
.l'abord  Iti  Pitié  pour  recevoir  les  mendiants,  mais  peu  après  on  lui 

13 


138 


PARIS -ATLAS 


préféra  remplacement  de  la  Salpètrière  et  le  château  de 
Bicètre,  qui  furent  tous  deux  affectés  à  ce  que  l'édit  appelait 
l'Hôpital  général  des  pauvres.  La  Salpètrière  fut  réservée  aux 
femmes.  Aussitôt,  d'importantes  constructions  s'y  élevèrent 
sous  la  conduite  de  l'architecte  Lihéral  Bruant  ;  elles  sont 
encore  debout,  ainsi  que  la  chapelle,  dont  le  dôme  attire 
l'attention  des  voyageurs  qui  entrent  à  Paris  par  la  ligne 
d'Orléans —  chapelle  circulaire  elle-même,  d'une  disposition 
assez  ingénieuse. 

Au  xviii"  siècle,  la  Salpètrière  avait  perdu  son  caractère 
d'asile  ouvert  aux  femmes  pauvres;  on  y  recevait  bien  encore 
les  malheureuses    inPirmes   ou  folies,   mais   c'était  surtout 
un  lieu  de  correction,  une  véritable  prison 
pour  les   filles  du  peuple  coupables    d'un 
délit,   pour   toutes    les  femmes   qui  méri- 
tant la  détention  n'avaient  pas  le  moycTi 
de  la  subir  dans  les  couvents  placés  à  cet 
effet  sous  la  surveillance  du  lieutenant  de 
police. 

Aujourd'hui,  les  4,410  lits  de  la  maison 
sont  réservés  à  des  femmes  septuagénaires, 
indigentes  ou  aliénées  —  et  aussi  aux  in- 
fortunées de  tout  âge  qui  souffrent  de  celle 
maladie  bi/.arre  et  terrible  qu'on  nomme 
l'hystérie.  A  en  décrire  merveilleusement 
les  manifestations,  à  la  combattre  et  sou- 
vent à  la  vaincre,  le  D'  Charcot  avait  acquis 
une  renommée  universelle.  Son  enseigne- 
ment de  la  Salpètrière  était  suivi  par  les 
savants  du  monde  entier.  On  ne  s'étonnera 
donc  pas  de  trouver  devant  la  façade  de 
l'hospice  sa  statue,  œuvre  de  Falguière. 
Elle  y  a  été  inaugurée  le  4  décembre  1898 
avec  la  solennité  que  justifiait  une  si  illustre 
mémoire.  Plus  en  avant,  sur  le  terre-plein, 
est  la  statue,  sculptée  par  Ludovic  Durand, 
de  Pinel,  le  fondateur  de  la  médecine  alié- 
niste.  Signalons  enfin,  dans  l'amphithéâtre  de  Charcot,  la  présence 
d'un  bas-relief,  ciselé  par  M""  Élisa  Bloch,  en  l'honneur  des  frères 
Lionnet,  les  deux  artistes  qui  avec  tant  de  dévouement  prêtaient  leur 
concours  aux  concerts  organisés  pour  distraire  les  pensionnaires  de 
Ihôpilal. 

La  gare  d'Orléans  vient  de  perdre  et  de  faire  perdre  au  quartier 
une  bonne  part  de  son  importance.  Dépossédée  par  sa  fastueuse  rivale 
du  quai  d'Orsay  du  privilège  d'être  le  point  de  départ  de  ce  grand  ré- 
seau, elle  tombe  au  rang  de  gare  secondaire,  encore  que  plusieurs 
services  de  l'exploitation  y  aient  été  maintenus. 

L'édifice  que  nous  avons  sous  les  yeux  est  de  profiortions  grandio- 
ses; il  a  été  construit  en  1867  par  l'architecle  Urnaull,pour  rem]]|,irir 
un  embarcadère  bien  plus  modeste,  datant  de  la  création  de  la  ligne. 
<',i-tte  création  date  du  mois  de  septembre  18'i0.  On  ignore  générale- 
ment que  ce  fut  d'abord  la  ligne  de  Paris  à  Corbeil  ;  au  mois  de  mai  1843, 
lut  ouverte  la  section  de  .luvisy  à  Orléans,  mais  la  Compagnie  continua 


STATUE    DE   PHILIPPE    PINEL 


I.A    GAlilO    l)(il;  l.l-A.NS. 


»  K     SI    It     L 


à  desservir  Corbeil  jusqu'<à  l'année  1863,  époque  où  la  Com- 
pagnie de  Paris-Lyon-Méditerranée,  ayant  construit  la  voie 
entre  Villeneuve-Saint-Georges  et  Juvisy  par  Draveil,  lui  ra- 
cheta le  tracé  de  Juvisy  à.  Corbeil. 

La  place  Val/iubert  porte  le  nom  d'un  général  qui,  comme 
le  colonel  Mazas,  fut  tué  à  la  bataille  d'Austerlitz.  Elle  a  reçu 
cette  dénomination  en  1806,  en  même  temps  que  le  pont 
d'Austerlitz  dont  la  construction  venait  de  s'achever  sous  le 
nom  de  pont  du  Jardin-du-Roi.  Il  était  alors  en  fer;  en  18oo 
on  l'a  reconstruit  en  pierre,  et,  vingt-deux  ans  après,  il  a  été 
sensiblement  élargi  sans  que  —  ceci  est  à  la  louange  des  ingé- 
nieurs —  la  circulation  dessus  ou  dessous  ait  été  inter- 
rompue un  seul  jour. 

Lorsque,  en  f/QO,  les  limites  de  Paris  fu- 
rent ronslituées  par  les  boulevards  longeant 
l'i'nceinte  des  fermiers  généraux  et  pour 
cette  raison  dénommés  boulevards  exté- 
rieurs, le  boulevard  de  la  Gare  n'existait 
pas  encore.  La  capitale  se  terminait  boule- 
vard de  l'Hôpital  et  à  l'enclos  de  la  Salpê- 
tiière.  Là  où  se  réunissent  maintenant  les 
rues  Bruant  et  Jenner  — •  autrefois  rue  des 
Deux-Moulins,  —  était  la  barrière  dite  des 
Deux-Moulins,  et  sur  le  quai,  vis-cà-vis  la  rue 
Villiot  [XII«  arrondissement],  la  barrière  de 
la  Gare.  C'est  en  1818  que  le  mur  d'enceinte 
lut  reporté  au  tracé  du  boulevard  de  la  Gare, 
ijui  reçut  alors  le  nom  de  boulevard  d'Ivry 
ila  dénomination  actuelle  ne  remonte  C|u'à 
1864),  et  que,  au  délriuient  de  la  commune 
d'Ivry,  Paris  s'accrut  du  triangle  compris 
entre  les  deux  boulevards  et  la  rue  Jenner. 
Pauvre  acquisilion,  d'ailleurs,  de  quelques 
masures  constituant  le  hameau  dit  d'Aus- 
terlitz ou  des  Deux-Moulins. 

Nous  avons  retrouvé  aux  Archives  le  rap- 
port   inédit    du    ministre    de     l'Intérieur, 
M.  Laine,  à  Louis  XVIII,  où  est  exposée  cette  opération.  Le  voici: 

«  Sire, 

('  En  ordonnant  la  conslrudion  de  jilusieurs  aballoirs  pour  la  Ville  de 
Paris,  le  gouvernement  a  voulu  qu'ils  ne  pussent  être  placés  au  dehors 
di'S  barrières,  afin  de  faciliter  la  perception  des  droits  d'octroi.  Celui 
de  Villejuif  est  le  seul  pour  lequel  on  n'a  pu  trouver  d'iMnplacement 
intérieur  convenable  ;  il  a  fallu  le  jilacer  à  l'extérieur,  sur  le  leiriloire 
de  la  commune  d'Ivry,  mais  avec  linlenlion,  maintenant  réalisée,  de 
reculer  le  mur  d'enceinte  au  delà  de  cet  abattoir.  Ce  nouveau  mur  dé- 
signé au  plan  ci-joint  par  un  liseré  rouge,  part  de  la  barrière  d'Italie 
et  va  aboutir  au  quai  de  la  tîare  ;  il  comprendrait  dans  l'enceinte  de 
Paris  l'aballoir,  le  hameau  d'.VusIerlilz  et  tous  aulri's  bâtimens  et  ter- 
rains qui  sont  enveloppés  par  le  liseré  bleu. 

«  Le  Conseil  général  de  la  Seine  faisant  les  fonctions  de  Cmiscil  mu- 
nicipal et  le  Préfet  du  département  ont  demandé  que  partie  du  li  irl- 
loire  de  la  commune  d'Ivry  en  fiU  déla- 
chée,  et  que  la  limite  entre  celte  com- 
mune et  Paris  fût  fijjée  jiar  le  nouveau 
mur. 

"  Le  Conseil  muniiipal  d'Ivry  y  con- 
sent. En  conséiiui'iii-e,  j'ai  riionneur  de 
proposer  à  Voire  Majesté  l'ordonnance 
dont  le  projet  est  ci-juinl.  •> 

(Arch.  nal.  I''  11,  Seine,  I.) 

I.i'  Conseil  niuriici|ial  d'Ivry  iléelara 
nr  |ias  s'ii|i|iosrr  à  celle  dislivieliiin,  et 
se  lidina  .'i  dciiiandcr  "  que  le  rôle  il'ini- 
|i,.si|iiin  l'I  dr  .nnliôle  des  uai'des  iialio- 

lljjl'S    loi    llilllilllh''    eu    ImImiII    llll    Jlnllllu'i' 

de  riliiyeiis  (|ui  eesseraiiMil  par  ce  l'ail 
d'.i|i|iai'lenir  à  la  cuniiiiMiie  ».  L'iU'don- 
riance  royale  esl  du  6  janvier  ISI'.t.    ,^ 

Les  agrandisseni'iil-,  en  IMIT.  de  l.i 
gare  d'Oi'léans  euienl  |»mii'  ellel  di'  su|i 
|itimi-r  la  majeui-e  parli>'  de  l,i  iiie  de  |,i 
Gai'e  et  de  l'aire  disparaîlre  un  bien 
iiiiieux  élablissenienl,    nommé   l'ainiliè- 

re Ill    l'Ilèlel    des    llaiicnls   el    snlenilel- 

leiiniil  :  Mais,, Il  d'aiiVI  d.'  la  L'aide  n.i- 
Imiiale.   l'ailiT  aiiiuiinriiui   ih'   la  garde 


r  15  E I  z  I  !•;  M I-:  a  ni!  o  nd  i  s  s  i:  m  i;  n  t 


139 


creuser  en  1769  sur  la  rive  gauche  de  la  Seine, 
au  delà  de  la  Salpêlrièie.  En  ce  temps,  les  inon- 
dations, les  débâcles  de  glaces  étaient  bien  plus 
redoutables  qu'aujourd'hui.  C'est  pour  les  en 
présenerque  ce  garai-e  avait  été  imaginé.  Pour- 
quoi le  projet  fut-il  abandonné,  nous  l'ignorons. 
Le  plan  de  Jaillot  quartier  de  la  place  Maubertj 
en  porte  la  trace  avec  cette  mention  :  «  Em- 
placement qu'on  avoit  destiné  pour  la  construc- 
tion d'une  gare.  >.  11  est  assez  piquant  que  ce 
soit  une  gare  de  chemin  de  fer  qui  se  soit  substi- 
tuée à  celle  des  bateaux.,  de  façon  à  faire  naître 
à  la  fois  la  confusion  et  l'analope. 

Au  demeurant,  triste  quartier,  encore  qu'avec 
ses  (|iiarante  mille  habitants,  il  soit  le  plus  peuplé 
de  larrondissemenl.  Et  cependant  il  n'est  pari- 
sien que  depuis  1860,  date  où  l'annexion  en  dé- 


GARE   D'ORLEANS,    (façade    sur    la    I'Lack    vai. hubebt.) 

nationale  et  de  sa  prison  c'est  presque  faire  de  rarchcologie  préhisto- 
rique. Pourquoi  ce  nom  d'hôtel  des  Haricots"?  C'est  toute  une  histoire. 
Sur  la  place  du  Panthéon,  la  bibliothèque  Sninte-Ceneviève  occupe 
maintenant  l'emplacement  du  collège  de  Monlaigu.  Rabelais  l'a  appelé 
collège  de  pouillcrie  ;  les  écoliers,  eux,  le  surnommaient  collège  des 
haricots  en  raison  de  la  maigre  chère  qu'ils  y  faisaient.  Or,  après  la 
Révoluiion,  la  prison  de  la  garde  nationale  ayant  été  installée  dans  ses 
bâtiments,  le  surnom  ne  se  modifia  que  légèrement  :  on  l'appela  hotL-l 
des  haricots  et  ce  sobriquet  accompagna  la  prison  dans  ses  résidences 
successives,  à  l'hôtel  de  Bazancourt,  rue  des  Fossés-Saint-Bernard,  puis 
rue  de  la  Gare,  où  elle  fut  installée  en  1837.  Ce  fut  son  plus  beau 
temps.  N'était  pas  garde  nalional  qui  voulait;  mais  beaucoup  l'élaienl 
qui  n'auraient  pas  voulu  l'être,  au  moins  les  jours  de  corvées  ;  aussi 
les  punitions  étaient-elles  fréquentes  et  les  cellules  de  l'hôtel  des  II :i- 
ricots  toujours  occupées.  Souvent  les  prisonniers  étaient  des  artistes: 
dessinateurs,  peintres,  sculpteiirs,  poètes,  prosateurs,  professeurs,  et 
pour  tuer  le  temps,  ils  décoraient  les  murs  de  leur  cachot,  chacun 
dans  le  genre  qui  lui  était  familier. 

Musset  y  a  ébauché  la  première  strophe  d  une  de  ses  pièces  de  vers, 
bien  connue  : 

On  dit  :  triste  comme  la  porte 
D'une  prison, 

El  je  crois,  le  diable  m'emporle. 
Qu'on  a  raison. 


Voici,  en  oulrt 
Banville  : 


un  joli  madrigal  en  quatrain,  signé  Théodore  de 


Phyllis,  ne  plaignez  pas  celui  qui.  clans  celle  ombre, 
Songe  à  vos  yeux  d'azur,  pleins  d'éloiles  sans  nombre. 
Grâce  à  ces  yeux,  auteurs  de  tous  les  manx  soufferts, 
Voici  déjà  longtemps  que  j'étais  dans  les  fers  ! 

Pour  les  dessins  illustrant  les  murailles,  et  dont  beaucoup,  fort  hu- 
moristiques, étaient  signés  de  noms  célèbres,  nous  renvoyons  au  livre 
d'.XIbert  de  Lasalle,  UHàlel  des  Haricots,  écvil  au  moment  où  la  maison 
allait  être  démolie,  et  qui  est  une  nomenclature  complète,  très  spiri- 
luelliMni-nt  ronunentée  de 
toutes  ci'S  riclii'sses. 

Quartier  de  la  Gare. 
Dans  le  livre  en  questiim, 
l'auteur  ayant  —  naturel- 
lement —  à  parler  de  la 
rue  de  la  Gare,  dit  :  i<  .1.; 
n'ai  pas  besoin  do  vous 
dire  pourquoi  elle  s'ap- 
pelle ainsi.  »  .\utant  vaut 
dire  que  c'est  à  cause  du 
voisinage  de  la  gare  d'Or- 
léans! Eh  bien!  Albert  (b' 
Lasalle  se  trompe  et  avi  r 
lui,  un  très  grand  nombu 
de  personnes.  La  rm  . 
puis  le  quartier  doivent 
leur  nom  à  un  port  ou 
gare  qu'on  eut  dessein  de 


EGI.I  SE    NOIRE    DAM  E-DE-I,A-GARli. 

posséda  Ivry,  qui  ne  se  laissa  pas  faire  sans  protester.  Il  existe  une 
petite  brochure,  dans  laquelle  ces  plaintes  sont  exhalées  :  c'est  la 
ruine  de  la  commune  d'Ivry  si  la  mesure  projetée  s'accomplit.  Elle 
s'est  pourtant  accomplie  et  Ivry  n'est  pas  ruiné,  car  l'annexion  a  eu 
précisément  pour  effet  de  décupler  sa  population. 

Le  centre  du  quartier  paraît  avoir  été  voué  à  la  mémoire  de  la 
Pucelle  et  de  ses  vaillants  frères  d'armes.  Outre  la  rue  Jeanne-d' Arc, 
qui  en  est  l'artère  principale,  voici  les  rues  de  Palay,  de  Domrémi/, 
Xainlriiillcs.  Tulhut,  Lnhire.  La  paroisse  est  sous  l'invocation  de  Notre- 
Dame-de-la-Gare.  Elle  a  été  construite  en  l8Uo,  aux  frais  de  la  com- 
uium-  d'l\iy.  dans  le  style  ro- 
man, par  l'arcbilecte  Naissant. 

-Nous  sommes  peu  à  l'aise 
pour  expliquer  le  nom  de  la 
rae  du  Dessous-des-Berges,  silut'-e 
à   quelque   vingt    mètres   au- 


VUE    DU    l'O.NT    D  ALSTERI.I  rz. 


140 


PARIS -ATLAS 


LE    PONT    DK    LA    RUE    DE    TOLBIAC. 

dessus  des  berges  de  la  Seine,  —  el  aussi  .relui  de  la  rue  du  Clt.Ucaa- 
des-Rmliers,  car  on  ne  voit  guère  ici  ni  cliùleau  ni  icnders.  Ces  déno- 
minations seraient-elles  simplement  employées  par  antiphrase?  Ce 
serait  à  l'honneur  de  la  gaieté  et  de  la  philosophie  de  ceux  qui  les 
ont  choisies. 

La  rue  de  Tolbiac  est  do  construction  récente.  Elle  forme  un  tronçon 
de  ce  réseau  si  utile  dont  la  troisième  République  a  doté  les  faubourgs 
de  la  rive  gauche  et  qui,  entre  les  ponts  de  Tolbiac  et  Mirabeau,  reïie 
la  Seine  à  elle-même  par  une  large  voie  intermédiaire  entre  les  bou- 
levards des  anciennes  barrières  et  le  chemin  de  ronde  dos  fortifica- 
tions. Rue  de  Tolbiac  dans  le  XIII»  arrondissement,  elle  devient  rue 
d'Alésia  dans  le  XIV»,  rues  de  Vouillé  et  de  la  Convention  dans  le  XV=; 
au  fond,  c'est  la  même.  Les  anciens  du  quartier  se  rappellent-ils  la  rue 
et  le  pont  Picard,  par  où  on  communiquait  avec  la  rue  du  Chevaleret 
en  passant  au-dessus  des  voies  de  l'Orléans?  Le  passage  s'effectue 
aujourd'hui  par  la  rue  de  Tolbiac,  à  l'aide  d'un  très  beau  pont,  fait 
comme  les  ingénieurs  les  construisent  maintenant;  l'armature  mé- 
tallique s'élève  au-dessus  du  pont,  parallèlement  au  sens  de  sa 
longueur. 

Le  rivage  de  la  Seine  est  presque  entièrement  bordé  par  linimense 
gare  aux  marchandises  du  chemin  de  fer  d'Orléans.  Cela  lui  donne  un 
caractère  de  solitude  et  de  mélancolie  très  particulier.  Dès  qu'on  a 
dépassé  les  grilles  par  où  entrent  et  sortent  incessamment  les  lourds 
c-aniions,  le  quai  devient  désert  et  triste.  La  Seine  coule  majestueuse- 
ment, et  relativement  linijiide  à  son  entrée  dans  Paris;  en  face,  les 
chais  de  Bercy  s'élèvent  orgueilleux;  ici,  de  vastes  terrains  à  peu  près 
incultes,  faisant  pressentir  la  misère  voisine,  avec 
laquelle  la  richesse  n'a  pas  voulu  se  coudoyer. 

Ce  quai  est  pourtant  une  route  nationale,  cl  au 
temps  des  messageries  royales,  ce  fut  une  voie  très 
fréquentée,  car  elle  formait  le  prolongement  des  deux 
loutes  de  Hell'orl  et  de  Onève  qui  se  bifurquent  à 
AllorI,  devant  l'Kcole  vétérinaire. 

Quatre  ponts  relient  le  XII"  cl  Ir  Mil'  aridudisse- 
ment;  nous  avons  parlé  dé-jà  de  celui  d'Aiislerlitz.  I.r 
von',  de  Bercy,  précédemment  dit  pont  de  la  Gare,  ne 
date  que  de  lS6i.  Le  pont  de  Tolbiac  est  bien  plus  récent 


encore  :  aux  cartouches  de  pierre  sculptés  sur  ses 
piliers  d'entrée  on  lit  :  1879-1882.  Le  pont  Naliomd, 
enlln,  a  été  construit  en  1852  à  la  fois  pour  le  passage 
du  chemin  de  fer  de  Ceinture  et  pour  continuer  le  bou- 
levard de  ronde  qui  accompagne  l'enceinte  forliliée. 
11  doit  son  nom...  au  4  septembre  1870,  car  auparavant, 
il  s'appelait  pont  Napoléon. 

Reprenons  ici  notre  excursion  en  chemin  de  fi>r  île 
Ceinture  dans  le  XIII'  arrondissement.  Ici,  c'esl-à-diri' 
au  milieu  même  du  pont  National.  Après  avoir  franchi 
un  double  raccordement  (dont  un  seul  est  utilisé)  avec 
le  chemin  de  ler  d'Orlé'ans,  et  passé  sur  un  pont  mé- 
tallique au-drssus  des  Vdies  de  cette  ligne,  on  arrive 
à  la  station  dOrléans-Ceinture.  La  voie  occupe  là  un 
remblai  élevé,  d'où  pendant  quelques  instants  on  aper- 
çoit à  droite  plusieurs  monuments  de  la  rive  gauche, 
et,  de  l'autre  côté,  les  ondulations  de  terrain  que  domine 
le  fort  d'Ivry.  Elle  s'engage  ensuite  dans  un  souterrain 
de  348  mètres  et  atteint  en  tranchée  la  station  de  la 
Maison-Blanche.  Au  delà,  le  paysage  se  découvre  de  nouveau,  fori 
pillores(iue  ;  c'est  la  vallée  de  la  Bièvre  que  nous  traversons  :  dans  le 
lointain,  voici  les  dômes  du  Panthéon  et  du  Val-de-Gràce;  sur  la 
gauche,  le  sommet  du  clocher  de  l'église  de  Genlilly  qui,  vu  de  là, 
parait  au  niveau  du  sol  ;  voici  la  poterne  des  Peupliers,  que  nous 
reverrons  tout  à  l'heure  de  plus  près;  puis,  du  côté  de  Paris,  de 
vastes  garages  et  ateliers  de  la  Compagnie,  et  dans  une  nouvelle 
tranchée  la  station  du  Parc-Montsouris,  établie  à  l'extrémité  même 
de  l'arrondissement.  C'est  là  (lue  b's  voyageurs  correspondent,  a[uès 
avoir  traversé  un  angle  du  parc,  avec  les  lignes  de  Sceaux  et  Liniours. 
Ce  qui  nous  reste  à  dire  du  quartier  de  la  (iare  sera  vite  fait.  Le 
boulevard  de  ta  Gare,  qui  le  limite  du  côté  du  Nord-Ouest,  olfre  lasiiect 
d'une  large  avenue,  ouverte  en  pleine  région  de  travail;  les  million- 
naires n'en  font  pas  leur  promenade  coutumière;  le  peu[tle  laborieux, 
y  est,  en  revanche,  comme  chez  lui.  A  signaler  les  immenses  bâtisses  de 
la  raflïnerie  Say,  abi'itant  plusieurs  milliers  d'ouvriers  et  d'ouvrières. 
Quant  aux  avenues  de  Choisy  et  d'Ivry,  elles  demeurent  mornes.  La 
]n'emière  est  le  chemin  de  la  grande  nécropole  du  Sud-Est,  le  cimetière 
d'Ivry  —  le  champ  de  navets,  comme  on  le  nouime  couramment. 
L'auti(f  est  plus  calme  encore,  en  dépit  du  teuf-tcuf  bruyant  dont  le 
tramway  des  Halles  la  fait  retentir.  L'industrie  ne  s'est  pas  encore 
décidée  à  occuper  complètement  ces  espaces  lointains  qui,  pourtant, 
lui  sont  offerts  à  bon  compte.  Le  temps  n'est  pas  proche  où  cette  région 
se  sera  véritablement  parisianisée.  En  veut-on  une  dernière  preuve? 
Il  s'y  trouve  une  rue  des  Terres-au-Curé,  c|u'on  appelait,  avant  1877,  rue 
de  la  Coupe-des-Terres-au-Curé.  On  aurait  du  lui  niainleuir  lette  der- 


\  L  !■;    DU    ro.N  1    lilO    lULlilAC. 


LE    l'O.Ni     .NAllu.NAL, 

nièie  ili'iiniiiiualiiin  :  elli-  l'Iail  plus  rur.de.  plus 
villageiiise,  mieux'  en  liaiiiKinie  a\ec  loiil  ce 
que  la  localité  a  de  chanipélre. 

I.es  nuuié|-os  impairs  di'  l'avenue  de  Clmisy 
a|>p.irlienni'Ml  au  quartier  de  la  Maison- 
Blanche,  (|ui  par  bien  îles  côtés  semblalih;  au 
priM-i'ilerit  n'en  a  pas  innius  un  cachet  Ifès 
personnel  ;  (  esl  à  la  Hié\  re  (piil  le  doit.  Qui 
expliquera  puinqucii  il  esl  îles  rivières  ori.'Uell- 
jeuses,  linnoiii>,  et  il'aulres  modc'sles,  mépri- 
sées? La  Ilièvie  «si  jiaiMji  ces  dernièrc'S,  el 
c'est  la  l'aille  di'  riiiininie.  car  la  iialuie  l'avait 
l'aile    cmiuelle,    é|i'j;anle,    p(Uiniie   il.'     Iciut    ce 


TREIZIEME    A  II  I!  d  M)  I  S  S  K  M  KN  T 


141 


LA    PORTli    D  IVliY    Eï    I.ICS    FO  U  T  I  F  IC  A  T 10  N  .- 


qu'il  faut  pour  plaire.  Celte  indignité  lui  a  valu  bien  dos  opprobres, 
mais  aussi  quelque  compassion;  aux  sarcasmes  de  Rabelais,  le  pauvre 
ruisseau  peut,  non  sans  fierté,  opposer  l'éloge  qu'Alfred  De'vau  a  fait 
de  lui,  les  pages  émues  qu'il  a  inspirées  à  Huysmans.  Celui-ci  la  com- 
pare à  une  fraîche  et  belle  campagnarde  que  la  grande  ville  corrompt 
et  souille  après  l'avoir  exploitée  sans  pitié  ni  reconnaissance.  I.a  com- 
paraison n'est  pas  seulement  poétique,  elle  est  tout  à  fait  juste.  Oui, 
la  Bièvre  sort  pure  et  limpide  de  son  berceau,  qui  est  l'étang  de  Saint- 
Quentin,  à  Trappes,  au  Sud  de  Versailles.  Laissant  à  sa  gauche  le  pla- 
teau de  Satory,  elle  descend  dans  une  vallée  charmante  où  ces  ingrats 
Parisiens  qui,  chez  eux,  lui  font  si  mauvais  accueil,  viennent  la 
contempler  avec  gi'and  plaisir.  Qu'il  suffise  de  rappeler  les  noms  des 
localités  qu'elle  travei-se  :  Bue,  Jouy-en-Josas,  Bièvres,  Igny,  Amblain- 
villiers,  et  les  coteaux  boisés  de  Vélizy,  de  Chaville,  de  Verrières,  qui 
la  surplnnibonl.   .V   Antony,  son   cours,  dirigé  jusque-là  de  l'Ouest  à 


I.A  niKVKi:  l'Ki  ~   ;  1-  u  o  u  t:  1. 1  .n  s. 


l'Est,  change  tout  à  coup  de  direction  vers  le  Nord.  II  semble  qu'il  y 
ail  là  une  falalité  qui  l'allire  vei-s  Paris,  et  qu'elle  y  cède  par  une  réso- 
lution brusque,  au  lieu  de  continuer  tout  droit  vers  la  Seine,  à  traver> 
les  jolis  villages  de  Fresnes,  de  Hungis,  de  Tliiais;  mais  le  plateau  d- 
Villejuif  lui  barre  la  roule.  La  souillure  va  commencer  pour  elle  :  An- 
tony, Arcueil,  Genlilly  lui  envoient,  comme  à  un  égout.  les  impurel'  - 
de  leurs  blanchisseries,  les  résidus  de  leurs  usines,  et  quand  elle  s-- 
présente  timidement  à  Paris,  près  de  la  poterne  des  Peupliers,  elle  est 
déjà  si  malpropre  qu'on  ne  la  laisse  entrer  qu'en  filtrant  à  travers  une 
grille,  sous  un  long  tunnel  voûté,  d'aspect  sinistre,  hanté  des  rats. 

La  poterne  des  Peupliers!  Dans  l'insupportable  monotonie  de  paysage 
que  fournit  le  pourtour  des  fortifications  parisiennes,  c'est  une  oasis 
rare  où  le  pittoresque  trouve  son  compte.  >'e  croyez  pas  que  le  décor 
soit  merveilleux;  il  est  simplement  inattendu.  L'entrée  de  Paris  y  est 
pratiquée  dans  le  rempart  même,  par  un  passage  formant  voûte,  au- 
dessus  duquel  est  établi  le  chemin  de  ronde.  Cette  ouverture  est 
hérissée  de  grilles  que  l'intensité  de  la  circulation  ne  paraît  pas  tout  à 
fait  justifier.  La  date  4S90,  sculptée  au-dessus  de  la  façade  qui  regarde 
(ientilly,  indique  que  cet  ouvrage  n'appartient  pas  au  plan  primitif,  et, 
en  effet,  des  vues  antérieures  nous  le  montrent  avec  un  aspect  moins 
rébarbatif.  C'est  à  cent  mètres  plus  loin,  à  l'Est,  que  la  Bièvre  fait 
l'entrée  honteuse  que  nous  venons  de  dire. 

Dès  lors,  le  pauvre  cours  d'eau  vase  déshonorant  toujours  davantage. 
Par  des  méandres  impréNTis  il  semble  chercher  à  mettre  fin  à  son  igno- 
minie, à  éviter  la  Bulle-aux-Cailles,  qui  a  l'air  de  vouloir  s'effondrer 
sur  lui,  à  se  soustraire  à  ces  mégisseries  qui  l'attendent  aupassage.il  y  a 
([uolqiies  années 
encore,  ses  rives 
bordées  de  saules 
iiffraient  çà  et  là, 
pendant  de  courts 
espaces,  un  joli 
'  iiinde  nature;  on 
ne  retrouve  plus 
I  lia  aujourd'hui. 
Chaque  année,  la 
ville,  consciente 
enfin  de  son  œu- 
vre malfaisante, 
couvre  d'un  sé- 
pulcre de  pierre 
un  morceau  de 
liièvre  ;  la  rivière 
deviendra  bientôt 
un  égout  et  per- 
sonne n'y  songera 
plus. 

Rabelais  a  ex- 
]iliqué  l'originede 
la  Bièvre  d'une 
laçon  fort  plai- 
sante, mais  trop 
scabreuse  pour 
i|u'il  nous  soit 
possible   do   la 


l.li    PUITS   AKTÉSIEN 
DE   LA    BUTTE-AUX-CAlLLIiS. 


142 


PARIS -ATLAS 


dii'p.  On  no  croirait,  pas  aujourd'lnii  i|ue  ce  ruisseau  ait  pu  jadis  se 

déchaîner  comme  un  lleuve,   et  causer   des   ennuis  ;i    ses  riverains. 

Écoutez  pourtant  ce  que  raconte  un  religieux  de  Saint- Victor,  h  la  date 

du  15  mai  1527  :  «  Le  mercrody  quinziesme  jour  dudict  moys,  environ 

onze  heures  du  matin,  la  rivière  de  Biefvre,  laquelle  passe  par  l'hostel 

de  céans  [c'est-à-dire  Tabbaye  de  Saint-Victor],  lut  sy  trcs  grosse  et  sy 

très    impétueuse     qu'elle 

rompit  plusieurs  édifices 

à  Saincl-Marcel  et  estoit 

grosse  pitié  de  la  veoir, 

car    elle    venoit  jusques 

devant  l'église  Sainct-Mé- 

dard,  et  guasta  plusieurs 

marchandises,    et    falloit 

(pie  les  gens  estans  dans 

les  maisons  se  saulvassenl 

par  les  fenestres  dedans 

des   bateaulx  qu'on  avoit 

pris  sur  la  rivière  de  Seine, 

et  portez  audict  lieu,  qui 

estoit  grosse  pitié  à  veoir. 

«  L'eau  couvrit  tout  le 
pré  de  céans  et  fut  l'erbe 
l'nrt  dommagée  avec  les 
plus  beaux  bleds  qu'or 
pust  veoir,  que  nous  avions 
sui-  la  rivière  de  Seine,  les- 
(liii-ls  pareillement  furent 
aussi  en  partie  guastez, 
t'I  ladicte  rivière  de  Bief- 
vre, le  lendemain,  dimi- 
niiil  fort  jusques  à  ce  que 

la  grande  rivière  de  Seine  fust  plaine,  lai[urllr  l,i  list  regorger  et  alors 
lut  plus  grosse  que  auparavant,  l'espace  di'  huit  ou  dix  jours,  avant 
que  de  decroistre,  dont  vint  et  fut  la  cause  du  doinmaige.  » 

Le  quartier  de  la  Maison-Blanche  a  été  tout  entier  détaché  de  la  com- 
mune deGentilly,  en  1860.  C'était  ce  que  l'on  nouimait  le  l'i-tit-tlerililly. 
Il  se  compose  aujourd'hui  de  deux  parlii's,  la  liulle-,iiix-r„iillcs  et  la 
(.lacière  et,  en  outre,  d'une  artère  très  ini|i(irlarile,  Varenup  d'Ilalir  (mi 
roule  de  Fontainebleau,  c'est-à-dire  la  roule  nationale  m"  7  de  Paris  à 
Antibes.  A  elle  seule  d'abord,  elle  enuipusa  tout  h-  ipiaiiier.  Sur  le 
jiassage  des  diligences,  des  convois  de  mai'aichers  cireidani  sans  cesse 
entre  Paris  et  la  région  du  Sud,  en  dépit  de  la  rude  céte  de  Villejuif  qui 
l(>s  guette,  une  lieue  plus  loin,  on  bâtit  des  guinguettes,  de  i)elites 
hôtelleries  à  l'usage  des  rouliers  peu  fortunés,  des  ouvriers  qui,  faisant 
leur  tour  de  France,  venaient,  à  pied,  conquérir  Paris  en  sabots.  Peu 
à  peu,  les  maisons  se  tassèrent,  se  surélevèrent,  si  bien  (lu'entre  l'an- 
cienne et  la  nouvelle  barrière,  il  n'y  eut  plus  de  place,  et  l'avenue 
devint  ce  que  nous  la  voyons. 

Le  25  juin  1848,  elle   fut   h'   lln-àlre    irun   drame  sanglaiil.  celui  du 


KNTRÉE    DE    l..\    MANUF.VCTUHE    DES    GOBELINS 


meurtre  du  général  Bréa  et  de  quéliiues  ofticiers  qui  l'accompagnaient. 
Sur  l'emplacement  du  corps  de  garde  (n"  7tj  actuel)  dans  lequel  fut 
assassiné  le  général,  s'élevait  naguère  une  église,  mais  on  n'avait  pas 
eu  souci,  croyons-nous,  en  la  construisant,  d'en  faire  une  chapelle 
expiatoire;  c'était  la  paroisse  du  quartier,  Saint-Marcel-de-la-Maison- 
Blanche;  devenue  très  insuffisante  en  raison  de  l'accroissement  de  la 

]iopulallou,  elle  fut  démo- 
lie en  1897,  l'I  remplacée 
pail'i'glise  Sainte- Anne, 
située  500  mètres  plus  bas, 
à  l'angle  des  rues  de  Tol- 
biac e't  Bobillot.  M.  Bobin, 
architecte,  en  afaitunédi- 
lice  de  style  romano-by- 
zantin.  A  l'heure  actuelle, 
l'abside  seule  n'est  pas 
achi'vée. 

Unelli's  merveilles  au- 
rait pu  faire  le  gi'nie  d'un 
Alphand,  de  la  Butte-aux- 
Cailles,  si  on  lui  avait 
donné  libre  carrière  pour 
la  transformer!  Soit  qu'on 
installât  sur  ses  pentes,  de 
moins  en  moins  escarpées 
aujourd'hui,  les  verdures 
d'un  parc,  soit  qu'on  abat- 
tît les  masures  qui  la  cou- 
ronnent pour  percer  des 
rues  montant  en  lacet, 
bordées  de  maisons  mo- 
destes, mais  coquettes, 
ombragées  d'un  jardinet,  ce  serait  faire  œuvre  saine  et  utile,  produc- 
tive même,  que  de  conquérir  ce  fief  de  la  misère.  Ces  victoires-là  sont 
toujours  inscrites  au  programme  de  la  municipalité;  on  a  déjà  fait 
beaucoup  de  ce  côté-là,  en  comblant  le  val,  rue  du  Moulin-des-Prés,  en 
(■■levant  le  hardi  remblai  de  la  rue  de  T(dbiac,  en  créant  tout  le  nouveau 
(|uarlier  Ii(diill(il,  en  érigeant  même,  à  petites  jourui^'cs,  l'église  de 
Saiiile-Annc;  il  n'y  a  plus  qu'à  achever  l'œuvre.  Iltdier  jiar  une  Irau- 
silidu  pr((i.'ressive  celle  pauvrc  valh'e  de  la  Ul(''vre  aux  fraiches  grâces 
(lu  paie  de  .Monisduris,  voilà  le  but  à  pnuisuiv  re;  l((rs(|u'il  se 
l'ancien  l'aulidurg  soulfi-ant  n'existera  pins. 

.Iules  Bohilhd,  l'un  des  héros  du  Toiikin,  est  limoré  en  \>y> 
le  W"  arrondissement;  ici,  sou  nom  a|ipartient  à  la  rue  la  plus  impor- 
tante de  la  Butto-aux-C.ailles,  au  moins  dans  l'avenic,  rue  longue  de 
1,100  mètres,  qui  s'étend  entre  la  place  d'Italie  et  celle  d(^  Bungis,  à  la 
Olacièrc.  Vers  le  milieu,  un  toit  (;oui(|ue,  échafaudé  en  bois,  semblable 
à  celui  d'une  gigantes(|ue  cheminée  de  chanipigU(iuuii''ic,  allire  le 
regard;  il  abrite  les  inslrunienls  avec  les(piels  on  fore  le  puits  arté- 
sien  de   la   Butte-aux-Cailles.   Ce  n'est  pas  d'hier  ([ue  le  travail 


atteint. 


dan 


1'A(;ade  de  L'école  I'koi  l.^.,u;.n.m.i,li,  1.3  i  ii..x.%  i.. 


1 1  { ]■:  I  z  I  !•:  M I-:  a  a  u  o  s  u  i  s  s  k  m  i  :  .\  r 


143 


fn   est  c<iinnienc(';  :    le  prcmifr  coup  do  sonile  fut  ilonnc:  K; 
28  août  18ti6.  On  ét<iit  à  o32  mùlrfs  en  novembre  1872,  lori|ue 
le  nianijiK'  irargent  nc'cessita  une   inleiru))(ion  <)ui  ilura  jus- 
(|u'i-n  1893.  A  cette  date,   l'entreprise  fut  conliée  à  l'ingénieur 
Paulin  Arrault,  dont  la  réputation  en  pareille  matière  est  soli- 
dement établie  (c'est  lui  qui  a  foré  b-  puits  aitésien  de  la  rafli- 
nerie   Say  dans  le  même  arrondissement;.  Les  ajipareils   em- 
ployés sont  tels  qu'on  a  pu  descendre. 
à  b71  mètres  de  profondeur,  une  co- 
lonne de  fonte  haute  de  39  mètres  et 
pesant   60,000  kilogrammes.   I.a   prcr- 
mière   nappe  d'eau  a  été  i-encontrée  à 
5~1  mètres. 

Ombreux,  spacieux,  silencieux,  le 
boulevard  d'Italie  est  une  des  plus  belles 
promenades  des  faubourgs  de  Paris. 
Par  une  pente  douce  et  majestueuse,  il 
franchit  la  vallée  de  la  Bièvre,  qu'au- 
trefois on  apercevait  encore,  serpen- 
tant parmi  les  peupliers.  Ce  joli  décor 
a  été  récemment  rempl.ué  p;ir  nm-  ru^ 
banale. 

Juste  *n  face,  l'École  Estienne 
montre  son  éléganle  façade.  Fondée 
par  la  Ville  de  Paris  en  1889  et  installée 
provisoirement  dans  les  anciens  bâti- 
ments du  collège  Rollin,  rue  Lhomond, 
elle  fut  tranférée,  le  i"'' juillet  1896,  au 
boulevard  d'Italie;  l'inauguration  se  fit 
solennellement,  en  présence  du  prési- 
dent de  la  République.  C'est  une  des 
meilleures  écoles  professionnelles  de 
la  Ville.  Comme  son  nom  l'indique,  elle 
a  pour  but  de  former  ses  élèves  dans 
la  science  du  livre  et  de  tout  ce  qui 
s'y  rattache.  L'enseignement  est  gra- 
tuit, mais  les  enfants  ne  sont  admis  qu'après  examen;  ils  doivent 
être  Français,  fils  de  parents  habitant  Paris;  on  les  reçoit  de  douze  à 
quinze  ans.  Les  cours  sont  de  deux  sortes  :  pratiques,  c'est-à-dire  que 
les  élèves  travaillent  dans  des  ateliers  de  typographie,  de  reliure,  de 
gravure,  de  lithographie,  de  photographie  ;  théoriques,  par  des  leçons 
professées  d'histoire,  de  littérature,  de  dessin,  etc. 

Plus  bas,  du  même  côté,  au  n"  68,  une  maison  construite  vers  le 
temps  du  Directoire  dresse  ses  ruines  et  son  délabrement  avec  orgueil  ; 
elle  .sent  qu'elle  n'a  pas  de  rivales  alentour;  ce  fut  certainement  une 
Folie,  mais  qui  nous  dira  son  premier  possesseur  et  les  suivants"?  Le 
bruit  court  dans  le  quartier  que  Napoléon  y  signa  son  divorce  avec  José- 
phine; rien  n'est  moins  sûr.  Actuellement,  ce  vieux  logis  sert  d'atelier, 
ou  pour  mieux  dire  de  dépôt  de  sculptures,  au  maître  artiste  Rodin. 

Quartier  Croulebarbe.  —  Il  sera  beaucoup  pardonné  à  l'étrangeté 
de  son  nom,  à  r.uise  .le  son  anfiquilé  res|iectali|e.  puisqu'elle  remonte 


ËOLISE    .ÇATNT-MARCKI, 


au  moins  au  commencement  du  xiii*  siècle.  1^  rue  Croulebarbe 
aboutissait  alors  â  un  moulin  mentionné  sous  le  nom  de  C'rot- 
leharbe  dans  des  titres  de  1214  et  qui,  au  dire  des  frères  l.azare, 
ne  disparut  qu'en  1840.  Jaillot  n'a  j*a.s  tort  de  dire  que,  dans 
quelques  anciens  titres,  il  est  nommé  moulin  de  >'olre-Uame; 
c'est  en  effet  le  Chapitre  de  la  cathédrale  qui  en  était  proprié- 
taire, et  ceux  que  cela  intéresse  pourraienlconsullerauxArchives 
nationales,  dans  le  carton  0  i,tik~  un 
do.ssier,  avec  plan,  relatif  à  sa  recon- 
struction en  1773.  Nous  regrettons  que 
le  moulin  de  Croulebarbe  n'existe  plus; 
il  aurait  complété  la  physionomie  pit- 
toresque du  quartier. 

A  côté  est  la  me  CorcUarl,  qui  a  ab- 
sorbé partie  des  rues  Croulebarbe  et 
du  Cliamp  -  (le -  rA/ouelle,  et  pris  leurs 
noms  charmants,  comme  si,  pour  con- 
server la  mémoire  de  ce  praticien,  on 
avait  besoin  de  rogner  sur  les  vieux 
souvenirs.  Le  Champ  de  l'Alouette  en 
est  un.  Jaillot  l'a  connu  —  et  Victor 
ilugo  aussi,  dans  les  Mùérables.  C'est 
là  qu'il  a  placé  les  rêveries  attristées 
de  .Marins,  pris  par  l'amour  de  Cosette 
et  devenu  incapable  d'autre  chose  que 
d'y  songer  :  o  Et  il  allait  au  Champ  de 
r.Âlouelle...  Il  habitait  le  champ  de 
r.-Vlouette  plus  que  le  logis  de  Cour- 
feyrac.  Sa  véritable  adresse  était  celle- 
ci  :  boulevard  de  la  Santé,  au  septième 
arbre  après  la  rue  Croulebarbe.  Ce 
matin-là,  il  avait  quitté  ce  septième 
arbre  et  s'était  assis  sur  le  parapet  de 
la  rivière  des  Gobelins.  Un  gai  soleil 
pénétrait  les  feuilles  fraîches  épa- 
nouies et  toutes  lumineuses...  Il  enten- 
dait derrière  lui,  au-dessous  de  lui,  sur  les  deux  bords  de  la  rivière, 
les  laveuses  des  Gobelins  battre  leur  linge,  et  au-dessus  de  sa  tète,  les 
oiseaux  jaser  et  chanter  dans  les  ormes.  D'un  côté,  le  bruit  de  la  liberté, 
de  l'insouciance  heureuse,  du  loisir  qui  a  des  ailes,  de  l'autre,  le  bruit 
du  travail...  •> 

La  rue  Broca  a  débaptisé  en  1890  la  rue  de  Lourcine;  or,  ce  nom  de 
Lourcine,  un  des  plus  anciens  à  coup  sûr  de  la  topographie  parisienne, 
perpétué  à  travers  les  siècles  par  une  foule  de  faits  ou  de  fondations 
dignes  d'intérêt,  méritait  bien  d'être  maintenu  à  la  voie  qui  le  portait 
depuis  le  temps  de  saint  Louis,  au  moins.  A  vrai  dire  —  mais  ce  ne  sau- 
rait être  une  raison  valable  —  on  ne  l'avait  pas  expliqué  de  science 
certaine,  et  son  orthographe  restait  douteuse.  Était-ce  le  lieu  des 
cendres,  locus  cinerum ,  ou  Laorcines,  ou  l'rsines.  forme  qui  a  été 
conservée  pour 
désigner  une  fon- 


ICLEVARD     DC     l'hÔPITA 


UN     COIN     lu      MAKllll-;    AUX    CIIEVAU.Y 


PAVILLON    DE  JULlENNIi.  SCELLE  dks  gobelins 


144 


PARIS-  ATLAS 


L\    MAIRIE    DU    XIU'    Al;rvl>NIiISSICMENT. 


laine  dans   les   hois    de   ChaviUe,   là   où  s'élevait  jadis  le   villace    de 

Vrdizy?   Sauvai,   Jaillot,  Lebeiif  avaient    lieauioup  discouru  sur  eelte 

élymnlottie  ;  de  nouvelles  leclierelies,  ou  le  liasanl.  auraient  pu.  ((uelque 

Jnur,  l'aire  Jaillir  la  véritr.  Du  même  coup,  Fliôpilal  dr   l.oiucini'  est 

ilevenii  l'hôpital  Broca,  par   la  même  roulini'  ([ui  cdrisis  e  à  tout 

unilier.  Cette  maison  représente  de  bien  vieux  souvenirs;  elle  a  sucei'dé 

à  l'abbaye  des  Cordelières  de  Lourrine,  Iniidée  par  Marguerile  de  l'ro- 

veiu-e,  (|ui  y  mourut  en  1295.  L'abbaye.  sui)priniée  en  1790,  devint  bien 

natiimal,  l'ut  en  partie   démolie,  en   jiailii'  ruiiservée  et  passa  i)ar  di's 

allei-nalives  très  diverses.  On 

eu  fit  d'abord  une  usine,  qui  ■ 

si^rvit   suceessivement    à    un 

tanneur,  à  un  lilaniliisseiir, 

à  un   l'abiicant  de  laini'.  i;ili' 

devint,  en  1829,  «  maison  de 

rid'u^e  et  de  travail  pioir  l'fx- 

linelion  de  la  nicndiciti''  •',  el 

reçut,  en  1832,  les  or[ilii-lins 

si  nombreux  qu'avait  l'ail   la 

li'rrible  épidémie  de  choléra. 

V.n  1836,  enfin,  y  fut  fondé 

riiopital  de  l.ourcine,  spi''iial 

aux  maladies  des  b'nnues. 

Avant  de  visiter  la  Mianii- 
facture  des  (jobelins,  il  l'aul 
.■idinirer,  17,  rue  des  Guhrlins. 
1.1  maison  dite,  à  tor-t,  de  la 
iîeini'-Blanclie,  occupée  par 
une  tannerie.  C'est  un  bien 
iiirieux  manoir  du  xv"  siècli', 
l.i  plus  aniienne  consiruclion 
livile,  peut-èlre,  qui  soit  res- 
tée deliimt  à  l'aris;  aussi,  dans 
sa  séance  du  2  mars  1899,  la 
(;omrnission   du   vieux  l'aris 

a-l-elle  émis  le  VU-ll  que  ce  bàliliieill   lui 
lall.lliotl  il'une  éc(de. 

.Nous  voici  enlin  aux  Gobelins.  Ou  en  s.iil  l'orii-'ini-.  m 
fières  (;rd)elin  él.nient  uni'  famille  de  tapissiers  de  b.iul 
lommencenient  du  xvi"  sièile,  vinrent  s'irislalier,  eux  el 


i,F.  r.AssiN  HIC  i.A  l'i.Ai  !■:   h  ipami 


,nii>  p.M' 


la  Vi 


ur   lin 


sali  ipii'  b's 
li-.-.!'  ipii,  ,in 
III'  indiislrie, 

SMI-  les  boids  di'  la  Uièvi-e.  l'eiil-élre  iunn.iil-on  moins  ces  diiix  men- 
tions les  conceiliailt,  que  nous  .IVOIIS  décioiverlesd.ins  l.'l  polls>.ièri'  des 
.ircbivi'S.  Le  ij  juillet  iîjiiC,  fut  si^né  un  aile  par  lequcd  fiiiillaumc  Ciiy- 
iion,  commandeur  de  Saint-.lean  île  Lalran  et  c  lionorables  hommes 
l'Iiillebert  Coin-lin,  le  jeune,  l'ierre  (bilndin  et  .l;icques  Cobelin.  fn'ri's, 
maiilians  li'inliirii'rs  en  escarl.illi',  i\r ir.ins  à  S.iinl-Maiccl  le/,  l'a- 


ris» échangent  des  pièces 
de  terre  situées  derrière 
les  Cordelières  (Arch.  nat. 
S.  ol22).  Et  dans  le  par- 
tage des  biens  de  l'abbaye 
de  Saint-Victor  en  1o4o 
( liibl.  nat., ms.  latin  14,678, 
fol.  97  v»),  est  menlionné 
"  un  terrain  sis  à  Saint- 
Marceau,  tenant  à  Pierre 
Cidirlin.  et  d'aulre  boni 
sur  le  1  lii'iniu  df  la  (!iMi- 
dn''e  ".  \'nus  y  axez  l'e- 
cnniiu     la    rue    de    Lmir- 

cilie. 

Lu  1007,  une  manufac- 
fuie  royale  de  tapissei'ies 
était  installée  dans  leuis 
bâtiments,  dirigée  par 
.Marc  de  Coonians  et  Ha- 
]iliaél  de  la  Planche,  mais 
c'rsl  de  r.dil  de  1007  que 
date  i.ellrinent  la  l'onda- 
linii  (le  la  niaisnii.  d.oil 
('...ll.ril  ,(,nli.i  In  diiTclidi 
t;'''nérale  au  célèbre  pein- 
tre Charles  Le  Brun.  De- 
|iuis,  sa  fortune  a  été  tou- 
jours croissante.  En  1825, 
on  réunit  à  la  manufac- 
ture des  Cobelins  celle  de  la  Savonnerie,  sise  à  Chaillot,  et  dont  ies 
luilimenls  dr  la  iiiiiiiulniliioi  iiiilil.iiiv.  ,iiial  llrjiilly  (XVl"  aiTondis- 
senienti,  ociiipeiil  aiijiMiid'Iiiii  la  place.  Aux  (iidielins,  le  public  est 
admis  à  visiter  le  musée,  où  sont  groupés  les  chefs-d'œuvre  île  l'ait 
si  délicat  de  la  tapisserie,  et  les  ateliers,  où  s'en  perpétiu'  la  tradilion. 
11  est  à  noter  que  la  plupart  des  aiiiiiiits  de  l,i  maisipii  y  occupent 
nn  logement,  avec  jaidiiiel,  dans  la  partie  la  plus  pilloresque  de  la 
vallée  de  la  liièvre.  ' 

Les  bûulevaids  de  Poii-liuijal  et  Saint-Marcel, qui  séparent  le  XlIPar- 

rondissement  du  \',  ont  été 
jiercés  sous  le  second  Empire, 
sur  l'emplacenu'nt  de  mes 
sinueuses  (\\\\  ne  sont  nulle- 
ment regrettables  :  les  rues 
des  liourguignons,  Cochin, 
des  Francs -liourgeois,  du 
Cendrier.  .Vu  boulevard  de 
Piut-Uoyal  appartient  une  ca- 
serne de  sapeurs-iiompiers 
dont  l'étahlissenient  fut  volé 
en  ISSIi,  et  aussi  une  caserne 
d'infanlerie.  Le  boulevaiil 
Sailli-Marcel  est  orné  d'une 
sl.ilue  de  Jeanne  d'Arc,  p.ir 
Chalrousse  ;  elle  s'i'dèvi'  à 
l'angle  du  bnulrv.ird  el  de  l,i 
lue    .IrùUiU'-d'Al  c    piiiliinL'i''e. 

Le  marché  aux  chevaux 

11(1  iipr  un  \asle  iiiiplacciiicnl 

.1    rinlerscclicll  (le   ce   bcule- 

v.'il'd  el  (le  (  ('lui    (le  l'Ib'ipil.'ll. 

|l(''ià,  .111  x\  III'  si(''(le.  il   él.'iil 

dans    ce    (pi.iilicr,    iii.iis    eu 

l'.ice,    c'esl-à-(lirc    d.iii-     le 

\''     ;irnindisseiiiciil      .k  lud. 

lue   inscriplimi   recueillie  par  (iiiilhcnny   rappelle   (|u'en    17ii->   M.  de 

S.irline,    lieiilen,-inl    ^l'iiéial   de  pidice,  y  .ivail    l.iil    ('lever   un   paMlbui 

('  pour  y  leiiir  l.a  police  ilu  marché  aux  clie\.Mix  -. 

In  peu  plus  h.iul,  à  dnule  sur  le  boiilev.iid  de  lllépilal,  se  Vdil 
l'i-glise  Saint-Marcel-de-la-Salpêtrière,  (.ui-inilie  en  is.'O  p.ir 
l'.'iirhilecle  Itlol  aux  frais  did'abbé  Morisid  (|ui,  en  siqdeiiibre  ISti:',.  la 
céda  à  1,1  Ville  de  Paris  nioyeiin.inl  27:;,28;'>  francs. 

Sur  la  /iliire  irilulir.  qui  esl  le  pl.ileau  culiiiiii.iiil  el  la  liiiiie  de  l'aile 
des  v;ill(''es  de  la  Seine  el  (le  la  lll('\re,  un  s(pi.iic  ibdil  l.'i  pauvrelé 
n'est  que  iKpp  léidie  pri'iède  l.i  mairie  du  XIU  arrondissement, 
ciuislruile  de  187;i,'i  1877,  dans  le  >l  y  le  uni  inaire  à  ces  p.il.iis  iiiuni(  ip.iiix. 


PARIS   -   TREIZIÈME    ARRONDISSEMENT 


5      ■« 


.>^^ 


^^cci»-'  \ 


',» 


.*€ 


I»  <^ 


«*i 


w* 


:^v^^ 


k-o  -a-  *=-' 


H  ri    l>   ^'S^  -    I   V 


>^^^.'ftl 


^--* 


•56.- ; 


^45 


"C* 


.*# 


© 


.  y  IBS"!'! 


;"■  ^  ^ 


.^"^-y 


£  it--<i«=--     /• 


^^r 


"■v 


f/5 


=  «     S 


i^^e: 


jeaj' 


Lus^' 


--  ;? 


f^^- 


10 


^<u 


^^,~. 


'•"^' 


ifi>. 


Se     O^SJT^*'  "*5-  »       5^     S'  cj     ■    ;    a.    5     c 


1^  ^r^" 


/\^ 


PARIS -AT  LAS 


"^'5.    -î^- 


,  <(■   3  '--^=r  § 


1? 


_i„î. 


VUE    DU    PAKC    DE    WOINXSOURIS. 


'^  XlV.!'a'PFOi2d|g§ep2^i^t^^ 


L'OBSERVATOIRE.  —  53»  QUAmiEn  :  Montparnasse.  —  si»  quartier  :  la  santé. 

53»  QUAUTiER  :   DU  PETIT-MONTROUGE.   —   56»  (iuartii-r  :    PLAISANCE. 


ARCE  que  en  1860  l'administration  préfectorale 
donna  au  XIV"  arrondissement  le  nom  d'un  mo- 
nument, et  non  celui  d'une  localité,  il  n'en  est 
pas  moins  vrai  que  nous  sommes  ici  en  plein 
Montroiige.  Encore  que  le  vrai  Monirouge,  le 
(jrand-Montrouge,  constitue  une  commune  indé- 
pendante, sise  en  dehors  de  Paris,  il  n'en  est 
jias  moins  vrai  que  la  tradition  et  l'usage  attri- 
liuent  son  nom  à  toute  cette  région  qui  d'ail- 
leurs n'e.st  qu'un  démembrement,  au  profit  de 
la  cipilale,  de  raiicionne  paroisse  de  Montrougo. 

C'est,  avec  Montmartre,  qui  lui  fait  exactement  pendant  au  .Nord,  ],• 
plus  ancien  faubourg  de  Paris,  aussi  ancien  que  Paris  lui-nu'iiir.  I.rs 
antiquités  gauloises  fournies  par  le  sol  l'attestent,  ainsi  (pièces  sépul- 
tures gallo-romaines  qui  bordaient  la  voie  antique  conduisant  de  Lu- 
tèce  vers  le  sud  de  la  (!aule,  représentée  aujourd'hui  par  les  rues  du 
Faubourg-Saint-Jacques  et  de  la  Tombe-lssoire. 

Le  nom  même  de  Montrouge,  mon^  riibcus,  sent  le  romain.  .Nous  m: 
nous  expliquons  pas  que  l'abbé  Lebeuf,  d'ordinaire  si  bon  juge  et  cri- 
tique, se  soit  refusé  à  le  traduire  littéralement.  Il  n'y  a  pas  là  de 
montagne,  dit-il,  et  la  terre  n'y  est  pas  plus  rouge  ([u'ailleurs.  Houblo 
erreur  :  toutes  les  voies  qui  conduisent  de  Paris  vers  Montrouge 
montent  sensiblement  (boulevard  Saint-Michel,  rue  de  Uennes,  avenue 
(lu  Maine)  et,  d'autie  paît,  personne  n'ignore  que  dans  toute  la  li.in- 
lieue  S\ul  de  Paris  la  terre  est  de  nature  argileuse  et,  coUM-ipirui- 
meut,  de  couleur  rouge. 

Pahis-Ati.as. 


Les  limites  de  l'arrondissement  dit  de  L'OusERVATomE  sont  :  a  l'Esl, 
les  rues  de  la  Santé  et  de  r.Vmiral-Mouche/.,  (pii  le  séparent  du  Xlil"^; 
au  Sud,  les  fortilîcations  ;  à  l'Ouest,  le  chemin  de  fer  de  Versailles  qui  le 
sépare  du  XV=,  et  au  Nord,  les  boulevards  Montparnasse  el  de  Port-Royal 
jusqu'à  la  rue  de  la  Santé,  (jui  le  séparent  des  V«  et  YP arrondissements. 

Quartier  Montparnasse.  —  Il  a  sufli  de  la  cr(''alion  d'un  cinic- 
li('Te  p(Uir  transformer  en  iin|iression  funèbre  l'idée  aimable  et  poétique 
(pii  s'allachaità  son  nom.  Depuis  Louis  XV,  le  mont  Parnasse  n'existe 
plus;  c'était  une  colline  —  naturelle?  (Ui  artiliciellenient  ciuisliluée 
|)ar  des  amoncellements  de  gravats  et  d'immondices  comme  la  bulle 
('.(qieau,  la  Villeneuve,  le  Moutfaucon?  on  l'ignore  —  que  le  percement 
(In  b(udevard  M(mlparnasse,  vers  172;),  lit  disparaître  jus(prau  niveau 
du  sol.  Itès  le  xvn"  siècle,  les  écoliers  des  nombreux  collèges  voisins 
venaient  s'y  récréer.  Leurs  divertissements  étaient-ils  seuls  inspirés 
par  le  culte  des  Muses,  nous  avons  quelque  peine  à  le  croire.  Le  lieu 
fut  sans  doute  baptisé  par  un  lettré,  plul('it  en  raison  des  futurs  poètes 
(pu  y  fréquentaient  qu'à  cause  des  rimes  (jui  s'y  élaboraient.  Toujoui- 
est-il  (pie  la  dénomination  se  rencontre  dans  les  textes  pour  la  pi' 
mière  fois  eu  llîS7,  mais  que  la  colline  était  bien  plus  ancienne:  ell 
est  d(''jà  mentionnée  en  Io29,  et,  lors  des  travaux  de  forliticaliou  de  1 
villi-  sous  Henri  II,  parait  avoir  été  utilisée  comme  bastion. 

De  la  rue  de  la  Santé  aux  ponts  du  chemin  de  fer  de  Uretague,  b- 
boulevards  Saint-Jacques,  llaspail  et  Edgar-Quinet  représentent  les 
limites  de  Paris  en  179lL  Tout  ce  qui  érait  au  delà  appartenait  aux 
(omiiiunes  de  Centilly,  Monirouge,  Vanves  et  Vaugiraid.  C'étaient  les 
boulevards  extérieurs,  cl  ils  portaient  le   nom  de  ces  communes  dans 

11 


!  '.G 


PARIS -ATLAS 


la  partie  qu'ils  bordaient  : 
boulevard  de  Montrouge, 
boulevard  de  Vanves,  etc. 

La  rue  de  la  Santé  porte 
depuis  longtemps  son  nom  : 
depuis  le  commencement 
du  xviii^  siècle,  parce  qu'elle 
conduisait  à  l'hôpital  de  la 
Santé  —  aujourd'hui  Sainte- 
Anne  —  dont  il  sera  ques- 
tion plus  bas.  Le  privilège 
a  été  réservé  à  la  prison 
de  la  Santé,  sise  dans 
cette  rue,  entre  le  boule- 
vard Arago  et  la  rue  Huni- 
boldt,  de  demeurer  le  sjié- 
cimen  unique  à  Paris  du 
genre  prison. 

Elle  ne  date  que  de  1867. 
Elle  comptait  alors  300  cel- 
lules, mais  la  suppression 
des  autres  prisons  pari- 
siennes y  a  nécessité  des 
travaux  considérables  d'a- 
grandissement ;  le  «  quar- 
tier commun  »  a  été  trans- 
formé en  quartier  cellulaire 
où  sont  aménagées  1 300 
nouvelles  cellules. 

Dans  la  partie  du   boule- 
vard Arngo   qui   appartient 
au    WX"    arrondissement , 
derrière  les  beaux  ombrages  qui  rendent  le  chemin  si  agréalile  entre 
la  rue  de  la  Santé  et  la  place  Denl'ert-Rochereau,  la  clinique  géné- 
rale de  chirurgie  s'est  fondée  en  1900. 

[,(•  linukrard  de  Poil-Royal,  dans  le  court  trajet  qui  s'étend  entre  la  rue 
de  la  Santé  et  l'avenue  de  l'Observatoire,  n'a  pas  remplacé  (en  1868) 
moins  de  trois  rues  :  celle  des  Capucins,  du  Champ  et  de  la  Bourbe. 
Les  deux  premières  —  leur  nom  l'indique  assez  —  avoisinaient  le 
couvent  des  Capucins,  fondé  en  1613,  transféré  en  1779  h  la  Chaussée 
d'Anlin,  et  dont  les  bâtiments  furent  en  1792  transformés  en  hôpital 
spécial  aux  maladies  vénériennes,  sous  le  nom  d'hôpital  du  Midi. 
On  le  nomme  depuis  quelques  années  hôpital  Ricord,  pour  honorer 
la  mémoire  du  grand  praticien  qui  silUislra  dans  le  traitement  de 
ces  maladies.  Sa  statue,  œuvre  de  Barrias,  est  placée  devant  la  façade 
de  l'établissement. 

La  troisième  rue  qu'a  absorbée  le  boulevard  de  Port-Royal  est  la 
rue  de  la  Bourbe.  Il  n'y  a  à  en  regretter  ni  son  nom,  ni  son  élégance, 


LA  STATUE  DE  F.  ARAGO. 


LA  STATUE  DE  RASPAIL. 


LA  PRISON  DE  LA  SA.NTÉ. 


qui  était  nulle.  Le  nom  da- 
tait au  moins  du  xvn=  siè- 
cle —  Jaillot  l'atteste  ;  il 
devait  être  synonyme  de 
voirie,  de  dépôt  de  boues, 
mais  ce  n'est  pas  sûr.  C'est 
en  1626  que  l'important  mo- 
nastère de  Port-Royal,  fondé 
dès  le  xiii"  siècle  à  Porrois, 
en  pleine  campagne,  entre 
Versailles  et  Chevreuse,  vint 
s'y  réfugier  par  crainte  des 
dangers  auxquels  la  soli- 
tude exposait,  en  temps  de 
guerre,  des  femmes  sans 
défense. 

La  Révolution  ferma  l'ab- 
baye en  1790,  et  trois  ans 
plus  tard  en  fit,  sous  le  nom 
de  Port-Libre  —  une  prison. 
Entre  le  nom  et  la  chose, 
l'ironie  n'était  pas  absolue, 
car  la  prison  n'était  affectée 
qu'aux  suspects.  Florian  fut 
l'un  d'eux,  Florian  que  les 
habitants  de  Sceaux  avaient 
élu  commandant  de  leur 
garde  nationale  et  qu'il  ne 
tardèrent  pas  à  trouver  trop 
tiède.  Le  doux  poète  passa 

là  vingt-cinq  jours  en  cellule  ;  son  ami  Boissy  d'Anglas  eut  assez,  de 
crédit  pour  lui  faire  rendre  la  liberté,  mais  pas  assez  pour  le  guérir 
d'une  mauvaise  pleurésie  que  lui  avait  value  sa  geôle.  11  ne  revint 
à  Sceaux  que  pour  y  mourir,  un  mois  après,  à  l'âge  de  trente-neuf 
ans.  Ses  ingrats  compatriotes  ont  depuis,  par  de  multiples  hom- 
mages à  sa  mémoire,  réussi  à  faire  oublier  leur  coupable  conduite  du 
26  messidor  an  IL 

Après  la  tourmente,  Port-Libre,  redevenu  Port-Royal,  fut  successi- 
vement destiné  à  recevoir  divers  services  hospitaliers.  Ce  fut  d'abord 
l'hospice  des  enfants  trouvés  —  ce  que  l'on  nommait  maismi  d'allaite- 
ment —  puis,  h  dater  de  1814,  il  est  devenu  l'hospice  de  la  Maternité. 
Il  fut,  dès  lors,  drridi''  qu'une  école  de  sages-feniuies  y  serait  annexée; 
cil.'  a  plis,  i\i'  nus  jours,  de  grands  développements,  sous  le  nom  de 
clinique  Baudelocque. 

La  i-ue  du  Faubouig-Saint-Jacques  qui  borde  à  l'Ouest  la  Mairrnilé  va 
nous  conduire  devant  un  autre  établissement  d'assistance,  l'hôpital 
Cochin.  Il  fut  fondé,  dans  les  derniers  temps  de  l'ancien  légirue,  \t;n- 
Jean-Denis  Cochin,  curé  de   Saint-Jacques-du-IIaut-Pas,  pcmr  servir 

d'hospice  aux  pauvres 
et  aux  malades  de  la 
paroisse,  et  construit 
par  l'architecte  VicI, 
—  •■  natif  de  ladite  pa- 
roisse »,  d'après  une 
estampe  qui  repré- 
sente l'édilice.  \  peine 
ti'W  ]iouvait  recevoir 
aliiis  ^lO  malades.  In- 
(■(U|iiiréà  l'Assistance 
puliliqui',  il  compte 
aiiiomiriiiii  près  de 
liliH  lils.  Iii  décret  ilu 
•i.'ianul  Lsit'ia  déclaré 
(riilillt(''  puMique  son 
auraudissrrro'iit  par 
raïquisilidii  d'un  irii- 
iiiculdc  voisin,  d'une 
siipcilicii'df'i,7()0niè- 
Irrs.  La  dépense  |iré- 
vui'  a  élé  évaluée  à 
liii'i.OOO  francs. 

La  ruf  Mirtiain  à 
L'auilii',  la  ruf  Cassini 
h  driuti-  du  fauliourg 
Saint-Jai'ques,  sont 
sili'nricusi'sel  graves 
(  iiMiMii'  le  furent  les 
ili'ux  aslidnciniesdciiit 
elles  poi'lenl  le  nom. 


E.NTKEE    DE    LllOl'ITAL    COCJIII.N. 


QUATORZIÈME    ARRONDISSEMENT 


i  47 


En  1783,  le  ministrfi  de  la  Maison  du  Roi 
proposait  à  Louis  XVI  la  nomination  comme 
(<  concierge  de  l'Observatoire  »  du  sieur 
Mécliain,  do  rAcadi''niie  royale  des  sciences, 
astronome  hydrographe  de  la  maiine,  et  la 
même  année,  en  fixant  son  Iraitenient  à 
5U0  livres,  il  le  déclai-ait  être  «  un  jeuiir 
astronome!,  jilein  d'ardeur   i^t  de  savoii'    >. 

Les  Cassini,  eux,  iHaient  astronomes  ilr 
pcre  en  fils,  et  si  c'est  à  l'aïeul,  fondalcin 
do  l'Observatoire,  que  revient  l'IionniMii- 
d'avoir  baptisé  la  rue,  ses  fils  et  petils-lils 
pourraient  le  revendiquer  aussi.  A  ccllr 
famille,  italienne  d'origine,  nous  devons, 
outre  l'organisation  de  l'Observatoire  et  la 
découverte  de  nombreux  satellites,  l'établis- 
sement du  méridien  et  celui  de  la  gramie 
carte  de  France,  si  consultée  encore  aujour- 
d'hui par  les  érudits. 

Depuis  deux  siècles  et  demi,  ce  coin  si 
tranquille  et  cliarmanl,  en  pleine  campagne  jadis,  est, 
dans  notre  Paris  moderne,  un  des  asiles  le  plus  lidè- 
lement  constants  de  la  science. 

Les  terrains  où  devait  s'élever  l'Observatoire  fu- 
rent acquis  pour  le  roi  le  7  mars  1667  et  la  construction 
del'êdilîce  achevée  en  1672. 

Et  de  fait,  l'édifice  que  nous  avons  sous  les  yeux 
est,  sans  parler  des  adjonctions  que  les  progrès  de  la 
science  ont  rendues  nécessaires,  le  même  que  celui 
dont  Colbert  avait  oi'donné  la  construction  au  médecin 
Perrault,  décidément  meilleur  architecte  que  médecin, 
puisqu'on  lui  doit  aussi  la  colonnade  du  Louvre. 

Lue  vingtaine  desavants,  tout  au  plus,  assure  le  ser- 
vice des  observations  astronomiques  et  météorologiques 
et  l'étude  des  infinis  problèmes  qu'elles  font  naître. 

Devant  la  façade  méridionale  du  monument  se  voit 
la  statue  d'Arago,  oeuvre  d'Oliva,  et  dans  la  cour 
d'honneur  (façade  du  Nord),  le  beau  groupe  sculpté 
par  Chapu  en  l'honneur  de  Le  Verrier. 

A  gauche  de  la  première,  au  carrefour  formé  parla  rue 
du  Faubourg-Saint-Jacques  et  du  boulevard  Arago,  d'où 
la  |irrs|iL-(livc  usl  si  ai-'ié-alilc  sur  b's  jaidius  df  l'Obser- 

vatnirr,   s'.'lévcut    l^^    Ih'lt  lUHli  ts    |V'(  ruts  ib'    la  Faculté 

de  théologie  protestante.  Ils  sruililfnt  être  le  pinlon- 
gement  de  la  prison  de  la  Santé.  Singulier  voisinage 
pour  eux  que  celui  du  lugubre  dépôt  des  condamnés! 

Entre  l'ombreuse  avenue  de  rObsrrvatuire  et  la  rue  Dcnfeii-Rnclicrenit 
est  un  vaste  enclos,  celui  de  la  maison  du  Bon-Pasteur,  nfii^i' 
plutôt  que  couvent,  où  la  religion  donne  un  asile  aux  jrunes  pi'-chc- 
resses.  Dans  la  partie  de  son  tracé  sur  le  XIV°  arrondissement,  la  rue 
De^nfert-Rochereau  ne  montre  guère  ainsi  que  des  façades  de  couvents 
ou  d'hospices.  C'est,  nous  l'avons  dit  plus  haut,  une  des  plus  anciennes 
rues  de  l'ancien  Paris;  via  infera,  rue  d'en  bas  par  rapport  à 
la  rue  Saint-Jacques,  plus  rapprochée  de  la  montagne  Sainte-Gene- 
viève. Un  calembour,  qui    sera   difficilemc'nt  |iardoiiué  à   nos   édiles 


de  1879,  en  a  fait  la  rue  Dcnfert-Rochereau. 

On  se  rappelle  peut-être  encore  le  temps 
où  l'omnibus  de  Montrouge  en  débouchait 
pour  s'engager  sous  les  hauts  Diarronniere 
de  l'avenue  de  lObsenatoire?  C'était,  à  ce 
point,  un  boyau  peu  avenant,  resserré 
qu'il  était  entre  les  maisons,  et  quand,  à 
lomnibus,  succéda  le  li-amway,  l'incom- 
modité n'en  fut  que  plus  grand.  On  y  re- 
média en  1885  en  portant  sa  largeur  à 
31  mètres,  ce  qui  en  fait  une  fort  belle 
voie  où  les  tramways  et  le  chemin  de  fer 
d'Arpajon  circulent  à  l'aise. 

Voici  d'abord,  à  l'angle  même  de  l'ave- 
nue de  l'Observatoire,  l'austère  couvent 
de   la   Visitation;   puis,   lui   faisant  suite. 


VUE    DE    1/OUSEli  V  ATOIKE    ET    DE   SES   J  A  i;  D  1  N  S. 


M  A  T  E  R  N  I  T  E. 


l'hospice  des  Enfants  assistés.  C'est  une  construction  élégante 
cl  d'aspi'ct  riant,  mais  dont  la  façade  ne  saurait  cacher  ou  faire  oublier 
au  passant  la  misère  de  riiuuianité!  Le  plus  ancien  asile  parisien 
offert  à  la  pauvreté  ou  au  vice  pour  recueillir  de  malheureux  enfants 
qui  n'avaient  pas  demandé  à  naître  est  sans  contredit  ce  grand  béni- 
tier de  bois  placé  au  parvis  Notre-Dame,  où  de  bonnes  âmes  trou- 
vèrent celui  dont  Victor  Hugo  a  fait  l'un  des  héros  de  son  admirable 
Ndtir-Dame  de  Paris,  sous  le  nom  de  Q\iasimodo.  C'était,  en  effet,  la 
coutume,  pieuse  et  naïve  à  la  fois,  du  temps  passé,  de  déposer  au 
seuil  des  églises  un  berceau  de  ce  genre,  et  il  parait 
qu'il  ne  chômait  pas.  Dès  le  xvi»  siècle,  une  «  maison 
de  la  couche  »  était  fondée;  elle  eut  plusieurs  empla- 
cements, jusqu'à  ce  que,  en  1814,  elle  ait  trouvé,  par 
permutation  avec  la  Maternité,  son  installation  définitive 
dans  les  locaux  du  noviciat  des  Oratorieus,  fermés  p;u- 
la  Révolution. 

Donc,  c'est  la  tutélaire  Assistance  publique  qui  tient 
lieu  de  père  et  de  mère  —  de  mère  surtout  —  aux  mal- 
heureux petits  êtres  qui  n'en  ont  pas  moralement.  Elle 
les  reçoit  tous,  les  yeux  fermés,  on  peut  dire,  bien  que 
depuis  1860  le  tour  ait  été  supprimé.  Il  faut  quelqu'un 
[iiiur  apporter  l'enfant  et  son  bulletin  de  naissance. 
A  ce  i|uel(in"un,  quel  ((u'il  soit,  l'on  ne  demande  rien  s'il 
ne  veut  rien  dire  :  l'immalriculalion  s'accomplit  avec 
l'(U-dinaire  banalité  administrative,  et  la  société  comjde 
un  piq)ille  île  plus  à  sa  charge.  Certes,  ils  sont  à  plain- 
dre, ceux  à  qui  les  caresses,  l'alTeclion  d'une  mère  sont 
à  jamais  interdites;  mais  aussi,  ils  ignorent  les  mauvais 
traitements,  l'abandon,  la  faim,  tous  ces  mauvais  con- 
seillers du  vice.  Nourris,  éduqués,  mis  en  état  de  gagner 
leur  vie  par  la  connaissance  d'un  métier  ou  comme 
soldats,  il  ne  tient  qu'à  eux  de  mener  à  bien  une  exis- 
tence dont  la  première  étape  aura  été  la  vue  d'Enfer. 


H8 


PARIS- ATLAS 


A  côté  des  Enfants  assistés, 
vivent  d'autres  enfants  déshé- 
rités par  rimplacable  nature  :  les 
jeunes  filles  aveugles,  institution 
particulière  dirigée  par  des  reli- 
gieuses. Elle  avait  auparavant  son 
siège  à  Bourg-!a-Reine.  —  Puis, 
à  coté  des  enfants,  des  vieillards  : 
rinlirmerie  Marie-Thérèse  a  été 
fondée  par  la  comtesse  de  Cha- 
teaubriand pour  donner  asile  à 
des  prêtres  âgés  ou  impotents. 

Réservons  pour  le  quartier  du 
Petit-Montrouge  ce  qui  a  trait  à 
la  place  Denfert-Rochereau,  et 
gagnons  la  rue  Daguerre,  qui 
limite  au  Sud  le  quartier  Mont- 
parnasse, pour  en  dire  que  jus- 
qu'à 1867  elle  se  nomma  rue  de 
la  Pépinière,  ce  qui,  il  faut  bien 
en  convenir,  n'est  pas  d'un  in- 
térêt palpitant;  mais  c'est  là  sa 
seule  particularité. 

Parallèlement  à  elle  s'étend  la 
rue  Froidevaux  i  colonel  de  pompiers,  mort  au  feu),  jadis  rue  du  Champ- 
d'Asile,  un  joli  nom  jnélancolique  qui  lui  seyait  bien,  car  elle  borde 
au  Sud,  le  cimetière  Montparnasse,  le  premier  des  grands  cime- 
tières parisiens  que  nous  ayons  encore  rencontrés. 

Depuis  un  siècle,  ceux  qui  ont  mission  d'administrer  Paris  se  sont 
toujours  préoccupés  d'éloigner  du  centre  de  la  ville  le  lieu  d'inhuma- 
tion de  ses  morts,  et  d'en'doter  les  communes  ^uburbaines.  Jusqu'en 
1860,  ils  furent  hors  les  mure;  lorsque  plus  tard,  ils  devinrent  insuffi- 
sants, le  même  sentiment  égoïste  fit  créer  de  nouvelles  nécropoles 
dans  la  banlieue,  et  c'est  ainsi  qu'existent  les  cimetières  parme/is  de 
Pantin,  de  Bagneux,  de  Saint-Ouen.  Tant  pis  pour  la  banlieue.  En  1804, 
Inochot,  le  premier  préfet  de  la  Seine,  fit  rendre  un  décret  instituant 
pour  Paris  quatre  cimetières  situés  hors  de 
ses  barrières  :  le  Père-Lachaise,  au  Nord-Esl; 
Montmartre,  au  Nord-Ouest;  Sainte-Catherine, 
au  Sud-Est;  et  Vaugirard,  au  Sud-Ouest.  Les 
deux  derniers  furent  supprimés  et  remplacés, 
en  1824,  parle  cimetière  Montparnasse,  nommé 
administrativement  cimetière  du  Sud. 

On  y  voit  la  colonne  bizarre  sous  laquelle 
est  inhumé  Dumont  d'L'rville,  brûlé  si  miséra- 
blement, après  tant  d'exploits  maritimes,  dans 
un  wagon  du  train  de  Vereailles;  le  fastueux 
tombeau  de  M°"=  Boucicaut,  celui  de  Santerre, 
celui  d'Ilégésippe  Moreau,  que  la  commission 


CENTRE   DE   L'.\SII.E-CLI  MQ  f  E    S  A  I.N  TE- AN  NE. 


très  sobre ,  dit  monument  de 
souvenir,  a  été  élevé  pour  ceux 
qui  n'ont  plus  de  sépulture;  non 
loin,  les  monuments  des  sapeurs- 
pompiers  et  des  victimes  du  De- 
voir, construits  par  les  soins  de 
la  Ville  de  Paris.  Voici  encore, 
çà  et  là,  les  sépultures  de  Prou- 
dlion,  de  Montalembert,  de  Pierre 
Larousse,  de  Sainte-Beuve,  de 
M™«  Agar,  de  G  uy  de  Maupassant .. . 
Dans  un  endroit  isolé,  sur  une 
petite  éminence,  une  pierre  sur- 
montée d'un  fût  de  colonne  bri- 
sée, recouvre  les  corps  des  quatre 
sergents  de  la  Rochelle,  exhumés 
en  1830  du  cimetière  des  suppli- 
ciés où  ils  avaient  été  «  enfouis  »„ 
et  transportés  là  par  de  pieuses, 
mains. 

Mais  ces  quelques  sépultures 
glorieuses  sont  noyées,  en  quel- 
que sorte,  parmi  les  innombra- 
bles tombes  où  des  noms,  des 
dates  sont  simplement  inscrits;  noms  obscurs,  tombes  chères  à  ceux 
qui,  au   fond    de  leur  cœur,  entretiennent  le    souvenir  des  parents 
aimés,  inoubliables... 

Le  cimetière  Montparnasse  renferme  un  monument  d'un  genre  tout 
à  fait  inattendu  en  pareil  lieu  :  c'est  la  tour  d'un  ancien  moulin,  dit 
de  la  Charité,  parce  qu'il  appartint  aux  religieux  de  Saint-Jean-de-Dieu 
ou  de  la  Charité,  qui  administraient  l'hôpital  de  ce  nom,  dans  la  rue 
Jacob.  C'était,  au  moins  autant  qu'un  moulin,  un  cabaret,  prédécesseur 
ou  contemporain  du  célèbre  moulin  de  la  Galette,  à  Montmartre. 
Annexé  au  périmètre  du  cimetière,  il  perdit  naturellement  sa  destina- 
tion... et  ses  ailes,  à  partir  de  1824,  et  servit  de  logement  au  gardien. 
Plus  tard,  lorsque  l'administration  a  fait  construire  vers  l'entrée  prin- 
cipale de  la  nécropole,  de  vastes  bâtiments 
]H)ur  le  personnel,  il  fut  tout  à  fait  abandonné, 
mais  la  tour  est  restée  debout,  jnttoresque  et 
charmante,  toute  tapissée  de  lierre. 

Pciur  les  amateurs  de  spectacles,  le  théâtre 
Montparnasse  est  là,  fiéciuenté  surtout  par 
les  gens  du  quartier. 

En  remontant  le  boulevird  Eilgir-Quinet 
nous  rejoignons  le  boulevard  Raspail.  La 
statue  do  Raspail,  ipuvre  des  frères  Morice, 
que  l'on  voyait,  il  y  a  quelques  années,  à 
l'angle  de  la  rue  Gassendi,  décore  maintenant, 
depuis  1897,  le  square  occidental  de   la  ])lace 


VIEUX   MOULIN  DU  CIM"  MONTPARNASSE 


i.Miii:Ar  Di:s  pom l'iKits  mokis  au  1''Eu 


ilii  viiux  Paris  vinit 
(le  laiii-  ri'stauriT, 
iidui  du  général  lliil- 
liii,  l'un  des  vain- 
(jueursdi'  la  Bastille, 
puis  l(!  président  du 
iiinsi'il  dc'guerriM|ui 
lit  fusilli-r  le  duc, 
d'Liigliieii  dans  b's 
fossés  de  Vincennes. 
An  rond-point  ci-ri- 
tral,   un    moMiuiiriit 


Dcnr.rt-Rnclu'icau; 
(  !•  dc'placi'iiieiil  a  été 
ri'udu  nécessaire  par 
le  relranchemenl 
d'un  tiers  de  lai- 
grur  que  l'on  a  fait 
subir  au  boulevard 
Raspail  [ancii-n  bou- 
levard d'Enfer  et 
boulevard  de  Mont- 
rouge),  po>irlui  don- 
nc'i-    le     mènie    nli- 


,  i;  SERVICE. 


QUATORZIÈME   ARRONDISSEMENT 


149 


TOMBEAU 
DES  4  SERGENTS  DE  LA  ROCHELLE. 


T  O  .\I  n  E  A  U 
[ERRE  LAROUSSE. 


DU  NAVIGATEUR  DUMONT  DURVILLE. 


gnement  qu'aux  parties  de  cette  voie,  traversant  les  VI"  et  VU'  arron- 
dissements. 

La  rue  Léopold-Robert,  ouverte  en  1896,  a  reçu  le  nom  d'un  poinlre 
que  l'on  apprécia  pendant  la  Hestauration.  Pour  des  étymologistes 
d'occasion,  la  rue  Campnyne-Premii're  évoque  l'idée  des  champs  voisins, 
que  l'on  est  heureux  de  trouver  au  sortir  de  la  ville;  la  vérité  est 
tout  autre  :  il  s'agit  du  souvenir  de  la  première  campagne  — militaire 
—  du  général  Taponnier  qui,  après  Wissembourg,  s'était  fait  bàlir 
un  logis  dans  cette  solitude. 

Le  boulevard  Saint-Jacques,  au  Nord,  les  rues  di-  la  Santé  et  de 
rArainil-Mdurlii'z  à  l'Est,  les  forlillcations  au  Sud,  la  rue  de  la  Tombi>- 
Issoire  à  riliicsl,  limilent  le  .54°  quartier,  qui  se  nomme  administrati- 
vement  quartier  de  la  Santé.  Celte  appellation  est  d'origine  ancienne  : 
elle  date  des  premières  années  du  xvii°  siècle.  La  peste  taisait  alors  de 
grands  ravages  à  Paris;  le  gouvernement  estima  que  l'hôpital  Saint- 
Louis  ne  suffirait  pas  à  recueillir 
tous  les  malades,  et  il  en  créa  un 
autre,  au  Midi,  que  l'on  appela  le 
Sanitut  ou  la  Santé,  et  qui  fut  placé 
sous  l'invocation  de  sainte  Anne, 
pour  rendre  hommage  à  la  reine, 
Anne  d'Autriche.  Disons  tout  de 
suite  qu'il  ne  s'agit  pas  de  la  prison 
de  la  Santé,  déjà  rencontrée  dans 
le  quartier  précédent  :  la  prison 
doit  son  nom  à  la  rue  qui,  elle- 
même,  le  lenait  de  l'iKJspice,  auquel 
elle  conduisait.  Jusqu'à  la  Un  di; 
l'ancien  régime,  Sainte-Anne  conli- 
nua  de  recevoir  des  contagieux. 
Puis,  on  en  lit  une  annexe  de  l!i- 
cètre  pour  les  l'uus  inoileiisirs  (inHn 
y  employa  à  cultiver  la  terre.  C'i'l.iil 
un  acheminement  vers  son  alTi'cta- 
tion  actuelle  qui,  depuis  1866,  est 
oriieicllemeiit  lelle  de  clinique  des 
aliénés.  Du  ehi'min  de  fer  <li' 
Seraux-,  enti'e  les  slalioiis  de  Denfert 
etdeSceaux-Ceinlure,  l'ieil  rnibrasse 
l'ensemble  des  hàlimeiils,  m  |iierre 
blanche,  séparés  par  de  vastes  par- 
terres de  nuiraîchage  (|ue  les  ma- 
lades mêmes  l'ont  prospérer.  Plus  de 
cinq  cents  aliénés  des  deux  sexes 
peuvent  y  être  hospitalisés  i-ES  PETITES  CAscahes 


Très  près  de  Sainte-.^^nne,  entre  l'avenue  de  Monisouris  et  la  rue 
de  la  Tombe-Issoire,  une  sorte  de  haute  forteresse,  aux  talus  gazonnés, 
attire  le  regard.  Est-ce  une  poudrière?  est-ce  un  bastion?  est-ce  un 
fort?  Non.  L'éditiee  en  question  a  un  but  éminemment  pacitique  :  il 
constitue  les  réservoirs  de  la  'Vanne.  Le  projet  de  capter  les  eaux  de 
la  Vanne  (petite  rivière  de  la  Champagne  bourguignonne,  née  aux  envi- 
rons de  Sens),  pour  alimenter  en  eau  de  source  les  quartiers  de  la  rive 
gauche,  fut  conçu  en  1863  et  reçut  dès  lors  un  commencement  d'exécu- 
tion; mais  les  travaux  d'adduction,  très  considérables  [>ar  eux-mêmes, 
furent  retardés  par  la  funeste  guerre  do  1870,  et  finalement  le  réservoir 
n'a  fonctionné  qu'à  partir  de  1874.  Il  en  a  coûté  environ  cinquante  mil- 
lions pour  recevoir  100,000  mètres  cubes  d'eau.  Et  à  cet  approvision- 
nement vient  de  s'ajouter  le  produit  de  la  captation  du  Lunain,  un  autre 
coui's  d'eau,  frère  de  la  Vanne,  soit  encore  50,000  mètres  cubes. 
i: avenue  Rnlle  porte  le  nom  du  maréchal  de  France,  mort  en  1860. 
Elle  sépare  les  réseiToirs  d'un  vaste 
rectangle  en  partie  planté  d'arbres, 
en  partie  disposé  comme  un  ma- 
nège; c'est  l'école  de  dressage 
pour  la  remonte  de  l'année:  là  s.mt 
cantonnés  les  jeunes  chevaux  pour 
l'apprentissage  de  leur  futur  métier. 
Ce  coin  de  Paris  dépendait,  avant 
1860,  de  la  commune  de  Centilly  : 
on  l'appelait  le  .Monisouris  ou  .Mo- 
que-souris, noms  restés  sans  expli- 
cation. Celte  désignation  esl  restée 
populaire,  grâce  au  parc  de  Mont- 
souris,  une  des  plus  jolies  prome- 
nades dont  le  second  Empire  ait  doté 
nos  quartiers  de  la  périphérie. 

La  dépense  alteignil  1  million 
".■j0,00l)  francs.  Depuis  1876,  un  ob- 
servatoire astronouiiiiue,  fondé  jiai 
la  Ville,  s'est  ajouté  à  l'observatoire 
météorologiiiue  dit  du  Bardo,  repri- 
duction  du  palais  du  bey  de  Tuni< 
cjui  avait  ligure  à  l'Exposition  de  IS67. 
Il  fut  d'abord  dirigé  par  \'irmir<i 
Mouche:,  d'où  le  nom  donné  à  la  rui 
voisine. 

Le  sifflet  strident  du  chemin  de 
fer  de  Sceaux  vient  à  chaque 
instant  corriger  la  mélancolie  que 
malgré  lui  semble  dégager  ce  joli 


u    l'AKC    DE    MONTSOURIS. 


loO 


PARIS- ATLAS 


parc,  et  les  enfants  ne  se  lassent  pas  de  voir 
filer  les  trains  sous  leurs  yeux  ébahis.  La  ligne 
coupe  en  deux  parties  à  peu  près  égales  le 
quartier  de  la  Santé  dans  toute  sa  longueur; 
elle  lui  appartient  donc  bien  en  propre.  Con- 
struite pour  desservir  la  charmante  vallée  que 
couronnent  Fontenay  et  Sceaux,  elle  fut  inau- 
gurée en  1846. 

La  rue  de  la  Tombe-Issnire,  la  seule  du  quar- 
tier qui  ait  quelque  animation,  nous  est  véné- 
rable à  plusieurs  égards  :  c'est  l'ancienne 
grande  roule  d'Orléans,  disons  mieux,  l'an- 
cienne voie  romaine  qui  conduisait  de  Luièce 
aux  provinces  du  Sud  de  la  Loire;  elle  eut  ce 
privilège  de  voir  passer  diligences  et  chaises 
de  poste  jusqu'au  milieu  du  xviu'=  siècle, 
époque  à  laquelle  l'avenue  d'Orléans  l'en  dé- 
posséda. Son  nom  aussi  a  quelque  chose 
d'étrange  et  demeure  encore  mystérieux.  On 
a  cherché  dans  les  légendes  du  moyen  âge 
l'histoire  d'un  géant  qui  aurait  été  enterré  dans 
ces  parages,    le    géant    Ysoré;   mais    Jaillot, 

moins  crédule,  a  retrouvé  la  preuve  de  l'existence,  au  xvi"  siècle, 
dune  famille  parisienne  du  nom  d'Isoire,  possédant  une  maison  sur 
la  place  Maubert;  de  Là  à  lui  attribuer  aussi  la  possession  d'un  fief 
dans  la  plaine  de  Montrouge,  il  n'y  a  pas  loin,  mais  ce  n'est  tou- 
jours qu'une  hypothèse,  d'autant  plus  que  le  nom  existait  dès  le 
siècle  précédent.'  Par  acte  du  27  avril  1466,  le  commandeur  de  Saint- 
Jean-de-Latran,  à  Paris,  donne  à  bail  à  Germain  Amanbry,  laboureur 
de  Chàtenay,  la  "  maison,  hostel  et  métairie  de  la  Tombe  Ysorc  » 
que  possédait  la  Commanderie,  <i  ledit  hostel,  fermé  de  murs,  situé 
près  du  moulin  à  vent  ».  (Archives  nationales,  S.  o  122,  original  sur 
parchemin). 

La  me  d'Alésia  est  la  grande  voie  qui,  continuant  la  rue  de  Tolbiac 
(XIII"  arrondissement)  et  continuée  par  la  rue  de  la  Convention  iXV'-'ar- 
l'ondissement),  établit  une  relation  directe  entre  Auteuil  et  Bercy.  Le 
chemin  de  fer  de  Sceaux  passe  au-dessus  d'elle   sur  un  beau  pont  dc' 


LE   LION    DE    BELFORT 


y  fonctionna,  tant  que  Bicètre  servit  de  dépôt 
des  condamnés  à  mort. 

La  jtlace  Bcnferl-Rochereau,  elle,  est  pliino  de 
gaieté  et  de  soleil.  Au  centre,  le  Lion  de 
Belfort,  chef-d'œuvre  de  Bartholdi,  symbole 
de  la  défense  nationale,  repose  majestueux 
et  superbe,  dans  la  tranquillité  que  donne  la 
force.  A  gauche,  s'élève  la  gare,  dénommée 
avec  un  rare  mauvais  goût,  Paris-Denfert.  Ce 
fut  longtemps  la  tète  de  ligne;  elle  ne  l'est 
plus  que  pour  les  messageries,  depuis  le 
!"■  avril  1895,  jour  où  a  été  livré  à  l'cxploila- 
lion  le  prolongment  souterrain  du  chemin  de 
fer  jusqu'au  Luxembourg. 

Dans  un  square  minuscule  planté  du  même 
côté,  se  voit  le  monument  de  Cliaiiet,  sculpté 
par  Charpentier  :  le  motif  principal  en  est  un 
beau  grenadier  de  l'Empire,  montant  la  garde 
devant  le  médaillon  où  est  reproduite  l'efligie 
du  populaire  dessinateur  de  nos  gloires  mi- 
litaires. 
De  l'autre  côté  de  la  place,  dans  un  square 
moins  exigu,  la  statue  de  Raspail,  dont  nous  avons  déjà  parlé. 

L'entrée  de  l'avenue  d'Orléans  est  commandée  par  deux  paviUnns  qui 
se  font  vis-à-vis.  Bien  que  tout  à  fait  dépourvus  de  grâce,  ils  n'en  sont 
pas  moins  intéressants  à  regarder,  car  ce  sont  maintenant  les  deux  spé- 
cimens le  mieux  conservés  des  anciennes  barrières  de  Paris;  nous 
sommes  à  la  barrière  d'Enfer.  La  Ville  de  Paris  les  utilise  pour  le  ser- 
vice administratif  des  carrières  et,  de  fait,  à  côté  de  celui  de  droite, 
est  l'entrée  des  catacombes,  la  grande  curiosité  de  l'arrondissement. 
En  1786,  ontransféia  dans  li's  carrières  qui  s'étendent  sous  la  plaine 
de  Montrouge,  les  innomluables  ossi'uients  provenant  du  cimetière 
des  Innocents,  supprimé  pour  cause  de  salubrité  publique.  Ces  osse- 
ments furent  disposés  avec  art  le  long  des  parois;  la  collection  s'en- 
richit à  plusieurs  reprises  par  suite  de  la  suppression  d'autres  cime- 
tières, et  elle  constitue  le  plus  bel  ossuaire  du  monde.  On  le  visite  à 
jours  fixes,   muni    dune    carte    que    l'administration    luércctorale   ne 


^.4h\ 


#'^       i'^-.       i^. 


!■     luili*::»!!!! 


-^^.fcuS^^j 


FAÇADE  DE  LA  GARE  DU  CllE.Ml.N  DE  FER  DE  SCEALX. 


LV.    l'A  \  1L1.( 


l'L  ULV  DE  1  L■.^l^ 


>UI1IS). 


pierre  qui   porte  la  date 
de  1861S. 

I.e  quartier  du  Petit- 
Montrouge  ("iim-  !■■ 
iiMvau  autoui'  diiqni-l  lai- 
roiidissemenl  s'est  déve- 
lojipé  et  peuplé.  La  rue 
de  la  Tombe-lssoire,  d'un 
côté,  celle  des  Plantes,  de 
l'autre,  la  rue  Daguerre 
it  \i:  boulevard  Sainl-.lac- 
ques,  au  .Nord,  les  fortifi- 
cations, au  .Midi,  en  consti- 
tuent les  limites;  c'est  un 
carré  long.  Parcourons-le 
en  commençant,  à  l'Est, 
par  la  ylace  Saint-Jacques. 
Spacieuse  et  déserte,  elle 
a  un  sombre  passé,  car,  de 
1832  à  18bl,  la  guillotine 


LE    LAC    DU    l'AltC    HK    MONI 


refuse  jamais  —  et  armé 
d'uni!  bougie.  Celte  pro- 
menade» macabre  com- 
iR(>  à  l'ancienne  bar- 
rière d'Enler,  pour  se 
terminer  ÎJtIO  mèties  plus 
loin,  vers  le  Midi,  rue  Dn- 
ii'iiu,  jadis  voie  creuse  et 
ei-de\ant  rui!  des  Cata- 
cniiilies.  c'est  un  maii'e 
lie  Mi>iili'iiuge  ipii  a  fmirni 
il  d^'iiniiiiiialliin  actuelle. 
[.iirrnuc  d'Oili'aiis,  lon- 
gue d'environ  l,2tlO  niè- 
tiis,  est  l'artère  princi- 
|iale  du  i|iiarlie|-.  (l'est, 
(III  le  sait,  le  plnliiiige- 
iiieiil  dans  l'aris  de  la 
mule  nalionale  n"  20,  dt; 
Palis  à   rniiliiiise;  eu  ci'lle 


QUATORZIEME   ARRONDISSEMENT 


iol 


qualité,  ollc  est 
Iil.int(';c  d'arbifset 
poui-vuc,  tous  les 
îjÛO  mètres,  d'une 
de  ces  bornes  en 
l'oiito  qui  indi- 
quent les  distan- 
ces kib)inétiji|u('s, 
calculées  depuis 
II'  parvis  Notre- 
Dame. 

Au  ri"  i:;  i-sl  1,1 
maison  de  re- 
traite de  Laro- 
che foucauld, 
IniKli'c  il  y  a  cent 
ans.  Elle  (iiq)iMiil 
maintenant  d  i; 
l'Assistance  pu- 
blique (In  y  .--1 
reçu  à  iiarlir  il- 
soixante  ans  ou 
lorsque  d'incura- 
bles in  fi  r  m  i  1 1' s 
irmlrnt  tout  tra- 
vail impossible. 
Le  prix  de  la  pen- 
sion est,  pour  la 
première  catégo- 
rie, de  2o0  francs 
paran,de312fr..jO 
pour  la  seconde, 
hommes  et  femmes.  L'institution  est  donc  très  libérale  et  maternelle, 
car  elle  offre  un  asile  indemne  de  tout  souci  à  ces  nobles  retraités  du 
travail  dont  le  re[ios  est  si  légitime  après  soixante  ans  de  labeur 
et  de  privations. 

.\u  carrefour  que  l'on  appelait  jadis  de  la  Croix-d'Arcuril  et  qui  est 
auiduid'liiii  sans  dénomination,  s'élève  l'église  Saint-Pierre -de- 
Montroug-e,  la  première  que  nous  ayons  encore  renciiiitii'c  dans  l'ar- 
rondissement. Encore  n'esl-elle  pas  très  ancienne,  ayant  été  construite 
de  1863  à  1870,  par  Vaudremer.  C'est  un  monument  sobre,  de  propor- 
tions harmonieuses,  qui  fait  honneur  à  son  architecte. 

A  deux  pas  en  deçà  de  la  porte  d'Orléans,  l'avenue  franchit  sur  un 
pont  de  pierre  le  chemin  de  fer  de  Ceinture  qui  a  là  sa  station  de 
Montrouge.  Le  parcours  de  la  ligne  est  uniformé- 
ment en  di''blai,  entre  les  stations  d'Ouest-Ceinture  et 
de  la  Glacière,  qui  sont  situées  aux  limites  respectives 
des  XIII"  et  X'^"  arrondissements.  Entre  Montrouge 
et  la  Glacière,  la  tranchée  est  voûtée  et  forme  un 
tunnel  long  de  900  inèires,  au  sortir  duquel  on  passe 
sous  le  chemin  de  fer  de  Sceaux,  à  une  profondeur 
de  30  mètres. 

La  région  qui  s'étend  à  l'ouest  de  l'avenue  d'Orléans 
est  restée  la  moins  peuplée  de  l'arrondissement:  Paris 


L'EGLISU    ,SAINT-PIERUE-DE-MON'TROUGE. 


U.N    mes    PAVILLONS    LE    LA    l;Al;l;ILKL    h   LNEEn. 

ne  l'a  pas  encore  envahie  et  le  maraîchage  n'y  est  pas  trop  à  l'étroit. 
],'iwenue  de  Châlillon  la  traverse,  pour  devenir  hors  des  remparts,  la 
route  départementale  n»  29,  de  Paris  à  Chevreuse.  Nous  regrettons 
pour  la  rue  Frianl  qu'elle  ait  perdu,  depuis  lï64,  son  aimable  nom  de 
rue  du  Pot-au-Lait. 

En  revanche,  la  rue  des  Plantera,  tout  gagné  à  ne  plus  s'appeler  chemin 
des  Gors;  malheureusement  la  grâce  de  son  nom  ne  l'empêche  pas 
d'être  l'itinéraire  habituel  et  trop  fréquenté  des  convois  funèbres  qui 
vont  au  cimetière  parisien  de  Bagneux.  Cette  dénomination  de  Gors 
élait  bien  ancienne;  nous  la  trouvons  déjà  usitée  en  lotiô,  dans  des 
titres  de  propriété  de  la  Commanderie  de  Sainl-Jean-de-Lalran  (Arcli. 
nat.,  S.  B.122),  parmi  d'autres  noms  de  lieux-dits  qui  en  étaient  voi- 
sins :  le  chemin  des  Charbonniers,  les  Marjolaines,  les  Joncs  marins 
ou  Jommarins  (dès  1489).  Voilà  de  vieux  titres  de  noblesse  pour  des 
quartiers  qui  paraissent  nés  d'hier! 

La  rue  des  Plantes  vient  déboucher  dans  l'avenue  du  Maine,  en  face 
d'un  vaste  espace  ombragé  et  bordé  d'édifices  municipaux  dont  la 
mairie  du  XI'V"  arrondissement  est  le  principal.  La  date  1886, 
i;iavi''i'  à  son  IVniiton,  rsl  la  preuve  qu'elle  n'est  pas  contemporaine  de 
la  cnnsliluliou  de  l'arroudissement;  toutefois  le  monument  que  nous 


VUE    DE    LA    l'OliïE   D'OKLÉANï 


LE   PETIT    CHEMIN    DE   FER    D  AliPAJON. 


avons  sous  les  veux  fut  bien  la  pi-eiuière  mairie  de 
Montrouge,  mais  il  a  été  agrandi,  remanié  si  com- 
plèlenicnl  diquiis.  au  point  de  devenir  méconnaissable. 
La  rue  Moiiloii-Duveniel  (c'est  le  nom  d'un  général  du 
premier  Empire)  la  relie  commodément  à  l'avenue 
d'Orléans. 

X.'itrcnuc  tlii  Maine  est  men'.ionnée  sur  d'anciens  plans 
comme  roule  du  Maine.  Depuis,  nous  l'avions  connue 
sous  le  nom  de  chaussée  du  Maine;  sa  dénomination 
actuelle  date  de  \S~~.  Il  ne  faut  pas  croire  pour  cela 
que  ce  fût  le  chemin  suivi  pour  se  rendre  dans  la  pro- 
vince du  Maine.  La  rue  du  Château  nous  fournira  l'expli- 


ir,2 


PARIS -ATLAS 


LE    DISPENSAIRE   FU  RTADO-HEINE. 


L'EGLISE   KOTKE- DAME-DE-PL  AISANCE. 


cation  de  ce  mystère,  et  c'est  une  nouvelle  occasion  de  pester  contre 
les  maladroits  réformateurs  des  noms  de  rues  :  elle  s'appela  en  etTet, 
jusqu'à  1873,  rue  du  Chàteau-du-Maine,  parce  qu'elle  conduisait  à  une 
sorte  de  château,  disons,  plus  modestement,  de  pavillon,  où  le  duc  du 
Maine,  enfant,  aimait  à  jouer.  Cette  habitation  a  disparu  :  elle  por- 
tait le  n"  142  de  la  rue  du  Château  et  les  arbres  de  son  parc,  peut- 
être  contemporains  de 
Louis  XIV,  étaient  loin 
d'être  inutiles  à  donner  à 
ce  coin  reculé  de  Paris  un 
agrément  dont  il  a  be- 
soin. Mise  en  vente  le 
28  mai  1898,  cette  pro- 
priété a  été  achetée  par 
une  compagnie  de  tram- 
ways qui  a  remplacé  ces 
beaux  ombrages  par  les 
constructions  de  son  dépôt. 

Celte  explication  étymo- 
logique nous  a  conduits 
dans  le  56"  quartier,  qui 
est  celui  de  Plaisance. 
Vers  1840,  un  nuinriM' 
Ciiauv('lot,f'nrirlii  parj'cx- 
|dnilalion  d'une  rntisscric^ 
de  la  rue  l)aui)liint',  y  vint 
acheter  des  terrains  et  bâ- 
tir des  maisons.  A  ce  quar- 
tier nouveau,  il  donna  le 
nom  de  Plaisance,  que  le 
temps  a  maintenant  con- 
sacré. iNous  retrouverons 
Chauvelot  à  Vaugirard, 
où  son  humeur  indus- 
trielle s'exerça  par  la  création  d'un  autre  quartier,  celui  de  Malaknff. 

Le  succès  (le  ces  créations  l'ut  dû  en  grande  partie  à  ce  qu'elles  se 
tirent  hors  de  l'enceinte  de  Paris.  Plaisance  l'ut  bâtie  sur  les  territoires 
des  communes  de  Vanves  et  de  Vaugirard  :  le  quadrilatère  limité  par 
les  rues  lies  Plantes,  d'Alésia,  le  chemin  de  fer  et  les  fortilications,  dé- 
pendait de  Vanves;  U:  reste  du  quartier,  c'est-à-dire  la  partie  la  plus 
liahitée,  relevait  adminislralivemenl  di;  Vaugiranl.  On  y  cherclierail  en 
vain  de  plus  anciens  souvenirs  que  celui  du  château  i\n  .Maine  II  y 
avait  aussi  un  vieu.v  nniulin,  le  moulin  de  beurre,  dont  le  nom  a  été  main- 
liiiu  à  une  i  ne. 

L'église  Notre-Dame-de-Plaisance  est  en  voie  de  reconstruction. 


LA    .MAIRIE    DU    XIV"    ARRONDISSEMENT. 


c'est-à-dire  qu'une  souscription  est  ouverte  pour  permetln'  la  ré.'dili- 
calion  d'un  édifice  moins  modeste  que  la  chapelle  actuelle,  dcuit  le 
cinquantenaire  a  pourtant  été  célébré  le  9  avril  1899.  La  nouvelle 
église  doit  être  sous  l'invocation  de  Notre-Dame-du-Travail;  elle  s'éten- 
dra entre  les  rues  Vercingétorix  et  Guilleminot. 
Nombreux  sont  à  Plaisance  les  établissements  d'assistance,  d'in- 
struction et  les  couvents. 
L'asile  Notre-Dame-de-Bon- 
Secours,  située  rue  des 
Plantes,  n"  66,  a  été  in- 
stitué pour  recueillir  des 
vieillards  ou  des  malades, 
jiayant  pensi<ui  ou  traités 
à  l'aide  de  fondations  dues 
à  la  charité  privée. 

Hue  Delbet,  se  trouve  le 
>ioin\f\\\i'uxilisj>enS(iireFur- 
/(jr/./-i/cwe,  fondé  en  1884; 
les  enfants  âgés  de  moins 
de  quinze  ans,  y  reçoivent 
les  consultations  médi- 
cales et  les  médicaments 
nécessaires  à  leur  rétablis- 
sement. De  jilus.  M""-'  Fur- 
ladii-lb'ini'  a  fondé,  rue 
.Licquicr,  n°  1,  une  crèche 
i|ui  piule  aussi  son  nom, 
inaugurée  au  mois  de  juin 
1896.  Cet  él.iblissiMnent  a 
coùlr  l.linO.UlKI  flancs. 

L'hôpital  Broussais, 
à  l'extréniité  de  la  nw 
Didol,  dominant  la  tran- 
cher du  ilniniii  t\r  fer  île 
(Ml  V  Iriiili'  l'xiliisivi  ijiciil 


Ceinture,  date  de  1884.  11  contient  260  II! 
les  maladies  ayant  un  caractère  épidémiqur. 

Son  voisin,  ['hô/nlal  Suint-Juseph ,  rue  Pierre-Laiousse,  n"  1,  isl , 
comme  l'asile  de  Hon-Socours,  une  œuvre  de  la  charité  privi'i'. 

liue  d'.Mésia,  enfin,  à  l'interseclinn  iN'  la  rue  Villeiiiaiii,  s'oii\  iviit  à 
rriifance  abamlonnée,  à  la  vieillesse  iii.illM'iirfii-ir.  bs  in.rh's  dr  ilnix 
élablisseiiiriils   rliarilables    :    l'asile    temporaire   d'enfants    il    la 

maison  de   retraite   Tisserand.    Au   ibrlin ne    au  seuil   de 

rrxisli'iici^  riiniiiiiir  hepi'iil  se  priitc'grr  mmi  I .  Il  ii'.^l  pas  de  qiiarl  ier  à 
Paris  où  celti;  prntrrliiui  tutidaire  ne  lui  suit  plus  largi'ment  iill'erte 
qu'à  Plaisance. 


PARIS  QUATORZIÈME    ARRONDISSEMENT 


r  A  Hl  s- Al  LAS 


PhoL  XcaiJda. 


LA    Slil.NE    KNXRE   LES    XV'    ET    XVI'    ARHO.N  DISSEMENTS  (Vue  prise  en  18 


VAUGIRARD.    —   37=    ou.vuTiicn    :    SAINT  LAMBERT.     -     .-,8'    oL-AUiii^n   :    NECKER. 
59"    yUARiiER   :    GRENELLE.    —   GU"    gLArinini    :    JAVEL. 


I  l'I.iit  ii]]|iossiliIc  lie  choisir  pour  le  XV''  airon- 
ilisseiui'ul ,  Jit  (le  Val'Giiîaiid,  une  (U''iioiniii;ilinu 
plus  exacte  que  celle  qu'il  a  reçue  :  Vauiîir.ml. 
Dans  toute  la  région,  nul  monument  mar(pianl, 
hélas!  tandis  que  s'imposait  le  souvenir  lii^ln- 
riqne  d'un  très  ancien  village  dont  h'  Irnil.iin', 
annexé  en  1860,  a  constitué  les  sept  liuiliémcs  dr 
lairondissenient.  Seule  une  parlie  du  qiiailicr 
Xcckor  provient  de  l'ancien  Paris  de  Louis  W, 
lO  de  niiiiihiM-  pins  loin  coninuMlt  (irenelle  ne  lui 
I  di'  la  coin  muni'  de  Vangirard. 
esl  de  721  liirlares,  lui  vaut,  dans  cet  nrdie 
ilic  sur  les  dix-neuf  autres  arrondissements, 
s  avec  709  hectares  et  le  Xll"  ensuite  avec62o; 
nlalion  n'est  pas  tout  à  t'ait  en  proportion  avec 
lernier  recensement,  il  était,  en  idiiffres  ronds, 
L  cidui  des  X»,  Xl«,  XVII'\ 


et  nuu>  .1111  nii>  ii.i  .oiiii 
qu'un  démeinhreiricnl 

Sa  snperliiie ,  qui  e 
d'idées,  la  su|)rémal 
le  XVI'  le  suivant  de  pr 
mais  le  chilTre  de  la  iio 
cette  vaste  étendue  :  ai 
de  133,000  haliitants,  c'esl-à-dire  infér 
XVI1I^  X[X«  et  XXiî  arrondissements. 

Les  limites  sont  des  plus  nettes:  à  l'KsI,  la   liu'oi-  du 
de  l'Uui'st  le  sépare  du  XIV"  arrondissemeni  ;  au  Sud,  : 

Paius-Ati.as. 


uin  .].•   IVr 
les  lurlili- 


calicnis;  à  l'Oui'sl,  la  Seine,  au  delà  de  laquelle  s'étend  le  XVI«;  au 
Nnrd.  la  limile  est  faite  avi'c  le  Vil»  arrondissement  par  l'axe  de 
l'avenue  de  Suffren,  de  la  rue  Pérignon,  de  l'avenue  de  Saxe  et  de  la 
rue  de  Sèvres;  avec  le  Vl",  par  l'axe  du  boulevard  Montparnasse  jusqu'à 
la  place  île  Rennes. 

Si  haut  i|ue  l'on  remonte  dans  l'histoire,  on  ne  trouve  rien  de  cer- 
laiii  sur  Vangirard  avant  le  xni'  siècle.  Il  parait  qu'on  nommait  cette 
plaine  Va!  Buitron  —  dénomination  incertaine  et  inexpliquée — loi-sque, 
en  12.J8,  elle  attira  l'attenlion  de  l'abbé  de  Saint-liermain-dos-Prés, 
(diard  de  Moret;  il  en  Ut  une  cohuiie  de  son  abbaye  et  y  bâtit  une 
maison  de  convalescence  pour  ses  religieux:  d'où  son  nom  donné  au 
liiu:  Val  tiirard  et  linalement  Vangirard.  Les  successeurs  de  Cirard  de 
Moret  continuèrent  au  jeune  village  In  faveur  qu'il  lui  avait  lénioignée; 
Jean  de  Précy,  notamment,  au  siècle  suivant,  le  dota  d'une  clôtui-e, 
puis  d'une  chapelle  qui,  en  13'i"2,  fut  érigée  eu  une  cure  distincte  de 
c(dle  d'Issy.  Celte  date  est,  à  proprement  parler,  celle  de  ia  fondation 
de  Vangirard,  car,  au  moyen  âge  surtout,  un  groupe  d"h;dntants  u'arail 
d'existence  [uopro  qu'à  condition  de  former  une  paroisse. 

Nous  avons  sous  les  yeux  un  «  plan  de  la  terre  et  seigneurie  d'fssy, 
Vangirard  et  leurs  dépendances  «daté  de  1667  e!  ,-"-■'>■•  "iv  \i.i>!v.>s 


#v 


loi 


PARIS -ATLAS 


(le  la  Seine.  L'agglomération  du  bourg  esl  figuré  le  long  Je  la 
grande  rue,  vers   le  u"  240,  c'est-à-dire   près  de   l'extrémité 
de  !a  rue  Cambronne,  laquelle  y  figure  aussi  sous  le  nom  de 
chemin  de  Yaugirard  à  Grenelle.  Sur  la  gauche  de  la  grande 
rue.  plus  près  de  Paris,  se  voit  un  vaste  enclos  qui  était  la 
maison  seigneuriale   de    Saint-Germain-des-Prés,  et   derrière 
lui  le  lieu  dit  les  Fourneaux;  puis,  allant  vers  Plaisance  :  le 
Pressoir,  les  Bruyères,  les  Morillons,  les  Carrières.  Du  côté 
de  l'Ouest,  la  rue  Lecourbe  s'appelle  chemin   de  Sèvres;  la 
rue  Croix-Nivert,  chemin  d'en  bas  de  Paris  à  Issy  ;  à  leur  point 
de  rencontre  est  marquée  la  croix  Aivert.  On  n'y  distingue  pas 
la  maison  fameuse  située,  tout  au  bout  du  pays,  vers  Issy,  où, 
en  1G42,  l'abbé  Olier  fonda  le  séminaire  d'où  est  sortie  la  con- 
grégation des  prêtres  de  Saint-Sulpice.  Cette  maison  s'élevait 
sur  le  côté  droit  de  la  route];  mais,  peu  après,  l'abbé  Olier 
acheta  en  face  un  grand  clos,  relia  les  deux 
propriétés  par  un  souterrain,  et  fit  construire 
de  nouveaux  bâtiments  où  il  installa  ses 
jeunes  séminaristes.  Le  collège    actuel  des 
jésuites  en  occupe  l'emplacement,  nous  di- 
rons plus  loin  après  quelles  phases. 

En  1790,  la  paroisse  de  Yaugirard  devint 
une  commune  du  district  de  Sceaux  et  du 
canton  d'Issy  :  ce  ne  fut  pas  sans  quelque 
difficulté;  il  était  question  de  la  réunir 
simplement  à  Issy,  sous  prétexte  qu'elle 
n'en  était  qu'un  démembrement,  mais  les 
habitants  protestèrent  jusque  devant  l'As- 
semblée nationale,  et  leur  plainte  fut  en- 
tendue. En  1830,  Grenelle  devint  à  son  tour 
autonome,  et,  trente  ans  après,  les  deux 
communes  étaient  définitivement  absorbées 
par  la  métropole,  mère  trop  avide  de  serrer 
ses  enfants  dans  ses  bras. 

Quartier  Saint-Lambert.  —  C'est  le 
cœur  même  de  l'am  ien  Yaugirard.  Le  nom 
qu'il  porte  est  celui  du  saint,  évêque  assez 
obscur  de  Maëstricht,  que  l'église  parois- 
siale reconnaît  pour  son  patron.  Cette 
église,  on  l'a  vu,  avait  été  fondée  en  13'52. 

Seuls,  les  anciens  du  lieu  pourraient  se  la  rappeler  :  elle  s'élevait  au 
carrefour  des  rues  Saint-Lambert  et  Desnouettes,  c'est-à-dire  à  l'ex- 
trémité Ouest  du  village,  et  dans  son  livre  sur  Y'augirard,  écrit 
en  1842,  l'abbé  Gaudrenu,  qui  en  était  curé,  se  plaint  amèrement 
de  cet  emplacement  et  de  l'abandon  dans  lequel  on  la  laisse.  Six 
ans  après,  on  lui  donnait  satisfaction,  par  le  vote  du  conseil  muni- 
cipal de  Yaugirard  qui  confiait  à  Naissant,  architecte  de  l'arrondis- 
sement de  Sceaux,  la  construction  de  l'église  actuelle  sur  un  terrain 
donné  à  la  commune  par  l'abbé  Groult.  Disons  on  passant  que  telle 
est  l'origine  du  nom  de  la  rue  voisine,  appelée  antérieurement  rue 
du  Transit. 

'  Donc,  l'église  Saint-Lambert,  commencée  en  1848,  fut  inaugurée 
le  19  juinl85ti.  Située  rue  Gerbert,  c'est  un  édifice  correct,  sans  grandes 


FAÇADE    DE    LÉGLISE    S  AINT-L  AM  BE  KT 


prétentions  arcliileclurales.  La  déclivité  du  terrain  a  été  uti- 
lisée, comme  on  l'a  fait  plus  tard  à  l'église  d'Auteuil,  pour 
construire  une  église  inférieure,  mais  avec  cette  particularité 
assez  rare  que  celle-ci  est  de  proportions  plus  grandes  que  la 
partie  supérieure.  Ce  n'est  donc  pas  une  crypte. 

A  errer  dans  les  rues  peu  intéressantes  du  quartier  Saint- 
Lambert,  on  éprouve  une  sorte  de  malaise  vague  d'abord,  qui 
se  précise  ensuite  :  cela  manque  de  verduue.  Seul,  un  square 
étriqué,  constituant  la  place  de  Yaugirard,  offre  ses  cent  cin- 
quante mètres  d'ombrage  aux  ébats  d'innombrables  enfants; 
c'est  beaucoup  trop  peu.  Encore  ne  date-t-il  que  du  mois  de 
septembre    1896;  il  occupe   le    terrain  de   l'ancienne  mairie, 
des  écoles  et  de  la  justice  de  paix,  bâtiments  ruineux  qui  se 
démolissaient  d'eux-mêmes. 
Entre  les  rues   Lecourbe   et  lil.uml.  s'élève  la   mairie  du 
X'V'^  arrondissement,  dans  le  style  habi- 
tuel depuis  vingt-cinq  ans  à  ce  genre  d'édi- 
fices. Celui-ci  a  eu  pour  architecte  M.  De- 
vrey  et  a  été  achevé  en  1876. 

En  suivant  l'ancien  chemin  de  Sèvres  qui 
porte,  depuis  1865,  le  nom  du  général  Le- 
courbe, on  arrive  au  carrefour  où  nous  avons 
dit  que  dès  le  xvii°  siècle  se  dressait  la 
croix  Nivert.  La  rue  de  ce  nom,  très  an- 
cienne aussi,  y  aboutissait;  elle  n'a  été  pro- 
longée qu'en  187o,  jusqu'à  la  rue  de  Yaugi- 
rard. Elle  débouche  en  face  du  collège  de 
rimraaculée-Conception,  plus  connu  sous 
le  nom  de  maison  des  jésuites  de  Yaugirard, 
qui  occupe  l'emplacement  du  primitif  sémi- 
naire de  Saint-Sulpice  fondé  par  Olier 
en  1652.  Yendu  comme  bien  national  en 
1790,  cet  établissement  eut  ]>Iusieurs  pos- 
sesseurs jusqu'à  ce  qu'en  1829  il  eût  été 
acquis  par  l'abbé  Poiloup  pour  redevenir  un 
collège.  11  l'est  resté,  mais,  depuis  1843, 
sous  la  direction  des  pères  jésuites. 

A  cet  endroit,  la  rue  de  Yaugirard  s'est 
élargie.  La  barrière  est  proche,  c'est-à-dire 
le  terminus  de  son  parcours  qui  est  de 
4,350  mètres  exactement.  Déjà  s'aperçoivent  les  premières  maisons 
d'Issy,  et,  par  delà,  les  coteaux  boisés  de  Meudon;  c'est  la  route  de 
Yersaillesqui  commence,  route  nationale  189,  l'ancien  pavé  des  gardes. 
Ainsi  s'explique  le  nom  de  porte  de  Versailles,  que  beaucoup  con- 
fondent avec  la  [lorle  sise  au  Point  du  Jour,  au  bout  de  l'avenue  de 
Versailles,  pour  laquelle  l'Administration  a  réservé  le  nom  de  porte  de 
Sainl-Cloud. 

Soit  par  le  boulevard  Lefebvre  (il  s'auit  du  célèbre  maréchal  Lefebvre), 
soit  par  les  rues  Lericlie  vl  des  Morillons,  on  allejul  en  quelques 
minutes  les  nouveaux  abattoirs  de  la  rive  gauche. 

Seules,  les  villes  de  qudqui'  ii7ipiu-lanre  ont  (bs  alialloirs.  Cela 
jiaraitrait  un  édifice  somptueux  dans  les  simples  communes,  où  bou- 
chers et  charcutiers  tuent  les  animaux  dans  la  cour  de  leur  maison 


1.1.  .?ivUAKii  i>K  v  AU  CHU  A  un. 


l.A    .MAIIUE    DU    .\\'    AUKO.NDl.S.'iE.ME.Nr. 


Q  U  L\  Z I  !•]  M  !•:   A  R  R  0  .\  D I S  S I-  M  E  N  T 


è.          i 

^.^__ 

HlSPWnll!^ 

hé 

mm 

KNTHKK    DES    ABATTOIHS    DE    VAniIHAI!!», 


PONT   DE   LAVE.NUE   DU   MAINE. 


érigf^e  en  «  tuerie  ".  Il  on  fut  (railleurs  ainsi  à  Paris  même  Jusqu'au 
rèiine  de  NajKjlédn  ]■'•.  l'n  décret  impi'rial  de  1810  décréta  la  cons- 
truction de  cinq  alialloirs  dans  les  fanbouri;s  :  trois  sni'  la  rive  droite: 
le  Houle,  Monlniarlre  et  Ménilmontant  ;  doux  sur  la  rive  gauche  :  Ville- 
juif  et  Grenelle.  En  18'i8,  un  abattoir  spécial  pour  les  porcs  fut  cons- 
truit à  la  barrière  des  Fourneaux.  La  commune  de  Vaugirard  était  donc 
bic)i  —  ou  plutôt  mal  parlai;i'o  à  cet  égard  puisqu'elle  avait  deux  sur 
trois  des  abattoirs  delà  rivi'  i;aurlie.  Le  grand  abattoir  de  la  rive  droite, 
que  nous  retrouverons  à  la  \illotto,  absorba  les  trois  autres,  situés  au 
nord  du  lleuve.  liion  n'était  changé  jjour  Vaugirard. 

Dans  sa  séance  du  14  février  1887,  le  Conseil  municipal  s'en  préoccupa 
enlin;  il  décida  l'acquisition  d'un  vaste  terrain  vague,  de  10  hectares, 
situé  dans  l'anciiMi  lieu  dit  les  Jlorillons  (déjà  existant  sur  le  plan 
de  1667),  bordé  au  Sud  par  le  chemin  de  fer  de  Ceinture,  c'est-à-dire 
dans  une  condition  favorable  à  l'adduction  des  bestiaux.  Les  n(5gncr> 
tions,  puis  les  travaux  durèrent  longtemps  ;  il  s'agissait  de  10  millions 
à  dépenser,  dont  on  trouvait  compensation,  il' est  vrai,  pour  la  plus 
grosse  part,  dans  l'aliénalion  des  terrains  des  abattoirs  des  Fourneaux 
et  de  Grenelle.  L'édilice  n'était  pas  achevé  le  13  juillet  1897,  lorsqu'il 
fut  visité  par  le  président  de  la  République  à  son  retour  de  l'inau- 
guration du  pont  Mirabeau;  il  n'y  avait  en  activité,  depuis  le  20  no- 
vembre 1896,  que  l'abattoir  de  la  charcuterie.  Tout  est  fini  aujourd'hui  : 
un  arrêté  préfectoral  du  9  février  1898  a  fixé  au  6  mars  l'ouverture 
des  «  échaudoirs  "  pour  la  boucherie,  l'abattoir  de  Villejuif  restant 
ouvert  à  la  boucherie  hippophagique.  L'ensemble  des  bâtiments  est  de 
bonne  mine;  on  voit  que  l'espace  n'a  pas  été  ménagé.  Les  architectes 
ont  tenu  à  réaliser  les  desiderata  des  hygiénistes.  L'entrée  prinei|iale 
sur  la  rue  des  Morillons  est  décorée  de  deux  ruminants  de  bronze,  à 
l'allure  fringante,  placés  là  sans  doute  par  ironie,  car  ils  semblent  dire 
à  leurs  lamentables  compagnons  :  Lascinte  ogni  speranza... 

Non  loin  sont  le  boulevard  et  la  rue  Chauvelot,  une  seule  voie  ne  suffi- 
sant pas  à  perpétuer  la 
mémoire  du  fondateur 
de  Plaisance  et  du  ha- 
meau de  l'Avenir  dont 
la  nie  deVillafranca  était 
une  des  artères  princi- 
pales. C'est  dire  que  ce 
groupe  d'habitations 
date  de  1859.  Là  s'.'de- 
vait,  rivale  de  la  lnur 
voisine  de  MalakolT,  la 
tour  de  Villafranca,  qui 
n'a  pas  résisté  au  siège 
de  1870. 

La  rue  Labrouste  porto 
le  nom  de  rarchitect(^ 
de  la  bibliothèque 
Sainte-Geneviève.  Elle 
aboutit  au  rond-point  des 
Fourneaux,  un  gentil 
coin  de  province,  qui 
traverse  la  vénérable 
rue  de  la  Procession,  pri- 
vée depuis  bien  long- 
temps des  reposoirs  et 
des  pieuses  bannières. 

Quant  à  la  place  et  à 
la  rue  d'A  Ueruij,  tdles 
transnii'lleul  à  l.i  poslé- 
rité  le  unui  d\i  dernier 


VrlO    DE    LA    (1AK1-:    MdNri'AKNAf 


soigneur  do  Vaueirard,  "  messire  fJonis-François-.^naran  d'Alleray. 
seigneur  de  Pazochos,  Condé,  Saiiit-Libière  et  autres  lieux,  seigneur- 
jiatron  de  Vaugirard-loz-Paris  »,  lioulonanl  civil  de  la  prévôté  de 
Paris,  qui  inouiut  sans  seigneurie  en  179'j. 

Quartier  Necker. —  Il  participe  de  l'ancien  Paris  et  du  Paris  annexé, 
élaiil  à  cheval  sur  l'ancien  boulevard  de  ronde;  d'où  deux  pliysiono- 
luios  bien  distiuelos  qui  se  confondront  avec  le  temps,  à  niesureque  la 
IiériplK'rio  se  |>arisianise,  si  l'on  peut  ainsi  parler. 

Si  la  place  de  lionnes  est  commune  aux  VI",  XIV«  et  XV«  arrondisse- 
ments, la  gare  Montparnasse  et  la  ligne  de  chemin  de  fer  qu'elb- 
commande  ap|iarliounoiit  tout  entières  à  ce  dernier  arrondisseuieiit. 
Pour  une  fois,  la  loi  des  axes  n'a  pas  été  observée. 

De  moins  on  moins  nombreux  sont  les  hommes  qui  avaient  vingt  ans 
en  1840,  ceux  qui  eurent  la  surprise,  l'émotion,  après  avoir  été  en  clie- 
min  de  fer  à  Saint-Germain  — ce  qui  passait  pour  un  acte  de  suprèm-- 
courage  —  de  se  rendre  à  Versailles  par  le  même  procédé.  Ils  nou> 
diraient  les  sentiments  qu'ils  éprouvaient,  le  10  septembre  1840. 
liirsquo  fut  inaugurée  cotte  ligne  qui  avait  à  franchir  une  valb'-.- à 
45  mètres  de  hauteur,  et  qui  montait,  montait  toujours  pendant 
!j  lieues.  Vaugirard  dut  être  en  fête,  ce  jour-là,  d'autant  mieux  que 
les  trains  circulèrent  sans  encombre.  La  gare  primitive  était  située 
hors  barrière,  à  l'angle  de  l'avenue  du  Maine  et  du  boulevard  des 
Fourneaux  (aujourd'hui  boulevard  de  Vaugirard),  construction  modeste 
(en  1842,  dans  son  Histoire  de  Vaugirard,  l'abbé  Gaudreau  la  qualLHe  de 
magnifique  embarcadère),  offrant  une  seule  façade  sur  le  coté  droit 
de  la  ligne  et  que  la  Compagnie  a  conservé  pour  y  placer  des  bureaux. 
Peu  d'années  après,  les  nécessités  du  trafic  exigèrent  autre  chose. 
Il  fallut  joler  deux  viaducs,  l'un  sur  l'avenue  du  Maine,  l'autre  sur  le 
bdulevard  t[v  Montrouge  (Edgar-Quinet',  puis,  à  leur  hauteur,  élever  un 
énorme  mole  de  terre,  sur  lequel  fut  construite  la  gare  actuelle  par 
l'architecte  Lenoir.  Ces  divers  travaux  étaient  achevés  en  18b2,  et  de  la 

plus  petite  gare  de  Pa- 
ris, on  faisait  la  plus 
monumentale. 

Pendant  près  de  cin- 
quante ans,  la  gare 
Montparnasse  n"a  pas 
changé  d'aspect.  Les 
Parisiens  —  ceux  sur- 
tout de  la  rive  g;>uche 
—  en  ont  gravi  sans 
sourciller  l'escalier  un 
peu  ardu,  pour  prendre 
le  train  ^combien  om- 
nibus!) qui  mène  aux 
jolis  bois  de  Meudon  et 
deChaville.Toutàcouii, 
elle  aussi  s'cst  trouvée 
comprise  dans  les  plans 
de  transformation  que 
toutes  les  Compagnies, 
à  la  veille  de  l'Exposi 
tion  de  1900,  adopté 
rent  à  l'envi  pour  leui> 
gares  terminus.  Les  an- 
nées 1898,  18W  et  1900 
ont  été  cons.'.créos  à  c 
grand  œuvre.  Xotre  gar- 
est  retournét",  comme 
on  l'a  dit  piltoresque- 
uient.  Les  deux  rampes 


15R 


PARIS -ATLAS 


de  départ  et  d'arrivée, 
par  lesquelles  on  accé- 
dait aux  quais  des  gran- 
d(  s  lignes,  ont  leur  ori- 
gine sur  le  boulevard 
Edgar-Quinet,  au  lieu  de 
l'avoir,  comme  jadis,  à 
la  place  de  Rennes,  l.es 
voilures  circulent  de 
l'embarcadère  au  débar- 
cadère par  une  loggia 
couverte,  placée  au-des- 
sous de  l'horloge  qui  dé- 
core la  façade  centrale, 
dont  l'ordonnance  a  été 
respectée,  mais  que  flan- 
quent deux  larges  ailes 
métalliques,  d'une  élé- 
gance contestable,  aux- 
quelles aboutissent  les 
nouvelles  rampes.  L'ac- 
cès des  lignes  de  ban- 
lieue est  ménagé  par 
deux  escaliers  à  double 
révolution,  sous  lesquels 
en  passe  un  autre,  au 
centre  des  bâtiments, 
pour  la  sortie  des  voya- 
geurs. 

Cette  disposition  nou- 
velle, plus  pratique  assurément,  a  pour  avantage  d'éviter  le  retour  d'ac- 
cidents comme  celui  du  22  octobre  1895,  où  le  train  express  56,  ve- 
nant de  Granville,  ne  put  être  arrêté  à  temps  par  son  mécanicien;  la 
locomotive  défonça  la  grande  baie  du  premier  étage  de  la  gare  et 
vint  s'abattre  sur  le  pavé  de  la  place.  Si  le  conducteur  d'arrière,  voyant 
l'entrée  en  gare  s'effectuer  avec  une  allure  désordonnée  n'avait  pas 
fait  jouer  le  frein  Westinghouse  qui  bloqua  les  derniers  wagons,  tout 
le  train  passait  sur  la  place! 

En  même  temps  que  les  travaux  de  réfection  de  la  gare  Montparnasse, 
ont  été  poursuivis  ceux,  plus  utiles  encore,  qui  avaient  pour  but  de 
faciliter  et  de  multiplier  les  communications  entre  le  XIV"  elle  XV"  ar- 
rondissement par  la  suppression  des  passages  à  niveau  des  rues  du 
(;iiàteau  et  de  la  Procession,  par  la  création  d'une  passerelle  au  droit 
lie  la  rue  Durand-Claye.  Enfin,  les  voies  sont  doublées  entre  Paris  et 
Clamart. 

A  en  croire  les  très  rares  historiens  de  Paris  qui  ont  daigné  s'occu- 
\>ci  de  la  rue  des  Fourneaux,  elle  tirerait  son  nom  de  fabriques  de  four- 


VUE    DE   L'INSTITUT    P.\STErR 


I  I',  I  K   II  A  ; 


I.  A     (    UVIMli. 


neaux  ayant  existé  là  au 
siècle  dernier,  Uien  n'est 
moins  probable.  Hemar- 
quez  que  le  lieu  dit  les 
Fourneaux  figure  déjà 
sur  le  plan  de  1667; 
c'était  alors  la  pleine 
campagne  ;  on  n'ima- 
gine guère  que  les  com- 
merçants y  aient  pu  faire 
des  affaires,  Non  :  ces 
fourneaux  étaient  tout 
simplement  des  fours  à 
chaux,,  à  moins  que  ce 
n'aient  été  des  chemi- 
nées d'appel  au-dessus 
de  champignonnières, 
comme  on  en  voit  tant 
aujourd'hui  encore  au 
Sud  de  Paris,  L'anti(]uité 
de  cette  voie  est  son  seul 
mérite,  car  elle  est  mor- 
tellement  triste.  ,\u 
11°  21,  se  voit  une  statue 
de  la  Vierge  dans  une 
niche  dont  la  grille,  as- 
sez bien  ouvragée,  porte 
la  date  1778,  l)u  même 
côté,  à  l'angle  intérieur 
du  boulevard  Pasteur, 
de  grandes  maisons  toutes  neuves  occupent  l'emplacement  de  l'abat- 
toir des  Fourneaux,  Là  était  la  barrière  que  franchit  l'infortuné 
Condorcet  pour  trouver,  ou  se  diuiner,  la  mort,  après  mille  angoisses, 
dans  la  sinistre  geôle  de  Bourg-la-Heine. 

Avant  de  porter  le  nom  de  l'illustre  chimiste,  le  boulevard  Pasteur 
s'était  appelé  boulevard  d'issy,  puis  boulevard  de  Vaugirard.  II  n'y 
aurait  rien  d'excessif  à  ce  (|u'on  donnât  le  même  nom  à  la  nie  Duloi, 
ainsi  baptisée  par  le  très  obscur  propriétaire  des  terrains  au  travers 
desquels  elle  fut  percée  en  1878 —  car  enfin  la  rue  Kutol  est  avant 
tout  la  rue  de  l'Institut  Pasteur. 

Cet  établisseuirnl,  utile  entre  tous,  a  été  fondé  en  1888.  Pasieur 
venait  de  découvrir  le  microbe  de  la  rage  —  le  mal  qui  répand  la  ter- 
reur —  et  en  même  temps,  le  moyen  de  la  coniballre  ellicaeenient.  L'en- 
thousiasme officiel  et  privé  livaiisèrent  pour  faire  les  fonds  de  la 
construction  d'un  hôpital  s|)écial  au  traitement  de  la  rage  :  tout  l'uni- 
vers civilisé  y  était  intéressé.  Pasteur  est  mort  en  189b,  après  avoir 
sauvé  d'une  mort  horrible  plus  de  quatre  mille  personnes.  Par  une 
dérogation  à  l'usage,  bien  nainrelle  dans  l'es- 
pèce, son  corps  repose  à  l'inslilul  même,  dans 
une  chapelle  que  l'afl'ection  affligée  des  siens  a 
faite  à  la  fois  très  sim[)le  et  très  belle. 
L'inscription  suivante  s'y  lit: 

(E    MONU.MENT    FUT    ÉL12VÈ   EN    MDCCC.VCVI 
A    LA    MliUolUE    DE    l'ASTEUR 

PAU  LA  rn'ri;  de  sa  veuve  et  de  ses  eniants 

CHARLES-LOUIS    OIHAULT 

composa    L'ARCinTEC.TUHE   ET   LA   DÉCORATION 

IL    DUllGEA    LES   TRAVAUX 

LUC-OLIVIER    MERSON 

DESSINA    LES    1  lOURES    DE    LA    COUPOLE 

AUGUSrE-UUILUERT  MARTIN   EXÉCUTA    LES    MOSAÏQUES 

L'œuvre  de  Pasteur  s'est,  d'aulri-  part,  coni- 
plélée,  dével.q.pée,  grâce  à  uni'  libéralité  telle 
(|Ui'  bien  peu  de  privilégiés  de  la  fortune  pour- 
raient l'accomplir.  M""' la  baiornie  lliisch  a  légué 
plus  (le  deux  millions  poni-  la  irêalioii  d'un 
Institut  de  chimie  biologique,  annexe  m'M-es- 
saire,  sinon  indispen>.ililc,  i\v  la  fondation  pri- 
milive,  cl  don!  les  bâlimeiits  siluês  de  l'autre 
rôle  (II-  la  ine  Diilol,  et  s'étendani  à  travers  des 
jardins  jnsi|ii'à  la  rue  de  VaiiLiirard,  viennent 
de  s'achi'Ver,  Le  nom  de  la  Kénérelise  donalriee 
s'ajoute,  en  iielle  pi 
de  riinmaiiilé. 

Par  une  aniilhès 
rue  dei  Volontaires 

n  soldiits  de  l'ail  ileiixl  (t  ^-lierres  I  Epopées  I 

est   celle    d'un    hô|iiial,   l'hôpital    Saint-Jac- 


e,  à  la  lisli-  di'S  bieiil'aileiirs 
eeilaiiii'iiiinl   imprévue,  la 


QUINZIÈME   ARRONDISSEMENT 


157 


LE    LABORATOIRE    DU    D'   ROUX,    A    L'INSTITUT    PASTEUR. 


ques,  dispensaire  homœopatliique  où  se  donnent  des  consultations 
gratuites  et  des  soins  payants.  Il  était  autrefois  situé  dans  le  faubouri; 
Saint-Jacques,  d'où  son  nom. 

De  l'autre  côté  de  la  rue  de  Vaugirard,  le  lycée  BufFon,  fondé 
en  1889,  fournit  l'enseignement  moderne  aux  jeunes  gens  du  quartier; 
il  ne  reçoit  que  des  externes. 

Un  peu  plus  bas,  jusqu'à  l'angle  de  la  rue  de  Sèvres  et  du  boulevanl 
Garibakli  (avant  1885,  boulevard  de  Grenelle,  après  avoir  été  boulevard 
de  Sèvres),  un  grand  terrain  vague,  dont  l'emploi  futur  est  encon; 
indécis,  représente  l'emplacement  des  abattoirs  de  Grenelle,  sup- 
primés et  remplacés,  comme  nous  l'avons  dit,  en  1898,  par  ceux  do  la 
rue  des  Morillons.  Le  quartier  n'a  eu  qu'à  gagner  à  la  disparition  de 
ces  constructions,  d'une  lourdeur  peu  commune.  Leur  dénominaliiui 
administrative  était,  au  surplus,  inexacte,  ce  territoire  ayant  loujouis 
fait  partie  de  Vaugirard. 

Au  delà,  le  puits  artésien  de  la  place  di'  Brcteuil  se  révèle  par  son 
élégante  colonne  de  fonte,  haute  de  4l'",7o  —  une  tour  Eiffel  en  réduc- 
tion, et  par  cela  même  plus  gracieuse.  Le  puits  proprement  dit  avait 
été  percé,  sur  les  indications  d'Arago,  dans  l'enclos  de  l'abattoir;  il  ne 
fallut  pas  moins  de  huit  ans  —  de  1833  à  18'il  —  pour  atteindre  à  près 
de  COU  mètres  la  nappe  d'eau  devinée  par  la  science.  La  colonne, 
sévèrement  interdite  au  public,  n'a  pour  objet  que  d'épuiser  la  force 
ascensionnelle  de  l'eau  qui  projette  ses  derniers  bouiibinnemcnts  dans 
le  bassin  supérieur.  Elle  est  si  riche  en  soufre  (|uun  verre  déposé  dans 
ce  bassin  y  prend  en  quelques  heures  une  colnralion  Idi'uiée  inile>- 
tructible. 

La  rue  Péiignon,  qui,  de  ce  côté, sépare  le  XV"  arrondissement  du 
VU",  rappelle  le  souvenir  d'un  membre  du  conseil  général  du  déparle- 
ment, qui,  sous  Louis XVlll,  eut  quelque  renom  :  il  n'était  pas  inutile 
de  le  diie. 

L'hôpital  Necker  est  un  des  meilleurs  legs  que  nous  ail  yn  faire 
l'ancien  régime.  C'est  un  lieu  commun  de  dire  ((u'avant  la  liévolulion. 
et  même  pas  mal  de  temps  après,  le  régime  hospitalier  laissa  fort  à 
désirer. Non  pas  que  les  hôpitaux  manquassent,  mais  ils  étaient  déplo- 
rablement  administrés.  Pour  y  porter  remède,  la  vigilance  éclairée  di; 
Necker  conçut  le  projet  de  créer  dans  les  nuMlleures  conditions  pos- 


sibles, une  succursale  à  l'Hôtel-Dieu,  pour  les  paroisses  de  la  Charité 
et  du  Gros-Caillou. 

Il  n'est  pas  tout  à  fait  juste  de  dire,  comme  l'ont  fait  les  frères 
Lazare,  que  M™"Xecker  a  été  la  fondati-ice  du  nouvel  hôpital;  elle  eut 
simplement  la  haute  direction  —  la  direction  d'honneur  de  rétablis- 
sement pour  lequel  son  mari  avait  obtenu  du  roi  une  subvention 
annuelle  de  42,000  livres.  Installé  dans  les  bâtiments  des  religieuses 
de  Notre-Dame  de  Liesse,  il  fut  ouvert  aux  malades  en  1778  sous  le 
nom  d'hospice  de  charité.  11  ne  s'y  trouvait  alors  que  soixante  lits 
pour  les  hommes,  autant  pour  les  femmes.  En  1792,  on  le  nommait 
hospice  de  l'Ouest;  en  1802  il  reçut  sa  dénomination  actuelle.  On  y 
compte  près  de  cinq  cents  lits. 

Son  voisin,  1  hôpital  des  Enfants  malades,  demeure  connu  sous 


-  BU  ^  onl,-*»  >   ce      ^   »  nr       «•    >   H-       m-'  ^T  m 


Ai    COLLKiil.;    DE    LlM-MACULÉK-CO.NCErTION. 


158 


PARIS -ATLAS 


le  nom  de  maison  de  l'Enfanl-Jésus  qifil  reçut  lors  de  sa  fondation, 
au  commencement  du  xviii=  siècle.  C'était,  depuis  1751,  une  maison 
d'éducation  pour  des  jeunes  filles  pauvres,  appartenant  à  des  familles 
dont  la  noblesse  authentique  remontât  à  iSSO.  11  fut.  en  1802,  con- 
verti en  hospice  pour  les  enfants;  grâce  h  des  agrandissements  suc- 
cessifs, dont  les  derniers  sont  tout 
récents,  il  atteint  le  chiffre  de  six 
cents  lils. 

Quartier  de  Grenelle.  —  Ce 
qu'il  y  a  moins  de  cent  ans  encore 
on  nommait  la  plaine  de  Grenelle 
avait  commencé  par  être  une  vaste 
garenne  (guraneila,  d'où  Grenelle) 
que  dès  le  xin"  siècle  les  deux  ab- 
bayes parisiennes  de  Sainte-Gene- 
viève et  de  Saint-Gerraain-des-Prés 
possédaient  à  peu  près  par  moitié. 
On  n'y  chassait  pas  le  lapin,  mais 
les  moines,  d'esprit  pratique,  y 
avaient  de  riches  fermes  où  paissait 
le  bétail.  Un  caslel,  sur  lequel  les 
renseignements  manquent,  malheu- 
reusement, montrait  ses  tourelles 
gothiques  à  peu  près  à  l'endroit  où 
les  rues  Cambronne  et  Croix-Nivert 
aboutissent  à  la  place  Cambronne  ; 
il  figure  sur  le  plan  de  1667  et  on 
sait  encore  de  lui  qu'en  17S1  il  fut 
annexé  à  l'Ecole  militaire. 

Sous  Henri  III,  ce  territoire  pa- 
•raissait  assez  désert  et  lointain  pour 
qu'on  y  ail  construit,  en  1580,  un 
hnpital  de  pestiférés,  qui,  la  peste 
ayant  passé,  servit  un  moment, 
en  1587,  dit  Pierre  de  l'Estoile,  à 
abriter  deux  mille  mendiants,  «  pour 
y  être  logés  et  nourris  par  le  Roy, 

qui  leur  faisoit  distribuer  tous  les  jours  à  chacun  cinq  sols;  mais  pour 
ce  que,  se  derobbant  de  là,  ils  ne  laissoient  encores  à  venir  mendier 
par  la  ville,  on  les  remist  en  Testât  auquel  ils  étoient  auparavant  ». 

Le  passé  de  Grenelle  est  des  plus  tragiques.  Sous  la  Révolution,  une 
poudrière  y  avait  été  installée  ;  le  31  août  1794,  elle  fit  explosion  sans 
i|ut'  l'on  ait  su  pour  ciuelle  cause  ;  il  y  eut  beaucoup  de  morts  et  de 
blessés.  On  parla  d'un  complot  royaliste,  mais  l'enquête  ouverte  par  la 
Convention  n'aboutit  à  rien. 

Puis  la  plaine  servit  aux  exécutions  mililaircs,  et  elle  en  vit  beau- 
rriup  ;  les  plus  frimeuses  sont  celles  du  général  Malet,  en  1812,  de  l.a 
Hédoyère,  en  1815. 

l'ne  période  moins  sombre  allait  s'ouvrir.  En  1823,  quehiues  capi- 
talistes et  entrepreneurs  de  travaux  publics  se  groupèrent  en  compa- 
gnie d'actionnaires  et  résolurent  de  transformer  la  plaine  en  ville. 
Servis  par  l'argent  et  par  l'énergie,  ils  y  réussirent,  grâce  aux  efforts 
de  MM.  Violet  et  Letellier.  En  quatre  ans,  <  la  Ferme  de  Grenelle  » 
—  c'est  .ainsi  qu'on  ap[)elait  le  nouveau  quartier  pour  le  distinguer  de 


LE    PUITS   ARTESIEN    DR    GRENEI.r.E 


«  l'ancien  Vaugirard  »  —  était  sillonnée  de  rues  parallèles  ou  perpen- 
diculaires comme  il  convient  à  une  ville  neuve:  une  église,  un  marché, 
mi  port,  un  pont  sur  la  Seine  et,  mieux  encore,  un  théâtre,  s'étaient 
bâtis  comme  par  enchantement;  quinze  cents  habitants  y  vivaient  déjà. 
Il  ne  lui  manquait  plus  que  de  constituerune  commune  indépendante, 
se  détacher  de  Vaugirard,  qui  voyait 
d'un  mauvais  œil  cette  jeune  rivale 
si  audacieuse  dans  sa  prospérité. 

Ce  ne  fut  pas  une  petite  afîaire.  11 
faudrait,  pour  l'exposer  en  détail, 
donner  le  texte  des  délibérations 
du  Conseil  municipal  de  1826  à  1828, 
conservées  aux  archives  de  la  Seine. 
Les  hostilités,  après  avoir  duré 
plus  de  deux  ans  encore,  se  termi- 
nèrent par  une  ordonnance  royale 
du  23  octobre  1830  qui  érigeait  enfin 
(ùenelle  en  commune  distincte. 
En  même  temps,  les  limites  des 
deux  communes  furent  réglées  de 
la  façon  suivante  (nous  les  avons 
relevées  sur  le  plan  de  Lefèvre)  :  à 
partir  de  la  barrière  de  l'Ecole 
(place  Cambronne),  une  ligne  en 
haches  à  travers  les  propriétés  bâ- 
ties, entre  les  rues  Cambronne  et 
Croix-Xivert,  jusqu'à  la  rue  Qui- 
uault,  alors  avenue  du  Théâtre  ; 
puis  l'axe  des  rues  Mademoiselle, 
Croix-Nivert,  de  Javel  et  de  Lour- 
mel,  alors  chemin  des  Vaches,  jus- 
qu'à la  limite  du  territoire  d'Issy. 

Telle  fut  la  situation  topogra- 
phique de  Grenelle,  par  rapport  à 
Vaugirard,  pondant  trente  années. 
Elle  a  été  modifiée  par  la  loi  d'an- 
nexion de  1859,  qui  englobait  les 
t,  d(!  celle  de  Grenelle,  faisait  deux 
quartiers  administratifs.  Le  quartier  de  Javel  fut  alors  constitué  par  la 
partie  de  Grenelle  située  au  Sud  des  rues  des  Entrepreneurs  et  Linois. 
La  rue,  la  place  et  la  caserne  Uupleix  constituent  une  assez  singu- 
lière oasis  dans  les  solitudes  qui  séparent  le  Champ-de-Mars  du  bou- 
levard de  (irenelle  :  la  caserne  surtout,  avec  son  porche  d'un  autre 
âge,  du  temps  où  il  donnait  accès  aux  chariots  à  fourrages  de  l'abbaye 
de  Sainte-tieneviève,  car  c'était  alors  la  ferme  de  Grenelle. 

jVu  bout  du  boulevard  de  Grenelle  se  terminait  le  Paris  des  fermiers 
généraux,  par  la  barrière  de  la  Cunette  ;  on  en  a  retrouvé  les  fonda- 
tions en  juillet  1896.  Elle  olfrait  cette  particularité  d'être  construite 
sur  la  berge  même  ;  d'ailleurs  elle  ne  servait  guère  qu'à  l'enlrée  des 
marchandises  appoi'tées  par  la  route  lluviale. 

C'est  bien  à  tort  que  l'on  persiste  à  désigner  sous  le  nom  d'allée  dt^s 
Cygnes  ou  d'île  des  Cygnes  la  jetée  longue  de  850  mètres  qui  coupe 
la  Seine  en  deux  bras,  entre  la  jiasserello  de  Passy  (construite  en  1878) 
et  le  pont  de  Grenelle.  L'île  des  Cygnes,  jadis  noiuméi>  île  Maquerelle, 


deux 


dan.'^ 


E.NiKKi-:  M-:  i.iioiMiM,  m:ikkr. 


i.iini'rrM.   iii;s  i: m-ants-m  ai,a  ihcs. 


QUINZIÈME  ARRONDISSEMENT 


lo9 


éti'iit  bien  plus  ni  ;iiiioiil,  .■lu-dcssiis  du  |i(imI  iJi'  lAlrua.  Allfi 
rie  coiii|ilMcnii'ul  «u  1820,  elle  |Miih\  uons  l'avons 
haut,  la  nianul'ailui'e  des  laliai  s  ililc  ilii  (iros-(;aillou.  Quant 
i'i  la  Jetée,  (jue  quelques  docuiiuiils  adjiiinistralil's  nomment 
exaetement  digue  du  Grciwlle,  c'est  une  œuvre  purement  arti- 
ficielle. Elle  date  do  182tj  et  a  <''lé  construite  ]iar  les  entre- 
preneurs d(:  (iiTiiclli-  |Hiui-  ciiiisliliicr  un  port.  I.e  n'ccut 
chemin  de  IVi-  d.-  (;(iu]i  rllrs  au  (  ;li.uiip-di'-.\lars  l'jFaulc  sur 
ses  lianes  soji  double  viaduc. 

Du  même  temps  date  b;  pont  de  Grenelle,  sinon  d.nis 
son  état  actuel,  au  moins  connue  passa^^e  enUr  (ii-riudlr  ri 
Aulouil.   Il  était  en  bois...  <■!  à   [iéai;r.    il, •lait  (duipb'huMiil 
et  pourvu  d'un  tablic-r  iuélalli(|iir  eu  IKT.'i,  il  i-sl,  di  puis  18M'.i, 
orné  de  la  statue  de  la  Liberté  éclairant  le  monde, 
de  Bartlioldi,  réduction  de   l'œuvri'  colossale  qui  est  à  iNew- 
"York.  Il  serait   plus  nornuil    qu'elle    fît   face  à  U   vivière, 
éclairant  de  son  phare  symbolique  ceux  i|ui, 
par  cette  voie,  |)énètrent  dans  la  ville  et  leur 
souhaitant  la  bienvenue;  mais  dans  ces  con- 
ditions,   la    cérémonie    d'inauguration,    que 
présida  Sadi  Carnot,  eût  ressemblé  à  une  l'été 
de  régates;  c'est  ce  que  l'on  voulait  éviter. 
Sur  le  socle  se  lit  cette  inscription  : 

1776-1789 

LA    COLONIE    l'AriISIENNE 

DES    ÉTATS-UNIS    d'aMÉRIQL'E 

A    LA   VILLE    DE    PARIS 

1889 

et  une  belle  parole  du  consul  d'Amérique 
Non   exercilus    neijue    thesawi  prxsidin    rcgni 
sunl,  veruin  ainici  (Ce  ne  sont  ni  les  armées  ni 
les  trésors,  mais  les  amis  qui  sont  les  sou- 
tiens d'un  État). 

Une  piomenade  au  cœur  même  de  Grenelle 
est  d'un  médiocre  attrait  :  les  rues  sont 
tirées  au  cordeau,  mais  sans  relief,  les  mo- 
numents rares. 

L'église,  sous  le  vocabb'  de  Sainl-Jean- 
Baptiste,  date  de  la  fondation  du  village.  La  première  pierre  en  fut      (Arch. 


ST.\TUE   DE    LA    LIBERTE,    par   Bartholu 


Le  centre  de  l'ancienne  commune  «•tait  la  place  de  la 

.Mairie,  aujourd'hui  place  du  Commerce,  décorée  de  deux 

squares  maigrichons;  l'ancienne  mairie,  slyle  1830,  y  est 

toujours;  elle  a  été  convertie  en  Bureau  de  bienfaisance. 

Parmi  les  noms  des  rues,  beaucoup  sont  ceux  des  fon- 

dalouis  du  village  :  Violet,  Fréraicourl,  (jinoux,  Letellier, 

'l'ifdiaitie,  Linois,  amiral  ;  Fondary  fut  maire  de  Vaugirard 

(!(■  1821  à  1830;  Juge,  maire  de  Cren- Ile  de  1831  à  184o. 

i.ourmid  était  général;  Houelb-,  chimiste.   Ajoutons  qu'il 

y  a  deux  rues  du  Théiltre  à  l'aiis  :  l'une  à  Grenelle,  l'autre 

ms  le  XVII"  arrondissement,  celle  dernière  infiniment 

11  impoilaiile,  d'ailleurs. 

Quartier  de  Javel.  —  Il  n'est  pas  un  Parisien  qu'em- 
II  lassi'rait  létymologie  du  nom  de  Javel,  car  il  n'en  est 
ne  connaisse,  au  moins  de  réputation,  Feau 
s  blanchisseurs  font  un  si  copieux  usage,  et  que 
le  dictionnaire  de  Lillré  orthographie  Javelle. 
-Mais  l'eau  a-t-elle  |)ris  le  nom  du  lieu,  ou  le 
lieu  celui  de  l'eau?  La  question  est  plus  dé- 
licate :  en  interrogeant  le  passé,  on  la  résout 
aisément.  Vers  Moi,  l'abbé   Lebeuf  s'expri- 
mait ainsi  :   «  On  voit  aussi  par  les  anciens 
titres     de    .Sainte-Geneviève    que    dans   le 
xin"=  siècle  elle  (la  paroisse  Sainl-Elienne-du-"^ 
Mont)  eut  de  ces  côtés-là  des  prés  dans  un 
canton  ajq)elé  Javet,  qui  peul-èlre  a  donné 
le  nom  au  moulin  de  Javel,  qui  est  un  moulin 
à  vent,  peu  éloigné  de  la  rivière,  et  dont  le 
nom  a  été  corrompu  en  celui  de  Javelle.  » 
Le  «  peut-être  »  de  Lebeuf  se  change  en  cer- 
lilude,  grâce   à  des   documents  moins   an- 
ciens, l.'n  plan  d'.Xuteuil,  d'août  1658  (.\rch. 
nat.,  >'.,  1"  cl.,  n"  12  ,  montre  •■  le  moulin  de 
Javel  »,  et  à  côté  «  la  maison  pour  loger  le 
meunié  ».   Par  acte  du  20  mars  1676,  Chris- 
tine   de    Heurles,   dame  de  Passy,    cédait   à 
l'abbaye  de  Saint-Germain-des-Prés  le  droil 
de  passage  pour  un  bac  établi  à  •<  Javetz,  vis- 
à-vis  .\uteuil  »,  moyennant  300  livres  de  rente 
Q'  1071).  Eulin  notre  plan  de  Vaugirard,  en  1667,  porte 
très  visiblement  Javel,  et  le  chemin  de 
Javel  aboutissant  à  la  rivière,  qui  est  la 
lue  de  Javel  actuelle. 

Maraîchers,  chiffonniers  et  usiniers 
s'en  partagent  maintenant  le  sol.  Dans  la 
partie  voisine  de  Vaugirard,  les  poules 
picorent  tranquillement  dans  les  rues 
ilésertes;  par-dessus  les  murs  bas  s'aper- 
loiveut  des  montagnes  de  fumier  à  l'odeur 
forte ,  destiné  à  recouvrir  les  couches 
de  choux-fleurs  et  autres  denrées  légu-  ■ 
mineuses! 

Le  centre  de  l'agglomération  est 
connu  sous  le  nom  d'île  des  cliifTonniei-s 
cl  Juslilie  bien  cette  dénomination;  le 
bord  de  la  Seine  appartient  à  l'industrie 


LE    NOUVEAU    1>0M    DU    CHEMIN    DE    FER   DE    L'OUEST. 


posée  par  la  duchesse  d'Augoidéiui',  le  '2  srplfuilire  1827. 
Achevée  au  bout  de  cinq  ans,  rlb'  fui  rruiisc  à  la  commune 
par  le  comité  des  enlrepicuriirs,  le  l'i  |iiillet  1.S32. 

C'est  lin  édifice  bien  iiisiguiliaiit,  coiislruil  en  style  de  basi- 
lique. Il  s'y  trouve,  paraîl-il,  un  aulel  du  temps  de  Louis  Xl\', 
que  1.1  l'aliriiiue  de  Nidre-Daïue  avait  mis  au  rancart  riuuiiic 
liii|i  modeste,  en  18(Î5.  l'ii  brocanteur  l'aclicl,!,  le  remit  eu 
état  et  le  vendit  en  1809  au  cm-é  de  Ci-i'iicdli'.  A  la  ei'Ti''uioiiie 
de  la  iiremière  pierre  assistait  .Madi'uioiselle,  tille  du  duc  de 
Berry,  d'où  le  nom  de  rue  MadciiKiisi'lle,  donné  à  raucien  clieuiin 
qui,  sur  le  plan  de  1667,  passe  entre  «  la  Preire  recoquillière  » 
et  (I  la  Noue  ».  Par  un  hommage  analogue  rendu  à  Charles  X, 
fut  bajitisée  la  nie  Suint-Clifiiùs. 


'^Jt'WJ:',tt 


'fct 


^  J]  Il  ■ 


mmu 


,r^i^,-. 


VLK   UENEUALE   DU    LYCEli    DUFiON. 


m 


Paris -ATLAS 


trie.  Là  s"élèvent,  entre  autres,  la  fabrique  municipale  des  pavés  en 
bois,  et  d'importantes  annexes  des  Entrepôts  et  magasins  généraux  de 
la  Viiiette. 

La  rue  de  lu  Convention  traverse  dans  toute  sa  largeur  cette  région 
un  peu  déshéritée:  elle  s'y  est  aisément 
frayé  un  passage  sans  ruiner  la  Ville  en 
expropriations.  L'entreprise,  commencée! 
en  1888,  s'est  achevée  en  1897,  époque  à 
laquelle,  le  13  juillet,  elle  a  été  honorée 
dune  inauguration  présidentielle.  Prolongée 
par  la  rue  de  Vouillé,  à  travers  le  XIV=  arron- 
dissement par  la  rue  d'Alésia  et  dans  le 
XIU"  par  la  rue  de  Tolbiac,  elle  met  en  rap- 
port direct  deux  points  extrêmes  de  Paris  : 
Auteuil  et  Bercy.  Sa  longueur  est  de  2  kilo- 
mètres un  quart. 

Vers  le  milieu  s'élève  l'hôpital  Bouci- 
caut.  inauguré  le  1'^''  décrmlirr  1897  par  !•■ 
président  Félix  Faurc.  A  sa  mort,  b-  8  J'-- 
cemhre  1887,  M"'°  Boucicaul,  directrice  et 
fondatrice  des  magasins  du  Bon  Marché, 
laissait  une  fortune  de  41  millions.  Son 
testament,  d"une  admirable  prévoyance, 
disposait  de  la  majeure  partie  de  cette 
somme  en  faveur  d'oeuvres  de  bienfaisance 
et  confiait  à  l'.Assistance  publique  le  soin 
d'affecter  le  surplus  à  la  consti'uction  d'un 
hôpital  à  Paris.  Plusieurs  années  s'écou- 
lèrent en  négociations.  C'est  seulement  à 
la  tin  de  1892  que  le  jury  du  concours  ou- 
vert pour  cette  construction  entre  tous  les  architectes  français  adopin 
les  plans  de  MM.  Legros  père  et  fils.  Les  travaux  ont  duré  quatre  ans 
et  ont  coûté  plus  de  3  millions.  L'hôpital  contient  cent  cinquante-deux 
lits  seulement. 

Le  pont  Mirabeau,  par  lequel  la  rue  de  la  Conveution  se  prolonge 
vers  .\uliMiil,  a  été  con- 
struit, de  1893  à  1896,  par 
M.  Résal,  ingénieur  en  cluf 
des  ponts  et  chaussées. 
On  lui  a  appliqué  —  c'était 
la  première  fois  à  Paris  — 
le  procédé  des  caissons  à 
air  cniii[iiinié  pour  la  fon- 
ilalinn  di's  piles. 

La  chapelle  Saint- 
Alexandre,  située  rui' 
l.i'online,  iiresque  en  bor- 
dure de  la  rue  de  la  Con- 
vention, mérite  à  peine 
d'être  citée,  tant  elle  est 
humble.  Annexe  de  la  pa- 
roisse de  Grenelle,  elle 
remplace,  depuis  1898, 
une  autre  chapelle  du 
môme  nom,  que  le  perce- 
ment de  la  rue  de  la  Con- 
vention avait  fait  disjia- 
raitre  en  1890. 

Le  quartier  de  Javid 
contient  les  deux  anciens 
cimetières  communaux  di- 
Vaugirard  et  de  Greindle. 
Le  premier  est  situé  pres- 
que àrexlrémilé  delà  rue 
l.ecourbe.    Une    tradilion, 

qui  n'est  pas  sûre,  veut  cpie  la  Clairon  et  le  crilique  L.iliarpe  y  aii'ut 
l'Ié  inhumés.  L'abbé  flaudreau  (ouvrage  riléi  n'en  fait  pas  menlion. 
Il  signale  Fspril  Itousset,  secrétaire  de  l'Académie  <les  Inscriptions, 
le  Cduile  de  lîeaufori,  capitaine  de  cavalerie,  Eléonor  Monlanier  de 
Iti'Ib'iiiont,  évè((ue  de  Sainl-Flour,  et  (juelques  familles  de  Vaugiiard. 
ijiiant  à  l'ancien  cimetière  di'  (Jn-iielb-,  il  s'ouvre  sur  la  iiii-  Sainl- 
Chaib^s,  le  long  de  la  iiic  Cauchy.  Il  ni'  rcnfirini'  aucune  sépulluie 
remarquable. 

De  graruls  travaux  de  voirie  soni,  cb  puis  pru,  pinjctés  pnur  ce  cpiar- 


LE    TIIIÏATRE    DE   GRlîNELLE 


l'AfADE    DE    l.llLPl'llAI,    liOL'ClCAUT. 


lier:  deux  larges  voies  doivent  relier  la  station  de  Grenelle,  l'une  au 
pout  Mirabeau,  l'autre  à  l'église  de  Grenelle  par  le  ijrolongement  de  la 
rue  du  Commerce.  Ces  opérations  seraient  fort  utiles,  mais  il  est  dou- 
teux qu'elles  s'accomplissent  prochainement. 

Le  chemin  de  fer  de  Ceinture  dessert 
h>  W-  nrriindissriuent  par  trois  stations  : 
Ouest-Ceinture  —  où  il  ciurcspond  avec  la 
lii:iic  ib-  Virs;nlli-s — Vaugirard  et  Gre- 
nelle. Entre  Ouest-Ceinture  et  Vaugirard,  la 
ligne  courant  en  tranchée  passe  au  pied  des 
abattoirs  de  la  rive  gauche,  puis  elle  s'en- 
:.M^r  dans  un  tunnel  long  de  330  mètres, 
d'i'ii  ri  le  al  Ici  lit  en  remblai  la  station  de  Vau- 
giiaid.  Le  remblai  se  prolonge  au  delà  et 
per)net  au  voyageur  de  se  faire  une  idée 
exacte  des  maraîchages  de  Javel.  De  l'autre 
côlé,  on  a  une  jolie  vue  sur  Issy  et  le  nou- 
veau champ  de  Mars.  La  station  de  Grenelle 
construite  sur  pilotis  est  d'un  aspect  pitlo- 
rescjue.  Quand  on  l'a  dépassée,  on  aperçoit 
à  gauche  dans  un  joli  fouillis  de  verdure 
le  gentil  sijiuiie  Victor,  la  seule  promenadi' 
dont  jouissent  les  rares  habitants  du  quar 
lier.  Le  remblai  se  transforme  peu  après, 
et  devient  le  viaduc  du  Point-du-Jour.  La 
voie  ferrée  franchit  la  Seine  sur  le  pont  à 
deux  étages  si  justement  célèbre  et  pénètre 
dans  le  Wl"  arrondissement. 

l'n  autre  chemin  de  fer  traverse  les  quar- 
tiers de  Javel  et  de  Grenelle  :  c'est  la  ligne 
dite  comniuui'Uicnl  des  .Moulineaux,  qui  appartient  à  la  Compagnie  de 
l'Ouest.  Créée  en  181)7  [tour  desservir  l'Exposition  universelle,  elle  ne 
s'étendait  alors  qu'entre  Grenelle  et  le  Champ-de-Mars.  Lors  de  l'Expo- 
silion  de  1878,  elle  fut  reliée  par  un  embranchement  à  Grenelle  aux 
voies  de  la  Ceinture  île  façon  que  les  voyageurs  puissent  sans  trans- 

bordenu'nl  elfectuer  le 
Irajet  direct  de  Saint-La- 
zare ou  d'une  gare  de  la 
i'.cinture  au  Champ-de- 
Mars.  Nouvelles  améliora- 
tions en  1889,  la  Compa- 
iiuie  de  l'Ouest  ayant  créé 
sur  la  ligne  de  Paris  à 
\  ersailles  un  embranche- 
uient  qui  se  détache  à 
l'uleaux,  et  par  les  sta- 
linns  de  Suresnes-Long- 
(  lianqis.  le  iiont  de  Sainl- 
Cloud,  le  pont  de  Sèvres, 
Hellevue-Funiculaire ,  le 
lîas-.Meudon,  les  Mouli- 
neaux et  Javel.  rejoinl  la 
ligne  déjà  existante  à  Gre- 


Kiilin,  dernière  Iraus- 
riM-iualiou,  celle-là  gran- 
diose, enlnqirise  en  1897 
111  vue  de  l'Exposition 
(le  1900.  La  lij;ne  est  pro- 
longée jusi|u'à  l'esplanadi" 
des  Invalides  avec  des  hal- 
les nnuvelles  créées  au 
pimt  Miraliean  el  au  pont 
lie  (Irem  Ib'.  D'autre  pari, 
liciis  Paris,  l'Ib'  se  dé- 
la   liuue   des   MiMilineanx, 


laclir',    à  I    kibouèlre  des  l'tirlilicaliulis,  di 

et  par  un  nouveau  (racé  passant  en  souterrain  sous  le  bni 

rejoint  à  Virollay  la  ligne  de  Chartres. 

IJn(!  dernière  ligui'  apparlieni  pour  parlii'  au  XV''  arn 
c'est  celle  de  (U>iirc(dles  au  Champ-de-Mais,  i|ui,  délaihée 
cjuléro  el  Passy  de  celle  de  Paris  à  Auleiiil.  traverse  la  S 
rhissanl,  cnninie  uiois  l'a^iMis  vu,  la  ili::iie  de  Greuell 
soudi-r  an  clieniiu  de  b'C  ib's  Mmilineauv,  un  peu  m  a\.i 
Serelle    de   l'assv. 


d.'  Meuil 

udisscuienl  ; 
•nirele  Tm- 
iiie  en  fran- 
el  vient  se 
I  lie  la  [las- 


-ir-TS^Qj^sf^^csPr-TT^ 


PARIS    -    QUINZIÈME    ARRONDISSEMENT 


'       lia  r 


^Efi* 


""»-"*.. 


■•Sen,- 

"^"'Sfof      '''''^CrrnclTr 


''"f"~ir>„, 


"'     '-^i 


ChcjHes 


Egl  i.'J(;a 
Baptiste 


UsineMunicipale   ,{ 


IVfimfù-nrd-CrmJ"^ 


(51)    ^ 

*?      ''''' 

Ohotinal       % 

1*^  Il 

^                                     fi,rr  ^oràr- 

Ecoles 

i  <^  *X 


^^^^ 


x'y^t*^ 


vi) 


I  '"^^'-''^ôsIlC'' 


^1^ 


PARIS-ATLAS 


15 


PANORAMA    Dr    XVI      AKRONDISSEME.NT   ET    DU    BOIS    DE    BOULOGNE 


^ 


CL 


PAS  s  Y.    —  Gl"-  oiARTiF.n  :  AUTEUR. 
G2°  QUARTIER  :   LA    MUETTE.  —  03=   quartier   :    LA    PORTE- DAUPHIN  E. 


(>\'   QUARTIER    :    CHAILLOT. 


'  iNS  de  300  mrires  de  rivière  à  francliir,  et 
le  décor  a  cliangé  complètement.  D'une  rive 
à  l'autre,  la  physionomie  des  deux  arrondisse- 
ments est  aussi  différente  que  s'ils  étaient  chacun 
h  une  extriMuité  de  la  ville.  Leur  seule  resseni- 
lil.mrc»  csl  d  élre  tous  deux  les  plus  grands  de 
l'aris  ;  le  X\  "  airondissement  a  7-21  hectares,  le 
XV1«,  dit  Passy,  en  a  709,  alors  (juc  le  plus  pelil, 
<|ui  est  le  11°,  n'en  a  que  97. 
Aux  clicminres  (les  usines  ont  succédé  les  massifs  d'arbres;  aux 
pauvres  masures,  de  cociuettes  villas  ou  de  hautes  maisons,  déiioncani, 
parleur  luxe  extérieur,  celui  du  dedans;  aux  rues  populeuses,  des 
voies  tranquilles,  onde  somptueuses  avenues  sillonni'es  d'éqnipni;is. 
Si  l'on  classait  les  arrondissements  de  Paris  dans    l'ordre  île    leur 

P  aius-Atlas. 


richesse  foncière,  le  VIII"  aurait  sans  conteste  la  première  place,  le 
XVI"  disputerait  la  seconde  au  faubourg  Saint-tiermain,  et  l'emporterait 
bien  probablement. 

On  ne  s'étonnera  pas  qu'il  soit  parmi  les  moins  peuplés:  pour  la 
première  fois  en  1890.  il  a  dépassé  le  cliitTre  de  100,000  habitants,  qui 
lui  donne  droit  à  deux  députés.  Il  est  formé  par  les  deux  anciennes 
ciimmunes  d'Auleuil  et  de  Passy  et  la  majeure  partie  de  l'ancien  fau- 
bourg dit  de  la  Conférence  ou  de  Chaillol;  mais,  depuis  trente  ans,  les 
Parisiens  du  centre  viennent  de  plus  en  plus  s'y  lixer,  suivant  la  loi 
générale  d'attraction  vers  l'Ouest.  Molière  et  Boileau  eu  dounaien'. 
l'exemple  il  y  a  deux  cent  cinquante  ans,  et  l'exemple  a  été  bien 
suivi. 

Quartier  d'AuteuiL  —  Une  longue  rue  de  province,  allautde  la  gar^^ 
à  rii;llse   en   passant  par  le  marché,  et  toute   bordée  de  boutiques 

16 


162 


PARIS -ATLAS 


alentour,  de  nombreuses  avenues,  les  unes  droites,  les  autres 
serpentantes,  avec  des  villas  et  de  la  verdure  partout;  quel- 
ques vastes  domaines  bien  clos  et  dont  les  bâtiments  se 
dissimulent  derrière  une  muraille  d'arbres  ;  à  l'horizon,  par 
quelques  échappées,  la  Seine,  le  bois  de  Boulogne,  les  coteaux 
de  Saint-Gloud,  de  Meudon,  et  plus  près,  celui  de  Passy  :  voilà 
Auteuil. 

jS'étaient  la  corne  du  tramway,  le  chapeau  ciré  des  cochers 
de  fiacre,  on  s'y  croirait  très  loin  de  Paris,  dans  quelqu'une 
de  ces  grosses  sous-préfectures  où  l'industrie  est  inconnue  et 
dont  le  tranquille  charme  retient  les  commerçants  qui  «  se 
sont  retirés  »,  les  officiers  qui  ont  fait  leur  temps.  La  colonie 
parisienne  d'Auteuil  est  ainsi  composée  de  gens  paisibles  par 
profession  ou  par  goût,  écrivains,  artistes,  rentiers,  familles 
riches  qui  peuvent  ne  pas  mesurer  à  leurs  enfants  le  terrain 
des  joyeux  ébats. 

L'étymologie  du  nom  d'Auteuil  demeure  indécise  ;  cependant 
les  formes  AUogilum,  Allolium,  où  l'on  retrouve  sans  peine  le 
mot  latin  aUus  permettent  de  proposer  cette  traduction  :  loca- 
lité sise  sur  une  hauteur  ;  et  l'état  du  sol  aux  abords  de  l'église, 
où  fut  l'origine  de  l'agglomération,  n'y  contredit  pas.  Com- 
ment, au  commencement  du  xn'  siècle,  l'abbaye  normande  du 
Bec  possédait-elle  des  terres  en  ce  lieu,  c'est  ce  qu'il  serait 
difficile  d'expliquer;  mais  il  est  certain  qu'en  1110,  l'abbaye 
très  parisienne  de  Sainte-Geneviève  les  lui  acheta  et  que, 
jusqu'à  la  Révolution,  elle  y  exerça  tous  les  privilèges  de  la 
seigneurie  et  de  la  haute,  moyenne  et  basse  justice.  Vers  le 
même  temps  fut  fondée  la  paroisse,  dont  les  bâtiments  de  style  roman 
n'ont  disparu  qu'il  y  a  vingt  ans,  au  grand  regret  des  archéologues, 
pour  faire  place  à  l'édifice  actuel. 

11  n'est  pas  très  difficile  de  reconstituer  le  plan  de  l'ancien  Auteuil, 
au  temps  de  François  \",  par  exemple.  Des  bords  de  la  Seine,  à  hauteur 
du  pont  Mirabeau,  un  chemin  s'élevait  à  travers  les  terres  jusqu'à  l'église 
située  là  où  elle  est  encore  maintenant;  devant  cet  édifice,  le  cime- 
tière ;  à  gauche,  l'hôtel  seigneurial  de  Sainte-Geneviève,  que  la  maison 
Chardon-Lagache  représente  aujourd'hui  ;  de  l'église  à  la  porte  du  Dois, 
une  rue  tortueuse,  la  seule  alors  habitée,  la  grande  rue,  actuellement 
rue  d'Auteuil.  La  vigne,  les  champs,  la  culture  maraîchère  occupaient 
tout  le  reste  du  territoire. 

Les  pièces  d'archives  fournissent  la  plupart  des  vieux  noms  que  por- 
taient ces  terres  :  c'étaient,  du  côté  des  rues  Mozart  et  Raffet,  les 
Nérottes,  les  Fontis,  la  Cure  ;  plus  à  droite,  les  Fontaines,  la  Tuilerie, 
les  Glizières,  le  Pré  aux  Chevaux;  au  contre  même,  les  Perchamps  ; 
verslePoiiit-du-Jour,  les  Calibres,  les  Guêtres,  Sous  les  Clos.  Plusieurs 
de  ces  lieux-dits  se  sont  transmis  jusqu'à  nous  sous  forme  de  noms  de 
rues:  les  rues  des  Perchamps,  de  la  Cure,  des  Fontis  ont  donc  pour 
ùiii;iiie  une  diMiumination  terriluriale  qui  date  au  nmins  du  w'  siècle. 


i.ii  vi.ujli;  m;  J'oi.m  uu  julu 


LE  CHEMIN  DE  FER  DE  CEINTURE.  A  AUTEUIL. 

A  l'intersection  des  rues  d'Auteuil  et  La  Fontaine  (place  du  Marché', 
se  trouvait  une  fontaine  ;  aussi,  l'une  des  deux  voies  qui  y  conduisaient 
s'appelait-elle  rue  de  la  Fontaine;  un  calembour  administratif  l'a 
débaptisée  en  l'honneur  de  l'illustre  fabuliste,  et  c'est  pour  cela  que 
les  plaques  émaillées  portent  aujourd'hui  :  rue  La  Fontaine. 

Ces  vastes  espaces  ne  se  sont  bâtis  ([ue  lentemenl,  comme  à  regret. 
11  y  a  vingt  ans,  sauf  les  agglomérations  qui  bordent  les  rues  d'.Xuteuil, 
La  Fontaine  et  Boileau,  c'était  la  camjiagne  encore;  aujourd'hvii,  la 
fièvre  de  construire  y  sévit  comme  ailleurs;  demain,  le  dernier  champ 
d'Auteuil  ne  sera  plus  qu'un  souvenir... 

Bien  plus  considérable  jadis  ([ue  maintenant,  puisqu'elle  s'étendait 
jusqu'en  face  d'issy,  absorbant  Billancourt  parmi  ses  écarts,  la  paroisse 
d'Auteuil  fut  érigée  en  municipalité  par  la  Révolution,  à  la  fin  de 
l'année  1789  ;  avec  Passy  cl  Boulogne,  elle  constitua  un  canton  dont  le 
chef-lieu  était  Passy.  En  l'an  VIII,  lorsque  les  cantons  furent  riMnaniés 
elles  sous-préfectures  créées,  .\uleuil  fit  partie  de  rarrnndissenient  de 
Saint-Denis  et  du  canton  de  Xeuilly.  Ce  fut  une  commune  heureuse, 
vivant  de  ses  propres  ressources  et  faisant  peu  de  bruit  dans  le  monde. 
On  peut  en  juger  par  la  lecture  de  ses  annales,  que  feu  .Vdolphe  de 
Fcuardent  a  eu  le  loisir  de  rédiger,  encore  qu'il  fût  le  si>ul  inslituleur 
pulilic  de  la  commune. 

Vers  1840,  Auteuil  n'avail  pas  vu 
sans  ennui  s'élever  au  travers  de 
son  territoire  les  fortifications  ima- 
ginées par  M.  Tliiers  :  la  simplicité 
des  champs  s'accommode  mal  de 
l'appareil  militaire.  Celait  le  pré- 
lude de  l'annexion  qui  devait  se 
consommer  sous  l'Empire. 

Au  reste,  lorsque  les  officiers  mu- 
nicipaux furent  Cdusullés,  jinur  la 
l'nrme,  en  1859,  sur  l'ulilili'  d'iiKor- 
pun  r  Auli'Uil  à  Paris,  ils  s'em|)res- 
m'i'i'iiI  d'élrc  de  l'avis  du  pi'éfet 
ll;Mi>Niii,iini,  et,  le  l'^r  janvier  18l)U, 
se  réveillèrent  l'arisiens,  eux  et 
leurs  administrés  de  la  veille.  De 
t(Uiles  les  comiiiunes  annexées  à 
Paris,  Auteuil  était  la  seule  diuil  le 
lerritiiire  ne  vînt  pas  afileurer  les 
anciennes  barrières,  dimt  le  tracé 
est  représenté  par  les  Imulevards 
extérieurs;  jusqu'alors,  l'assy  \'v\\ 
séparait,  semblant  vouloir  la  pro- 
|éi.'er  contie  les  ennuis  d'un  viii>i- 
nage  iiop  bruyanl. 

Les  limites  ailmini>lralives  du 
nouveau  (juartier  sont  (b-meurées 
ee  (|u'elles  éljiient  il  y  a  vingl-ciiiq 
ans  :  le  milieu  de  la  Si'ine,  depuis 
le  puni  (le  (ii'etielli' jusipià  liailli'Ur 
des  l'orlillcalions;   |i;s  loililicallons 


SEIZIEME    AUJiO.NDISSE.MEN  1 


163 


jusqu'à  la  portft  do  Passy  ;  unn  ligne  idc'ale  joignant  cftlo  porti; 
à  la  rue  de  rAssoniplion  ;  les  rues  de  l'Assomption  et  de  Bou- 
lainvilliers  jusqu'au  milieu  du  pont  de  Grenelle.  Si  donc  l'on 
vient  do  Paris  parles  quais  de  la  rive  droite,  c'est  en  l'ace  de 
ce  pont  que  l'on  pénitro  dans  Auteuil,  à  0  kilomètres  de  Xotre- 
Danie.  L'avenue  de  Versailles  s'offre   à   nous  ;   c'est  la  roule 
nationale  n"  10  do  Paris  à  Hayonne,  par  Versailles,  Chartres  et 
Bordeaux.  En  dépit  des  tramways  qui  la  sillonnent  sans  cesse, 
elle  n'a  plus   l'animation  de  jadis,  alors 
que  la  ciiur  était  à  Versailles  et  que  d'in- 
nombrables   carrosses    y    menaient    des 
visiteurs  plus  innombrables  encore. 

Cinq  cents  mètres  au  delà  d'une  série 
de  chantiers  et  d'usines  qui  n'ont  rii'U 
de  réjouissant  pour  l'œil,  on  renconlir 
à  droite  de  vastes  bdtimcnts  à  la  facidr 
desquels  se  lit  celte  inscription  :  a  dii;u 

DANS  SES  PAUVRES.  —  UOSPITALriÉ  DU  TRAVAIL 

POUR  LES  femmes;  cl,  au-dessus  de  la  porte 
voisine  :  fondation  i.aublspjn. 

C'est,  pour  les  ouvrières  et  ouvriers 
sans  emploi,  l'asile  de  quelques  jours 
que  leur  offre  la  charité;  chaque  pen- 
sionnaire est  réparti  dans  l'atelier  que 
désignent  ses  aptitudes;  en  échange  du 
travail  qu'il  a  produit,  un  salaire  lui  est 
donné,  sur  lequel  les  dépenses  très  mi- 
nimes de  la  nourriture,  taxées  au  meil- 
leur compte  possible,  lui  laissent  quel- 
que bénéfice;  beaucoup  ont  appris  là  un 
métier. 

Quelques  pas  plus  loin,  un  carrefour 
verdoyant  forme  l'entrée  des  rues  Mira-  ^q 

beau  et  de  Rémusat  et  le  débouché  du 
pont  Mirabeau.  La  chaussée  de  ce  pont 

porte  le  nom  de  Benjamin- Godard.  Nous  aurions  préféré  qu 
laissât  celui  de  la   Galiole,   en   souvenir  des  bateaux 
ainsi   nommés    qui   avaient    là   leur  débarcadère. 

En  continuant  de  suivre  l'avenue  de  Versailles,  après 
avoir  côtoyé  à  droite  le  magnifique  parc  de  Sainte- 
Périne,  on  arrive  au  Point-du-Jour.  Une  historiette  ré- 
pétée partout  expliquerait  ainsi  cette  dénomination  : 
en  1748,  deux  courtisans,  le  prince  de  Bombes  et  le 
comte  de  Coigny,  s'étant  pris  de  querelle  à  la  cour, 
devant  le  roi  lui-même,  auraient  décidé  de  se  battre  sur 
le  chemin  de  Versailles,  le  lendemain  matin,  au  point  du 
jour.  Il  est  parfaitement  réel  que  le  comte  de  Coignv 
trouva  la  mort  dans  celte  rencontre;  mais  le  lieu  s'appe- 
lait depuis  longtemps  déjà  le  Point-du-Jour;  il  est  ainsi 
dénommé  sur  le  plan  de  Roussel  qui  date  de  173U; 
avant,  c'était  «  le  Petit  Versailles»  ou  «  Sous  les  Clos  ■■. 

Il  ne  se  réclame  de  l'histoire,  après  le  duel  de   1748, 


LISE   DAUTEUIL 


que  pour  rappeler  les  tristes  souvenirs  de  1870-1871.  Durant  le 
siège  de  Paris,  une  pluie  d'obus  s'y  abattit,  metL-inl  on  fuite  les 
habitants,  détruisant  les  maisons;  il  en  fut  de  nièiue  pendant  la 
Commune,  mais  celte  fois,  hélas!  c'étaient  des  obus  français.  —  La 
délivrance  vinlaux  Parisiens  par  ce  c6té-là.  Oé»  le  18  mai,  Tarmé'- 
de  Versailles  s'était  approchée  très  près  des  remparts  ;  ses  canons, 
postés  au  parc  des  Princes,  allaient  battre  en  brèche  le  mur  d'en- 
ceinte; plusieurs  sorties  sanglantes  avaient  eu  lieu  entre  la  porto 
d'Autouil    et    celle    de   Saint-Cloud,    L- 
21  mai, vers  la  fin  de  lajournée  —  c'élaitun 
dimanche  —  Ducatel,  piqueur  des  travaux 
de  la  Ville,  se  rendit  compte  que  la  porte 
du  bord  de  l'eau  était  à  peine  défendue;  il 
fit  un  signe  aux  avant-postes  versaillais,  f-i 
peu  après,  tout  un  corps  d'armée  pénétrai  i . 
traversait  les  ruines  du  Point-du-Jour  ■•• 
s'avançait  jusqu'au    pied    du    Trocadéro 
sans  rencontrer  de  résistance. 

Le  viaduc  du  Point-du-Jour  est  un 
des  [dus  remarquables  monuments  de 
Paris.  Les  Romains  ne  l'auraient  pas  re- 
nié. Construit  en  186-^1866,  sur  les  plans 
de  l'ingénieur  de  Bassompierre,  il  n'a  pa~ 
coûté  moins  de  sept  millions,  entre  .\ii 
leuil  el  Crénelle.  L'œuvre  est  grandios. 
surtout  au-dessus  de  la  Seine,  où  le  viadii 
se  transforme  en  pont-viaduc,  sur  uu- 
longueur  de  175 mètres;  cinq  arches  lais- 
sent passage  au  (leuve;  quarante  et  xitr 
arches  s'y  superposent,  sur  lesquelles  Os' 
établie  la  voie  du  chemin  de  fer;  uir 
chaussée,  large  de  31  mètres,  sert  d- 
route  aux  voilures  et  aux  piétons. 

De  là,  vei-s  quelque   point  de  l'horizon 
que  l'on    se    tourne,  lu  vue    est  admi- 
rable, si  bien  que  le  monument  procure  aux  yeux  un  double  plaisir. 


l.A    rVRAiMII'K    IIIO    nAOUESSEAU. 


maison   de  SAI.NTE-PÉUINE. 


La  rur  Builcau  n'a  guère  changé  do  physionomie  depuis 
le  Ifuips  où  l'aulour  thi  Lutrin  l'habilail;  c'est  la  plus 
paisible  voie  de  province  que  l'on  puisse  imaginer.  Des 
documents  indubitables  perrnollent  d'affirmer  que  la 
maison  de  Boileau  correspond  au  n^SG  actuel.  Il  l'avait 
payée  8,000  livres  en  1683:  un  do  ses  familiers,  l'abbé 
Legendre,  qui  y  vint  en  1092,  dit  qu'elle  n'était  ni 
belle  ni  laido.  ..  Le  jardin,  sans  élre  soigné,  ne  laissoit 
pas  d'élro  agréable;  la  vue  on  osl  charmante.  L'appar- 
tement du  poêle  éloil  d'un  négligé  cynique;  lu  salle  à 
recevoir  le  monde  éloil  un  pou  arrangée.  11  y  avoit  sur 
la  cheminée  un  portrait  vivant  do  Chiisliue  de  Suèdi  . 
.A.u-dossus  d'une  vieille  borgame  dont  coite  salle  éto 
tapissée,  éloient  dos  portraits  d'imagination,  repi-ésen- 
tant  Timon  le  misanthrope,  Ménippe,  Lucilius,  Horace, 
Perso,  Juvénal,  Régnier,  chanoine  deCharlies,  et  auli-es 
aïeux  satiriques  du  maître  de  la  maison. '> 


164 


PARTS -ATLAS 


On  ne  sait  pourquoi  Boileau  se  défit  de  ce  logis  en  1709,  deux  ans 
avant  sa  mort;  l'âge,  sans  doute,  lui  rendait  peu  agréable  le  si\jour  de 
la  campagne;  il  le  vendit  6,000  livres,  plus  2,000  livres  pour  les 
meubles  et  tableaux,  à  un  sieur  Pierre  Le  Verrier.  Par  la  suite,  la 
maison  appartint  à  un  médecin  fort  célèbre  vers  1740,  Gendron.  Voltaire 
étant  venu  le  voir,  com- 
posa, en  l'honneur  des 
deux  plus  illustres  habi- 
tants de  la  propriété, 
cet  aimable  quatrain  : 

C'est  ici  le  vrai  Parnasso 
Des  vrais  enl'aiits  d'Apollon. 
Sous  le  nom  de  Boileau,  ces 
[lieux  viient  Horace. 
Esculape  y  parait  sous  celui 
[de  Gendron. 

Il  s'en  faut,  du  reste, 
que  Voltaire  ait  été  émer- 
veillé de  son  pèlerinage. 
Revenu,  peu  après,  à  ses 
chères  Délices,  il  écri- 
vait à  l'un  de  ses  amis, 
le  1(5  mai  1757  :  «...  Vous 
savez,  d'ailleurs,  qu'on 
n'est  pas  oisif  pour  être 
campagnard  ;  il  vaut  bien 
autant  ])lantcr  des  arbres 
que  faire  des  vers.  Je 
n'adresse  pas  d'épîlres 
à  mon  jardin ier.\ntoine, 
mais  j'ai  assurément  une 
plus  jolie  campagne  que 
Boileau,  et  ce  n'est  point 
la  fermière  qui  ordonne 

nos  soupers.  J'ai  eu  la  curiosité  aulrefuis  de  voir  celle  maison  de  Boi- 
leau :  cela  avait  l'uir  d'un  fort  vilain  petit  cabaret  borgne;  aussi  Des- 
préaux s'en  délîl,  et  je  me  llatte  que  je  garderai  toujours  mes  Délices.  » 

A  Auteuil,  les  habitations  de  Molière  et  de  Boileau  furent  voisines, 
mais  eux  ne  voisinèrent  pas,  car  Boileau  ne  vint  babil er  notre  village 
que  douze  ans  après  la  mort  de  l'auteur  à\i  Malade  imaginaire.  Où  était 
située  la  maison  de  Molière'?  On  se  l'est  longtemps  demandé,  et  il  a  fallu 
de  patientes  investigations  à  travers  les  archives  i)our  rencontrer  une 
cerliludeà  peu  près  incontestable.  Ce  n'est  donc  ni  au  "  Coin  Molière  », 
enseigne  de  cabaret  sur  la  route  de  Versailles,  à  la  (ialiote,  ni  devant 
le  c(  Pavillon  Molière  »,écriteau  annonçant  des  terrains  à  vendre  dans 
la  rue  Rémusat,  qu'il  vous  faut  chercher  l'emplacement  de  la  maison 
qu'liabila  Molière,  mais  bien  sur  la  place  de  l'église,  à  droite,  où  une 
grande  bâtisse  très  neuve,  sise  au  n°  2  de  la  rue  d'.Vuteuii,  à  l'angle 
de  la  rue  Théophile-Gautier,  porte  l'inscription  oflicielle  de  la  Mlle  : 

ICI  s'ixiiVArr  une  maiso.\  de  campagne 

HABITÉE    l'Ali    MOLIÈRE    VERS    1667. 

Ce  lieu  s'appelait  alors   le  fief  Baudoin,  et  les  religieux  de  Sainte- 


UN    COIN    DE    LA    VILLA    MONTMORENCY. 


Geneviève  l'avaient,  en  1635,  acheté  à  damoiselle  Marie  de  Rechechouard 
de  Chandenier.  Ils  n'étaient  pourtant  qu'indirectement  les  proprié- 
taires de  Molière,  car  les  actes  retrouvés  attestent  que  ce  dernier  eut 
afiaire,  pour  la  location,  à  un  certain  sieur  de  Beaufort.  Voici  l'état  de 
l'habitation,  telle  que  l'indique  le  bail  :  «  Un  grand  corps  de  logis  qui 

a  vue  sur  le  jardin  dudit 
bailleur,  et  consistant  en 
une  cuisine  et  office  à 
eosté  sous  terre,  une 
salle  au-dessus  de  la  cui- 
sine —  une  salle,  une 
chambre,  cabinet  et  an- 
tichambre au  premier 
estage  —  e  t  sur  la  montée 
un  cabinet  entre  le  pre- 
mier et  le  deuxiesme 
estage  —  et  au  deuxies- 
me estage  deux  cham- 
bres —  une  escurye  à 
mettre  six  chevaux  — 
une  remise  de  carrosse 
dans  la  grange  du  bail- 
leur pour  le  preneur  et 
madame  sa  femme,  et 
une  moyenne  chambre 
basse,  et  le  grenier  au- 
dessus,  attenant  à  l'es- 
curye.  »  11  paraît  que 
Molière  renonça  au  bé- 
néfice de  l'écurie  et  de 
la  remise;  aussi  ne 
payait- il,  au  lieu  de 
550  livres,  qu'un  loyer 
de  400  livres  par  an, 
à  4  000  francs  au  moins, 
anecdote  du  fameux 


ASl'ECT   DE    LA    COLI,IMC    DE    l'A.S.SV,    VUE    DE    LA    lUVE   OAUCIl 


somme  élevée,  car  elle  correspond  pciur  m 

Aux  séjours  de  Molière  à  Auteuil  se  rattache 
souper,  thème  de  narration  sur  lequel  ont  pâli  tous  nos  lycéens. 
N'est-ce  qu'un  motif  à  dissertation,  ou  le  faita-t-il  réellement  eu  lieu? 
La  dernière  hypothèse  est  à  peu  près  prouvée,  dit-on.  .Vcceptons  donc 
pour  vrai  qu'après  avoir  festoyé  plus  que  de  raison  chez  .Midière,  ses 
convives,  au  nombre  desquels  était  le  grave  Boileau,  fiuinèrent  le 
projet  d'en  finir  avec  la  vie  et  d'aller  sur  l'heure  se  jeter  dans  la  rivière. 
Le  vin  inspirc-t-il  d'habitude  des  résolutions  aussi  sombres"?  C'est  par 
là  que  l'historiette  nous  semble  un  peu  suspecte.  La  santé  fragile  de 
Molière  lui  commandait  la  sobriété;  avec  tout  son  sang-froid  il  parut 
partager  les  sentiments  de  ses  amis  et  vouloir  faire  comme  eux;  mais 
il  leur  exposa  que  le  mérite  d'une  telle  action  serait  bien  plus  éclatant 
si  elle  se  ])roduisail  au  grand  jour;  aussi  leur  conseilla-t-il  d'attendre 
au  lendemain.  Le  sommeil  ramena  le  bons  sens  et  la  Gazelle  n'eut  pas 
à  enregistrer  un  lamentable  fait  divers. 

L'église.  —  tju'on  n'attende  pas  de  nous  l'expression  d'un  enthou- 
siasnuî  iniinodéré  en  présence  de  ce  monument  bizaire.  l'ne  masse 
énorme  de  pierres  de  taille  couronnée  par  un  clocher  de  pagode,  cela 
ne  saurait  être  pris  pour  l'idéal  du  bi'au, 
el  M.  \aiidremer  a  été  souvent  bien 
mieux  inspiré,  ne  fût-ce  qu'à  Sainl- 
l'ierre-de-Montrouge.  .\u  reste,  en  ma- 
tière d'églises,  Alcesle  aurait  tr<qi  de 
raisons  de  dir(!  aujourd'hui  ce  i|u'il  pen- 
sait des  chanscms  de  son  Irnips  : 

Le  médianlsfoùl  (lu  siècle  eu  cela  uie  l'ait  peur; 
Nos  pères,  tout  grossière,  l'avaieut  beaucoup 
[uieilh'ur. 

('.Duiliirii  leur  église  du  xii" siècle,  avec 

s Imlici-  tiiul  simple,  ipii  ne  dépassait 

^ui're  le  haut  des  ai'bres  dalentulir,  était 
plus  aimable  à  voir  que  ci'tle  grande  et 
froide  InrliuTsse!  Malliciireusemenl  elle 
ln]ul>.iil  rii  rulni'.  r'I  il  l'allut  la  démniir. 
l,i->  arclM-iilnuucs  avaii'ul  demaiulé  gr.lee, 
mais  l'ii  vain,  p<uir  li'  rhiiher  muian. 
La  premièri'  pierre  du  nnu\el  édilire  a 
été  pn>ée  eu  juillet  1877. 

lui  l'ai-e  de  l'église,  une  pyramide  m- 
rupe  le  milieu  i\v  la  place;  (■e^l  ce  qui 
nsle  du  nidliument  des  d'Agues>eau, 
painissiiMis  d'Auleuil  avant  la  Ri'VDluliim 
el  iidiuuiés  d,iii>  le  eimetièic'  ipii.  suivant 
l'Ii.ilutude    il.iulivtnis,     était    atli-naut  à 


SEIZIEME   ARRO.NDISSEMENT 


165 


l'église.  En  1793,  la  pyraiiiiih;  fut  renversée  adminislrativeinent;  ell.-  .1 
été  relevée  en  l'an  IX,  non  moins  administrativemenl,  el  les  auloril'  - 
locales  prononcèrent  alors  de  belles  paroles  qui  ont  été  recueillies. 

Sur  la  môme  place  encore,  àTangle  des  rues  Wilhem  et  du  Point-dn- 
Jour,  s'ouvre  une  vaste  propriété  oii  était  jadis  l'hôtel  seigneurial  des 
abbés  de  Sainte-fienevièvo  et  le  siège  de  leur  haute  justice.  C'est 
aujourd'hui  —  depuis  1803,  —  la  maison  de  retraite  Chardon-La- 
gàche,  maison  de  retraite  ouverte  aux  viinliards  des  deux  sexes  jiar  la 
libéralité  de  deux  riches  habitants  d'Auteuil,  .M.  et  M-""  Chardon-La- 
gache,  qui  confièrent  à  l'Assistance  publique  le  soin  de  l'adminis- 
trer. N'y  entre  pas  qui  veut,  et  les  conditions  d'admission  sont 
passablement  rigoureuses.  Outre  les  garanties  nécessaires  de  probité, 

la  question  d'àgf' 
(60  ans  au  moins), 
l'absence  justifiée  di' 
toute  maladie  incu- 
rable —  autre  que 
la  vieillesse,  les  «  ad- 
ministrés >i  célilia- 
taires  doivent  paym 
une  pension  a  n  - 
nuelle  de  300  francs 
et  verser  en  entrant , 
une  fois  pour  toutes, 
200  francs;  ils  sont 
logés  en  dortoirs  et 
nourris  au  réfec- 
toire. Pour  les  mé- 
nages, qui  occupent 
des  chambres  parti- 
culières, le  prix  de 
la  pension  est  de 
1,300  francs  à  la 
condition  de  fournir 
un  mobilier  dont  le 
minimum  est  réglé 
par  l'administration. 
11  est  vrai  qu'ils  re- 
çoivent des  <i  presta- 
tions »  ;  l'énuméra- 
tion  en  est  curieuse  : 
5  francs  en  argent 
tous  les  dix  jours  ;  33  décagrammes  de  pain  par  jour  pour  les 
hommes,  50  pour  les  femmes;  30  centilitres  de  vin  par  jour;  30  déca- 
grammes de  viande  crue  chaque  samedi;  2  stères  de  bois  et  4  hecto- 
litres de  charbon  de  bois  par  an  et  par  époux... 

Et  pour  tous  les  retraités  du  travail,  petits  employés  ou  petits 
ouvriers,  assez  économes  pour  avoir  su  «  mettre  de  côté  »  quelques 
centaines  de  francs  de  rente,  quel  beau  jour  que  celui  de  l'entrée  à 
«  Chardon!  ». 

La  maison  de  Sainte-Périne  a  eu  de  très  curieuses  vicissitudes. 
Au  xvu'  siècle,  existait  à  Compiègne  une  abbaye  de  femmes  sous  le 
vocable  de  Sainte-Périne.  Sous  Louis  XIV,  elle  fut  trans- 
férée à  Paris,  à  la  Villette,  et,  sous  Louis  XV,  dans  la  rue 
de  Chaillot.  C'est  là  que  la  Révolution  l'expropria  et 
que  dans  ses  bâtiments  inoccupés  fut  fondé,  en  1806, 
un  asile  pour  la  vieillesse.  Le  percement  de  l'avenue 
Marceau  nécessita  une  nouvelle  expropriation;  c'est 
aloi's,  en  1838,  que  fut  acquis  le  beau  domaine  d'Auteuil. 
Tout  avait  changé  à  travers  les  siècles,  le  but  de  l'in- 
stitution et  son  siège;  seul,  le  nom  lui  est  resté  fidèle. 
Ici,  comme  à  Chardon-Lagache,  les  pensionnaires 
doivent  être  âgés  d'au  moins  soixante  ans;  mais  pour 
eux,  ce  mot  malsonnant  d'  «  administrés  »  n'est  pas  en 
usage;  quand  les  formalités  d'admission  ont  été  rem- 
plies, qu'ils  ont  justifié  de  pouvoir  acquitter  une  pen- 
sion annuelle  de  1,300  francs  et  de  posséder,  en  outre, 
une  rente  de  600  francs  devant  faire  face  aux  dépenses 
d'habillement,  de  chauflage  et  d'éclairage,  ce  sont 
réellement  des  voyageurs  fixés  dans  quelque  bel  hôtel, 
■où  chacun  agit  à  sa  fantaisie  et  retrouve  à  l'heure  des 
repas  ses  voisins  de  table  d'hôte. 

C'est  là,  pour  des  vieillards  restés  seuls  dans  la  \\i: 
à  l'âge  où  la  solitude  est  si  triste,  une  existence  en- 
viable, heureuse  entre  toutes.  A  ceux  qui  voudraient 
la  mieux  connaître,  nous  nous  garderons  de  recom- 
mander le  roman  de  Champlloury,  Les  Amoureux  de 
Sainle-Pétine :  on  ne  saurait  imaginer  rien  de  plus 
fade  ni  de  plus  médiocre. 

Pauis-Atla=. 


LA    M.\ISON    DES    CONCOURT. 


i:rc,i.:-:    1 1:  \  n -baptisti-;-.sa  v. 


Dans  l'enclos  même  de  Sainle-Péi  ine.  av.i  «nlrée  sur  la  rue  Mira- 
beau, sont  les  bâtiments  de  la  Fondation  Rossini,  maison  de  retraite 
créée,  comme  son  nom  l'indique,  par  le  testament  de  Hossini  pour  les 
chanteurs  italiens  et  français  vieillis,  pauvres,  ou  atteints  de  maladies 
incurables  —  noble  pensée  du  grand  artiste  de  mettre  une  part  de  sa 
fortune  au  profit  de  ceux  qui  avaient  servi  sa  gloire. 

Non  loin  de  là,  rue  Molitor,  est  située  l'École  normale  d'institu- 
teurs pour  le  département  de  la  Seine.  Un  mur  mitoyen  la  sé[iare  de 
l'École  Jean-Baptiste-Say,  dont  l'entrée  principale  est  rue  d'.\uleuil, 
au  fond  d'une  toute  petite  place  à  l'allure  provinciale.  C'est  une  école 
primaire  supérieure  de  la  Ville  de  Paris,  fondée  en  1873  pour  les 
jeunes  gens  qui  se  destinent  aux  carrières  du  commerce  ou  de  l'indus- 
trie. En  1900,  y  ont  été  inaugurées  d'importantes  constructions  en 
façade  sur  la  rue  Chardon-Lagache. 

La  rue  d'Auteuil  appartient  aujourd'hui  aux  boutiquiers.  Il  faut 
arriver  à  la  place  que  l'on  appelait  jadis  le  carrefour  de  la  Fontaine, 
pour  y  retrouver  des  vestiges  du  passé.  Au  n"  43,  vous  remarquerez 
une  jolie  maison  du  siècle  dernier,  dont  les  trois  façades,  corps  de 
logis  et  deux  pavillons  latéraux,  montrent  de  délicates  sculptures;  ce 
fut  la  demeure  des  demoiselles  de  Verrières,  deux  sœurs  amies  des 
Muses,  chez  qui  fréquentaient  Collé,  Colardeau  el  autres  beaux  esprits 
du  temps  de  Louis  XV. 

Au  delà  de  la  rue  Michel-Ange,  la  maison  qui  porte  le  n°  59  a  une 
bien  autre  histoire,  où  se  mêlent  les  souvenirs  aimables  et  les  événe- 
ments tragiques.  On  en  connaît  les  propriétaires,  presque  tous  illus- 
tres par  quelque  côté,  depuis  1770.  Ce  fut  d'abord  le  peintre  célèbi' 


ÉCOLE    NORMALE    DIN  SÏITUTEU  RS   DE    LA   SEINE. 


16. 


Î66 


PARIS -ATLAS 


Quentin  de  La  Tour,  pastelliste  ordinaire  du  roi,  qui,  deux  ans  après, 
la  vendit  30,000  livres  à  M""»  Helvétius,  déjà  veuve  alors  du  philosophe 
encvclopédiste  et  économiste,  l'ami  de  tous  les  hommes  illustres 
du  dernier  siècle.  M.  A.  Guillois,  dans  son  livre  sur  le  Salon  de 
M""  Helvéliits,  nous  transporte  dans  ce  milieu  charmant  :  «  La 
propriété  était  située  tout  près  de  la  Croix-Boissière,  en  face  de  la 
fontaine  dont  Teau  était  si 
salubre  que  le  roi,  dans  ses 
voyages  à  la  Muette,  ne  vou- 
lait pas  en  boire  d'autre;  elle 
portait  alors  le  n°  24  de  la 
Grande-Rue  du  village.  A  gau- 
che, elle  tenait  au  jardin  du 
roi,  à  droite  à  M.  Chomel, 
notaire  à  Paris;  par  derrière, 
elle  avait,  sur  la  ruelle  des 
Processions,  une  sortie  qui 
permettait  de  gagner  directe- 
ment le  Point-du-Jour  et  la 
campagne.  »  C'est  là  que  vécut 
désormais  cette  femme  aima- 
ble et  bonne,  que  l'on  appela 
dès  lors  i<  la  Notre-Dame 
d'Auteuil  »,  entourée  jusqu'à 
sa  mort,  qui  eut  lieu  en  1800, 
des  amis  les  plus  fidèles,  des 
esprits  les  plus  brillants  : 
Condorcet,  Chamfort,  Bouf- 
flers,  Morellet,  Turgot,  Caba- 
nis et  tant  d'autres. 

On  l'enterra,  suivant  sa 
volonté  formelle,  dans  le  jar- 
din de  sa  maison  ;  mais,  plus 
tard,  ses  successeurs  dans  la 
propriété  la  firent  exhumer 
et  transporter  au   cimetière 

de  la  rue  Michel-.\nge,  où  elle  se  retrouve  voisine  encore  de  plusieurs 
des  grands  hommes  qui  l'avaient  connue  et  aimée. 

Durant  le  second  empire,  la  maison  de  M"""  Helvétius  fut  acquise  par 
le  prince  Pierre  Bonaparte,  cousin  germain  de  Napoléon  III.  Elle  allait 
devenir  le  théâtre  d'un  événement  fort  dramatique,  en  lui-même  et  par 
les  conséquences  morales  qu'il  eut.  Le  prince  était  constamment  mêlé  à 
des  polémiques  de  presse,  dont  la  violence  sans  cesse  croissante  devait 
fatalement  aboutir  à  quelque  rencontre  sérieuse.  Le  10  janvier  18"0, 
MM.  Victor  Noir  et  Ulric  de  Fonvielle  venaient  à  la  villa  d'Auteuil 
demander  raison,  au  nom  de  .M.  Paschal  Grousset,  de  l'épithète  «  ma- 
nœuvre »  que  le  prince  avait  employée  pour  le  qualilier.  Quelques 
minutes  après,  Victor  Noir  venait  s'affaisser  expirant  sur  le  trottoir, 
frappé  d'une  balle  en  pleine   poitrine,  et  presque  en  même  temps. 


ENTRÉE    DU    CHATEAU    DE   LA    MUETTE. 


LES    JAUIlINS    UV    CHATEAU    IiE    LA    MUETTE. 


son  co-témoin  sortait  do  la  maison,  un  revolver  à  la  main,  en  criant  : 
A  l'assassin  ! 

On  ne  saura  jamais  exactement  les  circonstances  de  ce  drame  si 
rapide.  Il  est  certain  que  des  propos  très  vifs  furent  échangés  :  le 
prince  attendait  les  témoins  de  M.  Rochefort  et  non  d'un  autre  ;  il  a 
affirmé  que  Victor  Noir  l'avait  frappé  au  visage.  M.  de  Fonvielle  a 

déclaré,  au  contraire,  que  ni 
la  victime  ni  lui  n'avaient  eu 
à  aucun  degré  une  attitude 
provocatrice  ;  la  Haute  Cour 
de  justice,  convoquée  à  Tours 
au  mois  de  mars  suivant,  fit 
voir,  en  prononçant  un  ac- 
quittement et  une  simple 
condamnation  à  des  domma- 
ges-intérêts, qu'elle  admet- 
tait lajustilication  du  prince. 
Ln  an  après,  l'habitation 
que  la  politique  venait  de 
mettre  en  évidence  d'une  fa- 
çon si  inattendue  était  ruinée 
par  les  obus  et  les  incendies 
de  la  guerre  civile  :  recon- 
struite depuis,  elle  est  au- 
jourd'hui le  siège  de  l'École 
normale  Israélite. 

Le  cimetière  d'Auteuil , 
dont  l'entrée  est  rue  Claude- 
Lorrain  ,  s'étend  parallèle- 
ment à  la  rue  Michel-Ange, 
dont  il  n'est  séparé  que  par 
un  mur  et  une  haie  de  hauts 
peupliers.  On  ne  peut  imagi- 
ner une  situation  plus  calme, 
mieux  appropriée  à  un  champ 
de  repos.  Depuis  longtemps, 
il  ne  s'ouvre  plus  que  pour  les  concessions  perpétuelles.  Des  noms 
illustres  s'y  lisent  çà  et  là  sur  les  dalles  tumulaires  :  Legendre,  Helvé- 
tius, Gavarni,  Goupil,  Palikao,  Dalioz,  Tarbé  des  Sablons,  Alpliand, 
Gounod,  etc.,  etc. 

La  région  située  au  Nord  de  la  rue  d'.Xutcuil  offre  moins  de  souvenirs  ; 
il  y  a  quelque  trente  ans,  on  n'y  trouvait  encore  que  vignes  et  champs 
lies  Fontis,  les  Nérottes,  la  Cure,  les  Glizières)  et  pour  les  cultiver,  de 
vrais  paysans  dont  plusieurs,  peut-être,  n'allaient  jamais  à  Paris.  Il  n'en 
va  plus  ainsi  maintenant  :  les  enclos  sont  restés  vastes,  mais  de  co- 
quettes maisons  s'y  sont  bâties  où  le  téléphone  est  installé,  ce  i]ui 
aurait  bien  surpris  leurs  possesseurs  du  temps  de  Louis-Pliilippi'...  La 
honte  du  lotissement  sera  épargnée,  nous  l'espérons,  à  la  villa  Mont- 
morency, qui  représente  l'ancien  parc  de  la  marquise  de  Bouftlers, 
maréchale  de  Montmorency,  morte  en  1787.  En 
dépit  d'une  consigne  un  peu  sévère,  les  hon- 
nêtes promineurs  peuvent  y  pénétrer  et  en 
1,'oùler  les  charmes  avec  les  yeux  de  l'envie;  il 
n'est  pas  dans  la  capitale  de  plus  charmante 
retraite.  Dans  l'avenue  des  sycomores,  habitaient 
les  frères  de  Concourt;  leur  maison,  où  tous  les 
ijens  de  lettres  ont  fréciuenlé,  ouvre  sur  le  bou- 
levard Montmorency;  elle  y  porte  le  n°  53;  on 
l.i  reconnaît  au  médaillon  de  bronze  représen- 
tant les  traits  de  Jules  de  Concourt,  ([ue  la  piété 
traterni'lle  du  survivant  avait  phicé  à  la  façade. 

Kdni 1    (le    Concourt    est    mort  lui-même    le 

11)  juillet  1896  à  Chauiprosay,  où  il  était  venu  en 
villégiature  chez  son  ami  .Vlplionse  Daudet.  Son 
corps  fut  ramené  le  18  à  la  maison  d'Auteuil, 
rintcrrcment  eut  li.'u  \r  20. 

Quilqui's  nuits  maiiiliMiant  sur  les  uniiis  dis 
lues  :  la  plupart  rappellent  des  personnages  l'iut 
lonnus;  des  peintres  d'abord  :  Mii'iiel-.Vnge, 
Irlande  Lorrain,  Jouvenel,  Isabey,  Poussin,  Hi- 
liéra,  Teniers,  François  dérard,  François  .Millet, 
(ii'os,  Cériiaull  ;  le  scul|ileur  Itosio;  le  dessi- 
iiati-iir  MalTet  ;  des  musiciens:  .Mozart,  i»onizelti, 
l-'élicien  David,  Williem,  fondateur  îles  orpliénns; 
des  écrivains  ou  des  hommes  politiques  :  Dan- 
L'i  MU,  La  Fontaine,  Boileau,  .Mirabeau,  Héniusal, 
Aiiloine  Boucher,  (ieorge  Saiid,  Musset,  Tliéo- 
phile  Gautier;  des  militaires:  .Mural,  Molitoi-, 
Clianez,  Exelmans.  Les  familles  Boudou  et  Per- 


SEIZli:.ME   ARRONDISSEMENT 


167 


richont  ont  attaché  li'urs  noms  à  des  voies  ouvertes  suc 
leurs  terrains,  et  non  encore  classées;  les  eaux  pures 
d'une  petite  rivière,  l'Yvette,  ont  servi  à  baptiser  l'une 
des  plus  paisibles  rui's  du  pins  paisible  des  quartiers. 

Le  quartier  de  la  Muette  correspond  u  l'ancienne 
aiit-'liiniération  de  la  commune  de  Passy,  qui  a  donné  son 
nnni  à  l'arrondissement  tout  entier.  Il  n'y  a  pas  à  douter 
que  ce  nom  :  l'assy,  en  latin  Paciacum,  vienne  d'un  de 
ses  premiers  possesseurs,  un  Gallo- Romain  nommé 
Paxius,  dont  nous  serions  bien  en  peine  de  dire  autre 
chose.  On  aimerait  à  proposer  une  autre  étymologie, 
justiliée  dans  le  passé  et  le  présent  par  la  réalité  des 
faits  :  Passy,  séjour  de  la  paix;  mais  les  lois  de  la  phi- 
lologie sont  inéluctables. 

Ce  ne  fut  longtemps  qu'un  hameau  de  ((uelques  ma- 
sures de  vignerons,  perchées  sur  une  colline  presque 
inaccessible,  et  relevant  do  la  paroisse  d'Auteuil. 

Au  temps  de  Henri  IV,  des  maisons  commencèrent  à 
s'y  bâtir,  puis,  peu  après,  une  modeste  église.  Claude  de 
Chahu,  (jui  était  seigneur  de  Passy  en  1660,  et  sa  femme, 
Chrestienne  de   Heurles,    s'employèrent   de  tous  leurs 
efforts  à  convertir  cette  église  en  paroisse  :  le  chapitre 
de  Saint-Germain-r.\uxerrois,  dont  la  cure  d'Auteuil  re- 
levait, s'y   opposait   énergiquement;  les   difficultés  ne 
furent  aplanies  que  par  la  transaction  de  mai  1672,  dans 
laquelle  Chrestienne  de  Heurles,  devenue  veuve,  fit  de 
grands  sacrifices  d'argent.  Ses  arguments  n'étaient  pour- 
tant pas  sans  force,  et  toutes  les  lenteurs  eussent  pu  être 
évitées:  «  ...  les  demandeurs  voyant  les   peines  qu'ils 
avoient  d'aller  aux  fêtes  principales  en  l'église  d'.\uteuil 
à  cause  du  mauvois  chemin  et  du  débordement  des  eaux  qui  s'y  ren- 
contrent quelquefois,  les  querelles  et  les  inimitiés  que  les  habitans 
d'Auteuil  et  leur  dit  curé  exerçoient  contre  eux...  et  l'assujettissement 
qu'ils  avoient  d'aller  prendre  ledit  curé  à  Auteuil  pour  les  mariages, 
baptêmes  et  enterremens  à  faire  audit  Passy,  pour  lui  demander  s'il 
en  vouloit  venir  faire  les  fonctions;  à  quoi  ne  satisfaisant  pas  assez 
ponctuellement,  les  conviés  s'en  retournoient  sans  en  rien  faire,  en 
sorte  que  les  enfans  étaient  en  danger  de  mourir  sans  baptême,  et 
les  autres  sans  être  administrés  des  sacremens.  »  Que  nous  sommes 
donc  loin  de  ce  temps-là! 

De  ITJO  à  l'an  VIII,  Passy  fut  chef-lieu  de  canton  ;  les  communes  d'.\u- 
teuil  et  de  Boulogne  en  dépendaient.  Simple  commune  de  1800  à  1860, 
elle  mit  à  profit  ces  soixante  années  pour  embellir  sa  parure  et  deve- 
nir si  tentante  que  M.  Haussmann  n'hésita  pas  à  l'annexer  à  Paris. 
Passy  devait  former  le  XIII''  arrondissement.  Ce  numéro  ne  disait  rien 
de  bon  aux  oreilles  superstitieuses  de  ses  habitants;  ils  étaient  in- 
fluents, ils  firent  remanier  l'ordre  des  arrondissements,  et  c'est  ainsi 
que  le  chiffre  fatal  échut,  nous  l'avons  dit,  au  faubourg  Saint-.Marceau. 

Sa  population 
était  alors  de 
17,b94  habitants, 
c'est-à-dire  décu- 
plée depuis  le 
(iimmencement 
du  siècle. 

Ses  rues  offrent 
presque  toutes 
l'aimable  mono- 
tonie du  silence. 
Seules,  la  grande 
rue  et  celle  de  la 
Pompe  préseii  - 
tent  quelque  ani- 
111  a  t  i  o  n ,  p  a  r  c  e 
que  des  tramways 
cl  omnibus  les 
parcourent  et 
que  tout  le  com- 
merce y  est  cen- 
tral isé.  Nous 
avons  dit  que  l'ac- 
cès de  Passy  lui 
liingtemps  Tnii 
dil'ticile  à  ceux 
qui  venaient  Ar 
Paris;  il  fallail 
gravir  «  la  mon- 
tagne »  par  une 
LE   P.\SS.\GE    DES   EAUX,   A    PASSY.  rue  dc    cc    nom, 


FAÇADE    DU    LYCÉE    .1  A  N  SON  -  D  E-S  AI  LL  Y. 

représentée  maintenant  à  son  extrémité  d'en  bas  par  la  rue  Beethoven; 
le  percement  du  boulevard  Delessert  a  donc  été  une  opération  de 
voirie  des  plus  utiles.  Le  carrefour  où  il  se  termine  s'appelait  la 
Croix-Vineuse,  et  la  rue  Vineuse  garde  le  souvenir  des  anciens  vigno- 
bles de  la  colline.  Sa  voisine,  la  rue  de  La  Tour  porte,  si  on  vcTit.  le  nom 
du  pastelliste  fameux;  mais  en  réalité  elle  doit  sa  dénomination  à  la 
tour  d'un  ancien  moulin.  La  rue  Franklin  est  un  ancien  chemin  de 
terre  allant  à  Chaillot;  le  nom  d'Alboni  a  été  donné  à  la  voie  formant 
escalier  entre  les  quatre  nouveaux  «  hôtels  du  Trocadéron,  en  raison 
des  libéralités  que  fit  la  grande  cantatrice  à  la  Ville  de  Paris.  Jus- 
qu'à 1867,  la  nie  Raynouard  (nom  d'un  érudit  qui  fut  aussi  l'auteur  des 
Templiers)  s'appelait  rue  Basse.  C'est  une  des  rues  les  plus  anciennes 
de  Passy;  ses  maisons  du  côté  impair  prennent  vue  sur  la  Seine  et  la 
plaine  de  Grenelle  par-dessus  les  beaux  jardins  que  la  famille  Deles- 
sert a  toujours  voulu  conserver  intacts  et  ceux  de  la  maison  du 
D''  Blanche  ;  leur  entrée  sur  la  rue  est  à  la  hauteur  du  troisième  étage, 
de  l'autre  côté.  La  Tour  d".\uvergne  y  a  demeuré  quelque  temps,  et 
Balzac  aussi.  Franklin,  lui,  habita  de  1777  à  1785  dans  un  pavillon 
situé  à  l'angle  de  la  rue  Singer  (côté  pair),  où  il  fit  disposer  le  premier 
paratonnerre  qui  ait  été  construit  en  France.  L'ne  plaque  commémo- 
rative  de  ce  fait  y  a  été  apposée  en  1896  par  la  Société  historique  d'Au- 
teuil et  de  Passy. 
L'église  paroissiale,  sous  le  vocable  do  l'-^^nnonciation.  paraît  vou- 


MAISO.N     .Ml 


168 


PARIS-ATLAS 


loir  se  dissimuler  dans  le  groupe  de  mai- 
sons qui  se  pressent  entre  la  rue  Ray- 
nouard  et  larue  dePassy;  c'est  d'ailleurs 
un  édilice  insignifiant,  remis  complète- 
ment à  neuf  à  la  fin  du  règne  de  Louis- 
Pliilippe. 

A  ceux  qui  aiment  les  chemins  de 
chèvres,  nous  recommanderons,  pour 
descendre  de  la  rue  Raynouard  à  la 
Seine,  la  nie  Guiilou  (nom  de  proprié- 
taire), la  rue  Berlon  (nom  de  musicien) 
ou,  mieux  encore,  le  si  pittoresque  pas- 
sage des  Eaux.  Il  l'appelle  l'emplacement 
d'un  établissement  d'eaux  minérales  qui 
eut  beaucoup  de  vogue  sous  la  Régence 
et  valut  à  Passy  de  nombreux  visiteurs. 
«Ces  eaux  —  dit  un  contemporain, l'abbé 
Lebeuf — en  sortant  du  réservoir  s'écou- 
lent dessous  terre  dans  des  canaux  qui 
se  rendent  dans  la  Seine.  Le  jardin  où 
elles  sont  est  ombragé  en  partie  par  un 
bois  de  haute  futaie  qui  donne  des  om- 
brages charmants  aux  buveurs,  et  qui 
est  dominé  par  quatre  terrasses  élevées 
les  unes  sur  les  autres,  sous  lesquelles 
il  y  a  des  galeries  pour  les  mêmes  bu- 
veurs quand  il  pleut.  Il  n'est  point  de  la 
compétence  de  cet  ouvrage  de  juger  de 
ces  eaux,  sur  lesquelles  il  paraît  que  les 
sentiments  ont  varié...  » 

Le  quai  de  Passy  est  resté  charmant 
avec  ses  jardins  en  terrasses,  restés  pres- 
ijue  les  mêmes  qu'au  xvni=  siècle.  Il 
commence  à  la  rue  Beethoven.  Là  était 
le  couvent  des  Minimes  ou  Bonshommes  de  Aigeon 
(c'était  le  nom  du  clos),  fondé  par  Jean  Morbier  en  1493, 
enrichi,  peu  après,  par  de  nombreux  dons  d'Anne  de 
Bretagne,  dispersé  en  1190.  Plus  loin,  au  delà  de  la  rue 
Alboni  et  du  passage  des  Eaux,  commencent  les  ma- 
gnifiques jardins  étages  de  la  propriété  Delessert.  La 
rue  Berton  les  sépare  de  l'ancien  château  de  Lauzun, 
qui  appartint  ensuite  à  la  princesse  de  Lamballe,  et 
devint  en  1846  la  célèbre  maison  de  santé  du  D"' Blanche. 
Que  d'hommes  connus  y  sont  venus  demander,  la  plu- 
part en  vain,  la  guérison  d'un  cerveau  trop  suinioné 
par  la  recherche  et  la  conquête  du  talent  :  Cn'dès, 
André  Gill,  Guy  de  Maupassant,  pour  ne  parler  que  de 
ceux  qui  n'en  sont  pas  sortis  vivants!  Le  D"'  Blanche 
lui-même  y  a  fini  ses  jours  au  mois  d'août  1893. 

Un  peu  au  delà,  le  quai  passe  sous  la  ligne  de  Cour- 
celles  aux  Invalides,  qui  émerge  du  sein  de  la  colline 
par  un  souterrain  construit  sous  la  vaste  maison  d'en- 
seignement dite  des  Frères  de  Passy.  Au  rond-point 


SQUARE  LAMARTINE  Eï  STATUE  DU  POETE. 


du  pont  de  Grenelle,  où  commence  l'ave- 
nue de  Versailles  (Auteuil),  il  faut  tour- 
ner à  droite  pour  remonter  à  Passy  par 
la  rue  de  Buidainvilliers,  ouverte  à  tra- 
vers le  domaine  seigneurial  de  Passy, 
dont  le  dernier  seigneur  fut  Anne-Ga- 
briel de  Rieux,  marquis  de  Boulainvil- 
liers.  ÎSous  retrouvons  la  ligne  de  che- 
min de  fer  des  Invalides  à  hauteur  de  la 
rue  des  Vignes,  où  est  iusiallée  la  sta- 
tion dite  de  Boulainvilliers  dans  une 
tranchée  ouverte  dont  l'cllel  est  des  plus 
l)ittoresques. 

Au  delà  de  la  rue  de  Boulainvilliers, 
la  rue  de  Passy  s'élargit  et,  sous  le  nom 
de  chaussée  de  la  Muette,  prend  une  allure 
plus  noble.  Elle  aboutit  à  l'ancien  châ- 
teau royal  de  la  Muette,  dont  le  nom  a 
été  donné  au  quartier.  Ce  fut  d'abord, 
sous  Charles  IX,  un  simple  pavillon  de 
chasse,  presque  un  chenil,  et  c'est  ce 
qui  explique  sa  dénomination,  car  par 
Muette,  il  faut  entendre  meute.  Le  Ré- 
gent en  fit  un  palais  pour  sa  fille,  la 
duchesse  de  Berry.  Louis  XV  y  prit  goût 
aussi,  et  l'embellit  de  toutes  sortes  d'oeu- 
vres d'art.  La  belle  perspective  qui 
s'ouvre  en  face  de  l'entrée  du  bois  de 
Boulogne  fut  de  même  ordonnée  par  lui 
]Mjur  que,  de  ses  fenêtres,  il  pût  voir  le 
cliàteau  de  Bellevue  où  régnait  M™"  de 
Pompadour.   Le  vent  de  la  RévolutioQ 


MAISON    MOKTUAIUE    1>E    VICTOU    IIUOO. 


FAÇADE    DE     I.A    FONDATION     THIERS, 


balaya  tcml  ce  hixi',  auiiiiel  sr  niélaicnt  ]ias  mal  d'ini[)uretés.  Domaine 
national,  olIVrl  en  vente  à  l'encan,  le  cliàleau  ne  trouva  ([u'eu  1815 
un  acquéreur,  et,  heureusement,  un  acquéi-eur  digne  de  lui,  Sébas- 
tien Erard,  facteur  de  pianos,  dont  les  héritiers  indirects  le  possè- 
dent encore  maintenant. 

Devant  la  Muette  s'étend  la  gracieuse  luonirnadi'  du  Ranelagh, 
vestibule  du  bois  de  Boulogne.  Il  paraît  que,  vers  1780,  lord  Ranelagh 
avait  ]iatronné  sur  ses  terres  de  Cheisca,  i)rès  de  Londies,  un  bal 
I  liampètre  (jui  eut  tout  de  suite  beaucoup  de  succès.  Cela  donna 
I  idée  au  sieur  Moiisan  d'en  créer  un  analogue  sur  les  pelouses  de 
la  Muette.  L'autorisation  lui  en  fui  donnée  par  le  maréchal  de  Sou- 
liise,  gouverneur  du  château,  et  la  vogue  ne  lui  manqua  pas  davan- 
tage, grâce  à  la  ri'ine,  toujours  avide  de  iireudre  pari  aux  fêles  |iopu- 
laires.  C'est  de  là  aussi  ijue,  |>our  la  |ireniière  fois,  Pihllre  de  Ro/.ier 
partit  en  ballon,  en  1783.  Après  la  Révolution,  après  l'invasion  de  18iS 
qui  saccagea  le  bois  de  Boulogne,  les  bals  du  Ranelagh  furent 
oiiM'its  di'  nouveau,  mais  exclusiveiuenl  à  l'aristocratie.  Il  y  a  liien 
lou^lciiips  qu'ils  se  sont  fermés  pour  toujours.  Le  Manclagh  n'est 
plus  iju'un  élégant  parc  sillonné  d'avenues  ombreuses  dont  (|uel- 
ijues-unf^s  sont  bordées  de  villas.  Au  n°  2  de  l'avenue  Ingres, 
est  la  maison  où  iiumi-ut  Ilossini  le  13  novembre  18C8.  On  ne  |iouvait 
trouver  meilleui'  cuiplaci'uient  poui  honour  par  un  moniiiui'nl  la 
mémoire  cb-    La    l'onlaine. 


SEIZIEME    AIIRO.NDISSEMENT 


169 


Enfin,  le  I{anol.it;li  a  eu  la  gloire,  non  médiocre,  d'èlre  clioisi,  on 
raison  de  son  cliarnic  même,  comme  lieu  d'arrivée  de  Tcmpereur  et 
de  rimpéralrice  de  Hussie,  lors  de  leur  visite  solennelle  à  Paris,  dans 
la  matinée  du  6  octobre  1896. 

Ce  fut,  pour  les  privilégiés  à  ([iii  il  fut  dunné  d'y  assister,  une 
inoubliable  solennité.  Depuis  tant  de  mois  ijne  l'aris,  que  la  l'rance 
entière  vivaient  dans 
l'attente  fiévreuse  de 
cette  visite,  féconde  en 
espérances,  il  n'est  pas 
excessif  de  dire  (jui:  ce 
matin-là,  toutes  les  pen- 
sées convergèrent  sur  le 
Ilanelagh.  A  l'heure  fixée 

—  dix  heures  du  malin 

—  le  train  impérial  s'ar- 
rêta n  queli(ues  mètres 
en  avant  de  la  gaie  de 
Passy.  Venant  de  Clu'i- 
bourg,  il  avait  éti'  lon- 
duit  directement  par 
Versailles  et  l'embran- 
chement d'Ouest -Cein- 
ture. Un  débarcadère 
d'une  'rare  élégance  s'é- 
levait en  bordure  de  la 
voie;  les  souverains  des- 
cendirent. Le  président 
de  la  République,  les 
ministres,  tous  les  hauts 
fonctionnaires  de  l'État 
et  de  la  Ville  étaient  là. 
Après  les  présentations 
prévues  par  un  cérémo- 
nial rigoureux,  le  cor- 
tège se  mit  en  marche,  gagnant  Paris  par  le  bois  de  Boulogne  et  les 
Champs-Elysées.  L'enthousiasme  de  la  foule  immense  qui  avait  passé 
la  nuit  à  l'attendre,  était  indescriptible...  On  devrait  bien  marquer 
par  un  monument  commémoratif  —  il  en  a  été  question  —  cette 
minute  de  gloire,  sans  précédent  et  probablement  sans  retour,  dans 
les  annales  du  Ilanelagh. 

Au  Nord  du  domaine  de  la  Muette,  la  translation  du  Fleuriste  de  la 
Ville  au  parc  dss  Princes  (Boulogne),  décidée  en  1894,  consommée 
en  1898,  a  dijterminé  la  création  d'un  nouveau  quartier  sur  les  deux 
rives  du  chemin  de  fer  de  Ceinture,  entre  les  gares  de  Passy  et  de 
l'avenue  Henri-Martin.  Il  est  à  peine  sorti  de  terre  et  sa  prospérité 
est  déjà  assurée.  On  a  eu  l'heureuse  idée  de  donner  aux  voies  nou- 
velles des  noms  d'hommes  de  lettres  contemporains  que  la  postérité 
devait  retenir  :  Emile  Augier,  Jules  San- 
deau,  Eugène  Labiehe,  Octave  Feuillet, 
Guy  deMaupassanl,  Edmond  About,  Cus- 
tave  Nadaud.  Ils  sont  bien  placés  dans  le 
voisinage  d'un  point  où  convergent  les 
avenues  Victor-Hugo  et  Henri-Martin. 

Cette  dernière,  (|ui  limite  au  Nord  le 
quartier  de  la  Muette,  le  séparant  de 
celui  de  la  Porte-Dauphine,  a  reçu  sa 
dénomination  en  1883  (l'éminent  histo- 
rien est  mort  iiie  Vital,  38,  le  14  ilé- 
cembre  1883).  Elle  s'appela  à  l'origine 
avenue  de  l'Empereur,  puis  avenue  du 
Trocadéro.  Lamartine  aurait  eu,  si  sa 
gloire  n'avait  pas  été  déjà  pourvue,  des 
droits  de  priorité  à  en  être  le  [larrain, 
car  il  l'habita  longtemps,  dans  un  ch.ilrl 
que  lui  avait  donné  la  Ville  et  où  il  num- 
rut  en  181)9.  Sa  statue,  œuvre  de  Mai- 
quet  de  Vasselot,  s'élève  depuis  1886 
dans  le  square  Lamartine,  tout  voisin, 
coquet  en  dépit  de  ses  cyprès,  qui  lui 
donnent  quelque  peu  l'air  funèbre. 

Construite  de  187b  à  1877  |iar  M.  tlo- 
debœuf,  architecte  municipal,  la  mairie 
fait  très  bonne  figure  à  l'angle  de  l'ave- 
nue Henri-Martin  et  de  la  rue  de  la 
Pompe;  elle  a  remplacé  l'ancienne  mai- 
rie de  Passy  sise  sur  la  place  du  même 
nom,  où  stationnent  les  omnibus  de  la 
Bourse. 


PONT    DIÉ.NA.    ET    PAL.^IS   DU   TROCADÉRO. 


Le  lotissement  du  parc  Guiciiard,  en  183^,  donna  lieu  à  l'ouverture 
d'une  série  de  rues  qui  rayonnent  autour  de  la  place  Puisoz  (M.  Po.ssoz 
était  maire  de  Passy  lorsque  fut  faite  cette  opération).  Elles  onlUmtes 
une  largeur  uniforme  de  10  mètres.  Ce  sont  les  mes  Cortambert  'alors 
rue  Saint-llippolylei,  Fiiwtin-Hélw  rue  .Sainte-Claire),  Delaroche  fnie 
Saint-tJeoiges),  Nkulo  (rue  Saint-Pierre'.  La  dévotion  n'avait  pas  été 

étrangère,  on  le  voit,  au 
choix  de  ces  dénoiuina- 
lions. 

Depuis  18'i2  exislail  la 
rue  Vital,  oITerle  à  la 
commune  de  Passy  par 
un  de  ses  conseillers 
municipaux,  M.  Vital, 
pour  «  mettre  en  ra()- 
|iort  la  partie  excentri- 
que de  la  commune  avec 
le  centre».  De  nos  Jours 
ont  été  percées,  s'ou- 
vrant  sur  la  rue  de  Passy, 
les  rues  Gavarni  et 
Claudc-Chiihu.  Le  choix 
de  celte  dernière  déno- 
mination demeure  fâ- 
cheux, même  pour  ceux 
qui  savent  qu'il  s'agit  du 
personnage  auquel 
Passy  dut  sa  création 
en  paroisse. 

Depuis  188:?,  Passy 
possède  un  lycée  de  Jeu- 
ms  filles,  le  lycée 
Molière,  dont  renel".- 
s'étend  de  la  rue  du  li.i- 
nelagh  à  la  rue  de  l'As- 
somplion,  avec  une  façade  sur  chacune  de  ces  voies. 

Le  haut  mur  de  soutkicment  qui  forme  l'encoignure  de  l'avenue 
Henri-Martin  et  de  la  place  du  Trocadéro  dissimule  aux  yeux  le 
cimetière,  dont  l'entrée  est  rue  Vineuse  et  rue  des  Béservoii-s  —  ci- 
metière coquet,  aristocratiipie  comme  l'ensemble  du  quartier,  tant  il 
est  viai  que  l'égalité  devant  la  mort  n'est  qu'un  vain  mol. 

Quartier  de  la  Porte-Dauphine.  —  Sous  le  règne  de  Louis  XVIII. 
toute  la  région  qui  s'i'leml  au  nord  de  l'avenue  Henri-Martin  était 
encore  absolument  inhabitée  ;  on  l'appelait  la  plaine  de  Passy,  plusieurs 
chemins  vicinaux  la  traversaient.  Des  spéculateurs  y  jetèrent  les  yeux 
en  1825  ;  l'avenir  a  prouvé  qu'ils  n'avaient  pas  tort. 

Le  nouveau  quartier  reçut  un  nom  assez  singulier  :  l'Elysée-Charles 
(toujours  la  flatterie  au   pouvoir».  Il   fut  tout  d'abord  doté  de   deux 


LA    I-O.NTAI.NE   DU    PALAIS   DU    TROCADERO. 


170 


PARIS -ATLAS 


LE    MUSÉE    GUIMET. 


larges  avenues  se  cou- 
pant à  angle  droit  : 
«  l'avenue  de  Sain t- 
Cloud,  allant  de  TArc  de 
Triomphe  à  Saint-Cloud 
par  le  bois  de  Boulogne, 
et  l'avenue  de  Saint- 
Denis,  allant  de  la  Car- 
rière Sainte-Marie  ou  du 
Trocadéro  au  chemin  de 
la  Révolte  ».  C'est  ainsi 
que  les  désigne,  au  cours 
de  sa  session  de  1828, 
le  conseil  d'arrondisse- 
ment de  Saint-Denis,  qui 
émet  le  vœu  que  la  pre- 
mière soit  classée,  des 
l'année  suivante,  comme 
route  départementale,  et 
que  la  seconde  le  soit 
également  «  dès  qu'elle 
aura  été  cailloutée  par 
laCompagniedelaplainc 
de  Passy  ».  (Arch.  de 
la  Seine,  procès-verbal 
manuscrit).  Le  lecteur  y 
aura  reconnu  les  (iveiians 
Vidor-IIugo  et  MaUdo/jf. 
11  semblerait  que  leur 
p  o  i  n  t  d  '  i  n  t  e  r  s  e  c  t  i  0  n 
(place  Victor-Hugo)  ait  dû 

être  choisi  comme  centre  géométrique  de  l'Elysée-Cliarles.  Non, 
ce  fut  le  rond-point  de  Longchamp,  où  se  coupent  les  rues  de 
Longchamp  et  des  Sablons.  C'est  là  qu'en  avril  1829  —  les  délibé- 
rations du  conseil  municipal  de  Passy  l'attestent  —  fut  érigé  un 
aie  de  triomphe  sous  lequel  passa  le  roi  à  son  rclnur  de 
l.unéville.  Le  coût  de  cette  éphémère  eonsiruclion  fut  de 
/iG8  fr.  6fJ. 

Après  Charles  X,  l'Elysée-Charles  perdit  MatuiidliMncnt  son 
surnfim  cl  même  son  nom.  Cela  n'cnÈpèclia  pas  qu'on  y  hàlit. 
I.e  10  novemhre  18bl,  la  muiiicifialité  de  Passy  fut  autorisée 
par  son  conseil  à  acipiérir  la  (|uantité  de  teirain  nécessaire,  à 
raison  de  la  fr.  151e  mètre,  pour  la  construction  d'une  chapelle. 
Le  2o  novembre  \S'6o  furent  approuvés  les  devis  de  la  ronstrue- 
liiiM  <le  irllf  (hapr'jie  et  d(-s  bàlimciits  scolaires  annexes  : 
"ti.fira  fï.  T.id  inir  part,  1(1,272  Ir.  72daulre  (larl.  C'est  l'église 
Saint-Honoré-d'EyIau,  deviriue  jiaroi.sse  en  1802. 

lin  vain  rberclierait-on  dans  l'ancii-nne  plaine  de  Passy  des 
moiiumciils  plus  anciens;  d'iii  longlemps  encore,  nos  aichéo- 
logues  n'y  Irouvemnl...  que  des  logis  pour  lux  -  au  lunrala 
di'  leur  lorlune. 

Le  lycée  Janson-de-Sailly  —  du  nom  di:  son  principal 
fondateur  avec  l'État  —  occupe  un  très  vaste   cmplacinniil 


I..\    PL.VCE    DES    ETATS-UNIS. 


entre  les  rues  de  la  Pompe,  Decamps,  de  Longchamp  et  l'avenue 
Henri-Martin.  Sa  prospérité  a  été  très  rapide,  car  il  occupe 
maintenant  le  premier  rang  pour  la  population  scolaire,  et 
aussi  pour  la  vigueur  physique  des  élèves,  qui  y  excellent  dans 
tous  les  exercices  du  corps.  La  sortie  des  classes  est  amusante 
à  voir  :  il  n'est  guère  d'externe  qui,  le  cartable  sous  le  bras,  et 
souvent  la  cigarette  aux  lèvres,  ne  s'élance  sur  sa  bicyclette 
pour  de  là  aller  faire  un  tour  au  Bois  ;  et  sur  la  chaussée 
asphaltée  de  la  rue  de  la  Pompe,  ce  sont  des  départs  homé- 
riques ! 

Une  plaque  commémorative  que  porte  la  façade  d'un  petit 
hôtel  fort  simple,  124,  avenue  Victor-Hugo,  arrête  le  passant 
dans  une  respectueuse  émotion  :  c'est  là  que,  le  22  mai  1885, 
s'élêignit  le  Maître  chargé  de  gloire  et  d'années,  mais  que  l'on 
s'haliKuail  à  croire  immortel.  Dès  l'année  1881,  la  Ville  de  Paris 
avait  par  un  hommage  spécial  donné  le  nom  de  Victor-Hugo  à 
la  partie  de  l'avenue  d'Eylau  qu'il  habitait,  entre  la  place  Saint- 
Ilonoré  et  l'avenue  Henri-Martin.  Au  lendemain  de  la  mort,  le 
conseil  délibérait  que  toute  l'avenue  jusqu'à  l'Arc  de  Triomphe 
recevrait  le  nom  du  poète.  On  transféra  le  nom  d'avenue 
d'Ei/lau  à  une  voie  ouverte,  la  même  année,  entre  le  Trocadéro 
et  le  rond-point  de  Longchamp. 

Que  dire,  qui  n'ait  pas  été  dit  mainles  fois  déjà,  des 
splendeurs  de  Vavenue  du  Buis-dc-Boulogne,  de  celle  pro- 
menade princière,  plus  majestueuse  encore  que  les  Champs- 
Elysées  qu'elle  continue,  préface  exquise  du  bois  de  Bou- 
logne dont  elle  est  la 
seule  route  suivie  par 
quiconque  se  respecte 
à  Paris.  Ce  fut  d'abord 
l'avenue  de  l'Impéra- 
trice. Pendant  la  guerre 
de  1870,  on  lui  donna 
le  nom  du  général 
Lîhrich,  le  vaillant  dé- 
fenseur de  Strasbourg. 
Sa  dénomination  ac- 
tuelle date  de  1 875.  Parmi 
tant  d'hôtels  magnili- 
quesqui  la  bordent,  nous 
ilevons  une  mention  spé- 
ciale à  celui  qui  occupe 
le  triangle  formé  par  l'in- 
lerseclion  avec  l'avenue 
de  la  rue  de  la  Pompe 
et  de  l'avenue  MalakolT; 
ancienne  demeure  du 
I)"' Evans,  il  a  élé  acheté 
par  le  gouvernement 
pour  abriter  les  souve- 
lains  étrangers  venus 
visiter  l'Exposition  de 
l'JOO;  c'est  l'Hôtellerie 
des  rois,  comme  on  l'a 
déjàsurnommé.  Son  pre- 


i,E  musi;e  (i.\i,i.ii;uA. 


SEIZIÈME   AP.l{ONni?SEMENT 


m 


Phol,  NeurJeio. 


LE   XVI«   ARRONDISSEMENT   ENTRE   L'AVENUE   DIÉNA   ET   L'AVENUE   KLEBER. 


m'wv  liùte  a  été  le  roi  <le  Suéde,  qui  y  a  passé  une  partio  ilu  mois  do  juin. 

Ombreuse  et  poétique,  comme  le  dit  son  nom,  la  rue  dex  Belles- 
Feuilles  aboutit  à  l'hôtel  où,  pour  honorer  la  mémoire  de  Tillustre 
homme  d'Étal.  Adolphe  Tliiers,  sa  veuve  a  créé  ce  que  l'on  nomme  la 
Fondation  Thiers.  Ce  n'est  pas  une  école  de  hautes  études,  ni  un 
iiiNlilul,  c'est  un  asile  de  science,  où  quelques  jeunes  gens,  s'étant 
déjà  révélés  par  leurs  dispositions  pour  les  travaux  savants,  passent 
trois  années,  exemptes  de  tout  souci  matériel,  à  se  perfectionner  dans 
la  carrière  de  l'érudition,  avec  toute  liberté  dans  le  choix  de  leurs 
études.  La  conception  est  des  plus  heureuses,  mais  elle  ne  peut  être 
utile  qu'à  ceux  (jue  la  fortune  n'a  pas  favorisés  (de  quoi  servirait-elle 
aux  autres?)  et  il  est  à  craindre  qu'après  cette  période  purement  spé- 
culative les  difficultés  matérielles  de  la  vie  ne  leur  apparaissent  plus 
graves  encore,  car  elles  sont  plus  soudaines. 

Quartier  de  Chaillot.  —  C'est  ce  nom  qu'un  décret  du 
20  aviil  189G  a  substitué  à  celui  de  c[uartier  des  Bassins,  porté 
jusf|ue-là  par  le  64"  quartier  administratif  de  Paris:  «Le  chan- 
gciuent   do    nom  demandé    par    le  Conseil  municipal   paraît    justilié, 

aujourd'hui  surtout    que   les  bassins qui  existaient  autrefois   sur 

remplacement    occupé  aujourd'hui    jiar   la    place    des    États-Unis 

n'existent  plus.  La  nouvelle  dénomination  de  Chaillot  aurait  même 
l'avanlaÊte  de  rappeler  le  souvenir  d'une  localité  importante  des  envi- 
rons d>'  l'aniieii  Paris.»  Tout  cela  est  vrai,  mais  il  n'y  a  pas  (|ue  cela. 
Les  habitants  du  i|uartier  se  plaignaient  de  lette  dénomination  de 
"Bassins»  qui  jnétait  à  des  plaisanteries;  ils  n'ont  pas  pris  garde  que 
le  nom  de  Chaillot  a,  lui  aussi,  été  chansonné  et  ridiculisé  aussi  peu 
spii'ituidlemenl  ;  il  était  de  lion  goût,  jadis,  de  dire  à  tout  venant  :  «  A 
Chaillot,  ni(Ui  bnnliomnie!  »  D'ailleurs,  si  les  bassins  de  la  place  des 
Etats-Unis  ont  disparu,  ceux  de   la  rue  de  Yillejust   (toujours  dans  le 


même  quartier)  n'ont  fait  i]ue  s'accroître.  Un  avis  publié  au  Bulletin 
municipal  du  25  octobre  1897  annonce  la  construction  d'un  nouveau 
compartiment  aux  grands  réservoirs  de  Passy  —  et  une  malencon- 
treuse parenthèse  ajoute  :  XVI«  arrondissement,  quartier...  des  Ba.s- 
sins!  Le  décret  cité  plus  haut  devait  pourtant  avoir  force  de  loi,  dix-huit 
mois  plus  tard  ! 

Il  est  très  intéressant  à  connaître,  le  quartier  de  Chaillot,  et  aussi 
très  complexe. Dans  sa  partie  orientale, il  participe  du  luxedu  VlII'ar- 
rondissement,  aucjuel  il  confine  ;  au  centre,  ont  survécu  quelques  ves- 
tiges du  vieux  village;  à  l'Ouest  et  au  Nord,  il  se  confond  avec  son 
voisin  la  Porte-Dauphinc,  dont  il  est  le  contemporain. 

Le  nom  de  Chaillot  apparaît  pour  la  première  fois  dans  les  chartes 
en  1096  sous  la  fiuine  Culeiuin,  puis  assez  frequenuuenl.au  cours  du 
xii"  siècle,  dans  des  documents  qui  ont  pour  objet  de  confirmer  au 
prieuré  de  Saint-Marlin-des-Champs  la  haute  main  sur  la  paroisse  de 
Chaillot.  Plus  lard,  on  trouve  Cliallnel,  Clidilloel.  D'où  vient  ce  nom'.' 
I.'abbé  Lebeuf  le  tirait  du  celtique  et  affirmait  qu'il  sigiiiliail  lieu 
iléfriché;  d'autres  érudits  y  ont  cherché  une  origine  latine.  qu"il> 
rattachent  à  celle  do  notre  mot  caillou.  Ici,  comme  en  tant  dautre> 
cas,  la  science  idiilogique  n'a  pas  dit  son  dernier  mot. 

Sur  le  sommet  du  plateau,  là  où  le  palais  du  TrocaJéro  offre 
aujourd'hui  aux  maigreurs  de  la  Unir  Eiffel  le  contraste  de  sa  panse 
énorme  et  de  ses  bras  démesurément  ouverts,  était  jadis  la  vraie 
maison  seigneuriale  de  Chaillot.  L'illustre  maréchal  do  Bassempierre 
s'en  rendit  un  jour  acquéreur  —  en  1630  —  et  cela  nous  a  valu  un» 
bien  jolie  anecdote  de  ïalleniant  des  Uéaux  :  "Quand  il  achepla  Chal- 
liot,  ia  Heyne  mère  lui  dit  :  --  Hé!  poiirquoy  avez-vous  acheplé  cette 
maison".'  C'est  une  maison  de  bouteille.  —  Madame,  dit-il.  je  suis  Alle- 
mand. —  Mais  ce  n'est  pas  estre  à  la  campagne  ;  c'est  le  fauxbourg  de 


i72 


PARIS -ATLAS 


rF.KSPKfTI  VK    DE    I/AVENTE    DV    B  O  I  S  -  D  E  -  B  O  U  LO(i  N  E 


Paris.  —  Madame,  .j'aime  tant  Paris,  que  je  n'en  voiidrois  jamais 
sortir.  —  Mais  cela  n'est  bon  qu'à  mener  des....  filles  (il  y  a  un  autre 
mot  dans  Tallemant)!  —  Madame,  j'y  en  mènerai.» 

Vingt  et  un  ans  plus  tard,  cette  maison  si  peu  vertueuse  devenait  un 
couvent  de  femmes;  les  dames  de  la'Visitation  l'achetèrent  sous  le  patro- 
nage de  Henriette  de  France,  fille  de  Henri  IV,  l'infortunée  reine  d'Angle- 
terre, dont  la  gloire  dépasse  les  mallicurs  puisque  Hossuet  les  a  célébrés 
dansl'églisemémedesVisitandines.  La  gloire  en  rejaillil  aussi  sur  Chail- 
lot  d'avoir  été  le  lieu  où  furent  entendues  ces  paroles  magnifiques  :  "  Celui 
qui  règne  dans  les  cieux,  et  de 
qui  relèvent  tous  les  empires...  >< 

La  Révolution  vint  disperser 
les  religieuses,  qui  étaient  alors 
au  nombre  de  vingl-deux,  jjIus 
neuf  sœursconverses,  deux  srrurs 
touriircs,  une  demoiselle  agré- 
gée et  une  fille  de  service.  Leur 
couvent,  bientôt  jeté  bas,  laissa 
pendant  longtemps  inculte  et 
charmante  la  montagne  qu'un 
fort  espagnol  conquis  en  182.'}  lit 
appeler  le  Trocadéro.  Puis,  on  y 
mil  des  marches,  larges  chacum' 
comme  un  trottoir  de  nos  bou- 
levards; enfin,  pimr  l'Exposition 
universelle  di'  l«7H.  MM.  Daviond 
et  iîiHirdais  y  lia  tire  ni  le  bran 
palais  du  Trocadéro, 
grande-  salh-  dr  télés  n'; 
vice,  mais  rédliiliitoire 
acouslifiiie  déplorable. 

A  mi-c(Ue,  s'élèvent  I 


iMf  la 
in'nn 


sées  Guimet  et  Galliera;  li- 

premier,  coiisaiié  aux  monu- 
ments des  religions  et  de  l'an- 
tiquité orientales,  a  été  drinné 
h  l'État  par  son  fondaleur, 
M.   fluimel.   M'""   do    (iallicra  a 

donné  à  la  Ville  un  holel  charmant  [lour  lui  permeUi'e  d'y  exposer  di's 
œuvres  d'art  —  nolarnnient  des  lapisseries  — qui  n'auraient  |ioinl  b'ur 
place  au  musée  Carnavalet.  Au  didà  de  la  rue  l'ierre-Chai-ron  serpenle 
la  vénérable  rue  de  Cliaillol,  aussi  luxueuse   vers  les  Cliam|)s-Klyséi's 


qu'elle  l'est  peu  dans  sa  parfie  occidentale, 
où  se  trouve  l'église  Saint-Pierre,  monument 
sans  caractère,  de  la  fin  du  xvn''  siècle. 

Nous  avons  dit  plus  haut  l'origine  de  la  place 
des  Eliils-Unis;  elle  date  de  1883  et  est  devenue  le 
centre  de  la  colonie  américaine.  Le  i"^  décem- 
bre 1893  y  a  été  inauguré  le  groupe  en  bronze  : 
Wiis/iiiu/l'in  et  La  Faycltc,  offert  à  la  Ville  par  le 
journal' r/ic  World. 

Un  décret  du  3  mai  19GÛ  a  approuvé  «  l'érec- 
tion à  Paris  d'une  statue  de  Washington  ».  C'est 
la  place  d'Iéna  qui  a  été  choisie  pour  la  rece- 
voir, et  l'inauguration  a  eu  lieu  le  3  juillet  sui- 
vant. Cette  statue  équestre  est  ofl'erte  à  la  Fiance 
par  un  groupe  de  dames  américaines. 

Sur  la  même  place,  se  voit  l'hôtel  construit 
pour  l'ancien  président  de  la  République,  Jules 
Crévy. 

Vin  has,  sur  le  quai,  là  où  est  mainlenant  la 
iiKinutention  militaire,  Louis  XIII  avait  fondé  la 
Savonnerie,  manufacture  de  tapis  orientaux, 
d'où  sortirent  d'admirables  produits,  dignes  des 
(iobelins,  jusqu'au  moment  où  elle  fut  réunie  à 
sa  sœur  aînée  du  faubourg  Saint-Marceau,  c'est-à- 
dire  en  1824.  A  côté,  en  remontant  vers  Paris, 
c'était  la  marbrerie,  dépôt  des  marbres  du  roi 
—  et  plus  près  encore  de  la  barrière,  sur  l'em- 
placement actuel  de  la  pompe  à  feu,  les  frères 
Périer  avaient,  en  1778,  construit  la  première 
grande  machine  élévatoire  de  Paris,  refoulant 
l'eau  de  la  Seine  jusqu'aux  réservoirs  de  la 
montagne  de  Chaillot.  Ce  n'était  que  de  l'eau  de 
Seine,  mais  il  fallait  savoir  s'en  contenter  : 
après  la  disparition  des  réservoirs,  la  pompe  à 
feu  est  elle-même  appelée  à  une  destruction  prochaine. 

L'avenue  Kléber  reprvsenle  le  tracé  du  mur  des  fermiers  généraux; 
elle  s'est  appelée  longtemiis  avenue  du  Roi-de-Rome.  Ce  serait  une 
erreur  do  croire  que  la  rue  de  Longrhnmp  doit  son  nom  à  l'aMiaye 
célèbre  du  bois  de  Boulogne;  les  textes  permettent  d'affirmer  qu'il 
y  avait  au  xvii*'  siècle  à  Chaillot  un  lief  de  Longchamp.  De  lautre 
côli''  de  l'avenue  Kléber,  le  terrain  est  très  inouveineiilé,  malgré 
d'énormes  travaux  de  nivellement,  surtout  du  côté  des  rues  Copernic 
et  de   Lauriston,   où   il   domine  l'avenue  Victor-Iliigo. 

(Jiiel(|iies  mots  en  lenniiiant 
sur  le  parcours  du  chemin  de 
fer  de  Ceinture  dans  le  XVI'"  ar- 
rondissement. Après  la  station 
de  la  Porte  Maillot-Neuilly,  (pii 
appartient  au  XVII"  arrondisse- 
ineiit,  il  se  ]ioiirsuil  en  tranchées 
sur  quatre  voies,  l't  dessert  les 
stations  de  l'Avenue  du  Bois- 
de  Boulogne  et  di^  l'Avenue 
Henri  Martin.  Au  delà  de  cette 
dernière  station,  se  détachent,  à 
ih'oile  et  à  gauche  des  V(des 
d'Auteuil,  celles  de  la  ligiii'  du 
t^hauip-dc-Mars-inv.ilidi's  (jue 
nous  avons  déjà  i-enconlri'e  dans 
Passy.  Les  trains  d'Aiileiiil  e(  d(> 
la  Ceintiire  suivent  siirdeux  voies 
une  tranchée  (|iie  siirpjoiiihe  à 
gauche  le  i.uiilev.iid  Kiiiil.'- 
Aiigiei-,  à  droite  le  |iaic  di'  la 
Miielle.  Après  la  slalicni  de 
Passy,  une  perspective  des  plus 
riantes  s'ouvre  sur  le  Itanelauli  ; 


lUVlEI.    l)V.   JUMOS    GHfjVy,    IM.ACI',   DII'CNA. 


pill 

jiis(|u'aux 

d'Auteuil, 

reiiildai.    I.< 

Si-lll    celle    L 


une  il 


liani'lii' 


ds     dt 


<ôlé 
1 


viailur    du  Poiiit-dil-toiir,   d'où    la    ' 
le  la  ligne  et  atleii;iieMl    la  station 
r   le  viaduc  niènie,  au   delà  de  Lopndle, 
nt  dipul  nous  avons  pai  h',  ils  pi'neiiciil 


la  gare 
elle  déhoucheen 
trains  qui  di'pas- 
■  s'c'ngagent  alors 
ne  est  eliarniaiile  des  deux 
lu  Point-du-Jour,  inslalli''e 
l'rauchissant  la  Seine  sur  le 
dans  le  XV"  arrondisseiueiit. 


PARIS   -   SEIZIÈME    ARRONDISSEMENT 


LLp:         AVENUE i"""-:""""" GRAfiar" ARfs^c  >'^^'*"j    p^      ^  ï     /^^ 


"*  '    ^Pt*;ôr3'trfa 

» 

•<''Wf 

-^ 

u 

^ . 
•§ 

o 

««-^ 

/ 

../' 
'.^^' 

0  « 

'o'-. 

Chcnm     c'e     Best 

J.7,         ,„  '^ 

<?         ' 

PQ  1 

PABIS-AT  LAS 


Pbot.  NéorUeia. 


ARC    DE    TRIOMPHE    DE    L'ETOILE. 


BATIGNOLLES-MONCEAU.  —  cv  .vxmi^n  -.  les  ternes.  -  66- quartier     la  plaine-monceau. 

07'^  (aARTiicR   :    BATIGNOLLES.  —  (18=  oiartif.r  :    LES    ÉPINETTES. 


IMITROPRE  des  opulenls  VIII'^  et  XVI'=,  contigu 
à  ri'li'gant  Neuilly,  au  populeux  l.evallois,  alié- 
nant à  Montmartre  qui  lui  donna  la  vie,  le 
XVII"  arrondissement,  dit  Batignolles-Monceal', 
ofTre  un  rellet  exact  de  voisinages  si  divers  : 
opulent  et  élégant  dans  la  Plaine-Monceau,  la- 
boiieux  et  populeux  aux  Ternes  et  à  BatignoUes, 
industriel  et  ouvrier  aux  Épinettes. 

1, 'avenue  de  la  (irande-Armée  le  sépare  du  XV!'; 
l'avenue  df  WaL'iam,  Irs  boulevards  de  Courcelles  et  des  Batignolles 
II"  séparent  des  Vlir=  et  IX=  arrondissements;  l'avenue  de  Saint-Ouen, 
du  XVIl";  enlin,  les  fortifications  lui  sont  une  limite  naturelle. 

Il  est  d'une  grandeur  moyenne  :  4'ii3  hectares.  C'est  même  le  jilus 
petit  des  arrondissements  formés  par  l'annexion  de  18G0;  en  revanche, 
il  comiite  plus  de  185,000  habitants;  et,  parmi  ces  arrondissements, 
le  XVllI"  seul  a  une  population  supérieure.  Si  l'on  veut  poursuivre  les 
coinjiaraisons,  il  faut  dire  encore  iju'il  n'y  a  pas  à  Paris  de  quartier  de 
création   plus  récente    que   ceux   qui   composent   le   XVll-'  arrondissc- 

P  ahis-Ati.as. 


ment.  A  part  l'agglomération  des  Ternes  qui  peut  prétendre  à  quelque 
notoriété  historique,  tout  le  reste  du  territoire  était  encore  eu  culture 
il  y  a  un  siècle. 

be  même  (]ue  les  trois  arrondissements  qui  le  suivent  dans  Tordi'e 
numérique,  celui-ci  a  été  formé  en  1860  aux  dépens  de  communes 
surhurbaijies  :  Xeuilly  a  fourni  les  Ternes,  jusqu'à  la  rue  de  Cour- 
celles, et  Clichy  (l.evallois-Perret  n'existait  pas  encore  en  tant  que 
commune^  les  trois  autres  quartiers  qui,  nous  le  verrous  plus  loin, 
avaient  éié.  dès  l!<30,  constitués  en  commune  distincte. 

Quartier  des  Ternes.  —  N'en  déplaise  aux  habitants  des  Ternes, 
ils  ne  sauraient  se  prévaloir  de  l'origine  romaine  que  des  sa>-ants 
avaient  proposée  pour  expliquer  le  nom  de  leur  localité.  On  avait  dit 
quelle  était  située  tenio  milliario.  au  troisième  mille  de  P;uis.  11  faut 
renoncer  à  cette  étymologie  lointaine,  depuis  que  des  chartes  latines 
du  xiv°  siècle  ont  "été  retrouvées,  où  le  lieu  est  dit  eiV/a  eslerna  ou 
cïterna,  domaine  extérieur,  dépendant  des  terres  que  l'évèché  de  Paris 
possédait  au  Houle  et  ù  la  Ville-l'Évèque.  C'éUit,  tout  simplement, 
une  ferme.  " 

17 


PARIS- ATLAS 


Urne  m.''mo  îles  Ternes,  une  e;il;islroplie 
déplorable.  Los  chevaux  de  la  voilure  qui 
cùnduisait,  le  13  juillet  18'i2.  au  château 
de  Neuilly  le  fils  aiiié  de  I.ouis-Philippe, 
Ferdinand,  duc  d'Orléans,  prirent  peur  et 
s'emballèrent  non  loin  de  la  porte  Mail- 
lot. Le  prince  effrayé  crut  échapper  au 
danger  en  sautant  en  bas  de  sa  voiture 
le  lit  si  malheureusement  qu'il  y  trouva 
"a  mort.  Les  habitants  des  Ternes  mirent, 
en  signe  de  deuil,  leur  nouvelle  église 
sous  le    vocable   de    Saint-Ferdinand, 


Devant  cette  ferme  passait  un  grand  chemin  qui  a 
du  exister  de  toute  antiquité  :  la  route  de  Saint-Ger- 
main. L'avenue  des  Ternes  n'en  est,  en  effet,  qu'une 
section,  prolongée  vers  Paris  par  le  chemin  du  Roule 
et  la  «  grant  rue  Saint-Honoré  ». 

Au  XVI'  siècle,  à  côté  de  la  ferme  s'éleva  un  château, 
construit  par  une  famille  berrichonne,  les  Habert,  qui 
se  le  transmirent  jusqu'en  1663.  Ils  avaient  obtenu  par 
lettres  patentes  de  1634,  bien  que  leur  maison  ne  fût 
point  un  fief,  «  le  droit  d'avoir  colombier  à  pied  et 
pont-levis  en  ladite  maison  des  Ternes»,  mais  sans  que 
le  propriétaire  «  puisse  néantmoins  prétendre  aucun 
droit  de  seigneur  autant  plus  grand  que  ceux  dont  il 
jouissoit  avant...  »  En  1713,  le  château  fut  acheté  par 
Mirey  de  Pomponne,  conseiller  du  roi,  qui  le  fit  rebâtir  et  y  mourut.  Les 
registres  paroissiaux  de  Villiers-la-Garenne  mentionnent  n  le  décès  de 
messire  Poraponne-Mirey,  en  sa  maison  des  Ternes  »,  le  21  avril  1740,  à 
l'âge  de  soixante-cinq  ans  ou  environ.  Divers  possesseurs  lui  succédèrent 
jusqu'à  la  Révolution  :  René  Masse,  conseiller  du  roi,  mort  en  1766; 
M.  de  La  Live,  le  marquis  de  Galiffet,  prince  de  Martigues.  Depuis,  le 
percement  de  plusieurs  rues,  la  création  du  chemin  de  fer  de  Ceinture, 
des  aliénations  de  terrain,  ont  réduit  le  domaine  à  n'être  plus  qu'une 
simple  maison  bourgeoise  ;  mais  ce  qu'on  a  pu  conserver  de  la  construc- 
tion de  Pomponne  lui  donne  encore  grand  air,  et  c'est  pour  le  prome- 
neur une  charmante  surprise  que  de  se  trouver  tout  d'un  cou|)  en  face 
de  l'arcade  recouverte  de  lierre  sous  laquelle  passe  la  rue  Bayen. 

Après  la  Révolution,  !c  hameau  des  Ternes  se  peupla  rapideuicut.  Le 
mur  d'enceinte  des  fermiers  généraux  l'avait  isolé  de  Paris; 
il  dépendait  de  Neuilly  qui,  lui-même,  bien  dill'érent  alors  de 
ce  qu'il  est  devenu,  avait  toute  son  agglomération  et  ses  édi- 
fices municipaux  —  église  et  mairie  —  non  loin  de  la  Seine. 
Les  Ternes  tirent  cause  commune  avec  le   qiiarliei    neuf  de 
Sablonville  et  déclarèrent  tout  net  que  se  trouvant  trop  éloi- 
gnés du  centre  de  la  commune,  ils  allaient 
demander  au  gouvernement  la  création  en 
leur  faveur  d'une  municipalité.  Cela  se  pas- 
sait aux  environs  de  1830.  Neuilly  s'en  émut, 
ainsi  que   l'atteste  le  procès-verbal  d'une 
séance  du  conseil  municipal  tenu  le  8  août 
1833,  où  une  compensation  fut  promise  aux 
Ternes. 

Et,  en  effet,  l'année  suivante,  était  entre- 
prise la  coDstructiûu  de  la  mairie  à  Sa- 
blonville. 

La  «  section  »  des  Ternes  avait  quelques 
droits  à  se  montrer  exigeante;  elle  comp- 
tait alors  8,000  habitants.  Une  sorte  de 
hangar  servait  de  chapelle.  L'impasse  dite 
iiiijourd'hui  avenue  de  la  Chapelle,  tout 
près  de  la  barrière,  en  rappelle  l'emplace- 
jnent.  La  commune  de  Neuilly  vota  les 
fonds  nécessaires  jiour  la  remidacer  par 
une  véritable  église.  L'n  terrain  fut  acheté 
au  marquis  d'Armaillé  en  1842;  les  plans 
dressés  par  l'architecte  Lequeux  furent 
agréés  :  une  église  s'éleva.  Elle  élail  à  peine 
commencée  lorsque  survint,  sur  le  terri- 


1 


ftr.T.i 


PERSPECTIVE    DE    I/AVENVE    DE    WAGKAM. 


saint  fort  obscur,  mais  patron  du  malheureux  duc  d'Orléans. 
Cet  édifice,  ni  beau  ni  laid,  a  été  considérablement  agrandi,  de  1875 
à  1877,  par  les  soins  des  architectes  Vaudremer  et  Rray.  Disons,  en 
passant,  que  ce  dernier  était  adjoint  au  maire  de  Neuilly  et  qu'une  rue 
du  quartier  des  Ternes  porte  son  nom,  mal  orthographié,  Brey.  De 
pareilles  erreurs  seraient  à  peine  excusables  s'il  ne  s'agissait  pas  d'un 
homme  qui  vivait  encore  il  y  a  vingt-cinq  ans. 

Une  plaque  de  marbre,  à  droite  de  la  porte  de  l'église,  porte  une 
inscription  relatant  que  ces  travaux  d'agrandissement  furent  solen- 
nellement bénis,  le  7  novembre  1878,  par  l'archevêque  de  Paris. 

La  ville  des  Ternes,  si  avide  d'autonomie  en  1833,  n'avait  plus  du 
tout  les  mêmes  sentiments  en  1859,  lorsqu'elle  fut  consultée  —  pour 
la  forme  —  sur  son  annexion  à  Paris.  Sa  commission  syndicale, 
composée  de  sept  propriétaires,  émit  un  vœu  très  favorable 
et  alla  même  jusqu'à  regretter  que  la  totalité  du  territoire  de 
Neuilly  ne  fût  pas  compris  dans  cette  mesure.  Voici  les  rai- 
sons qu'elle  en  donnait  : 

Celle  extension,!  laquelle  on  s'élail  généralement  allondn,  j;aranlirait 
1  I  seclion  des  Ternes  contre  le  toit  rpr<lle  csl  menacée  d'éprouver  en 
ce  que  le  peu  d'espace  qu'elle  offre  fi  parcourir 
pour  passer  la  nouvelle  enceinte  pourra  provoquer 
lemigralion  d'un  certain  nombre  d'habitants  clicr- 
thanl  à  se  soustraire  aux  nouveaux  droits U'ociroi. 
elle  auiail,  d'aillcuis,  ravanlaj;o  de  conserver  le 
splenilide  oiisemblc  de  promenades  établies  ou  à 
élablir  depuis  les  boulevards  de  Paris  jusqu'au 
bois  de  Boulogne,  lequel  s'y  liouveiait  dolinili- 
vcmcid  compris  :  liarmonie  qui  peut  être  délruile 
si  la  nouve/l.e  enceinte  vient  séparer  irrévocable- 
ment deux  sections  qui  semblent  avoir  beaucoup 
à  gagner  à  ce  projet  en  restant  réunies... 

(Arcb.  nat.  V.  sTOOl.) 

Pour  valables  que  fussent  ces  arguments, 
ils  ne  prévalurent  pas.  Les  Ternes  seuls 
furent  incorporés  à  Paris. 

Nous  avons  dit  ailleiiis  ([uelles  furent  les 
origines  de  l'avenue  des  Champs-Elysées 
el  de  la  place  de  l'Etoile.  Lor.s(|ue  celle-ci 
fui  formée,  en  1070,  il  s'en  fallait  qu'elle 
I  fil  son  as|ie(l  d'aujouririiui.  C'était  une 
bulle  pointue  irrégulièremeiil,  el  i|ui  bar- 
rait désagn'ablement  la  perspective  des 
Tuileries.  On  nf  songea  guère  à  »  rapi)ro- 
SAlN  1 -l'EHDINANn.  fiMidir  •,  c'esl-à-dire  à  l'aplanii.que  lors  dit 


D 1  x-s !•:  1'  1 1  !■: M J-:   a  u i*.  o >  d  i  s .< !■: .m  i:; .n  t 


-   17." 


nouveau  remaniement  des  Cliamps- 
Élysî'es  et  de  la  place  de  la  Concorde, 
l'dur  faire  pendant  à  la  statue  de 
I.iiuis  XV'  qui  décorait  celle  dernière, 
du  nombreux  projets  furent  mis  en 
avant  par  les  inventeurs.  L'un  des 
plus  bizarres  est  celui  qu'en  1738  pro- 
posa l'ingénieur  HibarL  de  Cliamoust 
sous  ce  titre  :  Uéléphant  trimnjtiud ; 
(jrand  kiosque  n  la  gloire  du  roi.  Il  s'agis- 
sait d'un  éléphant  monumental,  sinon 
triomphal,  surmonté  de  la  statue  du 
roi.  Mais  laissons  parler  l'inventeur  : 
«  Tout  y  paroit  vivant,  et  l'animal  ne 
semble  arrêté  que  pour  se  di'>saltérer 
à  une  fontaine  qui  fait  avec  lui  la  tète 
<rune  riche  cascade.  11  scroit  posé  sur 
une  terrasse  percée  de  toutes  parts 
par  des  galeries  qui  donneroient  accès 
à  des  escaliers  menant,  dans  l'inté- 
rieur, à  de  vastes  appartemens.  » 
Vers  le  poitrail,  des  salles  de  bain;  à 
l'extrémité  opposée,  une  salle  à  man- 
ger merveilleuse.  Puis,  entre  les 
épaules,  une  vaste  salle  se  terminant 
dans  la  tète  en  amphithéâtre,  avec  un 
trône.  «  Cet  endroit,  ajoute  Ribart, 
conviendroit  on  ne  peut  mieux  pour 
l'administration  de  la  justice,  pour 
tenir  des  assemblées,  donner  des  con- 
certs et  des  fêtes.  On  y  entendroit  les 
concerts  d'oiseaux  invisibles  comme 
dans  les  lieux  enchantés  que  décrit  la 
Fable,  et  par  des  trous  ménagés  dans 
les  oreilles  et  garnis  de  cornets  acous- 
tiques et  de  porte-voix  les  harmonies  d(_'s  inslruniens  se  répandroient 
au  loin  dans  la  campagne,  tandis  que  des  renommées,  grâce  aux  plis 
savamment  ménagés  dans  leurs  vètemens,  où  l'air  s'engouffreroit, 
augmenteroient  l'intensité  des  sons.  » 

La  réalisation  de  cette  drôlerie  architecturale  nous  a  été  heureu- 
sement épargnée.  Sur  ces  entrefaites,  un  autre  ingénieur,  homme  de 
talent  celui-Uà,  Perronet,  fut  chargé  de  la  construction  d'un  pont  en 
pierre  sur  la  Seine  à  Neuilly.  Il  avait  été  décidé  qu'on  le  mettrait  dans 
l'axe  de  l'Étoile  et  de  la  place  de  la  Concorde  par  l'ouverture  de  l'ave- 
nue actuelle  de  la  Grande-Armée  et  de  celle  de  Xeuilly.  Perronet  et 
.Soufflet,  l'architecte  du  Panthéon,  furent  invités  à  étudier  de  nouveau 
les  moyens  d'aplanir  la  butte  de  l'Étoile:  leur  travail  aboutit  au  nivel- 
lement actuel,  qui  est  des  plus  harmonieux.  11  dura  de  1768  à  1774. 
On  y  employa  les  «  pauvres  valides  »  de  Paris,  qui  ne  gagnaient  que 
quinze  sous  par  jour.  Le  ministre  de  la  maison  du  roi  dut  écrire,  en 
juillet  1772,  à  l'entrepreneur  chargé  du  travail,  de  relever  un  peu  les 
salaires  «afin  de  ne  point  faire  crier»  (Arch.  nat.,  0'  lu91).  Les  textes 
ne  disent  pas  si  ledit  entrepreneur  trouva  de  son  goût  ce  procédé  pré- 


LE   CHANT 

Par  RcDE  (Arc  de 


ventif  contre  les  grèves,  mais   il   esl 
certain  qu'il  y  obtempéja. 

Le  motif  de  décoration  du  centre  de 
la  place  n'était  toujours  pas  trouvé.  Le 
ministère  de  l'Intérieur  le  mit  au  con- 
cours le  22  octobre  1798,  et  iM-ize  pro- 
jets furent  déposés  le  20  janvier  sui- 
vant. Dans  le  nombre  devait  se  trouver 
celui  que  son  auteur  a  décrit  de  la  façon 
suivante  dans  le  Journal  de  PnrU  du 
7  germinal  an  VIll  : 

Aux  rcdaclears  du  journal. 
(!;iloyens,  lorsqu'il  est  aujourd'hui  5i  fort 
qiie.slion  de  colonnes,  il  me  sera  sans  doute 
permis  de  parler  de  celle  (jue  depuis  dix  ans 
j'ai  projeté  sur  le-planade  de  l'Ëloile  et 
dont  le  tableau  est  dt-posé  dans  les  bureaux 
du  ministre  de  l'Inlérieur. 

Celle  colonne,  aperçue  à  plusieurs  lieues 
â  la  ronde,  offriroit  en  face  de  la  (n-ande 
allée  du  jardin  des  Tuileries  un  point  de 
vue  d'autaut  plus  agiéable  que  de  sa  base, 
par  les  eaux  de  la  pompe  de  Chaillot,  je 
trouve  le  moyen  de  former  une  cascade  de 
20  pieds  de  largeur  sur  autant  de  hauteur. 
Celle  eau  renlreroit  dans  les  tuyaux  du  ser- 
vice ordinaire  de  la  pompe,  mais  j'en  cm- 
pnuite  une  portion  pour  former  l'île  des 
i  Peupliers,  projetée  dans  les  Champs-Elysées 
pour  y  recevoir  la  statue  de  J.-J.  Rous- 
seau el  pour  servir  aussi  d'école  de  natation. 
J  Sur  le  sommet  de  ma  colonne,  je  place 

une  horloge  dont  le  cadran  à  jour  éclairé 
en  dedans  indiquera  l'heure  de  la  nuit  el 
serviroit  d'une  espèce  de  fanal,  tandis  que, 
le  jour,  l'ombre  porlée  de  la  colonne  sur  le 
pavé  feroit  les  fonctions  d'un  méridien.  On 
y   placeroit  eiir/ore   un  point  télèyrapliique. 

Tant  d'utilité  joinl  à  ragiémeiit  de  la  perspective  sur  le  fond  de  l'horizon  me 
paioit  devoir  méiiter  ratleiition  du  gouvernement,  comme  ces  deux  projets  ont 
déjà  obtenu  le  suffrage  de  beaucoup  de  gens  de  goùl  qui  en  ont  eu  connaissance. 


DU  DÊPAnT 

triomplio  de  l'Étoile). 


Salut  et  aniilié 


L  H.  E. 


11  ne  fut  pas  plus  agréé  que  les  douze  autres.  C'est  Napoléon  qui 
parla  d'un  arc  de  triomphe.  Ses  désirs  étaient  des  ordres.  L'archi- 
tecte Chalgrin  fit  le  plan  et  entreprit  la  construction,  dont  la  première 
pierre  fut  posée  le  15  août  1806.  L'œuvre  devait  durer  trente  ans.  puis- 
qu'elle ne  fut  inaugurée  que  le  30  juillet  1836,  après  une  dépense 
tolale  de  9.303..o07  l'r.  79. 

L'Arc  de  triomphe  de  l'Étoile  est  un  des  monuments  qui  font  le  plus 
d'honneur  à  Paris,  par  l'ensemble  et  par  le  détail.  Les  sculptui-es  dont 
il  est  décoré  sont  très  heureusement  traitées.  On  s'accorde  à  y  admirer 
surtout  le  haut  relief  de  Rude,  Le  Départ.  Si  les  pierres  pai'laient,  celles-là 
sans  doute  diraient  quelle  fut  leur  tristesse  lorsque  par  trois  fois 
s'arrêta  devant  elles  l'humiliant  défilé  des  troupes  de  l'invasion  — 


LE    CIIATE.\U    DES    TERNES,    RUE   BAYEN. 


LL   lIIATEAU    M;s    IKU.N] 


176 


PARIS -ATLAS 


VUE    DE    I.A    PEACE    PEREIRE- 


quelle  fut  leur  fierlé  à  abriter  de  leur  ombre  le  catafalque  de  notre 
crand  Victor  Hugo. 

I/avenue  de  la  Grande-Armée,  dont  nous  venons  d'indiquer  l'origine, 
ne  porte  cette  dénomination  que  depuis  1864;  avant,  c'était  l'avenue  de 
la  Porte-Maillot,  puis  de  Neuilly  et  route  nationale  13,  de  Paris  à 
Cherbourg.  Oa  y  remarque  une  église  protestinte;  on  y  remarque 
encore,  et  surtout  aux  beaux  jours,  une  incroyable  profusion  de  bicycles, 
tricycles,  motocycles,  automobiles  de  tout  genre,  dévalant  vertigineu- 
sement vers  la  porte  Maillot,  à  la  grande  frayeur  des  piétons,  malgré 
le  «  chemin  cyclable  ". 

Trois  autres  avenues  descendent  du  rond-point  de  l'Etoile  vers  les 
Ternes;  les  deux  premières  portent  les  noms  de  Carnot  el  de  Mac- 
Mahon,  qui  sont  ceux  de  deux  présidents  de  la  République,  mais  il  est 
à  noter  que  l'avenue  Carnot  a  été  ainsi  dénommée  ,en  1880)  en  l'hon- 
neur du  premier  des  Carnot,  celui  de  la  Révolution.  Les  mémoires  de 
l'aii'ul  et  du  petit-fils  sont  maintenant  confondues  dans  un  hommage 
(lareil.  L'avenue  de  Wagriim,  jusqu'au  rond-point  des  Ternes,  fut  à 
l'origine  le  boulevard  de  l'Étoile,  et,  dans  cette  courte  section,  séparait 
Paris  de  Neuilly.  Elle  a  donné  son  nom  à  une  salle  célèbre  dans  le 
monde  des  réunions  publiques  et  de  la  chorégraphie  populaire,  la  salle 
Wagram  ou  bal  Dourlans.  Quelle  n'a  pas  été  la  stupeur  des  membres 
de  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres  lorsqu'ils  apprirent,  le 
3  novembre  1899,  que  feu  Dourlans  venait  de  leur  léguer  son  immeuble 
en   toute  propriété!   Et  nous  devons  ajouter   que  le  legs  fut  accepté. 


LIIOTEI.    flAILLAnn,    PI-ACE    M  A  LES  II  EU  DES. 


Il  semble  que  l'on  ail  débaptisé,  pour  le  plaisir  de  le  faire,  les  noms 
que  portaient  les  rues  qui  vont  du  boulevard  de  Courcelles  au  boule- 
vard Pereire,  et  cela  sans  grand  avantage  :  la  rue  de  l'Arcade  est 
devenue  rue  Bayen;  la  rue  de  la  Chaumière,  rue  Laugier;  la  rue  Lom- 
bard, rue  Rennequin;  la  rue  de  Vjlliers,  rue  Guersanl.^t,  entre  le  chemin 
de  fer  et  les  remparts,  la  rue  de  Louvain,  rue  Guillaume-Tell  ;  la  rue 
.Saint-Claude,  rwe  Galvani,  la  rue  de  la  Fontaine-des-Ternes,  rue  (THclio- 
polis.  N'ous  regrettons  parliculièrement  ce  dernier  vocable,  dû  à  une 
source,  aujourd'hui  tarie,  dont  tout  le  canton  avait  pris  le  nom. 

L'ouverture,  en  1834,  du  chemin  de  fer  d'Auteuil,  comme  on  disait 
alors,  donna  un  renouveau  de  vie  à  cette  région.  Le  boulevard  Pereire, 
la  idace  Pereire,  que  seule  la  Compagnie  des  omnibus  s'obstine  à  nom- 
mer encore  place  Courcelles,  se  bâtirent  de  jolies  maisons  et  reçurent 
le  nom  de  la  riche  famille  qui  avait  compris  quel  avenir  le  quartier 
présageait.  Ses  espérances  ont  été  certainement  bien  dépassées,  et 
cependant,  encore  aujourd'hui,  les  voyageurs  du  chemin  de  fer  bénéfi- 
cient, pour  la  station  de  Courcelles-Levallois,  d'une  légère  réduction  de 
tarifs  imposée  lors  de  la  création  de  la  ligne,  pour  attirer  la  foule.  Il 
était  charmant,  ce  boulevard  Pereire,  dans  la  traversée  des  Ternes, 
grâce  aux  talus  ombragés  du  chemin  de  fer,  qui  faisaient  là  une  lon- 
gue allée  de  verdure.  La  hache  impie  de  l'industrie  l'a  détruite  à 
l'automne  de  1897,  afin  de  permettre  l'établissement  des  deux  voies  de 
la  ligne  de  Courcelles  au  Champ-de-Mars.  Les  riverains  protestèrent 
énergiquemeut,  ofl'rirent  de  contribuer  de  leurs  deniers  à  la  couver- 
ture de  la  tranchée,  comme  on  l'a  fait  si  heureusement 
pour  le  canal  .Sainl-Marlin  au  boulevard  Uichard-Le- 
noir  :  ia  Compagnie  de  l'Uuest,  plus  positive  qu'éprise 
d'esthétique,  se  boucha  les  oieilles  et  ne  voulut  riei: 
entendre. 

Le  boulevard  Gouvuin-Sainl-Cijr  a  toute  une  histoire, 
qui  n'est  pas  celle  du  maréchal  dont  il  porte  le  nom 
depuis  180'i.  Une  sédition  avait  éclaté  à  Paris  en  1750; 
Louis  XV,  furieux  contre  sa  capitale,  décida  de  la 
mellre  en  (|iiarantaine  et  d'éviter  d'y  passer  pour  aller 
de  Versailles  à  Conipiègne.  C'est  alors  qu'il  fit  faire  la 
roule  qui,  de  Neuilly  à  Saint-Denis,  recul,  en  souvenir 
de  c:ette  origine,  le  nom  de  route  de  la  Révolte.  Le 
tiacé  des  forlilicalions  fil  entrer  dans  l'enceinte  la 
section  représentée  aujourd'hui  par  le  boulevard 
Gouvion-Saint-Cyr,  que  l'on  nommait  aloi's  rue  Mili- 
taire. Depuis  la  guerre  de  1870,  le  rempart  a  été  muié 
aux  deux  extrémités  de  cette  vole,  qui  est  devenue 
ainsi  exclusivement  parisienne  et  on  a  ouvert,  de 
l'autre  côté  du  glacis,  une  section  de  la  route  de  la 
Révolte  correspondant  à  l'ancienne  rue  Militaire;  c'est 
celle  i|ue  suit  h'  Iramway  de  la  Madeleine  à  .Neuilly. 
(Jui  connaît  maintenant  le  n<ijn  de  Bclidur,  donné 
en  1867  à  l'ancienne  rue  [des  Monlagni's,  |uoche  de  la 
porte  des  Ternes,  et  pourquoi  avoir  aboli  la  précé- 
denli'  dénomination"?  Rididur,  d'après  la  Numenctature 
des  voies  j>ubliijues,  fui  un  ingi'liieiii' hydrographe  (1607- 
1761).  yuant  aux  montagnes,  elles  élaient  .simph'inenl 
lusses  el  faisaient  merveille  dans  ces  lointains  pa- 
rages, vers  l'année  1816.  Encore  un  souvenir  pitto- 
re>que    (|u'on    a    eu    tort    d'ell'acer;    il    y   avait    bien 


D I X  -  s  E l' T I  !•:  M  i:    A  I!  I',  T)  N  DISSE  .ME  N  J 


177 


d'nutrcs  luos  à  olîrii'  on  pairainase 

•1    lirli.l.i]'. 

Quartier  de  la  Plaine  Mon- 
ceau. —  l'^ii  coriMjllaiil,  l'Al/'is  da 
//('jiarteiiicnl  de  la  Seine,  gravô  par  l,o- 
lï'vre  en  18u0,  on  se  rend  compte 
(|uc  tout  le  réseau  de  voies  l'-lé- 
t,'antes  qui  sillonnent  la  plaine 
Monceau  n'existait  pas  alors,  nir-nie 
en  projet.  C'était  bi<'n  récllciiirnt 
une  jjlaine  en  culture  lorniant  deux 
cantons  de  terre,  nommés  les  Cou- 
tures-Sainte-Catherinc  et  les  I.oii- 
gues-lîaies.  La  seule  partie  habili':' 
était  la  rue  de  Lévis,  formant  uiir 
partie  de  la  route  de  Paris  à  Ar- 
genteuil.  Tout  le  quartier  a  donc 
pris  naissance  sous  le  second  Em- 
pire. Au  cours  des  dernières  an- 
nées, il  s'est  créé  un  groupe  d^' 
constructions  neuves  sur  l'empla- 
cement de  l'ancienne  usine  à  gaz, 
à  gauclie  de  la  rue  de  Courcelles,  et 
cette  rue  même,  entre  le  boulevard 
de  Courcelles  et  la  place  Pereire, 
s'est  bordée  de  riches  maisons. 

Dès  le  moyen  âge,  le  hameau  de 
Monceau  était  composé  dos  habita- 
lions  des  laboureurs  de  la  plaine. 
Son  nom ,  qui ,  dans  les  chartes 
latines,  eut Monlicellam,  signifie  évi- 
demment petite  hauteur,  un  dimi- 
nutif de  montagne,  et  en  fait,  la 
seigneurie,  dont  le  dernier  vestige 

subsiste  par  le  parc  Monceau,  était  bien  située  sur  la  colline  qui  do- 
mine le  nord-ouest  de  Paris.  Par  une  corruption  assez  singulière,  on 
l'appela  communément  Mousseaux,  et  c'est  ce  qui  a  fait  croire  au 
savant  abbé  Lebouf  qu'il  devait  cotte  appellation  ;i  l'abondance  de  la 
mousse.  Il  n'en  est  rien.  Jeanne  d'Arc  lit  à  Monceau  l'honneur  d'une 
visite.  C'est  Martial  d'Auvergne,  un  chroniqueur-poète  contemporain, 
qui  le  relate  dans  ses   Vigiles  de  Cliarles  Vil  : 

Le  lendemain,  grand  compagnie 
De  l'os  des  François  à  Monceaux 
S'en  vindrent  l'aire  une  saMlie 
Jusques  au  marché  aux  pourceaux. 

Le  marclié  aux  pourceaux  était,  comme  on  sait,  près  de  la  porte 
Saint-Honoré  du  temps   de  Charles  V,  c'est-à-dire   vers  l'endroit  où 
l'avenue  de  l'Opéra  prend  naissance  sur  la  place  du  Théâtre-Français. 
La  rue  de  Lévis  a  gardé  le  nom   d'une  famille  qui  possédait  la  sei- 
gneurie de  Monceau  au  xviu"  siècle;  elle  a  conservé  aussi  un  aspect 

faubourien  qui  jure 
avec  les  élégances 
voisines. 

Dans  la  rue  de  Toc- 
queville  se  trouve  la 
maison  principale 
de  l'Hospitalité  de 
nuit.  .V  rani;le  im- 
mé  par  cotte  rue  ot 
la  rue  Lcon-Cosnard 
est  un  petit  square 
orné  d'une  statue 
en  bronzr  d'Alain 
Chartier,  qui  porte 
la  signature  de 
M.  Mancel  et  la  date 
de  1892. 

Rien  de  curieux 
comme  le  contraste 
fourni  par  ce  quar- 
tier où  le  luxe  aris- 
tooralique  et  la... 
nu''diocrité  dos  logo- 
uiiMils  modestes  se 
coudoient.  La  rue  de 
la  Terrasse  en  est  uu 
exemple  frappant  : 
longue  soulomoiit 
LE  LYCÉE  CARNOT.  de  2V6  mètres,  elle 


ST.\TUE    D  ALE.\.\NDRE    DUMAS. 


otfre  des  loyers  de  200  francs  à 
l'une  de  ses  exlrémiU'-s  el  de  4,000 
à  l'autre.  11  en  est  de  rnéme  pour 
la  rue  Legendre  :  faubourienne  du 
cW:  de  Haligfiolles,  elle  devient 
somptueuse  après  avoir  croisé  la 
rue  de  Lévis.  On  y  voit  l'hôtel  de  la 
Konciature;  on  y  admirait  encore 
en  1894  le  charmant  hôtel  que  Mels- 
sonier  s'était  construit  au  coin  du 
boulevard  Malesherbes,  et  où  il 
mourut  le  31  janvier  1891. 

Le  point  de  croisement  du  bou- 
levard Malesherbes  et  de  l'avenue 
de  V'illiers  constitue  l'un  des  plus 
charmants  carrefours  de  Paris,  la 
place  MaUilicrhes.  Entouiée  d'hôtels 
de  styles  variés,  dont  le  plus  fas- 
tueux est  l'hôtel  Gaillard  qui  rap- 
pelle un  peu  la  façade  Louis  XII  du 
château  de  Blois.  elle  possède  lasta- 
tue  d'Alexandre  Dumas  père. 
la  doMiièro  il  tiès  b>-ll'-  o-uvro  de 
(iusiavo  Doré.  inau;:ur'-o  le  3  no- 
vembre 1883.  Elle  attend  pncore  un 
autre  monument  que  la  France  let- 
trée ne  tardera  pas  à  élever  à  l'au- 
teur de  La  Datne  aux  Camélia.!  et  de 
L'Etrangère.  Il  ne  sera  que  juste  de 
placer  le  (ils  en  face  du  père,  d'au- 
tant plus  juste  qu'.-Vlexandre  Dumas 
avait  pour  ce  quartier  une  alTeclion 
fidèle;  il  occupa  longtemps  l'hôtel 
qui  porte  le  n"  98  de  l'avenue  de 
Villiors,  puis  se  choisit  un  logis  moins  vaste,  rue  Ampère,  n»  11  : 
Marly  l'attirait,  et  c'est  là  que  la  mort  vint  le  frapper. 

Dans  une  de  ses  comédies,  L'Ami  des  femmes,  Dumas  a  fait  jouer  à 
son  cher  quartier  un  rôle  d'utilité.  Au  quatrième  acte,  .M.  de  Montègre, 
qui  a  eu  le  mauvais  goût  de  suivre  M™^  de  Simerose,  en  fait  la  confidence 
à  Mm»  Laverdet  :  «  Elle  a  pris  le  chemin  de  fer.  J'ai  monté  dans  un  autre 
compartiment  qu'elle.  Arrivée  à  Paris,  elle  a  pris  une  voiture  de  place 
et  s'est  fait  conduire  à  l'avenue  de  NVagram. 
M™<^  Laverdet.  —  Dans  les  nouveaux  quartiers? 
De  Montègre.  —  Oui.  Elle  s'est  fait  arrêter  devant  un  hôtel  portant 
le  n»  67...  ■>  Et  il  ajoute  que,  renseignements  pris,  <i  cette  dame  n'avait 
fait  que  traverser  la  cour  et  elle  était  sortie  par  l'autre  porte  don- 
nant sur  la  rue  des  Dames...  ■■  Notez  que  cette  rue  des  Dames  est    la 
rue  Poncelet   d'au- 
jourd'hui,   et     que 
L'A  mi    des    femmes 
date  de  1864;  d'où 
loxclamation     do 
M"«    Laverdet     : 
«  Dans  les  nouveaux 
quartiers  ?  » 

Il  ne  nous  appar- 
tient pas  d'énumé- 
rer  les  maîtres  écri- 
vain s ,  peintres, 
sculpteurs  qui  ont 
fixé  leurs  pénates 
dans  la  Plaine-Mon- 
ceau :  c'est  l'affaire 
du  Tout-Paris.  Cer- 
taines rues  meril  o  n  1 
une  observation 
liiruede  Monlchaniii. 
bordée  do  coquello.s 
demeures,  n'évoque 
guère  l'idée  du  con- 
tre minier  ot  usi- 
nier dont  elle  porto 
lo  nom.-  La  rue  du 
Priutenijis  doit  sa 
fondation  à  la  so- 
ciété qui  a  créé  lo 
magasin  do  nou- 
veautés du  mémo 
nom  :     l'avenue    des 


478 


PARIS -ATLAS 


C/tasscars  nippelle  le  temps  où  les  lapins  couraient  en   toute 
liberté  à  travers  la  plaine.  Des  artistes  :  Philibert  Delorme, 
Daubif/mj,  Mcissonier,  de  Neuville,  Furtuny,  Léon  Cogniet,  Baryc, 
Delnille  ;  des  savants  :  Ampère,  Legemlre,  Jou/froij,  Flachat, 
Brêmonlier,  de  Prony  ;  un   poète,  Tli.  de  Banville,  des   musi- 
eiens,    Gounod,  Lalo  ;   un   maréchal,  Bertkier ;  un   général, 
Gourgaud,  y  voisinent  en  parfait  accord;  —  Verniquet,  moins 
connu,  fut  fauteur  du  grand  plan  de  Paris,  dit  des  artistes, 
si  précieux  pour  l'élude  de  la  topographie  parisienne  à  la 
lin   du  xviii»  siècle  ;  J ulielle-Lamber  est,  comme  chacun  sait, 
le  pseudonyme  littéraire  de  M™°  Edmond  Adam.  Les  rues  de 
Lugelbacli  et  de  Thann  portant  les  noms  de  deux  villes  d'Al- 
sace, noms  choisis  par  le  propriétaire  des  terrains,  M.  Hert- 
zog,  qui  était  Alsacien.  MM.   Cardinel,  Guyoi  et  d'Offémont, 
propriétaires  également,  passeront  par 
leurs  rues  îi  la  postérité.  - —  Vavcnue  de 
Villiers,   elle,   perpétue  le    souvenir  de 
l'ancienne    paroisse    de    Villiers-la-Ga- 
renne,  confondue  depuis  cent  cinquante 
ans  avecNeuilly  qui  l'absorha. 

Au  centre  dr  la  [ilace  Wagram,  s'élève 
la  statue  d'Alphonse  de  Neuville, 
ceuvre  du  statuaire  Saint-\idal,  inau- 
gurée le  17  novembre  1880;  au  carrefour 
l'orme  par  les  rues  Verniquet,  riailinl 
et  Alphonse-de-Xeuville,  se  voit  le  buste 
de  l'ingénieur  Flachat. 

Le  quartier  contient  plusieurs  étnlilis- 
sements  d'enseignement  :  l'Ecole  des 
Hautes  Etudes  commerciales,  Imu- 
levard  MalesluTbes  :  Ir  lycée  Carnot, 
également  boulevard  Malesherbes,  créé 
par  décret  du  28  décembre  1894,  dans 
les  bâtiments  qu'avait  inaugurés  l'École 
Monge  en  1874;  —  l'Institut  commer- 
cial, avenue  de  Wagram,  fondée  par  des 
liarticuliers  en  188'i,  reconnu  par  lElat 
en  1892. 

L'église  Saint- François 'de-Sales 
suffit  comme  paroisse  à  ce  vaste  espace. 
Créée  en  1873,  elle  a  été  érigée  en  cure 
le  !''■  juilleH87o. 

C'est  sous  le  pont  du  carrefour  Verni- 
quet que  les  voies  du  chemin  de  fer  de  Ceinture  se  soudent  avec  celles 
de  la  ligne  d'Auteuil  qui,  ù  partir  de  ce  point,  est  doublée  jusqu'au 
delà  de  la  station  de  l'avenue  du  Trocadéro,  d'où  se  détache  la  ligne 
du  Champ-de-Mars.  Le  raccordement  de  l'avenue  de  Clichy  à  Cour- 
ccUes,  permettant  d'effectuer  le  tour  complet  de  Paris  sans  transbor- 
dement, a  été  inauguré  le  2o  mars  1869. 

Quartier  des  Batignolles.  —  On  s'est  beaucoup  creusé  la  tète  à 
rerlierrhir  Toiigiiir  des  Itatignolles  et  à  en  expliquer  le  nom.  De 
i-Tosses  sottises  ont  été  dites,  que  nous  aimons  mieux  taire.  La  vérité 
est  qu'il  n'existe  pas  de  mention   plus  ancienne    des  BatignoUes  que 


STATUE  DU  MARÉCHAL  MONCEY. 


CHEMIN   DE  FER   DE   CEI.NTURE  (de  la  place  l'crcire  !i  la  porte  Maillot). 


dans  une  cliaite  de   1414  où  le  lieu  est  appelé  BatilloUes. 
C'était  alors  un  canton  de  vignes,  contigu  à  un  autre  lieu, 
nommé  dans  des  actes  du  même  temps,  Montmoyen.  Tous 
deux  appartenaient  aux  dames  de  Montmartre  (la  rue  des 
l)ames  en  est  un  souvenir),  mais  faisaient  partie,  comme 
Monceau,  du  territoire  de  la  paroisse  de  Clichy.  Jusqu'à 
la   lin  de   l'ancien   régime,  on  y  cultiva  la  terre,   on  y 
chassa  le  gibier  de  plaine.  La  «  remise  des  BatignoUes  », 
la    «  Hutte  au  Garde  »   figurent  sur  certains  plans   du 
wiii"^  siècle.  A   partir  de  1790,   la  nouvelle  enceinte  de 
iris  provoqua  dans  le  voisinage  des  barrières  l'établis- 
sement de  guinguettes  où   les    Parisiens  allaient  boire 
bouteille  au  nez  du  fisc;   elle  détermina  aussi,   pour  la 
même  raison,  la  construction  de  quelques  maisonnettes, 
dont  chaque  année  augmenta  le  nom- 
bre.  Ce   n'était  encore  qu'un   hameau 
en  1807,  mais  assez  tentant  pour  que  la 
commune  de  Montmartre  le  revendiquât: 
'^^^â^^^.  t;iichy  protesta,  mit  en  avant  des  docu- 

\*  !  ^Hw^  \^  ments  probants,  allégua  la   possession 

I    '  ^^HB  à^W  constante  et  eut  gain  de  cause. 

Les  BatignoUes  ont  une  page  glo- 
rieuse dans  les  annales  parisiennes.  Le 
30  mars  1814,  un  corps  d'armée  des  al- 
liés commandé  par  Langeron  —  un 
Français  passé  au  service  de  la  Russie 
contre  sa  patrie!  —  avait  contourné  la 
liulte  Montmartre  et  cherchait  à  péné- 
1 1er  dans  Paris  par  la  bari-ière  de  Clichy. 

I  11  combat  très  meurtrier  s'y  engagea. 

II  fut  aussi  très  glorieux  pour  les  Pari- 
siens, qui  avaient  à  leur  tète  le  maréchal 
Moncey,  Le  cabaret  du  père  Lathuile  lui 
servait  de  quartier  général,  et  les  bou- 
lets y  pleuvaient.  Il  fallut  battre  en  re- 
traite. Le  cabarelier  patriote  s'empressa 
alors  de  distribuer  aux  défenseurs  vin, 
liqueurs  et  comestibles  pour  que  l'en- 
iiemi  ne  put  pas  en  profiter.  L  héroïque 
défense  de  la  barrière  de  Clichy  a  été 
popularisée  par  la  gravure  d'après  le 
tableau  d'Horace  Vernet. 

Le  Journal  de  Paris,  organe  royaliste, 
et  par  suite  fort  méconlent  de  la  résistance  de  Paris,  a  passé  sous 
silence  cet  héroïque  combat  de  la  barrière  de  Clichy,  Dans  son  numéro 
du  1"'  avril,  il  publie  la  note  suivanle  : 

L'année  alliée  s'est  approchée  de  Paris  pai'  la  roule  de  Moau.x,  dans  la  .■^o- 
rée  du  29  mars.  Les  hauteurs  de  Belleville,  de  Chauiiiont  et  MontinarUe 
avaient  été  garnies  d'ai-tlllerie;  ces  hauteurs  ont  été  allaquées  mercredi  HU,  à  di.\ 
heures  et  demie;  les  posiliuns  ayant  élé  alors  tournées  et  enlevées,  le  corps 
d'armée  qui  avait 
été  engagé  aelTeelué 
sa  rclraite  et  les  bar- 
rières ont  été  e.vclii- 
slvcment  occupées 
par  la  garde  natio- 
nale; une  suspension 
il'anncs  fut  conclue 
:i  cinq  heures  et  d(^- 
niie;  les  alliés  gardè- 
rent leui's  positions 
et  aucun  niililaire 
éli-anger  ne  pénétra 
dans  la  ville. 

Ce  n'est  ipi'en 
18tjy  (|ue  la  sta- 
tue de  Moncey 
par  Doubleniaid 
lut  érigée  sur  la 
place  Clichy  :  le 
Miaréi'lial  élail 
Moiil  depuis  I8'l-. 

Après  18i;;,  1.1 
fortune  des  Bati- 
gnoUes s'accrut 
rapidement.  Le 
lianieau  de  18U7 
était  devenu  villi'. 
Ses  habitants  soii- 
gèreiil    à   s'admi- 


l.!'!  m  i:a  1  i; 


\  rin.Mil,l,l> 


dix-sei'tm;mi-:  au I'.o.ndissemkxt 


179 


nislrer  f>ux-mt'mes  et  à  sftcouer  le  Joug  de  Clicliy.  I.es  pourparlers 
l'ini'iil  lonijs.  Le  prologue  en  est  fourni  par  une  p(Hition  adressi'-e  au 
I)ri'ft't  Je  la  Seine,  le  17  juillet  1827. 

Les  habitants  des  fiatignolles  et  de  Monceau  exposaient  que  sur 
5,453  âmes  dont  se  composait  la  commune  de  Clicliy,  ils  figuraient 
pour  3,303,  que  «  déjà  les  lîa- 
lignolles  sont  le  siège  d'un 
commissariat  de  police,  d'un 
liurcau  de  poste  aux  lettres, 
d'un  bureau  de  papier  timbre 
et  de  deux  débils  de  tabac  »I 
Ils  demandaient  comme  li- 
mites :  aTi  Sud,  les  boulevards 
exicrieurs  de  Paris;  auXord, 
le  chemin  de  la  Révolte. 

Il  va  sans  dire  que  la  mu- 
nicipalité de  Clichy  s'opposa 
de  toutes  ses  forces  à  une 
disjonction  qui  lui  faisait  per- 
dre, du  moins,  elle  le  croyait, 
le  meilleur  de  son  avoir  et 
l'éloignait  des  portes  de  Paris. 
Après  deux  ans  et  demi  de 
négociations,  après  avoir 
épuisé  toutes  les  enquêtes  et 
toutes  les  juridictions,  elb- 
finit  par  succomber  dans  la 
lutte. 

Lordonnance  royale  éri- 
geant Batignolles- Monceau 
en  commune  distincte  fut  si- 
gnée le  10  février  1830.  Unis 
pour  le  combat,  les  deux  an- 
nexes ne  tardèrent  pas  à  se 
diviser  après  la  victoire.  C'est 
même  une  des  rares  gaités 
de  l'histoire  administrative.  Le  conflit  était,  déjà  en  1834,  devenu  aigu. 

C'est  à  propos  du  nom  de  la  commune  qu'il  éclata.  Il  paraît  que  l'on 
continua  de  dire  Batignolles  ou  Monceau,  suivant  qu'il  s'agissait  de 
parler  de  l'un  ou  de  l'autre  groupe,  mais  jamais  Batignolles-Monceau  : 
i<  et  cette  scission  dans  les  noms  en  produisit  une  dans  les  choses. 
Une  rivalité  fâcheuse  pour  l'administration  et  pour  les  administrés  se 
glissa  dans  l'esprit  des  deux  populations...  »  La  délibération  munici- 
pale à  laquelle  nous  empruntons  ce  passage,  concluait  en  proposant  de 
débaptiser  la  commune  et  de  la  nommer  Antinville! 

L'idée  était  réellement  bouffonne  d'espérer  qu'un  changement  de 
nom  produirait  instantanément  un  changement  d'humeur,  et  surtout 
de  choisir  le  nom  Antinville,  qui  ne  se  justifiait  que  par  le  voisinage  — 
relatif —  de  la  Chaussée-d'Antin.  Nous  avons  sous  les  yeux  la  lettre  par 
laquelle  le  préfet,  M.  de  Rambuteau,  re- 
poussa cette  étrange  proposition.  «  ...Si 
les  dissenssions  qui  troublent  cette  com- 
mune, disait-il,  prennent  leur  sourci' 
dans  la  contrariété  des  intérêts,  l'auto- 
rité locale  se  fait  une  étrange  illusion  en 
s'imaginant  qu'une  nouvelle  dénomina- 
tion éteindra  ces  conflits...  " 

Batignolles-Monceau  garda  donc  son 
nom  jusqu'à  l'annexion  de  1860,  qui  en 
lit  pour  les  trois  quarts  un  arrondisse- 
ment de  Paris. 

Vers  I8.3O,  la  population  des  Batignolles 
était  composée  de  petits  rentiers,  de 
commerçants  ayant  fait  leurs  affaires. 
Ils  y  vivaient  heureux,  toujours  en  com- 
mérage avec  les  voisins,  et  ne  prenaient 
([ue rarement  la  Batignullaise,  c'est-à-dire 
l'omnibus  de  Paris,  qui,  alors,  n'allait  pas 
jusqu'à  l'Odéon.  Aujourd'hui,  il  n'en  va 
idus  de  même;  l'élément  primitif  de  la 
population  est  noyé  dans  la  foule  de 
gens  occupés  qui,  le  soir  vers  sept  lieii- 
res,  remontent  à  grands  pas  la  rue  d■.\m^- 
terdam  ou  la  rue  de  Clichy,  faute  de 
trouver  place  dans  les  Batignollaises  ac- 
tuelles, si  nombreuses  pourtant,  mais 
toujours  insulTisanles. 

Deux  ans  avant  l'annexion,  le  rédar- 
leur  de  l'Annuaire  de  la  ville  de  Balignolies- 


EGLISE   .S.\I.ME-M.\R1E    DES    B  .\T1G.N  OLLES. 


Monceau  s'écriait:  "  Que  dis-je!  les  Balii.'nolles  feraient  parti'-  de  la 
Chaussée-d'Antin  si  le  mur  de  Paris  venait  à  être  supprimé.  Ce  fau- 
bourg extérieur  est  plus  près  du  centre  de  Paris  que  la  plus  grande 
partie  des  quartiers  internés  par  le  mur  de  l'octroi...  Le  paysage  n'y 
est  pas  pittoresquf,  accidenté,  comme  aux  environs  de  Berne,  mais 

le  boulevard  extérieur  y  est 
ombragé  de  beaux  arbres... 
Batignolles  est  élevé,  l'air 
qu'on  y  respire  est  pur  et  le.s 
émanations  de  Paris,  qui  se 
trouve  au  Midi,  n'en  altèrent 
'■n  ri'-n  les  prin'ijif?  vivi- 
fiants. Garanti  par  la  bulle 
Montmartre  du  veni  du  Nord, 
c'estun  berceau..."  Comparer 
Batignolles,  même  de  loin, 
aux  environs  de  Bf-rne.  puis 
à  un  berceau,  dénote  assuré- 
ment une  imagination  fé- 
conde. 

Aux  habitants  des  Bati- 
gnolles échul  le  privilège 
d'être  aux  premières  loges 
pour  les  débuts  du  premier 
chemin  de  fer  parisien,  ce- 
lui de  Saint-Germain,  qui 
eurent  lieu  le  20  août  1837 
—  débuts  assez  accidentés 
d'ailleurs,  car  la  locomotive 
alla  buter  contre  un  mur. 
Peu  importe  :  le  premier  pas 
était  fait.  Les  lignes  de  Ver- 
sailles, de  Mantes,  d".\rgen- 
teuil.  d'.Vuteuil,  vinrent  suc- 
cessivement s'ajouter  à  la 
première.  La  Compagnie  de 
l'Ouest  dut  acquérir  de  très  vastes  terrains  pour  son  exploitation  : 
dépôts  de  machines,  hangars  pour  le  matériel,  ateliers,  gare  et  entrepôt 
de  marchandises  —  qui  occupent  une  grande  partie  des  quartiers  des 
Batignolles  et  des  Épinettes.  Il  va  sans  dire  que  le  très  nombreux  per- 
sonnel employé  à  ces  services  habite  aussi  pour  la  majeure  part  ces 
deux  quartiers.  Sur  le  territoire  du  XVII«  arrondissement,  la  ligne  du 
chemin  de  fer  comprend  un  tunnel  à  trois  voûtes,  long  de  329  mètres,  et 
une  tranchée  ouverte  au-dessus  de  laquelle  sont  jetés  les  ponts  Legendre 
et  Cardinet.  Depuis  longtemps,  on  réclame  la  suppression  du  tunnel. 
dont  les  inconvénients  sont  mal  compensés  par  un  éclairage  partiel 
(depuis  1899  seulement  .  Une  tranchée  continue  serait  bien  préférable; 
les  intérêts  de  la  Compagnie  lui  ont  cependant  jusqu'ici  dicté  le  s/(i(uj«o. 
Le   boulevard  des  BaliijnoUes   reste  toujours    planté   d'arbres,   mais 


PERSPECTIVF.   DR    I.  AVENUE    DE 


180 


PARIS- ATLAS 


IIHBBHEp^^[^l^;^f!^ 

■         '"^'^^ 

pp| 

HH 

I^^^H^^S^^^y^^ 

H 

fl 

J^^^EHIH 

^S 

^B 

IH^^^K  '  JI^hhé. 

^H 

BB 

^^Rp^l^^^- flBHpp^^^^ 

^^ 

l^H 

^^^^^HB^.-g  -jt -  , ^ '••■i~-  ""^^^-^^^^^I^^ÉiSi^^^^^B 

H 

^m 

^^^^^^^^^^^^  ''^'^^^^s9^MSk't '^^^^Hl 

H 

H^ 

^BJH^S^^vjiJM^^syHliHiB^Jî^s^ 

pHH 

|H|H 

ff^  mM^^v^,  -^i^'"^"^';r:-~8 

-  j 

;^  -^ 

^^^^9^ 

L    ■ 

r                                                                                                        .   -                 ■      _ 

I,E    8QUARE   DES    BATIG.NOLLES 


qui  n'offrent  plus  les  ombrages  que  nous  voyions  célébrer  plus  haut. 
En  revanche,  il  a  conservé  son  théâtre,  créé  en  1838,  plusieurs  fois 
restauré  depuis,  sans  prétention  d'ailleurs. 

Les  édifices  municipaux  datent  du  temps  où  les  Batianollos  étaient 
encore  une  villi'.  l.'liMtel  (b'  ville,  devenu 
mairie  du  X'VII'  arrondissement,  fui 
construit  par  I.eqneux.  an-liitecte  de  l'ar- 
rondissement d''  Saiiil-henis,  de  1847à  184^. 
—  L'église  Sainte-Marie  est  plus  an- 
cienne encore  :  commencée  en  1829,  elle 
fut  bientôt  reconnue  trop  petite  :  trois  Ba- 
tignollais,  MM.  Magny,  Xavard  et  Giel,  don- 
nèrent, en  1831,  le  terrain  nécessaire  à  son 
agrandissement.  Molinos  en  fut  l'architecte. 

Le  square  des  Batignolles.  i]ui  date 
de  18G2,  a  été  i)our  le  quarli'-r  un  vérilabb' 
bienfait.  La  place  de  l'Église,  à  laquelle  il  a 
succédé,  n'était  réellement  pas  une  prome- 
nade aimable,  et  il  n'y  en  avait  pas  d  autre. 
Il  est  planté  de  beaux  arbres,  bien  di'ssiné, 
et,  par  surcroît,  ofire  aux  enfants  d'iné- 
puisables sujets  de  distraction  :  la  vue  de 
cascades,  pièces  d'eau  et  grottes.  Les  trains 
de  Ceinture  stoppent  toutes  les  cinq  minutes 
à  la  gare  des  Batignolles. 

Nous  n'avons  jias  à  parler  iri  du  cime- 
tière que  l'ancienne  commune  lie  iJati- 
gnolles-Monceau  s'était  créé  sur  la  route 
de  la  llévolte  :  il  est  maintenant  au  delà 
des  limiles  île  Paris. 

Ln  groupe  scolaire  a  été  iiiauL'uré  rue 
Jouffroy,  h"  20,  le  12. juin  1S98. 

Si  l'on  suit  la  rue  à  laquelle  le  savant, 
Saussurea  donné  son  nom,  et  que  l'on  tourne 
ensuite  à  droite  sur  le  boulevard  Berlhier, 
on  aperçoit,  après  avoir  passé  sous  le  pont- 
tunnel  du  chemin  de  fer  de  l'Ouest,  deux 

groupes  de  constructions  coquettes,  adossées  au  rempart.  Dans  cette 
région  absolument  déserte,  elles  sont  pourtant  éminemment  pari- 
siennes, car  ce  sontb's  magasins  des  décors  di-  l'flpéra  et  de  l'Opéra- 
Coiiii(|ue.  Les  anciens  li.]|piiiii'>  dii  rlninin  di'  |it  di^  (Peinture,  se  ra|p- 
pellenl  avoir  aperçu  à  ci.ti''  |l  i'  ■   il.ii.i  poitatil  pour  enseigne  : 


i;  G  L I  .s  E    .s  .\  I  .N  T  -  .MI  C  1 1  E  L 


■<  \  la  Halte  du  Juif  errant  »,  sans 
doute  parce  qu'il  était  prudent  de 
ne  pas  s'y  aventurer  avec  plus  de 
'  i'iq  sous... 

Quartier  des  Epinettes.  — 
l.c  68'-'  quartier  de  Paris,  tout 
romrae  les  peuples  heureux,  n'a 
jias  d'histoire.  Il  y  a  cinquante 
ans,  il  consistait  principalement 
i-u  terres  labourables.  La  route 
de  Saint-Ouen,  se  bifurquant  avec 
I  elle  de  C.lichy  au  lieu  dit  la 
Fourche,  traversait  ce  canton  qui. 
di's  le  xvu"  siècle,  s'appelait  les 
Epinettes.  Peu  cà  peu  les  champs 
nnt  dispai'u;  d'importantes  usines, 
des  maisons  de  rapport  s'y  sont 
élevées  :  53,802  habitants  y  ont 
été  recensés  en  189C.  Nous  aime- 
rions à  dire  qu'ils  sont  tous  riches 
ri  heureux,  nous  ne  le  pouvons 
pas.  Il  y  en  a  beaucoup,  il  y  en  a 
trop,  qui  gagnent  rudement  leur 
vie,  condamnés  au  triste  régime 
des  privations,  ne  connaissant 
d'autre  voyage  de  vacances  que  la 
promenade  dominicale  sur  l'herbe 
sale  des  fortilîcalions. 

On  b'ur  en  a  cependant  donné 
une  antre,  le  square  des  Epi- 
nettes,  ouvert   le   10  juin    lS9'i. 
Deux  monuments  s'y  dressent  :  le 
premier   est   celui  de  Jean  Le- 
claire,    industriel    philantliriqic 
qui,  vers  1840,  associait  ses  ouvriers  à  la  iiarticipalion  des  bénélices  : 
inauguré  le  1"'  novembre   1896,  il  est  l'u'uvre  de  M.  Delon   pour  la 
sculpture,  et  de  M.  Formigé  pour  l'arcliileclure.  1,'aulre  esl  la  statue 
(pie  Barrias  a  élevée  à  la  mémoire  de  Maria  Deraismes,  la  vaillante 
a|iolri'  drs  droits  di' la  l'einnie. 

fri's  Miii|de,  riiuime  il  convient,  l'église 
Saint-Michel  est  la  paroisse  du  quartier. 
Il  en  est  de  plus  fréquentées.  Elle  est  située 
un  peu  en  retrait  de  l'avenue  de  Saint-Ouen, 
vers  la  partie  supérieure  de  celle  voie. 

Ln  décret  en  date  du  1"'  juillet  189"  a  nr- 
dnnné  rétablissement  d'un  groupe  sco- 
laire «  pour  le  service  du  quartier  des 
Epinettes  ». 

.\u  Miidsd'avril  1900,  on  a  inauijurr  au  n''2o 
de  la  rue  L'Kiuii.  un  abri  de  l'enfance. 
Le  chemin  de  fer  de  Ceinture  dessn  i 
cette  région  depuis  1802.  De  la  gare  de  Cour- 
celles,  il  se  dirige  vers  l'Est,  parallèleinenl 
aux  f(U-tilications,  passe  sous  les  voiis  du 
elieminde  ferde  l'Ouest  et  s'élève  suivant  une 
forte  rampe  jusqu'à  l'avenue  de  Clichy, 
è"    !•  ""^Ssdrf  station  établie  en  remblai  au  croisement  tb- 

{|T     '^'fâ^^rt'  ce\.\.Q  avenue  avec  la  ligne.  Puis,  une  pente 

di  fc^ji  !i|,î  assez  accentuée  l'amène  en  déblai  jusqu'à 

^AAll  ■ilijil  yijp  tranchée  où  vient  aboulirla  voie,  inuti- 

lisée aujourd'hui,  des  Docks  de  Sainl-Ouen. 
En  franchissant  l'avenue  de  Saint-(.)uen,  la 
ligne  pénètre  dans  le  XVIll"  arnuulisse nient. 
Ce  parcours  a  été  ainsi  établi  à  la  suili' 
d'une  dilibération  du  conseil  municipal,  en 
date  du  16  juillet  1886,  nrdonnant  la  sup- 
pression des  passages  à  niveau.  lîntrc  le 
point  de  croisement  avec  la  ligne  de  l'Ouest 
et  la  poterne  des  Poissonniers,  la  ligne  de 
Ceinture  l'ut  installée  provisoirement,  de- 
puis le  7  niai  I8S8,  le  biiig  des  fortilications. 
alln  que  l'on  pût  procéder  aux  renianiemcnls  exigés,  qui  durèrent  piès 
d'un  an.  C'est  de  celle  révolulii>n  pacifique  et  utile  que  date  rempla- 
cement actuel  de  la  station  de  l'avenue  de  Sainl-Onen.  Jusque-là,  l'em- 
barradère,  situé  à  gauche  de  l'avenue,  «pie  le  clieniin  de  fercoupaità 
niveau,  appartenait  au  teiritoiie  du  \ VIP  arroudissemenl. 


u' 


0   ^  ^^     :     ^ 


'UJ  ^  os      % 


dW   X  ^^^K    ^lii    ^<^^^  \   .^  ^ 

,  /  t>  "^  S I  ^^o  %  ^  -^  y\  ^v    A     *^>     /v  '* 


z-«- 


PABIS-AT  L  AS 


I.A    BASILIQUE    DU    SACRÉ-CŒUR,    VUE    DU    MOUMN    DE    LA    GALETTE. 


LA   BUTTE-MONTMARTRE.   -   go»  .kartier  :  les  grandes-carrières. 

:0«  QUARTir-R   :    CLIGNANCOURT.  —  71"   QUAUTiiiR   ;    LA    GOUTTE  DOR.   —  72<=   quartier    :    LA    CHAPELLE. 


>f  se  souvient  de  l'iilée  spiriluellement  comiiiue 

de  feu  lîodolphc  Salis,  le  cubaretier  du  «  Cliat 

Xoir»,   réclamant  la  séparation  de  Montmartre 

et  de  rÉtat.  Avec  plus  d'exactitude,  il  est  permis 

de  dire  que,   de  jour  en  jour,   Montmartre  est 

devenu  inséparable  de  Paris;  à  ce  point  que  si, 

par  impossible,  une  nouvelle  loi  venait  défaire 

ce  qua  fait  la  loi  d'anne.xion  de  1839  et  rendre  à 

Montmartre  son  autonomie,  Paris  y  perdrait  un 

des  jolis  fleurons  de  sa  couronne,  car  Montmartre  fabrique  en  grande 

abondance  cette  denrée  précieuse,  bien  qu'impalpable,  qui  s'appelle 

l'esprit  parisien. 

LeXVlll'arrondissementi'sl  formé  de  deux  1res  anricMines  paroisses 
de  la  banlieue  parisienne,  devenues  communes  en  179L)  :  Montmartre 
et  l.a  Chapelle.  Sa  superficie  est  de  519  hectares,  alors  que  le  plus 
polit  arrondissement  —  le  11"  —  n'eu  a  que  97  et  que  le  plus  grand 
—  le  XV«  —  en  compte  721.  .\u  dernier  recensement,  le  chiffre  de  sa 
population  était  de  228,428  habitants;  à  cet  égard,  aucun  autre  arron- 
dissement ne  lui  dispute  le  premier  rang. 

Cette  population  est  éminemment  et  exclusivement  laborieuse,  mais 
de  façons  différentes;  les  artistes  y  sont  parfois  des  ouvriers,  comme 
les  ouvriers  y  sont  souvent  des  artistes.  Ouvriers  de  l'art  et  artisans  de 
l'industrie  y  fraternisent  dans  l'ardeur  commune  qu'impose  le  combat 
de  la  vie;  c'est  en  chaulant  ([u'ils  le  livrent  :  la  bonne  humeur  est  de 
règle  à  Montmartre. 

N'eus  avions  raison  de  dii-e  tout  à  l'heure  (jue  M.inhuai  Ire  élait 
indivisible  de  Paris;   il   en  fut  peut-être  même  le  berceau.  On  a  luut 

Paris-Atlas 


lieu  de  croire  qu'à  l'époque  gauloise  les  divinités  païennes  étaient 
honorées  sur  le  sommet  de  la  butte.  Moût  de  .Mercure,  mont  de  Mars, 
mont  des  Martyrs,  les  trois  étyraologies  ont  été  proposées  et  sont 
également  acceptables.  Si  même  on  accepte  la  dernière  —  et  c'est 
assez  notre  sentiment  —  elle  n'exclurait  pas  les  Jeux  autres.  Le  lieu 
du  supplice  des  apôtres  du  Christ,  saint  Denis,  Rustique  et  Éleulhère, 
dut  être  choisi  à  dessein  là  où.  précisément,  s'élevait  le  temple 
d'autres  dieux.  D'ailleurs,  diverses  fouilles  en  ont  fourni  la  preuve. 

Donc,  les  Parisiens  de  Lutèce  se  rendaient  à  Montmartre  pour  y 
pratiquer  les  rites  de  leur  religion;  certains  s'y  fixèrent;  il  a  été  re- 
tro\ivé  des  sépultures  qui  datent  de  l'époque  mérovingienne;  on  est 
assuré  qu'une  église  y  existait  au  même  temps,  ce  qui  implique  un 
groupement  d'habitants  déjà  assez  important. 

C'est  encore  vers  Montmartre  que  les  Parisiens  tournaient  désos- 
pérémentles  yeux  dans  le  cours  de  l'année  88tî.  lorsque  assiégés  par 
les  Normands  ils  attendaient  de  Charles  le  Gros  le  secours  qu'il  leui- 
avait  promis.  L'n  jour  enfin,  après  de  longs  mois,  l'empereur,  accom- 
pagné d'une  nombreuse  armée,  apparut  sur  le  sommet  de  la  bulle. 
Déjà  les  Normands  se  préparaient  à  fuir,  mais  le  faible  monarque 
préféra  traiter  à  combattre:  Paris,  humilié,  capitula. 

Il  faut  arriver  à  la  première  moitié  du  xii' siècle  pour  reucoulrerde 
nouveau  .Montmartre  dans  l'histoire.  Vei-s  l'année  1130,  deux  faits 
décisifs  s'y  produisirent;  la  fondation  de  la  célèbre  abbaye  de  reli- 
gieuses qui  devait,  jusqu'à  la  Révolution,  posséder  la  seigneurie,  et 
la  reconstruction  de  l'église  paroissiale  dédiée  à  saiut  Pierre,  que 
nous  décrivons  plus  bas.  Couronnée  par  ces  deux  édifices,  ôventi-ée  çà 
et  là  par  des  carrières,  portant,  accrochés  à  ses  flaucs,  de  nombreux 

18 


182 


PARI S -ATLAS 


moulins  à  vcnl,  la  butle  commenra  alors  à  prendre  l'aspect  pittoresque 
qui  ri'jouissait  les  yeux  de  RegnarJ  et  qu'elle  avait  encore,  il  y  a  moins 
lie  cent  ans. 

De  plus  en  plus,  Montmartre  devint  populaire  dans  les  habitudes 
parisiennes.  Gravir  la  colline  était  une  excursion  que  le  Club  alpin, 
s'il  avait  existé,  n'eût  certes  pas  dédaignée,  car  il  n'y  avait  pas  alors 
d'escaliers  ni  de  rues  en  lacet:  l'assaut  n'en  était  que  plus  amusanl. 
Et  une  preuve  non  douteuse  de  cette  popularité,  ce  sont  les  proverbes 
plus  ou  moins  facétieux  dont  le  lieu  était  l'objet: 


C'est  du  vin  de  Monlmai-li'e  : 
(Jui  en  boit  pinte  en  pisse  quatre. 


îlb 


—  C'esl  un  devin  di'  Muntmartre  qui   devine   les  fêtes  quant! 
sont  venues. 

—  Je  t'envoyerai  paître  à  Montmartre  et  boire  au  Marais. 

—  Il  y  a  plus  de  Montmartre  à  Paris  que  de  Paris  à  Montmartre  — 
dicton  qui,  à  première  vue,  révoltait  le  sens  commun,  mais  que  l'on 
interprétait  en  expliquant  que  Paris  avait  été  bâti  avec  le  plâtre  des 
carrières  de  Montmartre  (Sauvai,  Antiquités  de  Paris,  l.  !•=",  p.  350). 

Au  mois  d'octobre  1779  se  produisit  une  aventure  qui  égaya  fort  les 
beaux  esprits  de  la  capitale.  En  fouillant  une  carrière  abandonnée  df 
la  butte,  des  ouvriers  rencontrèrent  une  sorte  de  table  de  pierre  por- 
tant des  vestiges  d'inscription.  Ou  la  nettoya  avec  d'infinies  précau- 
tions, et  le  grimoire  suivant  apparut  : 

1  G 

I 

L 

E 
G  11 


N 


Laissons  parler  Bachaumont  :  «  Mais  quand  il  a  fallu  rechercher 
dans  quelle  langue  étaient  écrits  ces  caractères  et  ce  qu'ils  signifioient, 
ils  se  sont  inutilement  cassé  la  tète.  Ils  ont  consulté  M. Court  de  Gebe- 
lin,  le  savant  auteur  du  ^l/yni/e/iî'imiVî/"  et  l'homme  le  plus  versé  dans 
la  connaissance  des  hiéroglyphes;  il  s'est  avoué  incapable  d'y  rien 
comprendre. 

«  Le  bedeau  de  Montmartre, entendant  parler  du  fait  et  de  l'embar- 
ras des  académiciens,  a  prié  qu'on  lui  fit  voir  la  pierre,  et  sans  doute 
instruit  de  son  existence  antérieure,  il  en  a  donné  sans  difliculté  la 
solution  en  assemblant  simplement  les  lettres  qui  forment  ces  mots 
français  :  Ici  le  chemin  des  unes.  Il  y  avoit  dans  ce  canton   des   carrières 


EiNTKKIi    DIO    I.'IIII'l'OLiHO.ME. 


FAÇADE    DE    LIIOPITAL    lilCllAÏ. 

à  plâtre,  et  c'étoit  une  indication  aux  plâtriers  qui  venoient  en 
charger  des  sacs  sur  leurs  ânes,  dont  ils  se  servent  pour  cette  expé- 
dition. 

K  Si  l'en  trouvoit  une  pareille  anecdote  dans  quelque  ana,  on  la 
prendroit  pour  une  plaisanterie  :  on  ne  peut  contester  l'authenticité 
de  celle-ci.  » 

Quand  la  Révolution  éclata,  une  circonstance  fortuite  contribua  à 
faire  germer  dans  l'esprit  des  Montmartrois  les  sentiments  d'ardeur 
pour  l'indépendance  qu'ils  eurent,  depuis,  plusieurs  fois  l'occasion  de 
manifester;  pour  faire  gagner  quelque  argent  aux  innombrables  pau- 
vres dont  la  capitale  ne  savait  comment  se  débarrasser,  on  les  em- 
ploya à  exploiter  les  carrières  do  la  butte;  ils  y  vinrent  au  nombre  de 
quinze  mille;  mais  ces  ateliers  de  charité  —  c'était  leur  nom  —  ne 
donnèrent  pas  les  bons  résultats  qu'on  en  espérait;  il  fallut  les  fermer 
avant  trois  mois,  de  peur  de  graves  émeutes;  les  habitants  de  Mont- 
martre ne  virent  dans  cette  mesure  qu'un  manque  d'humanité  et  s'en 
indignèrent.  Peu  après,  ils  modifièrent  le  nom  seize  fois  séculaire  de 
leur  commune  et  l'appelèrent  Mont-Marat. 
Depuis  1790,   les  limites    de  l'ancienne  paroisse,  devenue  munici- 
palité, avaient  été  restreintes  au  mur  des  fermiers 
généraux,  c'est-à-dire  aux  boulevards  d(!  Ciicliy  et 
de    liochfchouart.    Les    officiers    municipaux    de 
Montmartre  extra  murus  protestèrent   véliémenle- 
nK'ut  devant  l'Assemblée   nationale  contre  cette 
diminution   de  leur  territoire;  de  leur  côté,   les 
habitants  Ai^  Montmartre  intra  muros,  c'est-à-dire 
d'environ  les  deux  tiers  du  IX."  arrondissement 
actuel,  réclamèrent  non  moins  vivement  contre 
leur  annexion  à  Paris.  Eux  aussi  voulaient  avoir 
une  municipalité;  ils  élurent  même  un  maire  et, 
pendant  quelques  semaines,  il  y  eut  une  com- 
mune de  Cl  .Montmartre  extra  »   et  une  autre  de 
i<  Montmartre  intra».  Le  comité  de  constitution 
imposa  sa  volonté  ;  le  faubourg  Montmartre  rentra 
dans  le  rang  jiarisien;  seul  <>  Muntmartre  hors  les 
murs  »   fut  admis  au  bénélice  de   s'administrer 
lui-même.    11    s'en    ac(iuitta    fort    bien    durant 
soixanle-dix  ans;  après  quoi,  la  loi  de  18j'J  l'en- 
globa  lui  aussi    dans    l'eiu-einte  de    Paris.    A   ce 
moment,  ses  limites  du  côté  de  liatignolles-.Mon- 
ceau  étaient  fixées  par  une  ligne  paitaiil  du  coude 
du  boulevard  de  Clichy  [rue  (.^aulaincourll,  suivant 
l'axe  du  passage  de  Clichy,  conlonrnant  les  murs 
du  cimetièie  iMonfmartre,  suivant  vois  l'Ouest  la 
rue  Ganneiou,  et,  vers  l'Est,  la  riK!  Elex,  puis  l'axe 
(le  1,1   rup-  lies  (irarides-Carrières  jiisiju'à  l'inler- 
Miiidh  des  rues   Chanipionnet  et   Ordener.    Au- 
jdurd  luii,   la  liniilc;  des  XVIl"  et  XVIII"  arrcjndis- 
siMueiits,  bien  plus  nidimeiitiiire,  est  formée  par 
rax<:  des  avenues  de  Clichy  et  de  Sainl-Oueii.  Du 
coté  oriental,    le    leiiitoire  de    Moulmarire  était 
s'paré  de  celui  de  La  Chapelle  par  la  rue  des  Pois- 
boiiniers,  y  inuipiis  la  pai  lie  niériilinnale  de  celte 


D I X  -  Il  U  m  K  M I-:    A  I!  15  0  X  DI  s  >  K  M  F.  N  T 


183 


LE    POM    CAULAINCOURT,    SUR    LE   CIMETIERE 


voie  qufi  le  boulevaid  liaibès  a  ab- 
sorbt'-e. 

Rf'IJronons  le  rapide  exposé  de 
l'bisloire  de  Montinaitre.  En  1814,  ses 
habitants  se  trouvaient  au  premier 
rang  des  défenseurs  à  la  barrière  de 
Clicliy,  s'efforçant  de  repousser  l'ar- 
mée étrangère,  qui,  elle,  voulait  con- 
tourner la  butte  pour  y  installer  ses 
canons.  Leur  patriotisme  était  des 
plus  ardents.  Ils  le  prouvèrent  l'année 
.suivante  lorsque,  quinze  jours  avant 
Waterloo,  ils  prévoyaient  déjà  le  re- 
tour offensif  do  l'ennemi  devant  Pa- 
ris, et  sollicitaient  du  préfet  l'honneur 
d'être  encore  au  premier  rang  pour 
défendre  Paris.  Ils  n'en  eurent  mal- 
heureusement pas  l'occasion. 

Quartier  des  Grandes -Car- 
rières. —  Hormis  des  cariières,  il 
y  a  un  peu  de  tout  dans  le  quartier 
des  Grandes- Carrières  :  un  hippo- 
drome, deux  cimetières,  dont  un  do- 
miné par  un  pont;  trois  hôpitau.x, 
dont  un  néerlandais,  plusieurs  grou- 
pes scolaires,  divers  établissements 
où  les  "  quatre-z'arts  »  et  la  choré- 
graphie sont  fort  en  honneur,  des 
sites  extrêmement  pittoresques,  plu- 
sieurs moulins,  dont  un  rouge,  des 

points  de  vue  superbes  sur  la  ville  cl  la  campagne,  etc.  Parcourons-le 
avec  quelque  méthode. 

A  l'angle  que  le  boulevard  de  Clichy  forme  brusquement  un  peu 
au-dessus  de  la  place  Clichy  pour  prendre  la  direction  de  l'Ouest  à  l'Est 
s'élève  la  statue  de  Fourier,  l'économiste  célèbre  jadis,  assez  oublié 
aujourd'hui  du  grand  public.  Elle  a  été  inaugurée  le  4  juin  1899.  Sur 
l'une  des  faces  du  socle,  se  lit  l'inscription  suivante  : 

CE  MONUMENT  A  ÉTÉ  ÉRIGÉ 
PAR 

l'École  sociétaire  piialanstérienne 

AVEC 

le  concours  DES  ASSOCIATIONS 

COOPÉRATIVES      DE      PRODUCTION 

ET   DE   CONSOMMATION 

4    JUIN     1899 

Vis-à-vis  de  ce  grave  penseur,  un  hippodrome  s'est  bâti.  L'empla- 
cement en  pourra  paraître  élraugo,  car  il  a  pour  voisin  immédiat  un 

cimetière,  mais  à 
.Montmartre  il  faut 
ne  s'étonner  de 
rien.  Sans  cela, 
n'aurait -on  pas, 
en  s'engageantsur 
le  pont  Caulain- 
court,  quelque 
surprise,  une  im- 
pression inatten- 
due à  passer  au- 
dessus  d'un  par- 
terre de  tombes  ? 
Cette  nouvelle 
voie  Appienue  a 
été  livrée  à  la  cir- 
culation le  16  dé- 
cembre 1888.  Sa 
Construction  avait 
été  ordonnée  i)ar 
un  décret  du 
U  août  1807. 

Ce  cimetière 
que  les  Parisiens 
ne  sauraient  ap- 
(leler  autrement 
(HIC  cimetière 
Montmartre  se 
iiiiiiiiiie    adiiiiiiis- 

n.ol.  Atget.  ,         .  .      . 

,.\  KUE  sAi.NT-M.NCENT.  tial iveiuent  Cime- 


tière du  Nord.  Il  fut  créé  en  vertu 
du  décret  du  23  prairial  an  XII 
(12  juin  1804)  qui  dotait  Paris  de 
quatre  champs  de  repos  pour  rem- 
placer ceux  qui,  en  trop  grand  nom- 
bre, existaient  autour  des  églises.  Un 
plan  manuscrit  de  1807  le  désigne 
comme  «  champ  de  repos  des  cinq 
premiers  arrondissements  ».  L'ave- 
nue, longue  de  104  mètres,  qui  lui 
donne  accès  sur  le  boulevard  de 
Clichy,  a  reçu  très  récemment  le 
nom  de  la  grande  tragédienne  Racltel. 
Le  nom  d'  «  avenue  de  Goncourt  » 
avait  d'abord  été  proposé  au  conseil 
municipal. 

Il  contient  beaucoup  d'illustres 
sépultures,  que  l'on  ne  saurait  énu- 
mérer  toutes.  Citons  du  moins  celles 
de  Godefroy  Cavaignac  favec  la  belle 
statue  de  Rude),  d'Halé\7.  l'auteur  de 
la  Juive,  de  Victor  Massé,  de  Méry, 
Fourier,  Murger,  Théophile  Gautier, 
Gozlan,  SchefTer  et  Renan,  Troyon, 
Paul  Delaroche,  Horace  Vernet...  et 
dans  un  tout  autre  genre  de  célébrité, 
d'Alphonsine  Plessis,  la  Dame  aux 
Camélias. 

Les  rues  Caulaincourt  et  Danremont 
(deux  noms  de  généraux  projetées 
sous  le  second  Empire,  n'ont  commencé  à  se  bâtir,  de  hautes  et  com- 
modes maisons,  qu'il  y  a  quelques  années.  X  petite  cause,  grands 
effets:  les  constructeurs  n'y  sont  venus  que  lorsqu'un  omnibus,  celui 
de  Montmartre  à  Saint-Germain-des-Prés,  a  fait  son  apparition  dans  ces 
quartiers  jusque-là  déserts,  et  qu'il  a  été  question  —  projet  enfin 
réalisé  le  11  juillet  1900  —  de  les  pourvoir  de  tramways  à  traction 
mécanique.  L'avantage  étuil  grand  d'ouvrir  ces  voies  qui,  en  rejoignant 
la  rue  à  laquelle  le  naturalisfe  Lamarck  a  donné  son  nom,  fournissaient 
aux  voitures  un  accès  plus  aisé  pour  atteindre  le  sommet  de  la  butte 
par  le  versant  septentrional  que  celui  du  versant  méridional  parla 
rue  de  l'Empereur,  devenue  en  1864  rue  Lepic. 

On  ne  legrettera  pas  d'errer  un  peu  à  l'aventure  et  à  la  découverte 
dans  la  région  qui  s'étend  derrière  le  cimetière  Montmartre.  Suivons 
la  rue  de  Maislre  :  voici  le  nouvel  hôpital  d'enfants,  destiné  à  rem- 
placer Trousseau,  du  faubourg  Saint-.\ntoine.  Par  la  rue  Vauienargves, 
on  atteint  les  confins  de  l'arrondissement  et  de  Paris  même,  c'est- 
à-dire  la  porte  de  Saint-Ouen,  près  de  laquelle  le  poste-caserne  39  est 
devenu,  depuis  1879,  l'hôpital  Bichat. 

En  remontant  vers  Paris  par  la  rue  Murcadel  (l'ancien  chemin  des 
Bœufsqui,enI836  ' 

a  pris  le  nom  du 
fief  de  la  Mercade, 
sis  à  La  Chapelle  i, 
il  faut  s'arrêter  au 
carrefour  qu'elle 
forme  avec  les 
rues  du  Ruisseau 
et  de  la  FouLaine- 
du-But.  Ces  noms 
évoquent  un  ga- 
zouillement de 
cascades  qui  n'est 
pas  trompeur.  Du 
haut  de  la  butte, 
en  effet,  dégrin- 
gole en  un  cou- 
rant rapide  le 
trop-plein  de  la 
fontaine  du  But 
ou  du  Bue,  qui  se 
réunissait,  non 
loin  de  là,  à  celui 
de  la  fontaine 
Saint- Denis,  au- 
jourd'hui tarie. 
Un  appelait  aussi 
cette  dernière  : 
l'onlaine  aux  Mar- 
tyrs, parce  que  la  la  ii-:H  DLS 


18i 


PARIS- ATLAS 


LE    MOULIN    DE    LA    GALETTi:.    V  L 


tradition  affirmait  que  lu  sniiif  Denis  el  ses  compagnons  avaient 
reçu  la  mort. 

Un  poème  du  xiv^  siècle,  Florent  et  Ortnvien,  le  déclare   en  ces 
termes  : 

Seignciii',  décolo  fut  le  corps  de 

[saint  Denis 

Droit  il  une  fontaine,  si  nous  dit 

[li  escris. 

Qui  est  entre  Monlniai-lre  et  le  cil 

[de  Paris. 

Encore  l'appellc-l-on  la  fontaine 

aux  Martirs. 

Là  a\oit  un  yrand  bois  qui  fu  for- 

[inent  feuillis. 

Il  n'y  a  plus,  depuis  bien 
longtemps,  de  grands  bois, 
et  cependant  l'endroit  en  a 
gardé  le  charme  étrange.  Là 
était  le  cabaret  des  Assas- 
sins, là,  encore  le  château 
des  Brouillards,  cher  à  Gé- 
rard de  Nerval  et  à  Monselet. 
Et  n'est-ce  pas  un  crime 
d'avoir,  en  1867,  débaptisé  la 
lue  des  Brouillards  pour  lui 
donner  le  nom  de  (lirunlon? 
Le  cimetière  Saint -'Vin- 
cent, iuslalli''  à  Mii-cole,  sur- 
plombe ce  paysage.  Il  doit 
bon  existence  à  une  ordon- 
nance royale  du  4  mars  1830, 
obtenue  grâce  aux  instances 
du  maire  de  Montmartre  j 
Jacques  Bazin,  qui  y  fut  in- 
liumé  trois  ans  plus  tard.  Sur 
sa  tombe,  on  eu  a  rappelé  le 
souvenir  :  <>  Fondateur  de  ce 
cimetière.  ■> 

Il  faut  monter,  monter  en- 
core i)ar  la  rue  des  Saules  poui' 

atteindre  le  point  culminant  de  la  butte.  La  maison  qui  porte  le  n°  22 
de  la  rue  Norvins  (l'un  des  historiens  de  Napoléon  I"')  attire  l'atlenlion 
par  un  certain  air  majestueux.  On  pourrait  l'appeler  sans  calembour  la 
Maison-Blanche,  car  c'est  celle  où,  en  1821,  le  D"'  Blanche  fonda  sa 
célèbre  clinique  pour  le  traitement  des  aliénés. 

A    deux   pas   de  là    s'élève   un   château   d'eau.   C'est  le    réservoir 
de  la  Fontaine  du  But,  dont  les  habitants  de   la  bulle   durent  long- 
temps   se  contenter.   Il  porte   l'inscription    suivanlo   : 
Lan  mil  liuil  cent  Irenle-cinq,  cette  fontaine  fut  érigée  par  une  sociélc  d'ac- 
tionnaires   en   verlu 
dnne  concession  de 
i>'.)  ans  l'aile   par   le 
Conseil     municipal . 
sanctionnée  par  or- 
donnance du  S  juin 
1S34.    MM.   Vcron, 
maire;     Picard     et 
Lécuyer,  adjoints. 

En  suivant  la 
lue  Norvins,  on 
atteint  prompte - 
ment  la  rue  Girar- 
don  sur  laquelle 
s'ouvre  celle  des 
Deux -Frères,  qui 
en  bonne  justice 
n'aurait  droit 
(pi'aii  tilic  d'im- 
passe. Ces  deux 
frères  se  nom- 
maient Uebray  el 
étaient  meunieis 
de  tiois  moulins 
dont  la  vénérable 
exisli'iiee  remonte 
à  la  lin  duxiu"siè- 
(  le.  Le."*  moulins 
furent  réunis  suus 
la  di'nornin.ilion 
unique  de  .Mnullii 


Phot.  A(gLt. 

DE    LA    RUE    LEPIC 


Li:   (Il  A  1  i:  AU    \i  i:a  '■ 


de  la  Galette  et  leur  destination  a  bien  cliangé'  :  on  y  danse,  on  y 
chante  avec  un  entrain  qui  parait  parfois  excessif  aux  gardes 
municipaux    de    service,  mais  qu'une   paternelle    admonestation 

suffit  à  réprimer. 

Au  bout  de  celle  impasse, 
ne  craignez  pas  de  vous  en- 
gager dans  le  dernier  corri- 
dor de  gauche  ;  vous  y  verrez 
les  anciennes  meules  des 
nioulius  et  surtout  la  mire 
du  Nord.  C'est  un  tout  petit 
obélisque,  de  style  fort  sim- 
ple. En  le  badigeonnant  pour 
le  restaurer,  on  a  eu  la  ma- 
ladresse de  faire  disparaître 
l'inscription  qui  expliquait  sa 
raison  d'être.  La  voici  : 

Lan  MDCCXXXYI,  cet  obé- 
lisque a  été  élevé  par  ordre  du 
Roy  pour  servir  d'alignement  à  la 
méridienne  de  Paris,  du  côté  du 
Nord.  Son  a.xe  csl  à  2,9;il  toises, 
2  pieds  de  la  face  méridionale  de 
l'Observatoire. 

On  peut,  pour  descendre 
de  ces  hauteurs,  suivre  plu- 
sieurs chemins  :  la  pente  est 
un  peu  rude  par  la  rue  d'Or- 
chiim/it  (nom  de  propriétaire)  ; 
elle  l'est  moins  par  les  si- 
nuosités de  la  rue  Lepic,  ou 
celles  de  la  rue  des  Abbesses 
(abbesses  de  Montmartre, 
quand  il  y  en  avait  encore), 
jusqu'à  la  rue  Iloudon  qui 
forme  la  limite  du  quartier. 
Sur  la  place  des  .\bbesses 
dont  l'axe  sert  également 
de  limite,  s'élevait  l'ancienne 
mairie —  l'une  des  aucieunes 
mairies  —  de  Montmartre,  celle  qui  fut  inaugurée  le  3  mai  l&il  el  a 
été  démolie  eu  1893.  En  face,  un  édifice  se  construit  lentement,  brique 
à  brique;  c'est  la  future  église  paroissiale  de  la  butte,  conçue  pour 
remplacer  Saint-Pierre. 

Le  passuije  de  i'Eli/sée-des-Beauz-Arls  consacre  par  son  nom  le  souvenir 
d'un  bal  public,  l'Élysée-Monlmarlre,  qui  a  disparu  en  1894  après  cin- 
quante ans  d'une  vogue  soutenue.  Les  fervents  du  théâtre  réaliste  n'ou- 
blieront pas  non  plus,  que  dans  ce  passage,  le  30  mars  1887,  un  jeune 
employé  de  la 
compagnie  du  gaz, 
nommé  Antoine, 
eut  l'audace,  que 
le  succès  a  cou- 
ronnée depuis,  de 
ré  vol  ut  i  on  n  cr 
l'art  dramatique, 
dans  sa  formule 
aussi  bien  que 
dans  son  inteii)ré- 
lalion. 

Tout  à  côté,  Tmi- 
pa  ssc  G  uel  m  a 
s'enorgueillit  à 
juste  lilre  d'avoir 
p  o  s  s  é  il  é  la  se- 
conde mairie  de 
M  o  II  I  m  a  r  t  rc  , 
avant  celle  di;  la 
place  des  Abbes- 
ses, après  C(dle  de 
la  plaee  du  'relire. 
Quartier  de 
Clig'nancourt. 
—  Le  nom  île  Cli- 
gnancourl  re- 
llionte  à  l'époque 
gallo-romaine  r't 
sigiiilie  encins  de 
Cleniiius.     Il     est 


DIX-HUITIEME    A  H  li  ON  DISSE  M  E  NT 


ISo 


ÉULTSE    DE    CLUi.NANCOUUT. 


LA    IlUli    DU    MONT-CEMS. 


plus  difficile  Je  din;  ce  qu"élait  ce  Cleninus  :  pcut-èlre  le  possesseur  de 
la  bàlisse  rùinaine  dont  on  a  retrouvé  des  restes,  peut-être  un  tout  autre 
propriétaire.  Le  quartier  actuel  occupe  les  deux  versants  de  la  butte  ;  cela 
ne  correspond  pas  à  la  vérité  historique,  car  le  fief  de  Clignancourt  ne 
s'étendait  que  sur  le  versant  qui  est  au  Nord,  et  même  au  delà  de  la 
rue  Marcadet.  Il  y  avait  d'autres  lieux- dits  encore  :  le  Poteau,  les 
Grandes-Friches,  les  Hauts-Malassis,  les  Rapines,  et,  en  allant  vers  l'Est, 
la  Chardonnière,les  ïorlettes.la  Groix-Moreau,  où  sont  aujourd'hui  les 
vastes  ateliers  de  la  compagnie  des  omnibus.  Les  rues  pour  s'y  rendre 
n'étaient  pas  nombreuses  :  c'étaient  la  chaussée  de  Clignancourt,  la  rue 
des  Poissonniers,  dirigées  du  Sud  au  Nord,  la  rue  Marcadet  (ancien 
chemin  des  Bœufs)  de  l'Ouest  à  l'Est,  et  partant  du  sommet  delà  butte, 
la  rue  du  Mont-Cenis,  jadis  nommée  rue  Saint-Denis  et  aussi  chemin  de 
la  Procession,  parce  que  c'était  la  route  suivie  par  les  processions  qui 
allaient  de  l'abbaye  de  Montmartre  à  celle  de  Saint-Denis,  et  récipro- 
quement. Au  moment  de  l'annexion,  en  1860,  la  butte  seule  était  ha- 
bitée ;  tout  le  reste  du  sol  appartenait  à  la  culture  marairlière.  On 
commença  par  y  construire  une  église  :  Notre-Dame-de-Clignan- 
court,  qui  fut  inaugurée  le  20  octobre  1803.  Elle  e^t  l'œuvn'  de  l'ar- 
chitecte Lequeux;  il  la  bàlit  dans  le  style  roman,  qui  lui  élail  cher; 
c'est  un  édifice  d'une  grande  simplicité  et  bien  approprié 
à  sa  destination. 

Il  n'est  pas  inutile  de  dire  que  M.  Hermel,  le  parrain 
de  la  rue  qui  longe  la  face  orientale  de  l'église,  ne  pas- 
sera à  la  postérité  que  comme  propriétaire  du  terrain. 
Au  n°  28  ter  de  cette  rue,  se  voit  la  Maison  du  peuple 
français,  fondée  en  1894  par  l'abbé  Garnier  pour  faire 
pièce  à  la  Maison  du  peuple,  créée  en  1891  par  les  adhé- 
rents aux  divers  groupements  socialistes  qui  la  construi- 
sirent eux-mêmes,  au  fond  de  l'impasse  Pers,  dans  le 
même  quartier  (l'impasse  Pers  s'ouvre  sur  la  rue  Hamey). 
L'opposition  des  tendances  se  retrouve  dans  le  style 
de  C3S  deu,x  temples  de  la  politique  sociale  :  le  premier 
a  de  vagues  ressemblances  avec  une  église  ;  le  second, 
bâti  bien  plus  rudimeutairement,  dissimule  peu  ses  affi- 
nités très  démocratiques;  il  a  l'air  modeste  d  un  hangar. 
Entre  eux  deux  s'interpose  l'élégante  mairie  de  l'ar- 
rondissement, la  quatrième  qu'ait  vue  Mnntniarlre.  La 
première  pierre  en  a  été  posée  le  16  décembre  1888; 
l'inauguration  a  eu  lieu  le  17  juillet  1892.  L'occasion  est 
bonne  pour  mentionner  qu'elle  est  le  siège  d'une  société 
fort  active,  fort  bien  composée,  qui,  sous  le  nom  de 
Vieux  Montinarlre,  publie  les  plus  utiles  dissertations  sur 
l'histoire  de  l'archéologie  du  XVllb'  arrondissement. 

Par  la  rue  du  Mnnt-Cenis,  on  gravit  les  100  iiirlii's 
dallitude  df  1,1  bulle  et  l'on  ariive  enfin  à  la  basilique 
du  Sacré-Cœur,  dite  du  Vuni  nalinnal.  Sa  cnuslrucliun 
l'ut  décidée  par  une  loi  du  23  juillet  1873,  obtenue  non 
sans  de  vifs  débats. 

L'n  concours  fut  ouvert  cnire  lou--~  li's  anhileiics  pciur 
la  construction  de  l'édifice;  c'esl  le  plan  de  Paul  Abadie 
qu'adopta  le  jury.  L'émineut  archilecle  n'a  pu  voir  son 
ujuvro  achevée,  car  il  est  mort  en  1884  et  il  a  éii'  pnur 


le  moins  autant  à  la  lutte  qu'à  l'iionneur.  Certes,  le  projet  était  or- 
gueilleux de  mettre  Paris  aux  pieds  du  Sacré-Cœur,  de  même  que 
Fourvières  domine  Lyon,  de  même  que  NoIre-Dame-de-la-Garde 
domine  Marseille;  mais  on  n'avait  pas  songé  que  la  colline  de  Mont- 
martre était  devenue  creuse  à  force  de  livrer  de  la  pierre  et  du  plaire. 
Lorsqu'il  s'agit  de  faire  les  fondations,  on  s'aperçut  que  l'édifice 
n'offrirait  aucune  stabilité  et  qu'il  s'affaisserait  infailliblement  avec  la 
butte  sur  la  place  Saint-Pierre;  on  dut  creuser  à  plus  de  30  mètres 
de  profondeur  83  puits,  en  retirer  la  glaise  et  lui  substituer  des  maté- 
riaux résistants.  C'est  à  ce  prix  que  l'on  put  asseoir  les  fondations,  deux 
ans  après  la  pose  de  la  première  pierre,  qui  avait  eu  lieu  le  16  juin  IbTo. 
Un  quart  de  siècle  s'est  écoulé  et  l'œuvre  s'achève  à  peine. 

La  basilique  est  construite  dans  le  style  roman  byzantin  du  xii'  siè- 
cle. Elle  ne  brille  pas  par  la  légèreté,  mais  bien  par  la  masse,  et  c'est, 
pour  beaucoup,  une  vraie  déception  que  de  se  trouver  en  présence 
d'une  forteresse  aussi  trapue.  L'intérieur  n'offre  pas  pareille  impres- 
sion ;  les  coupoles  qui  l'éclairent  ont  de  la  grâce  dans  la  noblesse  ;  le 
vaisseau  est  spacieux,  sans  excès,  la  crypte  a  le  caractère  mystique 
qui  convient. 

L'une  des  curiosilés  du  monument   est    la    Savoyarde,  cloche  de 


1.  \    MAIKIK     M     Wlll.    AKKONDISSE.VEXT. 


186 


PARIS- ATLAS 


26,213  kilogrammes  offerte  par  les  fidèles  du  diocèse  de  Chambéry. 
Le  jour  de  son  arrivée  au  sommet  de  la  butte,  16  octobre  1893,  ce  fut 
un  événement  très  parisien,  et  son  premier  tintement  vibra  aussi  bien 
dans  les  cœurs  profanes  que  dans  les  autres. 

Combien  modeste  et  délaissée  paraît  être,  à  côté  de  rallière  basilique, 
l'église  Saint-Pierre.  C'est  pourtant  un  édifice  très  digne  de  res- 
pect, et  les  archéologues  parisiens  lui  ont  témoigné  le  leur  lorsque,  en 
1897,  ses  protecteurs  naturels,  le  curé  et  le  conseil  de  fabrique,  ne 
parlaient  de  rien  moins  que  de  le  laisser  tomber  en  ruine.  La  protes- 
tation avait  été  unanime  de  la  part  de  tous  ceux  qui  s'intéressent  à 
l'art;  le  conseil  municipal  s'y  associa;  Saint-Pierre  échappa  à  la  destruc- 
tion et  une  habile  restauration  lui  rend  maintenant  même  sa  jeunesse 
d'antan,une  jeunesse  près  de  huit  fois  séculaire.  L'édifice  date  en  effet 
du  commencement  du  xii'  siècle,  et  possède,  de  plus,  des  piliers  plus 
anciens  provenant  d'un  autre  monument.  Il  était  à  la  fois  la  paroisse 
de  Montmartre  et  la  chapelle  de  l'abbaye  avec  laquelle  il  communi- 
quait par  la  partie  de  l'abside  dite  le  chœur  des  dames.  Au-dessus  se 
dressait  le  télégraphe  aérien  de  Chappe;  il  y  resta  jusque  vers  1850. 

A  gauche  du  portail  de  Saint-Pierre  —  façade  affreuse  du  xvii=  siècle 
—  s'ouvre  le  cimetière  dit  du  Calvaire,  qui  fut,  de  1797  à  1830,  le 
cimetière  communal  de  Montmartre.  Plusieurs  noms  illustres  s'y  lisent 
sur  les  tombes:  Fitz-James,  Bougainville,  Vaudreuil,  la  princesse  Ga- 
litzin,  le  comte  de  Maillé,  etc. 

Au  delà  du  Calvaire,  ont  été  construits  à  136  mètres  d'altitude  les 
réservoirs.  L'œuvre  a  été  faite  en  trois  ans,  de  1887  à  1889;  l'archi- 
tecte a  cru  devoir  lui  donner  le  même  style  byzantin  qu'au  Sacré-Cœur, 
dont  elle  parait  ainsi  être  une  annexe.  Les  bassins  ont  une  capacité  de 
11,000  mètres  cubes  dont  6,200  pour  l'eau  de  source  et  4,800  pour  celle 
de  rivière  ;  ces  deux  catégories  de  liquide  y  sont  amenées  par  une 
pompe  élévaloire  située  à  l'extrémité  du  pont  d'Austerlitz  (r.  d.]  et  une 
usine  de  relai,  installée  place  Saint-Pierre,  au  pied  même  de  la  butte. 

Depuis  le  12  juillet  191)0,  un  chemin  de  fer  funiculaire  à  crémaillère 
a  été  mis  en  exploitation  entre  la  place  Saint-Pierre  et  les  réservoirs 
de  Montmartre.  Il  est  à  peine  besoin  de  dire  quelles  fatigues  il  épargne 
aux  touristes  qui  ne  se  croient  pas  obligés  à  gravir  pédestrement  la 
butte,  comme  il  conviendrait  liturgiquement  à  des  pèlerins  de  le  faire. 

La  ;j/«ce  du  Tertre,  paisible  comme  un  coin  de  village,  a  conservé,  au 


PORTAIL  l'K    1, A    ];Asll,lyLK   VV    SACRK-CŒUR. 


LES  CLOCHETONS   DE   LA     BASILIQUE    DU    SACRÉ-CŒUR. 

n"  3,  la  première  mairie  de  la  comniune,  inslallée  en  1790;  une  in- 
scription en  fait  foi. 

A  l'extrémité  orientale  du  plateau,  la  rue  de  ta  Bonne  rappelle  le 
souvenir  d'une  des  fontaines  de  la  butte,  la  fontaine  de  la  Bonne  eau. 
Nous  avons  retrouvé  aux  archives  de  la  Seine  la  preuve  que  Scribe  y 
posséda  une  maison;  le  24  juin  1839,  le  conseil  municipal  vola  «  pour 
le  sieur  Eugène  Scribe,  propriétaire,  demeurantàParis,ruePigalle,10  », 
le  payement  d'une  somme  de  1,300  francs  principal  et  intérêts,  corres- 
pondant à  la  valeur  d'un  terrain  retranché  de  sa  propriété  pour  le 
redressement  do  la  rue. 

La  ri<e  de  la  Barre  représente  le  tracé  de  deux  anciennes  voies  dont 
les  noms  étaient  charmants,  les  rues  des  Rosiers  et  de  la  Fonlenelle, 
tandis  que  le  nom  du  chevalier  de  la  Barre  évoque  un  drame  de  l'in- 
justice. Il  est  vrai  que  la  rue  des  Rosiers  avait  été  le  théâtre  de  la 
mort  tragique  des  généraux  Lecomte  et  Clément  'l'Iiomas,  le  18  mars 
de  l'année  lei-rible... 

En  dévalant  par  la  iiie  de  la  Barre,  on  atteint  assez  vile  la  rue  de 
Clignancourt.  Les  maisons  42-34  de  celle  rue,  7-13  bis  de  la  rue  Custine 
représentent  l'emplacement  du  ChAteau-Rouge.  La  tradition  veut  que 
(iabrielle  d'Estrées  y  ait  eu  un  manoir,  qui  sciait  au  moins  le  dixième 
possédé  par  elle  autour  de  Paris,  mais  il  faudrait  le  prouver.  C'était,  h 
la  fin  du  xvin''  siècle,  au  dire  d'un  Guide,  <(  une  charmante  maison  siluée 
dans  une  position  très  heureuse  dont  les  jardins  ont  environ  Irenli' 
ai  pents  d'enclos  ».  En  1814,  lors  de  l'attaque  de  Paris  par  les  alliés,  le 
iMJ  Joseph  en  fit,  pendant  quelques  heures,  son  ((uartier  général. 
Mil  1843,  un  bal  public  y  fut  étalui  qui  eut  une  grande  vogue  tant  pai- 
iMi-mèmc  que  i)ar  les  banquets  politiques  qui  eurent  lieu  en  |S47 
dans  la  salle  de  danse.  Cette  vogue  ne  déjiassa  pas  l'année  1871. 

La  place  dit  Chillean-Houge  se  charge  d'en  perpétuer  le  souMuii. 
l'.lle  marque  le  cenlre,  ou  à  peu  près,  du  boulevard  liarbès,  la  vnie  l.i 
plus  importante  du  (|uailier,  continuée  par  le  boulevard  Uniaiio  qui 
P'u  |o  le  nom  d'un  maréchal  de  l'iance.  Ouverts  sous  h;  second  Empire, 
les  deux  boulevards  n'en  faisaient  ([u'un  ;  en  1882,  le  nom  de  l'i'iui- 
nenl  publirisle  Barhès  fut  donné  à  la  section  comprise  entre  le  hou- 
h'vard  de  la  Chapi;lle  et  la  ru(!  Onli'iier. 

Presque  à  l'extrémité  de  la  rue  de  Clignancourt  s'ouvrir  la  me  d'Orsel. 
Elle  traverse  un  quartier  ijU''  cié.i  >\<-  toutes  pièces,  en  1802,  un  spécu- 


ijix-uuh"Ii:mi:  Ai'.ito.\i)issi:.Mi:M 


187 


lateur  de  terrains  nommi^ 
M.  d'Orsel.  On  l'appelait  en- 
core le  village  Orsel  en  1838 
(10  février),  lorsque  le  con- 
seil municipal  de  Montmartre 
se  chargea,  moyennant 
250  francs  par  an,  de  pourvoir 
à  son  nettoiement  et  à  son 
éclairage. 

Non  loin,  voici  la/7/aceSfl'^>i^ 
Pierre  qni,  au  temps  où  Mont- 
martre était  commune,  n'était 
jamais  autrement  désignée 
que  sous  le  nom  de  «  place 
publique  ».  Le  square 
Saint-Pierre  a  une  super- 
ficie (le  7,300  mètres  carrés; 
les  frais  de  premier  établisse- 
ment ont  été  de  26,500  francs. 

En  remontant  la  butte  par 
la  place  Dancourt,  qui  n'a 
changé  son  ancien  nom  de 
place  du  Théâtre  que  pour 
prendre  celui  d'un  auteur 
dramatique  (  le  théâtre  y 
subsiste  toujours),  on  atteint 
la  eue  A)i(o!np/<e  (prénom  d'une 
femme  de  propriétaire)  où  un 
couvent  de  femmes,  sis  au 
n°  9,  a  été  fondé  sur  l'empla- 
cement présumé  du  martyre 
de  saint  Denis,  qu'occupa  en 
1622  un  prieuré  dépendant 
de  l'abbaye  de  Saint-Denis. 

Si  l'on  redescend  par  la 
rue  des  Martyrs,  on  rencontre 

la  TMeAndré-Gill,  qui  constitue  une  sorte  de  cité  au  centre  de  laquelle 
a  été  inauguré,  le  21  aviil  1895,  le  buste  du  spirituel  et  malheureux 
auteur  de  la  Muse  à  Bibi. 

Nous  n'avons  plus  guère  à  signaler,  dans  le  même  ordre  d'idées,  que 
le  n"  84  du  boulevard  Rochechouart,  où  Salis,  en  1881,  créa  son  premier 
cabaret  du  «  Chat  Noir  »,  qu'il  transporta  quatre  ans  plus  tard  dans 
le  I.X."  arrondissement,  rue  Victor-Masse,  alors  rue  de  Laval. 

Quartiers  de  la  Goutte-d'Or  et  de  La  Chapelle.  —  A  eus  deux, 
ils  correspiindent  exacleineut  aux  limites  de  l'ancienne  commune  de  la 
Chapelle,  commune  de  l'arrondissement  et  du  canton  de  Saint-Denis 
depuis  1790,  après  avoir  été,  depuis  plusieurs  siècles,  paroisse  de  la 
banlieue  de  Paris,  finalement  annexée  à  Paris  en  1860. 

Son  histoire,  pour  remonter  haut,  sera  brièvement  exposée.  A 
l'époque  romaine,  une  des  voies  les  plus  importantes  de  la  Gaule  tra- 
versait ce  territoire;  dans  Paris,  c'était  la  rue  Saint-Martin;  au  delà,  le 
faubourg  Saint-Martin,  la  rue  du  Chàteau-Landon,  celle  de  Philippe-de- 
Girard  et  une  route  sensiblement  parallèle  à  la  rue  de  la  Chapelle  et  à 


LE    CALVAIRE    DE    S  AINT-PIERRE-DE- MONTMARTRE 


la  roule  nationale  n°  1  jus- 
qu'à Saint-Denis,  où  la  voie 
romaine  se  bifurquait  en 
deux  branches  comme  au- 
jourd'hui, l'une  allant  vers 
l'Ouest  (roule  du  Havre),  l'au- 
tre vers  le  .Nord  (roule  de 
Calais;.  .Vu  moyen  âge,  un 
autre  chemin  fui  créé  pour 
relier  Paris  à  Saint-Denis; 
il  partait  de  la  maison  de 
Seine  dans  celte  dernière 
ville, elaboulissaitaux  Halles. 
Suivi  surtout  par  les  mar- 
chands de  poisson,  il  leur  dut 
son  nom  :  rue  Poissonnière, 
du  Faubourg-Poissonnière, 
rue  des  Poissonniers,  chemin 
des  Poissonniers,  formant 
une  seule  et  même  voie. 

La  légende  prétend  que 
sainte  Geneviève  allant,  cha- 
que semaine,  prier  sur  le 
tombeau  de  saint  Denis,  s'ar- 
rêtait à  La  Chapelle  devant  un 
oratoire  construit  par  ses 
soins,  d'où  l'origine  du  lieu, 
mais  comme  la  Vie  de  cette 
sainte,  presque  contempo- 
raine de  son  existence,  n'en 
dit  rien,  nous  observerons  le 
même  silence.  Il  est  infini- 
ment croyable  que  La  Cha- 
pelle-Saint-Denis (tel  était 
son  nom  officiel)  date  du 
temps  où  les  moines  de  Saint- 
Denis,  qui  en  possédaient  toutes  les  terres,  y  installèrent  une  colonie 
de  laboureurs  et  vignerons  et  transformèrent  en  paroisse  la  chapelle 
primitive  du  lieu.  Le  territoire  était  presque  en  entier  couvert  de 
vignes;  maintenant,  il  est,  pour  les  deux  tiers,  envahi  par  l'industrie 
des  transports  :  voies  et  ateliers  du  chemin  de  fer  du  Nord,  voies  et 
ateliers  du  chemin  de  fer  de  l'Est,  voies  de  raccordement  de  ces  deux 
réseaux  entre  eux  et  avec  le  chemin  de  fer  de  Ceinture. 

Le  quartier  de  la  Goutte-d'Or  s'est  créé,  après  1830,  rur  les  dernières 
ondulations  du  versant  oriental  de  la  butte  Montmartre,  au  lieu  dit 
la  Goutte-d'Or,  dénomination  provenant  probablement  d'une  enseigne 
de  cabaret.  Il  a  gardé  sa  physionomie  de  faubourg,  si  pittoresquement, 
si  admirablement  décrite  dans  L'Assommoir  d'Emile  Zola.  La  lue  de  la 
Charbonnière  rappelle  aussi  un  ancien  lieu-dit;  celle  de  Jessaiut  porte 
le  nom  d'un  ancien  préfet  de  la  Seine;  la  rue  Polonceau.  celui  d'un 
ingénieur  de  la  Compagnie  du  chemin  de  fer  du  Nord;  la  nie  Jean- 
François- Lépine  consacre  la  mémoire  d'un  philanthrope  qui  fil.  au 
ciuniiieucement  du  siècle,  de   grandes  libéralités  à  la  commune  de 


LES    RÉSERVOIRS    DE    MONTMARTRE. 


LA   RUE  JEAN-FRANCOIS-LÉPINE  ET  L'ÉGLISE  S  Al  N  T-BER  N  A  RD. 


188 


PARIS -ATLAS 


VUE   DE    I.'KGI.ISE    SAINT-BERNARD. 

La   Clinpplle.  Nous  aurions  aimé  a   retrouver  l'origine   du   nom  de 
Saint-Ange,  que  porte  le  pont  du  chemin  de  fer  du  Nord  sur  lequel 
passe  le  boulevard  de  La  Chapelle;  cela  ne  nous  a  pas  été  possible. 
On  n'explique  pas  plus  aisément  celui 
de  la  rue  de  Chartres. 

Une  église  ne  fut  nécessaire  aux  ha- 
bitants du  quartier  qu'en  1858.  Jusque- 
là,  ils  étaient  paroissiens  de  Sainl- 
Denis-de- I.a -Chnprlle.  La  première 
pierre  de  Saint-Bernard  fut  posée, 
le  15  août  18b8,  par  le  baron  Lepic, 
sous-préfet  de  Saint-Denis,  et  l'église 
fut  livrée  au  culte  le  29  octobre  1861. 
Elle  est  construite,  sur  les  plans  d' .Au- 
guste Magne,  dans  le  slyle  flamboyant 
du  XV'  siècle,  qui  lui  donne  un  aspect 
fort  coquet. 

La  partie  de  la  rue  du  Faubourg- 
Saint-Denis  comprise  entre  Saint-La- 
zare et  La  Chapelle  se  nommait,  au 
xvin'  siècle,  sans  que  l'on  sache  trop 
pourquoi,  faubourg  de  Gloire,  et  cette 
dénomination  s'appliquait  aussi  à  l'ex- 
trémité septentrionale  de  la  rue  de  La 
Chapelle.  Le  document  suivant  eu 
donne  la  preuve  : 

Dcciel  di'  r.Asseiiibléc  nationale, 
du  30  juin  1790  : 

L'Assemblée  nationale  décrtle  :  lo  que  la 
partie  du  taubourg  Saint-Denis  connue  sons 
le  nom  de  faubourg  de  Gloire  avec  ses  dé- 
pendances el  qui  se  trouve  bors  des  murs 
(le  Paris,  est  réunie  à  la  municipalilé  de  la 

Chapelle;  2°  que  les  habilans  de  celle  partie  du  faubourt;  et  dépendances  réunis- 
sant les  qualllcs  prescrites  par  la  loi  seront  éli^j^ibles  aux  fonctions  municipales 
el  mililaires  de  celte  paroisse  (.^rcli.  X'"  D'*.;!,  liasse  li7u). 

La  ('  grande  rue  de  La  Chapelle  »  no  rornmenrail  (|u'à  la  rue  Orde- 
ner.  Aujourd'hui,  depuis  1867,  la  rue  de  La  Chnjiellc,  longue  de  l,''i80  mè- 


LA    STATION    D  L"    PONT- .M  A  HC  A  DET. 


très,  traverse  dans  toute  son  étendue  le  territoire  de 
l'ancienne  commune  dont  elle  fut  toujours  l'artère 
principale. 

C'est  une  large  voie,  très  commerçante,  où  la  cir- 
culation, celle  surtout  du  gros  camionnage,  est  très 
active.  La  rue  Jean-François-Lépine,  dont  nous  par- 
lions tout  à  l'heure,  s'en  détache  à  gauche  et  franchit 
sur  un  pont  du  même  nom,  les  voies  multiples  du 
chemin  de  fer  du  Nord  pour  aboutir  à  Saint-Bernard. 
Ce  pont  a  fourni  aux  ingénieurs  municipaux  l'occa- 
sion d'un  lourde  force;  il  a  été  construit  au  cours  de 
l'année  1897  sans  interrompre  la  circulation  des 
trains  et  sou  tablier  a  été  lancé  en  une  seule  journée. 
Une  inauauration  solennelle  en  fut  faite  le  20  fé- 
vrier 1898'. 

A  l'angle  des  rues  Dowtcauvilte  et  de  La  Chapelle 
avait  été  construite  en  1840  une  nouvelle  mairie  de 
La  Chapelle  —  M.  de  la  Rochefoucaukl-Doudeauville 
étant  sous-préfet  de  Saint-Denis  —  d'où  le  nom  de  la 
rue.  N'ayant  plus  d'objet,  à  dater  de  1880,  elle  a  été 
alfectée  à  la  justice  de  paix,  à  une  bibliothèque  pu- 
blique, et  par  suite  d'agrandissements  à  un  groupe 
scolaire. 

La  me  Onlener  (nom  d'un  général  du  premier  Em- 
pire), conduit  à  la  halte  si  fréquentée  du  pont  Mar- 
cadet,  où  s'arrêtent  les  trains  de  Ceinture  partant 
c'.e  la  gare  du  Nord  et  les  trains-tramways  de  Saint- 
Ouen  et  Saint-Denis. 

Un  peu  au  delà,  de  l'autre   côté  de   la  rue  de   la 
Chapelle,  s'élève  la  modeste  église  Saint-Denis-de- 
La-Chapslle,  modeste  surtout  par  sa  façade  de  mau- 
vais style  et  de  peu  d'apparence,  car  elle  a  éié,  il  y  a 
(|uelques   années,    enrichie    d'une    nouvelle  abside 
donnant  sur  la  place  Torcy. 
Plus  on  avance  vers  la  barrière,  plus  la  circulation  augmente.  Voici 
des  troupeaux  de  bœufs  et  de  moulons  se  dirigeant  vers  les  abattoirs 
de  la   Villette;  un  cortège  de  fardiers  chargés  de  pierres  de   taille, 
d'innombrables   voitures    de   charbon 
venues  s'approvisionner  à  la  gare  spé- 
ciale qui  s'ouvre  sur  le  rond-i)oint  de 
La  Chapelle. 

A  l'angle  mémo  du  boulevaiil  Ney, 
est  située  la  station  du  clieiiiiii  de  1er 
de  Ceinture,  dite  de  La  Chapelle- 
Saint-Denis.  Il  nous  reste  à  ilécrire 
|r  p,iri'"ui's  (le  la  ligne  dans  le  XVIl|o  ar- 
ronilissenienl.  Elh'  y  entie  à  la  station 
de  l'Avenue  de  Saint-Ouen,  au  sor- 
tir de  laquelle  un  soulcirain  long  de 
700  mètres  conduit  à  la  station  du 
Boulevard  Ornano.  Au  delà  de  celte 
gare,  la  vuie  reste  encore  en  tranchée. 
Avant  d'arriver  au  pont  sous  lequel  elle 
franchit  la  ligne  du  Nord,  un  enibian- 
chement,  venant  de  la  direction  île 
Courcelles  s'ouvre  à  droite,  pour  les 
trains  de  Ceinture  qui  rentrent  à  la 
gare  du  Nord.  Cet  embranchement  con- 
siste en  un  souterrain,  (pii  vers  le  mi- 
lieu de  sa  longueur,  olïie  une  bifurca- 
tion, allant  rejoindre  à  la  station  de  La 
Chapelle  la  ligne  circulaire  de  Ceinture 
et  servant  aux  trains  qui  partent  de  la 
gare  du  Nord  et  elfectueiit  le  tour  de 
Paris  par  la  Villette  et  Hercy.  Ce  gigaii- 
lesciue  ouvrage,  iju'ipu  a|qiclle  biriir- 
calion  des  di'tix  branclies,  elTcilui' 
sous  les  voies  princii>ales  du  chemin  de  fei-  du  .Nord,  a  été  livré  à  la 
circulation  le  1"  août  1893. 

Au  delà  de  la  gare  de  La  Chapelle,  la  ligne  de  Ceinture  longe  à  droit.' 
les  magasins  de  la  Compaunie  du  .\0r4l,  cl  soit  de  l'arrondisscnieMl 
sous  le  pont  qui  supporte  la  rue  d'.Vubervilliers. 


LU    PARC    DES    BUTTES-CHAUMONT. 


LES   BUTTES-CHAUMONT. 


-  73»  QUAnTiER  :  LA  VILLETTE. 
L'AMÉRIQUE.   —   76»  quartieu 


7  Je  QiAiniicn  ;  LE  PONT-DE-FLANDRE. 
LE   COMBAT. 


PROPREMENT  parler,  le  XIX°  arrondissement 
c'est  La  Villetle,  et  à  notre  avis,  radministration 
municipale  fut  bien  mal  avisée,  en  1859,  de 
constituer  comme  elle  le  fit  les  deux  derniers 
arrondissements  du  Paris  de  18G0.  Elle  devait 
former  le  XIX"  par  les  deux  communes  de  La  Cha- 
pelle et  de  LaVillelte;  le  XX°  parcelles  de  Belle- 
ville  et  de  Cliaronne.  Or,  elle  a  coupé  en  deux,  au 
mépris  de  tout  souvenir  historique,  le  territoire 
de  liclleville,  jilaçant  son  église  dans  un  arrondissement,  sa  mairie  et 
son  cimetière  dans  l'autre.  11  y  avait  pourtant  alors  des  hommes  bien 
informés  de  l'histoire  du  nouveau  Paris,  et  qui  eussent  été  de  bon 
conseil;  mais  à  quoi  bon  récriminer,  surtout  lorsqu'il  s'agit  de  régions 
comme  celles-ci,  dont  le  territoire  administratif  ne  sera  probablement 
pas  modifié  d'ici  longtemps? 

Pour  se  représenter  les  limites  de  La'Villelte  et  de  BcUeville  ([naiid 
ces  deux  localités  jouissaient  de  leur  aulonomie,  il  faut  figurer  uiuî 
ligne  qui,  partant  de  f  intersection  du  boulevard  de  La  Villetle  et  de  la 
rue  de  Menux,  suivrait  l'axe  do  cette  rue  jusqu'à  la  rue  Secrétaii,  puis 
l'axe  do  celle-ci  jusqu'aux  lîulles-Chaumonl,  ciuiporait  le  parc  pour 
alteindi-e  l'axe  de  la,  rue  d'Ilaulpoul  et  de  la  rue  des  Carrières-d'Amé- 
riqur  Jusqu'aux  l'orlilicalions. 

Paius-Atlas. 


Du  côlé  de  La  Chapelle,  la  liinile  de  La  Villette  a  toujours  été  formée 
par  la  rue  d'Aubervilliers,  jadis  chemin  des  Vertus. 

Le  XIX'  arrondissement,  dit  des  Bu  ites-Chaumont,  a  une  superficie 
de  566  hectares  et  une  population  de  i3o,28o  habitants.  Seuls,  les  XII', 
XllI",  XV°  et  XVI"  arrondissements  ont  un  territoire  plus  vaste  que  le 
sien.  Sa  population  est  moyenne  parmi  celle  des  fauboui-gs;  elle  est, 
eu  immense  majcnité,  composée  par  la  classe  des  travailleurs. 

Dans  la  seconde  moitié  du  xii'  siècle,  la  léproserie  de  Saiut-Lnzare 
(voy.  p.  110),  fondée  au  commencement  du  même  siècle,  possédait  un 
important  canlnn  de  vignes  dans  celte  région;  le  groupe  de  vignerons 
qui  y  vivaient  constitua  un  petit  village,  une  villelle.  Le  nom  lui  en  resta 
dans  les  documents  et  dans  le  langage;  jusqu'à  la  Révolution,  on  disait 
La  Villelte-Saint-Lazare. 

La  récolte  de  la  vigne  implique  un  pressoir;  celui  de  Saint-Lazare  est 
souvent  nientionué  par  des  textes  précis  qui  permettent  de  User  son 
iiii(ilaceiuent  me  de  Nantef,  alors  rue  Saint-Jacques,  ainsi  nommée 
parce  que  l'église  paroissiale  qui  fut  fondée  au  xiv=  siècle  était  sous  le 
vocable  de  Saint-Jacques-et-Saint-Chrislophe.  Cette  église  occupait 
l'angle  de  la  rue  Saint-Jacques  et  du  grand  chemin  du  Bourgef,  aujour- 
d'hui nie  de  Flandre. 

Les  liabitauls  de  La  Villetle  ne  firent  pas  beaucoup  parler  d'eux. 
A  noter  cependant  qu'en  1374,  Charles  V  leur  lit  remise,  contre  une 

19 


190 


PARIS -ATLAS 


ASPECT   DU   CANAL   DE    LOURCC 


somme  d'argent,  des  prélèvements  en  blés,  fourrages,  charrois,  etc., 
que  les  fourriers  royaux  faisaient  sur  les  corvéables. 

Au  xva'  siècle  —  en  164G,  pour  préciser  —  une  abbaye  de  femmes 
vint  s'établir  à  La  Villette,  l'abbaye  de  Sainte-Périne,  fondée  à  Compiègne 
au  xni=  siècle  (Emile  de  La  BédoUière,  ordinairement  mieux  informé,  a 
cru  qu'elle  datait,  à  La  Villette  même,  du  xiv«  siècle).  Elle  y  demeura 
quatre-vingt-seize  ans,  après  quoi  elle  fut  transférée  à  Chaillot.  Nous 
avons  dit  plus  haut  par  suite  de  quelles  vicissitudes,  transportant  tou- 
jours son  vocable  avec  elle,  elle  est  devenue  une  maison  de  retraite 
à  Autouil.  Sou  emplacement,  à  La  Villette,  était  celui  des  trois  maisons 
61-65  de  la  rue  de  Flandre,  avec  l'etour  d'équerre  sur  la  rue  Riquel. 

Pendant  les  deux  années  terribles,  1814  et  1813,  de  l'invasion  étran- 
gère, La  Villette  et  Belleville  souffrirent  beaucoup,  mais  se  comportèrent 
héroïquement  dans  la  résistance  que  Paris  opposa  à  ses  envahisseurs. 

Dans  le  courant  du  xix"^  siècle,  plusieurs  circonstances  ont  contribué 
à  donner  à  La  Villette  une  énorme  activité  industrielle  :  d'abord 
le  percement  des  trois  canaux,  puis  l'ouverture  du  chemin  de  fer  de 
l'Est,  enfin  la  translation  qui  a  été  effectuée  dans  cette  région  du 
marché  de  Sceaux  deux  fois  séculaire  et  la  création  du  plus  impor- 
tant de  nos  abattoirs  parisiens.  Tout  cela  n'aurait  pas  suffi  à  faire  de 
l'arrondissement  un  lieu  de  délices  si,  par  une  heureuse  compensa- 
tion, le  second  Empire  ne  lui  avait  accordé  une  promenade  charmante 
en  transformant  en  parc  les  carrières  par  trop  sauvages  des  Buttes- 
Chaumont.  Et  la  troisième  République,  à  son  tour,  l'a  doté  de  larges 
voies,  d'établissements  municipaux  et  scolaires  confortables,  de  moyens 
de  transport  aisés  et  abondants. 

Pour  en  Unir  avec  les  généralités,  disons  encore  qu'en  18"jy,  La  Vil- 


lette fut  une  des  rares  communes  qui  ne  considé- 
rèrent pas  comme  un  bienfait  leur  annexion  à  Paris. 
Des  protestations,  nombreuses  autant  que  véhé- 
mentes, constituèrent  le  dossier  de  l'enquête  de 
commodo  que  le  gouvernement  avait  ordonnée,  pour 
la  forme.  Les  arrivages  par  wagons  ou  bateaux,  y 
était-il  dit,  font  de  La  Villette  le  véritable  entrepôt 
de  Paris;  l'annexion  sera  une  calamité,  une  ruine 
pour  les  négociants;  la  vie  devenant  plus  coûteuse, 
les  salaires  devront  être  augmentés,  etc.  A  quarante 
années  de  distance,  on  se  rend  compte  que  ces 
craintes  étaient  purement  chimériques. 

Séparé  du  quartier  du  Pont-de-Flandre  par  la  rue 
de  rOurcq,  el  de  celui  du  Combat  par  les  rues  d'Al- 
lemagne et  de  Meaux,  le  quartier  de  La  'Villette 
représente  bien  l'ancienne  aggloni' ration  histo- 
rique. Plusieurs  grandes  voies  le  sillonnent  dans 
sa  longueur  :  les  rues  d'Aubervilliers,  Curial,  de 
Flandre  et  d'Allemagne  ;  dans  sa  largeur,  les  rues  du 
Maroc,  Riquet,  de  Crimée  et  de  l'Ourcq  ;  mais  au- 
cune d'elles  n'est  fréquentée  d'une  façon  aussi  im- 
portante que  le  bassin  de  La  'Villette,  continué 
par  le  canal  de  l'Ourcq,  et  les  quais  qui  les  bor- 
dent, auxquels  on  a  donné  avec  à-propos  les  noms 
des  rivières  que  le  canal  met  en  communication  : 
la  Seine,  la  Jlarne,  l'Oise,  la  Loire. 

Ce  n'est  pas  d'hier  que  date  l'idée  sinon  du  canal 
de  l'Ourcq  même,  du  moins  de  la  navigabilité  de 
l'Ourcq;  on  la  réalisa  au  xvi«  siècle,  et  par  cette  ri- 
vière et  celle  de  Marne,  des  bateaux  chargés  de  bois 
coupé  dans  la  forêt  de  Villers-Cotterets  purent  arriver  ù  Paris,  au  port 
de  la  Grève,  le  9  juillet  1564.  Ce  fut  une  véritable  solennité,  à  laquelle 
assista  le  corps  municipal;  les  mariniers  étaient  vêtus  de  pourpoints  et 
chausses  rouges,  coilfés  de  chapeaux  bleus,  aux  couleurs  de  la  Ville  ; 
les  tambourins  et  trompettes  faisaient  retentir  l'air  d'un  gai  vacarme, 
•i  dont  le  peuple,  ce  voyant,  se  réjouissoit,  espérant  que  si  après,  il  en 
viendra  grande  quantité  par  ladite  rivière  d'Ourcq  ■>. 

11  fallut  bien  se  contenter,  pendant  plus  de  deux  siècles,  de  cet  état 
de  choses.  Le  canal  actuel  n'a  été  entrepris  qu'en  1802  pour  se  ter- 
miner vingt  ans  plus  tard.  Le  bassin  de  La  Villette,  compris  entre  le 
rond-point  de  La  Villette  et  la  rue  de  Crimée  a  aujourd'hui  un  tralic  île 
plus  de  deux  millions  de  tonnes.  Bordé  sur  ses  deux  rives  par  de  hauts 
bâtiments  d'entrepôts,  il  a  un  peu  l'aspect  de  Venise,  moins  la  grâce. 
Lue  passerelle  le  surplombe  à  hauteur  de  la  rue  de  la  Moselle;  la  rue 
de  Crimée  le  franchit  sur  un  pont  qui,  grâce  à  un  mécanisme  fort 
ingénieux,  s'élève  en  quelques  minutes  pour  livrer  passage  aux  bateaux 
et  se  rabaisse  aussitôt.  D'ailleurs,  une  passerelle  lui  est  accolée  pour 
enlever  l'occasion  d'un  murmure  aux  piétons  affairés  ([ui,  blasés  sur 
l'intérêt  de  la  manœuvre,  désirent  traverser  sans  retard. 

Cette  rue  de  Crimée,  faite,  en  [dus  de  vingt  ans,  de  pièces  et  de  mor- 
ceaux pour  ainsi  dire,  est  une  des  plus  longues  de  nos  faubourgs 
parisiens;  elle  n'a  pas  moins  de  2kilom.,  520.  C'est  aussi,  pour  la  circu- 
lation des  voitures,  une  artère  fort  importante,  car  elle  met  en  rela- 
tions les  communes  de  la  banlieue  >"ord,  Saint-Denis,  Aubervillicrs, 


rO.M'    DE    LA    liUE    DE    till.MEE    .ïLli    Li. 


bL   L  L'-iLlsE    SAI.N  r-J  ACiJI.E'5-.SAl.NT-Clli;l>irulMlE. 


DIX-NE i:  VI  KM  i:   Altno.MJlSSKMhNT 


191 


I  ■  ^^  M  1  - 


-■^y.^ 


îTl 


i^m 


.jMhIWJH 


VUE    INTÉRIEURE    DU    MARCHÉ    AUX    BESTIAUX. 


avec  celles  de  la  banlieue  Est  qui  —  sans  parler  de  Bellcville  —  occu- 
pent les  hauteurs  des  Lilas  et  de  Romainville.  Dans  la  traversée  de  La 
Villette,  elle  s'appelait  précédemment  rue  de  Bordeaux.  Là  se  borne 
son  intérêt.  Tout  près  du  pont  du  canal,  nous  avons  lu  sur  la  porte 
d'un  de  ces  établissements  de  bienfaisance  où  l'on  donne  de  la  nour- 
riture aux  pauvres  gens  en  échange  de  bons, celte  inscription  amusante 
par  son  laconisme  :  Entrée  du  fourneau. 

Plusieurs  rues  de  La  Villette  évoquent  des  souvenirs  aussi  belli(iueux 
que  celui  de  la  campagne  de  Crimée,  mais  sous  un  climat  bien  difl'é- 
rent,  car  les  rues  du  Maroc,  de  Tanger,  de  Kahylie  nous  transportent 
en  Algérie. 

La  rue  Riquci,  voisine  du  canal,  rappelle  la  mémoire  du  construc- 
teur du  canal  du  Languedoc,  Riquet,  dont  la  statue  est  à  Toulouse. 
Cariai  fut  un  général  de  division  du  premier  Empire.  La  rue  de  Joiii- 
ville  révèle  par  son  nom  qu'elle  fut  ouverte  sous  Louis-Philippe,  et  cela 
nous  fait  songer  qu'en  1830,  lorsque  la  jolie  ville  de  Joinville-le-Pont, 
lasse  de  se  nommer  la  Branche-du-Pont  de  Saint-Maur,  obtint  son  nom 
actuel,  sa  voisine  Saint-Maur  demanda,  sans  succès  d'ailleurs,  à  s'ap- 
peler Aumale!  11  n'y  a  pas  de  rue  d'Aumale  non  plus  à  La  Villette, 
mais  il  y  a  une  rue  de  Chartres  à  La  Chapelle. 

Peu  d'édifices  dignes  de  remarque  dans  ce  vaste  espace;  rue  Curial, 


Celle  même  place  de  liitclie,  qui  ne  porte  que  depuis  1881  le  nom 
de  la  vaillante  cité  lorraine  (c'était,  avant,  la  place  de  rÉglise)  est 
occupée  par  un  groupe  scolaire  et  une  maison  municipale  de  secours. 
A  l'angle  de  la  rue  de  Crimée,  un  bâtiment  d'aspect  vieillot  représente 
l'ancienne  mairie  de  la  commune,  achetée  moyennant  83.000  francs, 
à  la  suite  d'une  délibération  du  24  juin  1852. 

La  rue  d'Allemagne,  longue  de  1,820nièlres,  large  de  31.  plantée 
d'arbres  auxquels  on  saurait  gré  d'être  moins  rabougris,  date  de  1708. 
Auparavant,  la  route  royale  de  Strasbourg  (aujourd'hui  roule  natio- 
nale n"  3)  était  fournie  par  la  rue  de  Meaux,  prolongée  dans  Paris  par 
la  rue  do  la  Crange-aux-Belles.  Le  xvm'  siècle  nous  a  légué  la  rotonde 
Saint-Martin,  massif  bâtiment,  trop  solennel  pour  son  objet,  qui 
était  di-  relirr  les  deux  barrières  :  de  La  Villette,  à  l'entrée  de  la  rue  de 
Flandre,  de  Pantin,  à  l'entrée  de  la  rue  d'Allemagne.  Cette  dernière 
n'était  encore  que  provisoirement  construite  lorsque,  dans  la  nuit  du 
20  au  21  juin  1791,  deux  calèches  s'y  arrêtèrent  mystérieusement.  Bien 
que  le  jour  commençât  à  poindre,  les  commis  de  l'octroi  ne  remar- 
quèrent pas  qu'un  homme,  deux  femmes,  deux  fillettes  en  descen- 
daient afin  de  monler,  avec  l'empressement  de  personnes  qui  se  cachent 
pour  fuir,  dans  une  vaste  berline  de  voyage,  propre  à  faire  un  long 
irnjet.  Ces  voyageurs  inconnus  n'étaient  autres  que  Louis  XVI,  Marie- 
Antoinette,  Madame  Elisabeth,  Madame  Royale  et  le 
jeune  Dauphin,  habillé  en  petite  fille.  On  sait  ce 
qu'il  advint  de  cette  fuite  :  la  famille  royale  arrêtée 
à  Varennes,  ramenée,  prisonnière  de  la  Nation,  à 
Paris.  La  berline,  qu'on  surnommait  déjà  le  corbil- 
lard de  la  monarchie,  ne  franchit  plus,  au  retour, 
la  barrière  de  Pantin;  on  lui  fit  suivre,  une  fois 
arrivée  là,  les  boulevards  extérieurs  et  elle  revint 
aux  Tuileries  par  les  Champs-Elysées. 

Elle  était  vouée,  cette  barrière,  aux  spectacles  tra- 
giques. C'est  tout  proche  d'elle,  dans  un  cabaret  à 
l'enseigne  du  Petit  Jardinet,  que,  le  30  mars  1814,  fut 
signée  la  capitulation  douloureuse  qui  consacrait 
l'évacuation  de  Paris  par  nos  troupes  et  sou  occupa- 


L'ABATTOIR    DE    LA   VILLETTE. 

sont  installés,  depuis  1874,  les  services  divers,  bu- 
reaux, ateliers  et  remises  des  Puiii|»'s  riniMiics,  nù  ils 
voisinent  avec  les  ateliers  de  conslrurl  ii.n  i\r  la  (jiiu- 
pagnie  générale  des  voilures.  L'église  Saint-Jacques- 
Saint-Christophe,  construite  par  Lequeux  dans  le 
style  grec,  s'élève  sur  la  place  de  Bilchc.  Une  ordmi- 
nance  royale  du  17  novembre  1837  avait  autorisé  la 
niunicipalilé  de  La  Villulte  à  acquérir  au  prix  de 
64, 3U0  francs  le  terrain  nécessaire;  les  travaux  com- 
mencés en  1841  furent  achevés  en  1844;  l'édifice  fut 
consacré  le  27  octobre  par  l'archevêque  de  Paris.  Il 
ne  nous  charme  que  médiocrement,  avec  sa  haute  tour 
hors  œuvre,  qui  a  l'air  d'un  phare.  La  façade  un  peu 
trop  resserrée  a  le  mérite  d'être  ornée  des  statues 
des  deux  (., lirons  de  l'église,  signées  Daiitan  aîné. 


l'ERSPECTlVE   DE   LA    RUE    D' A  LLE.\!  Au  >  E. 


192 


PARIS -ATLAS 


VUE    DU    CANAL    SAINT-DENIS. 


lion  par  celles  des  peuples  alliés  contre  >'apoléon.  A  ceux  qui  aiment 
philosopher  sur  les  rapprochements  de  l'histoire,  il  est  loisible  d'éta- 
blir un  lien  entre  cette  fuite  de  Varennes,  cause  de  la  déchéance  de 
Louis  XVI  et  ce  pacte  de  1814  par  lequel  Louis  XVIII  recevait  des 
Russes,  Anglais  et  Allemands  le  trône  de  ses  aïeux. 

Quartier  du  Pont-de-Flàndre.  —  Il  n'y  a  pas  si  longtemps 
encore  qu'une  ligne  d'omnibus  dénommée  Petite-Villelte — Champs- 
Elysées  suivait  la  rue  d'Allemagne,  franchissait  le  chemin  de  fer  de 
Ceinture  et  venait  stationner  dans  la  rue  du  Hainaut.  Depuis,  la  tète 
de  ligne  fut  reportée  aux  Buttes-Chaumont;  on  en  a  fait  enfin  la 
ligne  Gare  du  Nord-Place  de  l'Aima,  mais  La  Petite-Villette  n'y  a  rien 
perdu,  car  les  deux  services  rivaux  des  tramways  de  Pantin  la  des- 
servent suffisamment.  Ce  n'est  pas  la  Compagnie  des  omnibus  qui 
avait  pris  l'initiative  de  ce  vocable,  Petite-Villette,  pour  désigner  la 
partie  orientale  de  la  commune  de  La  Villetle;  on  le  trouve  employé 
dès  le  commencement  du  siècle,  concurremment  avec  celui  de  La 
Villette-Saint-Denis,  parce  que  l'abbaye  de  Sainl-Deiiis  y  avait  possédé 
des  terres. 

Aujourd'hui,  le  quartier  a  reçu  le  nom  du  pont-viaduc  sur  le(|Mil 
passe  la  ligne  de  Ceinture  et  de  la  station  qui  dessert  la  rue  de  Flandre. 
Il  aurait  tout  aussi  bien  pu  s'appeler  le  quartier  des  Abattoirs  ou  du 
Marché  aux  bestiaux,  car  ces  deux  établissements  en  occupent  la 
moitié.  C'est  en  1859  que  leur  construction  fut  décidée.  Le  canal  de 
rOurcq  et  le  canal  Saint-Denis,  plusieurs  lignes  de  chemin  de  fer, 
la  proximité  des  barrières  fournissaient  toutes  les  commodités  dési- 
rables. Les  abattoirs  s'élevèrent  sur  l'emplacement  des  anciens  lieux- 
dits  Grimprel  et  le  Bon -Jour;  le  marché,  sur  celui  de  liouvray.  Huit 
années  furent  nécessaires  à  leur  édification;  en  1867,  on  les  inaugura 
sans  grande  solennité. 

Le  marché  aux  bestiaux  a  sa  principale  entrée  sur  la  rue  d'Alle- 
magne. Li's  jouis  ou  il  est  ouvert,  La  Pclitc-Villelte  jirend  la  physio- 


^ 

^^ 

fBÊÊ^^^^ .-  --K-j^Ai^a 

^^^H^^ 

.r^'~^.  '.VrfhSRHHHl 

ABSIDE   DE    LÉ';I.I<I 


nomie  la  plus  pittoresque  : 
cabarets  et  restaurants 
sont  débordants  de  la 
clientèle  toute  spéciale 
que  lui  font  les  marchands 
et  conducteurs  d'animaux, 
mêlés  aux  bouchers,  avec 
qui  ils  concluent  affaire 
le  verre  en  main.  Les  lon- 
gues blouses  bleues  des 
premiers  font  apparaître 
plus  blancs  les  tabliers  de 
ceux-ci.  Parfois  les  piles 
d'écus  s'empilent  et  dis- 
paraissent dans  la  cein- 
ture des  vendeurs,  mais 
le  plus  souvent,  le  chiffre 
d'affaires  est  trop  éjevé, 
et  se  règle  commerciale- 
ment en  écritures. 

Un  pont  sur  le  canal  de 
rOurcq  relie  le  marché 
aux  abattoirs.  Du 
royaume  de  l'argent,  on  passe  dans  le  royaume  du  sang.  Le  spectacle 
n'en  serait  pas  réjouissant  si  les  bâtiments  n'étaient  tenus  très  propres, 
aérés,  disposés  avec  symétrie.  Les  étables  où  les  malheureux  animaux 
attendent  le  coup  de  massue  ou  le  coup  de  couteau  final  y  alternent 
avec  les  échaudoirs,  nom  bizarre  donné  aux  salles  où  se  donne  la 
mort.  On  y  tue  pendant  la  nuit,  on  y  prépare  et  débite  les  viandes 
dans  la  journée.  Les  ouvriers  employés  à  ce  dernier  travail  sont,  non 
moins  étrangement,  nommés  chevillards,  parce  qu'ils  disposent  les 
bétes  dépecées  sur  des  crocs  en  fer  nommés  chevilles.  Il  parait  que 
ce  rude  métier,  qui  exige  beaucoup  de  force  et  d'adresse,  ne  porte  pas 
à  la  mélancolie:  les  bouchers  de  La  Villette  sont  d'humeur  joyeuse,  de 
santé  robuste  comme  il  convient  à  des  gens  qui,  par  métier,  font  des 
cures  de  sang  ordonnées  aux  personnes  débiles.  Il  leur  arrive,  pour 
se  distraire,  de  s'occuper  de  politique.  Un  procès  célèbre  nous  les  a 
présentés,  qui  l'aurait  cru!  sous  le  jour  de  conspirateurs  soucieux  du 
rétablissement  de  la  royauté,  et  un  poète  facétieux,  s'adressaut  à 
leur  leader,  lui  disait  : 

Oui.  vous  pi'éscnterez  les  boucliers  à  la  i-ciiie... 

N'oublions  pas  de  rappeler  que  le  marché  aux  bestiaux  a  hérité  du 
premier  château  d'eau  de  la  place  de  la  Uépubliquc. 

L'impasse  du  Dépotoir  a  au  moins  le  mérite  d'avoir  un  nom  précis,  et 
n'est-ce  pas  dans  l'ordre  que  l'intestin  de  Paris  soit  contigu  à  son 
estomac?  Chaque  nuit,  trois  ou  quatre  cents  voitures  de  vidanges  — 
administrativement,  on  les  appelle  des  tonnes  —  viennent  là  déverser 
leur  lamentable  cargaison  dans  des  réservoirs  d'où  elle  est  entraînée 
par  une  pompe  aspirante,  à  8  kilomètres,  à  l'usine  sise  entre  Bondy 
et  Auluay  pour  y 
subir  les  pré[)ara- 
tions  chimiques 
qui  la  rendent 
propre  à  féconder 
le  sol. 

Tout  lires  lie  là, 
prend  nais>anrr 
le  canal  Saint- 
Denis  qui  se 
girifr  sur  le  canal 
de  l'Uurcq  et  li- 
mite au  Sud-Ouest 
les  abattoirs.  Il 
doit  son  existence 
à  la  loi  du  29  n..- 
réal  an  X,  qui 
pre  se  riva  il  eu 
même  lemiis  I  ou- 
verture du  canal 
Saint-Martin.  L'u- 
tilité était  évi- 
(l(Mitc'  d'épargner 
à  la  navigation 
ruai  rhande  la  tra- 
vi'rsée  de  Paris  i-l 

la    binyue   boucle 

(|ue  l'ait   l(^   (leMVe 

en  aval  d'.Vutruil.  I,  KULlSli    DE   UELLEVILLE. 


DIX-  N  1  :  l  V I K  M  i:    A  15  11  0  N  D I s  s  E  M  E  N  T 


193 


L'entrrpriso  ne  fut  achevée  quV-n  1820. 

i.'-  7")  .|iiarticr  est  le  quartier 
d'Amérique.  Ce  nom  serait  inex- 
plicable si  Ton  n'y  sous-en tendait  le 
mot  carrières.  Encore  est-on  réduit  à 
se  demander  en  quoi  ces  carrières-là 
sont  plus  américaines  que  d'autres. 
Ce  qui  est  certain,  c'est  que,  malgré 
les  nombreux  travaux  qu'y  a  faits 
l'édilité,  la  région  demeure  encore 
passablement  sauvage.  Le  centre  de 
Paris  s'est  déplacé,  il  se  déplacera 
encore  :  on  peut  affirmer  qu'il  ne 
serajamais  là.  Historiquement,  c'est 
un  peu  La  Villette  et  beaucoup  Bel- 
leville.  La  Villette  y  a,  depuis  1829, 
son  cimetière,  situé  rue  d'IIautpoul  ; 
Belleville,  le  meilleur  de  son  agglo- 
mération, et  la  presque  totalité  des 
carrières  d'Amérique  proprement 
dites.  Celles-ci  servaient  principale- 
ment d'asile  Je  nuit  aux  malandrins 
et  pauvres  hères.  Eux  seuls  osaient 
s'y  risquer  au  commencement  du 
siècle.  Elles  eurent  une  journée  de 
gloire  et  de  sang,  le  30  mars  1814, 
lors  de  l'attaque  de  Paris  par  les  al- 
liés. Sous  le  commandement  des 
généraux  Michel    et   de   Rebeval,    la 

garde  nationale  y  prit  position  en  face  d'une  brigade  de  l'armée  russe. 
L'offensive,  venue  de  notre  côté,  donna  d'abord  les  meilleures  espé- 
rances, et  l'ennemi  fut  plusieurs  fois  forcé  de  battre  en  retraite  sur 
Pantin;  mais,  en  1814  comme  en  1870,  des  renforts  lui  arrivè- 
rent chaque  fois  que  la  victoire  allait  se  déclarer  en  faveur  des  assié- 
gés; c'est  par  la  capitulation,  hélas!  que  se  termina  ce  beau  fait 
d'armes. 

Et  cependant,  il  nous  sera  permis  de  regretter  que  sur  ces  plateaux 
n'ait  pas  été  élevé  un  monument  commémoratif  de  la  bataille  du 
30  mars  1814.  Le  parc  des  Buttes-Chaumont  semble  tout  désigné  à  cet 
effet.  Une  pyramide  ou  tout  autre  édicule   créé  par  l'ingéniosité  de 


TERMINUS    DU   FUNICULAIRE   DE    BELLEVILLE. 


lier  a  commencé  de  se  bâtir  depuis 
un  quart  de  siècle.  De  larges  voies 
le  sillonnent  :  les  rues  du  Général- 
Branet,  DaviJ-J'Angers,  (TAUace-Lc/r- 
raine.  Quand  la  ligne  projetée. du 
Métropolitain  y  aura  son  accès,  la  po- 
pulation s'y  décuplera  promptement. 
En  attendant  mieux  on  lui  a  donné 
l'hôpital  Herold,  de  proportions 
encoie  modestes.  C'est  en  souvenir 
de  l'ancien  préfet  de  la  Seine  que  ce 
nom  lui  a  été  attribué. 

Avant  le  percement  de  la  rue  de 
Crimée,  les  relations  entre  La  Vil- 
lette et  Belleville  s'efTectuaient  soit 
par  la  rue  de  La  Villette.  soit  par  la  rue 
Compans  (anciennement  nie  Saint- 
Denis  et  la  rue  des  Fêtes  'ancienne- 
ment rue  de  Beauneî,  aboutissant 
toutes  deux  à  la  grande  rue  de  Paris, 
qui  n'a  pris  qu'en  1868  le  nom  de 
rue  de  Belleville,  et  qu'au  delà  de  la 
rue  Compans,  vers  Romaiuville,  on 
appelait  rue  du  Parc,  en  souvenir  de 
l'ancien  parc  attenant  au  domaine 
des  Lepeletier  de  Sainl-Fargeau.  Le 
. XIX' arrondissement  —  nous  l'avons 
dit  et  déploré  —  n'a  de  cette  longue 
ai  tère  que  les  numéros  impairs.  Du 
moins,  il  y  possède  un  fort  beau  monument  que  Paris  peut  envier  à 
Belleville,  l'église  Saint-Jean-Baptiste.  Elle  a  remplacé,  sur  le 
même  terrain,  un  édifice  bien  plus  modeste,  dont  la  première  pierre, 
retrouvée  en  creusant  les  fondations  de  la  nouvelle  éelise,  avait  été 
posée,  le  3  juillet  163o,  par  le  curé  de  Saint-Merri,  dont  dépendait 
Belleville.  Par  délibération  du  o  mars  1833,  le  conseil  municipal  de 
la  commune  avait  décidé  la  démolition  et  la  reconstruction  totale  de 
cet  édifice,  et  agréé  les  plans  présentés  par  Jean-Baptiste-Antoine 
Lassus.  La  première  pierre  fut  posée  le  24  juin  1834  en  grande  solen- 
nité (une  relation  de  cette  fête  en  a  été  imprimée).  Lassus  continua  à 
diriger  son  œuvre  jusqu'à  sa  mort,  qui  survint  en  18o7.  C'est  un  de 
ses  élèves  qui  l'acheva  en  1839,  année  où,  le  11  août,  la  pa- 
ri dsse  fut  consacrée  par  l'archevêque. 

Le  monument  est  conçu  dans  le  style  d'architecture  go- 
thique, sobre  et  majestueux,  qui  caractérise  le  règne  de  saint 
Louis.  Par  ses  dimensions,  la  hauteur  de  ses  voûtes,  les  deux 
llèches  de  près  de  60  mètres  qui  flanquent  son  portail,  il 
rassemble  plus  à  une  cathédrale  qu'à  l'église  dune  commune 
de  la  banlieue  de  Paris  ^il  est  vi-ai  que  Belleville  s'enorgueil- 
lissait alors  d'être,  grâce  au  chiffre  de  sa  population,  la  pre- 
mière ville  du  département  après  Paris).  Les  façades  sont 
ornées  de  nombreuses  statues,  dues  au  ciseau  de  Perrey; 
ilivers  peintres  ont  coopéré  à  la  décoration  murale  de  l'in- 
térieur. 

La  partie  de  Belleville  sise  à  gauche  de  la  grande  rue  fut 
longtemps,  comme  Batignolles-Monceau,  le  séjour  pi-éféré  des 
petits  commerçants  retirés  des  affaires,  des  rentiers  aux  goût- 
modestes.  Il  faut  lire,  et  ce  n'est  pas  une  ennuyeuse  lectun. 
certains  romans  de  Paul  de  Kock,  qui  aimait  beaucoup  Cu 


L.\    PLACE   DES    FETES. 

nos   artistes    pourrait    porter   une    inscription 
conçue  à  peu  près  dans  ces  termes  : 

SUR   CES    HAUTEURS,   ALORS   ABRUPTES, 

LES    PARISIENS    COMBATTIRENT    VAILLAMMENT 

POUR    DÉFENDRE   LEUR    VILLE 

CONTRE    l'invasion    DES  ARMÉES   ALLIÉES 

LE    30    .MARS  1814 

et  lesTarisiens  du  xx«  siècle  la  liraient  avec  un 
légitime  orgueil. 

Tout  autour  de  la  place  du  Danube  (un  nom 
de  montagne  aurait  mieux  convenu,  le  quar- 


PORTE   DU    PRÉ-S.VINT-GERVAIS. 


10^ 


PARIS- ATLAS 


ASPECT   DE   LA    COURBE    DE    LA    RUE    BOLIVAR. 

coin  de  pays  (où  il  vint  mourir  en  1871),  pour  se  rendre  compte  des 
mœurs  bourgeoises  et  même  patriarcales  du  lieu.  Si  les  tendances  n'ont 
pas  beaucoup  changé  depuis,  tout  autour  de  la  place  des  Fêtes,  les 
iiabitants  y  mènent  maintenant  une  vie  plus  active  :  pour  la  plupart, 
ce  sont  des  artisans,  des  travailleurs  manuels;  Tannexiona  fait  reculer 
les  rentiers  dans  la  banlieue  ;  les  maisons  avec  jardin,  qui  étaient  de 
règle,  se  font  de  plus  en  plus  rares.  Même  avant  1860,  la  municipalité 
bellevilloise  assistait  à  cette  évolution  avec  une  mélancolie  des  moins 
démocratiques;  les  «  propriétaires»  qui  la  composaient  constatent 
dans  une  délibération  du  4  août  1832  que,  «  depuis  la  transformation 
splendide  »  des  quartiers  industriels  et  populeux  de  la  capitale,  Bel- 
Icville  est  devenu  le  refuge  d'une  foule  de  gens  qui  ne  savent  où  habiter 
dans  Paris  et  y  viennent  ainsi  ci  avec  la  pensée  secrète  de  ne  pas  payer 
leurs  loyers  ».  El  le  conseil  demandait  la  simplification  des  formalités 
en  usagi'  poui-  l'expulsion  de  ces  gens-là.  On  voit  que  M.  Vautour  a  de 
qui  tenir. 

La  place  des  Fêtes,  dont  il  vient  d'être  parlé,  est,  depuis  1881,  pourvue 
d'un  vaste  square,  de  12,000  mètres  carrés  ou  environ  ;  si  l'on  en  croil 
les  documents  officiels,  il  n'en  a  pas  coûté  plus  de  200,000  francs  pour 
la  revêtir  ainsi  d'une  aimable  robe  de  verdure.  Elle  est  bordée  à  l'Est  par 
la  rue  du  Pré-Saint-Gcrvais  qui  conduit  à  la  commune  du  même  nom.  Il 


nous  souvient  qu'un  petit  omnibus  jaune  et  fermé, 
comme  il  n'en  existe  plus  maintenant  à  Paris,  la 
parcourait,  venant  de  l'ancienne  barrière  de  Bel- 
leville  et  descendant  ainsi  au  Pré-Saint-Gervais 
après  l'ascension  la  plus  rude  que  l'on  puisse  con- 
cevoir. Le  trajet  était  aussi  pénible  aux  chevaux 
qu'aux  voyageurs;  aujourd'hui,  pour  se  rendre  au 
Pré,  l'on  a  des  tramways  électriques  qui  partent 
de  la  porte  de  Pantin,  c'est-à-dire  de  la  plaine  vers 
la  colline,  ce  qui  est  infiniment  plus  logique. 

Et  maintenant,  de  la  place  des  Fêtes,  que  l'on  se 
dirige,  par  la  rue  des  Solitaires  ou  celle  des  Anne- 
lels,  vers  la  rue  à  laquelle  Botzaris,  un  héros  de 
la  guerre  de  l'indépendance  grecque ,  a  donné 
son  nom,  que  l'on  fasse  le  tour,  au  contraire,  par 
les  rues  desLilas  et  de  Bellevue  (un  nom  bien  porté), 
on  est  assuré  d'une  excursion  fort  pittoresque,  à 
travers  un  Paris  très  inédit,  pourrait-on  dire,  car 
il  a  dans  ces  régions  un  aspect  tout  particulier, 
qui  ne  se  retrouve  pas  ailleurs. 

Quartier  du  Combat.   —  Le  boulevard  de  La 
Villette,    au    point   d'intersection    des    rues  de    la 
Grange-aux-Belles  (X=  arrondissement)  et  de  Meaux, 
a  une  légère  inflexion  du  Nord  vers  l'Est,  et  dans 
cette  concavité  forme  une  place  dont  on  a  fait  une 
sorte  de  square.  Là  s'élevait  une  des  barrières  du 
Paris  d'autrefois,  dénommée  barrière  du  Combat. 
11  s'agit  du  combat  d'animaux,  d'un  spectacle  forain 
dont  nos  a'ieux  étaient,  parait-il,  très  avides  et  qui, 
espérons-le  pour  l'honneur  de  l'humanité,  n'inspi- 
rerait que  de  l'horreur  aujourd'hui.  11  consistait  à 
faire  battre  entre  eux  des  animaux,  chiens  ou  coqs, 
ou  de  mettre  aux  prises  contre  un  vieux  cheval, 
ou  un  ours,  ou  parfois  un  taureau  étique,  une  meute  de  chiens  qui  finis- 
sait par   avoir  raison  de  la  malheureuse  bête,  non  sans  avoir  reçu 
maints  horions.  Dès  le  9  juin  1T92,  le  procureur  général  du  départe- 
ment, indigné  de  ces  atrocités,  avait  écrit  la  lettre  suivante  au  Direc- 
toire du  district  de  Saint-Denis  : 

«  On  vient  de  me  dénoncer,  messieurs,  un  spectacle  déchirant  qui 
se  donne  à  Belleville  à  certains  jours  de  l'année,  et  où  l'on  fait  périr 
un  taureau  dans  les  tourments  les  plus  cruels.  Je  ne  doute  pas  que  la 
lecture  de  cette  lettre,  dont  copie  est  ci-jointe,  ne  vous  déleriiiine  à 
prendre  des  mesures  pour  que  ce  spectacle  n'ait  plus  lieu.  » 

Si  cette  injonction  fut  obéie,  ce  ne  fut  que  pour  un  temps.  Le  Con- 
ducteur dus  étrangers  à  Paris,  à  la  date  de  1815,  signale  le  <'  coinbat  des 
animaux  »  en  le  réprouvant,  il  est  vrai.  D'autre  juirl,  le  conseil  muni- 
cipal de  Belleville  avait,  par  délibération  du  l"  février  18'iO,  autorisé 
le  bureau  de  bienfaisance  de  la  commune  à  peicevoir  un  droit  iiour  les 
pauvres.  Une  nouvelle  délibération  du  23  mai  1833,  en  nous  apprenant 
que  le  spectacle  du  Combat  avait  été  définilivement  abuli,  témoigne 
d'un  état  d'esprit  du  conseil  tout  autre  que  celui  dont  il  faisait  preuve 
en  1840,  car  elle  a  pour  objet  de  demander  le  changemenl  du  imin  do 
la  barrière  du  Combal,  qui   rappelle   «    un  spectacle  sanguinaire  qui 


^lU.N.NKLLE    DIDEROT. 


VUE    DE   L'ÉOLISE   SAlNT-llEOHOE.S. 


DIX-N  K  L  V 1  KM  i:    A  II  li  O.N  DISSKMENT 


19." 


LE    PAKC    DES    B  U  TÏE  S- C  II  A  U  M  O  N  T. 


avait  lieu  audit  endroit,  lequel  n'est  plus  ni  dans  nos  mœurs  ni  dans 
les  idées  actuelles  de  l'état  social  français  ».  Voilà  qui  est  bien  dit  :  la 
dénomination  n'en  demeura  pas  moins  en  vigueur  jusqu'à  1860,  date 
de  la  suppression  des  barrières. 

La  nie  de  Meaux  était  au  xvin»  siècle,  on  l'a  vu  plus  haut,  lu  route  d'Al- 
lemagne. A  sa  sortie  de  Paris,  elle  traversait  un  territoire  dont  le  nom 
seul  évoque  des  souvenirs  bien  plus  tragiques  que  ceux  du  Combat  : 
Monlfaucon.  Le  sinistre  gibet  a  eu  deux  emplacements  difTérents,  quoi- 
que voisins  l'un  de  l'autre,  au  Nord-Est  de  Paris:  le  plus  ancien  dans  le 
X.°  arrondissement,  non  loin  de  la  rue  Vicq-d'Azyr;  le  second  transféré 
en  1761  sur  les  confins  de  La  Villette  et  de  Belleville,  où  l'impasse  de 
Monlfaucon  rappelle  son  existence.  Ce  dernier  fut  surtout  une  voirie, 
et  les  fourches  patibulaires  ne  s'y  dressaient  plus  guère  que  comme 
l'emblème  de  la  haute  justice;  cependant,  au  mois  de  novembre  1898, 
des  fouilles  pratiquées  entre  les  rues  Secrétan  et  Bolivar  ont  mis  au 
jour,  en  même  temps  que  des  objets  ménagers  de  tout  genre,  plusieurs 
crânes  humains.  Avec  le  temps,  la  voirie  devint  le  dépotoir  municipal, 
puis,  lorsque  celui-ci  eut  été  transféré  près  du  marché  aux  bestiaux, 
elle  s'est  convertie  en  fabrique  d'engrais  chimiques  et  en  dépôt  Ai- 
pavés.  La  physionomie  du  quartier  a  perdu  l'empreinte  de  ces  lugubrrs 
origines;  un  marché,  un  groupe  scolaire,  l'élargissement  de  la  rui' 
Secrétan  où  le  tramway  de  Saint-Auguslin  au  Cours  de  Vincennes  ap- 
porte son  incessante  animation,  tout  cela  a  donné  la  vie  à  ce  lieu  il'' 
mort  et  de  misère. 

Veut-on  conauilre  l'état  civil  de  la  ;i(e  Boiiret  ?  L'no  délibération  du 
conseil  municipal  de  La  Villette,  à  la  date  du  7  décembre  1841,  porli' 
«  acceptation  du  don  fait  à  la  commune  par  les  héritiers  Bourct  de  l.i 
nouvelle  rue,  longue  de  215  mètres  et  large  de  12,  connue  sous  le  nom 
de  rue  Bouret  ». 

Avant  de  con.sacrer  le  souvenir  d'un  illuslre  CMUibattant  imur  l'in- 
dépendance de  l'Amériiiue  du  Sud,  la  rue  Bolivar  s'appela  jusqu'en 
1880  rue  de  Puebla.  Elle  fournil  aux  hauteurs  de  Belleville  un  accès  ai>' 
et  côtoie  des  buttes  où  la  nature  est  restée  abandonnée  à  elle-nièmr; 
on  les  nommait  jadis  les  Grands-Chaumont  et  la  Pattc-d'Oie. 

La  modeste  église  Saint-Georges,  i|iii  date  d'un  quart  de  sièi  h  . 
s'y  adosse.  Toujours  nupnlanl,  la  lur  II. ilivar  domine,  à  hauteur  du 
passage  Stemler,  la  belle  école  Diderot  dont  l'entrée  prinripab' 
s'ouvre  sur  le  boulevard  de  La  Vlllelle.  Eondée  en  1^!"2  pai'  la  \  ille  de 


Paris,  elle  est  le  prototype  des  écoles  municipales  où  s'enseignent  les 
professions  manuelles.  Ici,  ce  sont  les  industries  du  bois  et  du  fer  qui 
sont  en  honneur. 

Nous  voici  enfin  devant  une  des  principales  entrées  du  parc  des 
Buttes-Chaumont,  dont  nous  dirions  bien  que  c'est  le  clou  de  l'ar- 
rondissement, si  la  métaphore  n'était  pas  quelque  peu  hardie. 

ic  En  1861,  dit  Haussmann  dans  ses  Mémoires  it.  IIF,  p.  234',  lors  de 
l'annexion  des  communes  de  Belleville  et  de  La  Villette  à  Paris,  des 
ateliers  d'équarrissage  et  un  dépotoir  de  vidanges  occupaient  seuls  et 
rendaient  infects  ces  parages  inhabités  et  peu  sûrs. 

«  Je  conçus  l'idée,  bizarre  au  premier  aspect,  d'en  faire,  après  les 
avoir  débarrassés  de  ces  établissements  insalubres,  un  lieu  d'atlrail 
pour  les  populations  des  XIX'  et  XX"  arrondissements  nouveaux,  par  la 
conversion  en  promenade  publique  de  23  hectares  de  terrain:  il  com- 


^HKV^^^Hm'ï' 

.ft-ii 

HHË^&I         '  _i— ==^^^^^ 

JÊK^^^k 

mm 

^^^HkP^^  '^ 

3H 

^^^^^^^^^■^^■^P^r-  x' 

'^"'-N^Bi 

PONT  DU  PARC  DES  BUTTES-CU  A  f  MON  T. 


iP6 


PARIS -ATLAS 


FAÇADE  DE    LA    MAIRIE    DU    XIX'   ARRONDISSEMENT. 

prendrait  tout  le  massif  des  buttes  que  la  société  dite  des  Carrières  du 
Centre  possédait  entre  les  rues  de  Crimée  et  de  Puebla,  dans  un  sens, 
et  les  rues  de  Vera-Cruz  et  de  Mexico,  dans  l'autre.  Je  soumis  à  l'empe- 
reur mon  plan,  qu'il  comprit  et  qu'il  accepta  de  suite.  » 

Il  y  a  peut-être  quelque  vantardise  à  se  donner  comme  le  seul  au- 
teur, même  avec  la  collaboration  de 
Napoléon  III,  de  la  conception  du 
parc.  Peu  s'en  faut  que  Haussmann 
n'ajoute  qu'il  l'a  aussi  creusé,  des- 
siné, planté,  toujours  avec  l'aide  de 
l'empereur.  En  réalité,  il  y  avait 
alors  à  l'Hôtel  de  Ville  des  ingé- 
nieurs, dont  le  premier  à  citer  est 
.\lphand,  auxquels  le  mérite  de 
l'idée  revient  à  bien  plus  juste  tilre. 
Haussmann  est  plus  exact  lorsqu'il 
ajoute  que  le  projet  d'acquisition 
des  terrains  fut  approuvé  par  décret 
du  22  juillet  1862,  que  les  travaux 
durèrent  de  1864  à  1867  et  que  la 
dépense  totale  s'éleva  à  près  de 
6  millions. 

On  ne  perd  pas  son  temps  à  feuil- 
leter les  vieilles  revues  :  la  Revue 
de  Paris  du  20  novembre  1864  con- 
sacrait quelques  réflexions  (p.  190) 
à  la  nouvelle  promenade  :  c(  T)e  ce 
roc  pelé  où  il  n'y  avait  qu'une  so- 
litude désolante,  sans  un  arbre, 
sans  un  brin  d'herbe,  de  ce  mont 
chauve,  les  ingénieurs,  les  jardiniers, 
les  hydrographes  et  les  terrassiers 
sont  en  train  de  faire  une  oasis  qui 
dépassera  en  beauté  celle  de  la  sul- 
tane Fatime,  la  lille  chérie  du  Pro- 
phète... Comment  clôlurcra-t-on  la 
nouvelle  promenade,  les  Tuileries  du 
peuple,  comme  on  l'appelle  déjà? Par 
une  grille  en  fer  se  terminant  par 
des  (lèches  dorées,  sans  doute.  C'est  ce  qu'il  y  a  partout,  c'est  ce  qu'on 
faisait  aulrefois,  c'est  ce  qu'on  fait  aujourd'hui,  c'est  ce  qu'on  fera 
demain.  .Mais  ne  serait-il  pas  bon  d'y  joindre  une  annexe,  utile,  en 
temps  de  pluie,  pour  1rs  enfants,  pour  jes  femmes  et  finur  les  prome- 
neurs, c'esl-à-dire  au  moins  une  rangée  d'arcades,  sinon  coninn'  à 
la  place  des  Vosges,  du  moins  comme  à  la  rue  de  Rivoli?... 


STATION    DU   CHEMIN    DE    FER   DE   CEINTURE 
(Belle  ville-Villette). 


esthétique  fâcheuse.  Les  Buttes-Chaumont  sont,  en 
outre,  difficilement  comparables  au  jardin  des  Tuile 
ries,  à  tous  égards,  mais  avec  ou  sans  arcades,  elles 
sont,  à  coup  sûr,  une  des  plus  belles  promenades  de 
Paris.  Le  Nôtre  et  tous  les  jardiniers  royaux  avec  lui 
conviendraient  que  leur  art  a  fait  des  progrès  depuis 
les  boulingrins  de  Versailles  et  les  coquetteries  de 
Marly.  La  nature,  il  est  vrai,  y  fut  une  puissante  colla- 
boratrice ;  dans  beaucoup  de  cas,  il  a  suffi  de  cou- 
vrir de  terre  végétale  les  collines,  de  les  gazonner 
et  d'y  planter  des  arbres  pour  donner  l'illusion  d'un 
paysage  suisse  ;  ailleurs,  les  déblais  nécessaires  pour 
former  le  lac  fournirent  en  partie  les  matériaux  du 
promontoire  que  domine  le  temple  de  la  Sibylle  de 
Tivoli,  reproduite  d'après  les  dessins  de  Davioud.  On 
accède  à  ce  joli  édifice  par  deux  ponts,  dont  l'un  en 
briques,  jeté  à  cinquante  mètres  de  hauteur,  a  une 
sinistre  célébrité;  c'est  de  là  que  les  désespérés  de 
la  vie  viennent  s'abattre,  déjà  asphyxiés  sans  doute, 
sur  le  sol  de  la  route;  on  l'appelle  le  pont  des  suicidés. 
Le  lac,  d'une  superficie  de  2  hectares,  se  prête  complai- 
samment  aux  rêveries  d'une  navigation  sans  danger. 
L'hiver,  il  s'offre  au  patinage,  à  la  glissade  surtout; 
les  fourrures  y  sont  rares,  mais  on  est  sur  qu'aucun 
des  enfants  du  quartier  ne  manque  à  l'appel. 

Dans  une  ancienne  carrière  a  été  ménagée  la  grotte 
où  une  cascade  bouillonnant  avec  fracas  vient  tomber 
d'une  hauteur  de  32  mètres;  les  Buttes-Chauniont  ont 
leur  réservoir  spécial  situé  rue  Botzaris,  alimenté  d'eau 
de  rOurcq  par  une  machine  élévatoire. 
Bâtie  de  pierres  et  de  briques  dans  le  style  Louis  XllI,  la  mairie  do 
l'arrondissement  s'élève  sur  la  place  Armand-Carrel.  Elle  a  été  con- 
struite par  Davioud. 

Sur  celte  place  a  été  inauguré,  le  13  juillet  1900,  le  beau  monument 
élevé  à  la  mémoire  de  Jean  Macé  et  à  la  gloire  de  l'enseignement 
populaire. 

Le  chemin  de  fer  de  Ceinture  en- 
tre dans  l'arrondissement  au  point 
où  il  croise  la  rue  d'Aubervilliers. 
Resserré,  presque  emprisonné  entre 
les  bâtiments  du  gaz  à  droite,  les 
magasins  généraux  et  les  voies 
de  la  ligne  de  l'Est  à  gauche,  il 
s'arrête  successivement  aux  deux 
stations  d'Est -Ceinture  et  du 
Pont-de-Flandre.  Au  ilelà  de  cette 
dernière,  une  iorle  courbe  vers  le 
Sud-Est  l'amène  à  franchir  le  canal 
de  rOurcq  surjun  pont  métallique; 
puis,  se  rapprochant  de  la  rue  de 
l'Ourcq,  il  passe  au-dessus  de  la 
rue  d'.Mlemagne,  et  att(Mnt  la  sta- 
tion de  Belleville-'Villette,  établie 
au  niviaii  tlu  soi  df  la  rue  de  Cri- 
mée. De  celte  station  se  détache  un 
embranchement  en  triangle,  que 
l'harmonieuse  langue  des  cliemins 
de  fer  nomme  «  embranihcineiit  de 
Paris-Bestiaux»,  parce  qu'il  dessert 
le  marché  aux  bestiaux  et  les  abat- 
toirs. En  quittant  la  station  de  Bel- 
leville-Villette,  le  chemin  de  fer 
passe  sous  un  pont  en  étoile  et  s'en- 
gage ,  sous  les  Buttes-Chaumont, 
dans  un  tunnel  de  1 ,082  mètres  par 
lequel  il  iiéiiètro  dans  le  XX°  arron- 
dissement, précisément  au-dessous 
du  iioiiit  où  la  rue  ilc  la  Villelle 
iilioutil  dans  la  rue  de  Itelleville. 
Le  chemin  de  fer  de  l'Est  emprunte  une  partie  ilu  territoire  du 
XI.X"^  arrondissement.  Il  y  entre  en  croisant  la  rue  d'Aubervilliers,  à 
partir  de  lai|uelle  il  passe  de  la  direction  Sud-Nord  à  la  direction  Est, 
franchit  la  ligne  de  Ceinture  et  rencontre  la  gare  d'Est-Ceiiituii',  ù  la- 
quelle on  accède  par  la  rue  Curial.  ,\piès  avoir  passé  au-dessus  du 
mal  Saint-Denis  et  de  la  rue  de  Flandre,  il  sort  (les  forlilicati 


Le  conseil  ne  fut  pas  suivi;  au  reste,  sa  réalisation  eût  été  dum-      200  mèiresdc;  la  j^rte  de  La  Villette,  entre  les  bastions  27  et  28. 


PARIS    -   DIX-NEUVIÈME    ARRONDISSEMENT 


^3)        Quartier  de  la  flUeUe 

1  «^^  1    duF'deFhndre 

'Amérique 
u  Combat 


PAniS-AT  L  AS 


ALLÉE    PRINCIPALE    DU    CIMETIÈRE    DU    PL  R  E  -  LAC  II  AISE. 


Wâvronâiz^cmmi  éÈ- 


MEN  ILMONTANT.    —   77°  quartier   :   BELLEVILLE.   -    78o  ouARTiER    :    SAINT-FARGEAU. 
79°   QUARTiEU    :    LE    PÈRE-LACH AISE.  —  80°   quartier    :    CHARONNE. 


'\^^^-\ 


ES  regrets  que  nous  exprimions  au  Jébut  du 
chapitre  précédent,  sur  le  fâcheux  choix  de  la 
dénomination  du  XIX°  arrondissement,  nous 
les  répétons  avec  plus  de  raisons  encore  et  de 
fiirce  à  propos  de  celui-ci.  Couper  en  deux  Bel- 
Itville,  y  réunir  Charonne,  pour  composer  un 
arrondissement  avec  ces  deux  localités  vieilles 
de  huit  siècles,  puis  donner  à  cet  ensemble  hété- 
rogène le  nom  du  hameau,  longtemps  infime, 
qui  dépendait  de  l'une  d'elles,  tel  a  été  le  ré- 
sultat des  méditations  de  Haussmann  et  de  ses  collaborateurs.  Il  n'y 
a  pas  même  d'excuse  à  cette  hérésie  topographique  :  lorsqu'elle  l'ut 
commise,  la  mairie  chef-lieu  était  sur  le  territoire  de  Belleville  ; 
aujourd'hui,  elle  se  trouve  —  nous  le  prouverons  —  sur  celui  de  l'an- 
cien Charonne. 

Le  XX'^  arrondissement,  dit  Miînh.montant,  a  im.'  superficie  de 
521  hectares  et  une  population  de  lB3,'3'i7  habitants,  inlièrement  com- 
merciale, industrielle  et  ouvrière.  II  dispute  à  Montmartre  le  mérite 
des  sites  pittoresques.  A  cet  égard,  la  rue  des  Pyrénées,  qui  le  ti'averse 
dans  toute  sa  longueur  (3,315  métros)  est  bien  nommée  :  les  hautes 
Pyrénées  s'étendent  de  la  rue  de  licllcville  à  la  jilace  Gambetta;  les 
basses  Pyrénées  commencent  à  la  place  Gambetta  et  viennent,  par 
dégradations  successives,  se  lerniincr  dans  la  plaine,  au  cours  de 
Vincennes.  En  poursuivant  cette  comparaison,  les  Pyrénées  occirfcH^ate 

P  A  lus -Atlas. 


seraient  représentées,  dans  le  XIX"  arrondissement,  par  la  rue  Boli\"ar 
et  ses  abords. 

Quartier  de  Belleville.  —  Il  faut  remonter  aux  temps  mérovingiens 
pour  constater  l'exislenco  d'êtres  humains  habitant  sur  ces  hauteurs, 
que  l'on  nommait  alors  Savies  —  saw  signifiant,  parait-il,  dans  la 
langue  des  Celtes,  gazon.  Plusieurs  établissements  religieux  s'en  parta- 
geaient la  possession  :  les  abbayes  de  Saint-.Maur  et  de  Saint-Magloire, 
d'abord  ;  plus  tard,  l'église  Saint-Merri,  le  prieuré  de  Saint-Martin-ties- 
Champs,  celui  de  Saint-Lazare,  la  maison  du  Temple.  Us  y  avaient  un 
autre  intérêt  que  d'agrandir  leur  domaine;  l'eau  a  toujoui-s  été  rare  à 
Paris  (elle  l'est  encore  aujourd'hui^  et  la  colline  de  Savies  offrait 
l'avantagé  de  contenir  plusieurs  sources;  elles  furent  captées  de  bonne 
heure  ;  nous  les  retrouverons  tout  à  l'heure. 

Pourquoi,  dès  la  lin  du  xm»  siècle,  le  nom  de  Savies  tendit-il  à 
disparaître  pour  faire  place  à  celui  de  Poitronvillo,  c'est  ce  que  nous 
ne  pouvons  expliquer  que  par  hypothèse.  Sans  doute  Poitron  était  !■ 
nom  —  fort  roturier  —  d'un  propriétaire  du  lieu.  Au  xvi"  siècle,  com- 
mence à  apparaître  la  dénomination  actuelle  :  Belleville,  toujoui- 
accompagnée  alors  du  qualificatif  :  sur  sablon,  pour  la  distinguer  de> 
vingt-cinq  ou  trente  localités  qui  se  décernaient  un  pareil  brevet  do 
beauté.  Belleville  —  tout  court  —  devient  le  nom  usuel  à  dater  du 
xvui'  siècle. 

Pendant  dix  ans,  de  1790  à  1800.  Belleville  eut  l'honneur  d'être 
chef-lieu   do  canton,  puis  redevint  simple  commune  du  canton  dr 

-20 


198 


PARIS -ATLAS 


rantin  jusqu'à  l'annexion  de  1860,  contre  laquelle  elle  ne  mur- 
mura pas.  Nous  avons  dit,  en  traitant  du  XI.V  arrondissement, 
comment  cette  mesure  eut  pour  effet  de  diviser  par  la  moitié 
cette  populeuse  agglomération.  Administralivement,  le  quartier 
de  Belleville  est  Hinité  aujourd'hui  par  l'axe  des  rues  de  Belle- 
ville,  Pixérécourt,  de  Ménilmontant  et  du  boulevard  de  Belle- 
ville.  C'est  un  quadrilatère  allongé  où  les  maisons  s'entassent 
comme  si  on  avait  fait  une  gageure  d'y  en  mettre  le  plus  possible. 

Sur  toute  sa  longueur,  qui  n'est  que  de  104  mètres,  le  boule- 
ranl  de  Belleville  n'offre  rien  qui   retienne    l'attention.    Trois 
barrières  s'y  ouvraient  dans  le  mur  d'enceinte  qui  tomba  en  1860  : 
la  barrière  de  Belleville.  à  l'entrée  de  la  rue  du  même  nom;  1  i 
barrière  de  l'Orillon,  devant  la  rue  qui  reçut  en  1867  le  nom  de 
Ramponneau,  le  fameux  cabaretier  de  la 
Courtille;  enfin,  la  barrière  des  Trois- 
Couronnes,  du  nom  que  portait  alors  la 
section  supérieure  de    la  rue  d'Angou- 
lème. 

La  me  de  Belleville  (rue  de  Paris  jus- 
qu'en 1868),  dont  nous  n'avons  ici  à  re- 
garder que  le  côté  pair,  s'élève  en  une 
pente  fort  rude  que  le  funiculaire  gravit 
sans  peine,  en  narguant  les  infortunés 
chevaux  de  l'omnibus  Louvre -Saint - 
Fargeau.  Dans  une  sorte  de  place ,  à 
hauteur  du  n°  46,  apparaît  le  théâtre, 
courageux  survivant  des  édifices  de  l'an- 
cienne commune.  Il  avait  été  fondé,  sous 
Charles  X,  par  les  frères  Seveste,  fameux 
dans  les  exploitations  de  ce  genre.  Nous 
n'avons  trouvé,  dans  les  registres  de  dé- 
libéi-ations  de  Belleville,  qu'une  seule 
mention  le  concernant  :  le  7  décem- 
bre 1831,  le  conseil  consentit  à  remplacer 
par  une  représentation  donnée  au  profit 
des  pau\Tes  la  redevance  de  1,500  francs 
qui  était  due  à  la  caisse  municipale  par 
MM.  Seveste.  Cela  semble  prouver  que 
les  recettes  n'étaient  pas  brillantes.  De- 
puis soixante-dix  ans,  elles  ont  passé 
par  bien  des  fluctuations  de  succès  et  de 
revers;  le  drame  et  l'opérette  y  demeurent  toujours  le  plus  en  faveur. 

Tout  de  suite,  vient  la  rue  Julien-Lacroix,  portant  le  nom  d'un  pro- 
priétaire fort  inconnu  —  laquelle  sert  de  trait  d'union  entre  Belleville 
et  Ménilmontant,  et  où  est  situé  un  temple  protestant;  on  dépasse  la 
rue  Piot  i  .M.  Piot  fut  notaire  à  Belleville j  ;  on  atli-inl,  i-n  montant  encore, 
la  rue  des  Pyrénées,  et  enfin,  sur  le  plateau,  le  carrefour  de  la  rue  du 
Jourdain.  Sur  cet  emplacement,  juste  en  face  de  l'église,  se  trouvait 
jadis  un  cabaret  avec  des  jardins  et  une  pièce  d'eau    factice  qui  lui 


ÉGLISE   NOTRE-DAME-DE-LA-CROIX 


1,E    LAC   .SAINT-FAKGEAU. 


avait  valu  l'enseigne  d'Ile  d'amour.  Les  amateurs  de  parties  fines 
en  connaissaient  bien  la  roule,  et  les  romans  de  Paul  de  Kock 
en  parlent  souvent.  Ce  lieu  de  plaisir  devait  avoir  une  fin  sé- 
rieuse. La  vogue  l'avait  abandonné,  quand  en  1843,  une  ordon- 
nance royale  autorisa  la  commune   de  Belleville  à  l'acquérir 
pour  y  édifier  une  mairie,  ce  qui  fut  fait,  et  de  1860  à  187.5,  l'an- 
cienne mairie  de  Belleville  demeura  sans  changement  celle  du 
XX«  arrondissement.  Nous  rencontrerons  plus  loin  l'édifice  qui 
lui  a  succédé,  place  Gambetta,  dans  le  quartier  du  Père-Lachaise. 
Au  delà  de  la  rue  du  Jourdain,  en  suivant  toujours  la  rue  de 
Belleville,  on  atteint  promptement  l'impasse  Frédérick-Lemaitre 
et  la  rue  du  Soleil  —  deux  trop  grands  noms  pour  de  si  modestes 
voies  —  et  enfin  la  rue  Pircrccourt  qui  forme  la  limite  du  quar- 
tier. Jusqu'en  187o,  elle  s'appela  —  on 
ne  sait  trop  pourquoi  —  rue  de  Calais; 
c'est  pour  éviter  les  confusions  avec  la 
rue  dénommée  de  même  fnçon  dans  le 
IX"  arrondissement  qu'on  l'a  vouée  à  la 
mémoire  de  Guilbert  de  Pixérécourt,  un 
dramaturge  bien  oublié  aujourd'hui,  mais 
dont   les    œuvres    firent  pourtant  mer- 
veilles au  boulevard  du  Crime,  et  qui 
mourut  en  1844.  Un  vers  est  resté   de 
lui,  souvent  cité  avec  extase  : 

Un  livre  est  un  ami  qui  ne  trompe  jamais. 

Cela  est-il  bien  vrai?  N'existe-il  donc 
pas  de  livres  erronés  ou  pervers  ? 

Rien  à  signaler,  au  surplus,  sur  le 
demi-kilomètre  de  parcours  qu'occupe 
la  rue  en  question  dans  le  réseau  de  la 
voirie  urbaine. 

Nous  rencontrons  la  rue  de  Ménilmon- 
tant, qui  sépare  les  quartiers  de  Belleville, 
de  Saint-Fargeau  et  du  Père-Lachaise. 
Elle  doit  son  nom  à  ini  hameau  qui  a  eu 
l'honneur  —  immérité,  avons-nous  dit, 
—  de  sei'vir  à  l'arrondissement  tout 
entier.  Pour  être  tout  à  fait  juste  cepen- 
dant, il  faut  déclarer  que  Madan,  Madam, 
Maudan  i)euvent  se  recommander  de 
parchemins  très  anciens,  puisqu'ils  datent  du  ix'=  siècle.  Plus  tard,  au 
xu"  siècle,  c'était  «  leMesnil  Mau-temps  »  —  c'est-à-dire  le  hameau  du 
mauvais  temps  —  forme  déjà  corrompue,  d'où  est  sorti  le  vocable 
actuel,  d'une  explication  encore  assez  difficile,  à  moins  que  l'on  n'ad- 
mette, comme  très  waisemblable  qu'il  s'agit  d'un  lieu  «  montant,  sa- 
blonneux, malaisé  »,  eût  dit  le  bon  La  Fontaine.  Les  rares  mentions 
qu'on  en  a  durant  le  moyen  âge  et  jusqu'à  la  Uévolution  suffisent  à 
prouver  que  Ménilmontant  était  surtout  riche  en  carrières  et  en  ver- 
gers. Ilousseau  aimait  à  y  venir  herboriser,  ce  qui  se 
rait  difficile  aujourd'hui;  il  y  fut  même  renversé  par 
un  gros  chien,  un  jour  d'octobre  1776,  et  fort  meurtri. 
C'était  presque  encore  la  camiiagne  au  comnn'ucemenl 
du  règne  de  Louis-Philippe,  puisque  les  saint-simo- 
niens  vinrent  y  installer  le  siège  de  leur  culte.  La  rue 
de  Ménilmontant  était  alors  bordée  de  beaux  arbres; 
les  promeneurs  la  suivaient  pour  se  rendre  au  bois  de 
Romainville,  s'arrétant  parfois  en  roule  sous  les  bos- 
quets de  guinguettes  dont  quelques-unes  avaient  du 
renom  :  les  Barreaux  verts,  les  Marronniers,  le  Galant 
Jardinier. 

Cependant,  on  avait  commencé  à  bâtir.  Dès  1823, 
la  commune  de  Belleville  avait  doté  ce  hameau  —  qui 
dé|)endait  d'elle  —  d'une  chapelle  construite  en  bois 
{elle  existe  encore  aujourd'hui  au  n"  6  de  la  rue  de  la 
Mare,  transformée  en  école  nialerneili").  La  population 
augmentant  toujours,  réclamait  à  la  commune  une 
église  comparable  en  beauté  à  celle  que  Lassus  édi- 
fiait pour  Belleville;  elle  ne  l'.dilinl  .pir  di>  l.i  Vilh'  de 
Paris,  a[irès  l'annexion  :  Notre-Dame-de-la-Croix 
a  été  construite  en  neuf  ans,  d''  1863  à  187:;,  Mir  Ifs 
pians  de  Ilérct,  dans  le  slyle  roman,  en  face  de  l'aii- 
1  ii^nne  chapelle,  et  coula  plus  de  2  millions  et  demi. 
Bien  que  le  Ici-rain  choisi  |iour  son  emplacement  soit 
m  contre-bas  île  la  chaussée  de  Mi'-nilmonlant,  la 
haute  llèclu,'  qui  suinionle  la  faea<le  de  l'édiliie  s'aper- 
çoit de  loin  et  est  d'un  heureux  elfel. 

A  «et  endroit,  d'ailleurs,  le  sol  oll're  une  singulière 
déjiression,  qui  corresponil  à  que], pie  lae  ay.inl  existé 


V I X  G  T 1  !•;  .M  E   A  r.  I{  0  M  )  I  S  S  J  :  M I :  .\  I 


i99 


ARRIVÉE    DES    EAUX    DE    LA    DHUIS,    A    PARIS. 


L  ENCLOS    DIT    DES   OTAGES,    RUE    HAXO. 


là  jadis,  comme  cela  se  rencontre  fréquemment  dans  les  montagnes. 
Le  nom  même  de  la  rue  de  la  Mare  en  est  une  preuve.  Si  l'on  s'engage 
dans  cette  rue  pour  prendre,  à  droite,  200  mètres  plus  loin,  la  rue  de 
Savies,  on  ne  regrettera  pas  cette  petite  excursion.  La  rue  de  Savies 
aboutit  à  celle  des  Cascades  (un  nom  très  significatif  aussi),  juste  en  face 
il'un  édicule  fort  curieux  par  son  objet,  par  sa  rareté.  C'est  un  regard 
des  eaux  de  Belleville,  ces  eaux  que  les  Parisiens  du  moyen  âge  avaient 
été  si  heureux  de  trouver  et  que,  par  des  cascades  ou  rigoles  à  ciel 
ouvert,  par  des  pierrées  souterraines,  ils  amenaient  jusqu'au  cœur 
même  de  la  ville.  Celui-ci  peut  dater  du  xiV'  ou  du  xv»  siècle;  une 
inscription  latine,  gravée  au-dessus  de  la  porte,  fait  connaître  qu'en  1633 
les  Templiers  et  les  moines  de  Saint-Martin-des-Champs  unirent  leurs 
efforts  pour  rechercher  les  sources,  qu'on  avait  négligées  depuis  trente 
ans,  et  que  ces  efforts  fuient  couronnés  de  succès.  L'inscription  ajoute 
que  les  mêmes  travaux  durent  être  recommencés  en  1722.  De  chaque 
côté,  deux  écussons  contenaient  les  armes  de  Saint-Martin-des-Champs 
et  de  la  maison  du  Temple;  le  premier  seul  est  encore  à  peu  près 
visible. 

C'est  l'égout  de  Belleville  qui  recueille  maintenant  avec  indifférence 
tous  ces  pleurs  de  la  colline,  si  recherchés  jadis. 

Quartier  Saint-Fargeau.  —  11  y  a  dans  le  Marais  un  hôtel  Saint- 
Fargeau  que  les  amis  de  Paris  connaissent  bien  puisque  la  Bibliothèque 
historique  de  la  Ville  y  est  installée.  Ce  sont  ses 
propriétaires  qui  ont  donné  leur  nom  au  78"  quar- 
tier de  Paris  :  les  Lepeletier  de  Saint-Fargeau 
avaient  voulu  avoir,  comme  tout  seigneur  qui 
se  respectait,  maison  de  ville  et  maison  des 
champs;  pour  cette  dernière,  ils  firent  choix 
des  hauteurs  de  Ménilmontant,  où  ils  achetèrent 
un  domaine  que  l'on  prit  coutume  de  nommer 
le  château  de  Saint-Fargeau. 

La  fin  du  dernier  des  Lepeletier  fut  tragique. 
Conventionnel,  il  avait  cru  devoir  voter  la  mort 
de  Louis  XYL  Le  môme  jour,  tandis  qu'il  dînait 
<lans  un  restaurant  du  Palais-Égalité  (Palais- 
Hoyal),  un  garde  du  corps,  nommé  Paris,  le 
poignarda.  Dans  l'état  où  étaient  alors  les  es- 
prits, la  victime  de  ce  guet-apens  devint  plus 
qu'un  martyr,  presque  un  dieu;  son  corps  fut 
inhumé  au  Panthéon  ;  dans  toutes  les  fêtes  po- 
pulaires, son  buste  était  promené  avec  celui  de 
Marat.  La  réaction  suivit  de  près.  Retiré  du  Pan- 
théon en  1795,  le  cercueil  de  Lepeletier  fut, 
presque  en  cachette,  inhumé  dans  le  parc  de 
Saint-Fargeau.  On  est  en  peine  maintenant  de 
retrouver  l'endroit  précis  de  sa  sépulture. 

Le  quartier  a  l'avantage,  au  moins  au  point 
de  vue  de  la  salubrité  et  des  perspectives,  d'oc- 
cuper le  point  culminant  de  Paris.  Il  est  limité 
par  les  fortifications  entre  les  portes  de  Bagnolet 
et  de  Romainville,  les  rues  de  Bagnolet,  Pelleport, 
de  Ménilmontant,  Pixérécourt  et  de  Belleville. 

Cette  dernière,  dans  la  partie  où  elle  borne  le 
quartier  Saint-Fargeau,  présente  encore  des  on- 


dulations de  terrain  peu  favorables  à  la  circulation  des  voitures.  Voici, 
un  peu  avant  la  barrière,  l'hôtel-restaurant  du  lac  Saint-Fargeau, 
rendez-vous  bruyant  des  noces  démocratiques,  des  banquets  et  des 
clubs  politiques,  plus  bruyants  encore.  11  fut  fondé  en  1860  ou  à  peu 
près,  sur  une  partie  de  l'ancien  parc  de  Saint-Fargeau;  la  pièce  d'eau 
—  très  factice  —  dont  il  est  le  filleul,  était  une  attraction  détermi- 
nante, aussi  bien  qu'un  petit  pavillon,  disparu  depuis,  mais  dont  les 
tourelles  servirent  à  baptiser  une  rue  voisine  et  l'importante  cciserne 
d'infanterie  des  Tourelles,  située  sur  le  boulevard  Mortier,  entre  les 
bastions  17  et  18. 

Autant  les  portes  de  Paris  sont,  à  l'ordinaire,  d'aspect  maussade  et  peu 
avenant,  autant  de  ce  côté  elles  ouvrent  sur  la  campagne  des  horizons 
agréables.  De  la  porte  de  Romainville,  en  regardant  vers  la  gauche,  on 
aperçoit  l'immense  plaine  de  Pantin,  les  trains  de  l'Est  lancés  à  toute 
vitesse,  la  haie  de  peupliers  qui  ombrage  le  canal  de  l'Ourcq,  et,  tout  à 
fait  au  fond,  le  peu  de  bois  qui  reste  de  la  forêt  de  Bondy  et  les  riantes 
hauteurs  du  Raincy.  De  la  porte  de  .Ménilmontant,  bien  peu  connue  des 
touristes,  on  découvre  un  paysage  verdoyant,  des  sentiers  fleuris  des- 
cendant vers  Bagnolet.  A  la  porte  de  Bagnolet,  le  cadre  s'élareit  : 
on  domine  les  espaliers  charmants  de  .Montreuil,  et  dans  le  lointain, 
sur  la  droite,  le  donjon    de  Vincennes   dresse  sa  masse  vénérable. 

Le  quartier  Saint-Fargeau  a  besoin  de  ces  charmes,  un   peu  exté- 


INTÉKIEUR    DE   LE.NCLOS   DES    OTAGES,    70,    RUE    UAXO. 


200 


PARIS -ATLAS 


rieurs,  il  est  vrai,  mais  auxquels  l'avenue  (lambetta  et  la  rue  des 
Pyrénées  donnent  de  faciles  accès  —  pour  faire  oublier  ce  qui 
lui  manque  encore  de  bien  parisien  —  nous  n'en  sommes  pas 
encore  à  dire  de  boulevardier;  —  et  pourtant,  dans  son  Paris, 
Maxime  du  Camp  l'a  calomnié  en  disant  que  c'est  «  une  colline 
affreuse,  couverte  de  masures,  mal  percée  de  chemins  bordés  de 
haies,  d'aspect  misérable  et  déplaisant  ». 

Quelques  curiosités  s'y  présentent,  très  dii,'nes  d'èlre  signa- 
lées. Au  premier  rang,  les  réservoirs  de  Ménilmontant. 
Pour  les  visiter,  il  faut  quitter  l'avenue 
Gambetta  à  son  point  de  croisement 
avec  la  rue  Saint-Fargeau  et  prendre  à 
droite  la  rue  Darcy.  Là,  une  grille  fai- 
sant face  à  une  jolie  maisonnette  enca- 
drée de  verdure  défend  l'entrée  d'un 
jardin  moins  rigoureusement  gardé  que 
celui  des  Hespérides.  Il  vaut  mieux  ce- 
pendant s'être  pourvu  d'une  carte,  que 
le  service  des  eaux  à  la  préfecture  de  la 
Seine  ne  refuse  jamais.  Après  avoir 
contourné  la  coquette  maison,  on  se 
trouve  à  l'extrémité  d'une  prairie  de 
plus  de  2  hectares,  qui  n'évoque  aucune 
idée  d'hydrologie,  mais  bien  ])lutôt  celle 
d'une  immense  arène  pour  joueurs  de 
foot-ball.  Un  gazon,  soigneusement  en- 
tretenu, recouvre  deux  immenses  réser- 
voirs, superposés  —  là  est  le  tour  de  force 
de  Belgrand  qui  les  a  conçus  :  le  réser- 
voir supérieur  reçoit  l'eau  de  la  Dhuis, 
le  réservoir  inférieur  celle  de  la  Marne, 
prise  à  Saint-Maur.  Cet  admirable  ou- 
vrage d'utilité  pratique  a  été  exécuté 
(le  1863  à  IStio;  il  a  coiité  un  peu  plus 
de  3  millions. 

Le  général  Haxo  a  donné  son  nom  à 
une  rue  voisine  et  ce  nom  seul  donne 
un  frisson.  Les  plans  de  Paris  figurent 
au  n"  79  un  enclos  désigné  sous  le  nom 

de  villa  des  otages.  Cette  appellation  est  on  ne  peut  plus  maladroite. 
Dans  la  langue  courante,  une  villa  est  une  propriété  de  plaisance  située 
dans  un  lieu  champêtre.  Or,  voici  l'histoire  de  la  villa  de  la  rue  Haxo  : 
le  26  mai  1871,  pendant  la  sanglante  bataille  de  Paris,  une  troupe  de 
cinquante-deux  hommes  conduite  par  des  gardes  nationaux,  escortée 
jiar  un  flot  de  populace  hostile  montait  rapidement  les  pentes  de  la 
rue  de  Belleville.  Arrivée  à  la  rue  Haxo,  elle  tourna  à  droite,  et,  peu 
après,  encore  à  droite  pour  entrer  dans  le  terrain  vague  numéroté  79,  où 
une  sorte  de  café-concert  avait  été  installé,  puis  abandonné  pendant 
la  guerre.  Ces  cinquante-deux  hommes  étaient  vingt  et  un  gardes  de 
Paris,  vingt  et  un  gardiens  de  la  paix,  dix  ecclésiastiques,  détenus 
comme  otages  à  la  Roquette.  Il  se  passa  alors  une  chose  horrible,  que 
la  férocité  même  des  représailles  les  plus  sanglantes  ne  saurait  jus- 
tilier.  Poussés  jusqu'au  mur  du  fond,  les  mallKnireux  furent  fusillés 


TOMBEAU    DE    C 
AU    PÈKE- 


pêle-mêle,  les  morts  tombant  sur  1rs  mourants,  jusqu'à  ce    (|ue 
ce  monceau  d'hommes  ne  fit  plus  le  moindre  mouvement.  Quel- 
ques jours  après,  quand  la  pacification  fut  enfin  accomplie,  les 
corps  furent  reconnus,  les  uns  rendus  à  leurs  familles,  les  autres 
inhumés  au  cimetière  de  Belleville.  Plus  tard,  une  u  société  civile  >> 
a  acheté  le  lugubre  enclos,  y  a  placé  une  inscription  commémo- 
ralive,  a  fait  élever  une  modeste  chapelle.  Telle  est  la  villa  des 
otages.   N'eùl-on   pas  mieux  fait    d'abolir  pour  toujours   cet 
affreux   souvenir,  d'ouvrir  une  rue  sur  ce  terrain,  de  laisser 
ignorer  aux  générations  de  l'avenir  ce 
qui  se  passa  là  un  certain  jour,  au  lieu 
d'y  attirer  les  pèlerins  et  les  étrangers'.' 
Le  nom  de  la  rue  du  Télégraphe  apporte 
un  renseignement  à  l'histoire.  C'est  dans 
les  terrains    où    elle    fut    ouverte    que 
Chappe  fit  les  expériences  décisives  de 
la  télégraphie  aérienne,  qu'il  avait  ima- 
ginée; là  était  le  premier  de   ces  dis- 
gracieux,  mais   utiles   sémaphores  qui 
permettaient  de    correspondre   jusqu'à 
Strasbourg.  L'électricité  a  détrôné  l'in- 
vention de  Chappe,  mais  pas  complète- 
ment, toutefois.  Voici  que  l'on  revient  à 
la  télégraphie  optique  sous  forme  de  mâts 
pourvus  de  verres  lumineux,  de  phares 
terrestres  dont  les  indications  peuvent 
être  aperçues  à  de  très  grandes  distances. 
Le  cimetière  de  Belleville-Ménilmon- 
tant,    réservé    aujourd'hui  aux  conces- 
sions perpétuelles,  est  situé  dans  la  rue 
du  Télégraphe  ;  on  y  chercherait  en  vain 
sur  les  dalles  funéraires  un  nom  célèbri'. 
C'est  par  erreur  que  l'on  a  dit  que  Paul 
de  Kock,  mort  rue  de  Belleville  en  1871, 
y  était  inhumé  ;   le   joyeux   romancier 
dort  son  dernier  sommeil  au  cimetière 
voisin,  mais  hors  barrière,  des  Lilas. 

A  côté  du  cimetière  est  le  réservoir 
de  Belleville,  construit  tout  à  l'ait  au 
sommet  de  la  montagne  ;  le  réservoir  de  la  Dhuis  l'alimente  d'eau 
qu'il  distribue  à  son  tour  aux  maisons  du  quartier.  C'est  une 
construction  robuste,  d'aspect  rocailleux,  qui  ressemble  à  une 
forteresse. 

La  rue  Pelleport,  qui  est  la  principale  artère  transversale  du  (luarlier, 
porte,  comme  la  rue  Haxo,  le  nom  d'un  géiîéral  du  premier  Empire. 
Elle  était  route  départementale  avant  l'annexion  et  reliait  les  com- 
munes do  Cliaroniii'  et  de  liclleville. 

Quartier  du  Père-Lachaise.  -  Bi.n  (|ue  le  ]ii)int  central  de  ce 
(Hiarliei-  snii  lu  ciMU'Iièri'  dont  il  licul  siui  nom,  ou  la  place  Gambella, 
.sur  huiuelle  est  située  la  mairie  dite  de  Ménilmontant,  nous  ne  sommes 
plus  ici  ni  à  Belleville,  ni  à  Ménilmontani,  mais  bien  à  Charonne.  .\u 
temps  où  les  deux  communes  étaient  aulonoiiii'S,  elles  avaicnl  pour 
limite  la  rue  des  J'nrlniits,  ipii  ne  dnil  pas  si.ii  ii ,  c me  on  l'a  ciu^ 


.\SIMIR    PERIER 

LACIIAISE. 


TO.MUEAU.X    MO    I 


A  IIIJ.AUI). 


VINGTIEME    AIIUONDISSEMENT 


201 


au  di''f)art  Ji;s  volontaires  tlo  1792,   [luisque  le  lieu  ainsi 
noninii'-  ligure  ilans  des  docuineiits  du  xvii'=  si^îcle. 

Au  coniuiencement  du  xii'  siècle,  toute  la  partie  septen- 
trionale de  la  paroisse  de  Charonne,  à  gauche  de  la  graiid"- 
rue  (rue  de  Bagnolet)  consistait  en  champs  et  vignes,  jios- 
sédés  par  le  chapitre  de  la  cathédrale  de  Paris  et  par  ((uelqui'S 
particuliers.  Ces  cantons  de  terre  s'ajipelaieiit  la  Folie  Me- 
cnault,  les  Montibœufs,  Dives,  les  Houzeaux,  les  Partants, 
les  Noues.  En  1626,  la  maison  professe 
des  jésuites,  rue  Saint-Antoine  (aujour- 
d'hui le  lycée   Charlemagne  et   l'église 
.Saint-Paul-Saint-Louis)  en  acheta  la  ma- 
jeure partie  :  Comme  aussi,  disent 

les  lettres  patentes  confirmant  ces  acqui- 
sitions, comme  aussi  les  Pères  Jésuites 
nous  ont  faict  remontrer  qu'estant  obli- 
gez à  l'estude  continuelle  pour  satisfaire 
à  leurs  fonctions  ordinaires  et  utiles  à 
nos  subjets,  il  leur  a  été  nécessaire  d'un 
lieu  hors  la  ville  pour  y  prendre  l'air; 
pourquoy  ils  auroient  acquis  la  maison 
qu'ils  y  possèdent,  hors  la  porte  Saint- 
Antoine,'appelée  .Montlouis,  au  lieu  dict  la 
Folye  Regnault...»  Le  Montlouis  existait 
donc  sous  ce  nom  au  temps  de  Louis  XllI, 
en  l'honneur  duquel,  sans  doute,  il 
avait  été  baptisé,  bien  que  nous  l'ayons 
rencontré  une  fois  dénommé  mont 
Saint-Louis.  En  tous  cas,  il  ne  faudra 
plus  répéter  qu'on  l'appela  ainsi  après 
que  Louis  XIV  y  fut  venu,  en  16.52,  suivre, 
de  loin,  les  péripéties  du  combat  du 
faubourg  Saint-Antoine. 

Ainsi  devenus  propriétaires  à  Cha- 
ronne, les  jésuites  firent,  plus  tard,  re- 
construire la  maison  du  Montlouis  pour 

qu'elle  devint  la  maison  de  campagne  d'un  de  leurs  confrères  les  plus 
célèbres,  le  P.  Lachaise,  confesseur  de  Louis  XIV.  Le  roi  contribua 
beaucoup  aux  dépenses  de  cette  réfection  et  de  la  création  de  vastes 
jardins  environnant  la  propriété.  Désormais,  pour  le  peuple,  le  Mont- 
Louis  s'appela  le  Père-Lachaise,  même  après  la  suppression  de  l'ordre 
des  jésuites,  même  pendant  la  Révolution.  11  semble  que  la  fatalité  de 
l'histoire  ait  voulu  garder  en  réserve  le  nom  de  cet  implacable  pros- 
cripteur  de  protestants  pour  désigner  un  futur  cimetière! 

C'est  en  l'an  XI  qu'il  fut  créé.  Une  loi  du  17  floréal  (7  mai  1803)  ordon- 
nait l'acquisition  de  «  l'enclos  Montlouis  »  au  prix  Je  160,000  francs  pour 
en  faire,  sous  le  nom  de  «  cimetière  de  l'Est  »,  l'un  des  trois  uniques 
champs  de  sépulture  publique  destinés  à  la  capitale;  mais  cette  déno- 
mination officielle  de  cimetière  de  l'Est  prévaut  à  peine  dans  les  docu- 
ments administratifs;  pour  tout  le  monde,  c'est  toujours  le  Père-La- 
chaise. Brongniart,  l'architecte  de  la  Bourse,  dessina  les  plans  de  la 
nouvelle  nécropole,  et  au  mois  de  mai  1804,  elle  fut  solennellement 
inaugurée  par  le  transfert  des  sépultures  de  Molière  et  de  La  Fontaine, 


LE    MO.NUMENT    DES    VICTIMES    DE    JUIN    18  4  8. 


enlevées  du  cimetière  Saint-Joseph;  pour  celle  aussi  de 
Beaumarchais,  inhumé  dans  son  jardin  de  la  Bastille,  et 
que  le  percement  de  la  rue  Amelot  venait  d'exproprier. 

L'n  homme  présidait  à  l'organisation  de  ces  pompes  fu- 
néraires :  Alexandre  Lenoir,  qui  en  fondant  le  Mus<*e  des 
monuments  français  sauva  de  la  destruction  tant  d'ouvrages 
précieux  pour  l'art.  Il  avait  recueilli  au  Paradet  et  trans- 
porté dans   son   musée  des  Pelits-.\ugustins,  le  tombeau 
d'HéloIse  et  d'Abélard,  celui  du  moins 
que   la    tradition    disait  renfermer  les 
corps  de  ces  deux  personnages.  Quand 
le  musée  fut  fermé  et  désagrégé,  en  1816, 
Lenoir    fit  installer   ce  monument   au 
Père-Lachaise;  il  y  reste  comme  un  des 
principaux  éléments  de  curiosité.  On  le 
'découvre  facilement  en  entrant  par  la 
petite  porte  de  la  rue  du  Hepos;  il  se 
trouve  quelques  pas  plus  haut,  à  droite 
de  l'avenue  Casimir-Perier. 

Il  avait  été  question  autrefois  de  bor- 
der l'avenue  des  Champs-Elysées  de 
statues  ou  autres  monuments  consacrés 
à  la  mémoire  de  nos  hommes  illustres  : 
le  projet  n'est-il  pas  tout  réalisé  au  Père- 
Lachaise  '?  Est-il  au  monde  un  endroit 
où  soient  groupées  autant  de  célébrités  ? 
Qu'on  en  juge  par  quelques  noms  : 

Hommes  politiques  :  Manuel,  général 
Foy,  Casimir  Perier,  .Marrast,  Garnier- 
Pagès,  Thiers,  Raspail,  Edmond  Adam, 
Anatole  de  la  Forge,  Blanqui,  F'élix 
F'aure. 

LiHéralears  :  Racine,  Molière,  La  Fon- 
taine,  Beaumarchais,  Laharpe,   Bernar- 
din de  Saint-Pierre,  Casimir  Delavigne, 
Désaugiers,  .Nodier,    Béranger,  Scribe, 
Balzac,  Alfred  de  .Musse!,  Edmond  About,  Michelet,  André  Gill,  Paul 
de  Saint-Victor. 

Militaires  :  Ney,  Labédoyère,  Lefebvre,  Masséna,  Suchet,  Mortier, 
Gouvion  Saint-Cyr,  Lobau,  Davout,  Macdonald,  Lauristoa,  Decrès, 
Gûbert. 

Artistes  :  Pradier,  Talma,  Ingres,  Delacroix,  Boieldieu,  Rossini, 
Clierubiui,  Chopin,  David  d'Angers,  Dantan,  Visconti,  Déjazet,  Racbel 
(dans  le  cimetière  Israélite),  Clairon,  Raucouil,  Auber,  Habeueck, 
Bellini,  Couture,  Baudry. 

Savants  :  Lavoisier,  Arago,  Monge,  Geoffroy  Sainl-Hilaire,  Hippolyle 
Le  Bas,  Gay-Lussnc. 

A  quoi  servirait  de  décrire  par  le  menu  cet  amas  de  monuments, 
où  les  meilleures  œuvres  des  meilleure  statuaires  voisinent  avec  des 
édifices  dont  le  mauvais  goût  est  flagrant,  où  la  vanité  humaine  éclate 
si  haulainement  dans  le  sanctuaire  de  l'égalité?  Qu'il  nous  soit  permis, 
pour  égayer  ce  chapitre  funèbre,  de  décrire  un  tombeau  que  l'on  trouvera 
aisément  sur  les  hauteurs  de  droite,  tout  près  de  l'avenue  GrelTulhe.  Il 


TOMBEAU    DE   LA    FAMILLE   KELLER.M  A  N  .V. 


LE    MUK    DES    FEDERES. 


202 


PARIS -ATLAS 


LE    COLOMBAIMIM     lir    ri.  K  i:    l.ACII  AISE. 


LE    FOUR    CRIM  ATOIHE    DU    PE  R  E- L  A  C  H  A  I  S  K 


consiste  en  une  statue  d'homme  de  taille  médiocre,  campé  sans 
modestie,  une  main  dans  la  poche  du  pantalon,  l'autre  chargée  d'in- 
struments d'un  caractère  assez  mal  défini.  En  arrière,  un  décor  de 
marbre  porte  cette  inscription  dont  nous  respectons  la  disposition  : 

je  suis  né  en  1808. 

ma  bonne  tante, 

d'une  pauvreté  extrême, 
m'éleva 

jusqu'à  sa  mort  en  1823. 
ombre  chère, 

DU  haut  de  l'éternelle 

LUMIÈRE,  CROIS-MOI  TON 
NEVEU  RECONNAISSANT 

1884.  MÛRIS  amé. 

On  sourit  —  et  l'on  ne  devrait  jamais  sourire  dans  uo  cimetière.  Qui 
donc  encore  a  imaginé  cette  épitaphe  qui  se  peut  lire  non  loin  du  rond- 
point  Casimir-Perier,  et  qui  débute  ainsi,  comme  une  enseigne  : 

AU   BON  PÈRE  DE   FAMILLE. 


En  revanciio,  comme  l'on  s'arrête  respectueusement  dans  la  grande 
allée  centrale,  devant  le  saule  qui  abrite  la  si  modeste  tombe  d'Alfred 
de  Musset,  où  se  lisent 
Jes  beaux  vers  du  poète  : 
Mes  chers  amis,  quand  je 
[mourrai. 
Plantez  un  saule  au  cime- 
[tiére  ; 
J'aime  son  feuillage  éploré; 
La  pâleur  m'en  est  douce  et 
[chère. 
Et  son  ombre  sera  légère 
A  la  terre  où  je  dormirai  ! 

Le  mur  des  fédérés,  si- 
tué à  l'extrême  angle 
Est-Nord-Est  du  cime- 
tière, est,  dans  l'arron- 
dissement, la  lugubre 
réponse  au  mur  de  l'en- 
clos de  la  rue  Haxo.  C'est 
au  Père-Lachaise  que  se 
termina  dans  le  sang  la 
résistance  désespérée 
des  troufies  de  la  Com- 
mune. Qui  dira  jamais 
combien  d'hommes 
moururent  li  pour  la 
défense  d'une  idée  qu'ils 
croyaient  juste!  Pris  b's 
armes  à  la  main,  IcMir 
procès  n'avait  pas  besoin 
d'être  instruit,  le  mur 
fatal  les  guettait  pour  la  le  .mosimust  mx  m  ours. 


fusillade.  Il  n'est  pas  de  lieu  plus  tragique  :  et  cependant,  de  là,  on 
entend  le  gai  tintement  de  la  cloche  du  tramway  de  Saint-Augustin  ; 
on  entend,  à  l'heure  des  récréations,  les  cris  joyeux  des  enfants 
du  groupe  scolaire  voisin,  rue  de  Bagnolet;  mais,  quand  revient 
l'anniversaire  de  la  semaine  sanglante,  ce  coin  du  cimetière  se 
remplit  des  manifestants  du  souvenir,  porteurs  de  bannières  et  de 
couronnes  rouges,  et  la  police  a  parfois  quelque  peine  à  en  régler  le 
cortège  farouche. 

En  1887,  la  Ville  de  Paris  a  fait  élever,  un  peu  au-dessus  de  l'entrée 
de  la  rue  do  la  Réunion,  une  sépulture  peut-être  bien  humble,  aux 
"  Victimes  non  reconnues  de  l'incendie  de  l'Opéra-Comique  — 
23  mai  1887.  » 

Depuis  1889,  le  Père-Lachaise  est  pourvu  d'un  four  crématoire,  situé 
dans  la  partie  supérieure,  non  loin  do  la  porto  de  l'avenue  du  cime- 
tière qui  aboutit  sur  la  place  Gambetla.  Le  goût  de  l'incinéiation  ne 
s'est  pas  encore  beaucoup  développé  chez  les  Parisiens,  bien  que, 
chaque  année,  ce  procédé  de  destruction  de  l'être  humain  soit  plus  en 
faveur.  L'appareil  ne  reste  cependant  pas  inactif  ;  on  y  brûle  les 
cadavres  des  hôpitaux,  les  débris  provenant  des  salles  de  dissection, 
les  enfants  mort-nés,  que  personne  n'a  réclamés  pour  les  faire  inhu- 
mer. En  1894,  un  columbarium  définitif  a  été  construit  où  10,000  cases 
peuvent  recueillir  les  cendres  humaines. 

La  chapelle  du  cimetière  occupe  l'emplacement  de  l'ancienne  de- 
meure du  confesseur  de 
Louis  .\|V.  Elle  n'offre 
pas  d'autre  intérêt.  Au 
bas  des  rampes  qui  y 
donnent  accès,  est  in- 
stallé, depuis  le  l"''  no- 
vembre 1899,  un  monu- 
ment très  digne  do 
reniar(Hio.  Oi^uvre  du 
seulpleur  Bartliiilomé,  il 
est  consacré  «  aux  nmrls 
qui  n'ont  point  de  Imn- 
be;iu  ».  Le  symbolisme 
en  est  saisissant  :  les 
ligures  que  représente 
le  motif  princi|pal  simt 
celles  lie  l'Iiunianilé, 
riioiiiine,  la  femme,  l'en- 
lanl ,  traversant  la  vie, 
non  sans  lassitude,  puis 
arrivés  au  leime,  gisant 
dans  le  lotnbeau,  d'où 
l'Kspoir.  la  Tni  les  alti- 
l'iil,  en  soulevant  la 
il.ille,  vei's  la  lumière  de 
réleiiiilé.  C'est  l'iiléali- 
s.ilion  du  spirilualisnie. 
.\vant  de  (juitter  cet 
empire  îles  morts,  il 
loMvient,  jiour  n'en  pas 
siijiir   ti(i|i    attristé,    du 


D  A  11  T  II  0  1. 0  M  A, 


VINGTIEME    ARRO.NDIS<i:.MENT 


203 


se  remémorer  ce  couplet 
aimable  d'un  por-te,  lui 
aussi  mort  aujourd'hui, 
Eugèue  Inibcrt  : 

(jeiis  de  travail,  gens  de  loisir. 
Que  la  terre  soit  blanche  ou 

[verte, 
Il  vous  accueille  avec  plaisir. 
Et  pour  tous  sa  porte  cstou- 

[verte. 

II  abrite  sous  ses  tilleuls 
L'enfance  aux  bonheurs  6ph6- 

[mères, 
Et  les  soupirs  des  grands  aïeuls 
Repondent  aux   sanglots  des 

[mères, 

Mais,  sitôt  qu'un  gai  soleil  luit, 
Comme  il  berce,  comme  il 

[apaise 

Ceux  qui  viennent  dormir  chez 

[lui. 

Mon  voisin  le  père  Lachaise  ! 

Par  la  porte  voisine  de  la 
rue  des  Rondeaux  —  un  sin- 
gulier nom  pour  un  tel  voi- 
sinage —  on  atteint  tout 
de  suite  le  spacieux  car- 
refour qui  s'est  appelé  suc- 
cessivement place  de  Pue- 
bla,  place  des  Pyrénées,  et 

depuis  I89i,  place  Gambetta.  La  mairie  do  l'arrondissement  y  fut  com- 
mencée en  1868  pour  ne  s'achever  ijue  dix  ans  plus  tard.  Son  archi- 
tecte a  été  M.  Salleron.  Elle  est  conçue  dans  le  style  ordinaire  de  ce 
genre  d'édifices  municipaux  —  type  Renaissance  avec  couronnement 
obligatoire  de  campanile  —  ce  qui,  d'ailleurs,  n'a  rien  de  déplaisant. 
La  rue  du  Japon  la  sépare  d'un  gentil  square  que  la  rue  de  la  Cliine 
sépare  à  son  tour  de  l'hôpital  Tenon.  Pourquoi  ces  dénominations 
asiatiques?  La  première  date  de  1867  et  est  due  au  voisinage  de  la 
seconde,  qui  existait  déjà,  il  y  a  cent  ans;  c'est  là  ce  qui  intrigue 
fort  nos  étymologistes  parisiens.  De  la  rue  de  Ménilmontant  à  celle 
des  Partants,  elle  était  sur  le  territoire  de  Belleville.  Une  délibération 
du  conseil  municipal  de  cette  commune,  à  la  date  du  o  avril  1836, 
prescrivit  qu'elle  fût  pavée.  Les  frères  Lazare  disent  qu'elle  tenait  son 
nom  d'un  pavillon  chinois  sis  à  l'angle  de  la  rue  de  Ménilmontant. 
D'autres  pensent  que  les  chineurs,  les  chiffonniers  du  quartier  ne 
furent  pas  étrangers  à  son  baptême.  Adhuc  sub  juJice... 

L'hôpital  Tenon  porte  le  nom  d'un  chirurgien  célèbre,  mort 
en  1816.  11  a  été  ouvert  en  1878,  en  même  temps  que  la  mairie,  sa  voi- 
sine. Ici,  nous  empruntons  quelques  lignes  au  discours  que  M.  Peyron, 
directeur  de  l'Assistance  publique,  prononçait  le  l"''  décembre  1897, 
lors  de  l'inauguration  de  l'hôpital  Boucicaut:  "  ...  Il  suffit  de  compa- 
rer l'hôpital  Boucicaut  à  l'hôpital  Tenon,  le  dernier  construit  de  nos 
grands  hôpitaux  parisiens,   et  dnnt  l'ouverture   remonte  à  vingt  ans. 


LA   MAIRIE    DU    XX'    ARRONDISSEMENT. 


Destiné  à  recevoir  619  ma- 
lades, Tenon  a  coûté  8  mil- 
lions. A  Tenon,  les  salles 
n'ont  d'autre  dépendance 
qu'une  office  commune  à 
deux  salles  ;  à  l'hôpital 
Boucicaut,  les  salles  ont 
des  annexes  d'une  surface 
presque  égale  à  la  leur. 
A  Tenon,  le  service  de  la 
consultation  mesure  210 
mètres  superficiels  ;  à  l'hô- 
pital  Boucicaut,  il  en 
compte  1,100...  ,. 

La  comparaison  est  donc 
toute  en  faveur  du  XV*  ar- 
rondissement et  des  pro- 
grès de  l'architecture, 
puisque  l'hôpital  Bouci- 
caut n'a  coûté  que  3  mil- 
lions. 

De  la  place  Gambetta, 
pour  gagner  le  centre  de 
l'ancien  Charonne,  la  rue 
des  Pyrénées  est  le  plus 
court  chemin.  Ici,  mieux 
que  partout  ailleurs,  elle 
Justifie  son  nom;  de  cha- 
que côté,  ce  sont  des  mon- 
tagnes, et  les  habitations 
s'y  trouvent  clairsemées.  A  consulter  un  plan  ou  un  répertoire,  la  men- 
tion du  passage  Stendhal  n'a  rien  qui  attire  plus  spécialement  l'atten- 
tion ;  c'est  bien  cependant  le  passage  le  plus  invraisemblablement 
pittoresque  de  Paris  :  il  consiste  en  un  escalier  de  bois,  d'une  bonne 
soixantaine  de  marches,  accroché  au  flanc  de  la  colline;  l'auteur  du 
Rouge  et  le  Noir  aurait  fait  une  singulièie  grimace  à  se  voir  ainsi 
honoré  ;  il  est  vrai  qu'à  côté,  il  y  a  une  rue  Stendhal,  d'aspect  plus 
naturel.  —  Et  une  promenade  dans  la  rue  des  Montibœufs,  dans  la  rue  des 
Hauls-Montibœufs,  dans  le  sentier  Bua  ou  celui  des  Falaises,  qui  rap- 
pellent tous  d'anciens  lieux  dits,  ne  sera  pas  non  plus  sans  agrément  pour 
des  boulevardiers  qui  ont  juré  de  ne  jamais  franchir  les  fortifications. 
Charonne.  —  En  998  ou  999,  le  roi  Robert  le  Pieux  donnait  à  une 
abbaye  de  Paris,  Saint-Magloire,  quelques  terres  situés  dans  le  lieu  que 
la  charte  royale  nomme  Cndorona  :  on  n'a  rien  trouvé  de  plus  ancien 
concernant  Charonne,  et  l'explication  de  ce  nom,  unique  en  France, 
reste  encore  un  problème.  Xous  avons  déjà  dit  qu'au  xii°  siècle  le  cha- 
pitre de  la  cathédrale  de  Paris  acquit  la  seigneurie  du  village  qu'avait 
constitué  un  groupe  de  cultivateurs,  où  les  vignerons  étaient  en  ma- 
jorité. Une  église  paroissiale,  mise  sous  le  vocable  de  Saint-Cermain- 
d'Auxerre  s'y  construisit  peu  après;  c'est  celle  qui  est  encore  debout. 
Les  siècles  passèrent,  longs  et  monotones,  sur  cette  colonie  de  travail- 
leurs. Quand  la  Révolution  en  fit  enfin  des  citoyens,  ils  s'en  montrèrent 
tout  surpris,  et  pour  témoigner  leur  reconnaissance,  demandèrent,  le 


i^^^^g^^J^I^^HfaUflUfl^H 

^BI9^ 

BH^^^3ir>^^^^^^^B 

■^ 

HiHAi.'ii 

ENTRÉE    DE    I,  IIOIMTAL    TENON. 


LE    SvJLAKE    DE    L  A  V  E  N  L' E    ».;  A.M  UE  r  T  A. 


20i 


PARIS -ATLAS 


VUE    DE   L'HOPITAI,    DEBROUSSE. 

io  avril  1789,  trois  mois  avant  la  journée  du  M  juillet,  que  la  Bastille  fût 
démolie  et  qu'une  statue  de  Louis  XVI  s'élevât  sur  son  emplacement. 

Entin ,  la  loi  d'annexion  de 
1839  incorpora  la  commune  à 
Paris; le  conseil  municipal  et  les 
plus  imposés  s'étaient  déclarés 
très  favorables  à  cette  mesure. 

Charonne  se  composait  alors 
de  deux  parties  distinctes,  sépa- 
rées par  des  champs  auxquels 
des  maisons  ont  succédé  :  le 
Grand  et  le  Petit-Charonne,  re- 
liés par  la  rue  de  la  Réunion.  Le 
premier  —  de  beaucoup  le  plus 
ancien  —  bordait  la  rue  de  Ba- 
gnolet,  alors  rue  de  Paris;  le 
second  consistait  surtout  en  ca- 
barets s'alignant  le  long  de  la 
rue  d'Avron,  qu'on  aurait  bien 
dû  continuer  d'appeler  rue  de 
Montreuil.  La  vie  administrative 
et  commerciale  était  tout  entière 
au  Grand-Charonno  :  elle  y  est 
restée;  le  Petit-Cliaronne  n'est 
devenuhabilé  qu'à  parlirde  1830. 

L'église  Saint-Germain  na 
conservé  du  xui"  siècle  que  la 
base  de  sa  tour;  le  reste  de  l'édi- 
lîce  est  du  commencement  du 
xvn"  siècle.  Elle  est,  dans  Paris,  le 
seul  type  survivant  —  par  cela- 
mêmc  curieux  —  d'une  église  de 
village.  Quelques  inscriptions 
.sans  intérêt  s'y  voient,  ainsi  que 
la  litre  de  François  Thoré,  se- 
crétaire du  roi,  qui,  en  17oo, 
devint    seigiieiir    de  Clinronne. 

Le  caractère  villaginls  de  l'église  s'accentue  encore  par  le  voisinage 
du  cimetière  communal  (jui  l'entoure  sur  trois  côtés.  Une  seule 
tombe  y  est  digne  de  remarque  :  elle  est  surmontée  d'une  statue  en 
bronze  qui  représente,  dit-on,  un  secrétaire  de  Hobesi>ierrc,  Franrois- 
Éloi  Bègue,  enterré  civilement. 


LÉGLISE    DE    CllAKO.N.NE    El    SON    CI.METIERI' 


Par  la  longue  et  monacale  rue  Snint-Blaise,  on  atteint 
assez  vite  la  rue  Vitruve.  Au  n"  58  habitait  un  latiniste 
qui  fit  graver  au-dessus  de  sa  porte  le  vers  si  connu  : 
0  Melibœe,  Deus  noiis  hsc  olia  fecit. 

Deux  maisons  plus  loin,  au  n"  62,  la  tradition  veut 
que  la  princesse  de  Lamballe  y  ait  habité;  mais  rien 
n'est  moins  sûr.  Rue  Florian,  n"  4,  on  montre  quelques 
vestiges  de  la  maison  de  Fouquier-Tinville.  La  rue  des 
Orleaux  était  autrefois  rue  des  Orties  et  non  rue  des 
Jardins,  comme  l'afllrment  quelques  étymologistes  qui 
croient  à  tort  que  le  mot  latin  hortus  a  passé  dans  la 
langue  française. 

Charonne  a  eu  jadis  deux  châteaux  :  l'un  dont 
l'entrée  était  assez  proche  de  l'ancienne  barrière  de 
Fontarabie,  vers  le  passage  Ligner,  et  s'étendait  sur 
la  gauche  de  la  rue  de  Bagnolet  jusque  près  de 
l'église;  l'autre,  dit  château  de  Bagnolet,  était  situé, 
pour  la  majeure  partie,  au  delà  des  fortifications,  sur 
le  territoire  de  Bagnolet,  mais  ses  dépendances  étaient 
intra-muros.  Après  avoir  appartenu  à  la  famille  d'Or- 
léans qui  s'y  plaisait  fort,  après  avoir  été  morcelé  et 
détruit  pendant  la  Révolution,  il  est  représenté  aujour- 
d'hui ,  pour  la  partie  parisienne,  par  l'hôpital  De- 
brousse  créé  en  1892  grâce  aux  libéralités  de  la  ba- 
ronne Alquier,  née  Debrousse.  Un  pavillon  Louis  XV, 
heureusement  conservé,  contribue  à  donner  plus  de 
grâce  encore  à  ce  joli  coin. 

Mous  venons  de  parler  de  la  barrière  de  Fontarabie; 

elle  se  dressait  à  l'extrémité  de  la  rue  de  Charonne  et 

à  l'entrée  de  la  rue  de  Bagnolet;  dès  la  fin  du  xvu»  siècle,  un  hameau 

s'était  créé  là,  qui  avait  pris  le  nom  du  village  espagnol  où  Mazarin 

négocia  en  1660  le  traité  entre 
la  France  et  l'Espagne.  Ce  n'est 
pas  d'hier,  on  le  voit,  que  date 
l'usage  de  donner  aux  agglomé- 
rations naissantes  des  noms  de 
lieu  étrangers,  célèbres  au  mo- 
ment où  on  leur  cherchait  des 
parrains  :  tels,  depuis,  MalakolT 
et  le  Kremlin. 

Dans  le  XX°  arrondissement, 
le  chemin  de  fer  de  Ceinture 
a  un  parcours  forcément  acci- 
denté. Quand  il  y  pénètre,  du  coté 
de  La  Villelte,  c'est  vers  le  milieu 
du  souterrain  de  1,100  mètres 
qui  relie  la  gare  de  lirlli'ville- 
Villette  à  celle  de  Ménilmon- 
tant.  Celte  station  occupe  l'em- 
[dacement  de  l'ancien  lac  ijue  la 
rue  de  la  .Mare  rapi)elle  dédai- 
gneusement. La  ligne  ne  resie 
pas  longtemps  à  ciel  ouvert. 
-Vprès  avoir  passé  sous  la  rue  de 
iMénilmontant  et  suivi  pendant 
200  mètres  en  tranchée  la  rue 
Sorbier,  elle  entre  à  nouveau  sous 
terre  dans  le  tunnel,  dit  du  Père- 
Lachaise  bien  que  la  voie  ne 
passe  que  sous  l'angle  extrême 
iNord  du  cimetière,  et  rn  sort, 
après  un  paicours  de  1  UiloMièlre 
à  la  station  de  Charonne,  s'nu- 
vrant  sur  la  rue  de  Bagnolel, 
presque  à  l'angle  de  celle  ib's 
l'yrénées.  De  là,  par  un  remblai 
dont  la  pente  est  assez  accentuée,  les  trains  alleigiient  la  slatinn  dr 
la  rue  d'Avron  —  créée  si'uleiuent  eu  janvier  WJ6,  i)uis.  à  [leu  di' 
distance,  celle  de  l'avenue  de  Vincennes.  La  ligne  (|uitli'  alors 
l'arrondissement  pour  entr>'r  dans  le  .\ll",  où  nous  l'avons  rencontrée 
pour  la  iireniière   fois   et  ilécrite. 


PARIS  VINGTIÈME   ARRONDISSEMENT 


,^<^' 


■■'«>„ 


'Jç*"*"**^ 


\  ^X^ 


\ 


•%  E^la  \ 


i'i»^; 


8,,,  *  00/""=^        •(^Temple     -fe,  ' 


^X^  .^A  jS'ojSIœ  ^     j  tais    1-*,     ■* 

t   ,  ÇEcoJe 


N;,> 


t^\J.-®  ^"""r^''v>^^i  ..^-w^^^-k-  \  \ 


,    -B.-j,„    .^aOUVVDir.        PERE     -"    LA  CHAISE 


>.ne5er\-(iiia  >-_    >*  *- 


'3 


%. 


^^A*  faPnwidena 


Lchelle  =  1   i3.ooo 


PAniS- ATLAS 


•     laé*'*  ...ublii^e, COUB« I  W         W         ^ 

^^i*^  _'_-'  .i"!'  ^-o-f»  — --^T«^/^r^^— ^^-^s 


Pbot.  Nenrdeia. 


I.E    PARC    DE    VIORSAILI.ES    ET    LE    BASSTN"    DE    LATONE. 


ENVIRONS  de  fARIS 


LE   BOIS   DE  BOULOGNE   -   MEUDON    -  SÈVRES  -   SAINT-CLOUD  -  VILLE-DAVRAY  -   CHAVILLE 
VIROFLAY    —   VERSAILLES    ET   LES    TRIANONS    —    SAINT-CYR 


A  RIS  est  une  ville  incomparnblo,  non  seulo- 
niint  par  elle-même,  mais  encore  par  ses  envi- 
rnns. 

Dans  une  région  où  ne  sauraient  se  trouver 
ni  montagnes  abruptes,  ni  torrents  impétueux, 
ni  forêts  épaisses,  il  semble  que  la  nature  se 
>"il  plu  à  fournir,  autour  de  la  capitale,  un 
,i|iercu  en  raccourci  et  en  diminutif,  pour  ainsi 
iliie,"  do  toutes  ses  beautés.  Le  génie  des 
hommes  a  fait  le  reste. 
Le  bois  de  Boulogne  —  le  Bois,  tout  court,  comme  on  a 
l'habituili'  (11'  dire  —  prolonge  le  xvi*  arrondissement,  si  coquet  déjà, 
en  une  promenade  superbe"^  Bien  que  son  territoire  appartienne 
aux  deux  communes  de  Boulogne  et  de  Neuilly,  il  est  compris  dans 
les  limites  do  l'octroi  de  Paris,  c'est-à-dire  que  la  perception  des 
droits  s'acquitte  aux  points  où  l'on  y  entre  pour  venir  de  la  banlieue 
vers  Paris. 

Ce  fut  jadis  la  forêt  de  Rouvray,  qui,  aux  temps  où  Paris  n'était  encore 
que  Lutèce,  couvrait  toute  la  iive  droite  de  la  Seine,  s'étendanl  jus- 
qu'au Louvre,  occupant  la  majeure  partie  de  la  plaine  à  laquelle  Saint- 

PAni  =  -ATLAS. 


Denis  a  donné  son  nom,  rejoignant,  par  dolà  les  circuits  de  la  Seine, 
la  forêt,  plus  vaste  encore,  de  Lave,  dont  la  dénomination  s'est  trans- 
mise à  travers  les  âges,  accolée  au  nom  de  Saint-Germain. 

Les  dimensions  de  la  forêt  de  Rouvray  étaient  déjà  bien  restreintes 
au  XIV"  siècle.  Dès  le  xii'',  des  chartes  en  font  foi,  elle  s'appelait 
forêt  de  Boulogne,  bien  que  ce  ne  soit  qu'en  1320  qu'ait  été  fondée  la 
paroisse  do  Boulogne  et  construite  la  jolie  église  dont  les  promeueui-s 
du  Bois  aperçoivent  la  flèche,  du  haut  do  la  butle  de  Mortemarl. 

En  se  faisant  bâtir  le  château  de  Madrid,  dont  la  démolition  est 
si  regrettable,  car  c'était  un  bijou,  François  V  attira  l'atteulion  de  la 
Cour  sur  le  bois  de  Boulogne,  qu'il  fallait  traverser  de  part  en  pari 
pour  se  rendre  à  la  résidence  royale.  C'est  aussi  vers  le  mémo  temps 
que  fut  construit,  du  côté  de  Passy,  un  pavillon  de  chasse  dont  le  nom 
justitie  l'objet  :  la  Meute,  devenu  par  corruption  la  Muette,  et  qui. 
transformé  en  château,  eut.  au  xviii'  siècle,  l'honneur  de  fréquentes 
visites  de  Louis  XV,  de  Louis  XVt  et  de  Marie-Anloinotte. 

L'abbaye  de  Longchamp  (nous  gardons  l'orlhographe  historique) 
occupait,  du  côté  de  l'Ouest,  l'autre  extrémité  du  triangle.  Elle  datait 
de  saint  Louis,  et  les  pieuses  llUes  qui  viraient  à  son  ombre  ne  faisaient 
alors  guère  parler  d'elles.  II  n'en  fut  question  qu'au  xvT  siècle,  préci- 

21 


206 


PARIS-ATLAS 


sèment  lorsqu'elles  n'étaient  plus  pieuses  et  que  la  rigueur  des  cloî- 
tres avait  connu  un  singulier  relâchement. 

C'est  au  xviii=  siècle  que  s'introduisit  l'usage  mondain  d'aller  aux 
offices  de  l'abbaye  de  Longchamp  du- 
rant la  semaine  sainte.  C'était  la  prome- 
nade à  la  mode. 

Saccagé  pendant  les  invasions  des 
alliés  en  1814  et  1815,  à  peu  près  dé- 
laissé des  promeneurs,  le  Bois  s'était 
refait  une  végétation  de  forêt  vierge, 
quand  la  loi  du  8  juillet  1832  en  transféra 
la  propriété  domaniale  de  l'État  ;'i  la  Ville 
de  Paris,  à  la  charge  pour  celle-ci  d'afTec- 
ter  deux  millions  à  l'embellisssement,  à 
la  transformation  de  la  promenade. 
Alphand  en  fut  chargé;  le  bois  de  Bou- 
logne, tel  que  nous  le  voyons  aujourd'hui, 
est  son  œuvre;  on  ne  saurait  trop  en  louer 
sa  mémoire.  Ce  n'est  pas  deux  millions, 
c'est  quatorze,  dit  Haussmann,  que  la 
Ville  consacra  à  cet  embellissement.  Il 
est  vrai  que  dans  ce  chiffre  il  faut  tenir 
compte  de  l'acquisition  faite,  en  dehors 
du  traité  de  cession,  de  la  zone  voisine 
de  la  Seine,  oii  fut  inauguré,  au  mois 
de  mai  1867,  l'hippodrome  de  Long- 
champ,  avec  sa  pelouse  d'entraînement. 
I,e  reste  passa  surtout  en  dépenses 
d'adduction  d'eau;  l'ancien  bois,  exclu- 
sivement planté  de  chênes,  était  aride; 
le  nouveau  fut  doté  des  deux  lacs,  de  la 

grande  cascade  et  d'une  foule  de  cours  d'eau  qui  circulent  en  gazouillant 
lorsqu'ils  rencontrent  sur  leur  route  des  roches  artificielles,  formant 
de  minuscules  cascades.  La  mare  d'Auteuil  et  la  mare  aux  Biches, 
héritage  du  passé,  furent  également  arrangées  au  goût  d'alors,  qui  était 
avant  tout  celui  des  jardins  anglais. 

On  est  surpris,  à  consulter  des  plans  du  bois  de  Boulogne  au  xvn' siècle, 
de  voir  combien  d'anciens  noms 
se  sont  conservés  dans  le  nou- 
veau. Déjà  l'on  y  trouve  et  l'allée 
de  la  Reine-Marguerite,  et  le  c  rond 
de  Mortemart  »,  et  la  croix  des 
Sablons,  voire  même  la  porte 
Mnyot  ou  Maliiau,  dont  nous  avons 
fait  la  porte  Maillot,  et  qui,  avant 
d'être  une  grille,  était  bel  et  bien 
une  porte  en  bois, alors  que  la  forêt 
était  entièrement  close  de  murs. 

La  porte  de  Madrid  s'ouvrait 
devant  le  château  du  même  nom. 
—  Fleuriau  d'Armenonville,  qui 
mourut  en  1728,  était  capitaine 
du  bois  de  Boulogne,  et  son  nom 
n'ttsl  pas  non   plus  inconnu  aux 


M.\ISON    DIC    GARDE,    A    LONGCHAMP 


habitués  de  la  promenade.  —  Bagatelle,  ce  nid  charmant  caché  dans 
la  Verdure,  fut  reconstruit  eu  1777  par  le  comte  d'Artois  qui  avait 
parié  100,000  francs  à  Marie-.\ntoinette  qu'il  n'y  faudrait  pas  plus  de 
deux  mois.  —  Saint-James  date  du  même 
temps;  c'était  un  château  bâti  par  l'ar- 
chitecte Bellanger  pour  Claude  Baudard, 
baron  de  Saint-James. 

De  l'extrémité  Sud-Ouest  du  Bois  la 
plus  voisine  de  Saint-Cloud,  les  mar- 
cheurs intrépides  peuvent,  en  deux 
heures,  gagner  Versailles.  La  route  est 
fort  belle  par  le  parc  de  Saint-Cloud  et  le 
bois  des  Fausses-Reposes,  mais  elle  est 
surtout  rerommandable  en  voiture,  au- 
quel cas  il  faut  passer  par  le  pont  de  Su- 
resnes,  atteindre  le  haut  de  Saint-Cloud 
par  le  boulevard  de  Versailles  et  suivre 
la  belle  voie  qui  traverse  Ville-d'Avray. 
11  n'est  pas  de  bicycliste  qui  n'ait  suivi 
maintes  fois  ce  trajet,  agréable  entre  tous. 
Il  est  bien  d'autres  chemins  pour  se 
rendre  chins  la  ville  du  Roi-Soleil  :  deux 
routes  de  terre  (sans  parler  de  la  précé- 
dente) et  trois  chemins  de  fer. 

L'une  des  deux  roules  de  terre —  la 
route  nationale  n°  189  —  est  fort  peu  sui- 
vie maintenant.  Dans  Paris,  c'est  la  rue  de 
Vaugirard  ;  au  delà  de  la  porte  de  Versail- 
les, elle  traverse  les  communes  d'Issy-les- 
Moulineaux  et  du  Bas-Meudon,  et  s'élève 
à  travers  Bellevue  pour  entrer  dans  les 
bois  de  Meudon  où  elle  prend  le  nom  de  pavé  des  Gardes;  elle  n'en  sort 
qu'au  delà  de  Chaville  et  se  soude  à  l'autre  route,  un  peu  avant  Viroflay. 
Celle-ci,  la  route  nationale  n"  10,  de  Paris  à  Bordeaux  et  à  Bayonne, 
a,  au  contraire,  la  gloire  d'avoir,  pendant  près  d'un  siècle  et  demi, 
été  parcourue  incessamment  par  tout  ce  ([ue  la  France  comptait  de 
personnages  illustres.  Que  de  carrosses  royaux  et  princiers  l'ont  suivie 


l'IlO.ME.N  ALiE    UliS    tl,i;i>IIA.NTS    AU    JAUUIN    I)  A  C  CI.  I  M  A  l' A  1  lO  .>i. 


<lMi;nil  ee  lempsIOnede  cnrtèges  triom|iliaiix  ius(|ii'aux 
joui  >  timbres  où  la  royaulé  y  passa  pour  la  dernière  fuis, 
1,1101  iM'e  |)resi|ue  captive  à  P;iris  par  le  peu  pie  déihaiiié! 
l'iiis,  ce  fut  le  calme  que,  de  temps  en  leiiips,  Iniuldail 
!.•  Iraïas  d'une  diligence  i  m  d'une  chaise  de  poste  p.irt.iiil 
viis  le  Sud-diiesl    MU   giaiid  galiip   de  ses  six  chevaux, 

el  .lujnnrd'lnii,  t"Ules  'e-  ilenii-lienii^s,  le  passaui'  i 

iimiiis  liiiivaiil  ilii  lianmay  iiiù  par  l'.iir  e prlim'-,  ipii 

va  du   Lnlivie    à    \ersail|e>   en  une  heure  el  demie. 

BeaiKiMlp  de  tiiUlistes  emploient  l'e  mode  de  loro- 
iimlion.  au  mnjns  piuir  un  Irajel,  l't  ils  n'ont  |ias  loil. 
An  soilirde  Paris  par  le  i'ciiiit-du-Jour,  la  mule  Ira- 
versi'  Billancourt.  inipcMlante  annexe  de  Boulogne, 
laissant  à  sa  droite   l'avenue  di'  la  Heine,  (pii    mène  à 


EiWlllO-NS   DE   l'AUlS 


207 


Saint-CliiuJ.  La  tiavursiV; 
de  la  SeiiK^  sur  If  [loiit  de 
Sèvres  oH're  à  l'œil  un  des 
|)lus  beaux  panoramas  des 
environs  de  Paris:  à  droite, 
le  parc  et  les  maisons  si 
ccjqueltement  étagécs  de 
Saint-CIoud;  à  gauche,  les 
hauteurs  de  Bellevue  et  de 
Meudon. 

Dès  qu'on  a  passé  li,' 
|iniil,  on  entre  dans  le  di'- 
p.iiiiiuent  de  Seine-et- 
oisr  cl  dans  le  bourg  di' 
Sèvres.  Le  tramway  s'ar- 
M-ic  devant  la  manufac- 
ture de  porcelaine,  à 
I.Hluelle  une  visite  est  in- 
dispensable, car  on  y  voit 
exposés  les  plus  beaux 
produits  de  notre  céra- 
mique nationale,  et  l'on 
peut  y  assister  aussi  aux 
opérations  de  la  fabrica- 
tion. La  route  s'élève;  au 
delà  de  l'avenue  de  Belle- 
vue,  à  gauche,  se  voient  les 
bâtiments  de  l'ancienne 
manufacture,  occupés  de- 
puis 1876  par  l'Ecole  nor- 
male supérieure  dos  filles. 
L'église  de  Sèvres,  ii 
gauche  également,  est  on 
contre-bas  de  la  route; 
elle  n'offre  aucun  intérêt. 
On  monte  toujours;  un 
kilomètre   plus   loin,    on 

sort  de  Sèvres  pour  entrer  dans  Chaville,  qui  borde  la  route  de  ses 
maisons,  la  plupart  habitées  par  des  blanchisseurs,  et  que  séparent,  çà 
et  là,  quelques  belles  propriétés  de  plaisance.  Le  charme  de  Chaville 
n'est  pas  dans  cette  rue  insignifiante;  il  réside  dans  les  bois  charmants 
qui  dominent  la  route  à  gauche  et  à  droite. 

La  même  observation  peut  s'appliquer  àViroflay.que  l'on  trouvera 
ensuite.  Le  viaduc  sous  lequel  passe  le  tramway  est  celui  de  la  ligne  de 
raccordement  pour  les  trains  de  Paris-Saint-La/.are  à  Versailles-Chan- 
tiers et  au  delà  vers  Rennes  ou  Granville. 

A  un  large  carrefour,  que  décore  médiocrement  le  buste  du  sénateur 
Maze,  la  route  prend  des  proportions  plus  solennelles;  elle  est  plantée 
de  plusieurs  rangs  d'arbres.  Déjà  l'on  est  à  Versailles,  et  c'est  par 
cette  majestueuse  avenue,  longue  de  2  kilomètres,  que  l'on  atteint 
la  place  d'Armes,  après  avoir  passé  devant  le  lycée  de  jeunes  filles,  la 
préfecture,  l'hôtel  de  ville  et  plusieurs  casernes. 

De  Paris  à  Versailles,  par  la  rive  droite  (gare  Saint-Lazare),  la  ligne 
du  chemin  de  fer  se  détache  à  Asnières  des  lignes  de 
Saint-Germain,  d'Argenteuil  et  de  Normandie;  elle 
décrit  une  coui'be  de  court  rayon  vers  FtJucst,  et  suil 
la  colline  qui  borde  la  rive  gauche  de  la  Seine.  Au 
delà  de  Courbevoie,  la  vue  est  magnifique  à  gauche, 
sur  la  vallée.  Dans  le  lointain  se  montrent  l'an-  dr 
triomphe  de  l'Étoile,  le  Trocadéro,  la  tour  Eillil; 
plus  près,  la  masse  do  verdure  du  bois  de  ISoulngur. 
C'est  dans  ce  décor  que  l'on  passe  aux  stations  i\r 
Puteaux  et  de  Suresnes.  Lorsque  le  train  s'arrête  à 
cette  di'rnière,  il  faut  regarder  à  droite  pour  voir  le 
mont  'Valérien,  forteresse  aujourd'hui,  jadis  lieu  ilr 
pèlerinage  lialiité'  par  des  ermites  et  dont  les  "  sln- 
tions  »  ou  cliemins  de  croix  atlii'aient  un  grand  nnni- 
bre  de  lidèles. 

La  gare  de  Saint-Cloud  est  située  tout  imi  li.nil  de 
la  ville,  dont  l'aggloméralion  est  constituée  |iai'  un 
réseau  de  riu-s  étLdiles  et  d'une  ascension  fort  [léniMr. 
Le  seul  nuhile  de  Saint-Cloud,  depuis  qw  son  château, 
si  riche  en  souvenirs  historiques,  a  été  détruit  par  la 
guerre  de  18"0-I871,  est  son  parc,  merveilleuse  prome- 
nade qu'envahissent  les  Parisiens  durant  la  bidie  sai- 
son, mais  (|ui,  grâce  à  son  iHendue,  cnnlient  toujours 
des  parties  solitaires,  inliniment  agréables  aux  promc- 
neuis  (|ui  fuient  la  foule.  Kn  traversant  la  partie  haulf 
du  parc,  on  arrive  en  moins  d'une  heure  de  marche  à 


LA    CASCADE    UU    BOIS    DE    BOULOli.NE. 


■Ville-d'Avray,  aimable  localité  toute  entourée  de  verdure,  où  se 
voit  le  monument  élevé  à  la  mémoire  de  Gambetta  dans  sa  maisoa 
des  Jardies,  où  il  mourut  le  31  décembre  1882; —  dans  l'église,  plu- 
sieurs tableaux  de  Corot,  et,  auprès  de  l'étang  des  Fausses-Reposes,  le 
buste  de  ce  célèbre  paysagiste,  au  seuil  des  bois  mêmes  qu'il  aimait 
tant. 

De  Saint-Cloud  à  la  gare  de  Sèvres-Ville-d'Avray,  la  voie  ferrée  tra- 
verse ou  côtoie  le  parc  de  Saint-Cloud,  tantôt  à  niveau,  tantôt  en 
passage  souterrain.  Au  delà  de  cette  gare,  la  ligne  court  sur  la 
colline  qui  surplombe,  au  Nord-Ouest,  Chaville  et  Viroflay,  où  elle  a 
des  stations.  Après  avoir  dépassé  le  raccordement  de  Virollay  dont  il 
vient  d'être  question,  elle  entre  en  tranchée  et  aboutit  à  la  gare  de 
Versailles  dite  de  la  rive  droite,  située  rue  Duplessis,  près  du  boule- 
vard de  la  Heine. 

La  ligne  de  la  rive  gauche  gare  Montparnasse)  traverse  des  régions 
plus  pillorcsciues  et  plus  champêtres  encore.  Entre  Paris  et  les  fortili- 


\L'    .lAKDl.N    D  ACCl.l.MA TATIO.N. 


208 


PARIS -ATLAS 


cations,  ollc  sépare,  nous  Tavons  dit,  le  X1V«  et  le  XV«  arrondisse- 
ment ;  puis,  elle  entre  sur  le  territoire  mitoyen  des  communes  de 
Vanves  et  de  Malakoff  où  elle  a  sa  première  station  extra  muros.  Peu 
après,  l'horizon  s'élargit,  et  Ton  aperçoit  à  gauche,  dans  le  lointain,  le 
charmant  village  de  CÏamarf,  célèbre  par  ses  petits  puis  et  surtout  par 
les  bois  dits  de  Meudon 
qui  commencent  der- 
rière ses  dernières  mai- 
sons et,  par  des  chemins 
ravissants,  nous  condui- 
raient (8  kilomètres  en- 
viron) aux  portes  mêmes 
de  Versailles.  Surle  beau 
viaduc  du  Val-Fleury,  la 
ligne  franchit  une  pro- 
fonde vallée  séparant 
Clamart  de  Meudon,  le 
département  de  la  Seine 
de  celui  de  Seine-et- 
Oise;  au  delà  de  la  sta- 
tion de  Meudon  et  de 
celle  de  Bellevue,  établie 
au  pied  de  la  belle  avenue 
qui  mène  au  château  de 
Meudon,  elle  se  rappro- 
che de  plus  en  plus  des 
bois  et  y  entre  complè- 
tement au  delà  de  la 
station  de  Sèvres.  Elle 
les  quitte  après  la  char- 
mante station  de  Cha- 
ville  pour  s'infléchir  un 
peu  vers  l'Ouest  et  des- 
servirViroflay.  On  atteint 
la  gare  de  Versailles  (rive 
gauche),  qui  s'ouvre  sur 
l'avenue  Thiers,  près  de 
l'hôtel  de  ville  et  de  l'ave- 
nue de  Sceaux,  par  un  embranchement  spécial  qui  se  détache  de  la 
grande  ligne  de  Bretagne,  dont  les  trains,  ainsi  que  ceux  des  chemins 
de  fer  de  l'État  et  de  la  Grande  Ceinture,  ont  une  gare  particulière, 
dite  des  Chantiers,  à  l'extrémité  de  la  rue  du  même  nom. 

Une  troisième  ligne,  enfin,  inaugurée  pendantl'été  de  1900,  conduit  de 
l'esplanade  des  Invalides  à  Versailles;  à  l  kilomètre  au  delà  des  fortifica- 
lions,  elle  laisse  à  gauche  la  ligne  des  Moulineaux,  traverse  Issy,  passe 
sous  le  viaduc  du  Val-Fleury  et,  par  consé(iuent,sous  les  voies  de  la  gare 
Montparnasse,  et  remonte  la  vallée  que  surmonte  à  gauche  le  hameau  do 
Fleury.  Elle  s'engage  alors  dans  un  tunnel  de  'i  kilomètres,  creusé  sous 
lu  ville  et  le  bois'de  Meudon,  a  une  station  à  Vélizy,  en  pbjn  bois,  it 
vient  se  souder  à  la  ligne  précédente  à  hauteur  de  la  station  de  Vijull.iy. 


VERSAILLES 

Le  château.  —  Il  serait  ici  de  peu  d'intérêt  de  remonter  haut  dans 
l'histiiire  pour  y  rochercher  le  passé  de  Versailles.  Dès  le  xu"  siècle, 
avant  sans  doute,  c'était  un  hameau  dans  les  bois;  Clagny,Trianonsont 

connus  à  la  même  épr 


LES    GUANDE.S    EAUX    DE    .S  Al  .N  T- C  I.O  U  D. 


VUE  ue.m,i;ai,i.   iii:  >  a  i  .n  i -ci.cil  ii, 


que.  —  Louis  XIII  aimait 
la  chasse,  les  forêts  pro- 
fondes où  se  plaisait  sa 
mélancolie;  il  acheta, 
sans  doule  à  très  bon 
compte,  ces  terres,  et  y 
lit  construire  un  pavillon 
de  chasse.  C'était  un  cas- 
tel  carré,  de  proportions 
modiques,  dont  rien  ne 
subsista  plus  tard,  rien 
qu'un  petit  escalier  de 
pierre  en  vis,  dont  la 
rusticité  même  atteste 
tout  à  la  fois  qu'il  n'est 
pas  l'œuvre  des  architec- 
tes du  palais  actuel,  et 
que  Louis  XIV,  on  le  sait 
d'ailleurs  d'autre  part, 
avait  tenu  à  conserver 
quelque  chose  du  pa- 
villon primitif,  à  «  l'en- 
velopper »,  fout  simple 
qu'il  était,  dans  sa  fas- 
tueuse résidence.  '<  Le 
roi,  dit  Perrault,  voulut 
toujours  conserverie  pe- 
tit château.  On  prétexta 
i|u'il  luenaçoit  ruine  et 
qu'il  boudoit  en  plu- 
sieurs endroits;  il  se 
douta  du  complot  et  dit 
d'nn  tcm  fut  et  où  il  paraissoil  de  colère  :  Faites  ce  ([u'il  vous  plaira, 
mais  si  vous  l'abattez,  je  le  ferai  rebâtir  tel  qu'il  est.  Ces  paroles  raffer- 
mirent tout  le  château  et  rendirent  ses  fondements  inébranlables.  » 

Les  travaux  furent  commencés  en  ^G61  sous  la  conduite  de  Levau. 
Mansard  ne  vint  qu'après  les  achever  par  la  construclion  de  la  cha- 
pelle, qui  ne  fut  terminée  qu'en  1710;  mais,  pendant  cette  période  de 
près  de  cinquante  ans,  on  peut  dire  que  le  roi  tint  à  en  rester  l'archi- 
tecte en  chef.  Les  preuves  en  abondent  dans  sa  correspondance,  dans 
celle  de  Colbert,  dans  les  uu'unoires  de  Perrault  que  nous  venons  de 
citer,  dans  Saint-Simon,  etc.  Dans  une  des  salles  du  musée,  on  a  mis 
sous  verre  un  autographe  de  Louis  XIV  critiipianl  ce  qui  se  fait,  mar- 
quant e.'  ipi'il  x.iuiliail  \(iir:  ■  Il  me  p.iniil.  écril-il  imi  marge  d'un 
piiiji't  de  Mansard,  ipi'il  y  a  i|Uelque  chose  à 
iliaiiger,  (pie  les  snji'ls  S(inl  lri'|i  si'iieux  et  i\\\'\\ 

faut  (in'il  y  ait  de  la  ji'unessc 'Iim'  dans  ce  (pie 

Inl,    tria,  'n 

.\\aiif  de  décrire  le  palais,  ipii  est  (Uiveit  au 
piildic  fiiiis  les  jours  saut  le  lundi,  dismis  tout  de 
suite  qu'il  fut  Iransformé  sons  Luiiis-Pliilippe  en 

iiiuséo  i<  à  toutes  l(>s  gloires  de   la  Franc 1 

iiiaiigur(''  en  1887. 

I.i'  plan  de  l'édifice,  si  vaste  qu'il  suit,  a  le 
iie'iile  d'élre  très  simple  :  un  liàliiuent  ceiilial 
encadré  de  deux  ailes  formant  avant-corps,  et, 
perpendiculairement  à  ces  deux  ailes,  deux  iin- 
iio'iisi'S  galeries,  un  iieu  trop  biiigiies,  peiil-èire, 
pour  i''ire  en  harnnuiie  avec  le  curps  de  logis  du 
rentre,  s'i'leiiilanl  l'une  vers  le  Midi,  l'antre  vers 
le  Xoid. 

On  traverse  la  vaste  plaie  d'Ai  mes.  nu  rraiiihil 
la  giilli'  siirinonlée  d'un  écussoii  aux  aiini'S  <le 
l'raiiee  iiecosté,  iKius  lie  sauriiuis  dire  poiir- 
quoi.  lie  deux  II  loiiionnés  -  et  l'on  est  dans  la 
eoiir  dlMiiiueiir.  Le  criilii'  en  est  oi  l'iipc''  par  une 
slatuii'q  oestre  de  l,..llls  \  |  V,  pal  l'el  ilnl  ■.  les  roi  es 
sont  liiiril's  de  sei^i-  hantes  statues  port^-es  Mir 
des  piédestaux  liLIssils,  et  qui  i  c'pri''seillent ,  à 
gauciie  :  SiiL'er,  Du  Ciii'sclin,  Sully,  Laniies,  .Mor- 
tier, SiifTi-eii,  1)11  Uuesne  et  Coi'iil.-,  ;i  droit.'  : 
Hicliidieu,  Itayard.  Colbert.  Joiirdaii,  Masséiia, 
Tourville,  DiiL'ii.iv  'l'ioiiiii,  Tnnino'.   I.c's  i li- 


ENVIRONS    DE    PARIS 


209 


lions  dans  lps(nielles  ces  scizo 
œuvres  sculpturales  se  voient 
main  tenant  à  Versailles  sont  [liai - 
santés,  uniques  à  coup  sûr  dans 
l'histoire  de  l'art.  Douze  d'entre 
elles  ornaient  ou  avaient  la  pré- 
tention d'orner  le  pont  de  la 
Concorde;  c'étaient  :  Coudé,  par 
David;  Du:/u(nj-Tiouin,  par  l)u- 
pasquier;  Du  Gucsclin,  pai-  Bridan; 
Turenne,  par  (iois;  Salti/,  par 
Ksperci<'ux;  Colhcrt,  par  Mille- 
liomnie;  Su/fren,  par  Lesueur; 
Jlicheticu,  par  Itanicy  père; 
Boyard,  par  Mcjutonny  ;  Du 
Qaesne,  par  Hoguier;  Siigcr,  par 
Stouf;  TuurviÙe,  par  Morin. 
Quant  aux  quatre  autres,  celles 
des  maréchaux  I.annes,  Mortier, 
Massénaet  Jourdan,  elles  avaient 
été  faites  à  la  suite  d'un  décret 
de  1810,  ordonnant,  pour  la  déco- 
ration de  ce  même  pont  de  la 
Concorde,  la  commande  de  douze 

statues  de  généraux  de  l'Empire.  Seules,  celles  des  généi'aux  d'Espagne, 
Colbert,  Roussel  et  Walhubert  étaient  achevées  quand  survint  la 
Restauration.  Reléguées  dans  quelque  dépôt,  elles  furent  choisies  en 
1835  pour  représenter  les  maréchaux  en  question  dans  la  cour  de 
Versailles.  A  cet  effet,  elles  furent  décapitées,  et  le  sculpteur  Laitié 
fut  chargé  de  figurer  la  télé  de  Lannes  sur  le  corps  de  d'Espagne, 
celle  de  Mortier  sur  les  épaules  de  Colbert,  celle  de  Masséna  sur  Roussel 
et  celle  de  Jourdan  sur  \Valhubert.  Cette  mesquine  supercherie  fut 
accomplie;  elle  méritait  d'être  rappelée. 

Par  la  cour  de  marbre,  qui  s'ouvre  en  arrière  de  la  cour  d'honneur, 
on  pénètre  à  gauche  dans  le  palais.  C'est  par  là  déjà  qu'y  entrait 
Louis  XIV.  Faisons  comme  lui,  sans  imiter  la  plupart  des  visiteurs,  qui 
préfèrent  l'entrée  placée  dans  l'aile  droite.  Au  pied  de  l'escalier  de 
marbre,  si  beau,  si  majestueux,  et  qui  prépare  si  bien  l'oeil  aux  merveilles 
prochaines,  on  a  placé  le  buste  de  LouisXIV  par  Warin.  Les  salles  voisines 
du  rez-de-chaussée,  connues  sous  le  nom 
d'appartements  du  dauphin,  ont  été  récem- 
ment restaurées  et  décorées  d'oeuvres  d'art 
par  les  soins  de  M.  de  Xolhac,  conservateur 
dumusée.  Defortbellesœuvresysontexpo- 
sées  :  voici  la  statue  de  >îapoléon  I"'',  l'une 
desstatues,  pour  mieux  dire,  qui  surmontè- 
rent la  colonne  Vendôme  ;  puis  les  salles 
dites  des  résidences  royales,  dont  les  murs 
sont  couverts  de  toiles  du  xvii=  et  du 
xvni"  siècle  représentant  les  châteaux 
royaux;  l'attention  est  retenue  devant  le 
tableau  n"  763  :  le  château  de  Versailles 
en  1668,  c'est-à-dire  tout  à  fait  à  l'origine 
des  grands  travaux.  Plus  loin,  des  salles  dé- 
corées dans  le  meilleur  si  yle  contiennent  les 
admirables  portraits  des  filles  de  Louis  XV 
par  Nattier,  le  beau  portrait  de  Dangeau 
par  Rigaud,  la  superbe  tapisserie  des 
Gobelins  représentant  les  traits  de  Louis  XV 
d'après  Van  Loo,  les  bustes  en  marbre 
de  Diderot  par  Iloudon,  de  Voltaire  par 
Pigalle,  d'autres  portraits  encore,  signés 
Largillière  et  Michel  Van  Loo.  Ces  salles 


LA    MAISON    DES    JAKDIES,    A    VIL  I.Ii-D' AV  R  A  Y. 


étaient  autrefois  garnies  de  por- 
traits médiocres,  et  d'une  .authen- 
licit«  nulle,  de  maréchaux  des 
siècles  passés,  qui  cachaient  des 
boiseries  charmantes,  exécutées 
en  174".  On  les  a  relégués  dans 
les  résen-es  que  consliluent  les 
attiques  du  palais;  ils  ne  les 
quitteront  sans  doute  plus. 

L'escalier  de  marbre  conduit 
aux  appartements  de  LouisXIV; 
ils  ocrijpent  tout  le  premier 
étage  de  la  partie  centrale  du  pa- 
lais ;  c'est  là,  et  là  seulement  dans 
l'édilice,  qu'il  faut  évoquer  les 
souvenirs  du  siècle  de  Louis  XIV. 
L'ne  suite  de  salons  les  entoure, 
les  encadre.  Ce  sont  :  à  gauche, 
la  salle  du  sacre,  la  salle  des  gar- 
des, l'antichambre.  le  salon  et  la 
chambre  de  la  reine,  le  salon  de 
la  paix;  à  droite,  les  salons  de 
Diane,  de  Mars,  de  Mercure, 
d",\pollon  et  de  la  Guerre.  Il  faut 
renoncer  à  énumérer  les  tableaux  qui  les  ornent,  et  dont  beaucoup  ont 
une  notoriété  universelle  :  Nojioléon  distribnatU  les  aigles  à  rarinée.  par 
David  ;  la  Bataille  de  Reic/nlio/fen,  d'Aimé  Morot  ;  la  Bataille  de  CUampigny, 
d'Alphonse  deXeuville;  la  Fête  du  Centenaire  des  Étals  généraax  à  Versailles 
en  1SS9,  de  Roll,  toile  maintes  fois  reproduite,  où  les  personnages 
ligures  aux  premiers  plans  sont  des  portraits  d'hommes  politiques, 
de  littérateurs,  d'artistes. 

Le  salon  de  rijivil-de-bœuf  (il  doit  ce  nom  à  une  ouverture  ovale  qui 
y  est  pratiquée)  précède  la  chambre  du  roi.  Il  faudrait  la  plume  de 
Saint-Simon  pour  décrire  ce  qu'il  vit  d'intrigues,  de  flatteries,  de 
bassesses,  d'émotions  joyeuses  ou  poignantes,  tant  qu'il  fut  l'anti- 
chambre royale.  Et  cette  chambre  à  coucher  de  Louis  XIV'.  Les  plus 
sceptiques  ne  peuvent  se  défendre  d'un  sentiment  où  la  curiosité  prend 
la  forme  du  respect,  lorsqu'ils  se  trouvent  en  présence  du  lit  même, 
heureusement   retrouvé   dans   nous   ne   savons   quel   garde-meuble. 


,^.     iH     • 


VUE    GE.NKliALE    DU    l'ALAlS    DE   VEKSAILLE 


DE    XIAKBRE. 


où   le  roi  coucha,  où  il  mourut! 

Le  salon  suivant  est  le  salon  d  . 
Conseil,  par  lequel  on  accède  dan- 
la  galerie  des  glaces,  qui  règne  sui 
toute  la  longueur  du  bâtiment  cen- 
tral, en  façade  sur  les  jardins,  splen- 
dide  dans  sa  simplicité  même. 

Tels  sont,  rapidement  décrits,  les 


210 


PARIS- ATLAS 


ijrands  appartements  royaux  qu'habi- 
tèrent Louis  XIV  et  sa  cour.  Ils  ne  leur 
survécurent  pas,  c'est-à-dire  qu'après 
cette  période  de  splendeurs  éblouis- 
santes, la  royauté  parut  se  sentir  im- 
puissante à  en  ouvrir  une  autre  qui  pût 
lui  être  égale,  et  elle  se  retira  dans  ce 
que  l'on  nomme  «  les  petits  apparte- 
ments ».  l'ne  porte  s'ouvrant  dans  le 
salon  du  Conseil  donne  accès  à  ceux  de 
Louis  XV;  ils  se  composent  d'une  série 
de  salons  bordant  à  droite  la  cour  de 
marbre.  Dans  le  premier,  un  panneau 
vitré  cache  un  judas  secret  que  Louis  XV 
avait  fait  pratiquer  et  d'où,  sans  être 
vu,  il  pouvait  voir  qui  entrait  dans  le 
clu'iteau  ou  en  sortait.  C'est  de  là  qu'il 
vit,  d'un  oeil  sec,  partir  le  cortège  fu- 
nèbre de  M"°  de  Pompadour.  Puis, 
viennent  les  appartements,  plus  mo- 
destes, mais  décorés  d'exquises  boise- 
ries, oii  demeura  M'"'=  Adéla'ide. 

Au-dessus  sont  ceux  de  M™^  du  Barry, 
qui  servirent,  lorsque  l'Assemblée  na- 
tionale siégeait  à  Versailles,  à  l'habita 
tion  du  colonel  commandant  la  garni- 
son spéciale  du  château.  L'un  d'eux, 
peu  soucieux  des  souvenirs  du  passé, 
auxquels    on    devrait    toujours   avoir 

égard,  même  quand  il  s'agit  d'une  du  Barry,  fit  percer  des  murs, 
installer  des  sonnettes,  en  un  mot  transforma,  en  le  modernisant  bour- 
geoisement, le  logis  où  un  roi  avait  parfois  été  cacher  son  prestige. 

Quelques  marches  encore,  et  l'on  se  trouve  dans  de  petites  pièces 
dénudées  et  pauvres,  des  «mansardes»  au  sens  propre  du  mot.  L'une 
d'elles  n'a  pour  tout  ameublement  qu'un  fourneau,  mais  c'est  un 
meuble  éminemment  historique  ;  c'est  la  forge  de  Louis  XVI.  La  passion 
du  roi  pour  la  serrurerie  faisait  un  peu  sourire  les  courtisans  et 
hausser  les  épaules  à  Marie-Antoinette;  aussi  avait-il  cherché  le  coin  le 
plus  modeste  et  le  plus  retiré  du  château  pour  s'y  livrer.  Ajoutons  que 
ce  n'est  pas  à  cette  forge-là  que  se  rattache  l'épisode  du  serrurier  Gamain 
et  de  la  tentative  d'empoisonnement  dont  il  aurait  été  l'objet  pour  l'em- 
pêcherde  révéler  par  la  suite  les  secrets  d'État;  si  le  fait  a  eu  lieu,  ce  à 


PARC    DU    PETIT    TUIA.NON 


en  A.MliKli 


quoi  l'on  ne  croit  plus  guèreaujourd'hui, 
c'est  aux  Tuileries  qu'il  se  serait  passé. 
Les  petits  appartements  de  Marie- 
Antoinette  occupent  dans  l'aile  gauche 
des  bâtiments  qui  bordent  la  cour  de 
marbre  le  même  emplacement  que 
ceux  que  nous  venons  de  parcourir 
dans  l'aile  droite.  On  y  accède  soit  par 
la  galerie  des  glaces,  soit  par  la  salle  de 
l'CKil-de-bœuf.  C'est  une  série  de  bou- 
doirs, décorés  de  façon  exquise,  la 
chambre,  le  petit  salon,  le  cabinet  de 
Marie-Antoinette,  tout  remplis  de  mé- 
lancolie, et  où,  malgré  leur  charme,  on 
comprend  que  la  reine  s'ennuyât,  car 
la  vue  qu'ils  ont  sur  une  cour  intérieure 
est  singulièrement  triste  et  maussade. 
Aussi  avec  quelle  joie  les  quittait-elle 
le  plus  souvent  possible  pour  son  cher 
Trianon,  baigné  de  lumière,  enveloppé 
de  verdure!  Et  quelle  épouvante  elle 
dut  y  avoir,  dans  la  sinistre  matinée 
du  6  octobre  1789  :  le  palais  envahi  par 
une  foule  furieuse,  le  cri  retentissant  : 
Où  est  la  reine?  Sauvez  la  reine  1  L'in- 
fortunée se  réfugia  auprès  du  roi.  La  pre- 
mière heure  du  martyre  avait  sonné. 
Nous  avons  visité  toute  la  partie  cen- 
trale du  palais.  La  promenade  pour- 
tant est  loin  d'être  achevée.  Deux  ailes,  longues  chacune  de  plus  de 
lOO  mètres,  s'en  détachent,  parallèles  à  la  façade,  et  constituent  la 
majeure  partie  du  musée.  L'aile  gauche  contient  les  tableaux  repré- 
sentant les  événements  militaires  du  pays ,  dans  l'ordre  chronolo- 
gique. Ils  sont  signés  de  noms  illustres  :  Fragonard ,  Heim,  baron 
Gérard,  Horace  Vernet,  Devéria,  Philippoteaux.  L'aile  droite  comprend 
d'abord  la  chapelle,  isolée  entre  deux  cours;  elle  ne  se  rattache  au 
château  que  par  la  tribune  supérieure  opposée  au  chœur.  C'est,  nous 
l'avons  dit,  l'œuvre  de  Mansard,  et  c'est  en  même  temps  un  chef- 
d'œuvre  de  proportions  et  de  décoration.  Au  delà,  s'étendent  deux 
galeries  parallèles  consacrées  à  l'histoire  de  France,  l'une  de  peinture, 
l'autre  de  sculpture;  elles  aboutissent  à  l'ancienne  salle  de  spectacle, 
construite  sous  Louis  XV  par  Gabriel,  et  qui,  en  I8~l,  di-vinl  la   salle 

des  séances  de  l'Assemblée 
nationale,  puis  du  Sénat  jus- 
qu'i-n  1880  (pour  la  visiter  il  faut 
sortir  du  château  et  y  rentrer  par 
la  rue  des  Réservoirs).  Au  centre 
de  la  grande  galerie,  perpendicu- 
lairemenlà  elle,  s'ouvrentlessalles 
des  combats  d'Afrique,  de  Crimée 
et  d'Italie.  C'est  là  que  se  trouve 
l'immense  el  fameux  tableau  d'Ilo- 
r.ii-c  Vernet  :  la  Prisr  de  lu  smalah 
iCAbd-el-Kiidcrni  18i;i. 

Symétrii|ueraent  à  la  salle  des 
séances  du  Sénat,  s'ouvre,  dans  la 
lue  Ganibilla,  au-dessous  de  la 
glande  aile  des  batailles,  la  salle 
di'  la  Chambre  des  députés,  dont 
la  Constitution  de  1875  reiulail  la 
consiruclion  nécessaire.  Depuis 
que  les  deux  Chambres  .sont  ren- 
Irées  à  Paris,  elle  sert  poui-  leurs 
réunions  en  Congrès;  c'esl  là  (|ue 
les  représentants  de  la  nalion  éli- 
sent le  président  de  la  Hépubli- 
<pie.  On  la  nomme  salle  du 
Congrès. 

Par  son  l'Iiinlue,  par  l'harnnmii; 
cb-  se>  piopurlions,  |iar  les  beautés 
n.ihirelles  e|  artistiques  qu'il  ren- 
lerme,  le  parc  <'st  digne  du  clià- 

le.iu.  iNous  (lirons  mè |n'on  in^ 

peut  pas  se  l'imaginer  aulrenient 
.pii'  je  Nêiire  l'a  conç\i  avec  un 
g.piil  (onsommé,  un  sentiment  par- 

lail   de  l'har lie.   Sous   l'amieu 

régime,  on  en  faisait  plus  de  cas 
que   du  cluUeau   lui-même;    tout 


Al.Als    HK    V1:k>A11.1,1'..- 


ENVIRONS    DE    PARIS 


211 


étranger  de  marque  rmi 
vi'nait  à  Versailles  ('•lait 
invité  à  le  visiter  dans  tous 
ses  détails;  c'est  ce  qu'on 
appelait  la  promenade  des 
ambassadeurs,  qui  durait 
quatre  heures  et  compor- 
tait un  parcours  de  8  kilo- 
mètres. 

En  avant  de  la  façade 
centrale,  s'étend  une  large 
terrasse  que  six  marches 
séparent  des  premiers  par- 
ternes.  Dans  une  poésie 
célèbre,  Musset  avait  mal 
compté,  lorsqu'il  parle  de 
trois  marches  de  marbre  rose. 

Devant  cette  terrasse, 
sont  les  deux  bassins  qui 
constituent  le  parterre 
d'eau;  au  delà,  est  le  bas- 
sin de  Latone,  qui  exis- 
tait déjà  au  temps  de 
Louis  XIII,  et  fut  creusé  à 
nouveau  en  170o.  Du  bas- 
sin de  Latone,  on  se  rend 
à  celui  d'Apollon  par  le 
fameux  Tapis  vert,  long 
de  335  mètres,  et,  au  delà 
du  bassin  d'Apollon,  com- 
mence le  grand  canal,  long 
de  1,550  mètres,  coupé  en 
forme  de  croix  par  deux 
bras,  le  bras  de  la  Ména- 
gerie à  gauche,  le  bras  de 
Trianon  à  droite.  Des  fe- 
nêtres de  la  galerie  des  glaces,  Louis  XIV  aimait  à  y  voir  évoluer  des 
gondoles  vénitiennes;  elles  étaient  au  nombre  de  quatorze,  manœuvrées 
parde  véritables  Vénitiens,  pour  lesquels  on  construisit,  à  droite  et  nu 
delà  du  bassin  d'Apollon,  les  bâtiments  de  la  petite  Venise. 

Celte  merveilleuse  perspective,  se  développant  sur  3 kilomètres  de 
longueur,  ne  correspond  qu'à  la  façade  principale  du  palais;  aux 
deux  ailes  latérales,  et  en  proportion  avec  elles,  correspond  la  série 
des  bosquets  et  parterres  qui  donnent  au  parc  le  charme  de  la 
rêverie  et  de  la  solitude.  Du  côté  gauche,  il  faut  citer  la  salle  des 
Marronniers,  l'île  Hoyale,  les  quinconces  de  la  Girandole,  la  salle  de 
bal,  et  ce  trop  fameux  bosquet  de  la  Reine,  témoin  de  la  scandaleuse 
et  toujours  mystérieuse  afi'aire  du  Collier;  enfin,  l'Orangerie,  qu'il 
vaut  mieux  voir  d'en  bas,  pour  admirer  le  majestueux  développement 
de  ses  doubles  rampes,  dites  des  104  marches.  Au  delà  de  l'Orangerie, 
et  en  réalité  hors  du  parc,  est  la  pièce  d'eau  des  Suisses, 
creusée  en  1687  par  les  soldais  d'un  régiment  suisse. 

Du  côté  droit,  se  voient  le  bosquet  des  Dômes,  les  bassins 
de  l'Encelade,  de  l'Obélisque  et  de  la  montagne  d'Eau,  les 
quinconces  du  Dauphin,  le  bassin  d'Apollon,  la  fontaine  de 
Diane,  le  bosquet  de  l'Arc  de  Triomphe  et  le  bassin  de  Neptune, 
auquel  les  grands  arbres  et  les  bosquets  voisins  font  un  cadre 
si  merveilleux. 

Un  système  très  ingénieux  d'alimentalion  hyilr.iulique  rclii' 
entre  eux  ces  innombrables  bassins,  et,  pendant  la  belle  sai- 
son, les  grandes  eaux  jouent  un  dimanche  sur  deux.  C'est  un 
spectacle  féerique. 

Les  Trianons.  —  Lue  ligne  de  tramways  électriques 
conduit  aux  Trianons  par  une  route  |)leine  d'ombrages,  longeant 
l'enceinte  septentrionale  du  parc.  Le  grand  Trianon  s'élève 
précisément  à  hauteur  du  bras  du  canal  qui  porte  son  nom. 
Au  moyen  âge,  il  y  avait  là,  nous  l'avons  dit,  une  jiaroisse, 
mais  elle  ne  se  composait  plus  que  de  rares  maisons  quand 
Louis  XIV  eut  la  fantaisie  de  s'y  faire  construire  une  maison  de 
campagne  où  il  se  délasserait  des  solennités  de  Versailles.  Il 
fut  donc  aisé  d'indemniser  les  habitants  et  de  faire  lihue  nette. 
Une  année  —  l'année  1670  —  suflit  à  édifier  le  premier 
Trianon,  qui,  au  dire  de  Saint-Simon,  était  «  une  maison  de 
porcelaine  à  aller  faire  des  collations  ».  Maison  de  porcelaine 
est  pris  ici  au  jiropre  et  ne  signifie  pas  maison  de  verre,  mais 
bien  un  castel  dont  toute  la  décoration  est  faite  de  porcelaine 
et  de  panneaux  en  stuc  blanc.  Elle  devait  être  charmante  ainsi, 
cette  maison  que  les  courtisans  appelaient  aussi  le  palais  do 
Flore,  la  maison  du  Soleil.  Cela   n'empêche  qu'en  1687,  le 


'^^r^ffi^'-^tiifcStoi 


LES    BAIN. S    D'APOLLO.N. 


monarque  en  eut  assez,  qu'il  appela  Mansard,et  lui  ordonna  de  rebâtir 
à  la  même  place  un  palais  dont  il  lui  indiqua  lui-même  l'aspect  et  les 
proportions. 

C'est  le  grand  Trianon  actuel,  mais  nous  n'avons  pas  gagné  au 
change,  car  les  lignes  sévères  et  compassées  de  celui-ci  ne  saui-aient 
valoir  la  grâce  mignarde  et  inattendue  du  premier. 

Quant  au  Petit  Trianon,  il  eut  pour  architecte  Gabriel,  en  176G.  Il 
était  donc  encore  tout  neuf  quand,  en  1774,  Louis  XVI  l'oflrit  à  la 
reine.  Voici  comment  les  Mcnioires  dits  de  Bachaumont  racontent 
le  fait  :  ic  La  reine  étant  dauphine  avait  témoigné  son  désir  d'avoir 
une  maison  de  campagne  à  elle,  où  elle  pût  faire  ce  qu'elle  vou- 
drait. Sa  Majesté,  qui  en  était  instruite,  lui  a  dit,  il  y  a  quelques 
jours:  «Madame,  je  suis  en  état  de  satisfaire  à  présent  votre  goût.  Je 
«  vous  prie  d'accepter  pour  votre  usage  particulier  le   grand   et  le 


rti,  a>-  M,  J.'--s 


i.A    ii:kmi-:  ve  tkianon. 


212 


PARIS- ATLAS 


PALAIS    DU    GRAND    TRIANO 

«  petit  Trianon.  Ces  beaux  lieux  ent  toujours  été  le  S(''jour  des 
«  favorites  des  rois;  conséquemment  ce  doit  être  le  vôtre.»  La  reine 
a  été  très  sensible  à  ce  cadeau  et  surtout  au  compliment  galant  par  où 
roffre  en  a  été  terminée.  Elle  a  répondu  au  roi,  en  riant,  ([u'elle  acceptait 
le  petit,  à  condition  qu'il  n'y  viendrait  rpie  lorsqu'il  y  serait  invilé.  >. 

Les  deux  palais  sont  ouverts  au  public,  ainsi  que  leurs  jardins. 
On  y  a  réuni  des  meuldes,  des  por- 
traits, des  souvenirs  de  tout  genre 
se  rapportant  à  Louis  XVI  et  à  Marie- 
Anloinette.  On  y  visite  le  théâtre, 
une  chapelle  que  fit  bâtir  Louis- 
Plii lippe,  une  salle  oiisont  groupées 
des  voitures  de  gala  ayant  servi  dans 
des  cérémonies  solennelles.  L'ex- 
ciirsion  est  des  plus  recommandn- 
bles;  disons  même  qu'elle  est  le  i-oni- 
plêmeut  indispi'usahle  du  voyai;r  dr 
Versailli's. 

La  ville,  elle,  oITre  ])eu  d'ali- 
ment à  la  curiosité.  Versailles, 
qu'on  ne  l'oublie  pas,  n'existait  pas 
avant  le  château.  11  est  vrai  que, 
dès  que  Louis  XIV  eut  décidé  dru 
faire  sa  résidence  ordinaire  et  h' 
siège  môme  de  la  royauté,  hôtels 
particuliei's  et  maisons  de  tout  giMu  i- 
sortirent  de  terre  comme  par  en- 
chantement. Il  en  fut  là  de  même  que 
dans  toutes  les  villes  neuves;  les 
rues,  bien  alignées,  s'entre-croisè- 
rent  géométriquement,  à  angles 
droits,  ou  observèrent  entre  elles  les 
lois  du  parallélisme.  Trois  avenues 
fort  larges  et  plantées  d'arbres  vin- 
rent converger  sur  la  place  du  châ- 
teau :  les  avenues  de'  Paris,  de  Saint- 
Cloud  et  de  Sceaux  {(■cA.lc  dernière 
perd  de  sa  majesté  dans  Versailles 
môme,  où  elle  se  termine  en  im- 
passe). Les voieslesplus  importantes  sont,  du  côté  du  Nord  (gare  de  la  rive 
droite):  le  boulevard  île  la  Heine,  les  rues  Duplessis,  d'Angivilliei-, 
de  la  Paroisse,  la  rue  et  la  place  lloche,  la  rue  des  Uéseivoirs;  du 
côté  du  Midi  (gares  des  Chantiers  et  de  la  rive  gauche),  les  rues  des 
Chantiers,  Saint-Martin,  de  Saloi-y,  de  l'Orangerie,  Gambetta,  l'ave- 
nue Tliiers. 

H  y  a,  tout  proche  di-  la  rue  de  Satory  et  de  l'avenue  de  Sceaux, 
une  rue  dite  du  Vieux-Versailles.  C'est,  en  effet,  dans  ces  pa- 
rages que  la  poi)ulation  versaillaise  avait   commencé   ;i    si'  grouper. 


I.IO    l'KTIT    TUIANON. 


au  temps  de  Louis  XIll; 
là  encore,  que,  dans  une 
rue  modeste,  la  rue  du 
Jeu-de-Paume,  une  mo- 
deste salle  de  jeu  de  paume 
eut  l'honneur  de  servir  de 
lieu  de  réunion,  le  20  juin 
1789,  aux  députés  du  tiers 
i''tat,  qui  y  prêtèrent  l'inou- 
Idiable  serment  que  l'on 
sait.  Le  public  est  admis 
à  la  visiter.  Ce  quartier  est 
aussi  celui  du  trop  fa- 
meux Parc-aux-Cerfs,  que 
Louis  XIV  avait  voulu  assai- 
nir matériellement  en  fai- 
sant creuser  la  pièce  d'eau 
des  Suisses,  mais  auquel 
l.ouis  XV  a  laissé  le  plus  fâ- 
cheux rencun  de  coi'ruptiiui 
morale. 

11  y  avait  pourtant  posé,  le 
17  juin   1743,  la  première 
pi.Ti'e    de    l'église    Saint- 
Louis  (cathédrale  deiuiis  la 
création  de  l'évêché  de  Ver- 
sailles), église  destinée  à  remplacer  l'ancienne  chapelle  de  Saint-Julien. 
Le  monument  fut  livré  au  culte  le  24  août  1754.  Il  est  d'une  déplorable 
architecture. 

L'église  Notre-Dame,  de  l'autre  côté  de  la  ville,  dans  la  perspec- 
tive dr  la  place  Horlie,  lui  l'Iait  antérieure  de  trois  quarts  de  siècle, 
liien  que  construite  par  MansanI,  son  style  n'en  est  pas  plus  heureux; 
c'est  un  édifice  lourd  et  trapu 
comme  l'église  Saint-Louis.  A  des- 
sein, bien  prohahlement,  Louis  .\IV 
n'eût  pas  toléré  dans  la  ville  des 
monuments  d'allure  altière,  pou- 
vant dominer  son  château.  Tous 
h's  édifices  puhlics  de  Versailles 
paiaissenl  d'ailleurs  s'inspirer  de 
ei'tle  altitude  d'Iiumililé;  il  faut. 
cepeuilant,  faire  exception  pour 
le  nouvel  hôtel  de  ville,  recon- 
shuit  di'  1898  à  1900,  et  cette 
eX(eption  n'est  pas  en  sa  faveur. 
l.e  eanqianile  trop  élevé  qui  le  sur- 
monte fait  le  plus  mauvais  efl'et  au 
niiliiai  du  cadre  de  verdure  <|ue 
les  arbres  des  avenues  font  au  châ- 
teau ;  il  semble  placé  là  !oul  exprès 
|Hiur  montrer  conihien,  enarchitec- 
lure,  l'art  de  jilaire  aux  yeux  esl 
délicat  et  quel  tact  il  exige. 

Nous  signali'i-ons  eiilin  à  Ver- 
sailles la  statue  de  Hoche,  univre 
<le  Lemaire,  érigée  en  1830  dans 
le  S(|uare  de  la  place  Mo,  lie.  Klli^ 
porte  celte  inscri|>tion  :  "  lloche, 
né  à  Versailles  le  24  juin  1768, 
soldat  à  seize  ans,  général  en  chef  à 
vinL't-i'inq,  inoi-l  à  vingl-neul',  paci- 
Ih  .iinir  (le  1,1  \.ihl.'i-.'" 

Saint-Cyr-l'École.  A  1  Uilo- 
mèlic  de  rextrémili''  du  jiarc  île 
Versailles  est  situé  Sainl-Cyr,  fini 
sérail  sans  doute  resté  un  simple  village,  si,  en  1G85.  M'""  di'  iMain- 
tenoii  n'y  avait  installé  la  lélélui'  maison  où  deux  ei^nl  cini|uanti' 
jeunes  filles  nobles,  mais  pauvres,  étaient  élevées,  et  (|ue  Itaeine 
aurait  sulli  à  rendre  célèhre  en  y  faisant  icprésenter  Enthcr  et  Alhalw. 
La  communauté  fut  supprimée  en  1772;  la  Révolution  déiruisit  <'n 
partie  les  bâtiments.  Kn  1808,  Napidéon  ('■'y  installa  l'Kcide  spéiiale 
mililaiii^  qui,  depuis  six  ans,  avait  son  siège  à  l'onlainehleau.  V.Wr  y 
est  resiée  diqiuis.  Sainl-Cyr  a  été  la  pé|iinière  de  nombreux  (dliciers 
(|iii  ont  pmti'  vaiU.ininienl  le  drapeau  de  la  f'ranee. 


VERSAILLES 


'.<.P 


kNV^> 


''K: 


CaJfJJU^  âeJ>ia7ic      -  -  - 
..2d        ctaJ^ant  du  Jour 
Ivn£MJJi£  dfJA  Pt'^'I  '^^^ 
La  CABCAde   -    ,'  - 

.     :d     -  .  .C's-^a   ,  .     - 
1/1  , Sa^dPOJ-  -    -  - 


I 


A  !  f ,: 


D 


BrcLy  de'  la^  Ménagerie. 


u 


*^lâ 


Bras    de    Tr^iajton 


m: 


-^^^ — n'".'"""'™"~ 


"A"^ 


^ 


— StaJid-iJlu — JLaJ-l 


<^ 


Fitce      d  eau     des     Smsses 


,  1.   ■■B9bS»"  GfTWtm\'i.\ i  \ i  ', f' 


y  /4-/Jftf  *>&■'■       / 


E9"*|«ll£î-^ 


if^Jïi- 


PARIS- ATLAS 


LA    FOKÉl    DE    S  Al.N  T-GERM  AIN ,    VUE    DU    PARC. 


COURBEVOIE.  -  NANTERRE    -  RUEIL.  -  LA   MALMAISON.  -  BOUGIVAL. 

SAINT-GERMAIN.  —  MAISONS-LAFFITTE. 

ACHÈRES.  -  POISSY.   -    MANTES.    -  GARCHES.  -  VAUCRESSON.    -  MARLY.  -  ARGENTEUIL. 


A  légion  qui  s'i'toiul  au  Nord  Je  Versailles  et  à 
l'Ouest  de  Pari.s  n'est  pas  moins  pittoresque  et 
i'ilie  que  celle  qui  vient  d"être  décrite.  On  y 
nncontre,  de  même,  des  sites  enchanteurs,  de 
vMStes  surfaces  boisées,  et  un  charme  de  plus, 
celui  des  courbes  si  gracieuses  que  forme  la 
Siinc  entre  Saint-Denis  et  Poissy. 

Saint-Germain  peut  être  considéré  comme  li' 
centre,  ou,  si  Ton  préfère,  le  point  de  dépaii 
d'excursions  qui,  de  toutes  façons  et  de  tons 
côtés,  sollicitent  le  promeneur,  suivant  qu'il  préfère  les  monuments  et. 
les  souvenirs  du  passi',  ou  la  paix  des  grands  bois  silencieux,  ouïes  rives 
animées  du  lleuve,  ou  les  magniti([ues  j)anoramas  dont  l'œil  ne  se 
détache  qu'à  regret. 

Plusieurs  routes  mènent  de  Paris  à  Saint-liiMinain.  .V  ceux  que  le 
temps  ne  presse  pas,  nous  recommanderons  eelh'  tlu  tramway  qui  part 
de  la  place  de  l'Étoile.  C'est  d'ailleurs  la  route  hisloriiiue;  nous 
l'avons  trouvée  déjti  dans  le  VIII^  arrondissement  sous  le  nom  de  rue 
du  Faubourg-dii-lloule  (aujourd'hui  du  Faubourg-Saint-Honoré^  ;  elle 
traversait  Neuilly  (avenue  du  Roule)  avant  (pie  l'avenue  de  Neuilly 
n'ait  été  ouverte  ilans  l'axe  du  pont  de  Neuilly,  que  Perronet  acheva  de 
construire  en  1772. 

Le  pont  franchi,  on  entre  sur  le  territoire  de  Courbevoie,  à  droite, 
de  Puteaux  à  gauche;  la  route  s'élève  en  pente  douce  jusqu'au  som- 
met du  [il.ileau  et  aboutit  à  un  rond-point  oii  se  dresse  le  beau  monu- 
ment de  Barrias,  le  groupe  de  la  Défense  tk-  Paris.  De  là,  en  tournant 
à  gauche,  d'abord,  i>uis  à  droite,  on  passe  au  |ii.'d  du  versant  oriental 
du  mont  Valérien  et  l'on  arrive  peu  après  à  Nanterre.  gros  bourg  vil- 
lageois, où  les  cultivateurs  sont  les  plus  nombreux,  mais  où  les  bour- 
geois de  Paris  ont  pris  l'habiliulc  de  villégiaturer;  Nanterre  est  une 
localité  très  anciennement  habitée;  son  nom  d'origine  gauloise  suffit 
à  l'attester.  Sainte  (Jeneviève  y  naquit  en  'i22;  les  habitants  montrent 
avec  orgueil  sa  maison  natale  et  un  puits  où  la  tradition  veut  qu'elle 

Paius-Ati.as. 


ait  été  souvent  puiser,  d'où  les  principes  miraculeux  attribués  à  son 
eau.  .Vu  surplus,  cet  aimable  pays  a  hérité  de  toutes  sortes  de  traditions 
qui  ont  rendu  son  nom  célèbre  ":  les  rosières  de  Nanterre,  les  pompiers 
de  Nanterre,  les  gâteaux  de  Nanterre.  Qui  sait  si,  quelque  jour,  la 
légende  ne  s'attachera  pas  aussi  au  nom  de  Francisque  Sarcey,  qui  fut 
bourgeois  et  citoven  de  Nanterre  jusqu'à  sa  mort? 

Un  kilomètre  plus  loin  se  trouve  la  limite  des  deux  déparlemenls  de 
la  Seine  et  de  Seine-et-Oise.  On  entre  sur  le  territoire  de  Rueil.  C'est 
une  jolie  ville,  de  près  de  dix  mille  habitants,  située  sur  la  rive  gaucli.- 
di>  la  Seine,  manufacturière  et  militaire  (Rueil  possède  une  casern 
d'artillerie)  du  côté  de  Paris,  rustique  dans  sa  partie  centrale,  aristo- 
cratique et  fort  élégante  par  les  villas  qui  bordent  la  roule  de  baini- 
Cermain.  L'église,  dont  la  première  pierre  fut  posée  en  lo8i,  merii 
d'être  visitée  •  on  v  voit  les  tombeaux  en  marbre  de  Joséphine  Taschei 
de  La  Paierie  et  de  sa  tille  Hortense  de  Reauharnais.  l  ne  impératrice 
de  France,  une  reine  de  Hollande  dormant  leur  dernier  sommeil  dans 
cette  calme  bourgade,  n'est-ce  pas  là  une  des  fantaisies  que  le  hasard 
fournit  volontiers  à  l'histoire  ?  Ces  sépultures  sont  belles;  elles  sont 
l'.euvre,  la  première,  du  sculpteur  français  Cartellier,  la  seconde,  d  un 
artiste  tlorentin,  Rartolini.  Sous  le  second  Empire,  des  messes  solen- 
nelles étaient  dites  dans  l'église  de  Rueil  les  jours  anniversaires  Je  la 
mort  des  deux  souveraines;  aujourd'hui,  ces  dates  passent  inaperçues. 

La  roule  s'.-nfonce  sous  la  verdure;  elle  passe,  à  gauche,  devant 
l'ancien  parc  de  Bois-Préau,  et  atteint  un  carrefour  auquel  la  station 
du  iramwav  donne  son  nom  :  la  Malmaison.  C'est  la  qu  il  faiil 
.initier  le  cranJ  chemin  pour  prendre,  à  gauche,  une  jolie  allée  J.> 
vieux  platanes.  Dix  minutes  à  peine  suftisent  pour  arriver  devant  . . 
-rille  du  château,  fameux  pour  avoir  été  le  témoin  de  la  grandeur,  pu 
de  la  lin  de  l'épopée  napoléonienne.  .Vu  moyen  âge,  c  était  un  mauoi! 
asse?  sinistre,  d'où  son  nom.  mnla  Jomu^,  apparlenast  à  I  abbaye  .!■ 
Saint-Denis,  qui  le  louait  quand  elle  pouvait.  Le  site  était  plus  pilb;- 
re^que  encore  qu'aujourd'hui,  mais  la  maréchaussée  ne  prolegeaK 
qu'insullisamment  les  habitants.  Sous  Louis  XIIF,  le  voisinage  de  la 


214 


PARIS- ATLAS 


maison  de  campagne  que  le  cardinal  de  Richelieu  avait  à  Rueil 
fit  que  le  séjour  de  la  Malmaison  fut  ti-fs  recherché.  Des  magis- 
trats,  des   financiers    roccupèrent.   La  terre   appartenait  à  la 
famille   Le    Couteulx    du    Moley    quand   éclata  la    Révolution. 
En   1798,  Joséphine  de   Beauharnais,  M™*   Bonaparte,    la   leur 
acheta  et  la  transforma  par  maints  embellissements.  Elle  voulait 
en  faire  une  résidence  de  repos,  où  Bonaparte  aimerait  à  se  dé- 
lasser des   fatigues   de  la  campagne   d'Egypte.  Pouvait-elle  se 
douter  alors  que  la  Malmaison  allait  devenir  le  château  d"été  du 
premier  consul,  de  l'empereur!  Car  Napoléon  aima  tout  de  suite 
cette  demeure  et  continua  à  l'aimer  lorsqu'il  se  fut 
enivré  de  toutes  les  gloires,  et  ce  fut  aussi  le  temps 
de  la  gloire  pour  la  Malmaison.  Par   les  soins  de 
Joséphine,  le  parc,  alors  très  vaste, 
fut  orné  des  arbres  les  plus  beaux; 
des  serres  s'y  élevèrent,  renfermant 
des  plantes,  rares  entre  toutes,  à  ce 
point   que   leur   description  occupe 
deux  gros  volumes  in-folio,  fort  rares 
aussi,  les  Jardins  de  la  Malmaison,  pu- 
bliés en  1803  et  1804. 

Il  semble  qu'il  y  ait  un  lien  entre 
les  hommes  et  les  choses,  entre  la 
fortune  de  l'Empire,  celle  de  José- 
phine et  celle  du  domaine  dont  nous 
parlons.  Après  le  divorce,  l'étoile  de 
N'apoléon  commença  à  pâlir.  José- 
phine, outragée  et  abandonnée,  se 
confina  dans  la  solitude,  et  la  Malmai- 
6on  rentra  dans  le  silence.  Napoléon 
n'y  i-evint  plus  qu'une  fois,  et  quelles 
pensées  durent  l'assaillir  en  revoyant 
ces  lieux  où  il  avait  connu  tous  les 
bonheurs!  C'était  le  29  juin  1815  : 
Joséphine  morte  depuis  un  an,  l'ab- 
dication qu'il  venait  de  signer,  les 
alliés  se  rapprochant  de  Paris,  la 
(limleur  du  présent,  l'incertitude  de 
l'avenir.  C'est  de  là  que,  confiant 
dans  la  générosité  anglaise,  il  partit 
pour  Sainte-Hélène.  La  guerre  de 
1870,  désastreuse  aussi  pour  toute 
cette  région,  a  fait  disparaître  du 
])arc  une  dalle  en  pierre  sur  la- 
quelle était  gravée  cette  inscription,  touchante  dans  sa  concision  : 

DERNIER   PAS   DE  NAPOI.KOX 
PARTANT   POUR  ROCHEFOUT 
LE  2'l  JUIN  181.0 
A    QUATRE    HEURES    APRÈS-MUjI. 

Depuis  lors,  la  Malniaison  passa  par  beaucoui)  di-  |iro|iriélairi'S, 
illustres  ou  obscurs.  Son  beau  parc  était  morcelé,  mais  le  château  resté 
diboutlors(|ue,  en  1896,  un  amateuriicbe  autant  ([u'éclairé,  M.  Osiris,  l'a 
acheté  pour  le  reconstituerainsi  qu'il  devait  être  il  y  acent  ans,  et  cette 


ij 


LE    HJIÏS    DE    SAIISTE-GENKVIÉVK,    A    KANTEKKE, 


noble  œuvre  accomplie,  oITrir  ainsi  à  l'Étal  un  incomparable 
musée  du  premier  Empire.  La  donation  a  eu  lieu,  en  effet,  au 
cours  de  l'année  1900. 

Au  delà  du  carrefour  de  la  Malmaison,  la  route  se  rapproche 
de  la  Seine,  qu'elle  côtoyé  un  peu  avant  les  premières  maisons 
de  Bougival.   Bougival  !  Il  y  a  quinze  ans,   ce  nom  évoquait 
mille  images  gracieuses  de  yachts,  yoles,  périssoires  et  autres 
bateaux,  de  gais  canotiers,  de  baignades  en  pleine  eau  à  la  Gre- 
nouillère. La  bicyclette   et  l'automobilisme   ont  fait   tort  aux 
ébals  nautiques,  mais  l'aimable  bourg  n'y  perd  rien,  car  le  nou- 
veau  sport  y   attire  tout   autant  de  promeneurs. 
L'église,  sur  la  hauteur,  a  un  beau  clocher  roman 
du  xu'  siècle,  et  l'intérieur,  malgré  bien  des  res- 
taurations, atteste   encore  qu'il  date 
du  siècle  de  saint  Louis. 

Marly-Ia-Machine,  que  l'on  ren- 
contre au  bout  de  quelques  minutes, 
est  un  hameau  de  la  commune  de 
Bougival,  en  dépit  de  son  nom.  Quant 
à  son  surnom,  il  s'explique  de  lui- 
même  :  là,  en  effet,  s'élève  la  ma- 
chine créée  pour  fournir  l'eau  à  Vei'- 
sailles  et  à  Marly.  C'est  dans  les 
dernières  années  du  xvii=  siècle  qu'elle 
lut  construite,  grâce  à  l'ingéniosité 
d'un  ouvrier  charpentier  de  Liège, 
Rennequin  Sualein.  Voici  quel  en  était 
le  principe  :  une  chute  d'eau  de 
3  mètres  mettait  en  mouvement  qua- 
torze grandes  roues  installées  dans 
la  rivière,  comme  celles  d'un  moulin  ; 
ce  mécanisme  actionnait  toute  une 
série  de  pompes,  près  de  trois  cents, 
qui  aspiraient  l'eau  et  l'attiraient  jus- 
qu'au point  culminant,  la  tour  de 
l'aqueduc  de  Marly,  d'où,  par  l'im- 
pulsion ac((uise  et  la  pente  naturelle 
du  sol,  elle  était  conduite  par  une 
canalisation  souterraine  à  Versailles. 
Cet  aqueduc,  bâti  à  la  romaine,  s'aper- 
çoit de  tous  les  points  environnants; 
à  demi  caché  au  milieu  des  arbres, 
il  produit  le  plus  heureux  eiïet. 
Sous  le  premier  Empire,  la  ma- 
chine de  Marly  fut  transformée  :  on  y  applicpia  la  vapeur;  mais, 
depuis,  en  18b4,  la  force  hydraulique  a  été  de  nouveau  utilisée.  Cin(( 
roues  pourraient  fonctionner  sans  interruption  et  produin;  chacune 
un  débit  moyen  de  16,000  mètres  cubes  d'eau  par  vingt-quatre  heures, 
mais  deux  ou  trois  seulement  sont  en  service  régulier.  Ajoutons  que 
l'eau  n'est  pas  celle  — fort  peu  tentanic  —  de  la  Seine;  elle  iirovient 
d'une  nappe  située  au-dessous  du  lit  de  la  rivière  et  est  exemiite  de 
toute  souillure. 

La  machine  est  sihiée  à  ini-i  lieinin  entre  Bougival  et   Port-Marly. 
Voilà  un  nom  qui  peut  paraître  bien  ambitieux  :  un  peut  sur  ce  bras 


,l;OJIE    hli    bAI.ME-UE.M.N  il.\  J;,    A    .NAMLKia;. 


VLI-;  iJE  i.A  l'uMi')':  A  ii:l'  iij;  maim.v. 


ENVIRONS  DE   PARIS 


215 


de  laSciiiiî,  on  ;i  ruirlii-ue  peine  à  le  Irouver  riiijoiiiiriini  ;  rn;iis  jadis,  sous 
Louis  XIV,  quand  il  s'at^'il  de  construire  le  cluUeau  de  Marly,  il  fut  vrai- 
ment nécessaiie  iiour  li'  (li'ljarquement  des  matiC-riaux,  et  [ilus  tard  pour 
recevoir  les  a[)[>rovi>;ioiinenients  que  la  pri'^sencc  du  roi  remlait  néces- 


TOMBEAU    nu    LA    REINE    HORTENSE.    A    RUEIL. 


saires.  Port-Marly  doit  à  son  heureuse  situation  de  s'être  développé, 
non  sur  la  rivière,  mais  du  côté  de  Marly.  C'est  là,  en  effet,  que  la  route 
de  Marly  rencontre  celle  de  Saint-Germain;  là,  par  suite,  qu'est  la  Lil'ur- 
cation  des  deux  lignes  de  tramways. 

ÎNous  monterons  tout  à  l'heure  à  Marly  ;  continuons  notre  chemin 
vers  Saint-Germain.  De  plus  en  plus,  le  trajet  demeure  agréable;  bien- 
tôt la  route  s'élève,  commence  à  dominer  la  vallée  de  la  Seine  qui 
décrit  une  large  courbe  vers  le  Nord.  Ce  charmant  château  que  l'on 
voit  à  gauche,  accroché  pour  ainsi  dire  au  liane  de  la  colline,  c'est 
Monte-Cristo,  une  «  folie  »  d'Alexandre  Dumas,  folie  dans  les  deux 
sens,  car  elle  absorba,  dit-on,  les  230,000  francs  que  lui  avait  rap- 
portés son  fameux  roman,  et  il  fallut,  plus  tard,  la  revendre,  sans 
bénélice. 

Déjà,  on  atteint,  toujours  en  montant,  les  lucniièrrs  maisons  do 
Saint-Germain  :  voici  des  casernes,  le  pavillon  Henri  IV,  des  maisons 
bourgeoises,  la  statue  de  M.  Thiers,  œuvre  de  Mercié,  élevée  en  1880. 
devant  la  façade  Sud  du  château,  le  château,  enfin,  lui-même,  dont  la 
façade  principale  s'ouvre  sur  la  grande  place,  vis-à-vis  de  l'église. 

Saint-Germain-en-Laye.  —  Parmi  les  forèls  qui,  au  temps  les 
plus  anciens,  couvraient  presque  entièrement  le  sol  ih's  environs  i\<- 
Paris,  celle  de  Laye  était  une  des  plus  importantes.  Son  nom,  Liihi. 
figure  pour  la  première  fois  au  ix"  sièrle  dans  un  inventaire  des  posses- 
sions de  l'abbaye  parisienne  de  Snint-Germain-des-Prés  ;  il  y  est  dit 
que  l'abbaye  possède  environ  trois  lieues  de  circonférence  dans  celte 
forêt. 

Le  roi  Robert  fit  élever  .sur  le  sommet  de  la  colline  une  église  que 
l'on  dédia  à  saint  Vincent  et  à  saint  Germain,  église  dont  les  parois- 
siens furent,  à  l'origine,  des  vignerons  de  la  côte  et  des  bûcherons  de 
la  forêt.  Telle  est  l'origine  de  Saint-Germain-en-l,aye. 

La  position  était  militairement  trop  avantageuse  pour  que  les  pre- 
miers Capéliens,  toujours  menacés  par  leurs  barons,  n'aient  pas  songé 
à  l'occuper  en  y  construisant  un   château  fort.  Il  existait  déjà  sous 


Louis  ]i-  Gros,  qui  en  a  daté  des  actes.  Rien  n'est  resté  de  cet  édifice, 
qualifié  palais,  si  ce  n'est  peut-être  les  foss'-s  et  les  substructions.  La 
partie  la  plus  ancienne  du  château  actuel  est  la  Sainte-<Jhapelle,  qui 
date  de  saint  Louis.  On  la  voit  du  dehors, sur  la  face  méridionale;  elle 
a  été  habilement  restaurée  et  est  très  agréable  à  voir. 

La  façade  de  l'Ouest,  où  est  l'entrée,  avait  été  déshonorée  par  la 
construction,  sous  Louis  XIV,  d'un  bâtiment  massif,  qui  disparaît  en 
ce  moment,  de  façon  à  rendre  au  monument  l'unité  d'aspect  qu'il 
avait  au  xvi'  siècle,  car,  dans  son  ensemble,  il  esirœu%Tede  François  I", 
it  n'est  pas  l'un  des  moins  intéressants  parmi  ceux  dont  ce  roi,  ami 
de  l'architecture,  a  doté  notre  pays. 

C'est  par  la  façade  septentrionale  prenant  jour  sur  les  quinconces  de 
la  terrasse  qu'il  faut  juger  et  goûter  cette  architecture.  Larl  de  bâtir, 
sous  François  I"",  était  si  souple,  avait  tant  de  variété,  que  le  château 
de  Saint-Germain  ne  ressemble  ni  à  Blois  ni  à  Fontainebleau,  ni  à 
Chambord,  ni  aux  autres  du  même  temps,  et  c'est  peut-être  aussi 
celui  dont  le  style  est  le  plus  français.  Le  mélange,  jjresque  toujours 
heureux,  de  la  brique  et  de  la  pierre  en  estune  cause;  nous  envoyons 
une  autre  dans  le  maintien  des  procédés  qu'avait  employés  l'archi- 
tecture précédente,  celle  du  xv»  siècle,  où  l'ogive  régnait  en  maî- 
tresse. 

L'œuvre  ne  parait  pas  complète.  Henri  H  ordonna  la  construction 
d'un  châleau  sur  le  bord  extrême  de  la  colline;  c'est  ce  qu'on  appelle 
II-  château  neuf,  que  Henri  IV  devait  achever.  Il  n'en  reste  plus  aujour- 
d'hui qu'un  pavillon,  classé  d'ailleurs  comme  monument  historique. 
mais  encastré  dans  les  bâtiments  de  l'hôtel  qui  a  retenu  le  nom  de 
pavillon  Henri  IV,  et  où  mourut  M.  Thiers.  Ce  pavillon,  où  se  donnent 
aujourd'hui  d'opulents  festins,  n'était,  dit-on,  autre  chose  que  la 
chapelle  du  château  neuf,  et  c'est  là  que  Louis  XIV  aurait  été  baptisé. 

La  ville  de  Saint-Germain  revendique,  en  effet,  l'honneur  d'avoir 
vu  naître  le  grand  roi.  Elle  obtint  de  Louis  .\VIU  des  armoiries 
représentant  un  berceau  accompagné  de  la  date  de  naissance  :  3  sep- 


TOMBEAU    DE   L'IMPÉRATRICE  JOSÉPHINE,   A   RUEIL. 


lembre  1638.  C'est  dire  qu'elle  ne  gardait  pas  rancune  au  roi  q^ui  a\-ai 
délaissé  si  complètement  son  pays  natal  pour  lui  préférer  Versailb-s. 
On  a  dit  et  redit  à  ce  sujet  que  Louis  XIV  avait  pris  le  chiitean  d-- 
Saint-Germain  en  haine  parce  que  de  ses  fenêtres  il  pouvait  voir  les 
llèches  de  la  basilique  de  Saint-Denis,  qui  évoquaient  en  lui  la  pensée 
de  la  future  .sépulture.  Est-il  bien  vrai  qu'il  pût  les  voir?  Et  à  l'âg.-  où 


MT. 


PARIS -ATLAS 


VUE   DE    LA    SEINE     AU    PECQ. 

il  conimonça  à  faire   bâtir  Versailles  —  environ  vingt- 
cinq  ans  —  songe-t-on  déjà  tant  à  la  mort? 

Lé  motif  est  douteux,  mais  le  fait  est  certain.  Le 
château  abandonné  devint  en  1682  l'asile  du  roi  d'An- 
gleterre, Jacques  II,  qui  y  mourut  en  1701.  Ensuite, 
il  devint  le  siège  de  la  capitainerie  des  chasses  ;  puis, 
après  1789,  successivement  prison,  école  de  cavalerie, 
caserne,  pénitencier  militaire.  On  peut  juger  par  là  à 
quelles  dégradations  le  malheureux  édifice  se  trouva 
exposé. 

Enfin,  un  décret  du  8  novembre  1862  prescrivit  qu'il 
serait  affecté  à  un  musée  gallo-romain.  Il  a  conservi' 
cette  destination  ;  en  même  temps,  la  restauration  du 
château  était  confiée  à  l'habile  direction  de  M.  Millet, 
qui  entreprit  de  le  restituer  tel  qu'il  était  au  temps  de 
sa  s])lendeur.  Depuis  la  mort  de  M.  Millet,  suivenuc 
en  1879,  ses  successeurs  ont  poursuivi  ruMivr<;  com- 
mencée ;  c'est  maintenant,  pour  l'achever,  l'alfaire  de 
quelques  années  à  peine. 

Officiellement,  le  musée  de  Saint-Germain  se  nomme 
musée  des  antiquités  nationales.  Il  reçoit  tous  les  ob- 
jets qu'on  a  pu  recueillir  depuis  l'époque  la  plus 
reculée  jusqu'au  règne  de  Charlemagne.  Le  ]iulilic  y 
est  admis  :  1°  le  dimanche,  de  dix  heures  et  demie  à  quatre  heures; 
2"  le  mardi  et  le  jeudi,  de  onze  heures  et  demie  à  cinq  heures,  en  été, 
à  quatre  heures  en  hiver.  Seuls,  les  travailleurs  autorisés  y  ont  accès 
le  mercredi,  le  vendredi  et  le  samedi. 

Les  collections  sont  disposées  dans  six  salles  du  rez-de-chaussée  et 
vingt-six  de  l'entresol,  du  premier  et  du  deuxième  étage.  Un  catalogue 
analytique  en  a  été  dressé  avec  une  grande  érudition  par  M.  Salomon 
Reinach,  membre  de  l'Institut  et  conservateur  adjoint.  Nous  lui  em- 
prunterons la  plupart  des  indications  qui  vont  suivre  sur  les  richesses 
que    l'archéologii!    ('t    l'anlbropologii'    cniiiiilcnt     h     Saint-tiiMiuain. 


M  .NI    tiUli.M  AIN. 


Après  avoir  franchi  le  vestibule  où    se  voient  des   moulages 
de  bas-reliefs  de  la  colonne  Trajane  et  de  l'arc  de  triomphe  de 
Constantin,  on  pénètre  dans  la  cour  du  château,  où  s'accuse 
mieux    qu'à   l'extérieur    la   disposition    inattendue    des  cinq 
façades.   L'entrée  du  musée  est  à  gauche.  Voici  encore,  dans 
les  deux  premières  salles,  des  moulages  empruntés  aux  deux 
monuments  que  nous  venons  de  nommer,  consacrés  à  la  gloire 
de  ïrajan  ;  le  centre  de  la  seconde  est  occupé  par  une  iiirogue 
yaubiise    trouvée  dans  le  lit  de  la  Seine,  à  Paris.    Dans  les 
salles    suivantes    sont,    notam- 
ment, des  moulages  de  l'arc  de 
triomphe  d'Orange. 

L' entresol  comporte  huit 
salles.  On  y  voit  des  reproduc- 
tions de  colonnes  milliaires  ro- 
maines, c'est-à-dire  marquanlla 
(lis  tance  d'un  mille  (soi  tl,481™,o0) 
le  long  des  routes;  ce  sont  les 
aïeules  vénérables  de  nos  bornes 
kilométriques;  puis,  de  nom- 
breux documents  épigraphiques 
iilatifs  aux  légions  romaines  et 
à  leur  stationn<'ment  sur  les 
frontières  de  la  (iaule  ;  des  tom- 
beaux gallo-romains,  urnes  dft 
métal  ou  de  verre,  destinées  à 
(nntenirles  cendres  des  morts, 
(lu  bien  tombes  de  plomb,  de 
brique,  de  pierre;  puis  des  mou- 
liges  d'enseignes  gauloises,  re- 
présentant des  artisans,  des  voi- 
turiers,  des  chasseurs,  etc. 

Il  y  a,  de  même,  huit  salles 
au  premier  étage.  Les  trois  pre- 
mières sont  consacrées  à  l'âge 
(11-  pierre,  au  temps  où  l'homme 
ignorait  l'usage  des  instruments 
(Il  métal.  <i  t'.o  qu'on  ne  savait 
|MS  il  y  a  cinquanle  ans,  dit 
M.  S.  li'riiiach,  cl  rr  qui  a  été 
déliiiilivriuciil  éliilili  M'i's  181)0 
par  les  travaux  de  lioucher  de 
Pertbes  et  de  l.artet...,  c'est  qu'à 
l'époque  où  le  mammoulh  et  le 
rhinocéros  buvaient  dans  la 
Seine,  un  grand  nombre  de  dizaines  de  siècles  avant  J.-C,  l'homme 
vivait  et  se  multipliait  à  côté  de  ces  redoutables  voisins.  La  salle  I  est, 
comme  la  démonstration  de  cette  vérité,  une  des  plus  belles  conquêtes 
scientifiques  du  xix=  siècle.  On  y  voit  les  outils  en  pierre,  en  os  et  en 
corne  dont  se  servait  riiomnie  primitif...,  les  traces  qu'il  a  laissées 
tantôt  à  la  surface  du  sol,  tantôt  dans  les  sables  des  rivières  et  dans 
les  cavernes  où  il  cherchait  un  refuge  ;  les  rares  ossements  de  l'homme 
qu'on  peut  attribuer  à  cette  période  éloignée,  à  côté  de  ceux  des 
animaux,  ses  coïileinpoiaius  ;  enfin,  les  jiremiers  essais  d'un  art  naïf 
qui  se  complaisait  à  gravcu-  sur  l'os  ou  sur  Li  corne  des  dessins  au  trait, 
parfois  d'une  exactiluib^  surprenante.  » 

Dans  les  salles  suivantes  se  voient,  très  nombreux  encore,  les  instru- 
ments de  pierre  employés  parles  Gaulois:  haches,  llèches,  pics,  objets 
de  poterie,  etc.,  et  des  réductions  ou  des  dessins  de  dolmens  et  do  men- 
hirs. Les  premiers,  on  b:  sait,  ayant  la  forme  d'allées  couvertes,  étaient 
alfectés  aux  sépultures;  les  menhirs  étaient  des  redonnes  man|uanl 
remplacciiieiil  d'un  loiiilieau,  ou  élevées  en  (diiimi'iiioriilioii  d'un  fait 
inqioi'tant. 

l'uis  vient  (salle  ,\lll)  l'exiiosilion  di'S  objets  gaulois  Irouvis  dans  les 
fouilles  d'Alise-Sainte-lîeine  (Côte-d'Oi),  la  fameuse  Alcsin,  dont  l'em- 
placement a  été  tant  controversé  mais  est  maintenant  certain,  et  où 
Viucingétorix 's'immortalisa  par  sa  résistance  aux  légions  romaines. 
Les  salles  XIV-XVII  conliennent  des  spécimens  de  la  céramiipie,  de  la 
veirerie  et  des  bronzes  de  l'épixpu!  romaint\  Les  salb^s  du  ileuxiènie 
étage  ne  son!  pas  moins  inléi'essanles.  On  y  a  réuni  di'  iiombii'UX  ves- 
tiges jirovenant  d'habilalions  lacusli'cs,  c'est-à-dire  établies  sur  des 
lacs,  qui  ont  fourni  d(!S  ossemiMits  d'hommes  et  d'animaux  domes- 
tiques, des  fruits,  des  outils  de  ])ierre,  idc.  Les  vitrines  des  salles  sui- 
vantes conlienn('nt  des  arnn'S  gauloises  en  bronze,  di'S  jioteries,  des 
bijoux  ]ii'ovenanl  de;  sépultures  sous  lutinili  el  des  néciopoles  de  la 
Marne;  enfin,  toule  ime  série  d'ainics,  de  monnaies  et  de  bijoux  de 
l'éiioipie  mérovingienne. 

D(!vant  le  château  s'élève  l'église^  paroissiale.  j'Iii^i'iirs  l'ois  leiou- 
struite  di'pnis  Louis  \1V  v[  ado-véi'  sciilriiinil  -oiis  Cliailrs  \.  idie  est 


Phot.  l'iinl  liol 
FACE   EST  DU  CHATEAU    DE   SAINT-GERMA 


ENVIRONS    DE    PARIS 


217 


LA    TERRASSE    DE    S  A  I.\  T-(J  ER  M  AIN  -  E  \  - 1- A  YE. 


un  triste  échantillon  d'architecture  religieuse,  encore  qu" elle  ait  coûté 
plus  Je  500,0CU  francs.  Saint-Germain  n'offre  pas,  d'ailleurs,  d'édilices 
intéressants,  à  l'exception  du  château;  celui-ci  vu,  le  charme,  la  répu- 
tation de  la  ville  résident  tout  entiers  dans  la  terrasse  et  la  forêt  qui 
la  continue. 

I.a  terrasse  est  la  plus  belle  promenade  des  environs  de  Paris.  ElLî 
fut  construite  en  1076  par  LeXôtre,  ce  qui  prouve,  soit  dit  en  passant, 
que  les  gens  du  xvii=  siècle  n'étaient  pas  aussi  indifférents  qu'on  l'a 
prétendu  aux  beautés  de  la  nature.  Longue  de  3  kilomètres,  elle  com- 
mence au  pavillon  Henri  IV  pour  se  terminer  à  la  grille  royale,  et  l'on 
peut  affirmer  que  nulle  part  on  ne  rencontrerait,  suivant  le  mot  de 
l'énelon,  spectacle  fait  plus  à  souhait  pour  le  plaisir  des  yeux.  Le  pano- 
rama est  aussi  étendu  que  varié.  A  droite,  l'horizon  est  fermé  par  les 
hauteurs  de  Marly  et  de  Bougival,  couronnées  de  bois  ;  aux  pieds  du 
promeneur,  le  large  ruban  argenté  de  la  Seine,  coulant  vers  la  gauche 
et  enveloppant  la  forêt,  qu'après  une  longue  évolution  vers  le  Nord 
elle  va  retrouver  à  Poissy,  après  avoir  passé  par  Maisons,  Andrésy  et 
Contlans-Sainte-Honorine,  où  elle  reçoit  l'Oise.  Sur  la  pente  même  de 
la  colline  s'étayent  les  maisons  du  Pecq,  relié  à  la  terrasse  par  un 
ascenseur,  et,  de 
l'autre  côté  de  la 
rivière,  le  parc  co- 
quet que  traverse 
la  ligne  du  chemin 
de  fer,  et  où  se 
cachent  dans  la  ver- 
dure les  innombra- 
bles villas  du  Vési- 
net  ;  plus  à  gauche, 
on  dislingue  le  pont 
do  Maisons,  Fran- 
conville,  Sannois. 

La  vénérable  forêt 
de  Laye,  aujour- 
d'hui dite  de  Saint- 
Germain,  est  une  de 
celles  que  la  civili- 
sation envahissante 
a  le  plus  respectées 
aux  environs  de 
Paris.  Sa  superficie 
isl  de  plus  de 
i,OCO  heclares,  que 


n'interrompt  presque  aucun  défrichement.  Aux  temps  passés,  elle  s'éten- 
dait, sous  le  nom  de  forêt  d'Iveline,  jusqu'aux  frontièrt-s  du  pays  char- 
train,  en  se  confondant  avec  les  forêts  de  Marly  et  de  Rambouillet. 
Aujourd'hui,  elle  couvre  la  rive  gauche  de  la  Seine  sur  une  longueur 
de  2  lieues,  entre  Saint-Germain  et  Maisons,  puis  sur  une  distance 
égale  jusqu'à  Poissy,  en  y  comprenant  la  région  voisine  d".\chères,  où 
les  déboisements  se  sont  malheureusement  multipliés.  Sa  profondeur  est 
moindre  ;  elle  n'est  que  de  4  kilomètres,  de  l'Est  ù  l'Ouest,  entr- 
Saint-Germain  et  Poissy.  La  route  qui  relie  ces  deux  villes  (c'est  tou- 
jours celle  de  Paris  à  Cherbourg)  est  desservie  par  un  tramway  à  vnpeu! 
qui,  traversant  toute  la  forêt,  permet  d'y  faire  sans  fatigue  une  fort 
agréable  excursion.  Ceux  qui  aiment  à  errer  à  l'aventure  <'  sous  le> 
grands  bois  sourds  »  préféreront  s'y  engager  pédestrement,  et,  suivant 
leur  fantaisie,  gagner  Maisons,  .\chères  ou  Poissy.  A  chaque  carrefour 
—  il  n'y  en  a  pas  moins  de  cent  quarante  —  se  trouvent  des  poteaux 
indicateurs  fort  précis. 

A  peu  de  distance  de  la  grille  royale,  où  se  termine  la  terrasse,  s'élève 
le  cliàteau  du  Val.  C'étaiU  au  xvi»  siècle,  un  rendez-vous  de  chasse: 
Louis  \1V  en  fit   un  joli  manoir;  depuis  la  Uévolulion,  il  est  devenu 

propriété    parlicu  - 


Si  l'on  prend  l.i 
route  de  Pontoise. 
on  rencontre,  à 
3  kilomètres  d' 
Saint-Germain,  la 
célèbre  maison  de> 
Loges,  isolée  en 
pleine  forêt.  Sou 
origine  remonte  an 
moyen  âge.  l'n  roi. 
on  ne  sait  lequel, 
avait  eu  l'idée  d' 
se  faire  bâtir  dan> 
celte  solitude  un 
petit  castel,  ù  côlr 
luquel  était  un.. 
l'hapelle  dite  d- 
Saiut-Fiacn;,  but  de 
processions  et  de 
pèlerinages.  Ces 
bâtiments  tom- 
baient en  ruine  à 


2i8 


PARÎS- ATLAS 


la  lin  du  xvr  siècle:  c'est  alors  que  ([iiel- 
ques  ermiles  appartenant  à  Tordie  de 
Saint-Augustin  obtinrent  de  Henri  IV  la 
permission  de  les  occuper  et  de  les  res- 
taurer. Favorisés  parla  dévotion  d'Anne 
d'Autriche,  ils  y  prospérèrent  jusqu'à  la 
Kévolution.  C'est  en  1811  que  Napo- 
léon I"''  âlîecta  la  maison  des  Loges  à 
l'établissement  d'une  maison  d'éduca- 
tion où  seraient  instruites  les  filles  des 
membres  de  l'oràre  de  la  Légion  d'hon- 
neur, et  en  fit  une  succursale  de  celles 
de  Saint-Denis  et.d'Ecouen. 

La  tradition  du  pèlerinage  de  Saint- 
Fiacre  ne  s'est  pas  perdue;  elle  s'est 
transformée.  Chaque  année,  le  premier 
dimanche  de  septembre  et  les  trois  jours 
qui  suivent,  a  lieu  la  fête  champètie  des 
Loges,  très  assidûment  fréquentée  par 
les  Parisiens,  encore  qu'elle  ne  se  dis- 
tingue que  par  le  cadre  de  la  banalité 
habituelle  aux  divertissements  forains. 
Cette  oasis  de  verdure,  de  calme,  d'étude, 
de  pureté  virginale  est  alors  étrange- 
ment envahie;  il  est  fort  heureux,  di- 
sons-le bien  vite,  que  ce  soit,  pour  les 
jeunes  pensionnaires,  le  tenqis  des 
vacances. 

Maisons-Lafïitte  se  nomme  officiel- 
lement iMaisons-sur-Seine,  mais  l'admi- 
nistration est  restée  impuissante  à  faire 
adopter  ce  vocable  par  le  public.  On  ne 
s'explique  pas,  d'ailleurs,  puisqu'il  y  a 
à  Paris  une  Tue  Laffitte,  pourquoi  elle 
ne  voudrait  pas  reconnaître  le  célèbre 
financier  de  Louis-Philippe  comme  par- 
rain do  l'aimable  colonie  de  Parisiens 
qu'il  a  bien  réellement  créée.  Le  chemin 

de  fer  de  Paris  à  Mantes  par  Poissy  y  a  une  station,  ce  qui  a  beaucoup 
contribué  à  l'accroissement  de  la  population  de  Maisons,  dont  l'iiistal- 
latiun  d'un  hippodrome  a  légèrement  modifié  le  caractère  et  les  habi- 
tudes. Le  château,  construit  par  Mansard,  a  une  belle  ordonnance,  qui 
s'admire  surtout  de  la  rive  droite  de  la  Seine. 

Achères  est  la  station  suivante  du  chemin  de  fer  de  Normandie, 
station  Iles  importante  :  car  les  lignes  de  Pontoise,  d'une  part,  et  de 
Cr.iiiilf  Ci'inture,  d'autre  part,  y  rejoignent  la  ligne  piincipale.  Le  vil- 
lai;.'  n'aurait  (|ue  très  peu  fait  parler  de  lui  sans  les  démêlés  qu'il  a 
eus,  de|)uis  1889,  avec  la  Ville  de  Paris  pour  la  question  d'épandage 
des  eaux  d'égout.  Et  il  est  assez  plaisant,  en  eftet,  que  la  capitale 
veuille  enricliii'  malgré  eux  des  villageois  (|ui  n'ont  cessé  de  protester 
conlr(^  l'empoisonnement  dont  ils  se  disent  victimes.  L'expérience  a 
été  faili',  puurtanl.  h  CriinevillicM's,  et  de  façon  viiioriense,  que  les 
ti'rres  ainsi    fécondées   ont    un   riMidenii-nt   bien    iiii'illi-ur,  sans    que 


ASCENSEUR    DE 


l'étal  sanitaire  des  habitants  en  soit  le 
moins  du  monde  compromis. 

Les  travaux  ont  été  achevés,  et  l'irri- 
gation des  champs  a  commencé  le  7  juil- 
let 1893.  La  dépense  n'a  pas  été  moindre 
de  10  millions  et  demi  pour  construire 
une  usine  et  le  siphon  par  lequel  l'aque- 
duc passe  sous  la  Seine  entre  Clichy  et 
Asnières  ;  —  pour  l'usine  de  Colombes  cl 
lepont-aqueducqui  traverse  une  seconde 
fois  la  Seine,  cette  fois  au-dessus  du 
fleuve,  à  Argenleuil;  —  pour  le  siplion  qui 
la  lui  fait  traverser  une  troisième  fois  à 
llerblay;  —  et  enfin,  pour  franchir  le 
ravin  de  la  Frette  sur  un  pont  en  arcades, 
long  de  80  mètres. 

Poissy  partage  maintenant  avec  Saint- 
Germain  une  importance  que  jadis  il  était 
seul  à  avoir  dans  la  région.  C'était  le 
chef-lieu  du  Pincerais.  Parce  que  les 
pêcheurs  à  la  ligne  s'y  sont  de  tout 
temps  montrés  nombreux,  certains  éty- 
mologistes  en  ont  conclu  que  son  nom 
avait  une  affinité  directe  avec  le  mot 
poisson.  Il  n'en  est  rien:  de  très  an- 
liens  textes,  oii  le  lieu  est  mentionné 
en  latin,  donnent  la  preuve  que  ce  fut, 
à  l'origine,  le  domaine  d'ini  personnage 
gallo-romain  nommé  Passius  ou  Pexius. 
Aucun  vestige  n'est  resté  du  château 
que  les  rois  de  France  y  avaient  au 
moyen  âge  et  où  naquit  saint  Louis.  Sa 
construction  devait  dater  du  ■  même 
temps  que  l'église,  qui,  elle,  nous  a  été 
heureusement  conservée;  ses  deux  clo- 
chers, de  style  roman  du  xn°  siècle,  lui 
donnent  l'air  d'une  cathédrale;  le  chœur 
est  du  même  style,  particulièrement 
intéressant  ici,  car  il  marque  la  transition  entre  les  procédés  d(^  cons- 
liuction  romani;  et  ogivale.  La  nef  et  ses  bas-côtés  apparliendraient  à 
la  même  épociue  s'ils  n'avaient  pas  subi,  postérieurement  aux  xV  et 
xvi«siècles,  d'importantes  modifications,  et  notamment  l'adjonclionde 
chapelles  latérales.  Cette  belle  église  a  conservé  comme  une  i'elit[ue 
linéiques  fragments  dos  fonts  baptismaux  où  fut  apporté'  saint  l.nuis  à 
sa  naissance. 

Les  touristes  archéologues  ont  enrr.re  à  voir  à  Poissy  le  vieux  p'Uit, 
si  pittoresque  avec  ses  vingt-quatre  arches  inégales,  quelques  vestiges 
des  anciennes  fortifications  de  la  ville,  et  la  maison  de  campagne  de 
Meissonier.  Le  ])eintre  célèbre  de  la  liixr  y  passai!  l'i^'lé  deimis  près  ilo 
trente  ans  quand  la  mort. le  frappa  au  ciiiiiineiiceiiuiil  de  rauui''e  1891. 
On  lui  doit  plusieui's  vues  charmantes  de  Poissy.  li  n'y  a\ait  que 
l'embarras  du  choix,  car  les  rives  de  la  Seine,  sont  rarenu'nt  plus 
jolies  qu'en  aval  du  pont  de  Poissy. 

IS'ous  ne  iiarlerons  iir.e  pour  nn'moire  de  la  maison  eenlrale  île  ,|é. 


Hiot.  iliclii 

.S.\I.NT-GERMAI.\. 


U.N   VESTIlil.l.K    DU    CII.MEAL    DE    .M  A  1  SU  .N  s- 1.  A  !•  I- 1  1  1  E.  1- A  i;  A  1/ E    i'OMI.  1{  1  E  U  U  E   DU    CHATEAU    DE    M  A  ISON  S-E  A  KI'IT'r  E 


ENVIRONS   DE   PARIS 


219 


tentiun,  instulh;e  dans  un  ancien  cou- 
vent (Je  femmes.  Pour  indispensables, 
luMas!  que  soient  des  établissements  de 
ce  genre,  les  localités  dont  ils  prennent 
le  nom  n'en  considèrent  jamais  le  voi- 
sinage comme  agréable  ni  enviable. 

A  Poissy  commence,  pour  finir  h  Man- 
tes, la  grande  banlieue  de  la  région  de 
rOuest.  Un  moyen  aisé  d'en  goûter  tout 
le  charme  est  de  se  rendre  à  Mantes  par 
la  ligne  de  la  rive  gauche  de  la  Seine  et 
d'en  revenir  par  celle  de  la  rive  droile 
ligne  d'Argenteuil);  il  est  dinicile  de 
déterminer  de  quel  côté  sont  les  points 
de  vna  les  plus  aimables.  Si  l'on  trouve 
l'excursion  un  peu  longue,  nous  recom- 
manderons Celle  de  Poissy  à  Villcnnes 
par  le  bord  de  l'eau  (4  kilomètres)  ou 
encore  celle  de  Poissy  à  Orgeval,  un 
village  situé  dans  une  condition  si  pitto- 
resque qu'elle  lui  avalu  d'être  surnommé 
«  la  petite  Suisse  ».  Orgeval  est  à  6  kilo- 
mètres de  Poissy  et  à  10  de  Saint-Ger- 
main par  la  route  nationale  de  Paris  à 
Mantes,  par  les  Mureaux,  que  personnr 
dans  le  pays  n'appelle  aulrement  que 
«  route  de  quarante  sous  »,  un  sobriquet 
d'origine  encore  incertaine,  dont  les 
érudits  n'ont  pas  dédaigné  de  se  préoc- 
cuper. Par  la  variété  de  leurs  explica- 
tions, ils  ont  du  moins  prouvé  l.i 
richesse  de  leur  inspiration  :  un  mar- 
chand assassiné  sur  la  roule,  et  dont  la 
bourse  ne  contenait  que  quarante  sous; 
—  Louis-Philippe  passant  par  là  et  lais- 
sant échapper  de  son  escarcelle  une 
pièce  de  deux  francs  qu'il  aurait  fait 
rechercher  par  ses  gens  pendant  plu- 
sieurs heures  ;  —  les  terrassiers  qui 
construisaient  la  route,  payés  quarante 

sous  par  jour;  —  les  propriétaires  riverains  taxés  à  quarante  sous  pour 
l'accomplissement  de  la  même  corvée  :  voilà  quelques-unes  des  solu- 
tions niisos  on  avant.  Au  lecteur  de  choisir  ou  de  trouver  mieux. 

Mantes-la-Jolie  vaut,  certes,  une  visite,  sur  la  foi  même  de  son 
sui'nom,  qui  n'est  pas  menteur.  Les  Gaulois  s'étaient  fixés  sur  ce  point 
des  rives  de  la  Seine,  où  l'on  retrouve  à  chaque  instant  des  traces 

de  leur  séjour  : 
armes,  objets 
d'usage  courant, 
ou  sépultures; 
mais  l'histoire 
écrite  de  Mantes 
ne  remonte  guère 
qu'au  temps  des 
Normands.  La 
ville  était  devenue 
prospère  quand 
Guillaume  le 
Conquérant,  mar- 
chant sur  Paris 
pour  se  venger 
d'un  sarcasme  ([ue 
le  roi  de  France 
avait  formulé  à 
l'adresse  de  son 
emlionpoint,  s'y 
arréla  et  la  sac- 
cagea en  I0S7. 
Mais  en  tombant 
di!  cheval  parmi 
les  dé'combres  en 
l'eu,  il  y  fui  blessé 
mortellement; 
pris  de  remords, 
il  ordonna,  au  mo- 
ment de  mourir, 
de  donner  de 
grosses  sommes 
d'argent  pour   la 


!•;  N  1  K  K  !•; 

DU    C1IATE.\U    DE    M AlSOiNS-L.VFriT T E. 


L'EGLISE    NOTRE-DAME,    A    MA.MEi. 


peu  nombreux  étaient  1 
de  ces  plateaux  si 
beaux  dont  les 
bois  dominent  la 
rive  gauche  de  la 
Seine.  La  prc;- 
mière  station, 
Garches,  est  éta- 
blie à  la  lisière 
même  de  la  partie 
du  parc  de  Saint- 
Cloud  qu'on  ap- 
pelle Villeneuve- 
l'Etang.  La  gare  de 
■Vaucresson,  où 
Ion  s'anvie  en- 
suite, esl  installée 
entre  deux  tun- 
nels. Là,  on  fran- 
cliit  la  colline  des 
Bu  tards  où  . 
Louis  XIV  avait 
un  pavillon  de 
cliasse;  non  loin, 
sur  la  gauche,  est 
le  village  de 
Marnes  qui, 
sans  modestie, 
mais  en  toute  vé- 
rilé,  s'est  fait  at- 
Iribuer  le  surnom 
de  «laCoquelle..; 
non  loin  égale- 
ment, le  château 
et  le  parc  de  la 
Marche,  célè- 
bres par  leurs 
courses  d'obsta- 
cles. 


reconstruction  de  l'église.  Ce  n'est,  tou- 
tefois, que  dans  la  secomle  moitié  du 
XII'  siècle  que  fut  réédifiée  l'église  ac- 
tuelle, que  les  Maatais,  dans  leur  en- 
thousiasme, appellent  volontiers  cathé- 
drale, encore  qu'elle  n'ait  jamais  été  le 
siège  d'un  évèclié.  Elle  n'en  est  [»as  moins 
un  très  bel  édifice,  class<;  parmi  les  mo- 
numents historiques. 

On  remarque  encore  à  Manies  l'ancien 
auditoire  du  bailliage,  aujourd'hui  le  tri- 
bunal, dont  la  reconstruction  remonte 
(les  armes  de  France  et  de  Milan  l'alles- 
tenly  au  commencement  du  xv«  siècle: 
—  la  tour  Saint-Maclou,  qui  est  du 
xiV  siècle  ;  —  une  jolie  fontaine  du  temps 
de  la  Renaissance,  et  le  pont  biti  par 
Perronet  en  ITOo,  reconstruit  sur  les 
mêmes  plans  après  la  guerre  de  1870; 
qui  relie  la  rive  gauche  de  la  Seine  où 
s'élève  Mantes,  à  l'Ile  qui  la  sépare  de 
Limay. 

De  Paris  à  Marly.  —  C'est  en  1883 
seulem.Hiit  ()m-  fui  achevée  la  construc- 
tion de  la  lii;ne  ib;  Paris  à  Saint-Germain 
par  Marly  ou,  pour  parler  plus  exacte- 
ment, du  tronçon,  long  de  13  kilomètres, 
qui  se  détache,  au  delà  de  Saint-Cloud, 
de  la  ligne  de  Versailles  pour  se  souder  à 
celle  de  Grande  Ceinture,  au  point  que  l'on 
nommait  alors  le  Joué  d'eau  et  qui  s'ap- 
pelle maintenant  Saint-Nom-La- Bre- 
têche.  Jusque-là,  Marly  n'était  desservi 
que  par  un  omnibus  américain  parlant 
de  Rueil,  transformé  en  tramway  à  va- 
peur le  14  avril  1878. 

Ce  fut  un  émerveillement  que  de  par- 
courir la  nouvelle  ligne;  c'en  est  encore 
un  aujourd'hui,  même  pour  ceux  qui  y 
circulent  souvent;  mais  alors  combien 
Parisiens  qui  se  fussent  égarés  sur  les  pentes 


PORTE    PKINCIl>ALE 
DE    I.  Édl.ISE   NOTRE-DAME,   A  ilANTE- 


220 


PARIS -ATLAS 


De  Vaucresson  ou  de  la 
station  suivante,  la  Celle- 
Saint-Cloud,  qui  dessert 
le  haut  Bougival,  on  peut 
faire  des  excursions  char- 
mantes à  travers  les  bois 
de  Saint-Cucupha,  con- 
tourner le  gracieux  étang 
(|ui  s'y  dissimule  et  re- 
joindre la  Malmaison. 

Voici     maintenant,      à 
droite,  une  échappée  ma- 
gnifique sur  la  vallée  de 
la  Seine,  avec  Saint-Ger- 
main dans  le  fond,  comme 
perspective;  puis,  le  vil- 
lage de  Louveciennes. 
dont  le  nom  seul  rappelle 
le  souvenir  de  la  Du  barry. 
On  passe  à  côté  de  l'aque- 
duc de  Marly,  du  hameau 
de  ^■oisins,  du  Cœur-Vo- 
lant; au  sortir  du  tunnel, 
le  train  s'engage  sur  un 
talus,  puis  sur  un  superbe 
viaduc  haut  de  43  mètres, 
long  de  380,  et,  SOO  métrés 
plus    loin,    s'arrête  à 
Marly-le-Roi.  Il  ne  fau- 
drait pas  croire,  sur  la  foi  de  son  surnom,  que  Marly  date  de  Louis XIV. 
Au  moyen  âge,  et  dès  le  xi'  siècle,  le  bourg  était  déjà  assez  important 
pour  constituer  deux  paroisses,  alors  qu'au  xvi«  siècle  et  depuis  lors, 
une  seule  a  semblé  suftisanle.  I.a  puissante  famille  des  Montmorency 
s'y  était  construit  un  château  fort  ;  elle  y  fit  souche  et  forma  la  branche 
des  Thibaud,  des  Mathieu  et  des  Bouchard  de  Marly.  11  est  vrai,  cepen- 
dant, de  dire  que  la  fortune  de  Marly  est  due  à  Louis  XIV.  Saint-Simon 
a  écrit  là-dessus  une  page  âpre,  in- 
juste même  —  il  est  coutumier  du 
fait  — •  mais   savoureuse   à  plaisir  : 
i<  A  la  fin,  le  roi,  lassé  du  beau  et  de 
la  foule,    se   persuada  qu'il  vouloit 
quelquefois  du  petit  et  de  la  solitude. 
11   chercha  autour  de   Versailles  de 
quoi  satisfaire    ce  nouveau  goût.   Il 
visita  plusieurs  endroits,  il  parcourut 
les    coteaux   qui  découvrent    Saint- 
Germain  et  cette  vaste  plaine  qui  est 
au  bas,  où  la  Seine  serpente  et  ar- 
rose tant  de  gros  lieux  et  de  riches- 
ses en  (juittant  Paris.   On  le  pressa 
de  s'arrêter  à  Luciennes  (Louvecien- 
nes), oiiCavoyc  cutdepuisune  maison 
où  la  vue  est  enchantée;  mais  il  n'- 
pondit  que  cette  heureuse   situalion 
le  ruinerciil,  et  que,  comme  il  vouluit 
un  rien,  il  v(juloit  aussi  une  situatinn 
qui  ne  lui   permît  pas  do   songer  à 
rien    faire.    Il   trouva    derrière    Lu- 
ciennes un  vallon  étroit,  jjrofond,  à 
bcjrds  escarpés,  inaccessihie  i)ar  ses 
marécages,  sans  aucune  vue,  enfermé 
de  collines  de  toutes  parts,  extrême- 
ment à  l'étroit,  avec  un  méchant  village  sur  le  [icnchani  d'une  de  ces 
collines,  (|ui  s'appeloit  Marly.  Cette  clôture  sans  vue  ni  ninycii  din 
avoir  lit  tout  son  mérite. 

«  L'étioitdii  vallon,  où  on  ne  se  pnuvoil  élmdre,  en  ajoula  lii',niiiMi|i. 
Il  crut  choisi)-  un  niinislre,  un  favori,  un  général  d'année,  i'.r  fut  un 
grand  travail  que  de  dessécher  ce  cloaque  de  tous  les  onviruris,  qui  y 
jetoicnt  toutes  leurs  voiries,  et  d'y  apporter  des  terres.  L'erniilage  lut 
fait.  Ce  n'éloiti|ue  pour  y  coucher  trois  nuits,  du  mercredi  au  samedi, 
deux  ou  trois  fuis  l'année,  avec  une  duuzainç  au  plus  de  courlisanscn 
charges,  les  plus  indipensables... 

«  C'est  peu  de  diie  que  Versailles,  lid  qu'un  l'a  vu.  ii'.i  pas  (  uiih- 
Marly.  Que  si  on  y  ajoule  les  dé|)enses  di:  ci'S  (nnlinuels  vuyages,  ipii 
devinrent  enfin  au  nmins  éganx  aux  séjours  di'  Versailles,  siiuviMit 
presque  aussi  nombreux,  et,  tout  à  la  liii  de  la  vii;  du  rui,  le  séjour  le 


VUE   DE    L'ÉGLISE   DE   M  .VK  EIL-M  AR  L  Y. 


VIEUX    MOL'LI.N 


plus  iiiilinaire,  on  ne  dira 
point  trop   sur  Marly  vn 
comptant    par    milliards. 
Telle  fut  la  fortune  d'un 
repaire  de  serpents  et  de 
charognes,  de  crapauds  et 
de    grenouilles,    unique- 
ment choisi  pour  n'y  pou- 
voir dépenser.   Tel  l'ut  le 
mauvois   goût   du   roi    en 
toutes  choses,  et  ce  plaisir 
superbe  do  forcer  la  na- 
ture, que  ni  la  guerre  la 
plus  pesante,  ni   la  dévo- 
tion ne  purent  émousser.  » 
Tout    cela     n'empêche 
qu'au  témoignage  couiiilet 
des   contemporains  Man- 
sard  n'ait   fait   des    mer- 
veilles avec  ce  <•  repaire». 
Hélas!   nous  ne  les  con- 
naissons plus  ([ue  par  la 
gravure.  Abandonné  après 
1715,  livré  à  lui-même  et 
à  l'injure    du   temps,    le 
château  serait  sans  doute 
encore     debout    aujour- 
d'hui   si   un   homme    de 
goût   l'avait  acheté    lors- 
qu'on le  mit  en  vente  comme  bien  national,  en  1796.  Ce  fut  un  sot  qui 
l'acheta,  un  drapier  nommé  Saniel,  qui  le  fit  démolir  pièce  à  pièce, 
pour  y  installer  plus  commodément  ses  machines  à  tendre  les  élolTes. 
Tout  au  bas  du  bourg,  à  l'extrémité  de  la  route  où  s'arrête  le  Irani- 
way,  un  bassin  qui  a  encore  grand  air  est  le  dernier  vestige  du  .Marly 
de   Louis  XIV.  C'est  l'abreuvoir,  qui    fut    construit  en  1098,  décon'' 
d'abord  des  chevaux  de  Coysevox,  puis  de  ceux  de  Cousiou.  Les  deux 
groupes,    nous    l'avons    dit    ailleurs 
coniribuent  inaintenanl  à  l'ornenieiit 
de  la  place  de  la  Concorde. 

L'église,  dédiée  à  saint  Vitior,  no 
remonte,  dans  son  état  aiinel,  qu'à 
1689.  Kilo  ne  présente  aucun  intérêt 
architectural.  Sur  la  place  où  elle 
s'élève,  et  qui  est  au  sommet  du  pla- 
teau, sont  situées  di'iix  propriétés 
fort  belles;  celle  du  fionl  s'appelle 
«  Mes  délices»;  elle  eut  l'iKunu'ur  de 
servir  de  résidence,  pendant  l'été 
de  1893,  au  lu-ésideni  ('..mioiI;  celle 
de  droite,  précédée  d  iine  grille 
nionuuienlale  au  delà  di'  laquelle 
iliiuzo  s|diiux  de  gianil  Inrnient  la 
hiie,  appailicnt  à  Victorien  Sai'doii. 
Aulrelni-i  séjour  de  la  myaulé,  Marly 
es!  (IcM'iiu  il'  --ièi^c  de  l.i  répuliliquc 
(1rs  Irllrrs.  Andir  Th.Miili'l  y  rsl  né 
en  1833;  Sainlim-,  Sandiau  y  nnl 
viMu;  Gecirge  Sand  y  IViMiumla  ; 
Alexandre  Dumas  Mis  v  niouiul. 
,    A    SANNOIS.  I)elaplacederLglisV,n„.ll,Mnlen 

quelilues  Ulinules  1  eulri  r  de  la  Iniil 
<le  Marly,  l'une  des  plus  v.isles  et  des 
niniiis  IVéquenii'es  des  eiivicdiis  de  Paris.  Silloiuu'e  de  rouli'S  de  voilures 
el  lie  senliiM-ssous  bois,  elle  (dVre  les  buts  de  prcmn'nadi's  lesplus  varii's: 
à  l'Ouest,  vers  Saint-Jammesou  Saint-.Xuni-La-Hrelêche  ;  au  .Xord,  vers 
ri;iang-la-Ville,  Mareil-Marly,  Im.uiciui'ux,  les  Fonds-Sainl-Léger. 

Argenteuil  est  la  ilernière  Incalité  iiuporlanle  de  la  hanliiio'  de 
l'Oursl.  C'est  aussi  l'une  drs  plus  anciennes.  Les  arcliéidngiics  \  ..ni 
li<iuvé  plusieurs  vesligi's  inléressanis  de  la  ii\  ilisalinii  autériruir  au 
clirislianisnie  :  un  linodièic  gaulnis,  uio'  all>r  ciuiverle,  des  menhirs. 
i:i  ciiMMue  si  la  Iradilion  avait  vuulu  s'einliaim  r.  sun  église  es  jalniisi! 
de  posséder  la  fameuse  luniqui'  sans  cuulure  de  .li'sus-CInisI,  dmil  l.i 
r-alln-dr.ile  de  Tivves  lui  cmilesle,  d'ailleurs,  éni-igiqui-no'Ul  laullien- 
licilé.  Disons  encore  qu'Jlrlnïsi',  la  célèluv  iiél.uNe  d'Ahélard,  everca 
la  ilignilé  ib'  prieure  d'un  mon.isiéiv  fondé  à  Aigmleuil  au  vn'  .--iècle 
avant  de  devenir  abhesse  du  Paiac  lit. 


ENVIRONS     DE    PARIS 

Iji.:''    ''''-  'J'.ii:-:'  hmJicijJ  !'-■  -'-oc  ^strécaS'Denis        ^     ^r 

^qyvjUers         Vènett- 


^%co-.mtinu.  -.jf-,:lfci' 


tjMeni      ^      „     „         -c^     f 
0/17       Tmpl     \  oNeu  llV 


/ 
l.inncotirt 


Chtivrieres  I  r;  _^  ^^^  h^j-^'- 

l'iMil         MaxPfirr   l'i-'-,    '%^.    •'•'•' 
S       F.J.':t         i.>,y  E 

/'      oVuatml  omeneu 

u  s  Venej 

oCreil  oj.  ■:u-.'.  "jBrasseus 


'■^f,',^ 


'^"T 


1       d   Haflate      „  ,       S'-^   oUallr 
'Salaany  *' 


^A    e/aoïlt 


W 


h     amant    O 

^V   n.      an/- 


Islc  M  i  n 


7     i  irchc 


Pdeêt    .^6 — -^ 

^  jr  d'Ermenonville 

>i     ^IsCbupil    eu  ''er^dî         ■  oErmenoavûît 


r     r 


o    Mous^le  Neuf     '^y     ^      ,f     | 
^      °         ^  V"*oDaiamàrUn  , 


oSiVyltlonff  °, 


oLouvres  ^aussffe  Yf 

leMénûJmeloi 


KT 


M   rl^    le  > 


o  ^an  diwt 


aie?  sssÇ^sot  <■         .i  ui-        -j..»-^  . 

F   ouen  ^ussamnîle  '' 

)  ^^'^  "^    -^  -^-y  *"  j  /  "-  ^    •^''^' 

•^  tJbompans 

^^     >     —  -^a»Si=< 

oViUeparisis  ,        *? 

'/Hrr       go  '      .ET 

■'o    '(y     oMgife  mail     „.      .    . 
"  ""^         Thelhs. 


s  otw/ 


os^Georges 


RSAl 


nciamjO 


ly^^^'^^fx.o  ^°''^^w^"*^^^(it»'^^v; 


Oa.refonlame      °      oSormf!,^.,  ,,       Leumtlro  5;-cij^r        CORBEI 


SLém/fuIt     9^ 


,^«r^'     ^Donrdau;"' 

V         CorèrelLse 


<^  ^5^W: 


0/Fùvâr  '-^^^ 


ïe  ^\'^    liQwiip^ 


ENVIRONS  DE  PARIS 


Ci&f/i  heiîx  de  départ' O  Chemins  de  fer.. . .  ■   ■  ■ 

darrond' .  .®    Canaizs  — 

de  canton  .  o    Cotes  d'alUlades...       t94 

Commîmes  jwpori^-'    o    lunites  de  dèpsrt^.  ^^^— 
Aqueducs  ■  ■  - 
Êrliello 


PARIS-ATLAS 


lolcChâlelpl 

R  N  E 


<o^r*zjr'i-/ï  %nere 


}:!Pbni 


PhoL  NeuMein. 


LE   CHATEAU    DE    PIERR  EFONDS,    VU    DU    LAC. 


SAINT-DENIS.    -  ENGHIEN  ET   LA  VALLEE   DE   MONTMORENCY.   —  PONTOISE.    —   CHANTILLY. 
COMPIÈGNE.    -    PIERREFONDS.    —    ERMENONVILLE. 


r  Nord  Je  Paris  le  paysage  prend  un  aspect 
tout  différent,  et  —  il  faut  bien  le  reconnaître 
—  moins  aimable  que  celui  des  régions  Sud- 
Ouest  et  de  rOuest.  Aux  collines  où  s'étageait 
la  verdure  succède  une  plaine  très  vaste,  n'ayant 
que  l'ombre  très  insut'lisante  des  hautes  che- 
minées d'usines  dont  elle  est  hérissée.  C'est  la 
plaine  Saint-Denis,  banlieue  industrielle  de  la 
capitale.  Au  delà,  le  sol  commence  à  se  relever 
par  une  pente  trop  longue  pour  être  escarpée. 
Le  plateau,  dont  on  atteint  le  faite  vers  Survilliers,  à  30  kilomètres  de 
Paris,  constitue  la  ligne  de  démarcation  entre  la  vallée  de  la  Seine  et 
de  l'Oise.  Le  paysage  redevient  gracieux  et  verdoyant;  on  pas^e  non 
loin  des  bois  d'Orry-la-Ville  et  de  Mortefontaine,  et  c'est  encore  après 
avoir  traversé  une  Ijelle  forêt  que  l'on  arrive  à  Chantilly.  Puis,  la  ligne 
du  chemin  de  fer  descend  dans  la  vallée  de  l'Oise  par  une  tranchée 
abrupte,  ouverte  à  travers  des  carrières  de  pierre;  elle  passe  à  Creil 
et,  jusqu'à  Compiègne,  remonte  le  cours  de  l'Oise  presque  parallèle- 
ment à  la  rive  droite  de  cette  rivière. 

Une  visite  à  Saint-Denis  est  obligatoire.  Quiconque  aime  l'art 
français,  ipiiiiinqui'  s'inlé'rcssi' à  l'iiisloire  de  notre  pays  voudra  consa- 
crer quelques  heures  à  aller  admirer  la  célèbre  basilique  qui  fut  le 
tombeau  des  rois  de  France.  Le  voyage  est  des  plus  aisés.  On  peut 
prendre  l'un  des  deux  tramways  qui  partent  de  la  Madeleine  ou  de 
l'Opéra,  ou  préférer  Ir  chemin  ili'  fer  du  ÎV'ord,  procédé  plus  rapide, 
mais  qui  force  à  traverser  la  ville  pour  se  rendre  à  la  c(  cathédrale  " 
comme  l'appellent  coniniunénieut  les  Dionysieus,  tandis  que  les 
tramways  en  passent  à  100  mètres  envinui  (croisement  des  rues  de 
Paris  et  de  la  llépiihllque). 

Parle  chemin  de  fer,  le  trajet 
La  gare  est  établie  entre  la  riviï 
Denis,  à  l'extrémité   occidentale 


s'effeclui'  en  dix  ou  (piiuze  minutes, 
droite  de  la  Seine  et  le  canal  Sainl- 
de    la  ville.  Oiiand  cet  emplacement 


Pauis-Ati-as. 


fut  choisi,  en  1846,  c'était  le  temps  où  l'établissement  des  chemins  de 
fer  était  vu  d'un  œil  peu  favorable  par  les  municipalités;  elles  redou- 
taient leur  concurrence  au  commerce  local  et  ne  les  laissaient  pas 
pénétrer  au  centre  des  agglomérations.  On  a  eu  à  le  regretter  depuis. 

Deux  cents  mètres  après  le  pont  du  canal,  une  église  s'offre  aux 
yeux  :  c'est  la  paroisse  Saint-Denis-de-l'Ëtrée,  dite  encore  aujourd'hui 
église  neuve,  bien  qu'elle  date  de  1864-1867.  Construite  dans  le  style 
gothique,  elle  a  eu  pour  architecte  le  célèbre  Viollet-le-Duc  ;  c'est 
dire  qu'elle  mérite  l'attention.  A  cette  place,  voisine  de  l'endroit  où 
passait  l'ancienne  route  romaine  de  Pontoise,  s'élevait  autrefois  une 
église  également  consacrée  à  saint  Denis  de  l'Éli-ée  (c'est-;i-dire  saint 
Denis  de  la  route,  Etrée  venant  de  stratum). 

La  tradition  veut  qu'elle  ait  été  édiliée  pour  recevoir  la  sépultm-e 
du  saint,  transportée  là  on  ne  sait  trop  pourquoi,  et  que,  plus  tai\l, 
en  622,  Dagobert  ait  fondé  l'abbaye,  à  l'autre  extrémité  de  la  ville,  pour 
donner  à  cette  sépulture  un  abri  plus  digne  de  l'illustre  martyr. 

La  rue  de  la  République  (naguère  rue  Compoise)  s'ouvre  dans  l'axe 
des  deux  églises  dionysiennes.  C'est,  avec  la  rue  de  Pai-is,  la  seule 
voie  animée  et  commerçante  de  la  ville.  Le  bàlimentdes  postes  et  un 
orphelinat  municipal  de  jeunes  lilles  s'y  voient  àdi-oile;  ils  occupent 
les  bàlinienls  de  l'ancienne  sous-préfecture.  Du  même  coté,  au  del'i 
de  la  rue  de  Paris,  un  édilice  bas,  d'aspect  rébarbatif,  frappe  le  regard  ; 
c'est  l'ancienne  geôle  des  religieux.  Vin  pace  où  les  baillis  des  moines 
envoyaient  sans  marchander  les  malheureux  vassaux  méditer  sur  un 
délit  souvent  insignifiant  ;  c'est  encore  aujourd'hui  la  prison  de  passag 
où  la  gendarmerie  amène  les  vagabonds  qu'elle  a  recueillis;  les  mur< 
sont  si  épais,  les  portes  si  solides,  que  toute  velléité  de  vagabondage 
leur  y  est  interdite. 

L'hôtel  de  ville  est  un  beau  monument  du  style  de  la  Renaissance, 
inauguré  en  1883.  Il  a  été  remanié  dans  sa  distribution  intériem-e 
en  1898. 

La  basilique  ferme  la  place  par  son  portail   d'une  siuiplicilé  majes- 

23 


222 


PARIS -ATLAS 


PORTAIL    CENTRAL    DE    L 


tueuse,  encore  qu'il  ait  été'  dépossédé 

de  la  haute  flèche  que   supportait   la 

tour  du  Nord  ;  un  orage  lavait  détruile 

en  1837  ;  réédifiée  aussitôt,  elle  fut  de 

nouveau  renversée   en  1847,  et  cette 

fois  on  ne  la  releva  plus.  Cette  belle 

façade,  dont  le  style  même  dit  Tàge  — 

le  XII'  siècle — fut  construite  par  ordre 

do  l'abbé  Suger,  un  des  plus  fameux 

parmi  les  abbés  de  Saint-Denis,  t]ui, 

vere  1140,  avait  entrepris  une  réfection 

complète  de  la  vieille  église  de  Dago- 

bert.  Elle  est  un  des   plus    précieux 

monuments  de  l'art  romain;  on  exami- 
nera le  détail  des  sculptures   qui  la 

décorent,   traitées  non   sans  quelcjuc 

naïveté.  Du  temps  de  Suger  nous  sont 

restés  aussi  quelques  superbes  vitraux 

en  grisaille,  ornant  les  chapelles  absi- 

dales,  et  la  crypte  construite  sous  le 

chœur.  Il  est  même  à  peu  près  certain 

que  Suger  y  utilisa   les  piliers  de  la 

basilique    antérieure,    qui    paraissent 

bien  dater  du  vn'  siècle. 
11  suffit  de  pénétrer  dans  l'intérieur 

de  l'édifice   pour  se  persuader  qu'on 

n'est  plus  en  présence  de  l'œuvre  de 

Suger.  Un  style  nouveau,  l'art  gothique, 

est  intervenu,  substituant  au  vaisseau, 

un  peu  étroit  et  lourd,  des  construc- 
teurs romans,  une  triple  nef  spacieuse, 

élevée,  recevant  largement  la  lumière, 

avec  un  sanctuaire  en  harmonie  avec 

ces  proportions,  justifiant  bien  ainsi  ce 

nom  de    cathédrale  que    l'admiration 

donna,  et,  nous   le  disions  tout  à  l'heure,  a  conservé  à  «  l'insigne 

basilique  ».  La  transformation  se  fit  sous  saint  Louis  et  sous  Philippe 

le  Hardi  ;   l'abbaye    atteignit  alors  un    degré    de  prospérité  ([ui   en 

faisait  l'une  des  plus  puissantes  du  royaume  ;  aussi  lui  fallait-il   une 

église  en  rapport  avec  cette  puissance.  Les  chapelles  latérales  y  furent 

ajoutées,  comme  dans  toutes  les  églises  au  xiV  siècle,  et  dès  lors  la 

basilique  fut  complètement  achevée.  Nous  ne  parlons  que  pour  mémoire 

d'une  chapelle  de  forme  circulaire,  dite  des  Valois  ou  encore  Nofre- 

Dame-la-Rotonde,  que  Catherine   de  Médicis  avait  fait  construire    en 

dehors  de  la  basilique,  se  reliant  avec  le  transept  Nord,  et  qui  était 

destinée  à  rece- 
voir les  tombeaux 
des  Valois.  A 
cause  de  son  état 
de  ruine,  en  1719 
on  dut  la  démolir 
et  nous  en  avons 
signalé  (page  91) 
(luelques  frag- 
ments décorant 
aujourd'hui  le 
parc  Monceau. 

Leprincipal  mé- 
riti;  de  l'édifice 
est  moins  encore 
dans  sa  beauté, 
très  réelle  pour- 
tant, que  dans 
toutes  les  riches- 
ses ai-fistiques 
qu'il  renferme. 
On  les  peut  visiter 
tous  les  jours 
(surfout  l'après- 
midi)  depuis  que 
l'église  a  été  éri- 
gée en  pai'oisse 
(l)ar  déciet  du 
■M  avril  !89o).  La 
visite  se  l'ail  sous 
la  con<luitc  des 
sacristains,  par 
groupes  de  dix  à 
cinq  u  a  n  t  e  [>  e  r- 


v^' 


Phut.  Neurdeiu. 

ABBAYE    DE    SAINT-DENIS 


Éa  t.l  S  E    SAIN  T-.M  ]■;  I)  A  K  1) , 
A    CKEIL. 


sonnes  environ,  suivant  les  heures  et 
l'affiuence.  Avec  la  voix  monotone  qui 
est  l'apanage  des  cicérones  officiels,  ils 
décrivent  les  différentes  œuvres  d'arf, 
conformément  à  un  itinéraire  im- 
muable, qui  a  son  point  de  départ  dans 
le  bas  côté  gauche. 

L'admirable  tombeau  de  Louis  XII  1 
et  d'Aune  de  Bretagne  frappe  d'abord  | 
le  regard.  CEuvre  d'un  sculpteur  de 
Tours,  Jean  Justo,  il  représente  le  roi 
et  la  reine  couchés  dans  l'attitude  de 
la  mort  sous  un  dais  dont  les  douze 
arcatures  contiennent  chacune  la  statue 
d'un  des  douze  apôtres.  Au-dessus  de 
ce  dais,  Louis  XII  et  Anne  de  Bretagne 
sont  de  nouveau  figurés,  mais,  cette 
fois,  agenouillés  en  prière. 

Un  peu  plus  haut,  vers  le  sanctuaire, 
c'est  le  tombeau  de  Henri  II  et  de  Ca-  — 
therine  de  Médicis,  devant  lequel  on 
ne  peut  manquer  de  s'arrêter  longue- 
ment. C'est  une  des  plus  remarquables 
compositions  de  Germain  Pilon  ;  son 
seul  défaut,  si  l'ensemble  n'en  était 
aussi  harmonieux,  si  les  statues  n'y 
étaient  aussi  délicatement  sculptées, 
serait  de  manquer  d'originalité,  car  il 
est  une  imitation  évidente  du  monu- 
ment précédent  :  même  disposition  en 
arcades,  même  reproduction  du  roi  et 
de  la  reine  défunts  dans  les  deux  atti- 
tiludes  que  Justo  avait  données  à 
Louis  XII  et  à  Anne  de  Bretagne;  ici, 
seulement,  les  apôtres  sont  remplacés 
par  des  vierges  et  des  saintes,  s'alternanl. 

Déjànous  avons  dit  un  mot  des  magnifiques  vitraux  datant  de  Suger 
que  conserve  la  basilique,  hélas!  en  trop  petit  nombre;  ils  décorent 
la  chapelle  absidale  déiliée  à  saint  Pérégrin;  ceux  des  chapelles  voi- 
sines datent  les  uns  du  xvi«  siècle,  les  autres  de  notre  époque  ;  ils  n'en 
sont  pas  moins  fort  remarquables. 

La  grande  sacristie  des  bénédictins,  dans  laquelle  on  passe  ensuite, 
n'a  son  aspect  actuel  que  depuis  Napoléon  l"',  lors  de  la  création, 
en  1806,  d'un  chapitre  de  chanoines  pour  desservir  l'abbaye  que  la 
Révolution  avait  fermée.  Elle  est  ornée  de  tableaux  formant  panneaux, 
signés  des  peintres  en  renom  sous  le  premii'r  Empire  :  Ileim,  le  baron 
Gros,  Meynier,  etc.,  mais  qu'un  éclairage  (li'pli>ralile  empêche  de  voir. 
Dans  une  salle  annexe  est  groupé  le  peu  qui  reste  du  magnifique  trésor 
dont  l'abbaye  était 
si  justement  fière 
avant  1793  et  qui, 
à  cette  date,  fut 
malheureusement 
dispersé  et  en  jiar- 
tie  détruit.  Des 
vitrines  protègent 
les  châsses  conte- 
nant quelques  le- 
liques  de  saint 
Denis  et  de  ses 
deux  compagnons 
de  supplice,  saint 
Rustique  et  saint 
Eliutlière,  châsses 
données  à  l'église 
par  Louis  XVIII; 
—  un  beau  cruci- 
fix du  xvi°  siècle, 
uni;  crosse  abba- 
tiale, quelques 
pièces  émailléc's. 
I)ans  un  angle  de 
la  salle  est  la  re- 
(iroduction  du  fa- 
meux siège  de  Da- 
gobcrt. 

La  visite    de   la  ,,„„,  j^^„„.,,^,^„ 

(.•ry|ite,  à  laquelle-  ni::-    i:r  {iidciu 

dn^HC^i^de  par  un  de  l  aiihave  de  saint-DENIs. 


ENVIRONS   DE    PARIS. 


223 


TOMBEAU 
DE   LOUIS   XII  ET   D'ANNE  DE  BRETAGNE. 


escalier  placé  à  ilroite  du  chœur,  donne  une 
impression  tout  ù  fait  saisissante.  Les  guides 
allument  des  flambeaux,  et  expliquent,  au 
milieu  d'un  silence  que  personne  ne  songe  à 
rompre,  les  destinées  de  ce  lieu  funèbre.  Au 
centre  est  un  vaste  caveau,  complètement 
muré  ;  c'est  le  caveau  des  Bourbons.  Par  les 
soupiraux  pratiqués  dans  le  mur,  de  distance 
en  distance,  on  distingue  vaguement,  posés 
sur  des  tréteaux,  les  cercueils  qui  renferment 
les  restes  de  Louis  XVI,  de  Marie-Antoinette, 
de  Louis  XVIII,  du  duc  de  Berry,  de  quel- 
ques membres  encore  de  la  famille  royale. 
Tout  autour,  des  chapelles  absidales  corres- 
pondent à  celles  de  l'église  supérieure.  On 
y  voit  quelques  belles  statues,  parmi  les- 
quelles celle  de  Marie-Antoinette,  qui  sur- 
[irend  par  une  attitude  trop  décolletée  et 
mondaine;  les  quatre  statues,  de  proportions 
colossales,  qui  étaient  destinées  au  tombeau 
du  duc  de  Berry;  d'autres  tombes  royales, 
celles  de  Henri  IV  et  de  ses  successeurs,  etc. 

Au  sortir  de  la  crypte,  on  admire,  dans  je_  rbrenr,  quelques  sépul- 
tures remarquables  par  leur  ancienneté  ou  leur  valeur  artistique  :  les 
tombes  de  Frédégonde  (xii'^  siècle)  et  de  Dagobert,  le  monument  con- 
tenant le  cœur  de  Henri  III,  et  enfin,  daiii'le  bas-côté  méridional, 
le  superbe  tombeau  de  François  \"'  et  de  Claude  de  France,  où 
Germain  Pilon  s'est  surpassé. 

Gontigus  à  la  façade  Sud  de  la  basilique  s'élèvent  les  importaiils 
bâtiments  de  la  maison  de  la  Légion  d'honneur.  Ils  ne  sont  autres  qui- 
ceux  de  l'abbaye  même  de  Saint-Denis,  qui,  au  cours  du  xvni=  siècle, 
avait  été  complètement  reconstruite.  C'est  en  1809  q>ie  Napoléon  I" 
les  [affecta  à  l'institution  qu'il  venait  de  fonder.  La  maison  de  Saint- 
Denis  est  la  plus  importante  des  trois  établissements  où  sont  élevées 
les  tilles  de  légionnaires  :  les  deux  autres  sont  situi'-s  aux  Loges  et  à 
Écouen. 

Sur  la  place  aux  Gueidres,  à  l'extrémité  d'un  square  de  modestes 
proportions,  un  monument  qui  ressemble  vaguement  à  une  réduction 
du  Panthéon  attire  l'attention  :  c'est  la  justice  do  paix,  mais  elle  n'y  a 
été  installée  qu'en  1896;  auparavant,  on  l'appelait  la  petite  paroisse, 
parce  que,  pendant  longtemps,  Saint-Denis  n'eut  pas  d'autre  église 
paroissale;  à  l'origine,  cet  édifice  était  la  chapelle  d'un  couvent  de 
Carmélites;  il  avait  été  construit  non  sans  goût,  vers  1773,  parUichard 
Mique,  aux  frais  de  Marie  de  Fiance,  tille  de  Louis  XV,  qui  venait  de 
prendre  le  voile  de  carmélite  à  Saint-Denis. 

A  quelques  mètres  au  delà  de  la  gare  de  Saint-Denis,  la  ligne  du 
chemin  de  fer  se  bifurque;  la  voie  de  droite,  se  dirigeant  vers  le  Xord- 
Est.  conduit  à  Creil  par  Chantilly;  celle  de  gauche,  s'inlléchissaiit  sur 
l'Ouest,  mène  également  à  Creil  jiar  Enghicn,  Pontoise  et  la  vallée 
de  l'Oise;  c'est  la  route  la  plus  longue;  ce  fut  cependant  la  première 
construite  —  en  1846  —  parce  qu'elle  offrait  un  tracé  beaucoup  plus 


aisé  pour  l'exploitation  de  la  compagnie  des  chemins  de  fei 
ilu  .Nord. 

Eng-hien  en  est  la  deuxième  slalion.  Cette  aimable  loca- 
lité, qui  n'est  une  commune  (du  déparlement  de  Seine-el- 
Oise)  que  depuis  18o0,  fournit  aux  Parisiens  tous  le.s  cliarrae.- 
d'une  ville  d'eaux  lointaine  située  à  leui-s  portes.  Ils  y  trou- 
vent un  casino,  des  élablissements  thermaux,  des  hôtels,  de 
charmantes  [iromenades  et  surtout  un  lac  qui  est  véritable- 
ment d'un  charme  exquis.  La  vogue  n'est  guère  venue  à 
Enghien  que  depuis  le  second  Empire,  en  partie  grâce  à  la 
résidence  célèbre  de  la  princesse  Mathilde  à  Saint-Gralien. 

de  l'autre  côlé  du 
lac,  mais  celte  vo- 
gue a  toujours  él- 
croissante  et  d- 
mieux  en  mieu.ï; 
justifiée. 

Et  cependant . 
quelles  modeste- 
origines!  Duxin'ai: 
XIX'  siècle,  unique- 
ment un  moulin 
voisin  du  lac,  qu'on 
appelait  alors  sim- 
plement étang,  et 
dont  on  avait  dé- 
tourné le  trop-plein 
pour  faire  tourner 
ce  moulin.  Ce  coin 
de  terre  ignoré  et 
sauvage  et  sans  dé- 
signation ne  béné- 
licia  pas  alors  de  la 
gloire  que  le  vain- 
iiueur  de  Rocroy 
attacha  au  nom 
d'Enghien  :  c'est  la 
terre  de  Montmo- 
rency, érigée  en 
duché -pairie  que 
les  actes  officiels 
baptisèrent  En- 
ghien, du  nom  d'un 
lii;f  modeste  que  la 
famille  de  Condé 
possédait  en  Bel- 
gique; il  est  vrai 
que  les  habitants 
et  le  public  conti- 
nuèrent toujours  à 
dire  Monlmori'ucy,  que  pendant  la  Révolution  on  imagina  d'appeler 
Emile.  Donc,  le  moulin  tournait,  le  ruisseau  coulait  et  pei-sonne  n'y 
prenait  garde,  lorsque,  vers  1766,  le  P.  Cotte,  curé  de  .Montmorency, 
s'avisa  d'analyser  cette  eau  dont  l'odeur  rappelait  si  exactement  celle 


FAÇADE    DE    I/ABBAYE    DE    SAINT-DENIS. 


224 


PARIS -ATLAS 


des  œufs  pourris;  il  la  trouva  extrêmement  riche 
en  soufre,  lui  découvrit  des  vertus  curatives  très 
réelles,  surtout  pour  les  maladies  de  la  gorge,  et 
informa  l'Académie  des  Sciences  de  sa  décou- 
verte. Telle  fut  Torigine  scientifique  de  la  fortune 
d'Enghien. 

Montmorency  est  relié  à  Enghien  par  une  ligne 
de  chemin  de  fer  spéciale,  dont  l'origine  est  à  la 
gare  même  d'Enghien  et  l'extrémité  au  sommet  du 
plateau  sur  lequel  est  bâtie  cette  charmante  ville. 

Les  lettrés  y  évoquent  le  souvenir  de  rillustrc 
famille  qui  lui  a  donné  son  nom  et  dont  la  puis- 
sance, aux  temps  féodaux,  égala  celle  des  rois;  puis 
ils  songent  à  ses  successeurs,  aux  Coudés  non 
moins  illustres,  et  plus  voisins  encore,  par  le  sani; 
des  Bourbons,  de  la  royauté;  enfin,  dans  un  rappro- 
chement d'idées  qui  est  en  même  temps  un  con- 
traste, ils  font  revivre  la  mémoire  du  fils  de  ce 
modeste  horloger  de  Genève  dont  le  nom  devait 
plus  tard  être  célèbre  à  l'égal  de  celui  des  Montmo- 
rencys et  des  Coudés,  et  ils  vont  faire  une  visite 
à  l'ermitage  où  Jean-Jacques  Rousseau  vécut  dix- 
huit  mois,  d'avril  17.56  à  décembre  1757. 

Les  archéologues  vont  tout  droit  à  l'église  Saint- 
Martin,  paroisse  de  la  ville,  une  des  plus  intéres- 
santes constructions  du  xvii^  siècle,  décorée  de  vitraux,  les  jilus  beaux 
parmi  ceux  qu'a  produits  l'art  de  la  Renaissance. 

Les  simples  touristes  viennent  à  Montmorency  pour  jouir  du  ma- 
gnifique panorama  de  sa  terrasse,  pour  monter  à  âne,  pour  goûter  aux 
fameuses  cerises,  pour  se  promener  dans  la  forêt  avoisinante,  remplie 
de  sites  délicieux  :  les  Champeaux,  le  bouquet  de  la  Vallée,  le  château 
de  la  Chasse,  Montlignon,  les  hauteurs  de  Saint-Prix  et  de  Doniont. 


STATUE   DU    GJIA.XD   CONDE 

Par  Frkmiet 

(Château   de  Chantilly). 


ment  lorsqu'ils  rentrèrent  à  Paris  après  l'exil  que 
Louis  XV  leur  avait  infligé  en  1720  d'abord,  puis 
en  1753.  Quoi  qu'il  en  soit,  elle  est  fâcheuse  et  in- 
juste. Quiconque  a  été  voirPontoise  en  revient,  au 
contraire,  avec  l'air  heureux  ou  du  moins  satisfait 
d'avoir  vu  une  ville  fort  intéressante. 

Elle  est  située  de  très  pittoresque  façon  sur  le 
(lanc  du  coteau  qui  domine  la  rive  droite  de  l'Oise. 
Son  nom  s'explique  tout  naturellement  par  le  fait 
qu'un  pont  jeté  sur  la  rivière  y  existait  dès  l'époque 
lellique.  Cette  situation  devait  naturellement  en 
faire  un  point  stratégique  d'autant  plus  important 
que  là,  de  tout  temps,  a  passé  la  route  conduisant 
vers  Rouen  et  la  haute  Normandie.  Capitale  d'un 
idiiili'  sous  les  Mérovingiens,  chef-lieu  du  Vexin 
liMiii  .lis  vers  la  fin  de  la  dynastie  carolingienne, 
l'iintdisi',  on  le  voit,  a  le  droit  de  s'enorgueillir  de 
son  passé.  Au  xu^  siècle,  Louis  VI  y  fit  construire 
un  château  fort,  qui  fut  rasé  par  ordre  du  pouvoir 
en  1742;  il  n'en  reste  que  quelques  vestiges  dont 
le  style  accuse  le  xvi"  siècle. 

Un  escalier  d'allure  monumentale  s'offre  à  la  vue 
;\  l'extrémité  de  la  longue  place  qui  précède  la  gare. 
Il  mène  à  la  partie  haute  de  la  ville.  A  son  extré- 
mité supérieure  a  été  érigée,  en  1869,  la  statue  du 
général  Leclerc,  né  à  Pontoise  le  17  mars  1772,  beau-frère  de  Napo- 
léon I'^''  par  son  mariage  avec  Pauline  Bonaparte,  mort  le  !"■  no- 
vembre 1802  à  Saint-Domingue  où  il  avait  été  envoyé  comme  général 
en  chef  pour  mettre  fin  à  l'insurrection  soulevée  par  Toussaint- 
Louverture.  Cette  statue  est  l'œuvre  de  Lemot. 

L'église  Saint-Maclou  en  est  tout  proche.  Fondé  vers  1150,  ce  beau 
monument  ne  conserve  plus  de  cette  époque  que  la  galerie  {deambula- 
torium)  qui  sépare  le  sanctuaire  des  chapelles  absidales  et  ces 
chapelles  elles-mêmes.  C'était  un  procédé  habituel  aux  archi- 
tectes de  la  période  de  transition  entre  le  roman  et  le  gothique, 
de  commencer  la  construction  non  par  la  façade,  mais  par 
l'extrémité  opposée.  Nous  n'avons  pas  à  le  regretter  ici,  car 
cette  partie  de  l'église  Saint-Maclou  est  extrêmement  intéres- 
sante, et  par  son  âge  vénérable  et  par  la  pureté  de  son  style. 
Le  reste  date  de  la  fin  du  xv"  siècle  et  de  la  Renaissance; 
tout  ne  fut  achevé  que  sous  Henri  III.  C'est  aussi  de  ce  temps- 
là  que  date  le  beau  tombeau  du  Christ,  formanl  un  groupe 
de  huit  personnages,  qu'il  faut  aller  admirer  dans  la  chapelle 
de  la  Passion,  remarquable  aussi  par  ses  vitraux.  On  signale 
encore  à  Saint-Maclou  une  Descente  de  Croix  de  Jean  Jouvenet. 
En  montant  encore,  on  arrive  à  la  sous-préfecture  et  au 
jardin  puldic  qui  l'entoure.  La  sous-prélecture  [lossède  de  ' 
remar(juables   lapisseri(!s  qui.>  les  étrangers  siml  admis  de  très 


CIIAPKLLE    ET    PORTE    DIIONNEUR 
DU    CHATEAU   DE   CHANTILLY. 


La  station  d'Ermont  qui  suit  celle  d'En- 
ghien est  le  centre  d'un  enibrancheincrit 
fort  important.  Là  se  bifnrqui'nt  les  lignes 
de  Paris-Saint-Lazare  i)ar  Argenteuil,  de 
Paris-Nord  par  Enghir^n,  de  Creil  par 
Saint-Lcu-Taverny  et  Valmondois  (rivi' 
gauche  de  l'Oise)  et  d<^  Creil  par  Ponloisr 
et  Anvers  (rive  droite  de  l'Oise). 

Pontoise.  —  Il  y  a  un  dicton,  transinis 
d'âge  en  âge,  qui  veut  que  c  avoir  l'air  ilr 
revenir  de  Pontoise  »  signifie  qu'onal'aii 
quelque  peu  ahuri.  L'origine  de  cette  si- 
gnification est  indécise;  peut-être  s'appli- 
"•a-t-elle  d'abord  aux  membres  du  Parle- 


CAl'llAI.NEKIE    ET    C  11  A  l'KI-l,E    DU    CIIATKAU    lUO   Cil  A  .N  11  I,  I,  V. 


ENVIRONS   DE   PARIS. 


225 


ENTRÉE  DU  CHATEAU  DE  CHANTILLY;  LE  FOSSÉ  AUX  CARPES. 


bonne  grâce  à  contempler.  Cette  rapide  visite  de  Pontoise  une  fois 
faite,  il  faut  redescendre  la  colline  et  franchir  le  pont  qui  a  donné  son 
nom  à  la  ville.  On  est  alors  à  Saint-Ouen-rAnnione,  d"où  l'on  a  un  fort 
aun^alilr  panorama  de  Pontoise. 

Chantilly.  —  C"est  à  Saint-Denis,  nous  lavons  dit,  que  la  ligne  do 
Clianlilly  bifurque  avec  celle  de  Pontoise.  Elle  ne  fut  pas  ouverte 
avant  1836.  Aujourd'hui,  grâce  aux  trains  express  qui  vont  vers  le 
Nord,  il  ne  faut  pas  plus  de  quarante  minutes  pour  parcourir  les 
'il  kilomètres,  dont  une  vingtaine  en  rampe,  qui  séparent  Paris  de 
Chantilly.  La  gare  est  située  à  l'entrée  de  la  ville,  à  3  kilomètres 
environ  du  château,  et  c'est  le  château  que  l'on  vient  voir.  En 
prenant,  à  droite,  une  belle  allée  constamment  sous  bois,  ce  trajet 
s'effectue  d'une  façon  fort  agréable,  et  fout  à  coup  le  grandiose  édifice 
apparaît,  précédé  de  la  cour  d'honneur  où  fièrement  se  dresse  la  statue 
équestre  du  connétable  Anne  de  Montmorency. 

Ce  que  l'on  sait  des  origines  de  Chantilly,  c'est  qu'au  \\'  siècle,  au 
x=  peut-être,  un  château  existait  à  cet  endroit,  créé  sans  doute  par  la 
fantaisie  d'un  chasseur  passionné,  car  do  tous  côtés  ce  n'étaient  que 
bois  profonds.  Il  faut  arriver  à  la  seconde  moitié  du  xiv=  siècle  pour  y 
trouver  un  châtelain  dont  le  nom  soit  connu,  Pierre  d'Orgemont,  qui 
lit  bâtir  une  véritable  forteresse,  dont  les  fondations  au  moins  n'ont 
jamais  été  renversées.  Un  siècle  plus  tard,  le  domaine  devenait  la 
possession  de  la  famille  de  Montmorency,  et,  en  132'i,  Anne  de  Mont- 
morency, maréchal,  puis  connétable  de  France,  entreprenait  de  rema- 
nier complètement  le  château  féodal  et  di^  le  débarrasser  de  son 
aspect  rébarbatif,  à  l'intérieur  comme  à  l'extérieur,  car  ce  n'était  plus 
du  tout  le  goût  du  jour.  Celte  œuvre  fut  confiée  à  Pierre  Chambiges, 
un  «  maître  des  œuvres  de  maçonnerie  »  (c'est  ainsi  qu'on  appelait  les 
architectes),  très  expert  en  son  art  et  très  en  renom  à  Paris.  Le  conné- 
table ne  voulut  pas  se  borner  à  une  reslauralion;  à  côté  du  grand 
château,  il  en  fit  construire  un  de  proportions  moindres  et  qu'on  appela 
le  châtelet  ou  petit  château  :  les  deux  édifices  ont  été  reliés  l'un  à 
l'autre  dans  le  cours  du  xix°  siècle.  On  pense  que  le  châtelet  de  Chan- 
tilly est  l'œuvre  de  Jean  Bullant,  occupé  alors  à  bâtir  le  château 
d'Écouen. 

Des  Montmorencys,  Chantilly  passa,  par  une  alliance  des  deux  familles, 
à  la  maison  de  Condé.  Il  fut  l'objet  de  ses  préférences.  Le  grand  Condé 
fit  faire  des  travaux  considérables—  dont  quelques-uns  malheureux  — 
au  grand  château,  où  Mansard  apporta  de  fâcheux  rajeunissements.  On 
se  rappelle  les  fêtes  qui  y  furent  dunnées  au  roi  par  le   vainqueur  de 


Rocroy,  la  mort  de  Vatel  si  dramatiquement  narrée  par  M""  de  Sévigné. 
Les  descendants  du  grand  Condé  ne  négligèrent  pas  davantage  Chan- 
tilly ;  c'est  l'un  deux,  Henri  de  Bourbon,  qui,  sous  la  Régence,  fil  cons- 
truire les  fameuses  écuries,  de  1710  à  1735. 

Après  bien  des  vicissitudes,  dues  aux  changements  de  régime  poli- 
tique, le  domaine  de  Chantilly,  tour  à  tour  enlevé,  puis  rendu  à  ses 
propriétaires,  appartint  définitivement  en  1872  au  duc  d'Aumale,  qui, 
dès  1832,  l'avait  reçu  par  legs  du  dernier  prince  de  Condé.  On  sait  ce 
qu'il  en  a  fait:  au  dehors,  un  monument  homogène,  reconstruit  dans  le 

style  de  la  Renais- 
sance avec  un 
rare  bonheur  par 
M.  Daumet;  au 
dedans,  un  musée  • 
admirable  d'œu- 
vres  d'art,  de  sou- 
venirs précieux 
des  Condés,  de 
uianuscrils  et  de 
livres.  Ce  prince, 
si  éclairé,  si  noble 
de  sentiments  que 
tous  les  partis  po- 
litiques ont  élé 
unanimes  à  le  res- 
pecter, voulut  que 
son  œuvre  fût 
dans  l'avenir  pro- 
tégée contre  tout 
hasard,  et,  dès  le 
o  juin  188^4,  il  pre- 
nait des  disposi- 
tions Icstamen- 
laires  ayant  pour 
l'Ut  de  léguer  le 
,  liâteauet  ses  tré- 
soi-s,  en  s'en  ré- 
servant toutefois 
PORTE  PRINCIPALE  l'usufruit,  à  l'ius- 

DU   CHATEAr   PE  CIIVNTIII.Y.  titut ,     auquel     il 


226 


PARIS -ATLAS 


appartenait  à  trois  titres  :  comme  membre  de  l'Académie  française,  de 
l'Académie  des  Sciences  morales  et  politiques  et  de  celle  des  Beaux- 
Arts  :  «  Voulant  conserver  à  la  France  le  domaine  de  Chantilly  dans 
son  intégrité  avec  ses  bois,  ses  pelouses,  ses  eaux,  ses  édilices  et  ce 
qu'ils  contiennent  :  trophées,  tableaux,  livres,  archives,  objets  d'art. 


drait  pas  croire  que  «  le  cabinet  des  livres  »,  qui  ne  contient  qu  en- 
viron 13,000  volumes,  fût  l'unique  bibliothèque  du  duc  d'Aumale;  il 
ne  constituait, à  ses  yeux,  qu'un  choix  des  plus  belles  pièces;  ses  livres 
de  travail,  en  très  grand  nombre,  sont  installés  dans  plusieurs  salles 
du  rez-de-chaussée  du  grand  chùteau  ;  les  membres  de  l'Institut  y  sont 


Phol.  Neurdei 
LE    TEMPLE   DE   DIANE    Parc  de  Chantilly). 


Phot.  Nfui-aein. 
LE   CHATEAU    DE  LA  REINE   BLANCHE  (Enviions  de  Chantilly). 


tout  cet  ensemble  qui  forme  comme  un  monument  complet  et  varié 
de  l'art  français  dans  toutes  ses  branches  et  de  l'histoire  de  ma  patrie 
à  des  époques  de  gloire,  j'ai  résolu  d'en  confier  le  dépùt  à  un  corps 
illustre  qui  m'a  fait  l'honneur  de  m'appeler  dans  ses  rangs,  et  qui,  sans 
se  soustraire  aux  transformations  inévitables  des  sociétés,  échappe  à 
l'esprit  de  faction  comme  aux  secousses  trop  brusques,  conservant 
son  indépendance  au  milieu  des  fluctuations  politiques.  » 

Cette  volonté  eut  son  accomplissement  quand  la  mort  allcigiiit  le 
duc  d'Aumale,  le 7  mai  1897.  L'Institut  fut  aussitôt  investi  du  dépc'il 
magnilique  que  lui  donnait  l'historien  des  princes  de  Condé,  mais  i!  eut 
le  libéralisme  de  ne  pas  le  garder  pour  lui  seul.  Les  collections  con- 
servées à  Chantilly,  sous  le  nom  de  musée  Condé,  sont  publiques  le 
dimanche,  le  jeudi  et  le  samedi  de  chaque  semaine,  du  15  avril  au 
lo  octobre.  On  n'attend  pas  iiue  nous  en  donnions  une  descii|)liou 
complète;  il  faut  renvoyer  ;'i  l'excellent  guide-itinéraire  qu'a  [lublié 
M.  G.  Maçon  ;  grâce  à  lui,  on  peut  visiter  le  château  méthodiquement, 
s'arrêter  devant  les  œuvres  les  plus  rares  (il  n'en  est  guère  qui  soient 
médiocres),  admirer  les  Raphaëls,  les  Clouets,  les  Michels-Anges,  et 
ces  fameuses  miniatures  provenant  d'un  livre  d'heures  du  duc  de 
Berry,  examiner  les  armures,  les  é[)ées,  les  diamants,  les  manuscrits, 
les  incunables  et  les  plus  beaux  produits  de  la  typographie.  Il  ne  fau- 


chez eux;  quelques  privilégiés,  jwurvus  d'une  autorisation  spéciale, 
sont  également  admis  à  y  travailler. 

Tels  sont,  bien  sommairement  exposés,  le  passé  et  le  présent  de 
Chantilly.  Il  semble  qu'on  ait  tout  lieu  d'être  rassuré  sur  son  avenir. 
L'Institut,  pacifique  et  immuable,  est  son  gardien  et  sa  sauvegarde; 
que  si  une  guerre  venait  le  menacer  ;  —  quod  oinen  di  avtrtant  — 
l'ombre  du  grand  Condé  planerait  sur  ses  défenseurs  et  le  protégerait 
de   la  ilr^liurlinn. 

Compiègne.  —  Si  l'on  a  pris  soin  de  visiter  Chantilly  dans  la  ma- 
tinée, il  est  loisible  de  consacrer  l'après-midi  à  Crnupiègne,  (|ui  n'en 
est  distant  que  de  onze  lieues  (vingt  et  une  de  Paris).  Suivant  les  trains, 
le  voyage  s'effectue  en  un  peu  plus  ou  un  peu  moins  d'une  heure. 
Ville,  ch.ileau,  forêt  méritent  à  tous  égards  une  visite;  mais  est-ce 
un(>  illusion,  ou  bien  est-ce  que  réellement  l'on  est  déjà  dans  la  région 
du  Nord"?  Uuoi  qu'il  en  soit,  la  physionomie  de  la  ville,  une  fuis  dépas- 
sées les  rives  ensoleillées  de  l'Oise  et  la  jolie  place  de  riIêtel-dc-Ville, 
est  froide,  un  peu  morte,  du  moins  à  certains  jours,  comme  quel(]ues 
villes  flamandes. 

Le  passé  de  Compiègne  est  pauvre  en  événements  historiciues.  Le 
plus  important  constitue  une  triste  page  de  nos  annales;  c'est  devant 
les  murs  de  la  ville  ijuc,  le  i-i  mai  l')30,  Jeanne  d'.Vrc  tomba   prison- 


i,ii  cnAiEAU  DE  co.mpieom;,  coTi';  Di:  pakc. 


ENVir.O.NS    l)i;    l'AI;l: 


227 


^^^^^^^^^^^^^^^^^u?i 

■ 

LE   PAUC   DU    CHATEAU   DE    C0.\1  l'lE(J  N  E    (Avenuu  de  Beaumou.)- 


iiiri'i' cnli-e  les  mains  di's  l'ourcuigiidiis.  l.a  v.iillanir  ln-i'oïni',  qui  .ill.iil 
toujours  de  l'avant,  avait  organisi'  une  sortie  contre  l'ennemi;  on  n.^ 
s'explique  pas  comment,  au  moment  où  elle  voulait  rentrer  dans  la  ville, 
elle  en  trouva  les  portes  closes.  La  slatue  de  Jeanne  d'Arc,  inaugurée 
en  1880  sur  la  place  de  riI'"ili|-di>-Ville,  est  en  quelque  sorte  un  mo- 
nument exi)iatoire  dr  la  ci  liiiiurlli'  maladresse  des  Compiégnois 
de  1430. 
^-  Il  est  bien  joli,  cet  hôtel  de  ville,  et  en  le  voyant,  on  ne  peut  nier 
l'inlluence  flamande  qui  a  présidé  à  sa  construction.  Il  date  des  pre- 
mières années  du  xvi"  siècle  et  n'est  haut  cjuo  d'un  étage,  surmonté 
d'un  beffroi;  mais  quel  goût  exquis  dans  cette  architecture  sobre  et 
élégante  !  Le  beffroi  est  pourvu  d'une  vieille  cloche  fondue  en  1303  et 
provenant  d'une  église  de  la  ville.  On  la  nomme  bonclocke,  ce  qui,  eu 
picard,  signifie  toscin.  En  avant  du  beffroi,  se  voient  trois  jacquemart':, 
guerriers  du  xvi"  siècle  qui  sonnent  les  heures.  Au-dessous  est  une 
statue  moderne  de  Louis  XII. 

Mais  la  véritable  gloire  de  Compiègne,  gloire  un  pou  éphémère,  à  la 
vérité,  et  probablement  sans  lendemain,  c'est  son  château.  Dès  les 
premiers  temps  de  la  monarchie,  les  rois  aimèrent  à  résider  à  Com- 
piègne, où  leur  demeure  était  désignée  sous  le  terme  ambitieux  de 
palaliam,  palais.  C.harlemagne,  Charles  le  Chauve  s'y  plurent  beaucoup. 
Charles  V  fit  reconstruire  ce  palais,  qui,  désormais,  s'appela  plus 
modestement  château,  quoiqu'il  fût  certaine- 
ment plus  important.  Ses  successeurs  s'en  con- 
tentèrent juscju'à  Louis  XV,  qui  avait  la  mauii' 
de  la  bâtisse.  A  la  date  du  14  juillet  1746.  d'Ar- 
genson  s'exprime  ainsi  dans  son  journal  : 
"...  A  Compiègne,  on  va  bâtir  un  château  dans 
(ouïes  les  formes.  On  attribue  ceci  à  M"""  dePom- 
]iadour,  mais  on  a  tort.:  ce  n'est  point  par  giu'it 
personnel,  c'est  pour  plaire  et  pour  amuser  le  mi 
qu'elle  le  jette  dans  ces  entre|u-ises  dont  l'exé- 
cution est  confiée  à  son  oncir.  ■. 

Gabriel  en  fut  l'architecte.  Les  ira  vaux  ne  s'ache- 
vèrent que  sous  Louis  XVI,  qui,  lui  aussi,  vint 
volontiers  à  Compiègne.  Marie-Antoinette,  lors- 
([u'elle  l'y  accompagnait,  devait  se  souvenir  que 
la  forêt  de  Compiègne  avait  été  témoin,  en  177(1, 
de  sa  première  entrevue  avec  sou  l'uiui-  i'|»uix. 

Nous  avons  hâte  d'en  venir  à  la  période  vrai- 
ment brillante  du  château,  au  règne  de  Na|io- 
h'on  III.  C'est  une  justice  à  rendre  à  l'empereur, 
qu'aimant  Compiègne,  il  lui  fut  lidèle  el  ne 
uLanqua  pas  d'y  venir  passer  plusieurs  mois  ilu- 
lanl  cha([ue  année  de  soii  règne.  Il  faut  aussi 
lui  savoir  gré  d'avoir  tenu  à  mèlei'  aux  jdaisirs 
mondains  et  vicieux  de  la  cour  impériale  les 
di-liactions  littéraires  et  artistiques;  d'avoii' 
clierclié  à  honorer  les  écrivains  les  plus  eu  vue 
de  son  temps  en  les  inscrivant  sur  la  liste  dt^ 
ses  invités  de  Compiègne.  Leurs  noms  sont  bien 
connus  :  parmi  les  familiei's,  c'étaient  .Mi'rimi'e, 
VioUet-le-Duc,  (Iclavc  Feuillet,  Emile  Augier, 
Vigny,  Camille  Doucet,  Jules  Sandeau,  et  bien 
d'autres  encore. 


La  granile  dislraclion  du  soir  était  le  théâtre.  M.  A.  Leveaux  a  publié 
tout  uu  v(jlume  sur  ce  sujet.  Voici  comment  il  décrit  le  cérémonial  des 
représentations  :  «  Les  invitations  étaient  faites  pour  huit  heures  elle 
spectacle  commençait  à  huit  heures  et  diMuie,  quelquefois  à  neuf 
heures,  aussitôt  que  l'empereur  et  l'impératrice  prenaient  place  sur 
les  deux  fauteuils  occupant  le  devant  de  la  loge  impériale.  Cette  loge, 
remplissant  le  fond  de  la  salle  dans  toute  sa  largeur,  était  précédée 
d'une  première  galerie  où  étaient  admises  exclusivement  des  dames 
en  toilette  de  bal.  Les  invités  du  pjalais  avaient  place  dans  la  loge 
impériale,  ainsi  que  les  grands  officiers  de  la  maison  de  l'empereur, 
au  nombre  d'à  peu  près  soixante-dix.  Au-dessus  de  la  loge  impériale 
et  de  la  première  galerie,  étaient  les  premières  loges,  remplies  pai"  les 
invités  de  la  ville  et  des  environs.  Il  y  avait  de  plus  un  rang  de 
secondes  loges,  occupées  en  grande  partie  par  des  gens  de  senice.  Le 
rez-de-chaussée  se  composait  d'un  orchestre,  d'un  parterre  pour  les 
ofticiers  jusqu'au  grade  de  capitaine  inclusivement,  et  d'un  amphi- 
théâtre placé  entre  le  parterre  et  la  loge  impériale,  à  2  mètres  en 
dessous,  et  réservé  aux  magistrats,  aux  officiers  supérieurs,  aux 
conseillers  généraux,  maires,  adjoints  et  autres  fonctionnaires  civils, 
chefs  de  service,  tous  en  uniforme. 

"  A  l'entrée  de  l'empereur  et  de  l'impératrice,  toute  la  salle  se 
levait,  et,  quelijues  minutes  après,  le  spectacle  commençait.  Pendant 


11  AMI 


OUclliaj    I>E    NAl'Ol.EO.N 


\  COMl'lEC,  m;. 


228 


PARIS -ATLAS 


les  entractes,  les  personnes  placées  à  l'amphithéâtre 
et  au  partene  se  levaient  et,  tournant  le  dos  à  la 
scène,  faisaient  face  à  la  loge  impériale;  des  valets 
de  pied,  en  grande  livrée  à  poudre,  présentaient 
des  rafraîchissements,  punch,  glaces,  gâteaux,  etc. 
D'ordinaire,  l'empereur  et  l'impératrice  quittaient 
la  salle  pendant  un  quart  d'heure  pour  se  retirer 
dans  un  petit  salon  placé  près  de  l'entrée  de  la  loge 
impériale.  Les  comédiens  du  Théâtre-Français  sont 
venus  là  plus  d'une  fois  recevoir  des  compliments 
de  leurs  Majestés.  Le  spectacle  finissait  à  onze 
heures  et  demie,  rarement  plus  tard.  L'empereur 
et  limpératrice  saluaient  en  se  retirant.  " 

Épargné  par  l'invasion  étrangère,  le  château  est 
devenu  un  musée.  Le  public  est  admis  tous  les 
jours  à  en  visiter  les  galeries  et  les  appartements 
réservés.  C'est,  en  partie,  un  musée  d'ameublement. 
A  part  quelques  belles  toiles  signées  Coypel,  Gros, 
Girodet,  Hubert  Fleury,  Robert  Fleury,  Joseph  Ver- 
net,  et  un  certain  nombre  de  tapisseries  des  Gobe- 
lins  et  de  Beauvais,  on  y  montre  surtout  des  objets 
mobiliers  :  l'échiquier  de  Napoléon  I''^  de  char- 
mantes pendules,  des  vases,  des  consoles,  etc. 

Aux  portes  mêmes  de  Compiègne,  s'ouvre  une 
séculaire  et  magnifique  forêt,  la  forêt  de  Com- 
piègne, vaste  d'environ  16,000  hectares,  abondante 
en  hautes  futaies,  riche  en  cours  d'eau  et  en  fon- 
taines, sillonnée  par  d'excellentes  routes.  Les  ex- 
cursions y  sont  variées  à  l'infini,  mais  il  en  est  une 
qu'on  ne  saurait  négliger,  c'est  celle  de  Pierre- 
fonds.  Deux  modes  de  locomotion  s'offrent  au  tou- 
riste, entre  lesquels  il  choisira  :  la  ligne  du  chemin 
de  fer  (17  kilomètres  de  Compiègne  à  Pierrefonds, 
six  trains  par  jour)  ou  la  route  de  terre  (13  kilo- 
mètres). 

Perdu  au   milieu  de  ces  bois,  un  castel  féodal 
s'élevait  à  Pierrefonds,  au  xu^    siècle,   succédant, 
pense-t-on,  à  une  construction,  plus  ancienne  encore 
que  mentionnent  les  documents  de  l'époque  caro- 
lingienne. Au  commencement  du  xv=  siècle,  Louis  d'Orléans  —  la  vic- 
time du  duc  de  Bourgogne  —  fit  édifier  sur  cet  emplacement  un  château 
fort  pourvu  de  l'ap- 
pareil   militaire    le 

plus  redoutable. 

Nombreux  furent 
les  assauts  aux- 
quels Pierrefonds 
résista  victorieuse- 
ment jusqu'à 
Louis  XIII,  qui  le 
fit  démanteler.  Lis 
ruines  seraient  en- 
core restées  pour 
longtemps  sans 
doute  dans  cet  état, 
si  Pierrefonds  n'a- 
vait pas  bénéficié 
de  la  faveur  que 
Napoléon  III  accor- 
dait à  Compiègne. 
Sa  restauration  fut 
confiée  en  18o8  à 
Viollet-le-Duc  ;  elle 
n'a  été  achevée 
qu'après  ia  guerre. 
C'est  ici  le  lieu  de 
dire,  avec  tous  ceux 
qui  ont  écrit  sur 
Pierrefonds  ou  qui 
l'ont  visité,  i|ue  l'é- 
minent  architecle  a 
été  mal  ins()iré.  Kn- 
traîné  par  sa  pas- 
sion de  l'archéologie,  par  sa  science  du  délail,  il  a  fait  un  Pierrefonds 
tout  ni.'uf,  beaucoup  Iroj)  neuf.  Là,  cuMiiiie  dans  sa  reslilulion  des 
remparts  de  Carcassonne,  il  ne  nous  donne  pas  l'illusion  d'un  luo- 


IlOTEL   DE   VILLE    DE    COMPIÈGNE. 


nument  du  passé,  mais 
plutôt  celle  d'une  ma- 
quette gigantesque,  des- 
tinée à  un  musée.  Pour 
savant  et  étudié  qu'il  est, 
son  rajeunissement,  de 
nouveau  vieilli  par  le 
temps,  n'aura  toute  sa 
valeur  que  dans  cinq  ou 
six  siècles. 

Il  n'y  a  pas  que  les  ar- 
chéologues qui  soient  at- 
tirés à  Pierrefonds.  Ce 
bourg  aimable  possède  un 
établissement  thermal  où 
se  traitent  particuliè- 
rement les  maladies  des 
voies  respiratoires,  comme 
à  Enghien,  et  les  hautes 
tours  du  château  se  mirent 
dans  les  eaux  d'un  lac 
charmant. 

Plusieurs  autres  excur- 
sions peuvent  être  faites 
dans  la  forêt  de  Com- 
piègne. Nous  recomman- 
derons tout  spécialement 
celle  de  Champlieu,  à 
l'extrémité  Sud  de  la  forêt. 
Champlieu  n'est  plus 
qu'un  hameau  de  quelques 
habitants;  ce  fut,  à  l'épo- 
que gallo-romaine,  une 
ville  importante;  un  théâ- 
tre romain,  des  bains,  les 
ruines  d'un  leinple,  attes- 
tent le  degré  de  civilisation 
qu'avaient  ainsi  atteint,  il 
y    a  dix-huit   cents    ans. 


VUE   DU    CIIATICAU    DE    l'IE  K  U  lOl'O.N  D.S, 


certaines  localités  aujourd'hui  réduites  à  une  simple  colonie  agricole. 
Non  loin  de  là,  l'église  de  Morienval  est  un  spécimen  fort  intéres- 
sant de  l'architecture  du  xi«  siècle. 

La  l'égion  Nord-Est  des  environs  de 
Paris  est  de  beaucoup  moins  riante 
que  toutes  les  autres.  La  banlieue  im- 
médiate de  Paris  y  constitue  d'abord 
une  plaine  envahie  par  l'industrie, 
puis  des  plateaux  occupés  par  la  grande 
agriculture.  A  peine,  çà  et  là,  un  bou- 
quet d'arbres  pour  reposer  la  vue  d'un 
paysage  aussi  monotone.  Sur  la  ligne  de 
Crépy-en-Valois,  si  l'on  veut  faire  une 
excursion  agréable,  il  faut  aller  jusqu'à 
Plessis-Belleville  {A'.i  kilomètres),  et 
priMiclre  unevuiluic  de  correspondance 
qui  conduit  à  Ermenonville.  lAjirès  ^ 
tant  (11!  pérégrinations,  d'asiles  accejités 
et  abandonnés  tour  à  tour,  l'auteur 
des  Confessions  avait,  au  printemps 
de  1"78,  acceiité  l'hospitalité  cliez  le 
marquis  dt^  Girardin,  jiossesseur  du 
château  d'Ermenoiivilb'.  Un  ]>avillon 
isolé  au  milieu  d'un  parc  n'élail-ce  pas 
le  bonheur  assuré  pour  la  lin  d'une 
existence  si  mouvementée?  Housseau 
ne  (levait  en  jouir  i|ue  moins  de  deux 
mois;  il  mourut  pres(|ue  suliiteiiieiil  le 
:)  juillcl  {l'H.  tlii  sait  «lu'il  fut  enlerré 
dans  mil'  ilr  du  parc  même,  file  des 
l'euplif  r--,  il  qu  en  iT.t'i  ses  restes 
fureiil  i-xlniuns  et  Iransporlés,  avec 
une  pompe  lunèliie  des  ])lus  solen- 
nelles,  au    Piinlhéon;  le   tombeau  est 

leslé,  œuvre  de  P.  Ilobii  t,  et,  (luoique  vide,  il  inspire  aux  vislleurs  h' 

même    sellliment    de     respi'clueuse    mélancolie    qur    .si    la    di'puuille 

illustre  qu'il  renfermait  n'en  avait  pas  été  enlevée. 


FONTAINEBLEAU 


B^d^  ■   F»  Ternje     •  Fabrique 

CourtilleWs    S  lS:,rt hvlpjity 
desMoineS    B!des  Joies  lr^>i^irnrfiux  s'iScsmo 

*--      lîonuhen  „  \         *™5«         MELUN 

B()îssiseA>  yfoz'«J"'«  f         leALé*^ 
Monte-Lièvre 


dsrTHQe 
hkW".8l3Îr«te        Uoissclles 


leBleu 

,  .  B  OIS  sise  iaJ?f/<ra/irf  b„ 


■'î^ç  Ch^desVïTCiEanjw-  DaBqnxarie-Jfsij^s 


Mares 


OrsomviUe  f    .faGlandèe 
z^"  MlJicrs-CTi-Bière   jo^^^^u  3  "^^^ 


,T!fa/-c  Carref.iutÈ^^au  Chien '^--...^  Çhartrette 

v-»^  .'  iûPefl^^'^*^        „X        far.nnp  Plaine  t!,i.e^.ede 

^-  ,*SÏ^    -..«S^àBeaagé    .  rf^?i^^^leiPo""^'^  H«  #    '  ^"'^  ^-     Bois    de 


'v' '*'IP'     M-.^T?   Croix  dé  Vitry'"Vv        Ejiis^ 

■^=^  Beccassière  VgBoiS  le-R«^ 

Chaillv-  nrÇanoa-.^    g         V'^  ^Z;,-. 

-       BelieVue      '*^<?/i       1 1 
iuae  à  la  F?  *fe,  ^^ 

^;'        \ 
PHoi,   X     j«»-<ri!VierdeChâtiilan  S'.t.'.,X.' 

Charhonniepa,   v*^  •'te-'-^vs  §"    /      =  " 


M°"f^  B.Sarheau 

/   Courbnisson   -z , 
.y a  ■     •         BChïcfTard 
(KrlaBoissiare 


Croix  d'AHqas~"~*=ïï      F^S.-mn 

\  PP^SiSL   Denecourt  /  Bs^-f 


rage 


IpJfantçeaa 

.Fericy  \ 

\jerLmd 

Bjissy  F 


K*5*^Martin- 
Machéiàit.  <?-r 


.       -Caverne     iB  Belle  C^-oix    ch  de  »«  ^~- -^^/ 

PBTnjajr        losi^S  ,.    ^/feuteur  |j/iee(fe  courses*-   -   -- ^     ^- 


Pln:^°^fs      JJéfliers 


Plainej 
Macherih 

de 


Cul  de 
Chaudri 


Widss,.    ^  TO'.f"'^  l^^'eet/e courses  s6-,p^TJj|i         laMadelfeuKT,,,  „,7^, '^,  ^ 

--t..     «"r'""'/  Veneur  •%.        ^     M'Chsi/veê      ■  .,  gl^^Gua  J  **  J^^«e»l 

iïW4e    Croix- du  Grand  Veneur\  ^rf^^,,.  /        '^%-       ^'fieqcs     T        ^'-^.^^^z^^'» 


B.desBultes    Chaudron       TaRache  bruîé  r~/  .--^    -.Wt-     '''""^^ 

des    -    qui  pleure  "u3     C  idieireirFësss» 


xwiaCuetiteduPressciy  ^ 


laBfTière  Ch.«? 


^  ^  Vente  des  (-^J  *  %ONTAI]VEBLEAl'"'f'^'^à)leVLie   î,^oî 

^^     Chén^    Charmer.      ^^^^^  C^duMVPerrew  fore/  .  f-V" 

faisand^raelafourdie  i'il/ojiceaû  \  _  Vr^--       r-i^ 

Parc  \  ....^    .  CdesForts  inomcr\-      <P^^e  „    L.1. 

^^...e  "^"--^^e -^^-i^"^^. Polygone  ^S        |rd.Ô^.lo'c?ogone      C^des        ^^>-f-llons 

^BpisRond-  .  Ch^.eL^e^^Jeum.rdi      -jj^^W       7 1  ^.'S^'^*  '^''^'^"' 


Ih 


tie      hnVM, 


<^ 


^     °^Se aux ArcUers ^       Qdsi7...:„__^_    ^^-        .,■<,?>      '?' 


HaredEpisy 
Vitaux       •^ 


Plaine  de 


la'^^      Gros  .  -  .  ^.1?    -^^..^S^^^-..       --.  \  ..^..,.      <      ^  »<«^  ^ '^ '^.^^o  "s__ -' <ÎÈ?^S— "'f /.^' 


H'.'^Borne  Buisson M.FJ'.^  M-deG''^CÎ( 


CdesG' 


ds  •auxCornailles 


kr  i^^f  i^^^^^r'v.^^^î&rte 


.râeuF  •"'"■'.■  "-_.Cfîï..< de. scuvray-     r>7 -;:.        ^cl"' """"^"^e'      Cpottdu^^aitre  \^rT"''\ 

^sBeoriau_      Cpoix  de  Souvray  ^/^- ^^^7,       ^c^^*_^^         ^S^'^^"  ■"^^j;:„ïrd     "^^Ç^et 


»B' 


^^'-     Plattière^..    .  feSds^^itS^ 

Croix  dé  Souvri_j  luf^m  «^  ïv-^  --  -^^-^sw» 


rc  v^ 

Çh*"  M°."deGarde. 


5>-^auCbipon       -:,,^.>J,,       yf.'àGalène-        Soute    ^^^^ -j^to  ^^^p. 


Cdu  Bois . 


*■  pourris  Mare-aux^ 


de3Se,gneu-rs  «os  "  f™&i„ot         >?^vèrl'I!'^''^C^Î^'f-^fifr&(^  1 

»/ —■ V  Aclieres      a-  fferon  •S»"^™'"'-  mmeveres^       deMariotiè-         (.."f^ 


îsmerem^,-»^"»?'™  Ventes"  ■^"c:--     c-i 

soute  :Cdei3..^?^p5         Héron      ,  j^  _  ^     „,    -^ 

àci'nenrfSLrtJi, TA.,  .. '^^■i^ï. -V*^    Plaine 

.Vente  ^^^«fe^ ..-.,.  J*^°''«    =  da  Roso.r 


F«.ràchaux    Temps  Kcclosca\  jS''^ 
perdu  ^'^^^'f^Mfi 


nuer 
jauberlpn  T 


les 
Gaunes 


LEGENDE 

Grsnde  Route 
Boute  forestière 
Chemin  de  fer 

Echelle 


3  H. 


'iwe  \  ^  Garenne   lît>uXE2 


Vallée  Huel 
fl'cfeyali^/iei^-  Bois   d' 
Villiors.S'/.rnz  Villters  i/^_f,-„> 


UjTloit 


V  tot  auiLo»ps 
fsCamères 

RaTiés"-"* 


•lî^'  Gue 


ao 


t,iulney 


Ji/^jir- 


'  Episv 


M'jaeCraLBre&o 


PARIS-AT  LAS 


24 


LA    MARK   DE    FRANCHARD.    ^Korêt  de  Foalainebleau.  ) 


VINCENNES.   —  CHOISY-LE-ROI.    —    JUVISY.    —  FONTAINEBLEAU.    —    CORBEIL.    -    ÉTAMPES.   —  MONTLHÉRY. 
CHEVREUSE.    -    DAMPIERRE.    —    LES    VAUX-DE-CERNAY.    —   RAMBOUILLET. 


[ 

^^ 

1 

NE  fois  franchie  la  zone  fertile,  mais  mono- 
tone, des  plateaux  du  Xord-Est,  le  paysage 
redevient  aimable  dans  la  région  orientale  des 
environs  de  Paris.  11  doit  son  charme,  en 
grande  partie,  au  cours  de  la  Marne,  rivière 
coquette  et  sinueuse  entre  toutes,  s'attai-danl 
en  route,  charmée  qu'elle  est  de  relléter  les 
sommets  boisés  des  coteaux  qui,  sans  cesse, 
lui  barrent  le  chemin  et  qu'elle  est  bien  forci'e 
de  contourner,  peu  soucieuse,  en  réalité,  de 
voir  mêler  ses  eaux  à  celles  de  sa  grande  sœur,  la  Seine. 

Aux  portes  mêmes  de  la  capitale  viennent  aboutir  les  avenues  du 
bois  de  Vincennes,  ce  bois  de  Boulogne  des  arrondissements  de 
l'Kst.  Créées  et  aménagées  à  la  même  époque  pour  le  plaisir  de  la 
pnpulalion  parisienne,  les  deux  promenades  diffèrent  cependant  beau- 
coup d'aspect,  moins  par  elles-mêmes  que  par  leurs  habituels  visi- 
teurs. Tel  préférera  l'une  à  l'autre;  chacune  a  ses  agréments,  et  c'est 
là  une  question  de  sentiment. 

Si  haut  que  l'on  remonte  dans  l'histoire,  on  trouve  des  mentions  de 
la  forêt  de  Vincennes.  Couvrant  les  deux  rives  de  la  Marne,  elle  se 
confondait,  au  .\ord  avec  la  forêt  de  Bondy,  au  Sud-Est  avec  celle  de 
Sênart.  Les  rois  de  France  la  réduisirent  aux  proportions  d'un  vaste 
parc  qu'ils  firent,  dès  le  xn"  siècle,  entourer  de  murs  pour  y  chasser 
plus  commoilément,  et  ils  se  plurent  à  y  venir  souvent.  L'anecdote  si 
connue  qui  nous  montre  saint  Louis  rendant  la  justice  sous  un  chêne 
du  bois  de  Vincennes  ne  saurait  être  mise  en  doute,  car  elle  est 
rapportée  par  Joinville  lui-même,  contemporain  très  digne  de  foi  : 
«  Maintes  fois  avint  que,  en  esté,  il  se  alloil  seoir  ou  bois  de  Vincennes 

Paris-.Vtlas 


après  sa  messe,  et  se  acostoient  à  un  chesne,  et  nous  fesoit  seoir  au- 
tour de  lui.  Et  tout  cil  qui  avoient  afaire  venoient  parler  à  li  sang  des- 
tourbir  (empêchement^  d'huissier  ne  d'autre.»  Justice  expédilive.  qui, 
sans  doute,  valait  bien  la  nôtre,  sans  en  avoir  les  ruineux  inconvénients! 

Jusqu'à  la  Révolution  le  jiarc  resta  clos.  Les  «  gens  de  pied  »  étaient 
admis  à  y  passer  —  à  leurs  risques  et  périls  pendant  les  chasses  — 
mais  les  voitures  en  étaient  exclues.  Nous  avons  sous  les  yeux  une 
dépêche  du  ministre  de  la  maison  du  roi,  prescrivant,  à  la  date  du 
1^  février  1703,  au  gouverneur  du  château,  Bernaville,  d'empêcher 
i<  à  l'avenir  les  chariots,  charrettes,  fourgons  et  autres  voitures  publi- 
ques de  passer  dans  le  parc,  par  quelques  portes  que  ce  soit,  ainsy 
que  cela  se  pratique  dans  celuy  de  Vei-sailles  ». 

Cette  rigueur  disparut  avec  l'ancien  régime.  Le  bois  de  Vincennes 
redevint  ouvert  à  tous;  les  routes  qui  le  travei"s;iienl  passaient  même 
pour  n'être  pas  toujours  très  sûres  ;  ceux  qui  ont  écrit  sur  les  envi- 
rons de  Paris  il  y  a  une  centaine  d'années  s'accordent  à  dii-e  qu'il 
oITrail  des  promenades  solitaires  et  délicieuses. 

11  en  fut  ainsi  jusqu'au  second  Empire.  Le  bois  de  Boulogne  venait 
d'être  transformé.  Soucieux  de  plaire  aux  populations  des  faubourgs 
populeux,  plus  encore  qu'à  celles  des  quartiers  riclies.  Napoléi.n  lU. 
sur  les  conseils  d'Haussmann,  décida  de  faire  pour  le  bois  de  Vincennes 
ce  qui  avait  été  fait  pour  celui  de  Boulogne.  L"ne  loi  du  i\  juillet  1S60 
le  (létacha  du  domaine  de  l'État  pour  le  céder  à  la  Ville  de  Paris; 
celle-ci  s'engageait  à  en  faire,  dans  le  délai  de  quatre  ans,  une  pro- 
menade publique.  La  surface  concédée  fut  de  i,CM.iO  hectares,  sans 
compter  les  terrains  enclavés  et  retenus  par  le  ministre  de  la  Guerre, 
ou  concédés  à  une  société  de  coui-ses  de  chevaux.  Les  jardiniers  d'Al- 
phand  se  mirent  à  l'œuvre  et  tirent  du  bois  de  Vincennes  ce  qu'il  est 

i4 


230 


PARIS- ATLAS 


aujourd'hui  :  un  très  vaste  jardin  anglais,  qu'encadrent  des  massifs 
de  bois  donnant  l'illusion,  çà  et  là,  d'une  véritable  forêt.  On  peut  s'y 
engager  sans  crainte  de  s'y  perdre  :  les  plus  épais  fourrés  sont  vite 
interrompus  par  une  route  carrossable  et  un  chemin 
de  piétons.  L'eau  manquait  :  on  la  prit  dans  la  Marne, 
à  Saint-Maur,  et  dès  lors,  ruisseaux,  cascades  et  lacs 
répandirent  dans  presque  toutes  les  parties  de  la  pro- 
menade leur  charme  et  leur  fraîcheur. 

Les  points  les  plus  agréables  du  bois  deVincennes 
sont  :  les  lacs  Daumesnil  (où  l'on  ca- 
note) et  de  Saint-Mandé,  très  pitto- 
resquement  encaissés  au  milieu  de 
la  verdure  (les  tramways  de  la  Bastille 
à  Charenton  et  du  Louvre  à  Vincennes 
y  conduisent)  ;  le  lac  des  Minimes, 
situé  dans  la  plus  belle  partie  de 
l'ancienne  forêt,  desservi  par  le 
tramway  de  Xogent  et  à  proximité  de 
la  gare  de  Fontenay;  le  plateau  de 
Gravelle,  dominant  la  vallée  de  la 
Marne,  et,  au  delà,  celle  de  la  Seine; 
les  pelouses  de  Saint-Mandé,  où  de 
nombreux  joueur-s  de  boules,  consti- 
tués en  société,  rivalisent  de  coup 
d'œil  et  d'adresse  à  se  disputer  le 
voisinage  du  «  cochonnet  ». 

Malheureusement,  le  bois  est  par- 
tagé en  deux  par  un  vaste  espace 
dénudé,  le  polygone,  affecté  aux 
manœuvres  militaires,  et  dont  la  tra- 
versée, pour  les  promeneurs,  est  fort 
désagréable  en  toute  saison.  A  l'une 
des  extrémités  de  ce  Sahara  s'élève 
une  pyramide  consacrant  —  n'est-ce 
pas  maintenant  une  ironie?  —  le  re- 
boisement qu'avait  ordonné  Louis  XV 
en  1731  de  cette  partie  de  la  forêt. 

Le  château  de  'Vincennes  est 
un  des  plus  rurirux  monuments  de 
l'architecture  militaire  duxiv''  siècle. 

Il  est  resté  debout  pour  consoler  les  archéologues  de  la  disparition  de 
la  Bastille,  dont  il  était  à  peu  près  le  contemporain.  Il  ne  s'en  est  guère 
fallu,  d'ailleurs,  qu'il  n'ait  disparu  avant  elle.  Le  19  novembre  1787, 
l'Assemblée  provinciale  de  l'Ile-de-France  eut  à  statuer  sur  la  réclama- 
tion présentée  par  les  habitants  de  Vincennes  et  autres  lieux  voisins, 
au  sujet  des  impôts  que  leur  valait  la  garde  et  l'entretien  du  château. 
Elle  y  répondit  en  ces  termes  :  «  Les  dépenses  ne  doivent  plus  avoir 
lieu  à  compter  du  mois  dUctobre  dernier,  d'après  te  ordres  donnés  par 
te  rui  pour  ta  vente  ou  ta  dcmohtion  de  ce  cMteau.  »  On  croit  rêver  à  lire 
une  pareille  déclaration,  et  il  faut  se  rappeler  que,  nous  avons  eu  occa- 
sion de  le  dire  (p.  134),  la  démolition  do  la  Bastille  était  une  chose 
décidée  en  178'i.  Quelle  stupéfiante  indifférence  professait  Louis  XVI 
en  face  de  ces  édifices,  imposants  par  eux-mêmes,  par  leur  âge,  par  les 
souvenirs  qu'à  un  roi  de  France  plus  qu'à  tout  autre,  ils  devaient  rap- 
peler! celui  de  Vincennes,  surtout,  que  le  chêne  de  saint  Louis  et  cin(i 
siècles  de  fidèles  services  semblaient  devoir  défendre  contre    toute 


LE   DONJON    DE    VINCENNES, 


idée  de  destruction   administrative.   On  connaît  la  date 
exacte  —  1337  —  à  laquelle  Philippe  de  Valois  entreprit 
de  substituer  au  manoir  délabré  de  ses  prédécesseurs  un 
château  à  toute  épreuve.  Ce  n'est  pas  lui  qui  en 
acheva  l'œuvre  :  c'est  son  petit-fils,  Charles  V,  qui 
y  était  né,  précisément  en  cette  année  1337,  et, 
L'rand  bâtisseur  de  châteaux,  conserva  toujours  une 
alïectiou  spéciale   à   celui-là.  Tel   était  Vincennes 
3S0,  tel  il  serait  encore  aujourd'hui  si,  dans 
les  cinquante  premières  années  du 
xix"  siècle,  on   n'avait  jugé  bon  de 
le  découronner  de  ses  huit  tours,  et 
si,  dans  les  cinquante  dernières,  on 
n'avait   dénaturé    son    plan   primitif 
par  l'adjonction    de  bâtiments   an- 
nexes, désignés  sous  le  nom  de  nou- 
veau fort. 

L'accès  n'en  est  pas  aisé  ;  il  faut 
solliciter  de  l'autorité  militaire  une 
permission  que  la  simple  curiosité 
ne  suffit  pas  toujours  à  justifier.  Du 
dehors,  au  moins,  on  peut  admirer 
le  portail  d'entrée,  précédé  de  son 
pont  dormant  et  de  son  pont-levis, 
et,  sur  la  face  Ouest,  le  magnifique 
donjcm,  haut  de  plus  de  bO  mètres, 
du  Sommet  duquel  la  vue  est  si 
belle;  maisil  est  impossible  d'aperce- 
voir la  chapelle,  bijou  d'architecture 
commencé  en  1379  dans  le  style 
flamboyant,  achevé  seulement  sous 
François  L'',  décoré  de  remarquables 
vitraux  de  la  Renaissance  signés  Jean 
Cousin. 

Depuis  Louis  XI,  le  château  de  Vin- 
cennes fut  une  prison  d'État,  succur- 
sale de  la  Bastille, qui  reçutsesprison- 
niers  lorsqu'il  fut  di'salVecté,  en  178''i. 
Il  eut  encore  à  jouer  ce  sombre  rôle 
en  1804  ;  c'est  là,  en  elfet,  que  le  duc 
(l'Enghien,  arrêté  le  lu  mars  1804  à  Ettenheim,  non  loin  do  Bade,  fut 
amené  dans  la  soirée  du  20,  et  comparut  devant  un  conseil  de 
guerre  convoqué  en  quelques  heures,  qui  le  condamna,  ajirès  un 
interrogatoire  sommaire,  à  être  passé  par  les  armes.  La  sentence 
fut  exécutée  la  nuit  même  par  un  peloton  de  la  garnison,  dans 
les  fossés  du  château.  On  ne  saura  sans  doute  jamais  si  la  colère 
dr  Napoléon  était  feinte  ou  sincère  lorsciu'il  apprit,  le  lendemain,  à  la 
Malmaisoii,  l'iniquité  (|ui  venait  d'être  cummise.  L;i  Iti'slauratinn  éleva 
au  petit-lils  du  grand  Condé  un  monument  commémoralif  à  l'endroit 
même  où  il  avait  été  fusillé;  sa  sépulture  a  été  plus  tard  transférée 
dans  la  chapelle  du  château.  Déjà,  il  faut  le  dire,  la  tache  de 
sang  dont  les  murs  de  Vincennes  étaient  ainsi  souillés  avait  été  en 
quelque  sorte  elTacée  par  la  résistance  hémique  que  le  général  l)au- 
mesnil,  gouverneur  du  fni-t,  opposa  aux  armées  allii'cs  en  181'!  et 
en  181.5. 

.\  l'Est  et  au  Sud,  le  bois  de  Vincennes  dominf  la  valli''e  de  la 
Maine,  (]ui,  avant  do  se  joindre  à  la  Seine,  en  face  ih-  (".liarenlon 
l'xacli'nii'ul  à  Conflans,  svnonvme  do  coniluent),  décrit  une  courbe 


l'AVILLON    Dli«   J'OItÈT.S   AU    bol.'i   Dli    Vl.NCli.SMi:. 


ii.NlUKK    l'Iil.NcU'AI.I';    l'L'    i'UUT    DE    V  1  .N  C  E  .N  N  h.S. 


ExN VIRONS    DE   PARIS 


2.31 


PONT    DES    BEI, LES-FONTAINES, 
(Vue  prise  de  la  rivière.) 


Jes    plus    pra- 
ciouscs,    pi-hiiant 
naissance  à  Joiii- 
vilIci-Ie-Pont,   et 
formant  une  boii- 
cli!     si     complète 
(lu'après   un    cir- 
ruit    ili;   3    lii'UfS, 
elle       revient 
presque  au  point 
de  dt-part,  en  face 
deJoinvillemèmc. 
C'est  ce  qu<;  l'on 
appelle    le     tour 
de  Marne.  Il  y  a 
viiiiit  MHS  encoi'e, 
avant  i|ue  le  sport 
de  la  locomotion 
sur  route  eût  dé- 
trôné le  canotage, 
on    n'aurait    pas 
rencontré,     de 
Gournay   à    Man- 
tes, de  Compiègne 
à  la  Fin-d'Oisc, 
une     yole,     un 
yacht,  une  norvé- 
gienne, un  bateau 
à  voile,   une  pé- 
rissoire qui  n'eût 
accompli,  et  bien 
des  fois,  son  tour 
de    Marne.    Où 
trouver  plus  riants  paysages,  promenade  plus  facile,  malgré  les  deux 
écluses  de  Joinville  et  de  Créteil,  puisqu'il  suffit  de  se  laisser  glisser 
au  fil  de  l'eau,  parmi  des  îles  pleines  d'ombre,  au  pied  des  coteaux 
boisés  de  Cbampigny,  de  Chennevières,  de  Bonneuil,  de  Créteil,  sur  la 
rive  gauche,  tandis  qu'à  sa  droite  on  longe  la  presqu'île  dont  Saint- 
Maur  est  le  chef-lieu,  avec  ses  annexes  :  Champignolles,  La  Varenne, 
Adamville,  localités  chères  entre  toutes  aux  amoureux  de  la  villégia- 
ture, de  la  natation,  de  la  pèche  et  aux  derniers  fervents  de  l'aviron. 
Quelque  agréable  que  soit  le  tour  de  Marne  aux  promeneurs,  il  consti- 
tuerait pour  la  navigation   un  fâcheux  retard  —  les  péniches  sont 
insensibles  aux  beautés  de  la  nature  —  si  l'on  n'y  avait  pourvu,  dès  le 
premier  empire,  en  reliant  les  deux  bras  de  la  rivière  par  un  canal, 
en  partie  souterrain  (600  mètres),  en  partie  à  ciel  ouvert  (518  mètres), 
(pii  a  son  origine  à  200  mètres  en  aval  du  pont  de  Joinville,  et  son 
embouchure  au  hameau  de  Gravelle,  où  il  aboutit  à  un  autre  canal 
latéral  à  la  Marne  qui  conduit  les  bateaux  jusqu'aux  eaux  mêmes  de  la 
Seine.  Parallèlement  au  canal  de  Joinville,   en  a  été 
creusé  un  autre,  aux  frais  de  la  Ville  de  Paris,  en  18ti4 
et  1865,  pour  alimenter  les  usines  de  Saint-Maur,  d'où 
un  jeu  de  turbines  élève  la  .Marne  et  la  refoule  jus- 
qu'aux réservoirs  de  Ménilmontant,  en  fournissant  au 
bois  de  Vincennes,  comme  nous  l'avons  dit,  ce  qui  est 
nécessaire  à  son  alimentation. 

Au  delà  de  la  Marne,  la  banlieue  Sud-Est  constitue 
une  vaste  plaine  jusqu'à  Choisy-le-Roi,  petite  ville 
plus  célèbre  dans  le  passé,  par  les  souvenirs  qu'y 
ont  laissés  la  Grande  Mademoiselle  et  plus  tard 
Louis  XV,  qu'intéressante  dans  le  présent,  par- 
tagée qu'elle  est  entre  l'industrie  et  la  bourgeoisie 
jiarisiennes. 

Il  faut  remonter  la  Seine  jiis(iu','i  Ablon  rt  Athis- 
Mons,  deux  cli.irnianls  villages  île  la  rive  gauchi',  Jns- 
qn'à  Villeneuvi'-Sainl-Ceiiree^,  au  confluent  do  la  jolie 
rivière  d'Yerres,  dnininé'  par  les  coteaux  de  Grosbois, 
pour  retrouver  des  sites  agréables. 

Plus  en  amont  encore,  voici  Juvisy,  où  \in  bras  de 
l'Orge  se  réunit  à  la  Seine  après  avoir  passi''  sous  le 
piint  des  Bellea-Fontaincs.  Les  amis  de  l'art  connaissent 
trop  peu  ce  bel  édilice,  qui  n'a  pas  d'équivalent.  Jus- 
qu'en 1728,  la  grande  route  de  Fontainebleau  rencon- 
liait,  dans  la  traversée  de  Juvisy,  une  penle  escar[)éc, 
parfois  inaccessible,  formée  par  le  lit  de  la  Seine  et 
de  l'Orge.  On  y  remédia  i>ar  la  construction,  au-dessus 
di!  la  vallée,  du  pont  en  i|ueslion.  Il  dut  son  appellation 
aux  deux  fontaines  élégantes,  sculptées  par  Coustou, 
alimentées  d'eau  de  l'Orge,  qu'on  baptisa  plaisamment 


du  nom  d'orgeat  de  Juvisy.  Mais  là  n'est  pas  le  vrai  mérite  du  pont  : 
c'est  d'en  bas,  du  bord  de  la  rivière  qu'il  doit  être  vu.  Au-dessous  de 
la  baie  cintrée  sur  laquelle  passe  la  roule,  l'architecte,  trop  modeste 
pour  signer  son  œuvre  —  on  suppose  que  ce  fui  Gabriel  —  a  imaginé 
d'opposer  à  la  poussée  des  terres  une  série  de  sept  arcades  successives, 
d'une  structure  très  ferme  et  très  légère  à  la  fois,  donnant  à  l'œil 
une  sensation  tout  à  fait  inattendue. 

L'une  des  fontaines  du  pont  porte  une  inscription  ainsi  conçue  : 
"  Ce  monument  a  été  restauré  sous  le  règne  de  .Napoléon  le  Grand, 
en  181."?.  .>  L'année  suivante,  le  30  mars,  dans  la  soirée,  l'empereur 
pa.ssait  sur  le  pont  des  Belle.s-Fontaines,  marchant  sur  Paris  que  les 
Alliés  bloquaient.  Deux  kilomètres  plus  loin,  au  hameau  de  la  Cour- 
de-France,  entre  Juvisy  et  Athis,  il  s'arrêta  et  n'alla  pas  plus  avant  : 
on  venait  de  lui  apprendre  la  capitulation  de  la  capitale... 

C'est  à  Juvisy  que  se  termine,  dans  une  molle  inflexion  vers  la 
plaine,  le  haut  plateau  de  Longboyau,  qui,  du  coté  de  Paris,  com- 
mence à  Villejuif  et  sépare  la  vallée  de  la  Seine  de  celle  de  la  Biè»Te. 
La  grande  culture  y  est  seule  en  honneur;  déjà  l'on  s'y  croirait  dans 
la  Beauce;  çà  et  là,  quelques  clochers  de  villages  crjupent  l'uniformité 
de  l'horizon  :  Orly,  Rungis,  Fresnes,  Wissous,  Parav.  En  descendant  la 
vallée  de  la  Bièvre  par  la  belle  route  nationale  de  Choisy-le-Roi  à  Ver- 
sailles, au  bord  même  du  tranquille  cours  d'eau,  un  groupe  de  bâti- 
ments attire  l'attention. 

Ce  n'est  pas  un  château,  comme  on  s'attendrait  pourtant  à  en  voir 
dans  ces  aimables  campagnes,  où  le  nom  de  Berny  évoque  à  l'esprit 
tant  de  gracieuses  images  :  les  fêtes  qu'y  donnait  le  comte  de  Cler- 
mont,  sous  l'ancien  régime,  les  courses  au  clocher,  à  une  époque 
moins  lointaine.  A  les  regarder  de  plus  près,  ces  constructions  ont 
Tair  peu  engageant  et,  en  effet,  ce  sont  des  prisons,  les  prisons  de 
Fresnes,  que  le  département  de  la  Seine  a  fait  ériger  dans  ce  joli  cadre 
de  verdure  pour  remplacer  celles  de  Mazas  et  de  Sainte-Pélat'ie,  dont 
Paris  ne  voulait  plus. 

Perpendiculairement  à  celle  de  la  Bièvre,  une  vallée  aimable  entre 
toutes  s'ouvre  en  face  de  Bourg-la-Reine;  elle  est  dessen-ie  par  le  che- 
min de  fer  de  Sceaux  qui  la  gravit  en  serpentant.  Nulle  part,  la  banlieue 
de  Paris  n'est  plus  charmante  ;  c'est  le  pays  des  roses,  des  fruits,  des  ar- 
bustes vivaces.  Sceaux  en  est  la  capitale  ;  les  félibres  du  Midi  y  riennent 
chaque  été  communier  littérairement  avec  les  félibres  du  Xord,  devant 
la  tombe  de  Florian,  devant  les  bustes  d'Aubanel  et  de  Paul  Arène. 

Moins  éthérées,  sans  doute,  sont  les  aspirations  des  bandes  joyeuses 
qui  viennent  prendre  leurs  ébats  non  loin  de  là,  à  Robinson  :  les  gais 
repas  au  sommet  des  arbres,  les  promenades  à  cheval  ou  à  âne  sur  la 
route  montante  et  ensoleillée  qui  mène  aux  bois  de  Verrières,  la  ba- 
lançoire lancée  à  toute  volée,  voilà  les  plaisirs  qu'elles  y  viennent 
prendre,  et  même  ils  sont  le  petit  nombre  ceux  qui  songent  à  des- 
cendre dans  les  profondeurs  de  l'adorable  vallée  aux  Loups  pour  cher- 
cher à  y  retrouver  le  souvenir  de  l'hôte  illustre  qui  longtemps  y 
vécut  :  François-René  de  Chateaubriand. 

Il  faut  cependant  dépasser  de  quelques  lieues  la  zone  immédiate  de 


l'ONT   DES    BELLIi.S-FONTAINES,    A   JL'VISV,  ;Vu, 


Piu  t.  .ic  M.  Paul  Robtrt. 

prise  de  la  route.  ^ 


232 


PARIS -ATLAS 


ESCALIER    nu    FER    A    CHEVAL    ET    COUR    DES    AIIIEUX,    A    FONTAINEBLEAU 


]a  banlieue  parisienne  pour  trouver,  dans  la  région  du  Sud-Est  et  du 
Sud,  matière  à  des  excursions  tout  à  fait  intéressantes.  Dans  l'ordre 
géographique,  elles  se  présentent  de  la  façon  suivante  :  Fontainebleau, 
Corbeil,  Étampes,  Montlhéry,  Chevreuse,  Dampierre,  les  Vaux-de- 
Cernay,  Rambouillet. 

FONTAINEBLEAU 

Le  château.  —  Lorsque  le  territoire  de  la  (iaule  était  à  peu  près 
exclusivement  occupé  par  des  forets,  il  y  en  avait  une  très  vaste,  pre- 
nant naissance  sur  les  rives  de  la  Seine,  non  loin  de  l'endroit  où  cette 
rivière  reçoit  les  eaux  de  l'Yonne,  et  qui  reçut  le  nom  énigmatique  de 
forêt  de  Bière.  Au  xii»  siècle,  elle  s'appelait  déjà  forêt  de  Fontaine- 
bleau, dénomination  dont  la  seconde  partie  n'a  pas  été  mieux  expli- 
quée, car  l'histoire  d'un  lévrier  nommé  lilaud,  découvrant  une  source 
jusque-là  inconnue,  nous  paraît  à  peine  bonne  pour  masquer  aux 
enfants  un  aveu  d'ignorance.  —  Partout  où  il  y  avait  une  grande  foret, 
on  peut  être  assuré  de  rencontrer  une  résidence  royale  :  nos  rois 
étaient  passionnés  pour  la  chasse".  C'est  Louis  VII  qui  créa  celle  de 
Fontainebleau;  il  existe  des  chartes  expédiées  par  lui  de  cette  rési- 
dence, dont  il  fit  un  véritable  ciiàteau  fort,  avec  une  chapelle  dédiée  à 
saint  Saturnin,  que  consacra  Thomas  Becket,  le  célèbre  archevêque  de 
Cantorbéry,  chapelle  encore  aujourd'hui  conservée,  ainsi  que  les  sub- 
structions  d'un  donjon  élevé  à  la  même  époiiue.  Saint  Louis  se  jdut  à 
Fontainebleau,  bien  qu'un  jour  il  ait  été  attaqué  dans  la  forêt  par  une 
bande  de  malandrins  et  ait  failli  n'en  pas  revenir  vivant.  l'hilippo  \o 
Bel  y  naquit  et  tint  à  V(-nir  y  niouiir.   Chailes  V  y  installa  une  de  ses 


i<  librairies  »  ;  car  il  aimait  d'un  amour  égal  les 
œuvres  de  la  pensée  et  celles  de  l'architecture. 
Avec  François  I"  allait  commencer  la  gloire 
de  Fontainebleau.  Comme  à  Saint-Germain,  il 
transforma  le  vieux  château  féodal  en  un  palais 
étincelant  de  toutes  les  grâces  de  la  Renaissance. 
Henri  H  continua  son  œuvre  et  Henri  IV  y  ap- 
porta aussi  une  importante  contribution.  Ce 
séjour  lui  plaisait  fort;  il  l'embellit  de  plusieurs 
constructions  que  nous  noterons  au  passage  et 
créa  le  parc  qui  s'étend  vers  l'Est  jusqu'à  Avon. 
Il  s'y  trouvait  en  1603,  au  mois  de  mai,  et  si 
gravement  malade  qu'il  adressa  le  billet  suivant 
à  son  fidèle  Sully  : 

«  Mon  amy,  je  me  sens  si  mal  qu'il  y  a  appa- 
rence que  Dieu  veut  disposer  de  moy.  Or,  estant 
obligé,  après  le  soin  de  mon  salut,  de  penser 
aux  arrangemens  nécessaires  pour  asseurer  ma 
succession  à  mes  enfans,  et  les  faire  régner 
heureusement,  à  l'avantage  de  ma  femme,  de 
mon  Estât,  de  mes  bons  serviteurs  et  de  mon 
pauvre  peuple,  que  j'aime  comme  mes  chers 
enfans,  je  désire  conférer  avec  vous  sur  toutes 
ces  choses.  Venez  donc  me  trouver  en  diligence, 
sans  en  rien  dire  à  personne.  Faites  semblant 
de  venir  au  prêche  à  Ablon,  et,  y  ayant  secrè- 
tement fait  trouver  des  chevaux  de  poste,  rendez- 
vous  ici  dès  aujourd'huy.  »  Sully  accourut  : 
ce  n'était  qu'une  fausse  alerte. 

Deux  ans  avant,  le  27  septembre  1601,  Louis  XIII  était  né  à  Fontai- 
bleau.  Il  lui  en  témoigna  sa  reconnaissance  en  faisant  construire  pour 
la  ville  une  église  que  Louis  XIV  transforma  en  paroisse  en  1C61. 
Jusque-là,  les  habitants  de  Fontainebleau  étaient  paroissiens  d'.Vvon. 
Louis  XIV  montra  moins  de  tendresse  pour  ce  séjour  :  Saint-Crr- 
main,  Versailles,  Marly  le  retenaient  impérieusement;  aussi  l'abaii- 
donna-t-il  à  la  malheureuse  Henriette  de  France,  puis  à  la  sinistre 
Christine  de  Suède.  Sous  Louis  XV,  les  arts  y  furent  quelque  temps  en 
honneur  :  c'est  dans  la  salle  de  spectacle  du  château  (pii'  fut  repré- 
senté pour  la  première  fois  le  Devin  de  village,  de  J.-J.  Rousseau, 
en  17.54,  Tancréde,  de  Voltaire,  en  1760.  Napoléon  I"'^  est  le  dernier 
souverain  qui  ait  résidé  à  Fontainebleau;  sous  son  règne,  le  château 
fut  le  théâtre  de  plusieurs  événements  qui  a|ipartienneiit  à  l'histoire  : 
les  deux  séjours  du  pape  Pie  VII  —  entouré  d'honneurs  en  1805, 
lorsqu'il  vint  sacrer  l'empereur;  captif  et  maltraité  en  1812  —  enfin 
l'abdication  et  les  adieux  aux  troupes.  Au  cours  de  sa  magistrature,  si 
tragiquement  interrompue,  le  président  Carnot  séjourna  pendant  deux 
étés  au  château. 

La  richesse  du  monument  est  en  rapport  avec  celle  de  ses  souvenirs 
historiques;  elle  leur  doit  aussi  sa  variété  et  le  cachet  de  styles  d'ar- 
chitecture très  divers,  pour  ne  pas  dire  disparates.  Le  plan  du  château 
est  tout  à  fait  dépourvu  d'homogénéité  ;  c'est  là  un  défaut  évident,  intei-- 
disant  toute  description  d'ensemble  et  ne  laissant  pas  au  visiteur  la 
faculté  de  reconstituer  par  la  pensée  le  plan  des  bâtiments  successifs 
qu'il  a  parcourus.  Il  faut  donc  procéder  jiar  di'lail. 

On  entre  dans  le  palais  par  la  cour  du  Cheval-Blanc,  que  l'on  nomme 


VUE    UU    l'AltlEltlUO    ET    DU    l'AKC    DE    Ko  .M  A  1 N  EU  Lli  A  U. 


ENVIRONS  DE  PARIS 


233 


LA    PIÈCE   D'1;AU   des   carpes,   au   palais    de   FONTAINEBLEAU. 


Phot  Ne 
LA    TOUR   DENECOURT,    ANCIEN    FORT   DE    L'EMPEREUR. 


cour  des  Adieux  depuis 
que  Napoléon  I"',  le 
20  avril  1814,  avant  de 
partir  pour  lile  dElbe,  y 
prit  congé  des  généraux 
qui  l'avaient  tant  de  fois 
accompagné  à  la  victoire, 
de  sa  vieille  garde,  du 
drapeau  qu'il  embrassa 
en  pleurant.  Elle  devait 
Sun  premier  nom  au  mou- 
lage en  plâtre  du  cheval 
de  lu  statue  de  Marc-Au- 
rèle,  moulage  qui  fut  dé- 
moli en  1626.  Au  fond  de 
la  cour,  un  escalier  en  fer 
à  cheval,  construit  sous 
Louis  XIII  par  Le  Mercier, 
dont  c'est  une  des  meil- 
leures œuvres,  donne 
accès  à  la  belle  galerie 
François  I",  longue  de 
64  mètres,  magnifique 
construction  de  la  Re  - 
naissance,    ornée    de    fresques    remarquables. 

A  gauche  est  la  chapelle  de  la  Sainte-Triniti-, 
qui  date  également  de  François  I"  et  fut  décorée 
sous  Henri  IV  de  peintures  de  Fréminet.  Au  delà, 
les  appartements  de  Napoléon  I"'',  parmi  lesquels 
le  cabinet  avec  la  console  sur  laquelle  l'empe- 
reur signa  son  abdication.  Ces  liàliments  pren- 
nent jour  sur  le  jardia  de  l'Orangerie  ou  de 
Diane. 

A  droite  sont  les  appartements  dits  du  pape 
et,  dans  le  pavillon  d'angle,  ceux  des  reines 
mères.  La  cour  de  la  Fontaine,  sur  laquelle  ils 
ouvrent,  se  termine  par  le  bassin  fameux  où 
s'ébattent  des  carpes  centenaires,  dit-on,  (buit 
les  ouïes  sont  traversées  d'anneaux  d'or. 

Par  l'élégante  Porte  dorée,  on  passe  dans  la 
cour  Ovale,  dite  aussi  du  donjon.  Son  périmètre 
représente  l'ancien  château,  antérieur  à  Fran- 
çois I".  On  nomme  appartement  de  saint  Louis 
les  bâtiments  qui  s'adossent  à  la  cour  de  la 
Fontaine  et  à  la  galerie  de  François  l",  mais  ce 
n'est  là  qu'une  fiction,  car  ils  datent  seulement 
du  xvi'  siècle. 

L'aile  de  droite  contient  la  partie  la  plus  re- 
marquable   du    château   :    l'admirable    galerie 


Henri  H,  appelée  encore  salle  des  fêles,  dont  l'exquise 
décoration  n'est  qu'un  long  poème  d'amour  adressé 
par  Henri  II  à  la  triomplianle  maîtresse,  Diane  de  Poi- 
tiers. Tout  proche  est  la  chapelle  primitive  du  château, 
la  chapelle  Saiiil-.Saturniii,  dont  nous  parlions  tout  a 
l'heure,  aujourd'hui  fermée.  Enfin  la  porte  Dauphin-- 
relie  la  cour  Ovale  à  celle  des  Oflices;  elle  est  sur- 
montée d'un  diSme  assez  étrange,  sous  lequel  Louis  .XIII 
reçut  le  baptême.  Celle  cour  des  Offices,  qui  coiTespond 
elle-même  à  la  place  d'Armes,  date  de  Henri  IV  ;  les 
bâtiments  considérables  qui  l'environnent  abrilèrent 
pendant  quelque  temps  l'Ecole  spéciale  militaire  avant 
.sa  translation  à  Sainl-Cyr,  puis  l'École  d'ap[dication 
d'artillerie,  pourvue  maintenant  de  bâtiments  particu- 
liers, en  dehors  du  ehâteau. 

Le  côté  de  la  cour  Ovale  faisant  face  à  la  galeri-f 
Henri  II  n'est  pas  moins  digne  d'une  visite;  entre  la 
cour  des  Princes  et  le  jardin  de  l'Orangerie,  on  verrai 
la  galerie  de  Diane,  et,  non  loin,  la  galerie  des  Cerfs  où 
la  reine  Christine  fit,  le  10  novembre  lOii",  assiissiner 
avec  une  sauvagerie  féroce  son  écuyer,  son  conseiller, 
son  amant  inlidèle,  Monaldeschi.  Un  tableau  et  une 
inscription  marquent  l'endroit  où  le  malheureux, 
percé  de  coups  d'épéc  qui  lui  donnaient  une  mort 
trop  lente,  eut  une  agonie  de  près  d'une  heure.  Tra- 
gédie épouvantable,  qui  aurait  dû  valoir  à  la  reine 
de  Suède  une  expulsion  immédiate,  devant  laquelle 
Louis  XIV  eut  la  faiblesse  d'hésiter. 

Le  château  est  entouré 
de  parterres,  de  jardins 
anglais  et  d'un  parc  où  le 
grand  canal  et  un  joli 
étang  entretiennent  une 
fraîcheur  fort  agréable  ; 
mais,  après  la  visite  du 
château,  les  touristes  ont 
hâte  de  pénétrer  dans  la 
forêt  et  d'en  connaître  au 
moins  lesprincipaussitts. 
La  forêt.  —  Sa  super- 
tirii'  n'est  pas  moindre  de 
lùO  kilomètres  carrés,  ce 
qui  laisse,  même  à  ceux  de 
sis  visileui-s  qui  se  flat- 
tent de  la  connaître  le 
mieux,  la  certitude  à  peu 
près  complète  de  n'en 
jamais  connaître  toutes 
les  parties.  Deux  hommes, 
cependant,  méritent  la 
renommée,  et,  de  la  part 
des  touristes,  une  infinie 


ri. t.  I>c:.;siiTin(. 


\  li:   DU    PALAIS   DE   FONTAINEBLEAU. 


234 


PARIS-ATLAS 


LA    SALLE   DU    TRONE,    AU    PALAIS    DE   FONTAINEBLEAU. 


reconnaissance  pour  avoir  consacré  leur  existence  à  y  faciliter  les 
excursions,  à  ouvrir  des  sentiers  dans  le  dédale  des  fourrés,  à  élever 
des  poteaux  indicateurs,  à  écrire  des  guides  et  à  dresser  des  plans,  à 
marquer  sur  les  rochers,  par  des  sij,'nes  bleus  et  rouges,  le  sens  du 
chemin  qu"il  faut  suivre  pour  ne  pas  s'y  égarer  pendant  des  heures; 
ils  se  nomment  Denecourt  et  Colinet,  surnommés  avec  juste  raison  les 
sylvains  de  Fontainebleau. 

Le  tracé  du  chemin  de  fer  de  Lyon  contribue  heureusement  à  rendre 
accessibles,  sans  trop  de  fatigues,  les  différents  cantons  de  ce  vaste  ter- 
ritoire, ceux  qui  sollicitent  le  plus  la  curiosité  des  promeneurs.  Lagrande 
ligne  de  Lyon,  côtoie  la  lisière  orientale  de  la  forêt,  entre  Bois-le-Roi  et 
Moret,  et  la  ligne  du  Bourbonnais,  se  détachant  de  la  précédente  à 
Moret,  en  dessert  la  limite  méridionale  jusqu'à 
la  station  de  Bourron. 

De  cette  façon,  il  est  possible  de  diviser  les 
excursions  principales  en  trois  groupes  ayant 
leur  point  de  départ  à  l'une  des  trois  gares  de 
.\Iclun,  de  Fontainebleau,  de  Montigny-Marlotte. 

De  la  gare  de  Melun,  un  tramway  mécanique 
conduit,  en  trois  quarts  d'heurt;  (12  kilomètres 
di;  Melun,  57  de  Paris)  à  Harbizon,  simple  ha- 
meau de  la  commune  de  Chailly-en-Bicre,  mais 
dont  le  nom  seul  évocjue  l'idée  des  hautes  futaies, 
des  gorges  et  des  roches,  en  môme  temps  que  le 
souvenirde  maîtres  paysagistes  tels  que  Th.  Ruus- 
srau,  Fiançois  Millet,  Daubigny.  Arrivé  là,  on 
l'st  dans  la  région  occidentale  de  la  forêt,  la 
plus  belle  peut-être,  au  dire  des  connaisseurs, 
(/est  le  centre  des  excursions  au  cam[)  de  Chailly 
(vers  le  Nord-Est),  aux  futaies  du  Bas-Bréau  et 
h  la  caverne  des  Brigands  (vers  le  Sud-Est),  aux 
gorges  d'Apremont  et  à  celles  de  Franchard  (à 
IDuest). 

Si  l'on  descend  à  la  gare  même  de  Fontaine- 
bleau, l'on  n'a  jilus  que  l'embarias  du  choix. 
l'ascinés  bien  naturellement  par  le  château,  la 
plupart  des  touristes  s'orientent  vers  la  ville  où 
un  tramway  commode  les  conduit;  mais  à  ceux 
ipii  sont  venus  [lour  la  forêt  nous  iccommande- 
rdus  iMslamiiii'iil  de  si-  mainirnjr  sur  la  lmucIic 
du  chemin  de  fer;  ils  trouveront  des  parties  de 
tiirêts  superbes  entre  la  ligne  et  lu  Seine,  «fiilre 
Saniois  et  Thomery,  en  passant  par  Valvins.  Ici 
les  deux  charmes  sont  réunis  :  l'eau  et  le  bois; 
le  juste  reproche  que  l'on  a  souvent  fait  à  la  forêt 
de  Fontainebleau  d'être  trop  aiide  et   rocheuse 


ne  saurait  être  justifié  ici.  Les  excursions  abon- 
dent, d'ailleurs,  avec  Fontainebleau  pour  centre  : 
à  l'Est,  Avon,  le  mont  Andart,  le  rocher  Brûlé  : 
au  Nord,  le  mont  Chamet,  la  vallée  de  la  SoUe, 
le  rocher  Cassepot  :  à  l'Ouest,  le  mont  Aigu,  les 
gorges  du  Houx,  le  Long-boyau  :  au  Sud,  le  mont 
Morillon,  le  rocher  des  Demoiselles,  etc. 

Par  la  ligne  du  Bourbonnais,  il  faut  s'arrêter  à 
la  station  de  Montigny-Marlolte.  A  Monligny,  que 
(luy  de  Maupassant  célébra  dans  un  de  ses  der- 
niers romans,  Notre  Cœur,  une  rivière  encore,  le 
Loing,  baigne  la  lisière  de  la  forêt;  Marlotte 
partage  avec  Barbizon  le  droit  d'héberger  les 
hôtes  de  ces  bois.  De  là,  les  promenades  les  plus 
recherchées  sont  la  mare  aux  Fées,  la  gorge  aux 
Loups,  et  pour  ceux,  enfin,  qui  veulent  reculer 
les  limites  du  pittoresque  jusqu'au  point  où  il 
confine  à  la  sauvagerie,  les  grandioses  solitudes 
du  Long-Rocher. 

Corbeil,  l'un  des  chefs-lieux  d'arrondisse- 
niint  du  département  de  Seine-et-Oise,  est  une 
aimable  petite  ville  située  sur  la  Seine,  à  son 
confluent  avec  l'Essonne,  à  la  fois  très  manufac- 
turière (les  moulins  Darblay  sont  célèbres)  et 
très  bourgeoise.  La  Seine  s'est  chargée  de  sé- 
parer ces  deux  éléments,  en  gardant  le  premier 
pour  sa  rive  gauche.  L'autre  l'ive,  celle  du  quar- 
tier tranquille,  a  conservé  le  nom  de  Vieux- 
Corbeil;  sur  le  coteau  qui  la  domine  s'élève 
l'ancienne  église  de  Saint-Germain-du-Vieux- 
Corbeil,  restaurée  et  maintenant  transformée 
en  musée  d'antiquités  locales.  Ce  que  la  ville 
olfre  de  plus  curieux,  c'est  son  église  Saint- 
Spire,  monument  historique  dont  la  construction  remonte  aux  xti"  et 
xni'  siècles  et  dont  le  portail  hors  œuvre  donnait  jadis  accès  au 
cloître  de  l'église.  Les  portes  en  ont  été  détruites  pendant  la  Révolu- 
tion, mais  l'arcade  gothique  est  restée  intacte  et  très  belle,  encastrée 
tout  simplement  au  milieu  de  maisons  dont  la  banalité  met  mieux  en 
relief  l'élégance  de  son  ogive  et  des  deux  échauguettes  pointues  dunt 
elle  est  accostée. 

Il  fallait  jadis  une  bonne  journée  pour  aller  de  Paris  à  Corbeil  par 
le  coche  d'eau;  on  l'appelait  le  Corbeillard  et  sa  lenteur  lu'overbiale 
lui  a  valu  de  donner  son  nom,  devenu  corbillard,  à  nos  chars  funèbres. 
Aujourd'hui,  c'est  un  jeu  pour  les  trains  directs  de  faire  ce  trajet  en 
trois  quarts  d'heure,  et  la  route  est  aussi  jolie  que  par  l'antique  cor- 


CIIA.MUl{t:  A    COUCHER    DE    M\Kli:    ANIOI.NETTE,    A    KO  N  T  A  I  N  E  U I.  E  A  U. 


ENVIRONS   DE  PARIS 


billard,  car  die  romonto  comiur;  lui  la  Scino  et  traverse  ces  localllfis 
charmantes  qui  ont  nom  :  Vill<fneuve-Saint-(;éoiges,Juvisy,Ris-Ûrangis, 
Évry-Petit-Bourt;.  Depuis  cpielques  années,  la  ligne  a  été  prolongée  sur 
la  rive  gauche  de  la  Seine  entre  Corbeil  et  Melun,  d'où  elle  se  pro- 
longe par  la  rive  droite  jusqu'à  Montereau,  tandis  que  l'ancienne 
ligne,  celle  de  Lyon,  dessert  la  rive  gauche  du  lleuve,  entre  ces  deux 
dernières  villes. 

Étampes,  si  coquette  soit-elle,  ne  justifierait  peut-être  pas  suffi- 
sammi-nt  l'Iionneur  d'une  excursion  spéciale,  mais  ceux  qui,  y  passant, 

pourront  s'arrêter  quel- 
ques heures  ne  le  re- 
f;retteroiit  pas.  Malheu- 
reusement, le  chemin  de 
fer  d'Orléans  semble  mal 
disposé  à  les  encourager. 
.\utrefois  les  trains  ra- 
pides s'arrêtaient  à 
Élampes;  tous,  mainte- 
nant, <i brûlent»  dédai- 
gneusement sa  gare,  et 
la  perspective  d'aller  de 
là  à  Orléans  par  un  train 
omnibus  n'a  rien  d'en- 
courageant; nulle  part, 
les  plaines  de  la  Beauce 
n'offrent  une  monotonie 
plus  fastidieuse.  Il  n'en 
ust  pas  de  même,  à  vrai 
dire,  entre  Étampes  et 
Paris;  la  campagne  y 
offre  toutes  les  variétés 
de  ses  attraits  :  vallons, 
bois,  cours  d'eau  dis- 
crets, et,  à  chaque  pas,  de 
riants  et  riches  villages, 
des  propriétés  magnifi- 
ques entourées  de  murs 
à  perte  de  vue,  ou  de  gen- 
tils chalets,  montrant  les 
dentelures  de  leurs  fa- 
çades à  demi  cachées 
derrière  quelque  vieil 
arbre. 

Étampes  même  est 
fort  bien  située  au  pied 
d'une  colline  d'où  des- 
cend la  Juine,  grossie  — 
oh!  bien  peu  —  des  eaux  de  l'Œuf.  Le  sommet  de  la  colline  est  cou- 
ronné par  un  vénérable  donjon,  nommé  la  tour  Guinette,qui  est  tout 
ce  qui  reste  d'un  château  fort  du  xu"  siècle.  Dans  le  centre  de  la  ville 
se  trouvent  quelques  maisons  de  l'époque  de  la  Renaissance  :  celles 
de  Diane  de  Poitiers,  d'.Vnne  de  Pisseleu,  duchesse  d'Étampes. 

Du  côté  de  l'Est,  les  environs  oiTrent  de  nombreuses  promenades, 
dont  la  plus  attrayante  consiste  à  rejoindre  la  forêt  de  Fontainebleau, 
tout  au  travers  du  canton  de  Milly,  qu'arrose  l'Essonne. 
Montihéry.  —  Pendant  des  siècles,  Montlhéry  n'eut 
de  relations  avec  Paris  que  celles  que  lui  procuraient 
les  lourdes  pataches  parcourant  la  route  d'Orléans. 
Quand  la  voie  ferrée  fut  ouverte,  en  1844,  jusqu'à  Or- 
léans, on  eut  la  ressource  de  s'arrêter  à  la  station  de 
Saint-Michel,  qui  n'est  distante  de  Montlhéry  que  d'une 
lieue,  et  de  là,  soit  pédestrement,  soit  en  carriole,  soit 
en  voiture  publique  lorsque  le  service  fut  créé,  arriver 
à  destination.  C'était  tout  un  voyage;  il  fallait  presque 
y  être  forcé  pour  le  faire;  les  touristes  regardaient  à 
deux  fois  avant  de  l'entreprendre.  Et  pourtant,  ils  sa- 
vaient trouver  au  terme  de  leur  pérégrination  de  quoi 
les  récompenser  de  leur  peine.  Ils  n'ont  plus  hésité  de- 
puis qu'en  1S94  leur  a  été  livré  le  chemin  de  fer  sur 
route  de  Paris  à  .Vrpajon,  qui  part  de  l'Odéon,  et,  en 
une  heure  et  demie,  les  conduit  au  pieil  de  la  tour 
fameuse.  Sans  compter  que  dès  que  l'on  a  franchi  les 
quelques  kilomètres  qui,  au  sortir  même  de  Paris, 
n'ont  rien  de  séduisant,  la  route  ne  paraît  pas  longue, 
tant  les  panoramas  qui  se  succèdent  sont  d'un  agréable 
aspect  :  le  parc  de  Sceaux,  que  l'on  côtoie  de  Bourg-la- 
Reine  à  la  Croix-de-Berny,  les  hauteurs  et  la  belle 
plaine  de  Wissous,  jusqu'à  Chilly-Mazarin,  l'aimable 
Longjumeau,  les  magnifiques  coteaux  boisés  qui  do- 


LA   TOUR   DE    MONTI.H  K  R  V. 


minent  Saulx- 
les-Chailreux,  la 
roule  d'Orléans 
que  l'on  retrouve 
à  Ballainvilliers , 
toute  bordée  de 
vergers  opulents 
avec  des  échap- 
pées à  perte  de 
vue  sur  les  prai- 
ries qu'elle  tra- 
verse. Déjà,  dans 
le  lointain,  la 
tour  se  dresse  à 
l'horizon.  Boileau 
a  été  injuste  pour 
elle  dans  Le  Lu- 
trin. Nous  som- 
mes moinssévères 
aujourd'hui  pour 
les  monuments 
du  passé,  surtout 
lorsqu'ils  ont, 
comme  celui-ci, 
huit  cents  ans 
d'existence,  des 
brèches  vénéra- 
bles, que  la  brique 
a  mal  à  propos  et 
tant  bien  que  mal 
cimentées,  et  une 
histoire  glorieuse 
dans   les  annales 

de  la  féodalité,  car,  jusqu'à  Louis  XI,  ce  fut  le  rempart  le  plus  redou- 
table derrière  lequel  s'abritèrent  les  vassaux  en  rébellion  contre  la 
royauté.  11  suffit,  d'ailleurs,  d'en  gravir  non  pas  même  la  plate-forme 
supérieure,  mais  la  «motte»  sur  laquelle  elle  est  a.ssise  et  de  reconsti- 
tuer par  la  pensée  les  différentes  enceintes  du  château  fort  dont  elle 
était  le  dernier  refuge,  pour  comprendre  quelle  résistance  des  hommes 
résolus  pouvaient  opposer  là  à  toute  une  armée. 

Le  bourg  ne  se  réveille  de  sa  torpeur  habituelle  que  les  joui-s  de 
foire  et  de  marché,  quand  les  fermiers  des  villes  voisines  s'y  donnent 
rendez-vous  d'affaires.  Si  souvent  troublé  jadis  par  les  aventures 
belliqueuses,  il  donne  asile  maintenant  à  de  nombreuses  maisons 
d'éducation  aux  programmes  éminemment  pacifiques.  Il  a  toutefois 
conservé  quelques  curieux  vestiges  du  passé  :  une  porte  de  ville  très 
pittoresque,  et  la  façade,  malheureusement  trop  restaurée,  d'un  hôpital 
fondé  par  Louis  VIL 

Au  Nord-Ouest  de  Montlhéry  régnent  de  fertiles  plateaux,  mont,  val 
ou  plaine,  ou  bois  encore,  qui  s'élèvent  jusqu'à  la  vallée  de  l'Yvelle. 
Quand  on  les  a  parcourus,  l'on  arrive  au  milieu  d'un  des  sites  les  plus 
délicieux  des  environs  de  Paris.  Nous  disions  plus  haut  que  la  région 
voisine  d'Orgeval  a  été  surnommée  la  petite  Suisse;  ici,  le  surnom 
s'applique  au  moins  aussi  bien  ;  depuis  longtemps,  les  paysagistes  le 


CHATEAU  DE  LA  MADELEINE,  A  CHEVREUSE 
I.  Tuur  de  l'Ouest.  ) 


VUE  GÉNÉRALE  DU  CHATEAU  DE  DAMPIERRE. 


236 


PARIS-ATLAS 


savent  et  le  nombre,  sinon  la  valeur,  est  incalculable  des  tableaux, 
pocliailes,  études,  qui  retracent  les  points  de  vue  fournis  par 
Chevreuse,  Dampierre,  les  Vaux-de-Cernay  et  la  profonde  vallée  de 
Port-Royal. 

Le  chemin  de  fer  de  Paris  à  Limeurs  y  conduit.  Il  faut  descendre  à 
la  station  de  Saint-Remy-lès-Clievreuse,  distante  de  33  kilomètres. 
Chevreuse  n'en  est  qu'à  une  demi-lieue.  Construite  sur  les  bords  de 
l'Yvette,  c'est  une  jolie  petite  ville,  très  bourgeoise  et  même  un  peu 
paysanne,  en  dépit  de  la  couronne  ducale  qu'elle  a  droit  à  mettre  dans 
ses  armoiries.  Elle  est  vite  parcourue,  mais  l'on  doit  une  visite  aux 
ruines  de  son  château,  de  la  Madeleine  comme  on  l'appelle  du  nom 
de  la  chapelle,  aujourd'hui  détruite,  où  allaient  jadis  prier  les  châte- 
lains. Les  ruines  en  sont  vénérables,  car  elles  consistent  princi- 
palement en  un  donjon  datant  du  xu=  siècle  ;  la  vue  que  l'on  décou- 
vre sur  la  campagne  environnante  mérite  l'ascension,  car  elle  est 
admirable. 

En  face,  au  delà  de  l'hospice,  dont  les  pierres  ont  une  blancheur 
éblouissante,  s'allonge  en  serpentant,  au  pied  de  la  colline  qui  domine 
la  rive  gauche  de  l'Yvette,  la  route  de  Dampierre.  C'est  elle  que  l'on 
suivra.  Au  bout  de  2  kilomètres,  elle  traverse  la  commune  de  Saint- 
Forget;  mais,  avant  d'y  arriver,  on  a  laissé  sur  la  gauche,  de  l'autre 
côté  de  la  rivière,  un  hameau  dé- 
pendant de  celte  commune,  nommé 
Sous-Forêt,  et  dont  l'histoire  est  cu- 
rieuse. Au  XVI'  siècle,  on  l'appelait 
Bergerac,  et  c'est  précisément  de  là 
que  Savinien  de  Cyrano,  né  à  Paris, 
paroisse  Saint-Sauveur,  le  G  mars1619, 
prit  son  nom  de  Cyrano  de  Ber- 
gerac. Les  documents  produits  là- 
dessus  sont  irréfutables.  Que  les 
cadets  de  Gascogne  en  fassent  leur 
deuil. 

Dampierre  est  aussi  un  village, 
mais  c'est  surtout  un  château,  resté, 
depuis  que  Mansard  l'a  construit, 
dans  la  famille  de  Luynes,  héritière 
des  ducs  de  Chevreuse,  un  château 
dont  la  porte  s'ouvre,  le  vendredi 
seulement,  aux  personnes  qui  en  ont 
sollicité  l'autorisjition.  Le  cadre  est 
aussi  joli  que  le  tableau,  et  beau- 
coup de  promeneurs  s'estiment  sa- 
tisfaits en  se  disant  qu'il  y  a  der- 
rière ces  grilles  une  belle  statue 
en  argent  de  Louis  XIII  enfant  par 
Simart. 

Encore  une  lieue  de  plaine  et  voici 
le   vallon   charmant  qui,   depuis  le 


RUINES    DE    L'ABBAYE   DES    VAUX-DE-CERNAY, 


/W          j^^^^ 

4 

^ 

A 

À 

M  ^Ê             rf'4flf    *^ 

K^P|B 

■  m 

£^^^Ijx 

W 

Wi 

1^9 

W 

f;^ 

h      "^  ''^Ê 

^  ^^ 

jo^: 

1  '• 

"""TTriW 

H 

■ii> 

•Il  j 

k 

■ 

ii^  iri  1  '"^' 

—a» .  - 

-Aj\ 

uL. 

jL 

&,^ 

1 

p*^ 

P 

■M 

■P 

m 

Ffl 

1 

H 

■i 

— 

VUE  DU    CHATEAU    DE   RAMBOUILLET.  'Façade  sur  les  jardins.) 

XII'  siècle,   s'appelle    les  Vaux-de-Cernay.    Dans    celte    soliludi' 
s'était  fondée  une  abbaye  d'hominr.^  qu'-  la  itévululion  dispersa,  m.iis 


VUE    D  U    C  H  A  r  EAU    DE    K  A  M  B  O  U  II,  L  E  T. 


dont  quelques  bâtiments,  de  plus 
en  plus  minés  par  le  temps,  ont 
subsisté.  Le  site  est  sauvage  et  pitto- 
resque à  souhait  pour  mettre  en 
relief  ces  vestiges  du  passé.  On  n'y 
accède  d'ailleurs  qu'après  avoir  suivi 
des  sentiers  qui  longent  un  ruis- 
seau, le  rû  des  Vaux-de-Cernay, 
courant  et  cascadant  sur  des  rochers, 
côtoyant  un  coteau  très  boisé,  le 
bois  des  Maréchaux,  au  sein  duquel 
la  Ville  de  Paris  exploite  sa  plus 
féconde  carrière  de  pavés  de  grès. 
Ou  revient  de  cet  Éden  par  Cernay- 
la-Ville,  d'où  une  bonne  route  de  voi- 
tures conduit  à  Boullay-Ies-Trous, 
station  de  la  ligne  de  Limours. 

Sans  avoir  été  jamais  à  propre- 
ment parler  un  séjour  royal,  Ram- 
bouillet n'a  pas  porté  bonheur  aux 
souverains.  François  I""  y  mourut 
en  io47;  Henri  111,  menacé,  pour  ne 
pas  dire  plus,p.ir  son  bon  peuple  de 
Paris,  lors  de  la  journée  des  Barri- 
cades, y  arriva  bride  abattue,  le  soir 
même  du  2i  mai  1o88  :  ■>  Il  alla,  dit 
l'Estoili',  passer  à  Trappes,  de  là  faire 
collation  et  coucher  tout  botté  à 
Hambouillet,  et  le  lendemain  disner 
à  (^liartres,  ou  il  lui  liien  reçu  par  les  habitans,  et  y  séjourna  jusques 
au  dernier  jour  de  may.  » 

Le  29  mars  181'i,  à  trois  heures  de  l'après-midi,  Rambouillet  assistait  à 
la  fuite  d'une  autre  dynastie  :  le  roi  de  Rome,  le  pauvre  «  aiglon  », 
emporté  dans  les  bras  de  sa  mère,  Marie-Louise,  y  passait,  quittant 
l'aris,  où  les  Alliés  entraient,  gagnant,  peu  après,  les  rives  de  la  Loire, 
Iflois,  autre  étape  de  l'exil  suprême. 

Enfin,  le  30  juillet  1830,  les  carrosses  de  la  cnur  —  mais  cette  fols 
l'aigle  impériale  avait  été  remplacée  par  les  lleurs  de  lis  —  amenèrent 
encore  à  Rambouillet  un  souverain  déchu,  Charles  X,  conduisant  aussi 
un  enfant  avec  lui,  le  duc  do  Hordeaux,  autre  liéritier  présomi)tif  il'une 
Couronne  (jui  ne  devait  jamais  lui  appartenir. 

l^e  château,  témoin  d'événenienls  si  dramatiques,  s'il  offic  de  l'in- 
lé'rètiiar  son  liisloire,  en  a  1res  p(ni  par  lui-même.  On  lient  le  vi.-^iler 
<ii  temps  ordinaire,  mais  il  est  pi-esque  inutile  d'y  pénétrer.  Des 
bàliments  anciens,  seule  est  resiée  debout  mie  grosse  tour  du 
xiv  sièitle  (c'(!st  là  (|ue  mourut  François  I'"')  encastrée  dans  des 
edustructions  dc's  deux  derniers  siècles.  En  revanche,  les  janlins 
très  vastes  qui  dépen<lent  du  domaine  présentent  les  plus  agréables 
piomenades.  Par  certains  côtés,  ils  rappellent  ceux  de  Versailles  el. 
ciinime  à  Trianon,  l'on  y  retrouve  le  souvenir  de  Marie-Antuinette, 
s(jus  forme  d'unie  laiterie  (|ue  Louis  XVI  avait  fait  édilier  iioui'  elle. 
Et  il  y  a  encme  là  un  contraste  quel(|ue  peu  niél,in(olii|ue  à  l'ialdii' 
entre  ces  ]iuérili's  niignanlises,  qui  ont  subsisté'  et  ces  trônes, 
([u'un    coup   de   vent   a  jetés  bas. 


INDEX    ALPHABÉTIQUE 


PARIS 


Abattoirs  de  la  rive  gauche,  i.j5. 

de  la  Valette,  192. 
Abbaye  do  Saint-Victor,  4  j-o. 

de  Sainte-Geneviève,  55. 
Académie  de  médecine,  G7. 
Ambassade  d'.\llemagne,  71. 

d'.\ngleterre,  01. 

d'.\utriche-Hongrie,  72. 

de  Kussie,  71. 
Arc  de  Triomphe  du  Carrousel,  1. 

de  lÉtoile,  17G. 
Archevêché  (hotcl  de  1),  71-5. 
Archives  nationales,  31-2. 

de  la  Seine,  41. 
Arènes  (les)  de  larue  Monge,  4S. 
Asile  N.-D.-dc-Bon-Secours,  152. 

temporaire  d'enfants,  152. 
Avenue  du  B.-de-Boulogne,  l7o. 

Carnot,  176. 

des  Chasseur j,  177-8. 

deChâtiUon,  151. 

do  Choisy,  140. 

de  Clichy,  180. 

du  Coq,  100. 

Daumesnil,  127. 

de  Friedland,  86. 

de  la  Grande-Armée.  175-6. 

Hoche,  86. 

dltalie,  142. 

Kléber,  172. 

Mac-Mahon,  176. 

du  Maine,  151. 

Malakolf,  170. 

Marceau,  85. 

Matignon,  87. 

de  Messine,  92. 

Montaigne,  85. 

Nicolas  II,  84. 

de  l'Opéra,  6, 

d'Orléans,  150-1. 

Parmentier,  118. 

de  la  République,  120. 

de  Saint-Ouen,  188. 

Trudaine,  104. 

Velazquez,  92. 

de  Versailles,  163. 

Victor-Hugo,  170. 

Victoria,  15,  35. 

de  Vitry,  140. 

de  Wagram,  176. 
Banque  de  France,  9-10. 
Bassin  do  la  ViUette,  190. 
Bastille  (la),  133-5. 
Belleville,  193,  2uo. 
Bièvre  (la),  46,  140-2. 
Bibliothèque  de  l'.irsenal,  41. 

Nationale,  22-3. 

Sainte-Geneviève,  55-6. 

Saint-Fargeau,  31. 
Boulangerie  centrale,  50-1. 
Boulevard  Barbes,  186. 

des  Uatiguolles,  179. 

Beaumarchais,  29,  42. 

de  Belleville,  198. 

Chauvelot,  155. 

Bonne-Nouvelle,  2. 

Deuain,  107. 

Diderot,  132. 

Edgar-Quinet,  148. 

de  la  Gare,  140. 

Garibaldi,  157. 

GouvioD-Saint-Cyr,  176. 

Henri  IV,  40. 

d'Italie,  143. 

des  Italiens.  21. 

Lefcbvre,  l.'il. 

Magetita,  114. 

Morland,  41. 

Ney,  188. 

Ornano,  186. 

Pasteur,  156. 

de  Picpus,  129. 


Boulevard  Poissonnière,  2o. 

Hichard-Lenoir,  121. 

Rochechouart,  187. 

Saint-Michel,  63. 

Sébastopol,  24,  31. 

de  Strasbourg,  106,  113. 

Voltaire,  121. 
Bourse  (la),  23. 

du  Commerce,  2,  8-9. 

.lu  Travail,  115. 
Buttes-Chaumont,  193, 195 
Caisse  des  dépôts  et  consign 

tiens,  69. 
Canal  de  rOiir,i|,  190. 


116 


Carrières   1  .Vinérique,  193. 
Caserne  des  Célcstins,  40. 

do  BcUecha«se,  72. 

«les  Bernardins,  46. 

du  Chàtuau-d'Eau,  114. 

de  la  Cité,  43. 

do  la  Nouvelle-France,  111. 

do  la  Pépinière,  92. 
Casino  de  Paris,  'JG. 
Catacombes,  i'". 
Cercle  d.'  la  hl. raine,  64. 

iinlilairr.  .•.>. 
Chambre  l's  d. -pûtes.  74. 
Champ-de-Mars,  77-80. 
Champs-Élysé3s  (les),  84. 
Chapelle  (In  .  iS7-8. 
Chapelle  expiatoire,  8S. 
Charonne,  200-1. 
Château  Je  la  Muette,  168. 
Chàteau-Rouge,  186. 
Chaussée  de  la  Muette,  les. 
Chemin  de  fer  deCeiniure,  126, 
140,  151,  160,  172,  180,  188, 
196,  201. 

de  Courcelles  au  Champ-dc- 
Mars,  160,  162. 

des  Moulineaux,  160. 

du  Nord,  107-8. 

do  l'Ouest  (S'-Lazare),  179. 

do  Sceaux,  149-50. 

do  Vincennes,  136. 
Cimetière  d'Auteuil,  166. 

des  Batignolles,  180. 

de  Belleville,  200. 

du  Calvaire,  186. 

do  Charonne,  204. 

de  Grenelle,  160. 

dej  Innocents,  11-2. 

Montmartre,  183. 

du  Montparnasse,  148. 

de  Passy,  169. 

du  Père-Lachaise,  201-3. 

Saint-Vincent,  184. 

de  Vaugirard,  160. 
Cirque  d'hiver,  124. 
Cité  d'Antin,  97. 

Bon-Secours,  122. 
Clamart  (amphithéâtre   d'aua- 

tomio,  dit  do),  50. 
Clinique  d'accouchement,  65. 


do 


119. 


de  chirurgie.  146. 
Collège  Cliaptal,  91. 

do  France,  56. 

RoUin,  101. 

Sainte-Barbe,  55. 

Stanislas,  65. 
Combat  (le),  194-5. 
Colonne  de  Juillet,  134-5. 

do  la  Bourse  de  Commerce,». 

Vendôme,  5-6. 
Conseil  de  guerre,  66. 
Conservatoire  des  arts  ot  mé- 
tiers, 20-7. 

de  musique  et  de  déclama- 


Cour  dos  Comptes,  5. 

des  Miracles,  18. 
Cours  la  Reine,  84. 
Courtille  (la),  118. 
Crédit  foncier,  22. 

lyonnais,  21. 
Dépotoir,  192. 
Dispensaire    Furiado  Hein  ■, 

15-.'. 

Douane   la,  114. 
Dragon   cour  du),  68. 
École  Arago,  130. 

dos  beaux-arts,  66. 

Boule,  127. 

centrale  des  irts  et  manu- 
factures, 27. 

des  chartes,  56. 

coloniale,  65. 

commerciale,  104. 

Diderot,  195. 

de  droit,  55. 

de  dressage  (cavalerie),  149. 

Estienne,  143. 

des  hautes  études  commer- 
ciales, 178. 

J.-B.-Say,  165. 

de  médecine,  63-4. 

militaire,  75-6. 

des  mines,  63. 

municipale  de  physique,  54. 

normale  d'instituteurs,  165. 

normale  supérieure,  53. 

de  pharmacie,  65. 

polytechnique,  47-8. 

dos  ponts  et  chaussées.  72. 

supérieure  de  commerce,  120 

Turgot.  28. 
Église  de  l'Assomption,  5. 

des  Blancs-Manteaux,  37-40. 

Flamande,  121. 

de  l'Immaculée-Conception, 
126. 

do  la  Madeleine,  88. 

Notre-Dame,  43-4. 

N.  -  D.  -  de  -  l'Annonciation, 
167-8. 

N.-D.-d'Auteuil,  164. 

N.-D.-de-Bonne-NouvelIe.  19. 

N.-D.-des-Champs,  65. 

N.-D.-de-Clignancourt,  185. 

N.-D.-de-la-Croix,  198. 

N.-D.-dc-la-Gare,  139-40. 

N.-D.-deda-Nativito,  131. 

N.-D.-do-PIaisance,  152. 

N.-D.-dos-Victoires,  24. 

Russe,  86. 

Sacré-Cœur,  185-6. 

Saiut-.\ugustin,  92. 

Saint-.\mbroise,  119. 

Saint-  Bernard  -  de  -  la-Cha- 
pelle, ISS. 

Saint-Denis-de-la- Chapelle, 
188. 

Saiut-Denis-du-Saint-.Sacrc- 
ment,  30. 

Sainte-.\nne,  142. 

Sainte-CIotilde,  75. 

Sainte- Elisabeth. 

Saint-Eloi,  137. 

Sainte-Marguerite,  122-3. 

Sainte-Maric-des  -  Batignol- 
les, 180. 

Saint-Étienne-du-Mont.  56. 

Saint-Eugèno,  102. 

Saiut-Eustache,  10. 

Saint-Ferdinauddes-Ternes. 
174. 

Saint  François-de-Sales,  1 7S. 

Saint- François-Xavier,    :<'.. 

Saint-Georges,  195. 

Saint  -  (îerniain-l'Auxerrois. 
1-2,  15-16. 


Eglise  Saint-Gcrmain-dc-Cha- 

ronnc,  203-4. 
Saint-Germain-dcs-Prés,  67. 
SaiDt-Gervais,  37. 
Saint-Honoré-d'Eylau,   170 
Saint-Jacq..da-Haut-Pas,53. 
.Saint -Jacqucs-.Saint-Chris- 

tophe-de-la-ViUette,  191. 
.Saint-Jean-Baptistc-dc-Bel- 

leville.  193. 
Saint-Jean-Baptistc-de-Ore- 

nelle,  159. 
Saint-Joseph,  118. 
.Saint-Julien-lc-Pauvrc,    51. 
Saint-Lambert,  154. 
Saint-Laurent,  106. 
Saint-Louis-d'Aniin,  100. 
Saint-Louis-en-1  Ile,  44. 
Saint- Marcel-dc-la- Salpâ- 

irière,  144. 
Saint-Martin,  114. 
.Saint-Médard,  51. 
.Saint-Merri,  34. 
Saint-Michel,  180. 
•St-Nicolas-des-Champs,    32 
Saint  -  Nicolas-du-Chardon  - 

net,  47. 
Saint-Paul-Saint-Louis,   '39. 
Saint  -  Philippe  -  du  -  Roule . 

85-6. 
.Saint-Pierre-de-Chaillot,172. 
.Saint  -  Pierre  -  du-Gros-Cail- 

lou,  77. 
Saint  -  Pierre  -  de  -  Montmar- 

tre,  186. 
Saint-Pierre-dc-Montrougc, 

151. 
Saini-Roch,  6. 
Saint-Sauveur,  17. 
.Samt-Séverin,  54. 
Saint-Sulpice,  64. 
.Saint-Thomas-d'.\quin,    70. 
Saint-Vincent-de-Paul,   109. 
de  la  Trinité,  95. 
Elysée  I  palais  de  1),  89-90. 
Exposition   universelle    de 

1900,  79-80. 
Entrepôt  de  Bercy,  13I. 

Saint-Bernard,  46. 
Faculté    de    théologie    protes- 
tante, 147. 
Faubourg  de  Gloire,  iss. 
Fécamp  (vallée  de),  131. 
Foire  aux  jambons,  124. 

au  pain  d'épice,  129-30. 

.Saint-Laurent.  107. 
Fondation  Rossiji,  165. 

Thiors,  171. 
Fontaine  Cuvior,  49. 

dos  Innocents,  11-12. 

Molière,  7. 

du  Palmier,  12. 

Saint-Michel,  61. 
Fourrière  ,la\  46-7. 
Galerie  des  machines,  78-9. 
Funiculaire  do  Belleville,  lis. 

do  Montmartre,  186. 
Gare  de  l'Est,  107. 

des  Invalides,  73. 

do  Lyon,  133. 

du  Luxembourg, 

Montparnasse,  155-6. 

du  Nord,  107. 

d'Orléans  iquai  d'Orsay),  70. 

(place  Valhuberl),  13S. 

Saini-I..azare,  90. 
Grande-Pinte  ila',  130. 
Halle  au  blé.  9. 

aux  cuirs,  51. 

conlrales.  10-1. 
Hai40vre  jiaviUon  de).  21. 
Hippodrome.  Monimartre,  183. 


Hôpital  Bichat,  lu. 

Boucicant,  100. 

Broca,  14t. 

Bcaujoo,  86. 

Broussais.  152. 

de  la  Charité,  07. 

Cochin,  146. 

Ricord,  146. 

Debroasse,  S04. 

d'enfants,  r.  de  Maistre,  m. 

des  Enfants  malades,  IS7-S. 

Hérold,  193. 

l.acoDec,  73. 

I^riboisière,  108. 

Necker.  157. 

de  la  Pitié,  50. 

Rothschild,  138-9. 

Saint-Antoine,  132. 

Saiot-Jaoqnes.  156-7. 

Saint-Louis.  I15-«. 

Saint-Martin.  116. 

Tenon.  203. 

de  la  Trinité.  17-1». 

Trousseau,  132. 

du  Val-de-Gràce  5!. 
Hôpitaux   militaires  (magasin 

central  des  .  77. 
Hospice  Enfants  assistés,  UT. 

de  la  Maternité.  146. 

des  Quinze-Vingts.  133. 

de  la  Salpétricrc,  137-g. 
Hospitalité   de  nuit.  177. 
Hôtel  Barbette.  3t. 

de  Beauvais,  38. 

Carnavalet,  30-1. 

de  Cluny,  56. 

Fieubet,  40. 

Gaillard,  177. 

Lambert.  44. 

Lamoigoon,  39. 

de  Lauzun.  44. 

de  Ncsic,  58. 

des  Postes,  9. 

de  Rothschild,  s. 

Saint-Paul,  40. 

Salé,  31. 

Sardini,  51. 

de  Sens,  38. 

Thiers,  94. 

de  Thorigny,  31. 

des  Ventes,  103. 
Hôtel  de  -ville,  3S-«. 
Ile  des  Cygnes.  158-9. 

Saint-Louis.  44. 
Impasse  du  Déi>otoir,  193. 

Frederick -Lemaiire,  19S. 

Guclma.  ISI. 

do  Monifauoon.  195. 
Imprimerie  nationale,  31. 
Institut  agronomique,  54. 

commercial.  178. 

de  France.  58-9. 

Pasteur.  156. 
Institution  nationale  des  jco- 
nes  aveugles.  76. 

des  sourds-muets.  52-3. 
Invalides  hôtel  des  .  73  3. 
Jardin  des  Plantes.  4»  50. 
Lac  Saint-Fargeau,  199. 
Larousse  Oibrairie'.  63. 
Légation  du  s-iim-sioge,  73. 
Légion  d'honneur  palais),  74. 
Lion  de  Belfori.  150. 
Lycée  Butfou.  157. 

Carnot,  I7S. 

Charlemafne,  SS-9. 

Condorcel,  99. 

Fcnelon.  61. 

Janson-de-Sailly,  170. 

Lamartine,  10t. 

I.ouis-le-Graud,  S«, 

MoUore.  169. 


233 


PARIS -ATLAS 


I<ycè3  Montaigne,  65. 

Racine,  90-1. 

Saint-Louis,  63. 

Victor-Hugo,  30. 

Voltaire,  120. 
Mairie  du  I"  arr.,  ic. 

dn  11^  arr.,  24. 

duIII<  arr.,  29. 

du  IV'  arr.,  38. 

du  V'  arr.,  55. 

du  VI<  arr.,  64 

du  VII'  arr.,  74. 

du  VIII'  arr.,  89. 

du  IX'  arr.,  102. 

du  X«  arr.,  113-1. 

du  XI'  arr.,  121. 

du  XII'  arr.,  127. 

du  XIII'  arr.,  144. 

du  XXV'  arr.,  151. 

du  XV'  arr,  154. 

duXVI'  arr.,  169. 

du  XVII'  arr.,  180. 

du  XVIII'  arr.,  1S5. 

du  XIX'  arr.,  196. 

du  XX'  arr.,  203. 
Maison  de  retraits  Chardon- 
Lagaclie,  165. 

La  Roclioloucauld,  151. 

lie  Saint-Périne,  165. 

Tisseran-I.  152. 

Dubois,  108. 
Manufacture  <Ies  GoljcliDs,  14 1. 

des  tabacs  iGros-Caillou,,  77. 

des  tabacs  iReuillvj,  132. 
Marbres  de  l'Ktat  (dépôt  des),  77. 
Marché  aux  bestiaux,  192. 

des  Blancs-Manteaux,  40. 

des  Carmes,  55. 

aux  chevaux, 144. 

des  Patriarches,  51. 

Saint-Germain,  64. 

Saint-Honoré,  6. 

Sainte-Catherine,  39. 
Mênilmontant,  197-204. 
Métropolitain  i^ch.  de  fer),  135. 
Ministère  'i''^    Atfaires  étran- 
gères, 73. 

de  l'Agriculture,  75. 

du  Commerce,  74. 

de  la  Guerre,  74. 

de  l'Instruction  publique,  74. 

do  l'Intérieur,  89. 

de  la  Marine,  82. 

des  Travaux  publics,  71. 
Mire  du  nord,  184. 
Molière,  maison  natale,  15. 

mortuaire,  7. 
Monc3au,  177. 
Monnaies  U'itol  des),  15,  58. 
Mont-de-Piétè,  37. 
Montfaucon  (gibet  de),  195. 
Montmartre,  181-7. 
Morgue  lia  ,  12,  44. 
Musée  Carnavalet,  30-1. 

Cornusclii,  92, 

de  Cluny,  56. 

Galliera,  172. 

Guiniet,  172. 

du  Louvre,  9-4. 

du  Luxembourg,  62-3. 
Muséum    d'histoire    naturelle, 

49-50. 

Obélisque  do  Lou^isor,  82. 
Observatoire,  U7. 
Palais    (grand   et   petit)    dos 
Beaux-Arts,  84. 

Bourbon,  74. 

de  Justice,  13. 

du  Louvre,  2-4. 

du  Luxembourg,  &'i-3. 

Koyal,  8. 

des  Thermes,  56. 

du  Trocadéro,  172. 

des  Tuileries,  3,  4-S. 
Panthéon  (Icj,  55. 
Parc  Monceau,  91-2. 

Mootsouris,  149. 
Passage  dos  I::aux,  I68. 

derEly.sée-desB.-Arls,  184. 

Charlomagnc,  38. 

Choisoul,  22. 

du  Commerce,  6I. 

dos  Panoramas,  20. 

l'ecquay,  34. 

Siondhal,  203. 

Vendôme,  2». 
Passy  (arrondiss.  do),  161-72. 
PlaCA  d'Anvers,  104. 

do  la  Bastille,  41. 

do  Bilcho,  191. 

Baudoycr,  38. 

du  Carrousel,  4. 


Place  Beauvau,  90. 

du  Châleau-Rouge,  1S6. 

lia  Châteict,  12. 

du  Commerce,  159. 

de  la  Concorde,  81-4. 

Dancourt,  187. 

du  Danube,  193. 

Dai 


1,  128. 

Dauphine,  14. 

des  Etats-Unis,  172. 

de  l'Etoile,  174-5. 

de  l'Europe,  90-2. 

des  Fêtes,  194. 

de  Fontenoy,  76. 

Gambetta,  203. 

d'Iéna,  172. 

Malesherbes,  177. 

Maubcrt,  55. 

de  la  Nation,  129-30. 

de  l'Observatoire,  54. 

Possoz,  169. 

de  la  République,  114,  124. 

de  la  Roquette,  121. 

Saint-Jacques,  150. 

Saint-Sulpice,  64. 

Saint-Pierre,  187. 

Scipion,  50. 

du  Tertre,  186. 

de  la  Trinité,  95. 

Valhubert,  138. 

des  Victoires,  24. 

Vintimille,  96. 

Voltaire,  121. 

des  Vosges,  41-2. 

AVagram,  178. 
Point-du-Jour  (le),  163. 
Pont  Alexandre  III,  84-5. 

de  l'Aima,  77. 

d'Arcole,  44. 

des  Arts.  2,  16. 

de  Bercy,  140. 

du  Carrousel,  16. 

Caulainoourt,  183. 

au  Change,  12,  44. 

de  la  Concorde,  74. 

de  Grenelle,  159. 

d'Iéna,  77. 

des  Invalides,  77. 

Jean-Françûis-Lépine,  188. 

Louis-Philippe,  44. 

Marcadet,  188. 

Marie,  44. 

Mirabeau,  160. 

National,  126,  140. 

Neuf,  14. 

Notre-Dame,  44. 

du  Point-du-Jour,  163. 

Royal,  16. 

Saint-Ange,  188. 

Saint-Louis,  44. 

de  Solferino,  16. 

Sully,  41,  44. 

do  Tolbiac,  140. 

de  la  Tournelle,  44. 
Porcherons  (les),  100. 
Porte  IJuréi',  126. 

.Saint-Denis,  112. 

.Saiut-.Martin,  113. 
Postes  et  télégraphes  (admi- 
nistration génôr.  des),  71. 
Pré  aux  Clercs,  ". 
Présidence  de  la  Chambre  (hô- 
tel de  la),  73-4. 
Prison  do  la  Force,  39. 

des  Madolonnettcs,  27-8. 

do  Mazas,  132. 

do  la  Roquette,  121. 

Sainte-Pélagie,  50. 

de  la  Santé,  140. 
Puits  artésien  de  la  Butte-aux- 
Caillos,  112-3. 

dit  do  Grenelle,  157. 
Pyramide  do  d'Aguossoau,  à 

Auteuil,  164. 
Quai  d'Anjou,  41. 

do  B6thuno,  44. 

des  Célostins,  40. 

do  Conti,  59-60. 

do  l'Horloge,  13. 

d'Orsay,  69. 

do  Passy,  168. 
Quartier  d'Amérique,  193-4. 

des  Archive»,  30-2. 

do  l'Arsenal,  40-2. 

des  Artsel-Métiors,  25-8. 

d'AuieUil,  161-7. 

des  Batiguolles,  178-80. 

du  Uel-Air,  125-6. 

de  Belluvillc,  197-9. 

do  Bercy,  130-2. 

do  Bonne-Nouvollo,  18-t. 

do  Chaillot,  171-2. 


Quartier  dos  Cliami)S-Elysoes, 
Sl-5. 
de  la  Chapelle,  187-8. 
de  Charonne,  203-4. 
delaChaus.-d'Antin,  96-101. 
de  Clignancourt,  181-7. 
du  Combat,  194-6. 
Croulebarbe,  143-4. 
de  l'Ecole-Militaire,  75-6. 
des  Enfants-Rouges,  32. 
des  Epinettes,  180. 
de  l'Europe,  90-2. 

du  Faub. -Montmartre,  101-3. 
du  Faubourg-du-RouIe,  85-7. 

de  la  Folie-Méricourt,  117-9. 
Gaillon,  22. 

de  la  Gare,  139-40. 

de  la  Goutto-d'Or,  187-8. 

desGrandes-Carrières,  183-1. 

de  Grenelle,  158-9. 

du  Gros-Caillou,  76-80. 

des  Halles,  10-4. 

de  l'Hôpital-St-Louis,  U5-6. 

des  Invalides,  72-5. 

du  Jardiu-des-Plan  tes,  49-52. 

de  Javel,  159-60. 

de  la  Madeleine,  87-90. 

du  Mail,  24. 

de  la  Maison-Blanche,  140-3. 

de  la  Monnaie,  57-61. 

Montparnasse,  145-9. 

de  la  Muette,  167-9. 

Necker,  155-8. 

Notre-Dame,  42-4. 

N.-D.-des-Champs,  65-6. 

de  l'Odéon,  61-5. 

du  Palais-Royal,  7-9. 

du  Petit-Montrougc,   150-3. 

de  Picpus,  126-30. 

do  la  Place-Vendùme,  5-7. 

de  la  Plaine-Monceau,  177-8, 

de  Plaisance,  152. 

du  Père-Lachaise,  200-3. 

du  Pont-do-Flandre,  192-3. 

de  la  Porte-Dauphine,  169-71 . 

de  la  Porte-St-Denis,  110-3. 

de  la  Porte-St-Martin,U3-r,. 

des  Quinze-Vingts,  132-6. 

Rochechouart,  103-4. 

de  la  Roquette,  120-2. 

Saint-Ambroise,  nu-2o. 

Sainte-Avoie,  32. 

Sainte-Marguerite,  122-i. 

Saint-Fargoau,   199-200. 

Saint-Georges,  94-6. 

Saint  -Germain  -  l'AuxorrolK, 
1-5,  15-6. 

St.-Germain-des-Prcs,  iw-x. 

Saint-Gervais,  37-40. 

Saint-Lambert,  154-5. 

Saint-Morri,  33-7. 

Saint-Thomas-d'Aquiu,0'.i  7.' 

Saint-Victor,  45-48. 

do  la  Salpêlrière,  137-9. 

de  la  Santé,  14'J-50. 

do  la  Sorbonne,  56. 

des  Ternes,  173-7. 

du  Val-do-Grâco,  52. 

de  la  Villette,  190-2. 

Vivienne,  23-4. 
Racine(maisonmortuaire  de),  os. 
Ranelagh  (le),  16S-9. 
Râpée-Bercy  (la),  120. 
Réservoir  do  Bellevillo.  200. 

de  la  Dhuis  (Mênilmontant), 
200. 

do  Montmartre,  186. 

do  la  Vanno,  149. 
Rotonde  Saint-Martin,  |9I. 
Rue  des  Abbesses,  184. 

Alboni,  167. 

d'Alésia,    150. 

d'Allemagne,  191-2. 

d'Alleray,  155. 

de  l'Ancienno-Comédu',    01. 

André-GiU,  187. 

d'Angouléinc,  118. 

dos  Annelcts,  191. 

Antoinette,  187. 

des  Arènes,  48. 

d'Argontouil,  0. 

des  Arquebusiers,  29. 

d'Artois,  86. 

d'Assas,  05. 

d'Astorg,  89. 

d'Auburvillicr»,  188,  189. 

Aubry-lo-Boucher,  34. 

d'Avron,  201. 

du  Bac,  7. 

de  Bagneux,  06. 

do  Balzac,  86. 

do  lu  Banque,  21. 


Rue  de  la  Barre,  isc. 
Bavard,  85. 
Bayen,  174,  176. 
Beauregard,  19. 
des  Beaux-Arts,  63. 
Beethoven,  167. 
Belidor,  176. 
de  Bellefond,    103. 
des  Belles-Feuilles,  171. 
de  BelIeviUe,  198. 
Benjamin-Godard,  163. 
Béranger,  29. 
Bernard-Palissy,  68. 
Berton,  1S8. 
de  la  Bienfaisance,  92. 
Bleue,  103. 
Boileau,  163. 
Bolivar,  195. 
de  la  Bonne,  186. 
Botzaris,  194. 
de  la  Bouie-Rouge,  102. 
des  Boulets,  123. 
Bouret,  195. 
du  Bourg-Tibourg,  37. 
Bréda,  94. 
Broca,  143. 
Cadet,  102-3. 

Campagne-Première,  149. 
des  Capucines,  21-2. 
du  Cardinal-Lemoine,  16. 
des  Carmes,  55. 
Caron,  39. 
des  Cascades,  199. 
Cassette,  66. 
Cassini,  146. 
Caulaincourt,  183. 
do  Chabrol,  107. 
de  Chaillot,  172. 
do  Chaligny,  132. 
de  la  Chapelle,  187-8. 
Chapon,  32. 

de  la  Charbonnière,  187. 
de  Charonne,  121-2. 
du  Château,  151. 
de  Châtcaudun,  95. 
du  Château-Landon,  109. 
Château-des-Reutiers,  Mo. 
Chauchat,  102. 
de  la  Chaussée  d'Antin,96-7. 
Chauvolot,  155. 
du  Chcmin-Vcrt,  120. 
do  la  Chine,  203. 
Christine,  60. 
do  la  Cité,  42. 
Claudo-Chahu,  169. 
Claude-Docaeu,  126,  127. 
do  Clichy,  95. 
du  Cloitrc-Saint-Merri,  34. 
Clovis,  48. 
do  Cléry,  19. 
du  Coiisée,  86-7. 
Cundorcct,  104. 
Corvisart,  143. 
do  Courcelles,  86. 
Corlambert,  169. 
do  Crimée,  190-1. 
Croulebarbe,  143. 
Crozatier,  132. 
Curial,  191. 
Custine,  186. 
Danrémont,  183. 
Danton,  60. 
Darboy,  118. 
Daroau,  150. 
Daru,  86. 
Dauphiuo,  60. 
1  lavai,  124. 
Dc'guorry,  118. 
Dolarocho,  169. 
Denfort-Rochoreau,  53,  147. 
du    Dessous -dos  -  Borges, 

139-40. 
liouUoauville,  188. 
Iiuguay-Trouin,  GO. 
de  ri';chi(|uior,  112. 
dos  Écoulfos,  39. 
d  Enghion,  112. 
Étienno-Marcel,  21. 
des  Étuvos,  34. 
du  Faubourg -Poissonnière, 

104,  111-2. 
du  Faubourg-Suint-Autoine, 

123-4. 
du  Faubourg-StDonis,  112. 
du  Faubourg -St-Juc(jues,l  16. 
du  Faubuurg-St-Martiu,  113. 
Faustin-llélio,  169. 
du  Fer-a-Moulin,  50, 
des  Fvnillulitines,  53. 
do  la  Fidélité,  106. 
du  Fignior-Saiut-l'uul,  38. 
do  Fleurus,  60. 


RueFlorian,  204. 

do  la  Folie-Regnault,  121. 

de  la  Fontaino-du-But,  183. 

des  Fontaines,  28. 

de  Fourcy,  38. 

des  Fourneaux,  156. 

François-Miron,  38. 

François-I",  85. 

Franklin,  167. 

Gaillon,  22. 

Galilée,  85. 

Gavarni,  169. 

Geotfroy-l'.ingevin,  34. 

Geolfroy-Marie,  102. 

Girardon,  184. 

des  Gobelins.  141. 

des  Grands-.\ugustins,  60. 

do  laGrangc-Batelière, 102-2. 

de  la  Grange-aux-Merciers. 

130. 
Grégoiro-de-Tours,  61. 
de  Grenelle,  70-1. 
Grenier-Saint-Lazare,  32. 
Guersant,  176 
Guillaumo-Toll,  176. 
Guillou,  168. 
d'Hauteville,  109,  111. 
Haxo,  200. 
d'Héliopolis,  176. 
Hittorir,  114. 
Iloudon,  181. 

deslmmeubles-lndust.,  123. 
Jacob, 68. 
du  Japon,  203. 
de  Javel,  159. 
Jean-Bart,  60. 
Jeau-François-Lépine,  187-8. 
Jeau-Goujou,  85. 
Jean-Jacques-Rousseau,  8. 
Jeanne-d'Arc,  139. 
de  Jossaint,  187. 
Je  JoinviUo,  191. 
Joubort,  100. 
du  Jourdain,  198. 
do  Jouy,  38. 
des  Juges-Consuls,  34. 
des  Juifs,  39. 
Julion-Lacroix,  198. 
do  Kabylie,  191. 
Lacroix,  Iso. 
de  La  Fayette,  104,  109. 
Laflitte,  101. 
Lagrange,  55. 
Lamarck,  183. 
Lamblardio,  129. 
do  La  Tour-d'Auverguo,  103. 
Laugior,  176. 
Léoiiuld-Robert,  149. 
Lepic,  183. 
de  Lévis,  177. 
Lhomoud,  53-4. 
des  Lombards,  34. 
Luuis-Thuillior,  53. 
do  la  Lune,  19. 
do  Lyon,  133. 
Madame,  66. 
Mademoiselle,  159. 
du  Mail,  24. 
Malher,  39. 
Marcadet,  183. 
de  la  Maro,  199. 
du  Maroc,  191. 
des  Martyrs,  95,  187. 
de  la  .Masure,  38. 
des  Matliurins,  88. 
do  Maubeuge,  104. 
Maubuée,  31. 
Mazarine,  61. 
Mazet,  57,  61. 
do  Meaux,  loi. 
Méchain,  146. 
do  Mênilmontant,  198. 
Michol-lo-Comto,  3t. 
Molière,  6. 
.Monge,  51. 
do  lu  Monnaie,  15. 
lie  la  .Monlagno-Sainlo-G» 

neviève,  47. 
do  .MoMtchanin,  177. 
Montompuivro,  120. 
Munthulon.  104. 
«h's  Montibieufs,  203. 
du  Montmorency,  32. 
du  Montparnasse,  65. 
dn  Moiii-Tliabor,  5. 
do  .Moniv.in,  102. 
dos  .Morillons,  155. 
Moull'otard,  52. 
.Muuton-Duvornot,  151. 
dos  Murs-do-la-HuquotlOr 

121. 
NecUer,  30. 


I.MJKX     AIJMIAHF-TIQLE 


239 


Rue  de  Nemours,  lis. 

Bue  (les  PoitcviDS,  60. 

Bue  Saint-Biaise,  201. 

Bue  de  Tarbigo,  2,  lî.  t'. 

Temple  •'!«,,  M-». 

do  la  Neva,  86. 

de  Poitiers,  70, 

Saint-Bon,  31. 

de  TurcuDC,  30.  40. 

de  roraioire.  15. 

do  Nicolai,  130. 

Polonceau,  187. 

Saint^^harlcs,  159. 

de  Vaogirard,  151. 

de  Pa:il*:-moùt,  Tl. 

Nicolas-Flamcl,  33. 

Poncelet,  177. 

.Saint-Denis,  17-8. 

de  Venise,  31. 

Temple  "^a  •,•    ?.;..,••.  ti. 

Nicole,  199. 

du  Pont-aux-Clioux.  29. 

.Saint-Dominique,  70. 

de  la  Victoire,  100-1. 

Théâtre                           .,..  45. 

dos  Nonnains-d'Hyères,  38. 

du  Pont-dc-I,odi,  co. 

Saint-Florentin,  5. 

Victor-Masse,  94-5. 

de  ; 

do  Norvins,  181. 

de  Pontoiso  ,  46. 

Saint-Lazare,  95. 

Vi.Jc-Oousset,  14. 

•1';  .  - 

Notro-Dame-de-Lorctto,  91. 

de  Popincourt,  119. 

Saint-Martin,  26-7. 

Vignon,  89. 

de-,  i^vj.J'  -i  ;ir,-;'-ii*.  8î. 

Notre  -Damo-de-Recou- 

du  Pré-.Saint-Gcrvais,  194. 

des  Saints-Pères,  07. 

de  Villafranca,  155. 

de  laCoEoé^iitc-FraDçaue,  7-9. 

vrance,  19. 

du  Prévôt,  38. 

Saint-Victor,  45. 

do  la  VillenouTe,  19. 

Déjazet,  29. 

Nouvelle,  95. 

du  Printemps,  177. 

do  la  Santé,  146. 

Vineuse,   167. 

de  l'Eldorado.  113. 

Oberkampf,  120. 

de  la  Procession  ,  135. 

des  Saules,  184. 

de  Vintimille,  96. 

da  Grmiia.«e,  112. 

d'Orchampt,  181. 

de  Provence,  101. 

Sauvai,  15. 

Visconii.  68. 

Mondain,  97. 

Ordener,  188. 

du  Puits-de-l'Ermite,  50. 

de  Savics,  199. 

Vital,  169. 

MoDtDurire,  187. 

d'Ormesson,  39. 

dos  Quatro-Fils,  32. 

de  Savoie  60. 

Vitroie,  204. 

MoDtparoas'^.  lig. 

d'Orsel,  180. 

Quincampoix,  34. 

Secrétan,  195. 

Vivicnne,  23-4. 

NoOTeau-Théâtrc,  »5. 

des  Orteaux,  204. 

Rabelais,  86. 

Scdaine,  121. 

Saint-Bernard  fportc),  46. 

delOi'---.  r::. 

au-x  Ours.  32. 

Raynouard,  167. 

du  Sergent-Bauchat,  128-9. 

Saint-Chauinond'coav.dei,l8. 

de  I  i-r 

du  PaoD-Blaoc,  38. 

du  Regard,  60. 

Servandoni,  61. 

Sainte-Chapelle  la  .  13. 

dei'                             ..,. 

de  Paradis,  112. 

du  Rendez-Vous.  120. 

de  S'vigné,  30-1,  39. 

Saint-Lazare  maison  de;,  I  lo- 

de :  '                              115. 

du  Parc-Royal,  30. 

Rennequin,  17G. 

de  Sèvres,  66. 

in. 

de!i;                          -m.iiî 

des  Partants,  200-1. 

de  Renues,  68. 

Simon-Lcfranc,  34. 

Saint-Nicolas  fonvroir;.  66. 

de  .a                           .5. 

du  Pas-de-la-Mule,  29-30. 

de  Reuilly,  127. 

du  Soleil,  198. 

Séminaire  'liocésain,  64. 

.Sara 

de  Passy,  168. 

de  la  Réunion,  204. 

des  Solitaires.  194. 

Sénat    [.alais  .  V.  Luiemljonrg. 

de  ia  : 

Payenne,  31. 

de  la  Roy  nie,  34. 

do  Strasbourg,  107. 

Sorbonne  la..  56. 

des  Vai..,ic,.  i„. 

PérignoD,  157. 

de  Richelieu,  6,  7. 

Suger,  60. 

Square  des  Arts-ct-Métiers,  32. 

du  Vaudeville.  96. 

Pernclle,  35. 

Richer,  102. 

de  Tanger,  191. 

des  Batignolles,  180. 

TivoU  Waui-Hall,  115. 

du  Petit-Musc,  40. 

Riquet,  191. 

de  Tarcnte,  99. 

des  Épincttcs,  180. 

Tour  de  la  Bastille  an  quai  da 
Célcstins.  41. 

des  Petites-Écuries,  112. 

Rochoohouart,  103. 

du  Télégraphe,  200. 

des  Innocents,  !l-2. 

[  de  Picpus,  128. 

du  Roi-de-Sicile,  39. 

des  Terres-au-Curé,  140. 

Louvois,  22. 

EilTel.  78. 

Pliilippe-de-Girard,  187. 

des  Rondeaux,  203. 

du  Théâtre,  159. 

des  Ménages,  72. 

de  Jf  ail  .Saas-Peur,  î*. 

Pierre -au-Lard,  34. 

Roquépine,  89. 

Thorel,  19. 

Montholon,  120. 

Saii,:-Jac  lues.  31. 

Pierre-BuUet,  114. 

des  Rosiers.  39. 

Titon,  r23. 

de  la  Sorbonne,  54-6. 

Tournelle  i-or .  e  1  qoai  de  I»),  4i. 

Piorre-le-Grand,  86. 

Roubo,  123. 

de  Tocquovillc,  177. 

Parmentier,  104. 

Tribiinal  ;•;   ;  mmerce.  43. 

Piorre-Lescot,  12. 

du  Ruisseau,  183. 

de  Tolbiac,  140. 

Saint-Pierre,  187. 

Université   aajli.,ne.  ««. 

Pixérécourt,  198. 

du  Sabot,  68. 

de  la  Tombe-Issoire,  150. 

du  Temple,  29. 

Villa  u,--  .;-aj.:-,.  >.k: 

des  Plantes,  151. 

Saint-.\ndré-des  Arts,  60. 

de  la  Tour,  167. 

Victor.  100. 

M.jaliuorejicy.  166. 

Villette  la,,  189-96. 

de  Poissy,  46. 

Saint-Antoine,  38,  40,  41-2. 

Trausnooaio,  32. 

Synagogue  r. de  la  Victoire,  102. 

ENVIRONS      DE      PARIS 


Ablon,  231. 
Achcres.  218. 
Argenleuil,  220. 
Athis-.Mons,  231. 
Bellevuc,  208. 
Berny,  231. 
Billancourt,  206. 
Bongival,  214. 
Boulogne  (bois  do},  205-6. 
Colle-Saint-Cloud  (la),  220. 
Cbaotilly,  225-6. 
Chaville,  207. 


Chevreuse,  236. 
Choisy-le-Roi,  231 
Compiègne,  226-8. 
Corbeil,  234-5. 
Courbevoie,  213. 
Danipierre,  236. 
Enghien,  223. 
Ermenonville,  228. 
Étampes,  235. 
Fontainebleau,  233-4. 
Garches,  219. 
Joinville-le-Pont,  231. 


Juvisy,  231. 

Loges  (maison  d  educ.  des),  217-8. 
Louvecicnnes,  220. 
Maisons-Laftilte,  218. 
Malmaison  (la],  213-4. 
Mantes,  219. 
Marche  (la),  219. 
Marly -la-Machine,  211. 
Marly-le-Roi,  220. 
Marne  (tour  do),  230-1. 
Marnes,  319. 
Meudon,  208. 


.MonlUiéry.  235. 
Montmorency.  224. 
?.Iont  Valérien,  207, 
Nanterre,  213. 
Neuilly,  213. 
Orgeval,  219. 
Poissy,  218-9. 
Pontoise,  224-5. 
Pori-Marly,  214-5. 
Putoaux,  213. 
Rambouillet,  236. 
Rueil.  213. 


Saint-Cloud.  207. 
Saint-Cyr-l'École,  îlî. 
Saint-Germain.  215-8. 
Saint-Denis,  221-3. 
Sèvres  (maonraciure  de),  207. 
Trianons  (les),  211-2. 
Vaucresson.  219. 
Vaux-de-Cernay  (les).  Î3S. 
Versailles,  308-11. 
Ville-d'.\vray.  207. 
Vîncennes.  329-30. 
Viroflay,  307. 


CLASSEME.NT   DES    CARTES  ET  PLANS 


pL.iN  DE  P.AJUS En  regard  delà  page 

l'^'.VuUOXDiSSEMENT.     .  

II"  ^  — 

III'  —  — 

IV'  —  — 

^■'  —  — 

\b  —  — 

VI  le  _  _ 


XVI 

VIII» 

16 

L\« 

2i 

X' 

32 

Xh 

44 

XII' 

b6 

XIII^- 

68 

XIV'= 

80 

xv° 

.ARRONDISSEMENT.    Enregaiddela  page 


92 

XVI'  Arrondissement. 

104 

XVII»              — 

110 

.WIII»              — 

124 

XL\° 

13C 

.XX« 

144 

Vers.iili.les 

132 

Environs  de  P.vris  .  .   . 

160 

FONT.ilNEDLE.Vl- 

180 
188 

ive 

204 
212 
220 

22s 


Paris,  —  Imp.  I .akou.^se,  17,  rue  Montparnassî. 


Â. 


if 


'■Ss*' 


-^ 


.^ 


^- 


\ 


/ 


/' 


if 


'j9f^< 


y- 


A 
^ 


i.-' 


< 


^-,«-3«5»a 


>- 


^ 


r 


\ 


i'^ 


-f^ 


r 


^^ 


i 


A 


\.  / 


/ 


^  ,"^ 


\t 


i 


^H 


O 

o 

^ 

LU 

5 

1- 

o 

LU 

tA) 

> 

O 

ID 

(/) 

^^^^Q. 

O 

z 

U- 

5 

(O 

o 

T— 

Q 

:>- 

5 

NGEBA 

o 

_l 
1- 

3 

< 

co 

e^ 

Oî 

L 

O 

:j 

1 

■ 

1 

n 


'k  *i^'